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LORSQUE EGERMEIER PHOTOGRAPHIAIT L'INTIMITÉ DE ROGER PEYREFITTE ET D'HENRY DE MONTHERLANT

20 Avril 2025, 13:57pm

 

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Roger Peyrefitte et Roro en 1939, vraissemblablement aux Tuileries

 

Roger Peyrefitte, une après midi d'avril 1938, reconnait Henry de Montherlant dans une kermesse (lieu fréquenté alors par les jeunes garçons). Il l'aborde. << Cette rencontre dont Peyrefitte parlera plus tard comme la chance de sa vie marque le début d'une amitié de près de trente ans, entrecoupée de brouilles et de réconciliations.>> Antoine Delery - Roger Peyrefitte, le sulfureux -

<< Henry de Montherlant a quarante-deux ans. Il est ramassé avec quelque chose d'athlétique, Peyrefitte - trente deux ans - est longiligne, aérien. Un sanglier avec une hirondelle. >> Pierre Sipriot - Montherlant sans masque -

Peyrefitte présente, probablement peu de temps après leur rencontre, à Montherlant Karel Egermeier dont les photos illustrent les calendriers des scouts de France. << Montherlant est enthousiasmé par les photographies d'adolescents en culottes courtes, aux torse musclés, et les deux compères imaginent ensemble l'édition illustrée de "Paysages des Olympiques". >> Antoine Delery - Roger Peyrefitte, le sulfureux -

 

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Roger Peyrefitte et Roro

 

<< En décembre 1938 Montherlant a "levé" un jeune garçon de quatorze ans prénommé Edouard (ou Edmond si on se réfère à Roger Peyrefitte dans ses Propos secret I. Ce dernier prénom me parait plus probable en regard de la classe sociale du garçon...). Doudou pour les intimes. Le frère cadet de Doudou, Roland dit Roro, onze ans, est dévolu à Roger Peyrefitte. C'est un lien tout platonique.

 

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Peyrefitte prend très au sérieux son rôle de "tuteur" de Roro: << J'avais fait en juillet 39, opérer le génant phimosis de Roro (...) Je m'étais pris d'une véritable affection pour RoRo. Ma liaison avec Roro s'était faites sous les mêmes auspices que celle de Montherlant avec Doudou, c'est à dire que je contribuais à l'entretien de la mère. >> Henry de Montherlant - Roger Peyrefitte, correspondance, page 61, éditions Robert Laffont

 

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Pour vivre à l'aise cette aventure, la mère doit être complice. Il faut la rencontrer. Roger Peyrefitte insiste (...) Après avoir hésité longtemps, Montherlant se jette à l'eau au début de mars 1939. Il va rencontrer la mère.>> Pierre Sipriot - Montherlant sans masque -

<< Elle vivait modestement dans un petit hôtel de la rue d'Orsel. Nous l'avons invité à déjeuner dans un restaurant, place du Delta. Ses resources étaient minces. Elle vivotait en faisant de la représentation de boutique en boutique, à partir de ce moment là, nous l'avons sérieusement aidée.>> Roger Peyrefitte - Propos secrets I -

 

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Sur cette photo, Doudou joue avec le masque avec lequel Montherlant sera photographié quelques temps plus tard par Mangeot, le photographe de Paris-Match. Montherlant avait songé à être recouvert de ce masque après sa mort. (page 183 de l'album de la Pleiade Montherlant).

ce qui est amusant c'est que ces images de Doudou quai Voltaire contredisent Roger Peyrefitte lui même; puisqu'il commentait ainsi une lettre de Montherlant dans le volume consacré à la correspondance des deux hommes: << Quai Voltaire, où il habita après 1939, il ne reçut jamais aucun garçon. Sa garçonnière, bien digne de ce nom; était rue de V. (Rue de Verneuil, donc selon Sipriot) - page 41, note signé Roger Peyrefitte.

 

<< Je viens de découronner ou couronner une jeune pouliche dodue, parfaitement complaisante, à la vulve élastique et qui promet (la vulve). Elle s'est laissé faire avec courage. Par ailleurs, elle a fait marcher ses grandes eaux deux fois en trois quarts d'heure, ce qui est très bien. >> dimanche 1938

Lettre de Montherlant à Peyrefitte dans laquelle en langage codé mais pas très difficile à décrypter, il raconte sa première fois avec Doudou...

 

avec les antiques de Henry de Montherlant-copie-2

Doudou chez Henry de Montherlant parmi les antiques de l'écrivain, été 39?

 

<< Egermeier, surnommé l'aiglon, en référence à son totem scout, a réalisé plusieurs centaines de clichés pour ce livre, dont 87 seront finalement retenus. Parmi les jeunes modèles du tchèque figurent les amis en titre des deux hommes, Roland, Edouard et Jacques P.>> Antoine Delery - Roger Peyrefitte, le sulfureux -

Que Doudou et Roro qui ne sont pas sportifs aient posé pour le livre fait dire à Montherlant qu'en France tout est faux. 

D'après Sipriot Doudou est le jeune footballeur, illustration 163 de la page 99 de l'album Montherlant de La Pleiade, pourtant ce garçon ne ressemble pas à celui qui joue avec les antiques de l'écrivain dans les deux clichés immédiatement ci-dessus.

 

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Doudou chez Henry de Montherlant, été 39 ?

 

Lorsqu'à l'été 1940 après l'exode Montherlant se retrouve à Marseille sans nouvelle de la famille N, ni de Roger Peyrefitte qui les avait sous sa garde, il est dévoré d'inquiétude. << Le 17 juillet, Montherlant reçoit enfin une lettre qui le rassure. Ils sont vivants. Aussitôt Montherlant écrit à un ami en grosse lettre qui occupe toute la page: JE PLEURE DE JOIE. "Tous les miens sont retrouvés SAUF, en zone non occupée (assez près d'ici). Joie folle mais je n'ose encore.>>

<< Les N sont à Tulle et sans subsides. Montherlant pourvoit aux frais d'entretien et de voyage. Il veut faire plus: les adopter... Il écrit à Roger Peyrefitte le 21 juillet: "Je compte m'attacher davantage à cette famille et vous conseille de faire de même. >> Pierre Sipriot - Montherlant sans masque -

 

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Roro

 

Après une sombre affaire judiciaire où la mère est impliquée à Tulle. Les retrouvailles avec les deux garçons seront décevantes 

 

<<  Montherlant vivra plusieurs années en intimité avec cette famille. En 1940-1941, il vivra pendant plusieurs années avec cette famille à Nice. lui à l'hôtel de Berne, la mère et les enfants dans un meublé, avenue Georges Clémenceau. Dans les premiers mois de 1941, Montherlant va deux fois par semaine voir Doudou et Roro qu'il trouve mal élevés. Quand ils se chamaillent pas avec lui, ils conspirent pour le ruiner. C'est vraiment encore la famille sauterelle qui dévore tout >> Pierre Sipriot - Montherlant sans masque - 

 

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Roro, vraisemblablement au Tuilerie, hiver 38-39

 

<< Depuis octobre 1941 Montherlant a rompu avec la famille N., "grossière, insolente, inintelligente". La 1, (c'est à dire édouard) dont Montherlant parle toujours au féminin (comme de toutes ses conquêtes) ne me laisse aucun regret. Il n'en est pas de même de la 2 (Robert) avec qui je ne m'ennuyais jamais.">>. Pierre Sipriot - Montherlant sans masque -

 

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Montherlant reverra néanmoins la famille N. jusqu'au milieu de 1942.

 

<< "Fils de personne", il y a un roman de deux cent pages que Montherlant a voulu publier en 1942. Mais ce père et fils est le journal de sa vie difficile avec la famille N. à Nice en 1940 et 1941...>> Pierre Sipriot - Montherlant sans masque -

On retrouve des échos des heurts entre Montherlant et Doudou à la fin de leur relation dans la pièce Demain il fera jour.

Quant à Roger Peyrefitte il "quittera" Roro pour Jacques de P. Mais c'est une autre histoire...

 

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Doudou sur les bords de Seine, été 39?

 

P.S.

1-Je remercie chaleureusement J.P. de C. qui m'a fait découvrir ces photos inédites d'Egermeier et qui m'a permis de les publier sur mon blog.

2-Je les ai légendées avec des extraits de plusieurs ouvrages racontant l'aventure amoureuse de Roger Peyrefitte et d'Henry de Montherlant avec Roro et Doudou...

3- Par le biais de mon e-mail personnel un fidèle lecteur, Guillaume van der Molen m'envoi ce commentaire: << Enfin, pour avoir une idée des deux frères nous ne dépendons plus seulement des remarques de Sipriot. On trouve des images de Roro et Doudou dans "Paysage des Olympiques" de Montherlant aux pages 6 et 7 de l'album (Doudou selon moi aussi aux pages 3, 4 et 11 et Roro aussi page 79). Grand merci au propriétaire de ces photos d'avoir voulu les partager avec nous ! >>. Grâce à ce judicieux commentaire sur lequel je suis entièrement d'accord, on s'aperçoit que Sipriot s'est trompé le footballeur de l'album Montherlant n'est pas Doudou mais un autre garçon dont la photo est en haut de la page 10 du Paysage des Olympique, alors que celle où figure Doudou est en bas de la même page!

COMMENTAIRES Lors de la première édition du billet

Superbe trouvaille ! Merci pour le partage !
On peut imaginer...les garçons encore de ce monde...
Dans le beau fauteuil empire, en septembre 1972,
Henri de Montherlant songea t il à Doudou ou Roro ... ?
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR BRUNO IL Y A 3 JOURS À 16H42

S'ils sont encore de ce monde j'espère qu'ils me contacteront pour apporter leurs pierres à l'Histoire littéraire. 

Bravo pour l'acuité de votre regard c'est en effet dans ce fauteuil que le 21 septembre 1972 Henry de Montherlant se suicida. Peut être qu'un jour un biographe inspiré partira de ce fauteuil pour nous raconter la vie étrange d'Henry de Montherlant qui a beaucoup joué avec les masques sa relation avec Doudou n'en est pas dénués, voulant être à la fois père, amant, mentor toujours en quête d'affection... 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS IL Y A 3 JOURS À 16H57
Photographies et histoire incroyables! Merci!
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR ALEXEI AVANT-HIER À 03H23

Ces photographies sont une extraordinaire trouvaille qui illustre et contribue un peu à l'histoire littéraire. 

Cette histoire des relations des deux écrivains avec ces deux garçons était bien connue. Je n'ai fait qu'un montage de citations et d'extraits de textes qui se trouvent dans différent livres, tous assez facilement trouvable.  

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS AVANT-HIER À 07H21
Merci de tout coeur cher Bernard, pour la publication de ces documents qui sont effectivement de première importance pour l'histoire littéraire.
COMMENTAIRE N°3 POSTÉ PAR ANTOINE2LAROCHELLE AVANT-HIER À 16H27
Sipriot -ou Saint Robert...-écrit aussi quelque part, que jamais, Montherlant ne reçut de garçons quai Voltaire...
Amusant
COMMENTAIRE N°4 POSTÉ PAR BRUNO AVANT-HIER À 17H22

Il serait bien de trouver la référence. Cela doit être Saint Robert. Sipriot étant moins niais. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS AVANT-HIER À 19H09
Ma mémoire est défaillante :
Correspondance Montherlant / Peyrefitte
page 41, note signé RP
..."Quai Voltaire, où il habita après 1939, il ne reçut jamais aucun d'eux. Sa garçonnière, bien digne de ce nom; était rue de V."...
Rue de Verneuil, donc selon Sipriot
Encore merci pour ce superbe billet
COMMENTAIRE N°5 POSTÉ PAR BRUNO AVANT-HIER À 20H26

merci pour cette utile précision que je vais inclure à l'instant dans le billet. 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS AVANT-HIER À 22H29

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Edi Dubien au Musée de la chasse et de la nature (1)

20 Avril 2025, 08:42am

Paris, janvier 2025, photo B.A

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Biniou et ricochets un soir de juillet sur la plage de Saint Michel Chef Chef...

20 Avril 2025, 07:50am

Biniou et ricochets un soir de juillet sur la plage de Saint Michel Chef Chef...
Biniou et ricochets un soir de juillet sur la plage de Saint Michel Chef Chef...
Biniou et ricochets un soir de juillet sur la plage de Saint Michel Chef Chef...
Biniou et ricochets un soir de juillet sur la plage de Saint Michel Chef Chef...
Biniou et ricochets un soir de juillet sur la plage de Saint Michel Chef Chef...
Saint Michel Chef Chef, juillet 2015

Saint Michel Chef Chef, juillet 2015

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Troca 87

20 Avril 2025, 07:48am

Troca 87
Troca 87
Troca 87
Troca 87
Troca 87
Troca 87
Troca 87
Troca 87
Troca 87
Troca 87
Troca 87
Troca 87
Troca 87
Troca 87
Paris, aout 1987

Paris, aout 1987

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LA PISCINE BIBLIOTHÈQUE D'HOLLINGHURST

20 Avril 2025, 07:45am

 
La piscine biblioth�que d'Hollinghurst

Will Beckwith, le je de « La piscine bibliothèque », est un narrateur selon mon coeur. Il a vingt-cinq ans beau et blond. C'est un riche homosexuel londonien, flottant dans une vie de désoeuvré; ce qui ne va pas toutefois chez lui sans quelques remords passagers, tiraillé qu'il est <<... entre deux visions de soi, l'une hédoniste et l'autre - légèrement à l'arrière plan ces derniers temps- presque férue d'érudition...>>.  Son grand-père, Lord Beckwith, a donné la richesse à la famille, le pouvoir et le titre de vicomte. Le narrateur correspond bien aux critères définissant son héros type tel qu'Hollinghurst en traçait le portrait lors d'une interview à « Libération »: << Les gens qui ont accès à beaucoup de choses m’intéressent, ceux qui peuvent se permettre de mal se conduire. Il y a une part de fantasme, et je suis réticent à l’idée d’écrire sur des figures vertueuses, je préfère lorsqu’on ne parvient pas à se décider, à savoir si l’on aime ou non un personnage.>>In fine c'est la naïveté de Will qui devrait le faire aimer du lecteur qui sera peut être plus perspicace que lui...

Will a fait, comme il se doit, ses études à Oxford. C'est là qu'il a rencontré son meilleur ami, James (avec le patronyme de ce personnage, on peut voir de la part d'Hollinghurst, un clin d'oeil, le romancier étant grand admirateur d'Henry James), devenu médecin de son état et néanmoins gay. Les deux hommes partagent les mêmes gouts en matière de garçons et de musique; mais James est beaucoup moins heureux sexuellement parlant que Will: << James était un obsédé des grosses queues, dont un grand nombre semblait passer entre ses mains dans l'exercice de - son art – mais trop peu, soupçonnais-je, dans sa vie. >>. Tout au long du livre James nous donnera le contrepoint prudent, presque raisonnable à la vie de Will

Notre sémillant jeune homme a comme point d'ancrage la piscine de son club, le Corinthian club (Corry) qui semble fréquenté, presque exclusivement par des garçons qui aiment les garçons. Ce qui tombe bien, la drague étant l'activité principale de Will (willy est le pénis en anglais argotique.).

Deux événements vont troubler la vie du héros qui est à la fois dissolue et routinière. D'une part Will va tomber amoureux. Tout d'abord notre jeune esthète va s'enticher d'un négroïde natté et prolétaire de dix sept ans, Arthur que Will va être contraint d'accueillir chez lui pour une grave raison indépendant de sa volonté. Mais la cohabitation avec un garçon aussi différent n'est pas de tout repos. Arthur va avoir la bonne idée de disparaître... On pourrait accuser l'auteur pour cet effacement dont on ne connaitra pas vraiment la raison (le lecteur a toujours un peu de travail à faire pour combler les blancs dans les romans d'Hollinghurst...) de facilité littéraire...

Si le héros est un dragueur invétéré, c'est aussi un coeur d'artichaut. Il remplace promptement Arthur dans son coeur et dans son lit par Phil, un adolescent blanc qui travaille comme serveur dans un hôtel de luxe le Queensberry. Will l'a connu à la piscine de son club. L'autre fait qui va bouleverser l'existence de notre jeune aristocrate est la rencontre inopinée d'un vieux lord... dans une tasse, mais pas pour les raisons que l'on pourrait supposer. Après quelques papotages entre eux, le vieil homme, lord Charles Nantwich, propose à Will d'écrire sa biographie. Pour cela Nantwich lui confie son journal intime qu'il tient depuis son adolescence, dans les années 1910...

Mais l'intrigue sur laquelle je me suis largement étendue, tout en prenant soin néanmoins de ne pas tout révéler, n'est pas ce qui est le plus important dans le roman; ce qui en fait toute sa valeur, est le talent qu'a Hollinghurst, de tracer une fresque quasi exhaustive de la vie gay au début des années 80 à Londres mais qui n'était pas très différente de celles dans d'autres grandes ville; ceci en une suite de scènes de genre d'une véracité confondante, qui vont d'un combat de boxe entre adolescents à un passage à tabac au milieu de poubelles en passant par une soirée de gala à l'opéra pour continuer par une soirée en boite que l'on croirait sorti de « Queer as folk »... Le romancier ressuscite une époque bénie, aujourd’hui révolue, où en boîte de nuit, lever un giton pour le sodomiser dans les toilettes ne représentait aucun danger sinon celui de prendre un râteau par l'objet de sa concupiscence… Concupiscence du héros largement traité comme par exemple dans cette scènes de douche: << Je sortis du bassin et me dirigeai, ruisselant, vers les vestiaires. Poussant la porte battante, avec sa petite fenêtre embuée destinée, comme dans les restaurants, à éviter que les gens pressés ne se heurtent violemment, je perçus le chuintement des douches, sentis la chaleur saturée d’humidité emplir ma gorge et se déposer sur ma peau. Je m’avançai d’un pas nonchalant entre les deux rangées de jets brûlants qui rebondissaient sur les carreaux noirs, m’écartant ou m’arrêtant brusquement lorsque les hommes, nus ou en slip, changeaient de position, savonnant un pied appuyé au mur, se frappant le ventre avec des claquements mouillés, ou se retournant à chaque battement étouffé de la porte pour voir quelle nouvelle beauté arrivait.>>.

A partir de la page 100, de « La piscine bibliothèque », Hollinghurst va faire alterner les pages du journal de Charles Nantwich, principalement celle narrant les frasques du jeunes lord dans les années 20, et le récit du présent du futur biographe du lord. Ce dernier, devenu cacochyme a la mémoire en passoire. L'adjonction des écrits intimes de Charles arrive au bon moment, car l'effet de surprise du style coruscant et désinhibé d'Hollinghurst commençant à faiblir cette intrusion du passé relance l'intérêt de la lecture en rompant ce qui aurait pu être une monotonie. Ceci par le fait du grand contraste entre la narration de will (on voit combien pour son « Dorian » Will Self a emprunté assez maladroitement d'ailleurs à Hollinghurst.) et les passages du journal de Nantwich dont le ton parfois rappelle tantôt le Waught de « Retour à B. » et tantôt le Forster de « La route des Indes » quand ce n'est pas Thesiger ou même Burton.

Mais quel est ce présent? Le livre dont l'écriture a commencé en 1984, est paru en Grande Bretagne en 1988. Bien sûr en raison des moult copulations insouciantes, nous ne pouvons être qu'avant la grande pandémie*. Le seul indice pour être plus précis est la présence, lors d'une représentation à Covent garden de l'opéra Billy Budd de Benjamin Britten en la présence du créateur du rôle du capitaine en 1951, Peter Pears. Ce dernier est décrit par Will comme très finissant; sachant qu'il est mort en 1986, nous sommes donc avant cette date, visiblement au début des années 80, disons 1983 qui est, selon mon expérience, l'année de l'apogée de la liberté sexuelle au XX ème siècle.

La piscine biblioth�que d'Hollinghurst

Il ne faudrait cependant pas ramener « La piscine bibliothèque » à une sorte de « Trick » londonien (j'entend par « Trick » le livre de Renaud Camus, du temps où le diariste n'était pas obsédé par le grand remplacement mais par les culs moustachus...). La piscine bibliothèque est beaucoup plus que cela.

Ce qui ne veut pas dire que cet ouvrage est un roman pour les « enfants de Marie ». Qu'on en juge avec l'extrait qui suit: <<... Je l'embrassais, puis le poussai dans le couloir et lui fis franchir la porte battante. Deux types qui roulaient des joints sur le bord du lavabo levèrent les yeux avec inquiétude. Un cabinet était vide et je l'y poussai alors qu'il me faisait face, et m'adossais à la porte que je venais de verrouiller. Je savais à peine ce que faisais. Je défis violemment le bouton du haut de son pantalon en velours côtelé marron, toujours le même, abaissais sa fermeture éclair, le fis descendre sur ses genoux. En revoyant sa queue cachée dans son petit caleçon bleu, je fus presque malade d'amour, le caressant et l'embrassant à travers le léger coton qui l'enveloppait. Puis son caleçon tomba et je la frottais avec ma paume. Je le connaissais si bien, ce manche épais, bref et parcouru de veines. Je le soupesais avec ma langue, le pris dans ma bouche, son gland carré venant s'appuyer à mon palais et se poussant dans ma gorge. Puis je le libérai, passai derrière lui, écartai ses fesses, y collai mon visage et léchai sa fente noire, lisse et imberbe, enduisis de salive son trou du cul et y glissai un doigt, puis deux, puis trois. De longues convulsions le parcoururent...>> (j'ai reproduit la traduction de 1991, je n'ai pas trouvé la nouvelle traduction révolutionnaire, sinon qu'elle apporte une plus grande fluidité dans la lecture).

J'ai découvert ce livre lors de sa première édition chez Christian Bourgois. J'avais à l'époque été attiré par le titre, les piscines et les bibliothèques faisant parti de mes lieux de prédilection; ceci ce titre demande quelques explications: Comme c'est relaté au début du chapitre 7, dans la public school que fréquente William, les préfets qui sont les élèves à qui l'on donne certaines responsabilités dans l'organisation de l'établissement, étaient connus sous le nom de «bibliothécaire», à cette désignation était ajouter un terme qui indiquait la zone de responsabilité du préfet. Comme le jeune Will était un passionné de natation à l'école, l'institution lui donne ainsi la charge de la piscine. Il devient ainsi le «Piscine bibliothécaire». Son père lui écrit à cette occasion, un commentaire amusé: «vous devez me dire quel genre de livres qu'ils ont dans la Bibliothèque Piscine. Pour Will, la Bibliothèque Piscine est le terme d'argot scolaire pour désigner le vestiaire dans lequel lui et ses camarades se glissaient dans le milieu de la nuit pour se livrer à des activités sexuelles illicites.

La lecture induit à faire un parallèle entre les existences de Charles et de Will. William est né en 1958, soit un an après le rapport Wolfenden, qui a contribué à libéraliser les lois anglaises sur l'homosexualité. Il peut satisfaire ses appétits sexuels plus librement, moins secrètement qu'a pu le faire Charles tout au long de sa vie. Il a également hérité d'une certaine tradition de la culture gay. Ce sont des différences importantes. Mais Charles et William partagent de nombreuses choses, d'abord l'éducation dans les « public school ». Ils ont tous deux un appétit de luxure avec d'autres hommes, souvent leurs inférieurs sociaux. Leurs fantasmes sont à la fois pornographiques et chevaleresques. L'intention de Hollinghurst était d'explorer l'idées du vieillissement. La tension provoquée par l'opposition entre les deux styles de narration suggère ce qui a changé et a persisté à travers le XXe siècle pour les gays.

La métaphore principale du roman est le fait que les hommes nagent ensemble, donnant une image d'une communauté masculine érotisée. Le titre '' La piscine bibliothèque '' se réfère à la salle à Winchester où William et ses amis se livraient entre eux à des nuits tumultueuses de sexe.

Ce parallèle en induit un autre, cette fois purement littéraire, celui entre Hollinghurst et Proust. Il s'impose évidemment par la prégnance de l'homosexualité dans « La piscine bibliothèque » comme dans « La recherche » mais aussi en raison d'un écho qui existe entre la construction de chaque oeuvre. Par une inversion savoureuse avec « La recherche », le présent de Will dans « La piscine bibliothèque » devient pour Charles un peu son temps retrouvé. Le temps est au centre des deux oeuvres. Dans celle d'Hollinghurst est mis en exergue la façon dont le présent dévore le passé.D'autre part, tout comme chez Proust, on voit dans le roman d'Hollinghurst l'interpénétration des classes sociales.

Dés ce premier roman, Hollinghurst, à l'instar du divin Marcel, se sert de clés, mais mon imparfaite connaissance de l'Angleterre m'interdit d'ouvrir bien des serrures, certaines sont néanmoins facile à forcer comme celle du photographe Staines qui évoque beaucoup Cecil Beaton... Quant à l'écrivain Ronald Firbank qui est un personnage qui traverse le journal de Charles, il a bien existé. Cet homosexuel notoire et néanmoins maladivement timide, a publié une douzaine de courts romans entre deux séjours en Italie ou en Egypte (« La fleur foulée au pied » et « Les excentricités du cardinal Pirelli » sont trouvable en français) . Il a été tué par l'alcool en 1926, à quarante ans. Ces livres ont été loués par Forster, Waugh, Auden...

« La piscine bibliothèque Piscine » suggère le parallèle entre le désir sexuel qui est par nature la nécessité de saisir le corps d'une autre personne pour sa propre gratification avec l'acte impérialiste de la colonisation. De même, il soulève la question plus vaste de savoir si un bonheur ou bien fortune peut se produire sans la être pollué par concomitamment la déception ou la tragédie d'autrui.

Astucieusement, Hollinghurst ne juge pas ses personnages, mais révèle que tous sont pris dans une toile du désir et de l'auto-illusion. Ils sont motivés par des sentiments si mélangés qu'il leur est impossible de connaître clairement la raison de leurs actes.

Il est parfois intéressant de voir dans un livre, ce qu'il n'y a pas. Si Pérec dans « La disparition a réussi un lipogramme du E, Hollinghurst dans « La piscine bibliothèque a fait celui de la femme, pas la moindre donzelle en plus de 500 pages. La gente féminine n'y ai même pas évoqué; à croire que tout ces garçons n'ont pas eu de mère... Autre absence, l'actualité politique, on peut s'en étonner, alors que d'une part nous sommes en plein thatcherisme et que d'autre part un des livres suivant du romancier sera saturé du politique.  

Dans ce livre l'auteur aborde une problématique qu'il approfondira dans « L'enfant de l'étranger », celle de l'évolution du vécu de l'homosexualité au cours du vingtième siècle. Sur ce sujet l'auteur a semé des petits cailloux blancs pour le lecteur très observateur, par exemple en nommant Labouchere l'un des amis gays de Charles alors que ce nom est celui de l'amendement qui depuis 1885 pénalise en Angleterre l'homosexualité...

On aurait aimé passer quelques centaines de pages en compagnie du monde de Will d'autant que bien des fils de la narration restent en suspend.

 

*  Le livre est dédié à Nicholas Clark, un ami de l'auteur, qui a été parmi les premiers à mourir du SIDA en Angleterre.

Ronald Firbank dans sa jeunesse

Ronald Firbank dans sa jeunesse

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KABUKI, COSTUMES DU THÉÂTRE JAPONAIS À LA FONDATION PIERRE BERGÉ YVES SAINT LAURENT

20 Avril 2025, 07:39am

 

Disons le d'emblée mes photos, prises malgré l'interdiction, sont loin de rendre justice à la magnifique exposition Kabuki, costumes du théâtre japonais que l'on peut voir jusqu'au 15 juillet à la fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent. Le titre est un peu réducteur car c'est tout l'art du Kabuki que nous transmet la très belle scénographie de la manifestation. Deux films sont projetés au fil du parcours, l'un est une captation d'une pièce de Kabuki, l'autre est un documentaire sur cette pratique exigente. Si les somptueux et parfois très lourds costumes de scène constituent la plupart des pièces, on peut voir également quelques estampes anciennes représentant des acteurs. Des accessoires, boites pour perruque, nécessaire de fumeur, éventails, lanternes, paires de chaussures (geta) rendent le tout très vivant. Les cartouches explicatifs sont clairs et précis. Une fois de retour chez soi, le catalogue, joli et bien fait redouble le plaisir de l'exposition, offrant entre autres, un petit et précieux historique du kabuki.      

 

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Paris, mai 2012

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Un spectateur à Roland-Garros

20 Avril 2025, 07:36am

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Paris, juin 2008

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Une visite à l'Assemblée Nationale (3 et fin)

20 Avril 2025, 07:25am

Paris, avril 2025

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TROCA 85

20 Avril 2025, 07:20am

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Paris, Trocadéro, juillet 1985

 

 

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STREET ART SÈTOIS

20 Avril 2025, 07:17am

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Sète, France, juillet 2012

 

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