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Hubert Robert au Louvre

2 Septembre 2025, 06:33am

Hubert Robert au Louvre

Exposition superbe au Louvre d'Hubert Robert (1733-1808) immanquable pour tous les amoureux de la Rome antique et de ses ruines, même s'il est bien injuste de ramener ce grand artiste à ce seul sujet. D'autant qu'Hubert Robert est tout autant dessinateur que peintre et graveur. Mais il est bien plus que cela : il est aussi créateur de jardins et conservateur du Muséum central des arts, le futur Musée du Louvre.

Mais c'est tout de même les tableaux de ruines romaines qui retiennent l'attention. Si l'artiste s'est formé à Rome durant une dizaine d'année, la plupart des tableaux qui sont inspirés de son séjour sont plus des rêves d'architecte que des élévations scrupuleuses des monuments antiques. 

L'exposition présente toutes les facettes de ces talents en 140 œuvres (dessins, peintures, esquisses peintes, gravures, peintures monumentales, ensembles décoratifs et mobilier). Tout cela est présentés au public jusqu'au 30 mai 2016.

L'accrochage et l'éclairage sont satisfaisants. Les cartouches sobres et informatifs. On peut cependant regretter que dans cette présentation qui mêle habilement le thématique et le chronologique, qu'il n'y ait presque rien pour nous renseigner sur la biographie du peintre, sinon que la lame de la quillotine passa bien près de sa tête en 1793. Pour en savoir plus sur l'homme il faut acquérir le superbe catalogue (cher, 49€ et lourd mais je n'ai pas pu résister.). Compter au moins 2heures trente pour vous perdre avec bonheur dans les ruines d'Hubert Robert 

Curieusement c'est un portrait d'Hubert Robert par Elisabeth Vigée-Lebrun, sa contemporaine et grande amie, qui ouvre l'exposition.

Hubert Robert au Louvre : un vrai régal !

 "Les cascatelles de Tivoli" (1762)

Hubert Robert au Louvre : un vrai régal !

"Personnages dans une baie à Saint-Pierre de Rome" - détail - 1764 (Musée de Valence)

Hubert Robert au Louvre : un vrai régal !

"La lingère" directement inspirée de Fragonard (1761)

 

Hubert Robert au Louvre : un vrai régal !

"Le port de Ripetta". n'en cherchez pas les restes à Rome,C'est ce qu'on nomme un "caprice architectural" comme le peintre aimait à en inventer :

Hubert Robert au Louvre : un vrai régal !

 

 "Caprice architectural avec un canal" - 1783 (Musée de l'Ermitage)

Hubert Robert au Louvre : un vrai régal !

 "Les découvreurs d'antiques", détail, 1765 (Musée de Valence)

 

Hubert Robert au Louvre : un vrai régal !

 

 "L'ancien portique de l'Empereur Marc-Aurèle" (Musée du Louvre) qui est une complète invention

Hubert Robert au Louvre : un vrai régal !

"L'obélisque brisé autour duquel dansent des jeunes filles" - 1798, si on fait son raisonneur on peut se demander comment le musicien a fait pour graimper aussi haut!

 

Hubert Robert au Louvre : un vrai régal !

 

"La Bastille dans les premiers jours de sa démolition" - 1789 (Musée Carnavalet). Contrairement à son amie Vigée-Lebrun, Hubert Robert, alors qu'il était un proche du pouvoir n'a pas fui Paris à la Révolution. Il est emprisonné en 1793 et n'aura vraisemblablement la vie sauve grâce à la chute de Roberpierre.

Hubert Robert au Louvre : un vrai régal !

 

 

"La violation des tombeaux des Rois dans la Basilique Saint-Denis" - 1793 (Musée Carnavalet)

 

Hubert Robert au Louvre : un vrai régal !

 

 

"Le ravitaillement des prisonniers à Saint-Lazare" - 1794 (Musée Carnavalet)

bien malgré lui Hubert Robert était "sur le motif", il a laissé ainsi un reportage sur le vif de la condition des prisonniers durant la Révolution. Lors de son emprisonnement la peinture a sans doute été pour Hubert Robert une sorte de dérvatif.

Hubert Robert au Louvre : un vrai régal !

 

 les travaux de démolition des maisons sur le Pont au Change

Hubert Robert au Louvre : un vrai régal !

 

Hubert Robert au Louvre : un vrai régal !

 

Le peintre avait aussi conçu un service de porcelaine destiné à la Laiterie de Marie-Antoinette à Rambouillet !

Bol-sein (Manufacture royale de Sèvres)

Hubert Robert au Louvre : un vrai régal !

 

il a aussi dessiné pour cette laiterie du mobilier pour le célèbre ébéniste Georges Jacob...

Hubert Robert au Louvre : un vrai régal !

 

"Projet pour la transformation de la Grande Galerie du Louvre" - 1796

Hubert Robert au Louvre : un vrai régal !

 

 la même galerie quelques siècles plus tard...

"Vue imaginaire de la Grande Galerie" - 1796

Hubert Robert au Louvre : un vrai régal !

 

 
Le grand jet d’eau de la Villa Conti (aujourd’hui villa Torlonia) à Frascati, près de Rome. 1761. 
62,5 x 47. 
Musée des Beaux-Arts, Besançon

Hubert Robert au Louvre
Hubert Robert au Louvre
Hubert Robert au Louvre
Hubert Robert au Louvre
Hubert Robert au Louvre
Hubert Robert au Louvre
Hubert Robert au Louvre
un astucieux procédé, maintenant courant dans les grandes expositions nous permet de feuilleter un des carnets de croquis du peintre, ci-dessus deux exemples des dessins qu'il contient.

un astucieux procédé, maintenant courant dans les grandes expositions nous permet de feuilleter un des carnets de croquis du peintre, ci-dessus deux exemples des dessins qu'il contient.

Commentaires lors de la première parution de ce billet

 

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Une semaine à Roland Garros 2015 (2)

2 Septembre 2025, 06:33am

le court n°3  où va avoir lieu la rencontre Lajovic Wawrinka

le court n°3 où va avoir lieu la rencontre Lajovic Wawrinka

Une semaine à Roland Garros 2015 (2)
Une semaine à Roland Garros 2015 (2)
Wawrinka

Wawrinka

Lajovic

Lajovic

Une semaine à Roland Garros 2015 (2)
un ramasseur prêt à bondir si une balle échoue dans le filet

un ramasseur prêt à bondir si une balle échoue dans le filet

Goulbis grand favoris de son match contre Mahut va pourtant le perdre

Goulbis grand favoris de son match contre Mahut va pourtant le perdre

la grande préparation de coup droit de Goulbis ce qui avait disparu des courts depuis la retraite de Guvtafson.

la grande préparation de coup droit de Goulbis ce qui avait disparu des courts depuis la retraite de Guvtafson.

Une semaine à Roland Garros 2015 (2)
Mahut

Mahut

la cérémonie de la serviette. Depuis quelques années tous les joueurs éprouvent le besoin de s'essuyer la figure après chaque point...

La joie de Mahut après sa victoire

La joie de Mahut après sa victoire

Une semaine à Roland Garros 2015 (2)
Andujar va finir par battre Kolschreiber dans la reprise d'une rencontre qui avait commencé la veille

Andujar va finir par battre Kolschreiber dans la reprise d'une rencontre qui avait commencé la veille

Une semaine à Roland Garros 2015 (2)
Kolschreiber

Kolschreiber

Le court n° 2 cadre de la rencontre Gofin Giraldo

Le court n° 2 cadre de la rencontre Gofin Giraldo

Une semaine à Roland Garros 2015 (2)
Giraldo

Giraldo

Gofin

Gofin

Une semaine à Roland Garros 2015 (2)
Gofin gagne bien aidé (trop?) par les supporters belges

Gofin gagne bien aidé (trop?) par les supporters belges

Le court n° 1 qui devrait être malheureusement détruit dans la nouvelle configuration du Stade.

Le court n° 1 qui devrait être malheureusement détruit dans la nouvelle configuration du Stade.

 

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L'ennemi c'est le sperme

2 Septembre 2025, 06:32am

 

 

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Les "N" d'Egermeier

2 Septembre 2025, 06:31am

N649

N649

N653

N653

N654

N654

N661, Il y a beaucoup de photos de militaires dans la rubrique N

N661, Il y a beaucoup de photos de militaires dans la rubrique N

N 677

N 677

N 691

N 691

N 692

N 692

N697

N697

N 698

N 698

Grâce à l'enseigne du restaurant-hôtel Pernollet que l'on voit ou devine sur les photo N698 et N697 J'ai pu localiser les images N697, N698, N692, N691 et très probablement N699 à l'exception de la dernières elles ont toutes été prise place de la Victoire à Belley dans l'Ain, probablement à la fin des années 30. 

N699

N699

N720

N720

N 751

N 751

N 752

N 752

N754

N754

N755

N755

La dernière photo grâce au panneau indicateur que l'on peut voir à droite de la photo qui indique que nous sommes à 5 km de Genève on peut situer très exactement cette image. J'imagine que les clichés N751, N752, N754 ont été prises durant le même camp scout devant se situer non loin de la frontière franco-suisse.

N757

N757

N758

N758

N759

N759

N762

N762

N767

N767

N768

N768

N829

N829

N833

N833

Les deux plaques de rue sur lesquelles on peut lire rue Servient et rue du commandant Dubois m'ont permis de situer le local des Eclaireurs de France à Lyon (N833). Il est plus que probable que l'image N829 est la photographie de l'intérieur du dit local. Derrière les deux jeunes chefs qui me semblent issus de la bonne bourgeoisie Lyonnaise on peut voir une carte du centre de Lyon.

N835

N835

N837

N837

N841, une partie non négligeable de l'oeuvre d'Egermeier est constituée de photos de paysage

N841, une partie non négligeable de l'oeuvre d'Egermeier est constituée de photos de paysage

N891 un chef scout sérieux au travail

N891 un chef scout sérieux au travail

N901

N901

N903

N903

N906 Les deux photos immédiatement ci dessus montrent un jeu de foulards

N906 Les deux photos immédiatement ci dessus montrent un jeu de foulards

Cette série nous enseigne sur deux choses d'abord une fois de plus, elle montre l'hétérogénéité des images rangées sousvune lettre, ici le N et d'autre part qu'il y a des photos d'Eclaireurs ailleurs que sous la lettre E. A ce propos si vous possédez des vieux exemplaires de la revue des Eclaireurs qui contiennent des photos d'Egermeier, envoyez moi les scans de ces images en indiquant le n° de la revue et sa date de parution.

 

Je réitère mon appel. Si vous avez des informations sur Karel Egermeier soyez assez aimable pour me les communiquer. Si vous vous reconnaissez ou si vous reconnaissez une personne de votre connaissance sur ces images, si vous avez une idée sur les lieux et la datation éventuelle des photos ci-dessus n'hésitez pas à m'en faire part.

Commentaires lors de la première parution du billet:

 

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Art brut au Grand Palais (1)

1 Septembre 2025, 07:57am

Le Grand Palais a la relative audace de réouvrir son désormais grand vide avec une exposition dévolue à l'art brut. Toutes les pièces proviennent de la collection de Bruno Decharme. Au delà des oeuvres ce qui est émouvant c'est la découvertes des vies souvent terribles de ces artistes que révèlent les cartouches.

 

 

 

 

 

 

 

Paris aout 2025

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Journal 1953-1986 de Matthieu Galey

1 Septembre 2025, 06:41am

Journal 1953-1986 de Matthieu Galey (réédition complétée)

 

 

A l'occasion de la rédaction de l'article sur la biographie de L'abbé Mugnier de Ghislain de Diesbach, j'ai consulté quelques livres de ma bibliothèque dont ce journal de Matthieu Galey dont je prétend qu'il est le summum du genre. Mais après avoir lu ce qui concernait le prélat, je n'ai pas pu lâcher le journal de Matthieu Galet et je l'ai relu entièrement. Car par quelque page que l'on aborde ce journal, paru en deux tomes aux éditions Grasset en 1987, le plaisir de lecture est garanti.

J'ai relu ces deux volumes avec émotion (je connaissais la fin de l'histoire, à cette aune, bien des notations de l'auteur serrent le coeur.) et puis ce n'est pas si souvent que l'on peut tenir toute la vie d'un homme, de talent de surcroit, dans la main. Une vie de larbin de la littérature, comme il l'écrivait à vingt ans, n'enviant pas cette situation qui sera pourtant la sienne...

N'ayant pas encore vingt ans, Galey eut l'ambition de consacrer une étude à Raymond Radiguet. Pour laquelle il rend visite à diverses personnalités qui avaient connues le jeune écrivain: Jean Cocteau, Brancusi, André Salmon, Joseph Kessel, Jean Hugo... De telles rencontres avec des grands noms de la littérature et de l'art, qui ne semblaient pas trop difficiles à approcher, devaient sans nul doute influencer le tout jeune homme de lettres en herbe. Malheureusement, l'étude ne fut jamais achevée, ou tout du moins pas publiée. Mais ayant goûté le commerce des beaux esprits à une époque bien révolue où l’on brillait encore dans les salons et où les écrivains chenus se distrayaient de la présence, dans leurs hôtels particuliers, de jeunes gens intelligents, si possible agréable à regarder, il le cultivera tout au long de sa courte vie pour en faire son miel, ce journal...

Sa naissance dans la bourgeoisie, presque haute, lui a fait gagner du temps, mais qu'en a t-il fait? Je songe qu'une telle jeunesse entre bohème, raouts mondains, dragues et culture, ne serait plus possible de nos jours. En premier lieu parce qu'il n'y a plus de bourgeoisie, il n'y a plus que des inhéritiers comme l'écrirait Renaud Camus (toujours lui), mais il n'y a plus également de classe ouvrière, d'intellectuels ou de paysans, il n'y a plus que des ploutocrates et la fumeuse classe moyenne, quel naufrage!

Les relations de sa famille, son milieu, sa curiosité et peut être un peu son arrivisme, même s'il ne lui déplaisait pas d'être plus en partance qu'arrivé, l'ont aidé à rencontrer cet incroyable panel de célébrités de tous ordres. Il s'y mêle aussi parfois la chance. Par exemple, son prof. De Science-Po s'appelle Pompidou (nous sommes en 1953), quand, la même année il va à la messe, l'abbé qui prêche se nomme Danielou. Un an plus tard, un soir qu'il s'arsouille, son voisin de bar est Jean-Claude Pascal << qui boit comme une éponge avec beaucoup de dignité.>>. Une autre fois dans un bistrot c'est Blondin dont il ne peut pas se débarrasser, l'auteur de « L'Europe buissonnière » ayant l'ivresse gluante...

Dans « un début à Paris » Ghislain de Diesbach montre un Matthieu qui n'est sans cynisme: << Dans le salon d'Evelyn Best, Milorad avait amené Matthieu Galet. Celui-ci effectuait alors son service militaire dans la marine et apparaissait parfois en matelot. Avant de partir, il avait confié son journal à Evelyn pour qu'il fut, en son absence, à l'abri des indiscrétions de sa famille. Assez cyniquement il avait prévenu la pauvre Evelyn, dont il appréciait les gouters, qu'il ne serait pas un fidèle à vie: « quand je serais célèbre, lui avait-il dit, vous ne me verrez plus. » Ce fut en effet ce qui arriva.>> (Ghislain de Diesbach,Un début à Paris, page 126, éditions Via Romana).

Les premières années du journal ne sont pas les plus intéressantes. On y voit un jeune homme un peu poseur qui s'essaye dans son journal à faire des mots d'auteur en vu d'oeuvres qu'il n'écrira pas, mais il ne le sait pas encore... Et puis c'est une sorte, plus ou moins consciemment de gigolo culturel ou de tapineur intellectuel, comme on voudra... Le journal s'étendant sur une longue durée, plus de trente ans, le lecteur est le spectateur de la maturation d'un homme.

Matthieu Galey n'est pas un stakhanoviste de la notation quotidienne. Il peut laisser, plusieurs jours, même plusieurs mois sans noter quoi que ce soit. Il demande donc au lecteur de remplir les trous, d'être un amoureux de ellipse. Ce relatif dilettantisme dans la tenue ce qui sera la grande oeuvre de son auteur est en définitive positive pour celle-ci car le journal ne dévore pas ici la vie de son créateur comme c'est un peu le cas par exemple chez Renaud Camus. Chez Galey, du moins sur sa plus longue durée, le journal n'est pas une fin en soit. Il serait intéressant de savoir à quel moment, il a eu conscience qu'il écrivait pour une futur publication.

 

Jacques Chardonne et Paul Morand

Jacques Chardonne et Paul Morand

Il ne faudrait pas se méprendre sur les intentions de notre diariste, si ses relations sont intéressées, il est surtout très admiratif des dinosaures littéraires qu'il fréquente et il a beaucoup d'affection en particulier pour Chardonne qui est alors complètement oublié... sinon par Mitterrand. D'ailleurs dans une lettre à Jean-Louis Bory daté du 20 février 1964, Chardonne écrit: << Doué pour l'amitié, j'ai peu d'amis. Aujourd'hui trois: Brenner, Matthieu Galey, et Morand. Ils sont le soleil de ma vieillesse.>>.

 

A propos de cette confidence de Chardonne à Jean-Louis Bory, faisons "un arrêt sur image". L'homme qui écrit cela à Jean-Louis Bory ne pouvait pas ignorer la sexualité de son correspondant, même si à cette époque Bory n'est pas encore le porte parole flamboyant des homosexuels qu'il deviendra quelques années plus tard, étale dans sa correspondance et sa conversation une homophobie et un antisémitisme presque à la hauteur de celui de son compère Paul Morand ami et grand admirateur de Proust par ailleurs. Or dans ses trois amis, il cite Galet homosexuel et demi-juif ce qui ne semble pas le troubler. Mais ce n'est rien à coté de Morand qui tout homophobe vitupérant qu'il était, avait un serviteur qui le volait pour se payer des gigolos. Morand le savait et fermait les yeux... Comme nous l'apprend Matthieu Galet. Ce même Morand, à sa mort lèguera sa garde robe à son ami Marcel Schneider, personnage récurrent du journal de Matthieu Galey, qui, s'il n'était pas juif comme son nom pourrait le faire croire, était un homosexuel très voyant... Ces grands écrivains n'étaient pas à une contradiction prêt... 

 

L'attrait immédiat de ces notes consignées régulièrement durant plus de trente ans est entre autres une galerie de portraits troussés avec un talent extraordinaire, réussissant en quelques lignes, le plus souvent assez vachardes, à peindre, tant physiquement que psychologiquement ses modèles. Et quels modèles! Très tôt en tant que critique dramatique et littéraire, d'abord à Art puis ensuite à l'Express et comme éditeur chez Grasset, il est amené à rencontrer une multitude de créateurs. Mais en plus comme il « aime les vieux » il a aussi côtoyé quelques célébrités de la littérature tel Jouhandeau, Chardonne, Fraigneau ou Morand qui n'étaient plus à l'apogée de leur gloire en particulier parce qu'ils avaient eu quelques tendresses pour l'occupant. A l'autre spectre de l'idéologie politique, il connaissait également très bien Aragon.

Le mieux est de donner quelques exemples de ces croquis:

17 juillet 1958 << Une longue fille noiraude. Une voix plaintive, étrange, poétique, sans rapport avec son physique ingrat. Elle n'a pas de nom. On l'appelle Barbara>>.

14 février 1960 << Un visage rose, un peu mou, le nez rond et un front immense. Quelque chose d'une vierge flamande qui aurait oublié sa coiffe. De l'élégance, une grande douceur dans sa façon de ronronner les phrases et beaucoup de grâces aux dames. Un fond d'exigence la-dessous, bien gommé, bien poli. Il est très habile. Hussard peut-être, mais d'état-major.>> -Nourissier- Le portrait n'a pas du plaire au modèle car lors de l'excellente émission de France-Culture,  « Une vie, une oeuvre » consacrée à Matthieu Galet, Nourissier y fut d'une rare bassesse... Humeur que confirme Brenner dans son journal: <<Berger m'apprend que Nourissier s'estime maltraité dans le Journal de Mathieu. Lui qui déclarait qu'il ne fallait procéder à aucune coupe et qui ignore que l'on a supprimé les trois quarts des passages qui le concernait. >> -page 437, tome V- (Une rancune d'écrivain n'a d'égale, pour la violence et durée, qu'une rancune d'ecclésiastique, affirmait Balzac.).

mars 1975 << Banier. Son drame: on le prend pour un nouveau Cocteau, il n'en est qu'un dessin.>>

juillet 1981 << Mesguich, le profil de conventionnel, type commissaire de la République, souligné par une tenue d'incroyable, avec mi-bottes et pantalons collants. L'oeil est de feu, le sourire à la fois sournois contraint et moqueur, et une infinie prétention qui cache sans doute pas mal de doutes profonds. >>.

septembre 1982 << Yvette Horner vêtue d'un pyjama rose bonbon bordé de strass, de la même teinte que les plis de son accordéon, on dirai un Goya, masque usé de fée carabosse surmonté d'une énorme tignasse noire. La bouche est carré terrifiante, mauvaise et, quand elle sourit, il en sort deux grandes dents de méchant loup, un menton fuyant qu'elle n'arrive plus à poser sur son instrument, tant elle s'est racornie, et de petits yeux durs, fardés qu'elle essaie de glisser dans les coins d'un air aguichant. >>.

Peu des modèles de Galet furent heureux en découvrant ce qu'il avait écrit à leur sujet d'autant que beaucoup le considérait avec quelques condescendances. C'est notamment le cas de Druon et d'Edmonde Charles Roux qui protestèrent auprès de Berger. Ce dernier leur envoya ce qu'il avait fait couper, leur montrant ainsi qu'ils avaient échappé à bien pire.

Très souvent Matthieu Galey égale, et même parfois dépasse, le maitre du portrait cruel et cursif qu'est Léon Daudet. Mais pour le lecteur d'aujourd'hui, il est plus intéressant de se plonger dans le journal de l'ancien critique dramatique que dans celui du gros Léon. Pour une raison à la fois simple et éphémère, le lecteur de 2016, un tant soit peu cultivé, ayant au moins atteint mon âge canonique et n'ayant pas trop la mémoire qui flanche, individu donc rarissime, se souvient des évènements (mais pas tous j'y reviendrait) que narre notre diariste et surtout des personnages qu'il croque à belle plume et c'est alors une foule de souvenirs qui assaille notre lecteur-voyeur (le lecteur est toujours un voyeur, un peu plus en arpentant un journal intime qu'un roman, mais à peine.). Et parfois il a même rencontré quelques uns des férocement portraiturés (c'est mon cas). Mais bientôt cette espèce de lecteur aura disparu. La camarde aura fait place nette. Et même moi (je souligne lourdement « même »), il m'arrive de ne plus très bien savoir à qui ou à quoi Matthieu Galey fait allusion, mais je constate encore bien plus de lacunes dans la compréhension lors de mes visites assez fréquentes au journal de Daudet; néanmoins pour ce dernier ses portraits sont tout de même passionnant ne serait-ce que par le style. C'est du La Bruyère sans le souci de l'archétype.

Or donc, je rêverais d'une réédition du journal de Matthieu Galey avec des notes en bas de page qui nous situeraient le propos et quelques biographies lapidaires pour nous préciser de qui il parle; cela sans arriver au travers de certaines gazettes, le Monde en particulier, et revues qui n'hésitent pas à indiquer que Victor Hugo était un poète français! C'est dire l'état de culture de l'électeur moyen! A l'occasion de cette édition critique, il serait peut être intéressant également de remettre certains passages caviardés par Brenner, sous la férule de Berger, (beaucoup de personnes mises en cause ayant disparu aujourd'hui.) qui s'est chargé du travail d'édition du journal de Matthieu Galey. A cette occasion il a peut être mesuré la médiocrité du sien dont l'édition ne me paraissait pas indispensable. Cette épuration du journal est d'autant moins justifiable que son auteur l'avait déjà fait comme il l'écrit le 1 aout 1984: << Passé plusieurs jours avec moi-même… il y a trente ans et plus, à déchiffrer mes cahiers de ce temps-là. Jusqu’à vingt et un ans environ, je suis d’une bêtise et d’une fatuité qui me consternent. Je sais tout, je donne des leçons, j’admire n’importe qui en termes naïfs ou niais. Sauf quand il s’agit de vraies valeurs, que je néglige ou minimise avec une navrante régularité ! Presque tout est bon à jeter. Et tout ce temps rongé en amourettes, ou en romans inachevés ! Un columbarium de projets. Au feu! >>, puis le 27 aout 1985: << Ce n’est pas que mes souvenirs intimes valent grand-chose… Je m’y complais cependant, ne serait-ce que par une coquetterie indigne : pour peu qu’ils soient suffisamment lointains, j’y fais meilleure figure que dans ma glace. » Cette réflexion que François-Olivier Rousseau attribue à son « Sébastien Doré », je pourrais la prendre à mon compte, mot pour mot, moi qui passe le plus clair de mon temps à mettre au propre mes notes d’il y a vingt-cinq ans. La figure que j’y fais ne me plaît guère, sot, vaniteux, frivole, coureur, snob, méprisant – et Dieu sait si j’élimine des pages et des pages sans intérêt, des coucheries oubliées, des considérations philosophiques ou des flambées sentimentales d’une banalité abyssale ! – mais l’éloignement suffit à mon bonheur présent. >>. Ces deux notes révèlent qu'après avoir appris qu'il était condamné à brève échéance Matthieu Galey a préparé son journal pour une prochaine publication. Dans quelle mesure ce texte diffère-t-il du premier jet, on ne pourrait le savoir qu'en ayant accès aux manuscrits.

 

Pour revenir à cette proposition de note en bas de page, la rédaction de ce billet m'a amené à parcourir en diagonale le journal de Jacques Brenner, ce qui conduit une inévitable comparaison entre les deux ouvrages. On constate que pour un honnête homme (c'est à dire pas moi) la lecture du journal de Matthieu Galet ne nécessite pas beaucoup d'explications, car peu des noms qu'il cite sont oubliés de nos jours alors que dans celui de Brenner on a l'impression de parcourir un cimetière littéraire dans lequel la plupart des noms n'évoquent plus aucun souvenir.

 

Jacques Brenner

Brenner avec pipe mais sans chien...

 

Lors de la sortie en librairie du deuxième tome du journal, en 1989, invitée par Bernard Pivot dans « Apostrophe », sa soeur Geneviève Galey, regretta qu'on ait coupé certains jugements sur des auteurs Grasset ou des membres de jurys littéraires. Yves Berger, l'éditeur du 'Journal' s'en défendit... Cette sortie publique de la soeur de l'auteur, presque absente du journal d'ailleurs, est assez surprenante lorsqu'on lit le très fastidieux journal de Brenner au 19 septembre 1988: << Le manuscrit a été revu deux fois sans que je sois consulté: par Geneviève Galey et Jean-Claude Fasquelle, puis par Yves Berger. C'est Jean-Claude qui m'apprend la nouvelle. Il ajoute que ce n'est pas nécessaire que le manuscrit repasse par mes mains avant d'aller à la fabrication.>>. Toujours chez Brenner, on apprend, comme il n'était pas bien difficile de le subodorer que ces coupes ont été bien au delà des seuls auteurs Grasset: << Dans son journal Matthieu voyait la carrière d'Angrémy ( Angrémy est le vrai nom de P.J. Rémy, auteur Gallimard) comme un ratage sur tous les plans (passage coupé).>>- page 492 journal, tome V, édité en 2006 par Pauvert (en ce qui me concerne, je garde de bons souvenirs des lectures de "Cordelia ou l'Angleterre du dit Rémy).

 

Et puis une réédition serait surtout la possibilité de faire connaître Ce texte indispensable pour la connaissance de l'Histoire intellectuelle en France de l'après guerre. Elle serait aussi la possibilité de transformer des initiales obscures comme le très présent T. par le véritable nom de la personne en l'occurrence Herbert Lugert qui a tombé le masque dans l'émission de France-Culture déjà citée. Mais je crains que le rêve d'une réédition savante de ce journal ne prenne jamais forme et reste dans les limbes.

Certaines précisions pourraient pourtant donner un tout autre éclairage à des passages qui restent obscurs si l'on ne connait pas telle ou telle anecdote; par exemple celle concernant la maison qu'achète Matthieu Galet, sise au 1 rue Frochot, à Sylvie Vartan. Car cette demeure à une étrange histoire et celle de son interférence avec la vie de Matthieu Galet est troublante. La demeure est d'abord habitée par Ponson du Terrail, l'auteur Rocambole dans les années 1860. Elle est ensuite rachetée par le compositeur d'opérettes Victor Massé qui l'occupe jusqu'à sa mort en 1884. Avant d'être revendue au directeur des Folies Bergères au début du XXème siècle. Soixante dix ans passent. La femme de chambre du dernier propriétaire, héritière de sa fortune, est sauvagement assassinée dans l'escalier à coups de tisonnier. La bâtisse est mise sous scellés, le meurtrier ne sera jamais retrouvé. A la fin des années 1970, Sylvie Vartan achète l'hôtel particulier. Elle n'y habitera jamais. "Cette maison l'inquiétait", disent les uns. "C'est le cadeau de rupture de Johnny, elle ne s'y sentait pas bien", relativisent les autres. La chanteuse la revend à Matthieu Galey qui, le 10 mars 1978, écrit dans son journal: << Acheté la maison Frochot. Un peu l'impression de m'endetter pour acheter mon tombeau gothique >>. Prémonitoire: il y meurt huit ans plus tard. De la même pathologie que celle qui a terrassé Victor Massé un siècle plus tôt: la maladie de Charcot. Curieux hasard. A propos de maison, Matthieu Galet s'intéresse beaucoup à celles où il est invité non content de croquer le portrait de ses commensaux, il n'oublie jamais de planter leur décor.

Lisant un tome du journal de Claude Mauriac, Mathieu Galet reprochant à son confrère de s'intéresser aux idées, donne en creux le secret de sa réussite: << Il sait qu'il n'est qu'un appareil enregistreur ultra perfectionné. Jamais le coup d'oeil, ni le coup de patte du portraitiste. Il a tort de s'intéresser aux idées, comme si elles pouvaient avoir la moindre importance. Ne compte, pour le souvenir, que les mots parfois et les images, les instantanés, qui bloquent la vie, comme les cendres du Vésuve ou la glace.>>.

On s'étonne un peu de la place congrue qu'occupe Marguerite Yourcenar dans le Journal. Il est vrai qu'après la publication aux éditions le centurion, des "Yeux ouvert", entretiens avec Matthieu Galet qui sont de loin supérieurs aux autres entretiens qu'a accordés la grande dame que ce soit avec Pivot, Chancel ou surtout ceux avec Patrick de Rosbo, c'est instauré un froid entre l'interviewer et Yourcenar. Cette dernière regrettant de s'être trop "déboutonnée"... Pourtant il fut un temps où elle tenait Matthieu Galet en haute estime, comme en témoigne cette lettre qu'elle lui adresse le 13 octobre 1979: << Cher Matthieu Galey, Gallimard vient de m'envoyer le Magazine Littéraire. Quel admirable portraitiste vous êtes. Trois portraits déjà, sinon quatre, et toujours la même touche merveilleusement juste et sobre, sans bavure et sans sécheresse. Notre duo me semble aussi très réussi. Je suis persuadé que nous sommes en route pour un très bon livre.>> - Marguerite Yourcenar, Lettres à ses amis et quelques autres, page 804. Voyons voir cette touche: << Marguerite Yourcenar possède une architecture intellectuelle inébranlable qui donne à ses propos, à ses écrits, une surprenante solidité. Rien de ce qu'elle dit, de ce qu'elle pense n'est en soi singulier; nous avons seulement perdu l'usage d'une si rigoureuse harmonie entre la conscience et la réflexion. >> - Mathieu Galet, le Magazine Littéraire n° 153 d'octobre 1979. 

Sur la relation entre Matthieu Galet et Marguerite Yourcenar, la biographe de cette dernière, Josyane Savigneau a un point de vue intéressant: <<... une longue amitié qui se terminera assez mal, après la publication de son livre d'entretiens, Les yeux ouverts, en 1981. Comme si "commettre" un livre sur Marguerite Yourcenar était déjà, quel qu'il fût, une sorte de faute, voir de péché, une captation inadmissible, l'affirmation d'une autonomie inacceptable.>> (Marguerite Yourcenar par Josyane Savigneau, page 342, éditions Gallimard). 

Devant le film de cette existence, on ne peut s'empêcher de poser cette question un peu stupide, Matthieu Galey a-t-il réussi sa vie? A cette interrogation il est impossible de répondre pour tout homme à l'exception de quelques êtres qui par leur oeuvre ou leur action ont changé l'Histoire et à l'inverse pour quelques autres pour qui l'existence ne fut qu'un calvaire.

Pour Matthieu Galey comme pour presque nous tous, c'est un peu l'histoire du verre à moitié vide, à moitié plein. Si l'on retranche les trois années horribles de son interminable agonie, pour le commun des mortels, sa vie aura été plus qu'enviable. Il a rencontré de très nombreux grands esprits de son temps, il a aimé et été aimé par T et Daniel (Daniel Ankri qui est mort du SIDA en janvier 1990 – Journal de Jacques Brenner, tome V) jusqu'à son dernier jour. Il a beaucoup voyagé et vécu sinon dans le luxe, du moins dans un aimable confort, mais pour quelqu'un qui rêvait à vingt ans d'écrire à quarante une sorte de « Guerre et paix », c'est autre chose. Il y avait un fort désir de Matthieu Galey de laisser une trace tout en ayant un doute sur ses capacités: << Comment prendre du recul en face de soi-même? Dans la comédie du monde, je me fais toujours l'effet d'un comparse.>> - 2/08/1963.

Si Matthieu Galey a su reconnaître le talent chez des hommes qui n'avaient encore rien prouvé, il n'était cependant pas infaillible comme en témoigne ces lignes à propos de Boris Vian qu'il connaissait, bien sûr: << Ce matin Boris Vian est mort (…) De ce brio rayonnant, subtil, timide, poétique, je me demande ce qu'il restera. Combien a-t-on vendu d'Automne à Pékin? Célèbre pour de fausses raisons (Saint-Germain, le jazz, la trompette et son bouquin à scandale ), ses petits livres tendres et fous couleront à pic, oubliés. Dommage.>>.

 

Il est intéressant de voir comment ce journal a été reçu, en particulier par ceux qui s'y retrouve et par d'autres diaristes tel Renaud Camus qui consacre plusieurs ligne à Matthieu Galey dans « Aux Aguets,» son journal de 1988, édité par P.O.L.: << Il est bien évident que, même si de toute façon l'on ne saurait jamais tout dire, le délai prévu de publication infue forcément sur le degré de précision du trait, sur l'angle de prise de vue, sur le cadrage. Matthieu Galey n'a jamais envisagé qu'une publication posthume, je présume. Mais il ne pensait pas, non plus mourir si jeune, ni donc que ses portraits acides seraient placé si vite sous le regard de leurs modèles. Galey tient essentiellement un journal public: sa vie personnelle et ses opinions propres tiennent une place relativement réduite dans ces pages, comparée à celle qui revient aux portraits de personnalité, à leurs mots, aux anecdotes les concernant. Les récits de Galey n'ont de raison d'être que confrontés aux personnages nommés, clairement identifiés, qu'ils mettent en scène. Evoluant dans un monde infiniment plus obscur, je suis mieux libre d'écrire ce que je veux. J'espère que je n'en abuse pas. La malveillance, je crois, n'est pas ma pente ( mais l'indignation, si ). On vois que Renaud Camus a une très juste analyse de l'angle pris par Matthieu Galey dans son journal (il est néanmoins probable que sa famille ait caviardé des passages la mettant en cause et également des lignes sur la vie sexuelle du diariste. Tout en remettant d'autres. Brenner écrit dans son journal le 23-10-1988: << Geneviève Galey a rétabli les trois quarts des morceaux que j'avais censurés.>>.) Mais Renaud Camus ne peut s'empêcher de le comparer avec le sien. Dans le tome précédent de son journal,  Vigiles, journal 1987, Renaud Camus lui aussi s'essaie au portrait au dépend de Matthieu Galey: << Je le tenais dans une certaine estime parce que lui qui ne manquait jamais d'assassiner mes livres à leur publication, me rencontrait-il le lendemain de son article, il me saluait très poliment, n'ayant pas l'air de m'en vouloir du tout de toutes les horreurs qu'il venait de déverser sur moi. Je voyais là la civilisation même, et lui rendait, bien sûr, très poliment son salut. J'en garde le souvenir d'un petit être chafouin, avec des manières de rat musqué; mais les photographies qu'on voit, montrent un assez beau garçon, pour moi très « envisageable » même. Un soir, dans une quelconque back-room, au B.H. Peut être, il y a quelques années, nous nous sommes nettement rapprochés l'un de l'autre, pour battre en retraite précipitamment, horrifié, à la première lueur de reconnaissance. J'ai connu plus intimement, en revanche, son ami T, qui une fois m'a ramené en voiture de la Côte d'Azur, avec étape au curieux hôtel Phénix de Lyon, qu'il m'a fait découvrir. Je lui dois également les Métamorphoses de Strauss, dont il cherchait désespérément un exemplaire dans Nice, je crois, et que je n'écoute jamais sans avoir une petite pensée pour lui Qu'est-il devenu? Je ne l'ai pas vu depuis des années. Il m'avait assuré fièrement que Matthieu avait toutes les chances d'entrer un jour à l'Académie, que même on lui avait déjà fait des ouvertures en ce sens.>>.

Ce journal ne se résume pas ni en une suite de portraits au vitriol, ni à une peinture des coulisses du monde de l'édition et de celui de la création littéraire. Sur laquelle il donne de merveilleux instantanés comme sur Modiano, le jour de son prix Goncourt: << Modiano, prix Goncourt. Je l’aperçois, gazelle traquée dans un petit bureau par une meute de cameramen et de photographes, l’oeil fou, hagard, comme un assassin qu’on vient de surprendre sur le fait… Entre deux portes, je lui parle cinq minutes, avec la difficulté ordinaire. il me dit avoir passé toutes les heures d’angoisse de ces jours-ci dans l’annuaire 1939 que je lui ai offert l’autre semaine. Soudain, il est « là-bas » dans son monde obscur des années noires, très loin de la foule qui s’agite autour de lui. Il m’interroge sur Jane Sourza et Django Reinhardt, mes voisins d’avant-guerre, comme si je les avais connus. Merveilleuse folie. >>.

Il rappelle aussi la grande liberté sexuelle des années 70, c'est un peu un « Trick » en plus édulcoré. Le sexe occupe l'auteur mais ne l'obsède pas. Il n'est pas un modèle de fidélité, c'est un euphémisme, ce qui ne l'empêche pas d'être sincèrement amoureux, surtout de ses deux compagnons successifs T. et Daniel.

Quelques entrées sont des croquis de mondanités qui semblent être des notes pour l'épilogue du « Temps retrouvé ».

Matthieu Galet est également à l'aise dans la scène de genre: << Blain et son fils de treize ans. Il le palpe, le câline, le frôle, le prend par le cou, le serre, l'étouffe, éperdu d'amour: de la pédérastie légale. >> -6/11/1973- et pas non plus maladroit dans la critique express: << Enfin vu Cris et chuchotement. C'est plutôt râle et glapissement à mon goût. Mais un poème rouge et blanc sur la mort, tourné dans un musée. La fin sublime d'un certain cinéma de chevalet. >> -17/11/1973.

Je ne me suis pas cantonné à la seule exploration des journaux de Brenner et de Renaud Camus. J'ai tiré également de la poussière de ma bibliothèque celui de Morand mais si Matthieu Galey y est cité plusieurs fois c'est seulement comme convive et son nom n'est accompagné d'aucun développement. Il n'en est pas de même dans la correspondance Morand-Chardonne dont Gallimard au jour d'aujourd'hui n'a fait paraitre que deux volumes. Je conseille de lire la correspondance Morand-Chardonne de conserve avec le journal pour les années que les deux ont en commun. Morand et Galley ont au moins deux amis commun, outre Chardonne bien sûr, Curtis et Brenner. Le diariste était un grand ami de Chardonne et vers 1960 il fait la connaissance de Morand. On découvre dans le journal de Matthieu Galet que le sage de Barbezieux était beaucoup moins laudateur vis à vis de Paul Morand que dans les lettres qu'il lui adressait. Celles-ci commencent très souvent par des flagorneries poisseuses. Galey recopie un extrait d'une lettre que Chardonne lui a envoyée: << Les Morand n'ont vraiment vécu que dans la plus haute aristocratie et ne connaissent rien d'autre; et ne peuvent rien connaître d'autre. Que ce soit au Portugal, à Lausanne, à Marbella, il ne voit que des reines déchues, des princes, des grands personnages. Morand ne les supporte pas. Tout humain lui est étranger (…) Morand ne veut que faire plaisir; mais le coeur n'y est pas (…) C'est un athlète gentil, habité par la mort.>>; ou encore: << Curieux Morand; je ne m'y habitue pas. Intelligent, presque de façon surhumaine; dans une certaine zone naïf; stupide pour les trois quarts.>>. Galey n'est peut-être pas non plus exempt de favoritisme quand il écrit: << Chardonne préfère son Morand épistolaire et quotidien, qu'il n'a pas besoin de comparer à l'original. Il se contenterait volontiers de leur rencontre annuelle, lorsqu'il rapporte à Morand ses lettres. Celui-ci en prend copie, qu'il dépose à la bibliothèque de Lausanne, mais il se garde bien de les rendre au destinataire. Jolie escroquerie d'écrivain, que Chardonne souffre avec son habituel mépris des contingences. >>. On peut penser que Chardonne était plus sincère dans ses lettres à Matthieu Galey que dans celles à Morand. ll savait que ces dernières seraient probablement publiées tôt ou tard. Alors qu'il pensait que celles pour Galey resteraient dans le domaine privé (il me semble que ce serait une judicieuse idée de les éditer). Chardonne comme tous les contemporains de Galey ignorait qu'il tenait son journal. Avec lui, Chardonne fait beaucoup moins le bêta que dans nombre de missives destinées à son partenaire habituel. Dans cette correspondance on voit combien Chardonne peut se tromper parfois lourdement sur ses proches. Il ne s'aperçoit pas que Galey est homosexuel! Ce qui n'était pas bien difficile à voir. Je le rencontrais souvent dans les théâtres au début des années 70 et cela m'a paru d'emblée évident.  

Aucune mention, à ma connaissance de Mathieu Galet dans le journal de Gabriel Matzneff (Mais je n'ai pas lu tous les opus, ce journal devenant de plus en plus ennuyeux à mesure que les années passent.) que Galet exécute à sa seul apparition dans le journal: << Matzneff, Léon Bloy de poche, dilettante et polémiste de droite, armé de latin et d'autosatisfaction, c'est un modèle qu'on ne suit plus en littérature. Soldé, il va passer directement du fond de tiroir chez l'antiquaire. Sa seule chance de survie: c'est le rossignol qui se mue le mieux en objet d'art.>>.

Dans le tome I de son journal, Claude Mauriac, le jeudi 21 mai 1953,donne son impression sur le jeune Matthieu Galet: << Ce matin, inauguration devant le 44 rue Hamelin de la plaque commémorant les dernières années de la vie que Marcel Proust (…) Un tout jeune homme se présente. Matthieu Galey, fils de Louis-Emile Galey. Je le vis autrefois à Rome, chez ses parents. Je suis touché d'apprendre qu'il est là par amour de Proust. Et je pense qu'à son âge, Jean Davrav et moi aurions été capables de ce genre de discret et anonyme pèlerinage, où nous nous serions ainsi rendus, nos cahiers sous le bras.Me fait plus encore d'impression sa ressemblance non seulement avec son père, mais avec ses deux oncles, qui étaient en classe avec moi au lycée Janson, à l'âge qu'il a aujourd'hui. C'était le même oeil frisé, le même contentement de soi apparent. Mieux, c'était le même garçon...>> (in Le Temps Immobile I, pp.357-358, édition Grasset).

Claude Michel Cluny dans « L'or des Dioscures », le tome couvrant les années 1982-83 de son journal fait de Matthieu Galet un portrait express dont il a le secret: << L'air d'un minuscule lieutenant de hussard à peine vieillissant.>>. - L'or des Dioscures, page 197, édition de la Différence-

Claire Gallois a transformé Matthieu Galey en personnage de roman dans « L'homme de peine », paru en 1989, ce qui a scandalisé une partie du milieu littéraire. La sœur de Matthieu Galey a reproché à l’auteur sa démarche nécrophage.

Aujourd'hui Matthieu Galet n'est pas oublié, il a créé, ce qu'il n'aurait pas pu envisager une sorte de club informel, de gens cultivés, un peu incertains qui puisent dans leurs interrogation, la force pour être des irréguliers élégants; l'un des plus représentatifs de ce cercle occulte est Christophe Honoré qui avait pris le journal de Matthieu Galet comme livre de chevet lors du tournage de son dernier film. Le cinéaste se souvenait: <<J’avais 19 ans, quand je l’ai lu, lecture appliquée comme devant un manuel de savoir-faire précieux. La galerie de Galey, Chardonne, Jouhandeau, Brenner m’installe dans la nostalgie. En 1989, combien d’heures ai-je passées à rêver aux vies des autres, et traîner la nuit dans les rues de Rennes, et lire, m’enfermer au cinéma. Combien de corps touchés chaque semaine. Une révélation de dimanche, grossière, attendue, mais malgré tout fatale, se met à me détruire : ma vie d’alors était pleine et vivante, qu’est-elle devenue ? Quand je réfléchis aujourd’hui à l’année qui s’annonce, peu de jours dans mon agenda où je n’ai pas à tenir des engagements. Le découragement règne, je sais désormais que mes années s’exécutent quand, avant, elles surgissaient. Un peu d’air frais, vite ! >>.

Il me semble que la personne dans le milieu littéraire avec lequel Matthieu Galet à le plus de ressemblance, tant par son oeuvre que par son attitude face à la vie, est Bernard Frank qui n'est pas tendre avec lui puisqu'il le décrivait comme << une petite fouine se glissant dans l'ombre de Brenner pour faire son beurre de célébrités, et assurer ses arrières avec Chardonne.>>. Autre style, autre portrait du même, cette fois par François Dufay: << Avant même d'avoir terminé ses étude à Science-Po, ce garçon de 1,67 mètre, aux traits émaciés, au regard proustien – hérité de la branche berrichonne de sa famille, et non de sa mère issue de la grande bourgeoisie juive-, avait commencé à se glisser dans le milieu littéraire, filant sur son solex de générales en cocktails, tout en servant de nègre à Maurice Druon pour ses Rois maudits. Sous prétexte d'une recherche sur Radiguet, il avait sonné à la porte de Cocteau et autres vétérans des années vingt, tout en approchant les vedettes de l'heure, Françoise Sagan, Antoine Blondin, Jean d'Ormesson. Refusant de s'inscrire dans le Parti Unique du nouveau roman, ce jeune homme aux goût classiques avait porté ses premiers essais, de curieuses nouvelles à la Jouhandeau ou à la Chardonne (en plus acide encore dira Poirot-Delpech, à Jacque Brenner, placide homme de lettres fumeur de pipe qui avait fondé en 1955 les Cahiers des saisons, ilot de résistance au nouveau roman.>> (ce brillant portrait comporte néanmoins deux erreurs, si Matthieu Galet a bien été le nègre de Druon, ce n'est pas pour les Rois maudits, mais pour son livre sur Alexandre; quant à Jean d'Ormesson en 1958, année où Dufay situe ce passage, si son nom est célèbre, lui est encore peu connu). Il n'empêche que jour après jour il fignolait son 'Journal', ce trésor qui somnola sa vie durant et ne fut découvert qu'après sa mort. Je ne peux que faire mien le jugement du très regretté François Dufay, l'auteur du «soufre et le moisi» qui écrivait: << Les deux tomes du Journal constituent un document irremplaçable sur le monde littéraire du XXe siècle. Mais c'est aussi un témoignage poignant sur une vie amoureuse marginale et sur un combat courageux contre la maladie.(...) Son oeuvre posthume pourrait bien survivre à celles de beaucoup de ses contemporains plus célèbres en leur temps.>>.

 

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Une semaine à Roland Garros 2015

1 Septembre 2025, 06:40am

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Première rencontre Fognini Ito, l'italien logiquement gagnera facilement

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Ito

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deuxième rencontre Verdasco contre le jeune japonais Daniel, là encore victoire logique de Verdasco

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Daniel

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course du ramasseur au filet.

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Basilashvili, un géorgien inconnu qui opposa une belle résistance au grand espoir australien Kokinakis

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Kokinakis

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Melzer l'autrichien ancien demi-finaliste du tournoi bat facilement le français Mannarino

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Mannarino

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Le court n° 3

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un petit curieux

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Le jeune français Hamou est courageux mais je ne lui prédis pas une grande carrière.

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Janowicz toujours aussi teigneux bat Hamou.

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Une semaine à Roland Garros 2015
Almagro parviendra à gagner ce premier tour mais il n'est plus tout à fait ce qu'il a été...

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Dolgopolov n'est malheureusement pas ce qu'il aurait pu être et sera battu par Almagro.

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Paris, mai 2015

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Foncine photographe (2)

1 Septembre 2025, 06:39am

Foncine photographe (2)

Je connaissais les ayant-droit acariâtres, le plus souvent des veuves abusives de tous les sexes, mais je n'avais jamais été encore confronté à des admirateurs accapareurs dont la seule vocation est de faire coincider l'image de leur grand homme avec celle qu'ils se font de lui. Un récent billet sur Foncine photographe les a débusqués. Ceux-ci me traitent de voleur (entre autres) pour avoir osé reproduire sur mon blog des photos de Jean-Louis Foncine. Photos semblables à celles qu'il vendait en compagnie de son fils dans le stand que ce dernier possédait sur le Marché du livre Georges Brassens à Paris. Je voudrais rappeler que ce qui préside l'esprit de la toile c'est l'esprit de partage. En outre il me semble qu'il est coupable de mettre sous le boisseau un pan de la création d'un artiste sous le prétexte que cette partie de son oeuvre fait que son auteur ne correspond pas à ce que l'on voudrait qu'il soit.

Les photos de ce billet proviennent probablement de la défunte revue des amis du Signe de Piste.

Foncine photographe (2)
Foncine photographe (2)
Foncine photographe (2)

 

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Jean Cocteau, autoportraits

1 Septembre 2025, 06:38am

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Image pour Ernesto

31 Août 2025, 07:34am

 

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