Olivier sur mon balcon
La Varenne, été 1983
un regard sur les arts et les lettres
La Varenne, été 1983
En plein centre historique d'Istanbul, cette citerne est le plus majestueux vestige antique de la ville. Elle fut construite au milieu du VI ème siècle. Elle était alimentée par l'aqueduc construit par Hadrien. Elle était en mesure de combler les besoins en eau du palais impériale et de sainte Sophie toute proche. Elle avait une capacité de 80 000 m3. Aujourd'hui on peut voir 336 colonnes de 8 mètres de haut réparties en 12 rangées de 28, disposées à 4 mètre l'une de l'autre. On peut penser à certains détails que certaines proviennent de bâtiments plus anciens. Aujourd'hui il y a quelques dizaines de centimètres d'eau dans laquelle nagent des poissons.
Ces têtes de méduse sont d'époque romaine. Elles proviennent d'un monument antique d'Istanbul et ont été réutilisées pour servir de socle à des colonnes
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couverture de l'album de luxe
Alix et Enak sont en villégiature à Pompéi, reçus par l'édile de la ville, lorsque une nuit un un homme est poignardé à mort à la porte de la villa. L'infortuné a juste le temps de prévenir le garçon que César est en danger et de prononcer le sinistre mot de Baal. Nos héros rejoignent Rome pour constater que des sectateurs de Moloch y font régner la terreur et qu'ils sont à la solde du grand Pompée.
Michel Lafon*, le scénariste de cette aventure, située entièrement en Italie, elle commence et se termine à Pompéi. Dater "La conjuration de Baal" est simple, puisqu'on y voit un évènement historique connu : la fuite de Pompée, qui part de Rome pour échapper à César, après que ce dernier ait franchi le Rubicon ( 12 janvier -49 ) : nous sommes donc au premier trimestre -49 Michel Lafon, l'a située immédiatement après celle du « Dieu sauvage, la neuvième dessinée par Jacques Martin. Pour cela Lafon ressuscite la secte des molochistes que l'on avait cru éradiquée depuis « Le tombeau étrusque ». Ce retour s'il fait que le lecteur fidèle des aventures d'Alix se retrouve immédiatement en pays connu, manque d'originalité, même si cette fois les adorateurs du dieu dévoreur d'enfants sont aussi des affidés de Pompée, ce qui est une pure invention historique, Pompée n'ayant à ma connaissance aucune accointance avec des adorateurs de Baal.

Bientôt Enak est enlevé par les conjurés et après une exposition bavarde de la situation politique à Rome, la suite de l'album se résume presque à la tentative d'Alix pour sauver son ami.
C'est un peu mince comme ressort scénaristique et le moins que l'on puisse dire c'est que cela ne renouvelle pas la saga d'Alix et Enak. D'après la postface que donne Michel Lafon à l'album le renouvellement n'était pas son but, il a voulu clore la geste des cinq premiers albums des aventures d'Alix, Alix l'intrépide, Le sphinx d'or, L'ile maudite, La tiare d'Oribal et la griffe noire que le scénariste considère comme une seule et même histoire qui forme le socle sur lequel se développera toute la geste alixienne, tout en se réclamant, avec la résurgence des molochistes, du Tombeau étrusque. Si on ne peut être que d'accord avec cette analyse on ne voit pas bien ce qu'apporte « La conjuration de Baal » malgré le talent de Christophe Simon à ce piédestal. On a parfois à la lecture de ce trentième opus alixéen, d'être devant une compilation des passages obligés des aventures du jeune gaulois romanisé, rien ne manque l'insaisissable Arbaces, Enak en appât, le félon que l'habitué du jeune gaulois aura vite démasqué, les jeux politiques compliqués de César, l'avidité de pouvoir du grand Pompée...

J'approuve pleinement Michel Lafon lorsqu'il écrit: << Il faut donner à toutes nouvelles aventure d'Alix et d'Enak la chance de remonter à ces sources inspirées et de partager un peu de leur puissance mythique.>> mais plus qu'un approfondissement des thèmes de Jacques Martin, on a un peu l'impression d'être dans cette conjuration de Baal face à un trop sage hommage.
Les meurtres par le feu d'enfants sont récurrents dans l'oeuvre martinienne. Dans Alix, bien sûr, mais aussi dans Jhen : Gilles de Rais est lui aussi adonné aux crimes rituels, aux meurtres d'enfants. Etrange fascination de Jacques Martin, mais sans ces monstres pervers... pas d'aventures pour les héros justiciers.
Il y a quelques fautes historiques comme par exemple à propos du Vésuve. Le Vésuve était inactif depuis des siècles, et les Romains ignoraient que c'était un volcan. Donc, oublions ce cratère béant et bouillonnant de magma : historiquement, c'est une faute.
D'autre part, comme proconsul des Gaules César ne pouvait se trouver à Rome (en même temps que Pompée !) sans se mettre hors-la-loi. Ce qu'il fera en janvier 49, à la tête de la XIIIe légion : le passage du Rubicon ! Michel Lafon a démonté les faits pour les inverser.
Que des sénateurs romains s'acoquinent avec ces adorateur de Baal, quel que soit leur avidité de pouvoir, est impensable. La haine du Carthaginois était trop forte. Les chiffres du recensement des citoyens avant et après le passage d'Hannibal : il a diminué de près de la moitié. Il existait suffisamment de bandes armées pour faire le sale travail de milices privées : celle de Clodius, celle de Milon sont connues. Mais avec leur accoutrement folklorique, les Molochistes adonnés aux crimes rituels relèvent davantage de la littérature populaire (Cela me rappelle un "Harry Dickson"...).
Dans cet album, on retrouve donc ces souterrains étouffants gardés par les sinistres molochistes, mais aussi les verdoyants paysages d'Italie, et aussi ces cavalcades furieuses d'une ville à l'autre. Par moment, les personnages arpentent d'interminables voies romaines.
Le dessin de Christophe Simon est presque sans reproche. On peut juste lui reprocher un encrage parfois un peu lourd qui enlève un peu du dynamisme naturel que possède son crayonné. Plus à l'aise dans les anatomies que dans les décors Simon privilégie les gros plans de ses héros. La mise en couleur, très soignée, est dominée par les bruns et les rouges sombres. Elle est pensée par doubles pages qui offrent ainsi de beaux camaïeux au lecteur.
La conjuration de Baal est un trop classique démarquage des premiers albums de Jacques Martin que Christophe Simon magnifie par son dessin bien maitrisé.

* Michel Lafon est décédé en octobre 2014. Grand ami de Benoit Peeters, Michel Lafon était professeur de littérature argentine à l'université Stendhal de Grenoble. Il a publié un premier roman chez Gallimard en 2008," Une vie de Pierre Ménard", qui a obtenu le prix Valery Larbaud 2009. Puis, Michel Lafon a publié de nombreux ouvrages consacrés à la littérature argentine ou à des questions de théorie littéraire, comme Nous est un autre – Enquête sur les duos d'écrivains, un essai sur l'écriture en collaboration paru chez Flammarion en 2006, écrit en collaboration avec Benoît Peeters. Il a aussi édité l'ensemble des romans d'Adolfo Bioy Casares dans un volume de la collection "Bouquins", chez Robert Laffont dont il était un grand spécialiste Bioy Casares, ainsi que de Borges.
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Musée de Grenoble (photo Ismau)
Kenwood house est une ancienne maison de maitre, à Hampstead, à 20 minutes en métro du centre de Londres, à la limite nord de Hampstead Heath. La maison d'origine date du début du 17ème siècle. Elle était connu alors sous le nom de Caen Wood House. L' orangerie a été ajouté aux environs de 1700 (elle abrite aujourd'hui la boutique du musée). En 1754 , elle a été achetée par William Murray, premier comte de Mansfield . Il a demandé à Robert Adam de la remodeler 1764-1779. Adam a ajouté la bibliothèque ( l' un de ses intérieurs les plus célèbres) pour équilibrer l'orangerie. Il a aussi ajouté le portique Ionic à l'entrée. En 1793-96, George Saunders ajouta deux ailes sur le côté nord qui abritaient des bureaux et les cuisines (maintenant le restaurant).
Le 2e comte et la comtesse de Mansfield ajoutèrent une laiterie pour fournir à Kenwood House du lait et du fromage. Après deux ans de négociations, le 6ème Comte de Mansfielda loua la maison en 1910 aux exilés qu'étaient le Grand - Duc Michael Mikhailovich de la Russie et son épouse la comtesse Sophie de Merenberg.
Sir Iveagh , un riche homme d' affaires et philanthrope anglo-irlandais (de la famille Guinness ), a acheté la maison à la famille Mansfield en 1925 et il a laissé à la nation à sa mort en 1927. La maison a été ouverte au public en 1928. Le mobilier avait déjà été vendu à ce moment-là, mais certains meubles ont depuis été rachetés. Les peintures sont de la collection d'Iveagh. Une partie du terrain a été achetée par le Kenwood Preservation Council en 1922.
Gilles Schlesser a eu l’idée de compiler toutes les adresses de tous les plumitifs qui ont résidé un jour à Paris (il en a oublié quelques uns, à l’impossible nul n’est tenu. Mais ses oublis sont peut être signifiant) Pour ce faire il a pris tous les arrondissements en commençant par le 1 er et terminant par le 20 ème. Dans chacun listé par ordre alphabétique de A à Z comme il se doit, les rue dans lesquels des écrivains ont habité, en commençant par le numéro le plus petit pour finir par le plus grand. Après le nom de chaque rue, il a apposé une phrase d’un auteur dans lequel le nom de cette rue figure. A chaque numéro qui a eu la chance d’héberger un scribe, on trouve une petite anecdote ou un court extrait d’une oeuvre du monsieur ou une critique d’un de ses confrères sur l’oeuvre de cet auteur, critique d’ailleurs rarement bienveillante. Parfois également Schlesser se fend d’un commentaire sur le résident, réflexion pas toujours amène. C’est étourdissant d’érudition, sans bouger de son fauteuil on révise à la fois la géographie et l’histoire de Paris et surtout on s’imbibe de l’Histoire de la littérature française et même mondiale car ils sont nombreux les « estrangers » à avoir scribouillé au bord de la Seine. Bon Schlesser à ses marottes comme j’en ai déduit à le lire qu’il est juif, ce qui n’est pas une injure, il note la moindre sortie antisémite des écrivassiers, il faut reconnaitre que l’antisémitisme étant l’une des lubies les mieux partager chez les gens de plume ce n’est pas trop difficile. Etre antisémite ce n’est pas bien, c’est surtout imbécile, mais je ne suivrais pas Schlesser jusqu’à à en faire l’aune à laquelle on mesure la valeur d’une oeuvre. Cette obsession le conduit à chasser le collaborateur, si bien que l’on a parfois l’impression de lire le resistantialiste « Les lettres françaises » dans les années 50 de feu Aragon. C’est un peu lassant mais on s’y fait. Autre marotte de notre compilateur: le surréalisme pas un déménagement de Breton et de sa bande (à géométrie variable au fur et à mesure des bannissements) ne nous est épargné et ils bougent beaucoup les bougres certes moins que Beaudelaire ou Balzac les rois du déménagement à la cloche de bois. Schlesser porte une attention particulière aux poètes, et il y en des « pouet pouet » qui ont lutiné la muse, et aux théâtreux dont la plupart sont des fabricants de fours le bide en avant.
On trouve dans ses notules quelques jugements incongrus qui sonnent comme des poèmes; à propos de Roger Vercel par exemple: << Il publia dix huit romans, la plupart maritimes, mais ne s’aventura jamais au-delà du bassin Vauban de Saint-Malo. René Coty, dit-on, appréciait sa prose.>>.
On tombe également sur des informations quelque peu surréalistes, ce qui n’est en fait pas très surprenant car le lecteur se doute que l’auteur est un fin connaisseur de cette école et de son pape atrabilaire Breton. Par exemple j’ai appris que l’auteur de la coquine chanson Le Fiacre qui aurait été inspirée par un épisode croustillant de Madame Bovary, un certain Xamrof, de son vrai nom Léon Fourneau aurait eu le premier l’idée de fixer des roulettes sur les valises. Il aura désormais droit à mon éternel reconnaissance…
Pour les petites phrases contenant des nom de rue, il y a ceux qui s’impose avec aisance, Fargue, évidemment, le piéton de Paris et un peu moins attendu Balzac, Malet, Féval, Eugène Sue et bien sur Modiano, le chouchou de Schlesser auquel il a déjà consacré un bel album: Le Paris de Modiano.
Cette réunion d’auteurs démontre que la postérité est bien mauvaise fille.
Je vous propose un jeu. Pour vous le prouver je vais vous donner la liste des auteurs et vous compterez combien vous en connaissez. Je vais commencer par ceux qui ont fait figurer le nom d’une rue du premier arrondissement dans une de leur soeuvres, puis ce sera la liste des forçats de la plume qui ont créché dans ce même arrondissement. Pourquoi le premier et bien parce que c’est le premier dans le livre et que ce n’est pas l’arrondissement de prédilection des plumitifs de tout poil donc les listes seront courtes, mais il en va de même pour les 19 autres arrondissements. Or donc voilà la première liste: Jean Dutour, Edmond et Jules Goncourt, Denise Tual, Emile Zola, Roland Dorgeles, Maurice Sach, Jacques Roubaud, Anatole France, Marcel Aymé, Michel Zévaco, Didier Decoin, René-Jean Clot, Jacques Perret, Alexandre Dumas, Roger Martin du Gard, Louis Aragon, Le notre, Lionel Salaun, Simenon, Victor Hugo, Gérard de Nerval, Serge Bramly, Guy de Maupassant, Balzac, Anne Charton, Maurice Leblanc, Apolllinaire, Philippe Vilain, Eugène Sue, Yann Queffélec, Modiano, Jacques Audiberti, Céline, Erckmann-Chatrian, Marc Alyn, Roger Vailland, Gabriel Matzneff, Fanny Bourgeois, San Antonio, Christine de Rivoyre, Louis Huart, Ponson du Terrail
Et maintenant la deuxième: Kafka, Corneille, Colette, Stefan Zweig, Cocteau, Jean Giraudoux, Nerval, Aloysius Bertrand, Auguste Romieu, Eugène Sue, Jean-François Marmontel, Fargue, Balzac, Guy Goffette, Choderlos de Laclos, François de Malherbe, Jean-Pierre Claris de Florian, Yves Simon, Vidocq, André Breton, Henri Rochefort, Mark Twain, Tristan Derême, André Vers, Alexandre Dumas, Daniel Halevy, La Fontaine, Rousseau, Louise Dupin, Scribe, Louis-Sébastien Mercier, Charpentier, Paul Auster, Arrabal, César Vallejo, Léautaud, Jean-François Ducis, Musset, Chamfort, Walter Scott, Jean-Louis Vaudoyer, Paul Morand, Jean Cocteau, Emmanuel Berl, Malraux, Paul Vimaitre, le baron d’Holbach, Scott Fitzgerald, Auguste Comte, Voltaire, Vercors, Raymond Queneau, Nerval, d’Alembert, Diderot, Molière, Emile Augier, Lockroy, Beaudelaire, Marivaux, George Sand, Chénier, Maxime Formont, Ollendorff, Stendhal, Flers, Marceline Delbordes-Valmore, Chateaubriand, Henri Troyat, Yourcenar, Sinclair Lewis, Graham Greene, Tolstoi, Bjornson, Tourgueniev, Paul Ginisty, Walter Scott, Dickens, Félix Gallipaux, Chardonne, Perec, Fontenelle, Louis de Fontanes, Mélanie Waldor, Edouard Ourliac, Ernest Legouvé, Helvétius, Bossuet, Edmond Jaloux, Voltaire, Marcel Schwob, Théophile Gautier, Emile Augier
Les éditions Séguier n’ont pas oublié qu’un livre est aussi un objet ce que malheureusement beaucoup d’éditeurs oublient. Le pavé de Schlesser est bien beau, presque cubique comme il se doit pour un pavé, avec un joli dessin sur la couverture figurant quelques auteurs parsemant la carte de la capitale. Au début de chaque chapitre concernant un arrondissement parisien on trouve la carte du dit arrondissement. Si l’ouvrage est esthétique il est aussi pratique puisqu’à la fin de l’ouvrage on trouve deux lexiques alphabétiques, l’un pour les rues, l’autre pour les auteurs cités.
Pour que Schlesser ne s’imagine pas que son merveilleux livres soit parfait et que surtout il puisse améliorer sou ours lors d’une réédition, il serait beau qu’il relise soigneusement les 1196 page de son opus cela éviterait pour le futur quelques fautes d’impressions certains 1800 se transforme en 1900, ce qui offre parfois de belles longévité à certains impétrants et aussi quelque bourdes par exemple James Hadley Chase n’a jamais été américain, même si la plupart de ses romans, Chase fut une des grandes lectures de mon adolescence, se déroulent outre Atlantique mais leur auteur est né à Londres. Une prochaine édition permettra de réparer quelques fâcheux oubli par exemple ceux de Claude Michel Cluny, de René Huguenin, Pierre Gripari, Matzneff (pourtant bénéficiant d’un court extrait d’un de ses livres, René Sherer, François Furet, Roger Peyrefitte, Maspero, Roger Vrigny, Christian Giudicelli et sans doute de quelques autre. Allez au boulot Schlesser, vite la prochaine édition.
Mais ces petites piques ne sont que peccadilles ce gros ouvrage est une merveille.
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Paris, octobre 2025