Vu de la hune
un regard sur les arts et les lettres
Alechinsky de A à Y à Bruxelles
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La rétrospective Alechinsky de A à Y est l’exposition de la fluidité, fluidité bien sûr du traits et de la peinture, presque toujours de l’acrylique, sur les œuvres, mais aussi fluidité de la circulation dans l’exposition où chaque dessin, chaque toile respire, fluidité des thèmes puisque l’on va de fleuves en cascades, de calmes navigations en naufrages. Il faut louer les organisateurs qui nous proposent une vraie rétrospective, quasiment exhaustive, aussi bien des manières que des matières tout en étant digeste. Ni les dessins, ni les multiples ne sont oubliés, et quelle bonne idée de nous amener à l’exposition par un couloir dans lequel sont fixées les nombreuses affiches que l’artiste à illustrées, pour ses expositions, mais surtout pour des causes les plus variées. Dès sa série des métiers fantasmagoriques de 1948 on voit que c’est par le graphisme que l’artiste va se construire. Nous découvrons ensuite les peintures du jeune artiste et sa participation active au groupe CoBrA. Acronyme pour Copenhague, Bruxelles, Amsterdam, en 1948 le danois Jorn, les néerlandais Appel et Constant et les belges Dotremont et Noiret fondent le groupe à Paris. Ils veulent libérer la création des dogmes alors puissants aussi bien de ceux de l’abstraction géométrique que de ceux du réalisme socialiste. Bientôt d’autres peintres les rejoignent dont en 1949 Alechinsky, natif de Bruxelles en 1927. Il participe en 1949 à la première exposition Cobra organisée par Willem Sandberg au Stedelik Museum d’Amsterdam. Cette période est représentée par des gouaches et des lithographies faites aux Ateliers du Marais à Bruxelles. Mais cette période représente peu de pièces, il est alors bien trop occupé à imprimer la revue Cobra (il a étudier la typographie à l’Ecole nationale supérieure d’architecture et des arts décoratifs de Bruxelles) dont le tirage culminait à 500 exemplaires. “Cobra fut mon école confiait-il en 1961 à “L’oeil”. Mais en 1951 c’est Alechinski, resté seul à Bruxelles, qui prend l’initiative d’annoncer en quatrième de couverture du numéro 10 de Cobra que c’est le dernier numéro de la revue. Il part à Paris, où il retrouve Corneille et Appel, pour perfectionner sa technique de graveur.



Dans la fourmilière qui date de 1954 on perçoit la prolifération qui sera une constante de ses tableaux. Cette haine du vide qui le pousse à couvrir toute la surface sur laquelle il peint influencera un autre artiste du plein Keith Haring lorsqu’il découvrira les peintures de son aîné.
Son intérêt pour les signes, le conduit au Japon dont il rapporte un film “Calligraphie japonaise” dont on peut voir des extraits dans l’exposition. A son retour en Europe son œuvre s’éloigne peu à peu de l’informel. Selon les périodes les tableaux sont habités par des figures récurrentes, aucunes ne déserteront définitivement le travail d’Alechinsky. Ce sont d’abord des monstres puis les volcans et vers les années 80, le disque, quant au serpent véritable totem du peintre voici plus de cinquante ans qu’il repte de toile en toile.


Nous cheminerons ainsi à la poursuite du reptile jusqu’aux dernières création où l’on ne décèle aucune marque de fléchissement.


L’ excellence du choix des tableaux et leur nombre raisonnable nous permet de faire la synthèse de cette œuvre cohérente sans avoir une indigestion de peinture comme c’est trop souvent le cas dans ce genre d’exercice.

Est ce un hasard ou une volonté des organisateurs belges, mais le visiteur habitué de l’oeuvre d’Alechinsky qui a eu la chance de parcourir la précédente et belle rétrospective Alechinsky au Jeu de Paume voici déjà dix ans, a le plaisir de découvrir d’autres tableaux important du peintre, si bien qu’il y a assez peu de doublons dans les deux riches catalogues de ces manifestations. Même si bien sûr nous retrouvons quelque toiles incontournables comme “Les grands transparents” ou celle judicieusement choisie pour l’affiche: “Central park” qui date de 1965 et qui est la première où apparaît la manière, aujourd’hui emblématique de l’artiste: Un tableau central, souvent de couleurs vives, entouré de cases sur un ou deux rang, un peu comme un mandala de bandes dessinées, presque toujours en noir et blanc, ce que l’artiste nomme ses “remarques marginales”.

Il joue constamment du contraste entre le centre au couleurs stridentes et le noir et blanc des cases du pourtour. Le centre comme la périphérie du tableau sont peints à l’horizontal (comme le faisait Pollock, (on ne sera pas surpris de relever une parenté entre un tableau comme “Les grands transparents” et le travail du peintre américain) à l’aide d’un pinceau au long manche qu’Alechinsky trempe dans l’acrylique pour déposer ensuite la peinture d’un geste souple, hérité de son ancien apprentissage de la calligraphie japonaise, sur le papier. Les différents éléments seront ensuite agencés puis marouflés sur une toile pour donner le tableau définitif. Nous voyons ces opérations dans un film qui est projeté sur un écran suspendu au beau milieu de l’exposition, ce qui est une bien meilleure idée, que comme à l’habitude reléguer un tel film dans une petite salle annexe.

Les grands transparents, 200x300cm, 1958
Le peintre aime à rappeler prosaïquement ce qu’il doit à ses particularités physique. C’est un gaucher contrarié qui écrit de la main droite mais peint de la main gauche: << Ils m’ont laissé la main gauche pour le dessin, les menus travaux>>.
On s’amusera, il y a de la gravité dans la production d’Alechinsky, mais surtout beaucoup d’humour, à suivre les quelques figures récurrentes qui habitent les toiles de l’artiste, comme le serpent, le volcan ou la pelure d’orange...

Autres surprise ludique celle de retrouver la pratique enfantine qui consiste a apposer une feuille de papier sur un objet plat comportant de petites excroissances puis de crayonner avec légèreté toute la surface de la feuille, n’apparait alors que les parties en relief de l’objet. L’artiste a appliqué ce procédé non à des piécettes comme nous le faisions dans notre enfance mais à des... plaques d’égout!

A la recherche de beaux papiers originaux il investit des cartes marines sur lesquelles des mers et des continents il fait surgir des images inquiétantes ou cocasses (la présence de la carte, de la vue de dessus est permanente tout au long de la carrière d’Alehinsky, “Central park n’est il pas une sorte de plan?). Il s’empare aussi de vieux livres de compte et d’anciennes factures faisant naître des personnages drolatiques des en-têtes, des estampilles et des ornements de ces papiers commerciaux.
Ce grand voyageur comme l'atteste sa tranquille obsession des cartes et des navires n'a pas oublié sa jeunesse belge comme en témoigne son gilles et son hommage à Ensor.

le gilles

Une rétrospective en forme de labyrinthe aéré où il fait bon musarder et dont l’on ressort les yeux et l’esprit en fête.




Bruxelles, février 2008, photo B.A
PAESTUM, ITALIE
Paestum, Italie, aout 1985
LE REBELLE un film de Gérard Blain
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Gérard Blain
En se promenant dans Singapour
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Singapour, mars 2025, photo B.A
Fussli au musée Jacquemart-André
SUR LA PLAGE DE PALMI
HANNAH ARENDT, UN FILM DE MARGARETHE VON TROTTA
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Ayant choisi le 1er mai pour allez voir, la biopic d'Hanna Arendt (1906-1975), vous vous doutez bien que je ne suis pas adepte de l'usure de semelles derrière un quelconque calicot, la plus grande surprise ne fut pas le film, mais le fait que la salle du cinéma qui le programmait était archi comble. A tel point qu'un des employés de l'établissement, juste avant la projection, est venu voir s'il pouvait encore caser deux personnes. Je n'avais pas vu cela depuis ma pré-adolescence où le cinéma de la station balnéaire où je résidait ne commençait à projeter le film en saison que lorsque tous les sièges étaient occupé. Je ne me serais jamais douté qu'Hannah Arendt et sa théorie de la banalité du mal avait autant d'adeptes à moins que Finkielkraut est donné rendez vous à cette séance à tous les thuriféraires de la philosophe... Mais je n'ai pourtant pas aperçu le résistant de France-Culture dans la salle. Ma surprise fut redoublée lorsque je m'aperçu que l'assistance ne comptait pas que des chenus mais aussi de jeunes pousses.
Pas grand chose à dire de ce film qui est néanmoins à voir, ne serait-ce pour ceux qui l'auraient oublié, de leur rappeler l'importance d'Hannah Arendt dans l'histoire des idées au XX ème siècle, tant il est d'une impeccable facture classique. Les cinéastes semblent enfin, après Spielberg et son Lincoln, s'apercevoir que le format d'un film de cinéma est trop court pour narrer toute une vie. Margarethe Von Trotta s'est ainsi concentré uniquement sur l'épisode de la couverture en 1961 du procès d'Eichmann pour le New-yorker par la philosophe ( C’est elle-même qui, malgré son inexpérience du journalisme, a suggéré à William Shawn, directeur du magazine, de la charger de cette mission). Le film s'étend sur quatre année de 1961 à 1965. Son texte où elle expose sa théorie de la banalité du mal déclencha une vive polémique mais ce qui ulcère particulièrement les juif c'est surtout qu'elle dénonce le fait que des autorités juives ont aidé à la shoah.
Très intelligemment grâce à un retour en arrière qui laisse entrevoir la relation qu'entretenait Hannah Arendt avec Heidegger (Klaus Pohl). Le film évoque avec mesure la liaison entre la jeune Hannah Arendt et son professeur. La scène de leurs brèves retrouvailles après la guerre, au cours de laquelle elle somme Heidegger de s’expliquer sur son engagement nazi, est particulièrement réussie. on comprend l'intransigeance intellectuelle d'Hannah Arendt pour qui la raison doit toujours primer sur l'émotion comme le lui a appris son maitre à penser (Heidegger n'a pas vraiment appliquer son dogme dans sa relation avec le nazisme). Ce qui peut être audible aujourd'hui était parfaitement inentendable en 1961 par la communauté juive dont beaucoup des membres étaient des rescapés des camps de concentration. C'est ce paramètre que ne pouvait du fait de sa formation intégrer dans sa manière d'exposer ses arguments sur la question du mal. Ainsi son ami Yosef Hayim Yerushalmi lui reproche d’avoir condamné en bloc tous les conseils juifs et d’avoir contribué, par cette généralisation, à l’effacement de la distinction entre victimes et bourreaux. Un de ses meilleurs amis, Kurt Blumenfeld (Michael Degan), sioniste et père spirituel d’Hannah depuis sa jeunesse, l'accuse de vouloir défendre les bourreaux du peuple juif. Il meurt sans lui avoir pardonné.
On entre et connait certains épisodes de la vie d'Annah Arendt par le biais de conversations qu'elle a avec son mari ( Heinrich Blücher, joué par Axel Milberg, l’homme de sa vie, rencontré à Paris, et qui l’accompagne dans sa fuite à travers l’Europe puis à New York, où ils se sont mariés et ont vécu ensemble pendant près de trente-cinq ans, jusqu’à la mort de Blücher)et ses amis dans lesquelles elle évoque des souvenirs comme son incarcération au camp de Gurs en 1939, alors qu'elle était réfugiée en France. Cet artifice permet à la réalisatrice de dépeindre le milieu new-yorkais dans lequel gravite la philosophe en particulier la romancière féministe américaine Mary McCarthy, interprétée par Janet McTeer, qui l’a soutenue alors qu’elle était attaquée pour ses articles sur le procès Eichmann.On voit également Hannah Arendt donner des cours à ses étudiants américains. Il faut se rappeler que grâce à la parution en 1951 de son ouvrage intitulé « Les origines du totalitarisme », Arendt était déjà en 1961, considérée comme un des grands penseurs du XXe siècle.Margarethe von Trotta réussit à filmer la pensée en train de s'élaborer.
L'interprétation est remarquable bien sûr Barbara Sukova est parfaite dans le rôle titre mais les autres acteurs ne sont pas en reste. Le choix à première vue de Barbara Sukova peut paraître surprenant car elle ne ressemble pas physiquement à Hannah Arendt mais l'intensité de l'interprétation de l'actrice fait oublier rapidement ce hiatus. L'insertion de bandes d'actualités (les images du procès d'Eichmann) est habilement fait. les images d’archives en noir et blanc sont intégrées au récit par le montage alterné avec les séquences reconstituées de la salle d’audience. Mais le tour de force est de parvenir à nous donner une idée de la philosophie d'Hannah Arendt et de Martin Heidegger.
Margarethe von Trotta en spécialiste des grands portraits de femmes fictives ou réelles, depuis L’Honneur perdu de Katharina Blum(1975) jusqu’à Rosa Luxemburg(1986) et Hildegarde de Bingen(2009) était la cinéaste la mieux à même pour réussir le portrait de cette femme intransigeante et courageuse. Margarethe Von Trotta montre bien le caractère passionné d’Arendt et sa vive intelligence, qui lui valurent autant d’amitiés que d’hostilité.
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COMMENTAIRES Lors de la première parution de ce billet
Frisbee à La Baule
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La Baule, septembre 2019, photo B.A
LETTRES À DES AMIS ET À QUELQUES AUTRES DE PAUL MORAND
Il y a bien des avantages à avoir une bibliothèque pas trop étique car j'ai toujours pensé que la lecture d'un livre, s'il était bon, en amenait forcément d'autres. C'est bien sûr le cas de la correspondance Morand-Chardonne. Elle m'a conduit à relire quelques nouvelles de Morand, bien éditées dans le bibliothèque de la Pleiade, de feuilleter « Le journal inutile » du même Morand et surtout de relire intégralement ses « Lettres à des amis et à quelques autres.
Ce dernier volume me parait être un indispensable complément à la lecture de la volumineuse correspondance Morand-Chardonne car celle-ci ne suffit pas pour avoir une juste connaissance de l'art épistolier de Paul Morand. Tout d'abord, malgré les centaines de lettres échangées entre eux, il n'y a que peu de proximité physique et intellectuelle entre ces deux hommes si dissemblables. Leur amitié me semble en réalité plus utilitaire que réelle. D'autre part leurs lettres ne couvrent que les années cinquante et soixante montrant un Morand en exil de la gloire s'adressant à un vieil homme. Chardonne s'y présente en vieillard avant l'âge à l'inverse de Morand qui lutte pied à pied contre les maux de la vieillesse. Morand n'y montre pas son meilleur profil. Il n'y a que peu d'élans du coeur dans les échanges avec Chardonne, alors qu'il n'en est pas avare pour ses autres correspondants. Peut être aussi qu'il se surveille plus lorsqu'il écrit à Chardonne qu'avec ses autres interlocuteurs, sachant que ces lettres seront publiées. « Dans Lettres à des amis... », recueil concocté par Ginette Guitard-Auviste, par ailleurs biographe de l'écrivain, on trouve une centaine de lettres de longueurs variables adressées pour la plupart à des proches dont la diversité est significative (Nimier, Laval, Michel Déon, Jean Giraudoux, Antoine Blondin, Valéry Larbaud...) des multiples intérêts de Paul Morand. Quelques une sont aussi rédigées pour des raisons professionnelles. Les lettres sont classées selon l'ordre alphabétique des noms des destinataires, de Pierre Benoit, pour lequel il éprouve une indéfectible amitié qui ne prendra fin qu'à la mort de l'auteur deKœnigsmark., à Marcel Schneider, homosexuel flamboyant auquel l'homophobe Morand lèguera sa... garde-robe! Chacun de ceux-ci bénéficie d'une présentation à la fois courte et sagace. Ce livre est un modèle d'édition dont aurait bien du s'inspirer les éditions Gallimard pour la correspondance Morand-Chardonne. Dans les « Lettres à des amis et à quelques autres » nous découvrons un tout autre Morand que dans celles à Chardonne. Ces lettres sont écrites sur une très longue période, presque soixante dix ans. Parfois elles s'adressent à de toutes jeunes personnes ainsi celles à Josette Day (1914-1978), l'héroïne de « La belle et la bête », dont Morand a fait sa maitresse alors qu'elle n'avait que seize ans! En 1933, elle en a alors 19 ans, Morand termine une de ses lettres par: << Je jette mon manteau à tes pieds à l'espagnole, et je me place sous ta fenêtre, prêt au baiser ou au pot de chambre.>>. Dans une autre missive, on voit que Morand est un véritable pygmalion pour la jeune femme. Il lui envoie toute une liste de livres à lire. On y voit combien Morand a un goût sûr et combien il est libre des contingences historique et politique et dans ses choix littéraire combien il sait faire taire ses préjugés. Parmi les ouvrages recommandés, on trouve « Les célibataires de Montherlant, « Le paysan de Paris d'Aragon, « Le feu » du communiste Barbusse, « Les enfants terribles » de Cocteau, « Les faux monnayeurs » de Gide, « Leviathan » de Green, « Mon ami » de Toulet... Josette Day, devenu Josette Solvay est un des personnages récurrents de la correspondance Chardonne-Morand; mais 25 ans plus tard, elle est devenu percluse de millions et gorgée de champagne...
On découvre donc un Paul Morand prévenant pour ses amis, n'omettant pas de leur rapporter des cadeaux de ses périples, en 1934 un short pour Josette Day, en 1958 un chandail pour Michel Déon... Mais c'est sans doute dans les lettres à son ami Kleber Haedens (si vous ne avez pas lu cet auteur, précipitez vous sur son roman autobiographique « Adios », un des livres les plus émouvants sur le couple.) qu'il surprendra le plus ceux qui n'ont lu que ses lettres à Chardonne (Les lecteurs de ses impérissables nouvelles seront moins étonnés). En particulier par ses recommandations qu'il fait à cet autre anglophile qu'est Haedens lors de ses visites à Londres pour cause de Tournoi des cinq nations (elles sont six aujourd'hui), ils échangent des considérations sur le rugby dans presque chacune de leurs lettre: << Je reviens de Londres. Arrêtez vous – si ce n'est déjà fait – à votre prochain voyage, aux confins de Soho, derrière Regent street, dans Carnaby str. C'est là que s'habillent et se créent les Beatles. >>, << Lorsque vous irez à Londres, il faut voir le Ad lib. Club, dans Leicester Sq. Traduction latine d'A gogo où les mods se heurtent aux rockers.>>; ces conseils sont écrits en 1964 et 65. Morand a alors 76 et 77 ans!
Cette sélection ne peut que donner l'envie d'en connaître plus car il est bien évident que Morand a écrit de nombreuses autres lettres à commencer par celles envoyées à Nimier (Il y en a quelques une dans le présent recueil) dont l'édition serait finalisée mais ne sortirait en raison de la décision de la fille de Nimier...
COMMENTAIRES Lors de la premiere parution de ce billet
Contrairement à ce que vous croyez je lis lentement mais comme j'ai commencé à 6 ans et que j'en ai 63, j'ai tout de même eu le temps de lire un certains nombre d'ouvrage d'autant que tout compte fait c'est ma distraction (et ma nourriture) préférée mais ce n'est rien par rapport à Morand, un véritable ogre de lecture. Je pense que comme moi, il ne devait pas dormir beaucoup. Morand est idéal pour les lecteurs lents car ses textes sont courts. C'est la principale cause pour laquelle, il n'est pas à la toute première place de nos lettre. C'est après Proust et Céline dans des genres différent, le troisième plus grand style de la langue française au XX ème siècle. Hormis cela ses livres de voyage (à quand une Pleiade pour ceux-ci) sont des témoignages extraordinaire du monde à son époque et se lise toujours avec un grand plaisir. Son Venise est un chef d'oeuvre.
Lorsqu'il a son aventure avec Josette Day ce n'est pas vraiment un barbon, il a une quarantaine d'années et la quarantaine très sportive, ski, cheval, natation, tennis...
L'expression faire litière de ses préjugés (pas tous bêtes à mon avis) que vous employez semble avoir été inventé pour Morand grand homme de cheval et cavalier jusqu'à presque ses derniers jours.
Mais encore Morand a commencé tôt et a fini tard à 88 ans, il faut bien s'occuper tout ce temps ce qui n'est pas trop difficile si l'on a sa culture et sa fortune. Son new York qui date du début des années 30 est aussi très intéressant.
















































Voilà qui me donne à moi aussi envie de relire "La Bâtarde" et "Thérèse et Isabelle" que j'avais aimé il y a bien longtemps, et aussi "le Sabbat" de Maurice Sachs ... et envie de lire enfin René de Ceccaty, plutôt que d'aller perdre mon temps avec ce film qui à l'air bien convenu, d'après ce que vous en dites .
Certes il est convenu du point de vue stylistique mais on y apprend beaucoup. Je dirais même qu'il est indispensable pour ceux qui s'intéresse à l'histoire littéraire car comme peut être je ne le souligne pas assez il a un véritable point de vue sur les évènement et les personnages. En particulier sur Simone de Beauvoir.
Le centre du film est Violette Leduc qui était tout de même impossible. Simone de Beauvoir apparait comme très bonne pour Violette Leduc avec en même temps une sécheresse et une dureté des gens qui savent ce qu'ils veulent. J'aime beaucoup les causeries d'Onfray particulièrement celles sur le couple Sartre Beauvoir, mais je trouve Beauvoir beaucoup plus intéressante que Sartre. Ele avait une grande maitrise d'elle même; ce que le film transcrit bien. Je trouve que la postérité est beaucoup plus douce pour Sartre que pour Beauvoir. Je ne comprend pas qu'elle ne soit pas par exemple dans la Pleiade alors que c'est un auteur Gallimard... (il y a bien Ponge!) Le film n'est pas manichéen même si l'image de Violette Leduc apparait comme positive mais par exemple il y a un passage où elle refuse à un ami de Sachs de signer une déclaration comme quoi elle est enceinte de lui ce qui lui aurait permis de revenir en France. L'ami de Sachs dit à Violette Leduc qu'elle le condamne à mort. Je doute d'abord qu'une telle déclaration aurait pu sauver Sachs et je ne vois pas de quel ami il peut s'agir. Mais comme pour Violette Leduc ma lecture de Sachs est ancienne...
Je maintiens que le film vaut la peine d'être vu.
C'est rien de dire que je ne suis pas d'accord mais peut être que c'est un film où il faut avoir des connaissances en Histoire de la littérature française pour l'apprécier. Comme je baigne dedans depuis l'adolescence cela m'est difficile à juger. Il est peut être aussi utile d'avoir lu au moins la Batarde pour bien comprendre le film, une fois encore ayant lu presque tout Violette Leduc ainsi que Genet et Sachs mon jugement ne peut pas s'abstraire de ces connaissances.
Py est mauvais comme toujours même au théâtre mais Bonnafé est très bon au cinéma comme au théâtre. Berthe est la mère de Violette Leduc.
D'abord il est extrêmement bien joué ( même Olivier Py n'est pas si mauvais ; Sandrine Kiberlain est surprenante par la qualité de son interprétation froide et décidée de Beauvoir ; Emmanuelle Devos est excellente, très émouvante ; les autres rôles très bien aussi ... j'aime en particulier comme toujours Olivier Gourmet ) .
L'image à beau être classique, elle n'est jamais ridicule, même pas trop proprette : la chambre, les entrées et couloirs, les vêtements, et aussi les livres sont bien sales . J'ai d'ailleurs remarqué pour vous à ce sujet un petit détail d'éventuel anachronisme, chez Gallimard : des rayonnages de Collection Blanche, dont certaines tranches me paraissaient exagérément sales et vieillies pour avoir au maximum 40 ans .
Le travail de la lumière a, me semble-t-il, une certaine originalité, très soigné en tous cas, volontairement trop sombre et terne dans la première partie, pour devenir de plus en plus lumineux mais toujours juste, sans trop d'esthétisme . les cadrages et mouvements de caméra aussi : rien de remarquable mais tout fonctionne sans ostentation .
Curieusement, je trouve ce film plus émouvant et plus juste, pour parler de sentiments, d'amour et de désir, que « la vie d'Adèle », avec tout autant de sensualité suggérée, sans être montrée de façon aussi appuyée . Le corps de Violette est très présent, du bain de pieds, jusqu'à la nudité par fragments entrevus, habillé et déshabillé sans cesse, se lavant devant nous plusieurs fois, ou dans les très belles scènes de communion avec la nature . Contrairement à vous, les scènes de sexe avec son mari puis avec son amant à la fin me semblent absolument indispensables ( et d'ailleurs ne sont pas trop longues !) Même chose avec les femmes, c'est encore plus furtif, mais suffisamment bien filmé pour être intense .
Enfin, il y a une extraordinaire matière à réflexion historique sur les rapports sociaux, sur les rapports de l'argent et de la création, et surtout bien sûr sur les rapports homme-femme et la place de la femme dans la société . Simone de Beauvoir théorise tout cela, mais c'est le personnage hors norme de Violette Leduc qui ose bousculer plus encore avec la franchise de son témoignage .
Ce film a le mérite d'éclairer tout le chemin parcouru .
Il a aussi le mérite, comme vous le dites, de nous donner envie de lire ou de relire...
Je suis content de vous avoir donné l'envie de voir ce film où effectivement on ne s'ennuie pas. Et il est intéressant d'avoir le point de vue d'une femme. Il faut songer qu'il n'y a pas encore si lontemps il était très difficile pour une femme d'ouvrir un compte en banque par exemple et que le droit de vote des femmes en France ne date que de 1945. Il ne faut pas l'oublier. On voit aussi le chemin parcouru dans les rapports homme-femme en lisant Annie Ernaux.
Dans La vie d'Adèle, il s'agit d'un amour partagé alors que Simone de Beauvoir n'a jamais aimé Violette Leduc. Elle admirait l'écrivain mais comme il est dit dans le film on ne pouvait pas être ami (e) avec Violette Leduc.
Vous avez parfaitement raison pour la lumière et pour le soin apporté aux décors intérieurs, mes réserves allaient aux extérieurs.
Pour les livres de Gallimard je regarderai cela quand j'aurai le dvd (espérons un blue ray mais je ne crois pas trop à cette dernière possibilité.