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case en exergue: Tardi, Mort à crédit

15 Juin 2025, 07:08am

 

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LA PASSION LIPPI DE SOPHIE CHAUVEAU

14 Juin 2025, 06:50am

 

 

Voilà un livre qui peut seconder un guide de la Toscane pour le voyageur amoureux de peinture (tout en ne perdant pas son regard critique en raison des approximations historique du roman), mais pourquoi aller à Florence si on ne s'intéresse pas à la peinture? La passion Lippi est entre deux genres, ni tout à fait une biographie ni vraiment un roman, j'aurais aimé que l'auteure est plus d'audace pour remplir les zones d'ombre de la vie de Filipo Lippi (1406-1469) en particulier celles de son enfance dont on ne sait presque rien. Il n'aurait pas été non plus été inutile que Sophie Chauveau nous communique ses sources et cite en particulier Vasari auquel le roman doit beaucoup, et plus encore, mais peut être a-t-elle peur qu'on lui reproche les libertés qu'elle a prises avec la vérité historique. Autre remarque sur l'objet livre si les descriptions des fresques et panneaux sont brillantes, on regrette néanmoins l'absence d'illustrations fournies en annexe. La passion Lippi nous raconte la vie du peintre de l'instant où il rencontre son protecteur, Cosme de Médicis en 1414 jusqu'à sa mort en 1469. C'est la description de la relation très complexe qui lie le peintre à son mécène qui est le pan le plus intéressant et le plus réussi du livre L'auteure en profite pour brosser à grands traits la société florentine de l'époque et en particulier les milieux artistiques et ecclésiastiques. Dans son roman on côtoie Cosme, Pierre et ( le jeune ) Laurent de Médicis, Masacio ( génie précoce mort prématurément ), Masolino, Uccello, Fra Angelico, Fra Diamante, l'assistant dévoué de Lippi« La passion Lippi est le premier volume d'une trilogie. Il est suivi par « Le rêve Botticelli » (Botticelli apparaît à la fin de « La passion Lippi », il fut l'élève de Lippi. Le fils de Lippi, lui même peintre de talent deviendra l'élève, le compagnon et l’amant de Boticelli) et par « L'obsession Vinci ».

 

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Je suis un lecteur lambin, d'abord parce que plus le temps passe, plus ma concentration s'évapore, mes yeux quittant l'ouvrage que je suis en train de lire s'égarent dans le paysage mais surtout j'aime approfondir le sujet que le roman traite ou prend comme décor et cela surtout s'il s'appuie sur un sous texte historique. C'est bien le cas avec « La passion Lippi » ainsi j'ai voulu confronter les événement de la vie du peintre tels que Sophie Chauveau les met en scène dans « La passion Lippi » avec d'autres sources, avec en premier lieu ce que dit mon grand Larousse en dix tomes. Et là surprise la notule du dictionnaire mentionne que: << Ayant quitté la vie religieuse, il fut pris par un corsaire, emmené en Afrique, il ne revint à Florence qu'en 1438...>>, alors qu'il n'y a rien de cet épisode dans le roman. L'encyclopédie Larousse est plus prudente puisqu'on peut y lireque l'histoire de son enlèvement par les " Mores " et de sa captivité en " Barbarie " soit probablement le fruit de l'imagination de Vasari.L'auteure nous présente même Lippi comme un sédentaire qui répugne à quitter sa ville de Florence et craint d'aller à Rome et à Venise! Ensuite je vais voir du coté de Wikipedia où rien n'est dit sur cette aventure africaine (je n'en ai trouvé mention nulle part ailleurs que dans mon vénérable dictionnaire), en revanche j'y lit que Lippi a rencontré Masaccio avant Fra Angelico qui est présenté par Sophie Chauveau comme le maitre de Lippi dés sa prime enfance! En regardant attentivement l'oeuvre de Lippi, il me semble que la rencontre de Fra Angelico après celle de Masaccio me paraît plus probable.

 

 

 

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La peinture de  Massacio, très présent dans l'ouvrage, Adam et Ève chassés du paradis avant et après suppression des ajouts de censure par restauration.

C'est vraisemblablement en 1674, sous le règne du bigot Cosme III de Médicis, que la nudité d'Adam et Ève a été habillée de feuilles. La restauration de 1980 a permis de revenir à l'état originel et non censuré.

 

 

Sous la plume d'un docte spécialiste, (je conseille vivement de lire et d'admirer la page consacrée à Lippi à cette adresse: http://www.aparences.net/le-quattrocento/fra-filippo-lippi/) je lis que << D’aucuns ont voulu rapprocher la vie pleine d’originalité de Lippi de ces œuvres. Mais s’il est vrai que sa vie privée peut (et doit, dans une certaine mesure) avoir influencé son profil artistique, il faut aussi souligner que le monde pictural de Lippi ne peut être entièrement compris si l’on ignore le contexte dans lequel il exécuta les différentes commissions, et la grande diversité de celles-ci.>>. C'est exactement la démarche de Sophie Chauveau faut-il encore que les événements narrés soient exacts.

 

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Si j'aime les romans dans l'Histoire, ce qui n'est pas tout à fait la même chose que les romans historiques, je suis pointilleux sur l'exactitude des faits rapportés lorsqu'ils sont connus, au romancier d'imaginer ce qui s'est déroulé dans les trous, et ils sont souvent nombreux, de la biographie du personnage historique qu'il a pris pour héros. C'est ce que n'a pas complètement fait Sophie Chauveau.

 

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couronnement de la vierge par Fra Angelico (au Louvre)

 

Si le style de Sophie Chauveau est fluide ses propos sont souvent assez mièvres surtout en regard de son sujet, j'ai eu parfois l'impression de lire une « belle histoire de l'oncle Paul, les vieux lecteurs de Spirou me comprendront. Un des points d'achoppement de l'ouvrage est que le personnage de Lippi reste souvent rebutant et antipathique, tant par son caractère propre que par les réactions et pensées que lui attribue Sophie Chauveau qui me paraissent parfois anachroniques.Lippi étant un incontestable débauché qui alla, tout moine qu'il était, jusqu'à engrosser la nonne qu'il avait choisie pour être le modèle de Marie dans uns de ces tableaux d'annonciation, mais l'on reste à la porte des chambres. C'est je crois la première fois, que le fait qu'un livre soit écrit par une femme m'a gêné, car un homme ne se serait pas étendu autant sur l'épisode de l'accouchement de la dite nonne et n'aurait pas ainsi autant déséquilibré cette biographie romancée de Lippi donnant trop d'importance à cet épisode; considérations sur le sexe de l'auteur qui ne peut éfleurer mon esprit à la lecture de Marguerite Yourcenar ou de Zoé Oldenbourg, immenses auteures de romans dans l'Histoire... En outre l'auteur hésite constamment entre le ton du documentaire et celui du roman, avec des envolées lyriques pas toujours bien venues et force points d'exclamation. Les passages qui suivent, donnent un assez bon exemple du ton du livre: <<Flamina ne se demande plus quel sortilège cet enfant a jeté sur ses filles, et sur les filles de joie en général. Elle sait. Ils sont de la même espèce. Issus de la même misère. Elles n'avaient que le choix de vendre leur corps, même les plus jolies. Surtout les plus jolies ! Alors que Lippi, tout ravissant soit-il, et Flamina l'a vu devenir aussi beau que grand, il a de l'or dans les mains et un si grand ciel bleu dans les yeux. C'est pour ce bleu-là, qu'il distribue avec une ferveur généreuse, que les bordels lui sont grands ouverts. Toutes, il les fait rêver comme on n'a pas le droit quand on est pauvre. A toutes, il offre des bouquets de promesses avec les fleurs des champs qu'il ne manque jamais de leur cueillir en venant. Il est leur seul "au-delà". La certitude qu'un ailleurs existe, même si on n'y va pas souvent. 
A force le les traiter en princesses, de leur jurer qu'elles sont filles e Vénus pareilles aux belles qu'il dessine au ciel de tous leurs lits, est née la légende de Lippi, prince des bordels ! >> ou encore << Florence est parcourue d'un grand frisson d'audace. Oser pareille idée ! Y souscrire collectivement ! L'unicité exalte, met en valeur ce qui distingue chacun ! Sortir du lot ! S'extraire du magma confus des communautés et des clans : Allez ! Que la course commence !>>

 

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Il faut remercier Sophie Chauveau d'attirer l'attention sur un peintre un peu méconnu en France, bien qu'une de ses Vierges ait connu des moments de gloire dans les années 1950 comme image de communion!

Le lecteur avide de savoir sur les techniques picturales de l'époque restera sur sa faim, néanmoins on apprend beaucoup de chose sur la Florence du quattrocento, disons principalement sur l'air du temps, ce qui me paraît essentiel et aussi que Filippo Lippi a imposé un rapport nouveau entre l'art et le monde de l'argent. Il est le premier à faire passer les peintres du statut d'artisans estimés à celui d'artistes reconnus. On voit également que la plupart des grands artistes de ce temps préféraient, contrairement à Lippi, les garçons aux dames...

 

 

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Vierge à l’Enfant et deux anges, (Florence, Offices). Il s’agit de la plus célèbre des représentations sacrées de Lippi, dont le musée des Offices possède également le dessin préparatoire. Le groupe, qui influencera profondément Botticelli, semble émerger depuis le fond du tableau avec une délicatesse qui rappelle les reliefs de Donatello et de Luca della Robbia. Mais le paysage à l’arrière-plan, qui constitue comme un tableau dans le tableau, annonce déjà les vastes paysages de Léonard de Vinci..

 

L'Annonciation, Filippo Lippi, Spoleto

L’Annonciation « Scènes de la vie de la Vierge », détail de la Vierge, fresque, 1467-1469, , (Spolète, Cathédrale)

cette vierge est le portrait de Lucrezia, l'épouse du peintre, une ancienne nonne!
 

Retable Barbadori, Filippo Lippi, Paris, musée du Louvre

Vierge à l’Enfant avec des anges et des saints, (Retable Barbadori), Filippo Lippi, (Paris, musée du Louvre). La grande innovation de ce retable, outre le dosage magistral de la lumière – diffuse, atmosphérique – consiste dans la conception même de la scène, laquelle semble se dérouler dans une atmosphère réelle extrêmement raffinée. À l’arrière-plan, à gauche, dans le mur enrichi de panneaux de marbre veiné, l’on entrevoit une fenêtre ouverte, et à travers la fenêtre un vrai ciel, avec de nuages. Filippo montre une sensibilité particulière aux éléments iconographiques les plus actuels.

 

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Couronnement de la Vierge, 1443-1447, Filippo Lippi, Florence, Offices

Couronnement de la Vierge, Filippo Lippi, Florence, Offices

Couronnement de la Vierge, 1443-1447, Filippo Lippi, (Florence, Offices). Ce tableau, terminé en 1447, présente une composition encore une fois révolutionnaire, et pas seulement en raison des éléments iconographiques qu’il contient. Si dans les retables de sujets analogues, l’épisode était représenté baignant dans une atmosphère céleste, ici par contre Lippi, bien que s’attachant à l’idée de l’arrivée de la Vierge au ciel, situe le récit comme dans une grande scène de théâtre, avec des personnages tangibles, toujours réalistes. Beaucoup de personnages semblent croiser leurs regards avec ceux des spectateurs, selon un procédé théorisé par Leon Battista Alberti dans son traité de peinture.

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QUELQUES SOUVENIRS SUR MICHEL GOURLIER (RÉÉDITION COMPLÉTÉE)

14 Juin 2025, 06:29am

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J'ai beaucoup hésité avant d' écrire un billet sur Michel Gourlier. D'abord parce que je pense qu'il n'aimerait pas cela. Ensuite parce qu'il me semblait que je n'avais guère à en dire et que l'important, comme pour tout artiste était ses dessins. Si depuis trente ans, il est impossible de voir des originaux, sauf pour ceux qui ont la chance d'en posséder, il est en revanche très facile d'admirer les nombreuses reproductions de ses dessins qui illustrèrent tant de livres, presque tous destinés à l'adolescence, bien sûr ceux de la collection Signe de piste mais aussi chez d'autres éditeur come rouge et or, super 1000 et bien d'autres. Actuellement presque tous ces volumes sont trouvables sur la toile pour quelques euros. Cet homme si discret, aux oeuvres invisibles, est pourtant célèbre pour tous les amateurs de dessins et de beautés garçonnières. Si aujourd'hui je passe outre à mes réticences pour écrire sur Michel Gourlier c'est surtout que j'ai vu sur la toile qui, telle la langue d'Esope peut être la meilleure, comme la pire des choses, de telles inepties sur lui, au surcroit écrites d'une plume si malhabile qu'il m'a semblé de mon devoir de sortir de ma réserve pour évoquer quelques souvenirs à son sujet.
 
J'ai par exemple, lu ici ou là, que Michel Gourlier avait été exclu du Signe de piste. Il n'en fut rien. Il jouissait en son sein de nombreux admirateurs et bénéficiait de la bienveillance des deux fondateurs de la collection, je veux parler de Serge Dalens, de son vrai nom Yves de Verdilhac, et de Jean-Louis Foncine, nom de plume qui recouvrait celui de Pierre Lamoureux. A telle enseigne qu'ils le choisirent plusieurs fois comme illustrateur de leurs propres ouvrages.
 
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Il y eut bien des lettres pour se plaindre de l'érotisme de ses dessins, mais elles ne furent jamais prises véritablement en considération; même si l'artiste du quelques fois modifier certaines illustrations parce qu'elles déplaisaient pour la raison que j'ai citée ou pour une toute autre, au directeur de la collection qui n'était autre que Jean-Louis Foncine lui-même, du moins dans les derniers temps glorieux de la collection, au milieu des années 70, époque à laquelle j'ai connu cet équipage. En somme les relations entre l'illustrateur et la collection, les illustrations faisaient de plus en plus l'essentiel de la renommée de la collection, n'étaient pas différentes de  ce qui existait chez les autres éditeurs. A cela prêt qu'au Signe de Piste, Michel Gourlier souffrait de l'ombre que lui faisait Joubert, l'illustrateur historique de la collection qui était plus connu que lui et bénéficiait des retombées d'une très longue carrière commencée à un âge tendre. Il jalousait également le statut de salarié dont bénéficiait ou avait bénéficié Joubert au sein des éditions Alsatia, ce qui donnait à Joubert les avantages inhérents à ce statut. Là encore, j'ai lu sous des plumes ignorantes que Michel Gourlier était pingre. S'il faisait attention à ses sous, c'est d'abord qu'il en avait peu et n'avait aucune sécurité dans ses rentrées d'argent. Comment dans ces conditions faire des largesses? Lorsque le signe de piste a été abandonné par Alsatia, ce que Gourlier avait vu venir, la collection fut reprise par de pseudo-éditeurs. Elle n'a plus fait que vivoter et les nouveaux responsables ne pouvaient plus payer les dessins de Michel Gourlier, qui pourtant n'était pas exigeant quant à leur prix...
 
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Lorsque je l'ai connu en 1975, on en était aux derniers temps du véritable "Signe de piste" et déjà il réservait ses dessins qu'aux livres de la collection qu'il aimait et en particulier à ceux de Jean-François Pays un de ses meilleurs amis.
 
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En ce qui concerne les expositions de Michel Gourlier, sujet sur lequel j'ai également entendu et lu des sottises, je suis à l'origine de celles-ci, du moins celles qui se déroulèrent de 1977 à 1980 à Paris, mais elles me semblent être les seules à avoir eu lieu... En voici en quelques mots leur genèse: Je connaissais Pierre Moirignot, frère du sculpteur Edmond Moirignot, qui était antiquaire et avait une petite boutique au 90 boulevard Raspail. Il cherchait des peintres à exposer. Comme peu de temps au paravant, ce grand amateur de femmes, avait exposé Jean-Denis Maillard et fait apposer, pour annoncer cette exposition, sur les murs de Paris une affiche représentant un nu masculin, j'ai eu l'idée de lui demander si un accrochage des dessins de Michel Gourlier, que j'admirais, l'intéresserait. Il fut immédiatement emballé par cette idée et proposa de faire une double exposition, d'abord très vite, durant l'été qui venait, en faisant cohabiter les dessins de Gourlier avec des peintures de Sébastien dont l'exposition était déjà programmée et qui peinait à remplir avec ses toiles toutes les cimaises de la galerie, puis de faire une grande exposition uniquement vouée à Gourlier aux alentours de noel. Il me restait à convaincre l'artiste, qui à la fois désirait montrer son travail mais était timide et craignait la confrontation avec le public.
 
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Désirant acheter un dessin, j'avais rencontré le dessinateur par l'entremise de Jean-Louis Foncine. L'artiste m'avait donné rendez-vous chez lui, pour que je puisse choisir l'oeuvre qui ornerait mes murs. Il habitait, près de la mairie d'Asnière, dans la banlieue parisienne, une sorte de pavillon de gardien à un étage, d'une grande maison bourgeoise qui était habitée par sa mère, c'est du moins ce qu'il m'a dit alors. Je n'y suis retourné qu'une autre fois, mais je n'ai jamais pénétré dans la grande bâtisse qui semblait bien négligée. Je me souviens fort bien de la soirée d'hiver durant laquelle Gourlier me montra des dizaines de dessins, tous en noir et blanc, exécutés à la plume, certains rehaussés de lavis. A chaque fois l'éphèbe, parfois dans une attitude suggestive, et même pour deux ou trois dans une positions que l'on pourrait considérer comme lascive, mais jamais au delà, remplissait un petit format d'environ 35 cm sur 25 d'un carton très fort à la surface blanche et lisse. Il les sortait d'un long buffet bas qui occupait tout un mur du petit salon sobre et propre. Il les disposait tout autour de moi; j' étais assis sur un canapé bas. Je n'ai jamais été cerné d'autant de beaux garçons désireux de me séduire...
 
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J'ai eu un peu de mal à persuader Gourlier de se lancer dans l'aventure. Pourtant cette exposition ne lui coutait rien. Je prenais à mon compte le prix de l'impression et de la pose des affiches et des cartons d'invitation ainsi que l'envoi de ces derniers ainsi que les relations avec la presse. En retour, je percevais les gains de la vente des affiches. Pierre Moirignot prêtait sa galerie et en garantissait l'ouverture six jours sur sept et en compensation percevait 50% du prix des oeuvres vendues
 
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Ce premier vernissage à la galerie 90 eut lieu le 2 juin 1977 et l'exposition dura jusqu'au 8 juillet. La cohabitation, car malgré sa timidité, Gourlier était souvent présent dans la galerie, se passa sans encombre, tant avec Moirignot qu'avec le discret Sébastient qui venait souvent également. Il faut dire que Michel Gourlier lors des expositions était très facile à vivre. Il s'asseyait derrière une petite table, presque à l'entrée de la boutique et se plongeait dans un livre, surveillant tout de même du coin de l'oeil les visiteurs qui étaient assez nombreux. Il n'intervenait que si l'un d'eux semblait intéressé. Jamais il ne se faisait connaitre d'emblée. Si bien que nombreux ont été les chalands qui ont ignoré que le sage lecteur près de la porte, était aussi l'artiste. Il y eu 3 expositions à la galerie 90, la première donc du 2 juin au 8 juillet 1977, la deuxième du 16 novembre au 7 décembre 1977, celle durant laquelle fut vendu le porte folio, et la troisième du 9mai au 10 juin 1978. Une quatrième exposition eut lieu en 1980, non loin de la galerie 90 qui avait alors cessé ses activités, toujours dans le sixième arrondissement, au 23 rue de Fleurus, à la galerie Triskel.
 
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Chaque exposition connut le succès. Il alla même crescendo. Mais l'acmé fut l'exposition de l'automne 1977, celle du porte folio. Il contenait les reproductions de 40 oeuvres de l'artiste. Il y en avait deux versions, l'édition courante dont le porte-feuilles de fort carton était recouvert d'une toile beige, le tirage devait en être de 300 exemplaires, et une édition de luxe de cinquante exemplaires numérotés, cette fois sous une toile marron qui avait en plus par rapport à l'édition courante, un autoportrait de l'artiste âgé de quinze ans, signé à la main. Mon exemplaire porte le numéro 32 et m'a été dédicacé le 18 novembre 1977, soit il y a plus de trente deux ans, ce que j'ai un peu de peine à croire...


 
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Ce porte folio a été financé par monsieur Ticky (je ne suis pas certain de l'orthographe de son nom) et je ne connais pas l'arrangement financier qu'il y avait entre Michel Gourlier et cette personne.
 
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Le porte-folio ne comporte pas, à ma connaissance, de reprises de dessins destinés, dans un premier temps, à illustrer des livres; ils ont tous été fait en marge de son travail d'illustrateur. Libéré des contraintes éditoriales, c'est dans ces dessins surtout qu'il faisait preuve d'érotisme. Cet ensemble est très représentatif du style de Michel Gourlier dans les années 70. Au fil du temps sa manière a évolué. Dans ces premières illustrations, au milieu des années 50, ses garçons ont des faciès à la fois gracile et inquiétant, avec quelque chose d'animal, de faunesque. Puis ses adolescents se sont mis à ressembler à ceux de Joubert à tel point que pour certains dessins, il est difficile de savoir qui, des deux hommes, les a réalisé. Puis les garçons de Gourlier se sont étirés, se sont alanguis. Ils se sont fait lianes ou roseaux. Ce dernier terme me vient instinctivement car il dessinait aussi des paysages de marais évanescent que striaient des roseaux.
 
 
Comme le prouve le tableau, immédiatement ci-dessus, qui lui fut commandé par Roger Peyrefitte, Gourlier devait travailler parfois pour des commandes de particuliers mais cela devait être rare.
 
 
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Michel Gourlier ne travaillait pas d'après modèle mais ses garçons étaient ceux qui peuplaient ses rêves. Mais toutes règles a ses exceptions puisque l'affiche de la troisième exposition à la galerie 90 (voir immédiatement ci-dessous sa version "muette") était le portrait d'un jeune franco-américain du nom de Cameron-Defoe descendant du célèbre auteur de Robinson Crusoe...
 
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Je ne donnerais que peu d'éléments biographiques. Parce que Michel Gourlier n'aimait pas parler de lui même et que à la fois timide et dans la période durant laquelle je l'ai fréquenté tout empli de moi même, je n'ai pas demandé de détails sur sa vie. Je pense qu'il est né à la toute fin des années 20, du coté de Grenoble. Je subodore qu'il venait d'un milieu bourgeois, sa bonne éducation en témoignait. Il avait une soeur qui était venu voir l'exposition...
 
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Voilà bien longtemps que je ne ai pas revu Michel Gourlier... Les années 80 ont du mal lui aller avec leur exhibitionnisme, leur débraillé sympatoche, leur égalitarisme policier, leur frénésie sexuelle. Gourlier était un sensuel sentimental dont le modèle des relations entre un ainé et un adolescent était celui de la Grèce antique... Il a du être bien malheureux durant la mitterrandie flicarde et il ne doit sans doute pas plus apprécié l'ére du président à Rolex...
 
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Selon mes dernières informations, indirectes, datant de trois mois, Michel Gourlier est toujours vivant et résiderait dans le sud ouest de la France. Je n'ai pas souvenir d'un homme vraiment secret, simplement de quelqu'un d'assez timide et tourmenté, surtout d'un bel artiste, qui n'avait pas envie de raconter sa vie au premier quidam venu. Il avait bien raison...
 
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Nota:
1- Si des lecteurs possèdent des originaux de Michel Gourlier, je serais heureux qu'ils m'en envoient des photographies pour que je les affiche sur le blog. Ce qui ferait mieux connaitre l'oeuvre de cet artiste qui le mérite amplement. De même qu'ils n'hésitent pas à m'écrire pour compléter mon information, encore une fois bien lacunaire.
2- Merci à Bruno pour l'envoi de la photo de la vitrine de la galerie 90, lors de la première exposition Gourlier. Merci également à monsieur Henrik Schacht de m'avoir envoyé la photographie de l'original immédiatement ci-dessus.
 
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COMMENTAIRES lors de la première edition de ce billet

Qu'il s'agisse de Joubert ou Gourlier, difficile de ne pas être ému par leurs dessins d'adolescents. Ils ont des traits assez similaires. Je leur reproche juste un peu leur côté stéréotypés. Graciles et sensuels. J'aime en particulier la couverture de "Arizona story" et celle de "Le sorcier aux yeux bleus". Je me permets de vous signaler les couvertures de la collection "Entre chiens et loups" dont certaines étaient signées "Senecal" (apparemment Jacquemard-Senecal si je ne me trompe pas). En particulier "La Pierramor" et "La conséquence" que je vous soumets pour que vous puissiez juger : http://idata.over-blog.com/0/05/17/99/voir6/CONSEQUENCE-ALEXANDER-ZIEGLER.jpg - http://ecx.images-amazon.com/images/I/312wavf0sfL._SL500_AA300_.jpg . Je trouve un petit air de famille à ces dessins.
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR WHYNOT21 IL Y A 4 JOURS À 11H53

Je vous remercie de cette remarque que pourtant je ne suivrais pas, Sénécal me parait beaucoup moins doué que Gourlier, mais j'aimerais voir plus de dessin de Sénécal pour me faire une opinion.  

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS IL Y A 4 JOURS À 12H20
Malgré mes recherches, je n'ai rien trouvé sur Sénécal. Il ne semble pas avoir laissé beaucoup de traces. Du moins sur la toile. Loin de moi l'idée de le comparer à Joubert ou Gourlier. On voit du premier coup d'oeil que Sénécal est bien inférieur, en tout cas dans ces deux illustrations. J'ai simplement dit qu'il y avait un petit air de famille dans la gracilité des sujets et la manière de les croquer.
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR WHYNOT21 IL Y A 4 JOURS À 18H29
Perso, Michel gourlier a fait les plus beaux dessins... Ses Esquisses étaient encadrées dans mon cabinet médical, ce qui m'a valu de la part d'une patient que j'étais homosexuel. VRAI, mais cela mis à part, je trouve ces dessins tellement magnifiques et purs, avec cependant un soupçon d'érotisme...
david526969@yahoo.fr
COMMENTAIRE N°3 POSTÉ PAR OPENBRIEF IL Y A 4 JOURS À 19H04
Un soupçon d'érotisme... ! Ce n'est pas comme cela que je le ressens en tout cas, et humblement, dans mon esprit et dans ma chair... depuis l'âge d'environ treize ans !

Et la "pureté", n'en parlons pas ! puisque, me confessant encore à cette époque, j'étais bien obligé d'avouer ces péchés, dits, au contraire "d'impureté"... Qui tous n'étaient pas dûs - mais souvent aussi, à coup sûr ! - aux si jolis garçons en culottes courtes torrides (et pagnes, et tuniques grecques, et slips de bain !) du merveilleux, du terrible Gourlier.
Je ne trouve pas non plus que les dessins (plus "rigolos", plus "sains", plus réalistes et fantaisistes à la fois du très grand Joubert ressemblent aux dessins de Gourlier. Ils sont plus "scouts" (bien sûr...) et plus carrés ; mais toutefois aussi sensuels, aussi érotisants. Les treize ou quatorze ans des "chaleurs que l'on tait" (mais pas en confesssion...) ont duré plus longtemps que cet âge dans ma vie. J'étais timide etc, et il m'a fallu quelque temps pour rencontrer de "vrais" Gourlier...
COMMENTAIRE N°4 POSTÉ PAR XRISTOPHE HIER À 01H55

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EXPOSITION DES PIÈCES TROUVÉES LORS DES FOUILLES DANS LE RHONE À ARLES AU LOUVRE

14 Juin 2025, 06:25am

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Il serait bien réducteur de limiter cette exposition, à sa pièce maitresse, le portrait de Jules César. Il est seulement le deuxième découvert, avec celui du musée de Turin, que l'on peut voir également au Louvre, qui a été exécuté du vivant du divin Jules. Ainsi le visage du romain le plus célèbre de l'Histoire nous est connu seulement par des monnaies frappées de son vivant montrant un homme au long cou ridé, au menton petit mais prononcé, aux joues creuses. Ce buste appartiennent à la tradition du portrait de la fin de la République que l’on nomme « portrait aristocratique » où sont accentués les marques de l’âge et les défauts physiques. C’est à tort que cette veine artistique est parfois appelée « vériste », car en réalité elle tend à l’exagération dans le but d’incarner l’idéal aristocratique de sérieux, sobriété, responsabilité. Curieusement, il est incomplet. Il manque la partie arrière du crâne. Lorsque l'on regarde derrière le buste on ne voit qu'une face plate avec trois petites cavités qui devaient recevoir des tenons pour que la pièce complétant la sculpture vienne s'ajuster. Le sculpteur aurait exécuté dans un bloc de marbre trop mince pour contenir l'effigie complète... Le portrait découvert en 2007 par Luc Long dans le lit du Rhône.

L'exposition est très pédagogique. Elle met l'accent sur l'apport de ces fouilles pour la connaissance du monde antique avec la découverte d'objets rares en bronze et bronze doré, matériau très peu conservé de cette époque.

 

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Esculape. 

 

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Masque cornier d'un couvercle de sarcophage

 

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gaulois

 

En ce qui me concerne la pièce la plus spectaculaire de l'exposition est la statue en bronze du gaulois captif. Elle est à l'échelle 1/2 par rapport à une taille humaine. Ce serait une commande de César pour fêter sa victoire sur les gaulois. Elle a été réalisée grâce à la technique dite à la cire perdue, en six morceaux qui ensuite ont été soudés ensemble. La statue du captif découverte en 2007 dans le Rhône à Arles. Son bon état de conservation, comme celui des autres bronzes s'explique par la pauvreté en oxygène de l'eau...

 

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Paris, mai 2012

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LE MONDE HELLÉNIQUE DE YANNIS TSAROUCHIS.

14 Juin 2025, 06:25am

 

 

Yannis Tsarouchis

 




Yannis Tsarouchis (1910-1989) était un peintre grec, à la culture française, un amoureux de la peinture d'Henri Matisse et de l'art de la Renaissance byzantine. Son oeuvre a clairement un contenu homoérotique. Il a peint de nombreux nus masculins. La sensualité de son oeuvre et son approche colorée en fait qu'il est le meilleur représentant grec de l'art moderne. Ses sujets évoquent souvent la poésie de Cavafy.
 
Le gardien oublié, 1956



Il a étudié à l’École des Beaux-Arts d’Athènes de 1929 à 1935 dans l’atelier de Fotis Kontoglou (1931-1934). Avec celui-ci, il s’initia à la peinture byzantine. Il étudia aussi l'architecture et les costumes populaires. Il devint ainsi un des artisans du retour artistique à la Grécité de la génération des artistes des années 1930.En 1935-1936, il voyagea à Constantinople, à Paris et en Italie. Il s’initia alors à l’art de la Renaissance et à l’Impressionnisme. Il a exposé à Londres et à Paris, il a participé à plusieurs Biennale de Venise. 

Il a activement participé à la guerre gréco-italienne durant la seconde Guerre mondiale.
 



 
Au gilet rouge Cycliste
Paris, 1936
En 1949, avec d'autres artistes tels que Yiannis Moralis, Hadjikyriakos-Ghikas, Nikos Nikolaou, Nikos Engonopoulos et Panayiotis Tetsis il crée le groupe "Armos". En 1951, il expose à Paris et à Londres. Un an plus tard, le British Council à Athènes lui consacre sa première rétrospective. En 1958, il a représenté la Grèce à la Biennale de Venise.
 
Eugene DANS Spatharis le rôle de l'ange, Dans l'Apothéose d'Diakos Athanassios 1948.Yannis Tsarouchis Fondation.
 


L'art de Tsarouchis nous montre la joie et les plaisirs de la vie. Ses oeuvres combinent les techniques et la vision qu'il avait apprises de l'impressionnisme et sa passion pour les sculptures antique classiques grecque et pour l'art byzantin (qui représente la partie orientale de l'esthétique grecque). Il a été aussi marqué par les arts populaires comme le théâtre d'ombres et les icônes religieuses.
 
 
 


Il montre les tavernes de Plaka et du Pirée avec des soldats ou des marins, la danse, la lecture de lettres, les hommes sont souvent à moitié nue, comme sortis d'un poème de Cavafy.  Egalement paysagiste ses tableaux reflètent alors la lumière des îles et des ports de la mer Egée.

 


Tsarouchis a aussi travaillé pour le théâtre. Pour lequel Il a créé de nombreux costumes particulièrement pour les pièces de Shakespeare. 
 
S'habiller pour Roméo et Juliette
Shakespeare 1937

Bien qu'il ait vécu une grande partie de sa vie à Paris où il s'installa définitivement en 1967, il est est décédé à Athènes en 1989, près de sa ville natale auPirée, la fondation qui porte son nom recèle et montre beaucoup de son travail : http://www.tsaruochis.gr

 

 







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Avril 
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 Mai 


























 










































































 
En Grèce l'oeuvre de Tsarouchis a toujours une grande influence comme le montre les photos de son compatriote Vangelis Kyris (voir immédiatement ci-dessous).
 
 
 
 
 
 

 

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Maximilien Luce au Musée de Montmartre

13 Juin 2025, 06:40am

Paris, juin 2025, photo B.A.

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En Italie, il n'y a que des vrais hommes

13 Juin 2025, 06:38am

Je ne dirai jamais assez de bien de l'errance sur la Toile, en particulier sur les sites amis. C'est ainsi que lors d'un de mes passages quasi quotidiens sur Culture & questions qui font débat, le site hautement culturel de Jean-Yves, j'ai découvert une bande dessinée, En Italie, il n'y a que des vrais hommes (Ed. Dargaud Benelux), sur la condition des homosexuels dans l'Italie fasciste et plus particulièrement sur le confinement de certains, dans une île, pendant la période de l'immédiate avant-guerre. Épisode politique que j'ignorais totalement, ayant eu échos du sort des gays sous le régime mussolinien que par deux films : Les Lunettes d'or et Une Journée particulière.

Il est remarquable de voir combien aujourd'hui la bande dessinée embrasse des sujets très peu exploités ailleurs.

 

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Revenons à notre album, scénarisé par Luca De Santis et dessiné par Sara Colaone et sous-titré Un roman graphique sur le confinement des homosexuels à l'époque du fascisme. Pour nous raconter cette histoire, le scénariste a choisi le biais de l'enquête journalistique ‒ procédé identique à celui utilisé par les documentaristes Epstein et Friedman dans Paragraphe 175 sur la déportation des homosexuels, les triangles roses, par les nazis. Calaone et de Santis procède par flash-back. Ils partent de l'époque actuelle, en fait de février 1987, en mettant en scène un reporter et son caméraman, Rocco et Nico, qui souhaitent tourner un film sur le sort réservé aux homosexuels durant les années 30 dans leur pays, l'Italie. On peut penser qu'ils sont concernés personnellement par le sujet. Ils n'ont qu'un seul témoin, Antonio, dit Ninella, un désormais vieil homme de 75 ans, couturier à Salerne, aussi rétif que pittoresque. Ce dernier était tailleur le jour et dragueur la nuit. Un soir, il s'est fait prendre par la police. Sans jugement, on le condamne pour un délit d'homosexualité qui n'existait pas dans la loi, à être déporté sur une île. Le livre sera fait essentiellement des souvenirs comiques et tragiques de Ninella dans l’île de San Domino dans l’archipel des Tremiti, lieu de l'exil pour les homosexuels sous le régime fasciste. Le récit n'ira pas sans va-et-vient du petit monde des iliens à aujourd'hui. Si d'un côté le procédé met en perspective le récit de Ninella, de l'autre il l'alourdit parfois, l'alchimie entre les deux époques ne se faisant pas parfaitement. Au delà de l'histoire de Ninella, le récit veut aussi mettre le doigt sur le fait que souvent les historiens considèrent les témoins plus comme du matériel que comme des êtres humains. Il n'en demeure pas moins que l'histoire est émouvante et fort instructive.

 

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Le livre nourrit de nombreuses interrogations, aussi bien sur le métier de journaliste que d'historien. Il nous aide aussi à mettre en perspective le fait d'être gay et attire l'attention sur les possibles interprétations anachroniques. Par exemple on peut penser que les homosexuels des années trente, vivant dans un contexte plus homophobe qu'aujourd'hui, avait un sens plus aigu de leur identité… d'où aussi, quand ils le pouvaient, un désir de se différencier du commun.

 

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Avec cet album, on s'aperçoit que si la situation des homosexuels sous le fascisme n'était guère enviable, d'autant qu'avant l'alliance du Duce avec Hitler, il jouissait d'une situation plus privilégiée que dans le reste de l'Europe ; leur vie n'était pas comparable avec l'enfer que subissaient leurs homologues allemands. Lorsque Mussolini arrive au pouvoir, aucune peine vise l'homosexualité après les dépénalisations ayant successivement atteint toutes les régions italiennes jusqu'à la création du Royaume d'Italie en 1870. À ces dépénalisations s'ajoute un climat social peu répressif lui aussi. Florence Tamagne, dans le Dictionnaire de l'homophobie(PUF éditions) explique très bien la situation : « En Italie, l'arrivée au pouvoir des fascistes, en 1922, ne détermina pas de changements immédiats quant au sort des homosexuels. En 1930, à l'occasion d'une discussion sur le nouveau Code pénal, Mussolini s'opposa ainsi à l'introduction d'une législation homophobe, sous prétexte que les Italiens étaient trop virils pour être homosexuels. Il semble en outre que l'intérêt économique ait prévalu sur les interprétations morales : le tourisme homosexuel, source de devises, ne devait pas être obéré. Enfin, on ne trouvait pas en Italie de mouvements militants comparables à ceux qu'avait connus l'Allemagne, et le danger constitué par une communauté homosexuelle organisée semblait inexistant. Les homosexuels n'en furent pas moins l'objet de discriminations nouvelles : des bars furent l'objet de rafles, certaines personnalités jugées trop « voyantes » furent exilées. À partir de 1938 cependant, et vraisemblablement en écho au régime nazi, de nouveaux décrets furent votés, visant cette fois-ci directement les homosexuels. Comme le montre le film d'Ettore Scola, Une Journée particulière (1977), les homosexuels, désormais considérés comme des criminels « politiques », risquaient la prison et l'exil dans des îles lointaines. Les membres du parti fasciste étaient contraints à la démission, alors qu'en Allemagne, les membres de la SS reconnus comme homosexuels étaient condamnés à mort. » On voit bien le gouffre qui sépare, sur ce point comme sur d'autres, le régime nazi et l'état fasciste.

 

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Une bande dessinée, c'est bien sûr un scénario mais aussi et surtout des dessins ; ceux de Sara Colaone, par leur stylisation rigoureuse, leur bicolorisme, et leur petit coté bois gravé me rappellent les illustrations de mes premiers livres de lecture dans les années cinquante. S'ils sont efficaces et clairs, ils manquent un peu de sensualité pour le sujet.

 

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L'album se présente comme un élégant moyen format relié, au dos carré de 175 pages. En plus de la bande dessinée, il contient une préface de Tommasso Giartosio et Gianfranco Goretti qui ont publié, en Italie, un essai sur le sujet La città e l'isola omosessuli al confino nell italia fascista ‒ je serais italianisant, je me précipiterais dessus ‒ et une interview réalisée par Dall'Orto en 1987 d'un homme de 74 ans qui avait été confiné dans l'île de San Domino.

 

Un livre indispensable pour ceux qui s'intéressent à l'Histoire, et en particulier à celle de l'Italie fasciste, et à celle de l'homosexualité.

 

 

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Magnus Enckell

13 Juin 2025, 06:32am

 

 


Figure du symbolisme finlandais, Magnus Enckell (1870-1925) fut, durant son séjour à Paris jusqu’en 1894, marqué au plus haut point par le mysticisme exalté du Sâr Péladan, dont il intègre dans ses toiles l'idéal de beauté, la figure de l'androgyne. Ses toiles exaltent une sensualité méditative, confrontée aux forces contradictoires du souvenir, de la réalité et du rêve. Le personnage de L'Eveil (1893) semble quitter à regret l'état de sommeil. Pas tout à fait réveillé encore, il affronte un moment de vérité, de tension aussi, le poing pathétiquement serré. Personnage entre deux rives, celle des songes et celle de la réalité de l'existence, celle de l'enfance et celle de l'âge d'homme. Un éveil, presque douloureux, à la vie. Enckell situe ces personnages hors du temps et les inscrit dans un cadre indéfini. Le style, d’une archaïque simplicité, contribue à ce cadre atemporel.



Son Narcisse (1897), allongé sur un rocher, contemple son reflet. Dans Deux garçons (1892), un enfant pose un regard dubitatif sur un homme jeune, montré de dos et assis à même le sol, que l'on devine plongé dans une intense réflexion. Comme s'il voulait pénétrer les pensées de cet homme, ou peut-être pour s’interroger lui aussi sur son propre devenir, matérialisé par ce "double" plus âgé, qui est peut être son frère ou son père : serai-je un jour comme lui ? Le Garçon au crâne (1893) fixe attentivement ce "memento mori" (souviens-toi que tu vas mourir) , symbole du caractère transitoire de l'existence. Ces trois toiles se rattachent directement aux anciennes Vanités. L’homme y est irrémédiablement confronté au problème de l’éternité et de la fugacité de la vie, à son destin irréversible et, dans le cas de Magnus Enckell, à son identité péniblement assumée.




Ces différents visages tourmentés et tendus sont le reflet de ses propres conflits intérieurs : garçons que la vie se charge d'arracher à un paradis perdu, celui de l'enfance, plongés dans des abîmes de gravité, foudroyés par le doute, menacés de tous les maux de l'existence. Corps sveltes et athlétiques, aux courbes parfaites, dont la beauté tout apollinienne est vouée inéluctablement au tombeau. Le vêtement qu'arbore le personnage du Culte de Vénus (1895) lui donne déjà l'air d'être enveloppé dans un linceul.



Mais dans La Résurrection (1907), deux hommes marchent en se tenant ostensiblement par la main. Ce détail, situé exactement au centre de la toile est tout sauf anodin, il semble témoigner d'une sérénité intérieure plus grande. D'une assurance nouvelle. Et cette marque de tendresse se retrouvera ailleurs.




Après 1908, la période symboliste austère et hermétique d’Enckell laisse place à la couleur. Ses Adonis ont des traits moins fermés, certains sourient. D'autres toiles adoptent un style relevant du vitalisme, mouvement autant philosophique qu’esthétique, diffusé par les écrits de Friedrich Nietzsche, exaltant avec moins d’obscurité non seulement l’affirmation la plus totale de la vie et de soi, mais également l’acceptation la plus joyeuse de « l’éternel retour ».



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Sur la plage de Faro

13 Juin 2025, 06:31am

Faro, juillet 2024, photo BA

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Avinoff

12 Juin 2025, 06:43am

Andrey Avinoff (parfois dénommé Andrej Nikolajewitsch Avinoffou Andrei Avinoff) est un de ces artistes que l'on a plus de chance de rencontrer sur la toile que dans les musées, à l'exception notable de celui de l'institut Kinsey dans l'Indiana. Il faut dire qu'Avinoff était ami de ce dernier. L'art d'Andrey Avinoff parvient à être à part égale mystique et homoérotique. Avinoff ne fut pas seulement un peintre mais aussi un entomologiste. Il a travaillé comme directeur du musée Carnegie de Pittsburg avec cet autre fervent célèbre des papillons, Vladimir Nabokov. Comme ce dernier Avinoff a été un grand chasseur et collectionneur de papillons. Il était également un ami d'Alfred Kinsey dont il réalisa un portrait. Il faut préciser que Kinsey a rassemblé inévitablement plus les oeuvres a connotations plus sexuel que le travail mystique de l'artiste ou ses images de papillon. Si Avinoff a semble-t-il été assez discret sur sa vie privée, il n'est guère douteux qu'il ait été homosexuel. Avinoff était également un grand admirateur de Nijinsky et il a représenté plusieurs fois le danseur.
 
ci dessous une caricature représentant Avinoff
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Andrey Avinoff est né en Ukraine en 1883 dans une riche famille russe. Il était le frère de la célèbre portraitiste Elizabeth Shoumatoff qui peignit la plus fameuse peinture représentant Frankin Delano Roosevelt. Son grand-père avait servi comme officier de l'amiral Nelson à la bataille de Trafalgar.Avinoff a passé une grande partie de son enfance dans le domaine ancestral de sa mère. La grande maison était remplie de toiles de maîtres, de tapis persans, de précieuses icônes, et d'une bibliothèque considérable. Les Avinoffs avaient leur propre prêtre orthodoxe russe. Cet hommes aux talents multiples a commencé sa vie professionnelle en tant que diplomate. Il a accepté un poste dans le gouvernement de Nicolas II, et en 1911 il fut nommé chevalier d'honneur de l'empereur. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Avinoff a été incapable de servir comme soldat en raison de mauvaise vue. Au lieu de cela, il fut envoyé aux États-Unis pour acheter des fournitures pour l'armée russe. Lorsqu'on lui demande d'accomplir cette tâche en 1917, Avinoff se rend compte que c'est sa chance d'échapper aux périls de la guerre et la révolution.
 
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Son talent de dessinateur lui permet dés son arrivée aux Etats-Unis de gagner sa vie. S'il résida tout le restant de sa vie aux Etat-Unis, il est mort à New-York en 1949 , il fut aussi un grand voyageur en Europe, en Asie et surtout en Jamaïque son pays de prédilection. Sa passion pour les papillons l'a emmené dans des endroits insolites autour du globe à la recherche de spécimens rares pour les ajouter à sa collection
Avinoff étaient un dessinateur accompli avec une imagination très saisissante dans certains de ces tableaux qui rappelle celle de Dali ou celle deTchelitchev , comme dans ce tableau où l'on voit un homme émergeant d'un tronc d'arbre et avec des éruptions phalliques semblables à certaines des croissances de mutants. On peut dire qu'il a été un des précurseur de l'imagerie de la science-fiction notamment avec ses dessins ayant pour thème l'Atlantide pour illustrer le poème de George Golokhvastoff,The Fall of Atlantis. On peut définir une certaine partie de l'art d'Avinoff comme surréaliste et symboliste. Alors que toute une autre partie de son travail est celui d'un minutieux connaisseur de la nature, végétale et animale. Il a été aussi un portraitiste scrupuleux. Mais ce qui unit tous les dessins et tableaux c'est la poésie qu'il s'en dégage.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Andrey Avinoff, Yellow roses with butterflies and rainbow
 
Andrey Avinoff, Red roses and a butterfly
 
Andrey Avinoff, Day joy orchid
 







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