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LA LIGNE DE BEAUTÉ D'ALAN HOLLINGHURST

6 Juillet 2025, 07:31am

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Alan Hollinghurst a voulu écrire, avec sa “Ligne de beauté” (Le livre de poche n° 30881, ou Fayard) son “A la recherche du temps perdu". Une recherche britannique dont le narrateur serait Swann. Ici il se nomme Nick et il a une vingtaine d’années. Grâce à l’ acuité psychologique des observations de l’auteur et à sa posture devant la famille Fedden, le personnage de Nick fait beaucoup penser au Swann face aux Guermantes; mais lors des dîners, ce n’est pas à une Odette que pense Nick mais à un Léo qu’il enculerais dans le parc...

Lorsque commence le roman, Nick est un jeune étudiant en lettre, frais émoulu d’Oxford, où il s’est lié d’amitié (platonique, ce qui le ronge) avec Toby, le fils d’une riche famille aristocratique, les Fedden. Nick prépare un travail sur Henry James, le Maître, figure tutélaire de “La ligne de beauté”. Tout comme Swann, Nick n’appartient pas à la classe qu’il fréquente. Il n’est que le fils d’un petit antiquaire de province.

Les Fedden ont loué, pour une somme symbolique, une chambre à Nick dans leur vaste et somptueuse demeure londonienne. Très vite le jeune homme fait comme partie de la famille. Il sert un peu de chaperon à Catherine la jeune sœur de Toby qui est maniaco-dépressive. Les Fedden reçoivent beaucoup. Toute la maisonnée gravite autour du père, Gérald, au tournant de la quarantaine, ambitieux et récent député tory. Il a été élu lors du scrutin qui a juste suivi la guerre des Malouine. Scrutin qui a conforté le pouvoir de Margareth Thatcher. Cette dernière fascine toute une société hédoniste et égoïste de fils de famille, de politiciens ambitieux, d’affairistes cupides et de lady désœuvrées...

Pour continuer à filer la comparaison avec le monument proustien, la révolution conservatrice reagano-thatchérienne est un peu l’affaire Dreyfus de “La ligne de beauté”. Elle en est la rumeur, comme l'est « l'Affaire » dans « La recherche ».

Si Nick a réussi si bien à s’incruster chez les Fedden, c’est peut être encore plus grâce à l’amitié de Rachel, la mère, qu’à celle du fils. Rachel voit en Nick un succédané de son fils qui s’ apprête à quitter le foyer familial pour convoler avec une jeune actrice prometteuse, elle aussi issue d’un milieu fortuné.

 

Dans la première partie du roman, “Accord d’amour, 1983”, Nick est un de ces héros miroirs qui ne vivent que par le reflet des autres mais qui absorbent la lumière plus qu’ils ne la réfléchissent; ce qui est un type assez courant d’homosexuels.

Nick, par petites annonces (on voit par ce détail combien le livre, publié en 2004 en Angleterre, s’inscrit dans une époque bien précise, pas si lointaine, mais déjà totalement révolue) s’est trouvé un petit ami en la personne de Léo, un noir d’un milieu modeste, d’une dizaine d’années de plus que lui.

Avec cette relation Nick est écartelé entre son snobisme de fréquenter une famille beaucoup plus huppée que celle dont il vient et ce que je nommerais l’appel de la bitte en l’ occurrence du sphincter, Nick étant l’actif du couple; il est aussi typique de ces gays qui ne sont attirés que, ce qu’il y a entre le caramel et le chocolat... Je parle de la couleur de peau, bien entendu...

Dans la deuxième partie de l’ouvrage, nous retrouvons notre héros narrateur après un saut de trois années. Nous passons en 1987, en tournant une page. 

Le lecteur abordant cette seconde époque, à peu près d’une égale longueur à la première, est légèrement désorienté, tant il a du mal à reconnaître Nick, qui d’étudiant timoré a tourné quelque peu gigolpince. Il est à la fois l’amant et l’employé, dans une maison de production de films, plus virtuels que réel, d’un de ses anciens camarades d’Oxford, Wani que l’on avait fugitivement croisé au début de l’ouvrage. Ce dernier est le rejeton d’un richissime homme d’affaire libanais qui chassé par la guerre dans son pays a fait fortune en Grande-Bretagne dans les... supérettes! On le voit Nick est toujours attiré par la sombritude... Cette famille libanaise donne l’occasion à Alan Hollinghurst de nous prouver son brio dans l’art du portrait psychologique. Wani est le type même du fils à papa dont l’intelligence est étouffée par la fainéantise et la veulerie. Tandis que son père est la figure archétypale du boutiquier enrichi qui tente sous le parfum de l’or de dissimuler vainement les remugles du bazar d’où il vient.

Cette deuxième époque est elle même divisée en deux parties. La première se déroule dans le manoir que les Fedden possèdent dans le sud de la France. Alors que la deuxième est la description de la fête que Gérald donne dans sa demeure londonienne en l’honneur du premier ministre qui est croqué avec une verve plus admirative que sarcastique. Nick parviendra même à danser avec elle! Ce qui ne l’empêchera pas, quelques minutes plus tard, de sodomiser un serveur mulâtre... Dans ce dernier passage, Hollinghurst retrouve  une crudité descriptive dans les scènes de sexe qui étaient fréquentes dans “La piscine bibliothèque” mais qui jusqu’à ce passage était absente de “La ligne de beauté”.

La troisième et dernière partie est la plus courte, une centaine de pages, elle nous propulse en 1987 soit un an après les fastes et flonflons de la fête pour la Dame comme la désigne les personnages du roman. Le nom de Margareth Thatcher n’est jamais cité.

C’est curieusement dans ce relativement mince chapitre que l’auteur fait entrer le romanesque, malheureusement un peu prévisible, dans son ouvrage qui était jusqu’alors surtout descriptif. En quelques scènes et une nette rupture de ton, il réussit à insuffler de l’émotion dans son roman qui n’était jusqu’ici que brillant et qui se transforme ainsi en un grand livre.

Lors de la sortie du livre de Tristan Garcia, “La meilleure part des hommes” (éditions Gallimard) on a présenté ce livre comme le roman des années 80 vu “de gay”, « lieu » que l’auteur, tout n’étant pas de “la famille” jugeait être la meilleure hune pour observer la société de ces années là. La comparaison du livre de Garcia avec celui d’ Hollinghurst est écrasante pour le français. L’anglais a écrit un chef d’oeuvre qui fait revivre toute une époque, alors que Garcia, à cette aune, apparaît comme un opportuniste laborieux.

Hollinghurst, avec “la ligne de beauté”, apporte talentueusement son tribu à un genre très britannique, la peinture corrosive des classes dirigeantes. Mais contrairement à un Coe par exemple, on ne sent jamais chez lui une acrimonie fielleuse envers les puissants. En un mot le romancier n’écrit pas, comme la quasi totalité de ses confrères, un roman de travailliste de gauche (qui n’est pas le blairisme). On  trouve chez l’auteur ni mépris, ni jugement condescendent envers ses personnages, pas même un reproche, seulement une distance, juste un peu navrée. Son rapport avec ses créatures fait plus penser à celui qu’entretient Galsworthy avec ses Forsyte qu’à la posture que prenne les romanciers contemporains avec leurs héros. A propos d’Hollinghurst on peut également convoquer ses compatriotes Evelyn Waugh et Oscar Wilde ou encore Will Self , pour “Dorian” (éditions Point seuil) sa version moderne du “Portrait de Dorian Gray”. 

“La ligne de beauté a remporté le Booker Prize 2004, et on comprend pourquoi malgré quelques défauts de construction, des longueurs dans les deux premières parties et une fin un peu attendue et légèrement escamotée : c’est un ouvrage magnifique et émouvant ! C’est la première fois que ce prix récompense un roman ouvertement homosexuel, et comme l’ont expliqué les jurés, il ne faut pas réduire l’intrigue à cette seule dimension, mais y voir également une vision intéressante de l’époque où la Grande-Bretagne était gouvernée par la Dame de fer. La ligne de beauté a été adapté pour la télévision britannique ...

 

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Certains livres vivent en moi bien longtemps après leur lecture, sans doute les bons. J'y repense, je les remâche, y réfléchis. Tel est le cas de "La ligne de beauté".

Il me semble que ce livre est d'autant plus proustien qu'il n'y a pas chez Nick une absolue continuité psychologique, à tel point qu'à l'entame du deuxième chapitre on a  de la difficulté à reconnaitre  en lui le héros de la première partie. Mais comme pour le narrateur de "La recherche" on a le sentiment d'une réinvention du moi profond de Nick à chaque chapitre du roman qui correspond à trois phases de la vie du personnage.

 

Nota:Alan Hollinghurst est le fils unique d'un banquier. Il est né le 26 mai 1954 à Stroud dans le Gloucestershire. Étudiant à Oxford, il eut comme colocataire le poète Andrew Motion et fut récompensé par le Newdigate Prize, prix attribué à la poésie. Il a collaboré au Times Literary Supplément. On peut donc supposer que la “La ligne de beauté” a été écrit de “l’ intérieur”... Son premier roman, “la Piscine-bibliothèque” (éditions Christian Bourgois) dont l’écriture est plus précieuse que celle de “La ligne de beauté”, fait très rapidement de Hollinghurst l'un des plus célèbres écrivains gays contemporains (même s'il n'aime guère l'étiquette, à ses yeux trop limitative, d'écrivain gay).

COMMENTAIRES lors de la premiere parution du billet

La première partie de votre compte-rendu me fait penser au film de Woody Allen, Point Break : l'arrivisme par la beauté, la séduction homoérotique, l'alliance forcée avec la soeur, l'amante fantasque et actrice... Évidemment revu par Woody.
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR ARGOUL IL Y A 4 JOURS À 12H05

La ligne de beauté est un livre moins léger que le film de Woody Allen, qui est un de mes cinéastes de prédilection, j'ai beaucoup aimé son dernier film qui tombait bien à Paris, l'automne dernier avec la superbe exposition sur les Stein au Grand Palais. Le roman se veut et réussit à être une peinture d'époque, sa force est de n'avoir pas fait de son personnage principal un arriviste mais plutôt un indécis qui se laisse porter (et peut être détruit ) par les hasard de la vie 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS IL Y A 4 JOURS À 17H33
effectivement, "la piscine bibliothèque" et "la ligne de beauté" sont également des livres très importants pour moi. j'espère voir rapidement traduit en français, "the stranger child", le dernier opus de hollinghurst... sinon, je finirai par le lire en anglais (ce qui ne me pose aucun problème si ce n'est que ça me provoque une flemme immense). :o)
sinon, je ne sais plus si vous connaissez le (télé)film, plutôt réussi me semble-t-il, de "la ligne..."
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR PÉPITO IL Y A 3 JOURS À 00H34

Le succès de "stranger child" en Angleterre ne devrait pas trop nous faire attendre quant à sa traduction en français que j'attend comme vous. En ce qui concerne La ligne de beauté, lors d'un salon du livre j'avais demandé à Christian Bourgois s'il comptait le publier après nous avoir fait découvrir l'auteur avec La piscine bibliothèque, ce pourtant excellent éditeur m'avait répondu que c'était trop mauvais pour cela. Il arrive aux meilleurs de se tromper. Ceci dit Hollinghurst n'a pas eu avec Laligne de beauté beaucoup d"échos en France. 

Je connais l'adaptation en téléfilm di livre qui est bonne et à voir. Elle est sous la forme de deux fois 1h30 et disponible en dvd en Angleterre (sans sous titres français ou autres). J'ai même fait un billet sur ce film mais il est passé à la trappe lors du naufrage de mon précédent blog. Et je ne parviens plus à mettre la main sur ce texte mais il va peut être néanmoins réapparaitre... 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS IL Y A 3 JOURS À 06H43
même si mon exemplaire est britannique et sans sous-titres, le dvd a bien été édité en France :

http://www.amazon.fr/La-ligne-beaut%C3%A9-Edition-DVD/dp/B000OCXNWQ/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1331448361&sr=8-1
COMMENTAIRE N°3 POSTÉ PAR PÉPITO IL Y A 3 JOURS À 07H47

Je ne pense pas qu'il soit édité en France au sens strict mais importé car il aurait été interdit d'éditer une oeuvre en France sans sous titres ou V.F. Enfin peu importe l'important est qu'on puisse voir ce film 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS IL Y A 3 JOURS À 09H39
 

 

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MA VRAIE VIE A ROUEN, UN FILM D'OLIVIER DUCASTEL ET JACQUES MARTINEAU

6 Juillet 2025, 07:30am

France, 100mn, 2003

 

Réalisation: Olivier Ducastel et Jacques Martineau, scénario: Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Image Matthieu Poirot Delpech et Pierre Millon, Son : Régis Muller, Musique : Philippe Miller, Montage: Sabine Mamou  

 

avec: Ariane Ascaride, Jimmy Tavares, Jonathan Zaccai, Hélène Surgère, Frédéric Gorny, Lucas Bonnifait 

 

 

Résumé

 

 

Etienne vit avec sa mère Caroline, à Rouen

Pour son anniversairede ses seize ans sa grand mère lui offre un caméscope. Il filme son entourage, notamment sa mère Caroline et son prof d'histoire qu'il verrait bien ensemble.

 

Filmer sa vie, quelle idée ? Etienne cherche des indices qui peuvent l’aider à s’accomplir. Le sport est en cela, avec sa mère, son seul repère. Mais aucun des deux ne résout l’équation essentielle de son existence : qui aimer?

 

 

 

L'avis critique

 

Olivier Ducastel et Jacques Martineau, les deux réalisateurs, sont partis d’un principe original. Placer une caméra numérique dans les mains d’un adolescent de seize ans : Etienne interprété par Jimmy Tavares, pour la première fois à l’écran. A la différence de la caméra subjective, comme dans LA DAME DU LAC de Robert Montgomery, où l'appareil était "le" personnage, la caméra est ici "un" personnage à part entière, voire un appendice, en tout cas le témoin de la vie d'Etienne.

 

 

Epatant. Tel est l’adjectif qui caractérise cette trouvaille narrative, même si le parti pris amuse, puis irrite quelque peu avant de devenir naturel pour le spectateur. La caméra n’est pas subjective mais devient un personnage à part entière, prolongement de la conscience de ce jeune ado. Avec une grande dextérité, les réalisateurs ont réussi à l’imposer comme un véritable personnage influent sur autrui et sur Etienne lui-même. Ma vraie vie à Rouen réussit le pari d'être un film en adéquation singulière avec son personnage central.

 

 

MA VRAIE VIE A ROUEN est un film intime, tourné en numérique. C'est bien au portrait d'un être de fiction (ce n'est en rien comme on pourrait le croire au premier degré, une auto-fiction) que le spectateur a affaire, même si le titre ne contient pas son prénom, à la différence des deux premiers opus des cinéastes. MA VRAIE VIE A ROUEN réussit à rendre sensible cette succession de moments de la vie d'Etienne, grâce à un dosage convaincant entre scènes drôles et émouvantes, grâce au montage, léger et équilibré. Grâce aussi au fait que Ducastel et Martineau arrivent à capter l'essence de l'adolescence, et que bon nombre de spectateurs peuvent projeter ici ou là des souvenirs.

 

 

Complice ou intruse ? Complice dans les moments personnels (le patinage artistique, la découverte sexuelle), intruse dans les moments intimes des autres.

Vérité ou mensonge ? La caméra induit systématiquement un jeu. D’ailleurs, l’ami d’Etienne (Ludovic) l’utilise comme un véritable outil théâtral. Dans le cas contraire, il se retrouve dans une position inconfortable où le mensonge est bien plus facile. Jeu, également, lorsqu’Etienne multiplie les prises de sa mère soufflant ses bougies d’anniversaire ou quand la famille découvre, faussement surprise, le sapin de Noël. Le procédé exige que les comédiens reproduisent les réactions de personnes qui n’ont pas l’habitude d’être filmées en temps normal, aussi la caméra est-elle omniprésente dans les conversations des personnages. Cela signifie, entre autres, que lorsque l’on franchit une certaine barrière de l’intime, on est obligé de couper, une difficulté narrative pour le scénariste.

 

 

L’essentiel du film se trouve donc dans le hors champ. Cela a pour effet de paradoxalement mettre en exergue le non-dit avec une grande justesse. Ainsi les sentiments amoureux du jeune homme pour son professeur, qu’il espionne à travers la ville, sont-ils beaucoup plus explicites exprimés par ces images volées récurrentes, qu’ils ne l’auraient été dans le cadre d’une mise en scène classique. A ce propos, on peut regretter que le concept de voyeurisme ne soit pas plus exploité. Il ne faudrait pas réduire Ma Vraie vie à Rouen à un simple exercice de style. Les personnages existent fortement. La sensation qu’on vient de partager un moment avec eux est beaucoup plus présente que dans une fiction traditionnelle. Un mélodrame classique montrerait tout le hors champ mais serait incapable de refléter l’état d’esprit des personnages aussi intimement et d'en faire un film aussi touchant.

 

MA VRAIE VIE A ROUEN, en alliant décors naturels et la maniabilité du numérique, réussit son pari. Son originalité narrative et le jeu sur mesure des acteurs, Ariane Ascaride toujours juste, font oublier quelques longueurs d’un scénario léger et une fin presque escamotée (la découverte de son homosexualité par Etienne). Le film presque clandestinement met en évidence la difficulté d'appréhender son corps et ses désirs pour les adolescents. Les scènes de contemplation, ou d’auto contemplation, sont à ce titre très intéressantes : les plans isolés où le jeune homme filme des parties de son corps participent d’une visualisation de son inconscient où il semble prendre connaissance de son pouvoir de séduction physique, sans pouvoir l’exprimer ou la partager avec un autre. Il le partage donc avec son caméscope, un " autre " mystérieux sur lequel il peut fixer tous ses désirs. La caméra comme point de vue sur soi, comme rapport à l’intime, à ce que l’on peut montrer, sont autant de thèmes qui découlent de ces images.

 

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Ducastel et Martineau nous ont montrés comment naît le désir. Ce qu’est ce désir (ici masculin, et même homosexuel, mais ça n’a aucune importance). C’est à dire l’envie du toucher, du baiser, des mots pour le dire, l’envie de voir et de se montrer, de partager la sexualité, le corps. On aurait préféré qu'Etienne réponde un peu moins aux clichés du jeune gay: absence du père, complexe oedipien et en plus patineur artistique, Etienne n’est pas gay par hasard. Ce qui rend triste ce garçon, c'est que personne ne voit son désir et que personne ne lui renvoie les questions qu’il pose aux autres plutôt que de se les poser à lui même. Comme Félix dans leur précédent film, Etienne cherche la voie sur laquelle s’engager, sans forcément comprendre ce qui le fait avancer.

 

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MA VRAIE VIE A ROUEN est le troisième long métrage d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau, après JEANNE ET LE GARÇON FORMIDABLE (1998) et DROLE DE FELIX (2000). Ils retrouvent Ariane Ascaride, déjà présente dans DROLE DE FELIX, et Frédéric Gorny ( surtout connu pour avoir joué le gay à la télévision dans Avocats et associés), au générique de JEANNE ET LE GARCON FORMIDABLE. Jonathan Zaccaï s'était déjà fait remarquer dans PETITE CHERIE d'Anne Villacèque, REINES D'UN JOUR de Marion Vernoux et BORD DE MER de Julie Lopes-Curval. Il n'avait alors pas encore joué ÉLÈVE LIBRE où il est exceptionnel. Mais le film doit beaucoup au jeune et très agréable à regarder Jimmy Tavares (j'aimerais bien savoir ce qu'il est devenu). Ce garçon plein d'élan qui ne sait où s'élancer, toujours solitaire sur la glace, Ducastel et Martineau savent le regarder, le révéler, le rendre émouvant. Il ne faudrait pas oublier Hélène Surgère très émouvante dans le rôle de sa grand mère.

 

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Dans une interview faite lors de la sortie en salle du film, les réalisateur s'expliquaient sur le mode opératoire de leur tournage: << On s'est autorisé à couper beaucoup, à faire plus de prises, à commencer à filmer très vite, pratiquement dès les répétitions, et à mettre en place les choses pour que techniquement il n'y ait pas de problèmes. C'est surtout avec le son que les choses sont plus compliquées, sur la captation des répétitions. Il faut cadrer l'improvisation, sachant que c'est valable pour les acteurs et les techniciens. On essayait toujours de se mettre à la place du personnage, à l'écriture, au tournage et au montage. Se demander pourquoi il allume la caméra, comment il l'éteint, s'il a rembobiné. Sans oublier que le personnage ne montait pas, qu'il avait juste une caméra, la télécommande, le retardateur. Il fallait faire confiance à l'imagination du spectateur qui allait remplir les ellipses. Comme on a tourné-monté au fur et à mesure, il n'y a pas de montage à l'intérieur des séquences, ça nous a permis de vérifier et de nous rendre compte que ça fonctionnait parfois encore mieux si c'était plus elliptique. On a quasiment tourné dans l'ordre chronologique, par blocs narratifs, car on a dû jongler avec les conditions météo. C'était très amusant de travailler comme ça. On n'y serait peut-être pas directement venus par la pellicule, qui coûte cher, par peur de gaspiller. Tout ça n'est ni dans JEANNE, ni dans FELIX, qui sont des films plus cadrés et répétés. >>.

 

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Sous l'apparence de la spontanéité, leur mise en scène est un exercice de sensibilité, de précision. Il en faut beaucoup pour parler aussi justement d'un moment aussi délicat de la vie, qu'est l'adolescence et raconter, mieux que jamais, l'histoire qu'ils retrouvent à chaque film. Comment chacun trouve sa place parmi les autres, rencontre sa chacune, ou son chacun.

 

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Le tour de force du scénario et du filmage est de rendre compte en 100 mn de l'évolution de leur personnage en une année scolaire ( la qualité du film tient beaucoup au fait qu'il a été tourné sur huit mois et quatre saisons ), on le voit passer de l’insouciance adolescente à une prise de conscience de l’avenir. Etonnement pudique, et même humble, la mise en scène ne laisse passer aucun détail : tous les plans dirigent notre regard vers les pensées secrètes du garçon. Etienne attend son garçon formidable. Sa vraie vie, alors, se passera probablement ailleurs qu'à Rouen.

Filmer sa vraie vie à Rouen avec une simple caméra numérique, quelle bonne idée !

 

 

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Maximilien Luce au Musée de Montmartre (4 et fin)

4 Juillet 2025, 15:23pm

Paris, juin 2025, photo B.A

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La revue Planète par Clotilde Cornut

4 Juillet 2025, 08:00am

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Ma dette envers la revue Planète est immense et pourrait se résumer en une seule formule, la découverte de la diagonale. Une ligne qui relie science et littérature, réalisme et fantastique, minuscule et majuscule. Planète dans cette France qui venait de rétrécir et qui s’ennuyait, décloisonnait les savoirs pour mettre en exergue leurs convergences. Elle mêlait l’optimisme pour l’avenir et la révérence envers un certain passé, comme le synthétisait fort bien Louis Pauwels en une belle phrase: << Il n’y a de nouveau que ce qui était oublié.>>.
Je suis souvent outré par la condescendance, quand ce n’est pas du mépris, avec laquelle les gens de ma génération évoquent la revue, alors qu’ils en sont tous plus ou moins les débiteurs. Loin d’être reconnaissant de tout ce qu’ils lui doivent. Ils rejettent en bloc cet héritage, alors que rapidement on s’aperçoit que des pans de leur culture ont été nourri par la revue.


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En ce qui me concerne elle m’a appris à regarder comme si c’était toujours la première fois et à privilégier le plaisir dans une indifférenciation joyeuse des sources du savoir.
C’est donc avec une joie non dissimulée avec laquelle j’ai découvert , dans la belle librairie du Centre Pompidou, l’essai de Clotilde Cornut sur la revue, intitulé sobrement “La revue Planète”. L’éditeur a eu l’excellente idée de publier ce texte sous la même belle forme, extérieur et intérieur, que paraissait jadis la revue. Au sujet de la forme et de la typographie de cette parution, la remarquable émission de France-Culture, "La fabrique de l'histoire", à consacré en 2008, une émission au phénomène Planète qui comportait une interview de François Richaudeau, la cheville ouvrière de la fabrication de la revue.

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Clotilde Cornut avec une grande clarté dans une langue simple fait une recension sérieuse du contenu de la revue et des membres de sa rédaction. En essayant de mettre les articles constituant le corpus de Planète dans une perspective historique de l’histoire des idées. Rien est oublié dans ce panorama. L’essayiste passe en revue les grandes rubriques de Planète, la science, les religions, les arts, la littérature... sans rien omettre.
Si ce travail est sérieux, on peut regretter d'une part que l'essais n'est pas été réactualisé depuis son écriture, car par exemple certaines personnes mentionnées sont décédées depuis sa rédaction, ce qui n'est pas signalé, et d'autre part, sa forme, par trop universitaire par le style, souvent assez plat et peu à l’unisson de celui enflammé d’un Louis Pauwels. L'essais malheureusement ne possède pas un appareil référentiel qu’aurait mérité le sujet et qu'appelle justement un travail universitaire. Edgar Morin et Michel Winock c’est bien mais c’est un peu court. A ce propos Michel Winock dans son dictionnaire des intellectuels français (Le seuil), écrit avec Jacques Julliard, ne consacre pas d’ entrée à la revue Planète mais seulement une à Louis Pauwels (page 1059) où l’on peut lire: << L’antimarxisme, l’anti-égalitarisme, l’antichristianisme rapprochent l’écrivain de la Nouvelle Droite, qui lui semble l’héritière des recherches de Planète.>>. Voilà qui est clairement dit, beaucoup plus que dans l’essais de Clotilde Cornu que l’on sent tergiverser pour ne pas arriver à cette conclusion. Il aurait été à la fois courageux et exacte d’admettre plutôt que de suggérer que Planète s’inscrit dans un vaste mouvement métapolitique  en réaction au crypto marxisme, encore dominant dans ces années là, il exerçait un véritable terrorisme intellectuel, et que l’on sent d’ailleurs encore prêt à sortir de sa tanière où il se tapit. Contrairement à ce que dit Clotilde Cornut, l'allégeance de Pauwels à la nouvelle droite, puis son engagement dans la création du Figaro magazine, qui dans ses premiers temps n'était pas la revue des pince fesses de l'avenue Mozart qu'il est devenu, n'est pas pour Pauwels un retournement (la Nouvelle Droite par rapport à Planète) mais une continuité. On peut ajouter que Remy Chauvin s’il fut un fidèle de Planète, le fut aussi de Nouvelle Ecole, la revue de la Nouvelle Droite.
Clotilde Cornut oublit de dire que la grande différence entre la Nouvelle Droite et l'esprit de la revue Planète est sa position envers l'Amérique. L'anti américanisme est un des piliers de la Nouvelle Droite, à ce propos je pense cette division de l'occident est la principale raison de son échec, alors qu'un certain philoaméricanisme est patent dans la revue.

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En revanche Clotilde Cornut met justement le doigt sur la juste obsession de la revue, la surpopulation. Elle ne va pas jusqu'à prononcer le mot tabou entre tous d'eugénisme, mais enfin... En lisant ce passage, je me suis dit, une fois de plus, que Planète nous manquait bien. Où voit on aujourd'hui que par exemple une des solutions possibles à la pollution n'est pas seulement la diminution de la consommation mais aussi une diminution draconienne de la population mondiale. Il me vient à l'esprit que la frontière entre la droite et la gauche passe par la reconnaissance de la bonne idée qu'est le malthusianisme, la gauche pensant bien sûr que c'est une mauvaise idée, force est de constater qu'il n'y a plus de droite...
Si l’auteur n’ommet pas de souligner le rôle d’accoucheur de Planète, elle ne le fait pas assez franchement à mon goût. Une enquête auprès d’intellectuels et de décideurs dans la tranche d’âge 50, 70 ans, leur demandant ce qu’ils devaient à la revue, aurait complété agréablement son exposé et l’aurait fait sortir du carcan universitaire où il se complait un peu trop c'est d'ailleurs ce que lui suggère Jacques Mousseau, l'un des grands auteurs de la revue, dans l'entretien qu'il a accordé à Clotilde Cornut et qui est placé en fin de volume.
Une étude sur une revue abordant autant de sujets aussi différents est une véritable gageure, car elle demanderait d’être aussi bien spécialiste en art qu’en science qu’en littérature qu’en recherche spatiale. Clotilde Cornut s’en tire avec les honneur même si par la force des choses les articles consacrés à tel ou tel aspect de Planète sont souvent un peu superficiel.

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Celui qui a le plus retenu mon attention, sans doute aussi parce que c’est le sujrt que je connais le moins mal, est le chapitre sur les arts dans Planète. Il est particulièrement éclairant et je n’y ai relevé aucune erreur.
Si l’essai se développe sur 182 pages qui restituent la belle présentation de la revue, on a l’impression d’avoir un numéro de celle-ci entre les mains, il est suivi d’un complément bibliographique de 100 pages. Ce dernier, établi par Joseph Alteirac, est très précieux car il contient notamment tous les sommaires détaillés de tous les numéros de la revue, un grand bravo pour ce travail de Bénédictin.
Si l’entreprise n’est pas parfaite, le livre de Clotilde Cornut est un indispensable outil pour mieux comprendre une des aventures intellectuelles les plus stimulantes de la deuxième partie du vingtième siècle.

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P.S. 1 Le net est vraiment merveilleux en tapant Grégory Gutierez sur votre moteur de recherche préféré vous pourrez télécharger gratuitement le mémoire qu’il a consacré à la revue et sur lequel je reviendrais ultérieurement.

P.S. 2 Je recherche des numéros de Planète si vous en avez à vendre ou à donner, contactez moi...

P.S. 3 Les toiles illustrant cet article sont de Carel Willing  peintre que la revue Planète essaya de lancer, malheureusement avec un succès mitigé, mais l’artiste est fort connu dans son pays la Hollande.

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BASKETBALL DIARIES

4 Juillet 2025, 07:57am

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USA, 100 mn, 1995

Réalisation: Scott Kalvert, scénario: Jim Caroll & Bryan Goluloff, image: David Phillips, montage: Dana Congdon, musique: Graeme Revell

avec: Leonardo Di Caprio, Mark Wahlberg, Lorraine Brasco, Juliette Lewis, Jim Caroll

Résumé

Jim (Léonardo Di Caprio) et sa bande de copains (dont l’un d’eux est joué par Mark Wahlberg, la future vedette que l’on connaît ) suivent une scolarité rigide dans une école catho et traînent leur mal de vivre dans les rues de New York. Le basket, qu’ils pratiquent à un haut niveau, est leur seule passion. De dérapages en désillusions, ils vont préférer la seringue au ballon. Jim écrit son journal intime, celui d’une descente aux enfers...

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L’avis critique
Le film, le premier du metteur en scène, est l’adaptation d’un livre autobiographique célèbre aux USA de Jim Carroll, l’un des chefs de file de l’avant-garde new-yorkaise des années 70, proche d’Andy Warhol, de Lou Reed et du Velvet Underground. Ce garçon précoce publie son premier recueil de poèmes à 22 ans, Living at the movies, pour lequel il est pressenti pour le prix Pulitzer. Il publie The Basketball diaries en 1978, à l’age de 28 ans, dans lequel il racontait au jour le jour son expérience d’ado paumé, drogué, clochardisé, prostitué... Cette prostitution homosexuelle est discrètement présente dans le film dans une scène où l’on perçoit un relent d’homophobie. Ce livre, publié en France par les éditions 10/18 (n°2644), sera le livre-culte d’une partie de la jeunesse américaine; il sidérera Jack Kerouac et marquera cette jeunesse comme l’avait fait avant lui le fameux Attrape-coeur de Salinger. On peut le comparer à ce que fut en France au début des années 80, "Flash" (Le Livre de Poche). Pourtant le film connaîtra un échec commercial aux USA... Caroll a également commis plusieurs disques, dont Catholic Boy en 91, et on entend certaines de ses chansons dans la bande originale d’E.T.

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A noter que Caroll a suivi le tournage du film et a même joué le rôle d’un vieux junkie dans une scène avec Di Caprio. Ce dernier, comme pour le rôle de Rimbaud, fait preuve d’un grand talent d’interprète à la tête d’une distribution homogène et talentueuse. Il donne une dimension époustouflante à ce personnage d’adolescent désespéré qui ne rêve que de devenir pur. Il faut être courageux pour accepter un tel rôle à l’aube d’une carrière; il est vrai que Basketball diaries fut tourné avant son succès titanesque...

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Le film n’a dû sa sortie en France,  trois ans après son tournage, qu’en raison du succès de Titanic, et c’est une chance, car il aurait été dommage de se priver de ce film bien écrit et bien joué, mais assez mollement filmé, sauf dans les scènes où intervient la musique dans lesquelles Kalvert se souvient qu’il est un bon réalisateur de clips. Dans la lignée d’”Outsiders” de Coppola, “Basketball diaries” est un mélo crépusculaire presque exclusivement interprété par une ribambelle de garçons, souvent dénudés. A signaler, à ce titre, quelques scènes particulièrement intéressantes comme celle où les jeunes gens improvisent une partie de basket-streaptease la nuit sous la pluie diluvienne, ou celle où le beau Léonardo se fait fouetter devant tous ses camarades de classe par un prêtre-professeur. On voit DiCaprio jouer au basket à moitié nu avec beaucoup de gros plans impudiques, dont un sur ses fesses nues, il est patent que la réalisation n’est pas insensible aux beautés garçonnières juvéniles. Mais on le voit surtout se battre dans des rues sombres, faire le plein d’héro, vomir et pleurer beaucoup. Le film installe une vision sans fioritures de la toxicomanie, on dira que c’est un peu Drugstore schoolboy.

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LA MAUVAISE VIE DE FRÉDÉRIC MITTERRAND

4 Juillet 2025, 07:55am

 

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On peut aborder ce livre de souvenirs, comme un recueil de nouvelles. La distance stylistique que prend l'auteur par rapport aux évènements nous y invite. Pour cela Frédéric Mitterrand s'est obligé au parti pris de ne jamais citer les noms des personnes réelles qui passent dans sa vie et donc dans le livre. Cet exercice un peu vain pour éviter un name dropping oscille entre le touchant et le ridicule tant certains de ces passants sont immédiatement reconnaissable comme par exemple Catherine Deneuve. Ainsi la personnalité de l'auteur s'en trouve évacuer rendant la lecture plus sereine. Nouvelles dont le « héros » unique serait le narrateur, extrapolation plus ou moins fidèle d'une existence qui se révèle malgré les nombreuses ellipses. Lu par ce prisme, les textes prennent une autre saveur. Frédéric Mitterrand semble vouloir nous dire que chacun à une histoire, une vocation qui se suffit à elle-même. Ces évocations d'un temps plus ou moins passé peuvent se lire séparément: chacune étant un petit roman se suffisant à lui-même. Comme toujours dans ces cas là, leur qualité est inégale. Le moins bon est tout de même remarquable, à l'aune des lettres françaises où la nouvelle n'est pas un genre très prisé. Comme chez Modiano, la nostalgie est le moteur du souvenir qui déclenche le processus de la mémoire. Chez Frédéric Mitterrand, en parfait masochiste qu'il est, c'est dans ses misères, petites ou grandes dans lesquelles il aime se replonger. En regard de bien des vies que j'ai pues côtoyer, le titre de ce bon livre m'agace et même me scandalise; c'est d'ailleurs le seul scandale que l'ouvrage devrait provoquer car mauvaise, la vie de Frédéric Mitterrand, telle qu'elle nous apparaît ici, l'est bien peu. Où plutôt elle l'est que parce que l'auteur, que l'on confondra définitivement avec le je narratif, veut retenir de son existence que les échecs et les malheurs qu'il a subit, lot de chaque humain, qui dans son cas ne me paraît pas terrible. Ce qui ne veut pas dire que sa vie ait été un chemin parsemé de roses, mais pour qui l'est-elle? On s'aperçoit, et il le reconnaît lui même avec une belle lucidité que ses échec sont surtout dus à une détestation de soi qu'il partage avec de nombreux homosexuels de sa génération et encore plus avec ceux de la précédente. Je dois dire que cette attitude m'est complètement incompréhensible tout autant que son attirance sexuelle, et même plus, ce qui aggrave son cas, pour les arabes.

La mauvaise vie fait parfois songer à « La promesse de l'aube » de Romain Gary en cela qu'elle est sont absolu négatif. Alors que dans son livre, Gary s'essaye à la posture du héros tandis que Frédéric Mitterrand use et abuse du fait qu'il veuille toujours se mettre dans la position du perdant. Si je rapproche les deux ouvrages c'est surtout que dans les deux livres leur auteur respectif tente en vain au centre de leur récit, place qui leur est toujours confisquée par les passants de leur vie.

Ce qui est rare c'est que Frédéric Mitterrand conjugue le peu d'estime qu'il a de sa personne, et je ne met pas en doute sa sincérité, avec un égocentrisme empreint de naïveté qui le fait souvent s'étonner qu'il n'est pas compté pour une personne autant que cette personne à compté pour lui. La bizarrerie de sa personnalité est encore augmenté d'un trait de caractère en général incompatible avec ceux déjà cités, une faculté d'empathie généreuse avec autrui. Ce très curieux mélange, s'il ne doit pas être facile à vivre, donne à l'ouvrage où se mêle impudeur et retenue, un ton totalement singulier    

COMMENTAIRES LORS DE LA PREMIERE PARUTION DU BILLET 

Belle écriture, en tout cas; j'avais bien aimé les "séquences" Quentin et Brookner
Merci pour vos billets
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR BRUNO LE 14/03/2012 À 16H18

Je suis très content d'avoir un commentaire sur mes billets sur les livres qui sont ceux qui je crois m'importe le plus. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 14/03/2012 À 18H56
Bonjour-Dans "Le Festival de Cannes" (R.Laffont 2007), Fred Mitterrand déploie la même nostalgie mais en centrant son propos autour du monde du cinéma, qui, je crois, vous est familier. En avez vous fait une critique ici ou là ?
Le sympathique blog "Les toiles roses" est il définitivement en panne ? ce serait dommage.
Merci pour vos billets
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR BRUNO LE 19/03/2012 À 18H37

Je n'ai pas rédigé de critique sur "Le festival de Cannes" pour la bonne raison que je ne l'ai pas lu. Ce sera peut être pour plus tard. Il faut dire que je lis lentement, y compris les bandes dessinées. Je suis souvent stupéfait devant la quantité de livres que peuvent ingurgiter certaines blogueuse (il n'y a plus guère que les femmes qui lisent) allez voir par exemple le site de cachou (dans mes sites à visiter). 

En ce qui concerne "Les toiles roses" en effet je pense que c'est terminé son tenancier, un militant né devait pas trouver ça assez militant, moi je trouvais déjà que cela l'était beaucoup trop. Sur les diagonales je ne milite que pour moi et encore bien peu... 

merci pour vos mercis 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 19/03/2012 À 18H45
Moi j'admire la cursivité de vos commentaires littéraires du genre de celui-ci sur ce très grand auteur à mon avis Frédéric Mitterrand : elle vous permet d'attraper au passages des choses très justes çà et là, et j'aime bien sûr que le ton général en soit flatteur ; mais il faudrait travailler plus quand on écrit sur de beaux livres qu'on lit lentement (ça c'est bien, également !) ; pour être un peu plus digne d'eux et donc, "lâchement", ici et maintenant (un jour peut-être !)je n'en dirai pas plus sur le très merveilleux Frédéric Mitterrand !
COMMENTAIRE N°3 POSTÉ PAR XRISTOPHE AVANT-HIER À 02H03

Je trouve que vous avez tendance à être bien trop louangeur. Frédéric Mitterrand a bien des qualités littéraires mais le qualifier de très grand auteur risque de faire penser que vous n'êtes pas un très grand lecteur. Un très grand auteur c'est en français Balzac ou Hugo, je crains que si on fait l'inventaire des auteurs français vivant, on n'en trouve guère... 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS AVANT-HIER À 07H25
Je ne veux pas voir les choses de si haut - quoique ce soit un parti qu'on puisse prendre ; (c'est le vôtre) ; si je parle d'un grand auteur contemporain, comme Frédéric ou Pierre Michon, je ne sais le jauger à la même aune, déjà, qu'un grand auteur du XXème siècle comme Montherlant ou Gide, et moins encore le comparer à un déjà quasiment mythique romantique comme Balzac ou Hugo... Je ne saurais que faire des idées qui me viendraient d'une pareille, et pour moi si bizarre opération... Maintenant si je pense "peu de bien de l'époque" (la nôtre), comme je vous le disais ailleurs, hier soir, nonobstant tout le monde ne passe pas dans cette triste petite moulinette perso, bien au contraire : il y a des élus pour moi qui sont des gens très bien ! (c'est la moyenne - dont le niveau baisse). Merci de votre réponse (pour une fois !)
COMMENTAIRE N°4 POSTÉ PAR XRISTOPHE AVANT-HIER À 22H03

Notre époque n'est ni meilleure ni pire qu'une autre, simplement nous y vivons. Lorsque je donne du temps à un livre, ce temps, le bien le plus précieux que l'on ne peut acheter, je ne me préoccupe guère de son actualité ou de sa légende mais seulement de mon plaisir qui ne peut être étranger à l'époque puisque, même si nous ne le voulons pas, nous y sommes immergé. Il est certain que nous manquons de recul pour juger une oeuvre contemporaine mais néanmoins en ce qui me concerne je me refuse à mettre tout sur le même plan. Il faut avoir le courage de ses goûts sans que ceux-ci nous anesthésient le sens critique (bon choix que Pierre Michon). 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS HIER À 07H28
 

 

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Un jeune navigateur à La Baule

3 Juillet 2025, 06:53am

La Baule, juin 2025,photo B.A

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Exposition Delvaux au Musée de Liège (4)

3 Juillet 2025, 06:37am

 

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LA VIE EN GRIS ET ROSE DE KITANO TAKESHI

3 Juillet 2025, 06:36am

La vie en gris et rose

 

Imaginez vous attablé avec Kitano, avec entre vous et lui une bouteille de saké, vous racontant son enfance pauvre pour ne pas dire misérable dans le Japon exsangue de l'après guerre. Le livre est modeste, un peu plus d'une centaine de pages, joliment illustré par Kitano lui même de jolis petits dessins au couleurs pimpantes qui contrastent avec la noirceur du texte. Le titre vient des couleurs que son père, peintre en bâtiment, essayait sur la porte de la maison avant d’en couvrir les murs de ses clients. Ce n'est pas certes de la grande littérature, ces souvenirs écrits en 1984, semblent destinés malgré leur amertume à des pré adolescent. On y parle de pipi et de caca, mais c'est poignant de laconisme. L'enfance décrite ici n'a rien à voir avec celle d'un petit japonais d'aujourd'hui. Le rêve de Takeshi enfant est de posséder une toupie, beigomaà peine plus grosses que le pouce, ou un porte carte en plastique pour ranger ses images des stars du basse ball. Autant de petites choses que l'extrême pauvreté de sa famille, avec laquelle Kitano n'est pas tendre, ne lui permet pas d'acquérir. Ses grands jeux sont de faire voler un vieux cerf-volant ou de chasser les libellule On est loin des consoles de jeux et des vêtements et des accessoires à la mode siglés de grande marque. Après après avoir lu ce livre on regarde les facéties du grand cinéaste d'un autre oeil.

Les extraits ci-dessous, vous donnera le ton de l'ouvrage:

 

"Au début je n’avais aucune idée de ce qu’ils allaient faire. Donc, une fois, je les ai suivis. J’ai vu mon frère, accroupi sous un lampadaire, qui lisait un livre. Et elle, derrière lui, qui dirigeait sur les pages le faisceau de sa fameuse lampe. De temps à autre, il avalait une bouchée de riz. En découvrant la scène, je suis resté sur le cul ! Imagine ma mère à l’éclairer comme ça. Quand j’y repense, je trouve que c’était une famille vraiment démente. Donc, sans bien savoir pourquoi, je me suis dit que moi aussi, je devais me mettre aux études. Je suis rentrée à la maison et j’ai pris un manga au hasard. Et j’ai commencé à lire, comme mon frère."

"C’est étrange, la sensibilité. Elle se forge dans l’enfance en fonction des conditions d’existence, puis elle reste immuable tout au long de la vie. Les pauvres ont leur sensibilité, et les riches, la leur. On a beau devenir riche une fois adulte, quand on a été pauvre dans l’enfance, on, garde toujours sa sensibilité première. Intérieurement on ne pourra changer. Donc, moi qui suis né pauvre, je ne supporte pas le côté effrayant des nantis. Et je ne le supporterai jamais. Car un gosse de riches, dès l’enfance, ça ne se préoccupe pas des miséreux. C’est son éducation qui veut ça. "Toi, tu es un enfant de riches honorables, donc tu ne dois pas faire ceci ou cela !" Voilà ce que répètent les parents jour après jour. Et nous, dans nos cœurs d’enfants, on se disait : "Eux, ils ne sont pas comme nous." Et ça c’est effrayant. Un type né dans une famille riche ne s’embarrassera pas de scrupules vis-à-vis des autres à un moment crucial. Par exemple, on est en pleine partie, et brusquement : "Salut, je rentre chez moi !" Pour eux, les liens d’amitié avec des gens comme nous, ce n’est pas difficile à rompre. Dès que les choses ne leur sont plus favorables, crac ! ils partent. Alors qu’entre pauvres, on ne se serait jamais arrêtés de jouer. Du coup, moi, je me faisais tout le temps houspiller par ma mère. Je voudrais préserver indéfiniment ma sensibilité d’enfant. Aussi mature, aussi riche que je devienne, je veux rester intègre, fidèle à moi-même, à ma vérité." 

 

La vie en gris et rose de Kitano Takeshi, 2008, Picquier poche

 

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DIE KONSEQUENZ (LA CONSEQUENCE)

3 Juillet 2025, 06:35am

  
 

  

Fiche technique :


Avec Jürgen Prochnow, Ernst Hannawald, Werner Schwuchow, Hans-Michael Rehberg, Hans Putz, Elisabeth Fricker, Walo Lüönd, Edith Volkmann, Erwin Kohlund et Alexis von Hagemeister.

  

Réalisé par Wolfgang Petersen. Scénario de Wolfgang Petersen, d’après l’œuvre d’Alexander Ziegler. 


Allemagne, 1977, Durée : 100 mn. Disponible en en VO, VOST et VF.


Résumé :


En Suisse, un comédien, Martin Kurath, joué par Jurgen Prochnow qui fut entre autres le comédien principal de L’honneur perdu de Katharina Blum de Volker Schloendorff et que Petersen réemploiera dans Das Boot, Le bateau, est condamné à quelques années de prison pour avoir eu une relation sexuelle avec un mineur. Durant sa captivité, lorsque les détenus obtiennent l’autorisation de monter une pièce de théâtre, il fait la connaissance de Thomas, dix-sept ans (l’angélique Ernst Hannawald), qui a un rôle dans cette pièce. Thomas est le fils d’un gardien de la prison. Le garçon tombe amoureux de Martin. Lorsque ce dernier est libéré, il veut vivre avec son jeune amant malgré l’opposition de ses parents. Le père de Thomas porte plainte et le garçon est envoyé en maison de correction où il subit les pires humiliations. Martin parvient à le faire évader. Ils veulent fuir en Allemagne mais il faut un permis de séjour pour résider dans ce pays. Un politicien homosexuel feint d’aider Thomas à condition qu’il cède à ses avances. Thomas retourne à la maison de correction et retombe sous la coupe d’un garde-chiourme sadique. Après une tentative de suicide, il est envoyé en asile psychiatrique où Martin vient le voir. Quelques jours plus tard Martin apprend que Thomas s’est enfui; il est devenu une épave et erre sur les routes...


L'avis critique

 
Le film pâtit de sa date de réalisation car comme tout film de prison, il est difficile aujourd’hui de faire abstraction de l’extraordinaire série qu’est Oz. Il faut également vaincre une certaine incrédulité devant cette histoire de théâtre en prison. Bien qu’elle soit adaptée d’une histoire vraie. Il y a d’ailleurs une preuve cinématographique que le théâtre en prison n’est pas qu’un fantasme car la pièce filmée Cock and bull story de Bill Hayes, le scénariste de Midnight expresstémoigne que de semblables expériences existent puisque le film est issu de l’atelier dramatique de la prison de Saint-Quentin... Et c’est une pièce gay ! Et enfin admettre le choix d’une photographie très peu contrastée tout en camaïeux de gris. Ces réserves faites La conséquenceest un beau film très émouvant, un vrais grand mélodrame gay.
La conséquence est adapté d’un livre autobiographique d’Alexander Ziegler, paru en Suisse en 1975. L’auteur, qui a lui même passé deux ans et demi en prison, a collaboré à l’adaptation de son livre. Il interprète dans le film le détenu Lemmi. Le roman a été publié en France en 1986 par les éphémères édition Entre chiens et loups. La fin du livre est plus ouverte que celle du film. 
Tourné avec l'aide, et pour la télévision allemande La conséquence fut victime du boycottage de l'une des régions les plus conservatrices de l'Allemagne Occidentale, la Bavière. Cette attitude suscitant campagnes de presse et milliers de lettres a paradoxalement aidé la carrière cinématographique du film et sa présentation au festival de Berlin. À cette époque où les films gays étaient rarissimes, La Conséquence a eu un grand retentissement dans le cœur de beaucoup comme en témoignait Cyril Collard pour les quarante ans des Cahiers du cinéma : «Les lumières de la salle s’éteignirent. Générique, l’adolescent est dans une barque qui se balance sur des eaux calmes. Il s’appelle Thomas. Son visage envahit l’écran et comble d’un coup les vides de mon corps et de mon cœur. Ange blond mais sans aucune fadeur, sans tiédeur, ange noir. Il y a un éclatement blanc dans mon cerveau et tout bascule... J’ai l’impression d’être né dans cette salle. »
Le film ne s’embarasse pas de symbolique. Il traite frontalement les rapports amoureux entre un homme et un adolescent. Il énonçe clairement que le fondement de leur relation est sexuel. Un adolescent amoureux d’un homme adulte défend son droit à l’amour libre par delà tous les préjugés et les interdits sociaux. Le spectateur, sur la base d’une empathie sentimentale, reconnait la passion homosexuelle comme une forme d’accomplissement affective à part entière. Le ton de plaidoyer vibrant évite les clichés même si l’on reste dans la problématique classique de l’éraste et l’éromène. Le scénario montre avec une grande intelligence comment la répression entraine chez Thomas une destruction de l’individu en lui inculquant une haine tournée vers les autres mais aussi contre lui même. La conséquence participe directement de toute une tradition du cinéma classique qui, pour chaque époque considérée, a toujours placé le meilleur de lui-même dans la lutte contre les formes sociales, juridiques et psychologiques de l’oppression.
La vie d’Ernst Hannawald, le Thomas de La conséquence ferait un parfait scénario pour un mélo. Il a passé son enfance dans les orphelinats puis, à la suite de problèmes avec la drogue, dans une maison de correction. C’est là qu’à seize ans, Wolfgang Petersen l’aurait découvert. Aprés La conséquence, Hannawald tourne une trentaine de rôles pour le cinéma et surtout pour la télévision. En 1980, il est très affecté par la mort de sa soeur jumelle dans un accident d’automobile. Il est lui-même victime d’un grave accident de la route en 1986 dans lequel son ami est tué. À partir de là, c’est la dégringolade dans l’alcool et la drogue qui se termine en 1999 lorsque Ernst Hannawald est condamné à cinq ans de prison pour la participation à deux casses de banque qu’il a fait pour payer son dealer ! 

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