UNE APRÉS-MIDI AU LOUVRE
Antiquités gréco-romaines







La sculpture française du XVII, XVIII et XIX ème siècle




















Paris, mai 2012
un regard sur les arts et les lettres
Antiquités gréco-romaines







La sculpture française du XVII, XVIII et XIX ème siècle




















Paris, mai 2012
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Bolelli et Vavassori
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Peers et Ebden qui gagneront la rencontre
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Cash et Glasspool
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Arends et Johnson les futurs vainqueurs
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Paris juin 2025, photo B.A
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Je prend l'oeuvre de Mitchell à rebours. J'ai commencé par le merveilleux « Les mille printemps de Jacob Zoet » continué par la « Cartographie des nuages » et me voici avec « Ecrits fantômes » son premier livre paru en France. Comme dans la cartographie des nuages, en fait de roman, nous avons plus à faire à une suite de nouvelles dont le lien entre elles est si ténu, tout du moins entre certaines, que je ne l'ai pas découvert; sa recherche m'a rappelé le jeu qui consistait, lorsque j'étais enfant, à trouver une figure cachée dans une image plus grande où les détails et entrelacs foisonnaient. Il faut attendre la trois centième page environ, le livre en compte plus de cinq cents, pour que les relations entre les histoires apparaissent véritablement. A chaque chapitre, nous changeons de narrateur, de lieu, de milieu, parfois d'époque bien que nous soyons toujours relié avec les années d'écriture du livre mais pas vraiment de ton, c'est une des différences avec « Cartographie des nuages ». L'attaque du livre est déconcertant, cela semble être une marque de fabrique de l'auteur, il faut quelques pages au lecteur pour réaliser que nous sommes, en gros à notre époque, tant le monologue du narrateur est extravagant et répond à une folle logique, qui, heureusement, nous est étrangère. Après ce flottement nous comprenons que nous avons à faire au terroriste responsable de l'attaque au gaz sarin du métro de Tokyo le 20 mars 1995. Le roman commence le lendemain de son acte ce qui date précisément le livre. Le narrateur suivant est tout autre et pour moi le plus sympathique de ceux qui vont prendre la parole. « Ecrits fantômes » est entièrement écrit à la première personne du singulier. Il s'agit d'un jeune tokyoite, vendeur de disques de collection, « la bande son » du roman a son importance » qui s'interroge sur son avenir et tombe amoureux d'une jeune et belle hong-kongaise. On quitte ce garçon avec regret en imaginant, comme lui, son devenir pour investir l'esprit d'un traider britannique en poste à Hong-Kong qui finira mal, puis Mitchell par l'intermédiaire d'une chinoise tenancière d'un boui-boui au bord d'un chemin de pèlerinage, réussit par ses yeux à faire défiler quatre vingt ans d'Histoire de la Chine. Je crois que pour le héros suivant je peux m'avancer en écrivant que c'est un personnage inédit dans toute l'histoire du roman puisque nous sommes en présence d'un esprit amnésique qui en investissant différentes enveloppes corporelles, en Mongolie, cherche à percer le mystère de ses origines. L'épisode qui vient après est beaucoup plus prosaïque puisque le lecteur se trouve au centre d'un gang russe de trafic de tableaux dont la victime est le musée de l'Ermitage.
Comme tous les recueils de nouvelles, car je maintiens qu' « Ecrits fantôme » est plus cela qu'un roman, ce qui ne préjuge pas de la qualité de l'ouvrage, le niveau des nouvelles n'est pas homogène. On est époustouflé par l'aisance qu'a David Mitchell à investir des personnalités aussi différentes qu'un londonien musicien de rock, un paysan mongol, une vieille chinoise ou un étudiant japonais, exemples pris dans la cohorte des personnages de tout age, de tout pays et de condition variée que l'on croise dans l'ouvrage.
Il y a quelques temps je chroniquais « Les souvenirs sont au comptoir » d'Angelo Rinaldi, en écrivant qu'un dernier chapitre très réussi pouvait sauver un roman à demi raté. Dans le cas des « Ecrits fantômes » c'est l'inverse une des nouvelles est bien près de faire sombrer l'ensemble. Il s'agit de « Train de nuit », l'avant dernière du volume; dans laquelle on croirait lire une de ces nouvelles de science-fiction des année soixante dix qui dégoulinait de moraline progressiste et de considérations fumeuses sur l'avenir. David Mitchell met en scène un dialogue entre un animateur d'une émission de nuit sur une radio new-yorkaise et un cousin de son esprit amnésique que l'on a croisé précédemment dans ce qui est un des meilleurs segments du livre. Si ce « Train de nuit » me paraît hors sujet par rapport au reste du livre, il n'en reste pas moins lui aussi un tour de force stylistique puisqu'il n'est composé que de dialogue, comme une pièce de théâtre radiophonique! Un des problèmes de David Mitchell est qu'il est si doué qu'il ne sait pas résister au plaisir de faire un numéro littéraire. Heureusement ceux-ci sont presque tous réussis dans « Ecrits fantômes ».
Difficile aussi de situer ce recueil dans un genre littéraire puisqu'il passe d'un récit intimiste à un roman policier ou de science-fiction mais les interrogations métaphysique ne sont jamais loin La somme complexe des causes et conséquences permet-elle le libre-arbitre ? A travers le pessimisme de tout le livre on en arrive à se demander si la somme complexe des causes et des conséquences permet le libre-arbitre ?
Si la cartographie des nuages est une traversée du temps, Ecrits fantômes est une errance géographique, les nouvelles se passent toute sur une période limitée de quelques mois. Vers la fin du volume, on s'aperçoit que nous sommes pas dans notre univers, mais plutôt dans un temps parallèle.
« Ecrits fantômes » estle premier roman de David Mitchell il lui a permis d’être considéré comme un des meilleurs auteurs du renouveau littéraire anglo-saxon. On y voit déjà ce qui sera présent dans ses livres suivant, notamment l’intertextualité et l’interconnexion de faits dans le temps et l’espace…L’auteur joue avec l’effet papillon entre un terroriste abandonné sur une île au Japon, un fan de jazz à Tokyo, un trader anglais visité par le fantôme d'une petite fille à Hong-kong, une scientifique spécialiste de physique quantique poursuivie par tous les services secrets de la planète, un trafiquant d'art à Saint-Pétersbourg et un esprit omnipotent perdu dans un cyberespace alternatif…
Je conseille vivement de lire ce livre mais pas les deux derniers chapitres, j'ai déjà dit ce que je pensais de l'avant dernier quand au dernier, il pourrait être le début de la première nouvelle et n'est là, même s'il est fort bien fait, que pour la géographie littéraire de l'ensemble.
Ludovic Thiriez est un artiste français qui vit et travaille à Budapest en Hongrie.
Il est principalement peintre mais, souvent, il associe installations et objets à des peintures. Ses principales recherches ces dernières années se développent autour du thème de l'enfance : il explore cette période de la vie, ses contrastes, ses émotions, ses transitions et ses passions qui reflètent notre condition d'être humain.
Sa peinture est comme une accumulation d'expériences, d'images et d'idées ; un mélange que l'artiste organise de manière simple et chaotique. Décrivant son travail, il aime parler de collages, d'éléments superposés qui racontent des histoires qui oscillent entre réalité, conte de fées et surréalisme. Sur la toile, la composition est construite sur le contraste des coups de pinceaux abstraits avec l'élément figuratif.
La vie apparaît comme un oxymore, une contradiction romantique qui crée un équilibre fragile.
La nature et les plantes sont des présences constantes mais c'est après son voyage au Brésil que l'utilisation de l'élément naturel est davantage soulignée dans ses peintures. Dans une sorte de magie, les arbres et les plantes trouvent leur chemin vers un parfait équilibre visuel.
Il y a quarante cinq ans, pour la première fois, j'ai pénétré ce stade qui était magique pour le gamin que j'étais alors. Il s'apprètait à ramasser les balles des Emerson, Stolle et autre Darmon. Mais il n'y avait pas encore d'ombrelle pour protéger les joueurs contre les feux du soleil. Quel plaisir, cette année de retrouver Roland Garros sous la canicule.
Les attitudes des ramasseurs, toujours aussi vigilant aux balles, n'ont presque pas changé en un demi siècle! Je remarque que beaucoup de ces gamins, qui se dépensent pourtant sans compter, sont en sur poids! Quel pays où même les sportifs sont guettés par la mauvaise graisse!
Le plaisir des premiers tours n'est pas seulement de voir jouer Nadal ou Federer sur le Central mais surtout avec un billet pour le court Philippe Chatrier de dénicher, sur un court annexe, comme je l'ai fait cet après midi, des joueurs évoluant vers la centième place du classement pour lesquels un premier tour d'un tournois du grand chelem est aussi important qu'une finale pour les dix premiers du tableau. C'est ainsi qu'une fois encore, j'ai vibré pour des quasi inconnus, durant Trois heures trente, débout à me faire roussir les mollets, tantôt pour un ouzbek, tantôt pour un colombien, pour lesquels cette rencontre était capitale .
Et puis quel plaisir, assis dans le Central de voir jouer Federer, le plus beau tennis dans le circuit aujourd'hui...
Et il y a toujours de jolis spectateurs...
Pour apprécier pleinement Roland Garros lors de la première semaine du tournoi, mieux vaut en connaître le mode d'emploi qui ne s'acquiert qu'après une petite expérience du stade de la porte d'Auteuil. Les rencontres les plus intéressantes des premiers tours ne sont presque jamais sur les courts principaux où le plus souvent des têtes de série exécutent d'obscurs joueurs, pour qui jouer sur le central, auquel on a eu la bonne idée de donner le nom de Philippe Chatrier, auquel le tennis, et pas seulement le tennis français, doit beaucoup, est déjà une victoire, mais sur les courts annexes.
Sur ces terrains, parfois assez éloignés du Central, se disputent des rencontres entre des joueurs proches au classement ou encore entre une tête de série et un joueur assez mal classé mais spécialiste de la terre battue. C'était le cas jeudi dernier, sur le court 5, où s'affrontaient le russe Andreev, qui émarge à la 28 ème place, et l'argentin Vassallo-Arguello, un authentique terrien.
Andreev
Vassallo-Arguello
Toute l'astuce consiste donc a repérer quel est le premier match de la journée le plus intéressant en lisant sur "l'équipe" la répartition des rencontres sur les différents courts. Jeudi dernier j'avais jeté mon dévolu sur cette rencontre Andreev - Vassallo-Arguello, lui suite prouvera que j'avais raison. Il faut donc une fois entré dans le stade, ce qui n'est pas une mince affaire surtout lorsque l'on est muni d'un billet électronique, car l'entrée est très éloignée, se précipiter vers ce court pour espérer avoir une place.
Après avoir slalomé dans les allées encombrées du stade jusqu'au petites tribunes du court 5, je repère qu'il y a une place au bord du court, presque au niveau du filet. Après un petit exercice d'équilibriste me voilà à pied d'oeuvre. Les joueurs entrent sur court, la partie va commencer.
Le match tient toutes ses promesses. Chacun des deux joueurs sont bien décidés à mettre toutes leurs forces dans la balance pour que la victoire penche en leur faveur. Les échanges sont longs et acharnés. Chaque set atteint l'heure de jeu. Le tennis est peut être douloureux pour les pieds. Au troisième set, Andreev demande le médecin qui va lui confectionner une belle poupée au gros orteil.
Andreev a fini par gagner en cinq sets. Son jeu d'attaque a eu raison de la défense pugnasse de l'argentin. Mais il lui a fallu exactement 4h 59mn pour conclure et pendant tout ce temps je n'ai pas quitté mon petit bord du court. Il est temps de se restaurer, les glaces sont tentantes et je me laisse séduire par une belle composition de trois boules avec fruit et chantilly que j'emporte jusqu'au Lenglen où va commencer Tsonga - Monaco.
Lorsque l'on vient de suivre un match durant près de cinq heures, il est un peu difficile de rentrer immédiatement dans une autre partie. Il faut tout d'abord se "refaire l'oeil" car on vient de suivre une rencontre à parfois deux mètre des joueurs et là, sur ce central bis, je suis assez loin et qui plus est en fond de court, alors que sur le cinq j'avais une vision latérale du jeu.
Lorsque l'on est en haut de la tribune sud du Lenglen, on ne voit que quelques cimes d'arbre dépasser de l'arrondi de la tribune nord. On peut alors imaginer que le stade est perdu en pleine forêt...
Il n'a fallu que quatre sets et un peu plus de trois heure pour vaincre Monaco. Je n'ai plus assez faim de tennis pour attendre le début de la rencontre suivante qui sera très vraisemblablement arrêtée par la nuit. Il est temps de quitter Roland Garros mais ce n'est qu'un au revoir puisque j'y retourne lundi...
Lorsque, comme moi, on ne suit que le tennis masculin, l'organisation du spectateur est différent durant la deuxième semaine par rapport à la première. Les rencontres qui m'intéressent se dérouleront donc après le premier match féminin sur le central pour lequel j'ai un billet. C'est la bonne journée, si l'on prend soin d'être à la porte du stade dès l'ouverture, à 10h 30, pour profiter du site. La foule y est moins dense dans la deuxième semaine par rapport au début du tournoi.
Dés le deuxième lundi, commencent les tournois juniors masculin et féminin. C'est toujours un peu émouvant de voir ces jeunes gens qui tous rêvent d'accéder dans les années prochaines au grand tableau. C'est aussi l'occasion de repérer les champions de demain. Le tournoi des junior est aussi une des meilleurs occasions pour admirer le ballet des ramasseurs de balles. Dés l'entrée j'ai profité du temps qui me séparait du premier simple homme pour visiter le tenniseum et son exposition sur le tennis et la bande-dessinée. Je vous en parlerai dans les jours qui viennent.
Ils sont admirables ces ramasseurs qui sont aussi vaillants sur ces courts annexes sur lesquels ils ramassent les balles de joueurs parfois à peine plus agés qu'eux que sur le central.
On m'avais indiqué ce jeune joueur espagnol, l'un des favoris du tournoi junior. Sa frappe est en effet très lourde mais il est à craindre pour lui, que si sa taille ne s'augmente pas quelques centimètres, il ne parvienne pas à briller chez les séniors.
.
11h 30 c'est l'heure d'ouverture de l'excellent restaurant du stade qui n'est agréable que tôt, lorsque la foule ne s'y presse pas et par beau temps comme aujourd'hui. Après un bon déjeuner il est temps maintenant de rejoindre le court Philippe Chatrier sur lequel commence la rencontre Haas-Federer...
Haas
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Federer
Sur le central les ramasseurs sont fiers de ramasser les balles de leurs idoles mais en contrepartie ils y courent beaucoups plus que sur les autres terrains. Federer après être passé très près de la défaite au troisième set a réussi à retourner la situation pour finir par l'emporter en cinq manches. Entre les deux matchs de huitième de finale du tableau masculin, la fédération française de tennis a eu la bonne idée d'organiser une petite cérémonie pour le dernier Roland Garros de Fabrice Santoro? un joueur qui était un de ceux que j'aimais le plus voir jouer.
Avec le second match entre Tsonga et Del Potro la température du stade est considérablement montée même si le public s'est assez vite aperçu que le français n'arriverait pas à battre l'argentin.
Del Potro
Tsonga.
C'est toujours un peu de nostalgie que je prend la sortie du stade, encore une année de plus, une année de moins, c'était peut être mon dernier Roland Garros qui sait? Je vais maintenant suivre la fin à la télévision...

Réjouissons nous le Grand Palais est libéré des impressionnistes. Enfin une exposition officielle de peintres vivants.
Voilà un accrochage qui chez moi à la fois remué bien des souvenirs et fait naître bien des questions.
Avant remémorations et interrogations, voyons de quoi il s’agit . Nous avons à faire à un panorama de l’”école”, non constituée, de la figuration narrative qui a regroupé un certains nombre de peintres qui s’opposaient au diktat de l’abstraction de l’école de Paris. Il s’agissait entre autres de Monory, Fromanger, Rancillac, Klasen , Arroyo , Erro... Comme le nom de leur groupe l’indique trouvé, par leur rassembleur, le critique Gérald Gassiot-Talabot , ils se voulaient et se veulent toujours pour les survivants de cette équipée, figuratifs mais au delà de la forme (et pourtant!) qui est nourri de la BD, de la photographie, du cinéma ou des images d'actualité. Ils avaient aussi en commun un grand sens de la couleur qu’ils utilisaient souvent pure en et aplat.

Peter Saul
Mais ils étaient surtout, et le sont resté pour certains, très engagés à gauche. A ce titre ils ne s’opposaient pas seulement à l’abstraction mais aussi à la “figuration bourgeoise” que l’on pouvait voir rive droite avenue Matignon où à la galerie de Paris qui était le fief d’Yves Brayer, cette peinture aujourd’hui se survit, complètement ignorée de la critique, chez un Jouenne par exemple. Contrairement à ces peintres dont la peinture, surtout de paysages, est étrangement intemporelle, riche en “petites bretagnes” et “provences ensoleillés, nos mousquetaires de la figuration narrative voulaient ferrailler avec les tenants du pouvoir capitaliste. Ils entrèrent très vite en conflit avec un autre groupe, Les nouveaux réalistes César, Arman, Ben..., organisés par le charismatique Restany, qui étaient les tenants d’un art sociologique. Ils étaient classés à droite à cause de leur mentor. Cette guerre des clans curieusement ne paraissait pas, alors ridicule; mais ce dont ne s’aperçurent pas les belligérants c’est que les américains allaient les mettre très vite tous d’accord. Paris n’était plus le centre du monde de l’art c’était dorénavant New York. Un événement allait les réveiller, mais trop tard, l’attribution du Grand Prix à la biennale de Venise de 1964 à Rauschenberg.

Fromanger
Comble de malheur pour la figuration narrative, dans ces mêmes années, Paris découvre le pop art anglais et surtout américain avec notamment Wahrol et Rosenquist. Des critiques assez mal intentionnés (et dollardisés) accuseront la figuration narrative de copier les anglo-saxons.
Faisons immédiatement un sort à cette accusation. Si comme les artistes de la figuration narrative ceux du pop art se servent, d’une part des objets du quotidien et d’autre part la photographie et la reproduction mécanique entrent dans leurs pratiques, ces derniers font un art de constatation alors que pour les peintres de la figuration narrative sont fermement ancrés dans la contestation.

Télémaque
Une réflexion entendue lors du vernissage, émise trop fort par une jeune femme élégante, trop jeune pour percevoir l’enjeu politique de ces œuvres, je reviendrais sur la perception que l’on peut en avoir aujourd’hui, se plaignait de la laideur des tableaux (avis que je ne partage en rien). Cette remarque met en exergue une autre grande différence entre la figuration narrative, qui ne s’est jamais souciée du beau, et le pop art dont le souci décoratif est évident. Je précise que le beau et le décoratif, concernant l’art, ne sont pas des gros mots chez moi. A ce propos je mettrais un peu à part deux artistes de la bande Monory et surtout Gilles Aillaud dont j’ai beaucoup de mal à imaginer que le beau n’est pas été une de leurs préoccupation majeure.

Gilles Aillaud, La bataille du riz, 1968
En 2005 Fromanger s'exprimait sur la notion de beauté: << Certes, il y a des critères, des définitions, des codes, un académisme de la beauté. Aujourd'hui, les définitions sont contradictoires, d’ailleurs aussi bonnes les unes que les autres. Si pour reprendre Breton, la beauté doit tenir le coup devant le journal du matin, je suis d’accord. Voilà un des sens que je peux donner à la beauté : tenir le coup devant le journal du matin. Si, comme Picasso, la beauté doit sentir sous les bras, je suis encore d’accord. A une époque où l’on ne pisse plus, on ne chie plus, on ne sent plus, on ne crache plus, c’est pas mal. Je peux t’en dire vingt comme ça. Mais LA beauté, je ne sais pas ce que c’est.>>.
Petit aparté à propos de Monory , il est amusant de voir chez un peintre membre d’un groupe qui contestait la consommation sa fascination pour l’automobile, fascination qui ne s’est jamais démenti comme le prouve ses dernières toiles montrées à Art Paris , il y a deux semaines. Cet amour de la bagnole chromée il le partage avec son collègue américain du pop art Rosenquist. Monory est à mon avis le Seul artiste de la figuration narrative que l’on peut rapprocher du pop art.

Monory, voiture de rêve, 2007
Un aparté menant à une digression voyons le cas de Gilles Aillaud (1928-2005) dont le discour politique est parfaitement inaudible face à ses splendides toiles (exception faite pour “Vietnam la bataille du riz”) qui représentent des animaux dans leur cage au zoo. La dénonciation de l’enfermement ne me parait pas sauter au yeux. Son talentueux suiveur, Bourquin peint le même type de sujets sans vouloir y mettre aucune charge politique.


Oeuvres de Gilles Aillaud dans l'exposition.

Gilles Aillaud, à la fin de sa vie, devant une toile qui est exposé au Grand Palais

Une digression conduisant à un complément d’information, le peintre Cuéco est bien le même homme qui, il n'y a pas si longtemps ravissait les auditeurs de l'indispensable émission de France-culture, "Les papous dans la tête de ses propros cocasses sur les latrines et autres lieux d'aisance. Il est aussi l'auteur de "Dialogue avec mon jardinier" récemment adapté au cinématographe.

Henri Cuéco, Marx Freud Mao, 1969
Un complément d'information pouvant induire un nota, le lecteur attentif du blog s'apercevra combien les pièces de Fromanger exposées ici sont éloignée de celles qu’en chantre de la Bastille j’ai admiré au salon du dessin contemporain.

Oeuvres de Fromanger dans l'exposition
Le nota ne pouvant conduire qu’à une précision en voilà une à propos de Rancillac car si vous avez connu de près ou de loin mai 68, vous ne pouvez pas avoir eu connaissance d’une de ses affiches (que l’on voit au Grand Palais) celle célèbre du portrait de Daniel Cohn-Bendit, légendé Nous sommes tous des juifs et des allemands ". Elle a été dessinée en juin 1968 par Bernard Rancillac, pour protester contre l'expulsion du meneur du mouvement alors qu'il s'était réintroduit clandestinement en France quelques jours plus tôt. Elle a été réalisée dans l'Atelier populaire, autrement dit l'atelier de lithographie de l'Ecole des beaux-arts, annexé pour l'occasion. Le 5 avril 2008 un exemplaire de cette affiche a été vendue pour 2687 euros!

Rancillac
La politique est rarement bonne conseillère ainsi la plupart des membres de la figuration narrative firent sur l'invitation de Fidel Castro et du peintre Lam un voyage à Cuba où il exposèrent leurs toile. Je ne peux que rapprocher cette excursion avec le fameux voyage en Allemagne en 1943 dans lequel se compromirent des peintres comme Derain et de Vlamynck, même si ce n'est pas tout à fait semblable de se faire goberger par Hitler en 1943 et par Fidel en 1967 mais tout de même...

Fidel par Rancillac
Autant de considérations historiques et politiques quasi absentes de l’exposition, fort peu pédagogique. Tout le contraire du formidable catalogue qui offre à l’acheteur, pour 50€ tout de même, un extraordinaire voyage dans le temps avec le calendrier très illustré des combats artistiques qui se déroulaient dans le Paris des années 60. S’y ajoutent, en fin de volume, après les belles reproductions des œuvres exposées, d’éclairantes interviews des protagonistes, Erro, Cuéco, Jouffroy, Klasen , Rancillac, Télémaque ...
La grande question qui se pose, hors de son contexte politique, ces tableaux tiennent-ils pour ceux qui n’ont pas connu cette période. Je suis incapable de répondre à cette question, car trop d’ affectes, en ce qui me concerne, polluent mon jugement. Jouffroy dans l’interview du catalogue semble bien avoir raison quand il dit: << La figuration narrative, c’est la peinture à laquelle il faut ajouter les commentaires innombrables qu’elle a suscité l’espérance qu’on a eue.>>. (ci-dessous une toile de Klasen)

Il me semble que c’est le bon moment pour montrer cette peinture, car je sent monter, pour le meilleur et pour le pire, une repolitisation des esprits, même si je ne pense pas qu’elle puisse atteindre le degré d’exaspération qu’elle atteignait à l’époque où étaient peints ces tableaux. Une conscience politique me parait indispensable pour appréhender les courants artistiques de ces années là. Mais n’en est-il pas de même pour la littérature contemporaine à la figuration narrative tel le roman “Les choses” de Pérec à qui cette rétrospective m’a fait beaucoup penser.

Fromanger
Pour continuer dans ce difficile mariage entre la peinture et la politique, qui irrigue toute l’exposition, un oubli me parait dommageable pour la compréhension du public à la continuité historique de l’histoire de l’art, celui de Fougeron (décédé en 1998). Il faudra bien un jour sortir Fougeron du purgatoire et admettre, malgré son statut durant l’immédiate après guerre de peintre officiel du Parti Communiste Français et seul représentant du réalisme socialiste à la française, qu’il fut un peintre digne d’intérèt et le précurseur de la figuration narrative. Avec des moyens plus traditionnels Fougeron avait le même but que des artistes comme Arroyo, Fromanger , Télémaque, faire passer un message politique à travers la peinture. On retrouve aujourd’hui l’echo de la facture des tableaux de Fougeron dans ceux d’Erro qui eux même ne sont pas pour rien dans ceux de Speedy graphito.

Fougeron
On peut s’etonner aussi de l’absence de Jean Jacquet, trop jeune? pourtant actif dans les mêmes années, ou de celle de Cremonini et Segui un temps compagnons de route...
Il ne faut pas oublier de rappeler que cette peinture est aussi une peinture générationnelle. Tous les membres du groupe, on aujourd’hui aux alentours de soixante dix ans. Et qu’elle est aussi le fruit de l’émergence de nouveautés techniques comme l’arrivée de la peinture acrylique, de l’épiscope et de l’aérographe...

Erro
S’il y a une assez grande unité politique entre les membres de ce que j’hésite à qualifier d’école, il n’y a en rien une unité esthétique. Cette diversité pourra surprendre le visiteur. Autre chose qui pourra le désarçonner nous sommes en face de tableaux qui sont au début ou et à l’origine des oeuvres de peintres qui n’étaient alors âgés que d’une trentaine d’années et qui sont pour la plupart loin de leur apogé artistique. Comme vous le voyez une exposition où il ne faut jamais perdre de vue le sablier du temps.

Arroyo, une toile de 2007
Cette visite comme je le disais en préambule a ravivé bien des souvenirs. Il se trouve que j’étais présent au vernissage de “l’exposition Pompidou”, dans ce même Grand Palais en 1972, événement que les commissaires de l’exposition d’aujourd’hui ont choisi comme le terme de la figuration narrative. Je ne me souviens plus, au tout jeune homme que j’étais alors, ce qui avait valu cet honneur. Je me rappelle d’avoir échappé aux horions qui furent le cuisant souvenir de cette escapade artistique pour certains et de n’avoir entendu qu’au loin le hourvari des protestataires. Je dois dire qu’en cette belle année 1972, je n’avais à peu près rien compris à ce que j’avais vu n’ayant aucune formation artistique et un mince bagage culturel. J’avais tout de même compris l’orientation politique des artistes et certains messages qu’ils voulaient faire passer.
Cette incompréhension d’alors, nourrit mon inquiétude d’aujourd’hui, car au moins à l’époque je baignais dans l’actualité dont étaient issu de nombreux tableaux et j’étais en pleine bataille d’idées; nous sommes avec la figuration narrative dans une peinture d’idées, là encore comme pour les vocables beau et décoratif rien de péjoratif dans ce terme de peinture d’idées; la grande peinture classique d’un Poussin est entre autres cela. Le spectateur de 2008, dans un monde qui bannit l’idée, ignorant de la sophistication technique que demande la réalisation de plusieurs des œuvres exposée et coupé de l’actualité du moment qui les a accouchées que comprendra-t-il? Que verra-t-il?
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Paris, mai 2025, photo B.A.
Il serait injuste de désespérer de l’édition française, en témoigne cette inattendue découverte lors d’une de mes musarderies dans une librairie parisienne où j’ai eu la surprise de tomber sur un livre sur le peintre Patrick Procktor. Artiste de grand talent mais quasiment inconnu (sauf pour les visiteurs de ce blog) de ce coté ci de la Manche. Le livre se veut une biographie du peintre doublée d’un essais gonzo (entendez par là que l’essayiste, Fabrice Gaignault, se met en scène dans son ouvrage) tentant de démontrer que Procktor aurait grandement influencé les débuts de son ami David Hockney.
Patrick Procktor
1967, Nicholas and Keith
Le livre aurait du être illustré par des reproductions de tableaux des deux artistes pour corroborer cette intuition, pour démontrer la proximité du style et de l’inspiration des deux peintres. Mais un avant propos nous révèle qu’au dernier moment les ayants-droits de David Hockney et de Patrick Procktor ont retiré leurs autorisations de reproductions des oeuvres. Ce dont se plaint amèrement l’éditeur dans cette préface. Editeur assez benêt à cette occasion, car il aurait bien du se douter qu’une thèse rabaissant l’originalité de l’oeuvre de David Hockney ne pouvait pas plaire à son marchand pas plus qu’aux acquéreurs privés ou public de la dite oeuvre. Elle ne pouvait pas non plus être apprécier par la galerie de toujours de Procktor, qui gère toujours les oeuvres de l’artiste, quand le livre rend responsable la dite galerie de la relative obscurité dans laquelle se trouve aujourd’hui le travail de Procktor. Or donc nous avons entre les mains un ouvrage sur un peintre dans lequel on ne voit aucune de ses peintures. Les seules illustrations consistent en quelques photos de Procktor à différents stades de sa vie. Certes les oeuvres de Procktor sont facilement visibles sur la toile mais c’est tout de même dommage. Je pense qu’avec un peu d’habileté l’éditeur aurait pu s’éviter le camouflet des ayants-droit, ce qui ampute le livre qu’il édite.
Par ailleurs, Fabrice Gaignault a bien travaillé et à force de rencontre documente bien ce que fut le monde de la peinture anglaise dans la deuxième moitié du XX ème siècle. La thèse comme quoi Procktor aurait aidé Hockney à accoucher de son oeuvre est défendable même si elle n’est pas évidente. Il reste que ce livre est salutaire pour la mise en lumière de Procktor, artiste qui n’est pas actuellement à sa juste place dans l’histoire de l’art. Le livre est écrit d’une plume élégante même si je reproche le ton souvent trop péremptoire des propos et si je ne suivrais pas Gaignault dans son mépris pour Stephen Tennant.
1968
Procktor Ronnie Cohen (1967)
Hockney and Procktor Playing Chess (1967) photographiés par John Kasmin
David hockney et patrick procktor en 1969 à st tropez
Hockney and Amaya, Lucca (1967) Patrick Procktor

Le héros du roman, Conti se souvient, en passant devant un restaurant chic du Palais-Royal, du diner qui y fut donné, il y a vingt ou vingt quatre ans, pour les quarante ans de son ami et collègue Delozier. De la mémoire de Conti, banquier célibataire, fils de peu, arrivé à une situation enviable par son intelligence, une certaine abnégation et une grande force de travail, vont surgir tout un monde et demi monde, parisiens et provinciaux. Toute une vie défile. Souvenirs de la jeunesse corse de Conti, bien que, comme à son habitude dans ses romans, Rinaldi ne nomme pas son ile natale. Tout le récit s'inscrit dans les alentours immédiats du Palais-Royal, tout du moins pour son présent, mais l'ouvrage n'est qu'une suite de réminiscences qui font voyager le lecteur dans l'espace et surtout dans le temps.
A propos du temps, il me semble que Rinaldi s'emberlificote les pieds dans le tapis. Comme vous avez du le remarquer, si vous êtes un fidèle lecteur de mes billets sur mes lectures, une de mes marottes est de situer précisément dans le temps des romans que leur auteur s'ingénie à ne pas vouloir millésimer, sans quand on en sache bien la raison, comme c'est le cas pour ces souvenirs qui sont au comptoir (un assez mauvais titre, contrairement à ceux des autres romans de Rinaldi). Une hypothèse, j'en conviens un peu facile est de donner au narrateur, la date de naissance de l'auteur, soit pour Angelo Rinaldi 1940 et donc pour son héros Conti. Date qui collerait assez bien avec ce que l'on sait de la biographie de ce personnage de papier qui n'a que peu de souvenirs de son père, un résistant tué par l'occupant aux alentours de 1944 (le père dAngelo Rinaldi serait fils d'un militant communiste mort des suites de la déportation?). Mais des confidences faites à Conti, alors adolescent, par un compagnon de résistance de son géniteur inciterait plutôt à pencher pour le début 1943, ce qui rendrait les souvenirs du fils sur le père apocryphe... Conti a été élevé par une mère veuve de guerre. Une enfance semblable à celle de plusieurs narrateurs des romans précédents de l'auteur. Reste a déterminer qu'elle est le présent du livre, certainement pas aujourd'hui, Conti serait âgé de près de soixante dix ans et serait donc à la retraite, ce qui n'est pas le cas. A la page 83, on apprend que Delozier est l'ainé de deux ans de Conti. Il serait donc né en 1941. Ce qui situe le fameux diner en 1981 et les réminiscences de conti entre 2001 et 2005.
Mais un événement clé, ayant lieu lors du diner, dont la révélation ruinerait l'effet voulu par l'auteur et le plaisir du lecteur, ne peut que se passer au plus tôt qu'en 1984 et plus probablement en 85 ou 86, ce qui fait un « trou » chronologique d'au moins quatre ans...
Ces imperfections chronologiques n'aident pas à s'intéresser aux péripéties du livre et aux biographies des deux personnages principaux, Conti, celui par lequel nous découvrons cette histoire, et son ami Delozier. Leurs motivations existentielles sont aussi floues que la chronologie. Pourquoi ces deux hommes quittent leur travail à la banque pour devenir journaliste dans un hebdomadaire, quelles sont leurs véritables relations... Autant de questions qui restent sans véritables réponses.
Si Rinaldi connait bien cette grande presse hebdomadaire, il a tenu la rubrique littéraire de l'Express durant plus de vingt ans, il ne parvient pas à nous intéresser aux grenouillages qui entourent la vente du journal dans lequel les deux compères travaillent sans doute pour avoir voulu trop masquer ce petit monde qui se révèle assez interlope... Dans ces passages il aurait été bon que les clés soient plus évidentes car par ailleurs, sans affirmer que « Les souvenirs sont au comptoir » soit un roman à clés, il m'a semblé reconnaître sous des noms d'emprunt, Pierre Clémenti, qui aurait fusionné avec Marc Porel, Gaston d'Angelis, le comte de Ricaumont, élevé pour l'occasion au titre de marquis, Claude Mauriac et quelques autres... Mais l'auteur sait comme personnetranscrire les conversations de couloir ou celles que l'on tient avec des amis.
Angelo Rinaldi de livre en livre, à la fois, dilate de plus en plus le temps, et si c'est avec raison qu'à propos de son style on cite Proust, je m'étonne qu'on accole pas à son nom celui de Raymond Roussel autre grand dilateur de temps, et restreint de plus en plus le périmètre dans lequel évoluent ses personnages... Le plaisir de se heurter à des phrases qui prennent leur temps, comme celle-ci: << Victime de l’encaustiquage de l’escalier, non moins périlleux par là que le parquet de l’appartement, d’un danger surmonté jusque là au pas prussien de ses bottes, l’un des brancardiers, dans un vacillement, faillit lâcher l’un des bras du dispositif, le cadavre du coup projeté dans le vide, tel celui du marin décédé à mi-chemin de la traversée et qu’enveloppé d’un linceul on balance par-dessus bord- mais puisque chacun, à terme, replonge dans l’anonymat quelle différence avec l’immensité de la mer ? >>.
Je ne sais pas si "Les souvenirs sont au comptoir", sera le dernier roman d'Angelo Rinaldi, ce que je ne souhaite pas, tant c'est à chaque fois un bonheur renouvelé de retrouver sa prose méandreuse, mais il flotte sur tout le livre un parfum funèbre, comme celui qui s'échappe de l'encensoir lorsqu'une dernière fois on salut avec cet incongru ustensile un défunt, un parfum si entêtant et débilitant qu'il est difficile d'en lire de nombreuses pages d'affilé. D'autant que cette fois la magie de la réminiscence que sait si bien installer habituellement l'auteur prend que difficilement. Et cela pour plusieurs raison, en premier lieu parce que tous ces personnages sont de tristes sires poussez que par de bas intérêts ou l'argent et le sexe semblent indissociables et qu'il en espèce assez difficile d'entrer en empathie avec ces gens là... Le seul personnage positif est un vieux chroniqueur érudit mais trop caricatural dans la générosité pour que l'on y croit vraiment.
Il reste que Rinaldi est un maitre dans la caricature mais à condition qu'elle soit féroce qu'on se souvienne de son portrait dans La dernière fête de l'empire d'un sénateur de province: <<...vêtu, l'été, d'un pantalon de toile et d'une chemise Lacoste où le liseré de la Légion d'honneur était cousu à mi-distance entre le second bouton et le fameux crocodile. >>.
Comme toujours dans les roman d'Angelo Rinaldi, l'homosexualité y est au centre même si elle paraît n'être que périphérique. Elle est toujours marqué par la mélancolie et souvent par l'impossibilité: << … dans le cadre de l'amour au masculin il y a, en outre, le poids de la société qui donne à une chose, déjà pesante en soi, encore plus d'accablement. Il y a encore plus de difficulté à vivre cet amour singulier du fait de la société mais pas du fait de l'amour.>>. Dans cette déclaration Rinaldi est également fidèle à Proust quiparlait d'une "race sur qui pèse une malédiction et qui doit vivre dans le mensonge ".
La mort rode dans « Les souvenirs sont au comptoir », comme toujours dans les chapitres de Rinaldi; il en parle si bien: << J'ai le souvenir du sourire d'une jeune fille de seize ans rencontrée dans un train de l'adolescence, une fille aux cheveux roux dont le visage se découpait sur une vitre derrière laquelle il y avait un champ de neige. Cette fille disparaîtra avec moi. Le pathétique de la fin d'un homme c'est la disparition avec lui de tant de choses qui le valaient beaucoup plus.
Et puis et puis il y a les cinquante dernières pages, bien sûr j'avais senti dès la fin du premier tiers du livre vers quelle « révélation » voulait nous amener Rinaldi et c'est d'autant plus fort que bien que m'attendant au dénouement j'ai été ému aux larmes par ces dernières pages, à l'écriture beaucoup plus sèche, débarrassée de ses afféteries lors desquelles les deux amis abandonnent les masques du rôle qu'ils s'obligent à tenir à la ville. Angelo Rinaldi, grand critique, donne une mauvaises leçon aux futurs romanciers, celle qu'un dernier chapitre réussi peut sauver un livre raté.