Sébastien-Louis-Guillaume Norblin de la Gourdainen (1796-1884), Cyparissus. Dans la mythologie grecque, Cyparissus était un jeune garçon aimé d'Apollon. Le chagrin du jeune garçon fut tel qu'il se transforma en cyprès, symbole classique du deuil.
Ce billet divulgâche largement le film sur lequel il se penche.
Le réalisateur du film, Gaël Lépingle, qui en est également le co-scénariste, est allé bien en deçà (ou bien au-delà) de ce que le titre du film pouvait laisser présager, autrement dit une démarche sociologique ayant comme objet les « garçons de province » (comprenez : les homosexuels de province, et pas uniquement ceux d’âge tendre).
La première audace du film est de prendre le contre-pied de notre imaginaire actuel, dans lequel être gay (le mot n’est pas prononcé dans le film, pas plus que celui d’homosexuel : cette absence de vocabulaire installant le spectateur dans le non-dit de la province), c’est habiter une grande ville, et si possible Paris, avec une sorte d’instinct de survie, la doxa imposant l’image d’une homosexualité qui ne serait envisageable qu’en milieu urbain, présupposé induisant que l’homosexuel doit être aisé, et cela proportionnellement à son avancée en âge, si toutefois il a survécu au dédain de la tribu devant sa décrépitude physique…
Ce long métrage est en réalité un triptyque de trois courts d’intérêt et de longueur variables, auxquels on peut ajouter une sorte d’épilogue sous la forme d’une chanson diffusée au générique. Cette dernière, prestation chantée, m’a fait songer à celles qu’aurait pu produire un hybride de Jean Guidoni et Denis d’Archangelo.
Le rapport entre chaque partie du triptyque n’est pas très évident, sinon que chaque épisode se situe en province, mais dans des lieux différents à chaque fois ; une province bien particulière, celle des petites villes rurales, entre campagne et banlieue pavillonnaire. Les paysages que filme Gaël Lépingle sont plats, sans particularités géographiques. Ils sont presque vides, pourraient se situer n’importe où. Le réalisateur a évité toute forme de pittoresque, si bien que l’on peine à situer géographiquement chaque segment. Pour ma part, j’ai pu localiser le troisième chapitre, dans lequel on aperçoit un panneau indicateur mentionnant Orléans. J’en déduis que l’action se situe dans le Loiret (la proximité avec Paris ayant d’ailleurs une certaine importance).
Chaque volet deDes garçons de provinceévoque la solitude d’un homosexuel dans un contexte géographique et sociologique précis, s’intéressant à un « âge » différent de l’homosexualité. D’abord la maturité, puis l’adolescence, et enfin le début de la sénescence. Le film nous montre différentes solitudes, toutes nourries par l’impossibilité de trouver son semblable. Le temps, dans ces provinces, semble comme suspendu.
Le fait que chaque partie soit filmée dans un format différent – la première en scope (comme l’épilogue), la seconde en 16/9, la troisième en 4/3 – aide à considérerDes garçons de provincenon comme un long-métrage, mais plutôt comme une juxtaposition de trois courts-métrages distincts, ce que renforce le fait que le chef op du deuxième segment ne soit pas le même que celui des deux autres.
La colorimétrie est également dissemblable dans chacune des parties, ce qui ajoute au sentiment que chaque épisode est isolé des autres. On commence par des couleurs pimpantes pour filmer la troupe de saltimbanques du premier épisode, puis, pour la déambulation du garçon aux jambes de biche, épisode estival, les tons sont à la fois doux et solaires. Au contraire le dernier volet, tourné en hiver, arbore des couleurs plus sombres et froides que le reste du film.
Des garçons de provincevalant essentiellement pour sa troisième partie, je passerais assez vite sur les deux premières, qui, si elles ne sont pas complètement négligeables, ne sont pas inoubliables non plus.
Le premier épisode narre le bouleversement, au sein d’un couple gérant d’une boite de nuit, causé par l’arrivée d’une troupe d’artistes de cabaret devant jouer dans leur établissement un spectacle du type de ceux que l’on peut voir dans un cabaret parisien commeMadame Arthur, un soir.
Le deuxième épisode est particulièrement hiératique. On y suit les déambulations, à travers une bourgade presque déserte, d’un gracile adolescent aux très longues jambes, chaussé de talons, cette errance ayant pour but, probablement inavoué, d’aguicher les mâles locaux en affirmant sa singularité avec provocation au vu et au su de tous.
Venons-en maintenant au troisième volet du film, celui qui nous intéresse et qui donne au film toute son importance, et doit rester dans la mémoire de tout cinéphile attentif. Je précise attentif, car Gaël Lépingle exige de son spectateur qu’il soit aux aguets des moindres indices qui peignent les personnages du dernier chapitre de son film, nous laissant en outre une grande liberté d’interprétation, si bien que l’on n’aura pas de certitudes concernant leurs motivations ; on ne fera que des suppositions, parfois contradictoires, ce qui prouve la richesse des possibles qu’offre l’épisode : la grande réussite de Lépingle est qu’il n’impose pas une vérité, mais laisse au spectateur la liberté de construire sa propre vérité.
Ce billet ne sera pas une analyse du film, mais un exposé des questions que je me suis posées à sa vision. Questions plus intéressantes que mes éventuelles réponses puisque les vôtres seraient probablement différentes des miennes…
Les personnages, complexes, habitent un récit dont la trame est relativement simple : un jeune homme, Jonas, se rend chez un photographe, Mathieu, pour lequel il a accepté de poser nu, moyennant finance. La séance de photo est à la fois banale et particulière : si Mathieu fait se déshabiller Jonas, c’est pour le mieux le déguiser. Le déguisement comme participant de la modification de la personnalité est un motif commun aux trois épisodes du triptyque. Il y a d’abord le string (dans le premier), les chaussures à talon (dans le second), et, dans ce dernier épisode, l’extravagant vestiaire avec lequel Mathieu habille Jonas, étrange mélange de morceaux de costume d’un XVIIIe siècle d’opérette. Mathieu prend soin à ce que ses déguisements recouvrent partiellement le corps du jeune homme tout en laissant son sexe et ses fesses découverts. Le procédé a pour résultat de les rendre encore plus désirables (c’est le principe de la tmèse barthésienne, le « vêtement qui baille »).
À la fin de la séance, Jonas demande au photographe de se vêtir lui aussi avec un déguisement. Mathieu, surpris, amusé, s’exécute. Jonas lui donne des indications comme s’il allait le photographier, jouant d’une inversion des rôles. La curieuse exigence de Jonas revêt peut-être une certaine jalousie à l’égard de la position de Mathieu, celle du dominant, tranquille dans sa domination, alors que lui est le dominé angoissé par son avenir incertain.
Le réalisateur ne dissimule rien des attributs de Jonas, et l’on s’aperçoit, comme le photographe, qu’il y a « tromperie sur la marchandise » : si Jonas a de beaux restes, sa beauté commence à se flétrir (la courbe des fesses ne ment jamais). Il en va de même pour la vedette de la troupe d’artistes du premier volet, ce qui est normal puisque c’est le même comédien, Léo Pochat, qui interprète les deux rôles. Léo Pochat joue-t-il un seul et même personnage ou deux personnages distincts ? Ils sont si différents dans leur apparence et dans leurs réactions que je pencherais pour la seconde idée ; mais le doute reste permis. On peut aussi imaginer que les trois parties se jouent dans différentes temporalités. Quelques années pourraient séparer la première partie de la troisième, qui serait plus récente. Ainsi nous aurions vu Jonas à deux périodes de sa vie, séparées par quelques années. Il reste que le garçon, dans le troisième volet, doit donc être moins jeune de ce qu’il a prétendu lorsque le photographe l’a engagé, probablement sur ses dires et une photo sur laquelle il devait paraitre plus jeune.
La séance de pose se passe bien, si l’on excepte un petit accroc, auquel on ne prêtera pas d’attention sur le coup, mais qui sera peut-être lourd de conséquences pour la suite : alors que Jonas propose à Mathieu de revêtir une tunique pour la suite des prises de vues, le photographe refuse sèchement qu’il la porte, lui disant qu’elle est « réservée ».
Un climat de confiance s’étant installé entre les deux hommes, Mathieu propose, à l’issue des prises de vues, qu’ils prennent le thé. Attablé devant l’infusion, chacun y va de ses confidences. On découvre peu à peu qui sont ces deux hommes, on sent qu’il pourrait se passer quelque chose entre ces deux êtres que tout semble séparer.
Leurs échanges nous apprennent que Mathieu est professeur d’espagnol dans un lycée. En regard de l’acteur choisi pour interpréter le rôle, Serge Renko, excellent de bout en bout, on ne peut que constater que ce professeur doit être en fin de carrière… À ce sujet, leur conversation est interrompue par un appel téléphonique. Mathieu décroche et raccroche presque aussitôt. De retour à la table, il dit qu’il en a assez du harcèlement téléphonique. Sont-ce des élèves du professeur qui auraient découvert sa double vie ? Est-ce un ancien modèle qui le fait chanter ? Est-ce un jeune soupirant éconduit qui désirerait poursuivre l’aventure ?
Après cette interruption, la conversation reprend. À un moment de leur entretien, Jonas demande qui est la femme dont la photo encadrée est accrochée au mur. Mathieu répond que c’est sa sœur. On se souvient alors qu’au début de cette troisième partie, Mathieu parle à un visiteur hors champ. On comprend qu’il s’informe de la santé de sa sœur qui est soignée pour une grave maladie. Ces deux occurrences permettent de déduire que Mathieu est proche de sa sœur. On se remémorera ce fait lorsqu’une voisine de Mathieu pensera que Jonas est son neveu qu’elle n’a pas vu depuis longtemps. Jonas ressemble-t-il vraiment au neveu de Mathieu ? Pourquoi le garçon ne vient-il plus rendre visite à son oncle ? Ce qui est passionnant pour le spectateur, je le répète à condition qu’il soit très vigilant, est que chaque information que l’on apprend sur l’un des deux protagonistes génère des questions aux réponses multiples.
On peut donc parler de double vie à propos de Mathieu, et peut être aussi à propos de Jonas. Dans une des dernières séquences du film, on découvre le professeur-photographe installant une exposition de ses photos sur les murs de ce que l’on suppose être la salle des fêtes du bourg. On sent un courant de sympathie et d’admiration entre lui et les personnes qui l’aident à réaliser son accrochage. Mathieu semble exposer régulièrement dans ce lieu. Les photos qu’il place soigneusement sur ces cimaises n’ont rien à voir avec celles qu’on lui a vues prendre de Jonas. Elles sont celles que l’on peut s’attendre à voir dans ce genre d’endroit, des photos en sépia, en noir et blanc de maisons anciennes, de rues typiques du bourg… Par ces images le réalisateur montre que Mathieu s’il mène une double vie photographique mène bien évidemment une double vie sociale : veut-il signifier que pour un homosexuel de province, s’il n’est pas un homme de la nuit, comme les tenanciers du cabaret-restaurant de la première partie, il n’y a de salut que dans la clandestinité ?
Entre deux gorgées de thé, Jonas évoque son activité professionnelle et explique à Mathieu que poser est un job annexe, qu’il est principalement une sorte de référence dans son domaine, un danseur stripteaseur de renommée internationale, qu’il s’est produit à Chicago. Il joue un peu la star, comme le faisait le danseur vedette de la troupe dans la première partie. Ce qui peut faire penser que les deux garçons ne sont qu’une seule et même personne. Puis l’excitation aidant, et la confiance s’installant entre les deux hommes, Jonas se fait plus honnête et présente sa carrière sous un jour beaucoup moins brillant (il raconte par exemple que des voyous seraient entrés dans sa loge pour le forcer à faire une fellation au chef de la bande). On est loin des paillettes des tournées internationales qu’il évoquait précédemment. On imagine que la scène s’est déroulée dans un de ces petits cabarets glauques que l’on trouvait à Pigalle. On peut alors penser que Jonas est un mythomane qui s’invente une vie d’artiste pour tenter de se masquer la réalité de son existence ; celle d’un gigolo qui pressent qu’il est proche de la date de péremption. Une vie qui ne tient que sur l’éphémère, l’éphémère de sa beauté provoquant le désir de certains hommes, certains hommes qui sont prêts à payer pour en jouir quelques instants.
À un moment Jonas et Mathieu s’étreignent. On sent qu’il se pourrait se passer quelque chose entre eux qui ne serait pas seulement d’ordre sexuel, mais aussi sentimental. Puis Jonas se retourne, baisse son pantalon, offrant ainsi ses fesses au désir de Mathieu. Ce n’est pas un geste de provocation ni de reddition, mais plutôt comme un geste d’offrande. Mathieu reste circonspect devant ce cadeau inopiné. Il hésite et, finalement, se détourne. Jonas est d’abord surpris. On a vu que le jeune homme émoustillait pourtant le photographe, mais dont l’excitation semble davantage dépendre des images qu’il met en scène plutôt que de l’attrait direct pour un corps. Que pense Jonas quand Mathieu lui inflige son refus ? On ressent chez le garçon un besoin de séduire, dû certainement à une grande solitude. Il y a refus devant l’obstacle, comme on le formulerait en équitation. Est-ce que c’est fini, est-ce que son corps, son gagne-pain, n’excite plus désormais, au point que même un vieux ne veuille pas de lui ? En un éclair, Jonas imagine-t-il l’irrémédiable déchéance qui l’attend ? Son fragile équilibre s’effondre-t-il en cet instant ? Se sent-il humilié parce que Mathieu n’a pas voulu de son corps, qu’il s’imaginait encore désirable ? Par ce signe d’allégeance, a-t-il voulu signifier qu’il espérait que la solitude de Mathieu ait pu s’appairer avec la sienne ? Qu’il pourrait « faire une fin » avec cet homme à l’apparence respectable qui semblait le respecter ? Dans un même temps, pourquoi Mathieu se détourne-t-il du cadeau de Jonas ? Parce qu’il se sent trop vieux pour se lancer dans une nouvelle aventure ? Ou, au contraire, par ce qu’il trouve Jonas un peu trop faisandé à son goût ? Par fidélité à un amour présent ou passé ? Ou peut-être plus probablement parce que ce moment de sexe l’engagerait et troublerait le fragile équilibre de sa vie qu’il a construit pierre à pierre durant des années. Il est devenu égoïste. C’est trop tard. Il ne peut plus donner. Et comme le chante Léo Ferré dansAvec le temps, Mathieu « se sent tout seul peut-être, mais peinard ».
Après cette scène il y a une ellipse. On découvre Jonas se levant d’un lit de fortune aménagé dans le séjour de Mathieu. Le garçon y a passé la nuit, mais ni dans le lit de Mathieu, ni même dans sa chambre. On est visiblement au petit matin. Une lumière blafarde éclaire la scène. L’atmosphère chaleureuse de la soirée a laissée place à une impression de menace. Jonas va-t-il agresser Mathieu alors que ce dernier dort encore, pour le tuer peut-être ? Le film va-t-il basculer dans le thriller ? Jonas est-il un truqueur ? Va-t-il profiter du sommeil de son hôte pour le voler et partir subrepticement ? Autant de questions qui en quelques secondes assaillent le spectateur.
Au lieu de cela, Jonas aperçoit l’ordinateur portable de Mathieu. Il l’allume. Dans celui-ci, il repère un dossier photo auquel il accède en un clic. Aussitôt il trouve les siennes, les fait défiler et se masturbe devant sa propre image. Jonas serait-il un narcisse que le spectacle de son image peut faire jouir ? Mais il est vrai que ce ne sont pas tout à fait des images de lui, mais de sa personne telle qu’elle est restituée par le photographe.
Tout en continuant à se masturber, Jonas découvre également une vidéo réalisée par Mathieu montrant un jeune garçon gracile aux cheveux longs. On peut estimer l’âge de ce garçon à treize, quatorze ans, bien que sa voix grave puisse faire penser qu’il est plus âgé. Jonas continue à se masturber devant cette image mouvante, il n’est donc pas insensible aux très jeunes personnes… Mais il faut être vigilant, car l’image du jouvenceau est furtive, mais on s’aperçoit que le garçon est vêtu de la tunique que Mathieu avait interdite à Jonas. Là encore, on peut formuler plusieurs hypothèses : Mathieu est-il ou a-t-il été amoureux du garçon ? Le fait qu’il voit comme un sacrilège qu’un autre garçon porte le vêtement avec lequel il a photographié son jeune modèle voudrait-il dire que ce garçon serait décédé ? Encore une fois, on ne sait pas dans quelle temporalité s’inscrit le film de ce garçon à la jeunesse incertaine s’ébattant devant une caméra : rien ne permet de dater ces images.
Ce garçon pourrait être le neveu de Mathieu, neveu qui ne serait pas réapparu depuis longtemps. Depuis combien de temps ? On l’ignore. L’ancienneté de la visite du garçon n’est documentée que par les dires de la vieille femme qui semble bien connaitre Mathieu. Elle aide à faire l’accrochage du photographe qui à son tour, à la fin du film aidera la voiture de cette personne à redémarrer, la batterie de son véhicule étant déchargée. L’existence du neveu et la ressemblance de Jonas avec ce dernier ne sont accréditées que par les propos de cette vieille femme, mais l’on peut douter de la fiabilité de la mémoire de cette dame qui parait être arrivée à l’ultime étape avant l’EPAD… « Le neveu » aperçu jadis par cette dame ne serait-il pas en réalité un autre jeune homme qui aurait servi de modèle à Mathieu ? Ce qui pourrait induire que le photographe rechercherait toujours le même type physique pour les garçons qu’il photographie.
Après la scène de masturbation de Jonas devant l’ordinateur, il y a une courte ellipse. Nous retrouvons Mathieu et Jonas, toujours dans la maison, face à face. Jonas annonce à Mathieu qu’il a vu sur l’ordinateur ses photos et le film sur lequel figure le garçon chevelu et qu’il a tout effacé. Devant cette annonce, Mathieu reste de marbre. Le geste iconoclaste de Jonas, fait pour le blesser, n’a aucun résultat visible. Est-ce cette impassibilité qui met hors de lui ? Jonas jette à la face de Mathieu qu’il le dégoûte. L’état d’esprit actuel fait que l’on comprend immédiatement que Jonas fait allusion au film avec l’ado batifolant devant la caméra de Mathieu, film qui prouverait que ce dernier est une sorte de pédophile, crime suprême de nos jours…
Petite incise : le garçon à l’allure si juvénile, dans le petit film que découvre Jonas sur l’ordinateur de Mathieu, est joué par Renan Prévot, un acteur qui, à l’époque du tournage n’est pas âgé de 13, 14 ans, mais de 20 ! Ce qui fait de ce jeune homme un véritable phénomène. Mais le choix de cet acteur, au physique hors normes, peut donner un sens supplémentaire à la scène d’accusation : où commence et où finit la pédophilie ? Cette interrogation sur l’âge du garçon du film répond à d’autres ambiguïtés sur l’âge des autres protagonistes du film. Ont-ils l’âge de leur apparence et l’apparence de leur âge ? Mais en se souvenant de Jonas se masturbant sur les images de ce garçon, on ne peut que constater qu’il est en plein déni, et peut-être que s’il crie son dégoût pour Mathieu, c’est pour ne pas admettre qu’il se dégoûte lui-même.
Tout semble dit entre les deux hommes. On peut trouver bizarre qu’après un tel flot de haine de la part de Jonas contre lui, Mathieu accepte de le raccompagner au train qui reconduira Jonas à Paris.
Sur le chemin, comme je l’ai mentionné plus en avant, Mathieu va aider à faire redémarrer la voiture de sa vieille amie. Celle-ci propose de conduire Jonas à la gare. Ce qui permet à Gaël Lépingle de réaliser un plan de fin sans ambiguïté et pour cela un peu pesant. La voiture de la vieille dame emportant Jonas partant dans un sens alors que celle de Mathieu part dans le sens opposé. Ces deux-là ne se reverront jamais.
À noter que chacune des trois parties du film se termine par un départ…
Le 4/3 utilisé pour ce dernier volet renforce le huis clos de l’histoire, le malaise, l’érotisme, puis l’étrange inquiétude qui surgit lorsque Jonas se lève au petit matin. Le récit aurait eu, je crois, plus de force si le tournage n’avait jamais filmé rien d’autre que l’intérieur de la maison de Mathieu, ce qui était possible sans grand changement du scénario.
Au vu du dernier volet de son film, les seuls cinéastes que l’on pourrait rapprocher de Gaël Lépingle sont Alain Guiraudie et Jacques Nolot, deux cinéastes qui ont mis en scène l’homosexualité, non seulement en province, mais dans des milieux où l’imaginaire contemporain ne l’imagine pas habituellement. Mais un Guiraudie qui aurait troqué son baroquisme parfois flamboyant contre un classicisme mélancolique, et un Nolot moins amer.
Commentaire lors de la première édition de ce billet:
Les Vénitiens construisirent en 1579, sur les ruines d’une acropole antique, une puissante forteresse destinée à protéger le port d’Elounda. Les hauts murs et les deux bastions circulaires, sur le dessus de la colline, permettaient à l’artillerie de commander l’entrée du port d’Elounda.
Cette forteresse, dont il subsiste d’impressionnants vestiges, était l’une des places fortes les plus importantes et des mieux défendues de la Crète. Elle fut l’une des seules de toute la Crète, avec les forteresses de Souda (près de La Canée) et de Graboussa (au nord-ouest de la Crète et de Kastelli (Kissamou)), à ne pas tomber aux mains desTurcs, quand ceux-ci conquirent la Crète en 1669, après le siège de Candie.
Tout au long du xviie siècle, la forteresse est restée dans des mains vénitiennes et était un refuge pour les chrétiens se sauvant des Turcs. Après avoir résisté près d’un demi-siècle à la suprématie turque, et après un ultime siège de trois mois, les Vénitiens, durent finalement céder la place forte aux Turcs en 1715. Les Turcs s’y installèrent donc jusqu’au début du xxe siècle, quant à leur tour, ils furent chassés de Crète. Et là, on décida d’y parquer les personnes atteintes de la lèpre en Crète.
La léproserie, l'une des dernières en Europe, se trouvait dans le fort vénitien, restauré par les lépreux qui y vécurent de 1903 à 1957. Il y en eut jusqu'à 300 à 400 vivant en communauté, avec les corps de métiers qu’on trouve dans n’importe quel village grec, du coiffeur au pope. Le dernier habitant, un prêtre, y aurait vécu jusqu’en 1962.
En 1934, le zoo de Vincennes vient d'ouvrir. Une nuit deux fauves y sont massacrés et émasculés. La police soupçonne que le forfait a été commandité par un riche homosexuel désireux de transformer les chibres félins en aphrodisiaque. L'inspecteur Blèche enquête.
Vous conviendrez qu'il y a des débuts de roman moins originaux que celui-ci. Malheureusement ces prémices ne tiennent pas complètement leurs promesses jusqu'à la fin du roman. La conclusion de l'enquête est trop ramassée en fin de volume. Elle ouvre sur une piste politique assez abracadabrantesque même si l'intrigue est très bien située dans les événements de cette cruciale année 1934. On assiste aux émeutes du 6 février 1934 et l’assassinat du roi de Yougoslavie est évoqué. L'histoires principale a au fil des pages tendance à se diluer dans d'autres péripéties que l'on regrette parfois d'être annexes. Comme cette relation amoureuse entre un officier et un poilu durant la Grande Guerre et qui est encore grosse de drames vingt ans plus tard.
Le point fort du livre n'est donc ni sa construction ni même l'intrigue mais la toile de fond sur laquelle se meuvent les personnages: le milieu homosexuel parisien des années 30. Les auteurs, car sous le nom de Gonzague Tosseri se cachent deux bougres ( Arnaud Gonzague et Olivier Tosseri ), se sont remarquablement documentés sur ce milieu. Ils mêlent des personnages réels comme Jean Sablon et Oscar Dufrenne, le flamboyant directeur du Palace, premier mentor d'Edith Piaf et personnalité très en vue du tout Paris qui fut retrouvé assassiné dans son bureau, à d'autres fictifs ou à clés; mais je ne possède pas le trousseau qui les rassemble. Néanmoins le photographe de l'histoire fait tout de même beaucoup penser à Brassai (dont une photo orne le bandeau du volume) et l'aristocrate amateur de jeunes ouvriers pourrait être inspiré par le marquis de Boury, un député de l'Eure amateur de jeunes gens et de petits garçons... Je regrette particulièrement de ne pas connaître l'identité de ce ministre de la troisième république, client des bordels d'hommes et qui portait en sautoir un bijou contenant l'anus momifié de son défunt petit ami... A moins que ce soit une invention de nos romanciers, ce qui en dirait long sur leurs fantasmes, il est vrai que l'un d'eux est journaliste... au Vatican!
Les auteurs suggèrent même une piste au meurtre de Dufrenne, meurtre qui n'a jamais été élucidé. Nos duettistes ne tombent pourtant pas dans le piège dans lequel s'enlisent presque tous les romans policiers sur fond historique, celui de se laisser submerger par leurs connaissances de l'époque où ils font évoluer leur héros. Ce héros est d'ailleurs très convaincant. L'inspecteur Blèche, chargé à la Brigade mondaine de surveiller les « invertis », est un taiseux à la mémoire exceptionnelle. C'est un rescapé de la Grande Guerre. Les auteurs montre bien l'ombre portée du conflit sur tous les hommes de cette époque. Blèche ne porte aucun jugement moral sur ce qu'il voit mais regarde chacun avec une distance qui paraît être incompatible avec toute empathie.
La figure de l'inspecteur Blèche est si réussi qu'à l'instar de son presque contemporain et collègue de l'autre coté du Rhin Bernahr Gunter auquel il fait beaucoup penser comme le teuton Blèche n'est guère sympathique au premier abord, que cela m'étonnerait bien que « bal des hommes » soit sa seule enquête.
<< Des bars coloniaux de la rue de Lappe aux établissements de bains de la rue Saint-Lazare, des promenoirs du Gaumont, sur les Grands Boulevards, aux pissotières de la gare du Nord, des michetonneurs de la porte Saint-Martin aux masseurs de la Folie-Méricourt, tout ce que Paris comptait de vénalité mâle connaissait les ciseaux de ses grandes jambes et la manière singulière que Blèche avait de fondre sur ses proies pour les interroger, en les fixant avec intensité. >>
Plus que sur le « gay Paris », le livre est centré sur tout l'entourage de l'inspecteur Blèche, ses indics, sa compagne, son collègue, un ancien camarade de tranchée... Nous découvrons petit à petit le parcours des protagonistes de cet histoire, et notamment celui de Blèche au moyen de flashbacks nous ramenant au temps de la première guerre mondiale. Ceux-ci alternant avec les chapitres dévolus à l'enquête proprement dite. Les premiers éclairant les second.
Le monde des homosexuels des années 30 est cependant au coeur du récit. On pourrait reprocher aux auteurs d'en brosser un tableau uniquement vu du coté de la prostitution et des rapports de force. On découvre un monde où les coups pleuvent sur les gitons les plus faibles, souvent sous l'emprise de la drogue, en particulier de l'opium. Si cette peinture n'est pas celle d'un âge d'or pour l'homosexualité, il en ressort néanmoins un sentiment de tolérance envers elle.
Nous sommes dans un roman d'atmosphère (vous avez dit atmosphère...). Une phrase du roman décrit bien dans quel univers il est situé:
« Tout ce que Paris comptait de louche, d'excessif et de mal élevé s'épuisait à se mentir, à se filouter, à se mettre le rasoir sous la gorge, à s'attraper du col en signe de représailles, s'arrachant la pitance à même l'assiette, retournant les poches des macchabées pour y dérober ce qui s'y trouvait ».
L'écriture est très maitrisée. Elle est froide (il y a tout de même une chaude scène dans un bordel d'hommes) et distanciée un peu comme l'est Blèche. Elle mêle sans exagération des mots d'argot d'époque à une belle syntaxe classique. Ce qui donne une lecture fluide bien soutenue par l'envie d'en savoir plus sur ces personnages attachants à la longue. Il nous en est assez dit sur eux pour qu'ils aient de la chair mais pas trop; ce qui me fait penser que nous aurons une suite aux aventures de l'inspecteur Blèche et c'est tant mieux.
Nota: pour ceux que la vie homosexuelle à paris intéressent, il est indispensable de lire « L'Histoire de l'homosexualité en Europe, Berlin, Londres, Paris 1919-1939 de Florence Tamagne aux éditions du Seuil.
En ce qui me concerne le plaisir d'un voyage est indissociable de celui d'un bel hôtel si possible surprenant. Le Forest Rock Garden Hotel prés d'Anuradhapura m'a comblé. Le voyageur est accueilli par de majestueuses sculptures copie, mais on les prendrait pour des antiquités, de celles que l'on peut voir sur le site de l'ancienne capitale de l'ile. Elles gardent la réception où l'on vous donnera un plan pour accéder à votre chambre qui se trouvera dans un des douze pavillons, chacun comporte deux logements, qui composent l'hotel.
Pour y arriver on parcourt le parc dans lequel on rencontre statues et bassin. Presque toute la promenade se fait à environ 4 mètres du sol. Les appartement sont à ce niveau pour éviter des intrusions fâcheuses bien qu'il n'y ai guère de bestioles génantes dans les parages. Le principal animal que l'on rencontre sont les paons véritable son du Sri-Lanka avec leur délicieux "léon" "léon" "léon" toute la journée et il y a quelques paons insomniaques... Les pavillons sont entourés de verdures qui les dissimulent.
Le home est une petite suite au calme. Une fois installé il faut découvrir l'immense piscine à l'image des bains purificateurs réservés jadis aux moines dans l'antique capitale.
Après le bain diner au restaurant de l'hotel gardé par des éléphants de pierre. Excellente nourriture végétarienne servie sans alcool boudhisme stricte oblige.
Je précise que je n'ai aucun bénéfice a retirer des établissements que je vous indique seulement le désire de vous faire profiter de bonnes adresses.