Les restitutions des sites antiques par les élèves des beaux arts sont toutes présentées sous verre ce qui occasionne des reflets qui sont souvent malencontreux, mais pas toujours...
Avec cette case extraite d'une planche parue dans le mensuel A suivre en Avril 1983, Jacques Martin montre qu'il connaissait le travail d'Albert Tournaire.
Rémi Maynègre aux pinceaux et Sandrine Garcia à la plume ont décidé de faire un livre de leur voyage de noces au Japon. Il nous donne leurs impressions de voyageurs aussi néophytes qu'enthousiastes sur ce pays qui les passionne. Le premier album (il devrait y en avoir d'autres, espérons que nous ne les attendrons pas trop longtemps) est consacré uniquement à Tokyo. L'album se compose des note de Sandrine Garcia à la naiveté rafraichissante (il y en a aussi de Rémi Maynègre) et des superbes aquarelles de Rémi Maynègre dont la dextérité me rappelle celles des peintres, comme Yves Brayer, qui illustraient les reportages de voyageurs dans le célèbre hebdomadaire l'Illustration. Les images de Rémi Maynègre dont j'ai pu admirer le talent lors du dernier Festival de la bande-dessinée d'Angoulême, encore merci pour la somptueuse dédicace du lvre, elles même se divisent en deux espèces, celle réalisées sur le motif et celles peinte au retour de mémoire, l'artiste est servi par à la fois un sens de l'observation remarquable et une mémoire visuelle exceptionnelle. Leur court séjour ne leur permet pas de nous donner une image exhaustive de Tokyo mais outre les passages obligés dans les quartiers de Shinjuku, Akihabara et Asakusa, le couple a eu la bonne idée de s'installer à Yanaka, un quartier de Tokyo au nord du parc Ueno qui a beaucoup de charme mais qui est assez peu parcouru par les visiteurs de la capitale japonaise. Un des plus de ce beau livre est que Rémi Maynègre n'a pas croqué que les lieux touristiques de la ville mais aussi des coins de rue commun tout en étant typique de la ville et même des vues un peu triviales, mais précieuses pour le souvenir, comme cette image d'une station de métro ou une vue d'une gondole d'un konbini. Des cartes aident le lecteur à se situer dans la ville et surtout à y incorporer les aquarelles peintes par Rémi Maynègre. Parfois sur une aquarelle la mise en page superposent des billets de transport ou des factures. Si le livre ne se veut pas un guide, il est néanmoins pratique pour la précision de la situation, et le moyen de s'y rendre, de certains points d'intérêt de la ville.
Un très beau livre (à mettre à coté de celui de Florent Chavouet, Tokyo sampo), à la fois précieux et modeste qui j'espère donnera lieu à de nombreuses expositions et dont on attend les suites avec impatience (un album devrait être consacré à Kyoto et un autre à Koya-san).
Art Paris est né en 1999 en opposition à la Fiac. C’était un peu le salon des refusés des galeries. Y figurait alors un bon nombre de celles que l’organisation de la FIAC avaient écartées. On y voyait surtout de la peinture. Au début d’ailleurs Art Paris se déroulait en même temps que la FIAC, en Automne. Aujourd’hui Art Paris a déplacé ses dates au printemps. Et malheureusement nous y avons gagné une deuxième FIAC d’autant que plusieurs galeries exposent aux deux. Non que je n’aime pas la FIAC, mais il serait intéressant que les deux manifestations soient nettement différentes permettant ainsi d’attirer un autre public et des collectionneurs qui ne fréquentent pas habituellement Paris.
En haut des marches menant à la grande nef, le visiteur est accueilli par une colossale statue de Jan Fabre, “A la recherche d’Utopia” qui m’a fait irrésistiblement penser à la série délicieusement régressive qu’est “Dinotopia”.
Le résultat cette année est un peu terne d’abord parce que peu de galeries ont fait le courageux pari de présenter qu’un seul artiste. Malheureusement celles qui ont fait cette démarche se sont fourvoyées à commencer par la galerie Claude Bernard dont je tairais par charité le nom du peintre qu’elle expose, et aussi en souvenir des beaux moments que j’ai passé jadis dans cette galerie. La quête spirituelle de Yoshiko aux Yeux fertiles m’a surtout paru mièvre.
Par rapport à la FIAC, il y a encore à Art Paris un peu plus de peintures et un peu moins de vidéo, beaucoup moins de galeries américaines et anglaises et plus de galeries françaises de province. Cette année aura été l’arrivée des chinois, pas seulement par l’intermédiaire des galeries leur pays, ils sont largement accueillis dans plusieurs galeries française. On assiste aussi à la confirmation de l’émergence des artistes russes. Les turlupins moscovites qui dynamitaient l’hiver dernier la maison rouge ont migré à la galerie Orel Art.
J’ai été particulièrement séduit par le travail de Huang Yan exposé par la galerie Albert Benamou , qui touche à la peinture, à la photographie et au body art réussissant à réunir très habilement et esthétiquement les trois.
Cette même galerie sous l’étendard pièce unique exhibe des colosses vociférants en bronze rouge.
Actualité oblige, au détour des cimaises, beaucoup de Keith Haring et de petits Alechinsky chez Lelong, de superbes multiples pour presque toutes les bourses, de 500€ à 1000€.
L’exposition La figuration narrative ouvrant au Grand Palais le 16 avril, comme il se doit cette école est sur représentée cette année d’abord par une exposition Monory chez Sonia Zannettacci , intitulée roman-noir bien dans sa manière qui en plusieurs grandes toiles de son bleu-violet nous transporte dans le monde des films noirs américains du début des années cinquante.
Beaucoup moins convaincante est l’accrochage des petits formats d’ Erro dont peut néanmoins voir une toile savoureusement uchronique.
C’est toujours avec un plaisir renouvelé que je me rend à la galerie Arnoux, aussi bien chaque année à Art Paris, qu’à leur adresse germanopratine. Comme à leur habitude il présentait une belle sélection de l’abstraction chaude de l’école de Paris en particulier de magnifiques Oscar Gauthier (ci-dessous).
Comme toutes les foires, Art Paris permet des confrontations aussi curieuses que cocasses comme cette rencontre entre une belle œuvre de AES+F et ce Combas de belle facture.
Une telle manifestation permet aussi de prendre des nouvelles de vieilles connaissances, comme cette année Velickovic et Klassen qui ont un peu changé leur manière. Ce qui profite plus a Velickovic qu’à Klassen... Velickovic propose de grandes toiles inquiétantes sur lesquelles volent de sinistres corbeaux.
Klassen quand à lui semble avoir définitivement laché les gros plans sur les compteurs et autres extincteurs pour se laisser aller à une influence cinématographique, un peu comme Monory. Il ajoute à ses toiles néons et loupiotes sans que ces coquetteries les améliorent grandement.
La photographie est bien représentée mais les exposants a ne pas vouloir mettre en valeur qu'un seul photographe à la fois s' obligent à des juxtapositions absurdes où les images se détruisent entre elles. La galerie Dina Vierny a la judicieuse idée de se consacrer qu'à Frank Horvat, délectable...
l'élégance et l'humour d'Horvat
Il arrive qu'au détour d'une allée on tombe sur une performance technique comme ce peintre qui , sur une toile vierge seulement avec de petits amas de peinture semblant sortir directement du tube donne l'impression au spectateur du tableau de surplomber une foule en marche.
Mais le grand espoir dans un supermarché de l'art, pour un ignare dans mon genre est de faire une découverte (que par ailleurs tout le monde connait, mais c'est ainsi que l'on devient moins bête). Cette année je fus comblé par celle de Georges Noel et ses abstractions minimaliste élégante avec leur travail précis dans l'épaisseur de la matière.
ci-dessus deux tableaux de Georges Noel réalisés à 32 ans d'intervalle en 1961 et 1993.
Art Paris donne enfin l’occasion de réviser son petit viatique de l’art moderne. Cette année il y a de très belles toiles de Matta, de Sam Francis et un exceptionnel Masson, “Les pies”, très peu Massonien.
ci dessus deux superbes Sam Francis malheureusement trahis par la reproduction.
Les pies, Masson
Sans oublier quelques curiosités qui amusent toujours la population un peu plus mélangée qu’à la Fiac qui rode dans les allées . Comme cette version chinoise du radeau ne la méduse (malheureusement quasi inphotographiable) ou cette "Marianne" adepte du bondage, bien pourvue qui donnerait un peu de gaité à nos mairies ou encore parfait pour votre gazon ce centaure couleur malabar...
Edward Julius Detmold est né à Londres en 1883, il partage une égale facilité pour l'illustration et la gravure avec son frère jumeau, Charles-Maurice, jusqu'au suicide tragique de ce dernier par poison à l'âge de vingt-cinq ans. Les deux garçons ont été formés par un oncle dont la connaissance de l'histoire naturelle a favorisé leur tendance innée et leur aptitude pour l'observation des animaux. À treize ans, ils étaient déjà exposés à la Royal Academy. Edward Burne-Jones fait l'éloge de leur travail, mais leur conseille de se méfier de la routine des écoles d'art. Ils ont bientôt commencé à expérimenter la gravure. Ils ont économisé leur argent dès leur plus jeune âge de leurs premières ventes pour acheter une presse à imprimer, à partir de laquelle ils ont fait leurs propres épreuves de leur domicile. Tous deux étaient des admirateurs de Durer mais ils étaient considérablement influencée par la vogue des estampes japonaise qui faisaient fureur à l'époque. Ils ont souvent collaboré sur la même plaque en commun ils ont illustré Le Livre de la Jungle (1903) de Kipling. Après la mort de son frère Edward Julius a continué pricipalement en prenant pour thème les animaux mais aussi les plantes en général. Il l'aquarellait ses gravure tantôt effectuées sur bois et tantôt sur cuivre. Ses sujets, biologiquement précis dans le moindre détail, ont souvent été placés dans un cadre surréaliste ou leurs juxtapositions incongrues, créaientt un phénomène onirique.
From 'The Fables of Aesop' 1909
From 'The Fables of Aesop' 1909
From 'The Fables of Aesop' 1909
From 'The Fables of Aesop' 1909
From 'The Fables of Aesop' 1909
From 'The Jungle Book' 1913
From 'The Jungle Book' 1913
From 'The Jungle Book' 1913
From 'The Life of the Bee' 1901
From 'The Life of the Bee' 1901
From 'The Life of the Bee' 1901
Jasmines from 'News of spring and other nature studies' 1917
Off to the Fishing Grounds etching
Squirrel
The Fruits of the Earth
The Happy Family etching
The Hare and the Tortoise
The Pomegranate, The Apple Tree and The Bramble from “The Fables of Aesop”
The Seventh Voyage of Sinbad
Venus atrapamoscas from 'News of spring and other nature studies' 1917
Joe Coleman est un artiste atypique que l'on peut classer dans la catégorie de l'art brut. Joe Coleman est né le 22 novembre 1955 à Norwalk, dans le Connecticut, à proximité d’un cimetière, seul panorama visible depuis sa chambre d'enfant. Son père est un ex-Marine, alcoolique et brutal, et peintre du dimanche. Une vocation qu’il a encouragée chez Joe, qui lui doit son goût antagoniste de la violence et de l’art. De son grand-père maternel, boxeur, il a hérité l’énergie et l’instinct de survie. Il a été placé chez les attardés alors qu'il avait 6 ans. À dix ans, il faisait de l'art avec des ordures. À douze ans, il a mis le feu à son école et à vingt il a été renvoyé de l'école d'art parce qu'il refusait de peindre de l'abstrait. Il dit avoir tué plusieurs personnes dans sa jeunesse mais ils il n'y a pas de preuves.
Maintenant c'est un artiste reconnu, il peint des maladies, des portraits de serial killers, de criminels de guerre, etc. Influencé autant par la peinture de la Renaissance, les enluminures du moyen-âge que par les «crime comics» des années 50, l’artiste remplace des images de saints par celles de personnages contemporains à la "sainte folie" trash. Son travail se situe dans la tradition de peintres comme Bosch, Bruegel, Otto Dix, Grünewald, ou Goya, qui s’inspiraient aussi de la folie, du traumatisme ou de la souffrance. À cette sensibilité pour la perte et la peur humaine, Coleman ajoute une dimension d’humour ainsi qu’une intensité picturale qui tend vers l’hallucination.Les magazines populaires de BD, “Mad” (l’humour de Harvey Kurtzman), “E.C. Comics” (histoires d’horreur, de fantastique et de SF) et l’art forain (affiches de train-fantôme, cirques...) sont ses autres influences majeures. La haute et la basse culture ont irrigué définitivement l’inconscient artistique de Joe Coleman. En 1976, il se fait remarquer à la “School Of Visual Art” par Will Eisner (le créateur de la BD du “Spirit”). Ses premières BD sont publiées dans “Bizarre Sex”, “Dope Comics” (“Pleure, crétin, pleure”).
“The mystery of Wolverine Woo-Bait”, Coleman
Joe Coleman est aussi un performer. Il a commencé très tôt à perturber le
quotidien de ses contemporains. Quand, adolescent mal dans sa peau il ne pouvait communiquer ni sa colère, ni ses frustrations, il se baladait en voiture, choisissait un endroit, une fête où exposer ses sentiments refoulés. Il provoquait les gens, verbalement, ou en se mutilant, puis en écrivant en lettres de sang sur son front “Donnez le Christ aux Martiens”.
L’effet était imparable. Au moment où la menace de représailles était trop forte, Joe faisait exploser des énormes pétard dissimulés sous sa chemise. La surprise était totale. Les réactions oscillaient entre l’hébétude, la confusion et la terreur. Rassurons les esprits: Coleman n’a jamais blessé personne, ni eu de gros pépins. Plus tard, les clubs musicaux ont accueilli ses angoissantes performances et Coleman se calme peu à peu. Dans les années 90, il ne fait plus que trois shows par an environ, plus quelques interventions spontanées dans la rue. A présent, il se concentre sur ses peintures et ses BD maniaques, surchargées de détails, prêtes à imploser et à sortir du cadre.
Mais si le fond de l'oeuvre et la personnalité de l'artiste ne vous paraissent pas très ragoutant, on peut s'intéresser davantage à la forme, et c'est de cela que j'ai plutôt envie de vous entretenir ici.
Le travail de Joe Coleman est fortement "encadré". Il peut y avoir un cadre externe fait de pièces de métal assemblées (Indian Larry's wild ride, 2006, en haut) qui repoussent, défendent et délimitent comme des fortifications avancées (ou emprisonne le sujet, pour peut-être empécher un serial killer de sortir de son cadre?). Ensuite le cadre même de la toile est non seulement peint, comme ci-dessous, mais souvent orné de figurines, autant de guerriers en armes gardant les marches (The Big Bang Theory, 1999, ci-contre).
Et à l'intérieur même de la toile, chaque image est à son tour encadrée, enfermée, compressée à l'intérieur d'un cadre fait d'un trait épais, de texte ou d'autres images. Les mots sont omniprésents, envahissant l'espace dans une écriture minuscule, minutieuse de maîtresse d'école. Il faut remplir le vide, aucun espace de la toile ne doit rester vierge, le peintre doit tout occuper, marquer tout son territoire. Tout doit être obsessionnellement compartimenté, fragmenté, maîtrisé (Tenebrae for Carlo Gesualdo, 2004).
C'est cette obsession à occuper la moindre surface de la toile à sa disposition qui pour moi le fait apparenter à l'art brut et révèle, plus que ses thèmes un certain déséquilibre psychique chez l'artiste.
En 2007 une exposition lui a été consacrée au Palais de Tokyo à Paris et j'ai pu voir quelques unes de ses oeuvres dans les différentes FIAC que j'ai arpentées.
Charles Manson
Albert Fish
Joe Coleman est aussi devenu une icône de la jet set. A son dernier mariage il y a 4 ans à Baltimore, tous les damnés d’Hollywood étaient présents, comme Denis Hopper ou John Waters. Leonardo Di Caprio et Johnny Depp collectionnent ses tableaux.
Joe fait un détour par le cinéma et incarne dans un film underground un serial killer, son personnage favori.
Louis-Ferdinand Celine
Jane Mansfeld
Son appartement à New York est un vrai musée de l’épouvante, entre chambre des tortures du Moyen-âge et cabinet du Dr Frankenstein. En 1972, sous le sobriquet de Professeur Mombooze-o, Joe conçoit ses premières performances appelées "Party explosions".
Quand on lui demande pourquoi il peint ses scènes apocalypse quoeil aime accrocher sur ses murs, il répond qu'uil lui semble plus facile de « vivre avec ses démons, d'en faire ses amis » quand on les a sous les yeux, « ça permet de les apprivoiser »