Vu de la hune
un regard sur les arts et les lettres
Par-delà le Styx de Jailloux et Breda
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Le dernier album des aventures d'Alix, "Par-delà le styx", dessiné par Marc Jailloux sur un scénario de Mathieu Breda, s'il est réussi, met paradoxalement en évidence la tare de la bande-dessinée franco-belge et particulièrement la série Alix: Soit qu'il est impossible pour une bande dessinée ambitieuse comme l'est celle-ci de développer un scènario complexe en 48 pages. Je n'arrive pas à comprendre comment ce fait qui dure depuis des années n'est presque jamais soulevé. Les albums n'ont pas assez de pages. Mathieu Bréda a astucieusement contourné l'obstacle en faisant de "Par-delà le styx" la suite de l'album "Le dernier spartiate". Les deux albums rassemblés en un seul on obtient une remarquable histoire, peut être la meilleure de la série. Jacques Martin cette fois peut être fier de ses successeurs. Mais là où le bât blesse c'est que "Par-delà le Styx", lu seul, est presque incompréhensible. C'est comme de lire "Vingt ans après" sans connaitre "Les trois mousquetaires".
Par quelle aberration en est on arrivé à cet étiage de 48 pages alors que les albums dessinés par Jacques Martin, jusqu'à "Iorix le grand", avaient une pagination qui oscillait entre 56 et 64 pages. Pour des raisons commerciales bien sûr, qui, à courte vue, ont prévalues sur les considérations artistiques.
J'ai déboursé 11,50 € pour l'achat de cet album. Il me semble qu'en poussant le prix jusqu'à 15€ pour 64 pages (pagination du "Dernier des spartiates") on ne découragerait que fort peu d'acheteurs et qu'au contraire sur un long terme ceux-ci augmenteraient.
L'amateur de bandes-dessinées n'a plus, comme c'était le cas au début des années 60, le choix unique des albums (je laisse de coté les petits formats) issus du gisement de la B.D. franco-belge. Il y a les comics américains, de plus en plus présentés sous forme de recueils bénéficiant d'une reliure rigide, et surtout les mangas que j'apparente beaucoup plus par leur ambition et la très grande qualité artistique de certains d'entre eux, au grandes séries franco-belges qu'à nos petits formats de jadis, même, s'ils en possèdent le format.
Il se trouve qu'en même temps que l'album d'Alix, j'ai acheté le tome 11 de "Cesare", un manga de Fuyumi Soryo, qui détaille la vie de Cesare Borgia. L'auteure en profite pour faire un vaste panorama des enjeux politiques, artistiques et philosophiques de la Renaissance. Si les différences avec la saga martinienne sont évidentes, à commencer par le fait que "Cesare" prend comme héros principal un personnage ayant réellement existé, Angelo, le jeune et joli garçon inventé par Fuyumi est plus un témoins narrateur qu'un véritable acteur de l'histoire. Mais les points communs sont nombreux, en premier lieu, le genre, celui de la bande dessinée historique. On peut donc penser que les deux séries s'adressent au même public (j'en suis la preuve vivante). Pour ce nouveau fascicule de Cesare, j'ai déboursé 7, 90 € pour quelques 250 pages, certes la plupart sont en noir et blanc et toutes d'un format plus réduit. Il reste que pour allez de novembre 1491 à juillet 1492 il a fallu à notre japonaise érudite 2750 pages même si celles-ci ont le 1/3 de la superficie de celle d'un album d'Alix, on arrive, si l'on fait l'équivalence, à un peu plus de 900 pages; pages qui ne m'ont pas ennuyé une seconde. Je ne préconise pas un tel ralentissement du temps dans les scénarios des bandes-dessinées occidentales mais il n'est pas interdit ni de comparer, ni de réfléchir à cette dilatation du temps dans les mangas (j'aurais pu prendre comme exemple d'autres mangas historique tel "Zipang", "Jin", "Vagabond" ou encore "Le chef de Nobunaga"). Cette dilatation du temps n'exclut pas l'action; elle ne manque pas dans Cesare. Maisune telle temporalité permet de développer moult personnages et intrigues annexes et surtout dans Cesare d'offrir de nombreuses cases montrant la magnificence du décor de l'Italie de la Renaissance. On regrette qu'en raison du peu de place il ne soit laissé dans les albums d'Alix, à celle de l'antiquité, que la portion congrue. C'est d'autant plus regrettable qu'en matière de représentation de monuments Marc Jailloux n'a rien à envier à la pourtant excellente Fuyumi Soryo.
Avant de détailler le riche scénario de cet album, il me semble qu'il est bon d'en expliciter le titre: Le Styx, c’est le fleuve qui, dans la mythologie grecque, sépare les enfers de la vie terrestre. Le fleuve infernal a été traversé voici longtemps par un héros mort au combat, Heraklios, le père d’Heraklion, le jeune Spartiate rencontré par Alix et qui est devenu son protégé. Heraklion est le pivot de cette aventure d'Alix.
Le scénario d'"Au-delà du Styx" est à la fois mince et complexe par le cadre dans lequel il se déroule, la recherche par Alix d'un père de substitution pour le garçon dont il a la charge mais dans un monde en guerre. Or donc, Alix part en Afrique du nord pour retrouver Astyanax, le dernier soutien d'Héraklion, garçon dont Alix à la charge, et quelle charge! Le garçon d'une douzaine d'années semble à la fois caractériel et mélancolique; traumatisé qu'il est, par la mort de sa mère et l'écroulement des derniers pans de la civilisation spartiate qui l'a vu naitre (Tout est dans "Le dernier spartiate", album dans lequel nous faisons la connaissance d'Héraklion et d'autres acteurs majeurs de "Par-delà le Styx") part en Afrique du nord où va se dérouler la grande bataille de Thapsus dans laquelle les derniers partisans de Pompée vont affronter l'armée de César. Les férus de Montherlant se rappelleront que c'est dans cette période que l'académicien situe sa pièce "La guerre civile", exactement avant la bataille de Dyrrachium qui aura lieu elle du 12 au 15 juin soit un peu plus de deux mois après les combats mis en scène dans l'album. Comme dans "La guerre civile" nous allons croiser plusieurs personnages historiques dans "Par-delà le Styx". Tout d'abord Marc-Antoine qui alors règne à Rome pendant que César bataille, puis César, Caton et Juba.
"Par delà le Styx" aurait pu s'intituler "Heraklios", comme le confie Marc Jailloux dans Alix Mag, et cette hésitation dans le titre est révélatrice. Cet album revisite aussi un personnage plutôt méconnu (bien qu'il soit récurrent) en lui donnant une intéressante dimension psychologique. Dans les albums dessinés par Jacques Martin, Héraklion était surtout un jeune enfant à protéger, une sorte de victime potentielle qu'il faut continuellement sauver de divers dangers, qui n'est bon qu'à se faire enlever, ou à tomber en pleine mer. Dans ce nouvel album, il change d'apparence et devient plus autonome. Il semble maintenant un peu caractériel, fait des fugues, conteste l'exemple d'Alix et se cherche manifestement un nouveau modèle.Pourtant la préoccupation qui anime Alix tout au long de l’histoire est de veiller sur le sort troublé de ce jeune garçon, et pour cela il défie non seulement Marc-Antoine, mais aussi les derniers Pompéiens en guerre contre César, ainsi que leur allié le fourbe Roi de Juba. Cette tâche de percepteur rencontre bien des obstacles, mais à cœur vaillant rien d’impossible.

Petits rappels historiques qui auraient été bien utiles en fin d'album par exemple, puisque cette fois l'aventure étant précisément située dans le temps et l'espace. La bataille de Thapsus (aujourd’hui Rad Dimassen Tunisie) qui est au coeur de cette aventure, se déroule le 6 avril 46 av. J.C. On peut penser que l'album démarre fin 47 quand Antoine est le magister equitum (maître de cavalerie) de Jules César, fonction qu'il exerça en 48 et 47, en alternance avec Lépide (magister equitum 45-44). (En 46, César étant consul, il n'y a ni dictateur ni maître de cavalerie.).
On appelle «maître de cavalerie» le bras droit du dictateur. La dictature est une magistrature spéciale, normalement limitée à six mois. En des circonstances graves, un dictateur va donc remplacer les deux consuls (élus pour un an). En 49 av. n.È., Jules César s'était octroyé la dictature pour un an, puis se l'était faite conférer pour dix ans (47) et à vie enfin (44), rompant avec le principe républicain d'une magistrature temporaire. À sa mort, Marc Antoine promulguera une lex Antonia de dictatura tollenda abrogeant la dictature et l'éliminant des magistratures romaines. Pour cause d'obsolescence, Auguste ne la rétablira pas.
D'abord comme propréteur puis comme maître de cavalerie, Marc Antoine a donc la charge d'administrer l'Italie (la ville de Rome relevant du préteur urbain Lépide) en l'absence du dictateur. Mais comme le confie Mathieu Bréda dans une interview il a réalisé un léger glissement temporel car dans la réalité historique quelques moi avant la temporalité de l'aventure César avait destitué Marc Antoine à cause de son manque de rigueur (ce que lui reproche Enak dans une case de la page 1). Marc Antoine a été remplacé par Curion, qui bien que de grand mérite n'aurait rien évoqué à l'immense majorité des lecteurs d'où le choix de faire "glisser" un peu l'Histoire, afin que Marc Antoine soit présent dans l'album.
Dans sa jeunesse Antoine, cousin de César (sa mère étant une Julia), scandalisa Rome le en affichant une liaison homosexuelle avec son ami Curion [C. Scribonius Curio], chose très mal vue entre citoyens. Réalité ou, de sa part, provocation de dandy ? Homme austère (la formule César «mari de toutes les femmes et femme de tous les maris» est de lui), C. Scribonius Curio (cos. 76), aurait épongé les dettes de Marc Antoine (250 talents) pour qu'il fasse taire la rumeur et s'éloigne de son fils.
Autre exemple de "glissement" historique: si le mercenaire Publius Sittius a réellement existé et a bien pris part à la guerre en Numidie en revanche son invasion de Rusicade est une invention du scénariste. D'autre part si Metellus scipion est un personnage historique qui a pris part à la bataille de Tharpus, après celle-ci il tente de s'enfuir pour l'Espagne mais se fait capturer par des hommes de.... Publius Sitius!
Thapsus marquera la fin de l'affrontement entre Jules César et Pompée puis après la mort de ce dernier avec ses anciens partisans. L'armée du parti conservateur Optimates est conduite par Metellus Scipion et son allié Juba 1er de Numidie. Elle se bat contre les forces de Jules César qui finissent par avoir le dessus. Les pachyderme utilisé à la guerre Juba 1er sont des éléphant de forêt d'Afrique (Loxodonta cyclotis), 3,5 m au garrot, 5 tonnes. Dans cette bataille, la fameuse légion gauloise Alaudae s'est illustrée contre eux, et prit l'éléphant pour emblème sur ses enseignes. Les aspects stratégiques de la bataille sont évoqués, même si les combats eux-mêmes ne sont que brièvement montrés. Le dessinateur semble éviter les grandes scènes de bataille (qui fourmillent de personnages) mais il se montre tout de même capable de composer de belles illustrations guerrières.
Avec cette victoire, César brise les résistances contre son pouvoir en Afrique et s’approche encore plus du pouvoir absolu. Auparavant ont eu leu les combats de Dyrrachium (dans l'actuelle Albanie) le 10 juillet 48 avant Jésus-Christ" A Dyrrachium "les Populares de Jules César sont vaincus mais le 9 aout de la même année, ils sont vainqueurs dans la bataille décisive de Pharsale. Pompée sera assassiné le 16 aout lors de son arrivée en Egypte (ce sont les dates que donnent Carcopino d'autres érudits les décalent de quelques jours mais restent dans les mêmes eaux.
Après avoir donné une précision historique regardons la géographie de "Par delà le Styx". Dans ce nouvel album on voit la demeure d'Alix. On la découvrait dans la première image des "Légions perdues". On constate que la terrasse de la maison d'Alix domine les toits de Rome. Nous savons donc que sa maison sur trouve sur une colline, mais laquelle? On désigne souvent Rome comme la ville aux 7 collines. Il y a le Palatin, le Capitole, l'Aventin, le Caelius, l'Esquilin, le Viminal et le Quirinal. Toutes ces collines se trouvent à l'est du Tibre. Vous pouvez le vérifier dans la carte ci-dessous.

Les "Légions perdues" ne nous donnent pas plus d'information. Il faut parcourir les pages du "Fils de Spartacus" pour continuer l'enquête. Au début de cet album, Maia et Spartaculus se rendent vers la maison d'Alix. Jacques Martin nous apprend alors qu'elle se trouve sur les pentes du Janicule.
Le Janicule est une autre colline. Elle se trouve à l'ouest du Tibre (dans les parages de l'actuel Vatican). Elle domine le quartier du Transtévère, où du reste César possédait une villa où il logea Cléopâtre laquelle, en tant que reine, n’avait pas le droit de franchir l’enceinte républicaine du Pomoerium (le sillon tracé par Romulus).. Cela est surprenant, cette région était encore placée "extra muros" à l'époque de Jules César. Toutefois, en continuant la lecture du Fils de Spartacus, Jacques Martin nous confirme cette localisation atypique. En effet, lorsqu'Alix quitte sa maison pour se rendre vers le forum, au centre de la ville, il doit traverser le Tibre.
En prenant en compte la vue depuis la terrasse, et le fait qu'à la page 13 des Légions perdues, lorsqu'Alix discute avec Agerix, on voit le pont Aemilius en contrebas, la maison d'Alix doit à peu près se trouver dans la zone encadrée en rouge sur la carte dessous :
Si Alix habite bien le Janicule, la vignette d’ouverture des LEGIONS PERDUES prend tout son sens : on y voit à gauche le Palatin avec son temple de Jupiter très bon et très grand, puis au centre du paysage le mont Caelius et, à droite, l’Aventin.

Il existe un troisième album qui nous montre la maison d'Alix, c'est "Roma Roma". On y retrouve une terrasse qui domine la cité, mais rien d'autre. Les alentours de la maison d'Alix se situent sur le flanc d'une colline. C'est indiqué aussi bien par Jacques Martin que par Morales. Ci-dessous l'extérieur de la maison dessiné par Jacques Martin, dans "le Fils de Spartacus".

Et voici la même rue dans Roma Roma. On découvre une contradiction entre les deux albums, car la rue monte de façon continue chez Morales, tandis qu'elle grimpe en escaliers chez Jacques Martin.



On peut penser que la terrasse se trouve du côté de la demeure qui fait face au Tibre, et qui offre une vue spectaculaire sur la ville. Rafael Morales la dessinait sur deux niveaux et Marc Jailloux par cohérence adopte le même choix. Il nous montre ici la maison et sa terrasse vue depuis la petite rue montante..

Dans l'image immédiatement ci-dessus, on découvre les demeures qui sont à côté de la maison d'Alix, sur le Janicule. Cette vue "latérale" provient totalement de l'imagination de Marc Jailloux, et elle est logique si on prend en compte la position des personnages, qui se trouvent sur la partie haute de la terrasse.
Outre sa situation on a quelques difficulté à imaginer la demeure de notre héros. Il semble bien que les images où elle apparait dans les différents albums, dus à plusieurs dessinateurs, permettent que difficilement de se la représenter. Ce qui n'a pas empêché un lecteur d'Alix marseillais, martinophile distingué, Loup 79 (voirhttp://lectraymond.forumactif.com/t369p45-la-demeure-d-alix) d'en proposer une vision très convaincante, mais quid de la terrasse!
Dans un même album on peut trouver des incohérences architecturales


Par exemple ces deux images de la demeure d'Alix dans "Roma roma", dessiné par Morales, ne me paraissent pas complètement raccords.

Mais plus grave à propos de ces images et des terrasses qui apparaissent dans les différents albums, la maison d'alix est représenté la première fois "La légion perdue", il y est à craindre que nous soyons là en présence d'un de ces anachronismes que pourtant Jacques Martin et ses successeurs ont de cesse de traquer. Car les villas pompéiennes types de ce que pourrait être la domus d'un patricien comme Alix ne comportent pas ce genre de terrasses, en revanche elles sont très présentes dans l'architecture italienne et méditerranéenne actuelle.
Certes on retrouve des balcons dans d'autres péplums qu'Alix dans la série SPARTACUS (peut être pas un modèle d'exactitude historique, c'est un euphémisme.) par exemple le balcon de la maison de Batiatus; mais ce n'est pas une villa ordinaire qu'habite ce laniste. C'est un ludus. On peut penser que le propriétaire d'une école de gladiateur devait disposer d'un point d'observation pour surveiller l'entraînement de ses hommes, et éventuellement y inviter de riches organisateurs de combats intéressés de lui en louer quelques uns de ses gladiateurs. Du reste, ce balcon est manifestement inspiré de la loge qui domine l'arène privée (en bois) où Peter Ustinov/Batiatus convie ses invités dans le SPARTACUS de Kubrick. Et puis en peinture Alma-Tadema affectionne particulièrement les terrasses mais d'une part je ne fais guère confiance à ce peintre en matière de vérité historique et d'autre part il ne faut pas confondre Rome et Baïes.
Jacques Martin répugnait à se laisser trop ligoter par des faits historiques trop précis qui auraient bridé sa liberté de scénariste. Sur 34 albums, 4 seulement sont clairement datés par un fait historique connu: il s'agit des albums suivant: « Alix l'intrépide », « Le sphinx d'or », « L'Ibère » et donc ce dernier opus Martin rêvait une sorte de Rome intemporelle sans trop se focaliser sur la chronologie événementielle. Rendons donc hommage a Mathieu Breda qui a su parfaitement enserrer son histoire dans une trame historique aussi serrée.
Mais cette imbrication serrée des péripéties d'un personnage de fiction avec des fait historique, si elle semble se répandre de plus en plus dans la bande dessinée et pas seulement franco-belge et aussi japonaise, je reviendrais sur ce sujet, va à l'encontre de l'un des dogmes de la B.D. classique: le non vieillissement des personnages. Dès l'instant où l'on fait mouvoir le héros dans l'Histoire cela devient impossible de même, comme c'est le cas ici lorsqu'on produit une suite à un album déjà existant, alors le facteur temps ne peut plus être nié.
S'il était possible de garder une éternelle juvénilité à Alix lorsqu'il affrontais le démoniaque et élégant Arbacéres tout aussi imaginaire que lui, la Rome de la fin de la république n'était alors qu'un décor à leur rivalité exacerbée, il en va tout autrement lorsque Alix croise Caton, Marc-Antoine et consort...
Certes il était déjà en relation avec César depuis bien des albums. A propos de ce dernier, j'ai lu quelque part que César est cogonem, autrement dit un surnom, que le divin Jules tiendrait de son arrière grand-père qui aurait tué un éléphant lors d’une des guerres puniques. Caesar serait en fait le mot punique pour désigner l’éléphant. La thèse qui veut qu'il tire son nom d’une naissance par « césarienne » du verbe latin Caedere « couper » est le fait de gens qui n'ont pas peur des anachronismes. A l’époque, beaucoup de femmes mourraient en mettant au monde leur premier enfant et notamment, en -53, Julia, fille de Jules César et épouse du Grand Pompée mais l’idée d’une césarienne à une époque où la chirurgie est balbutiante est in-envisageable. Ce ne fut qu’après sa mort et sa divinisation que « César » devint une sorte de titre qui nous donnera plus tard Kaiser, Tsar ou Chah.
On assiste dans le monde de la bande dessinée à un phénomène relativement nouveau, celui de placer des héros nés du cerveau de leur créateur dans une trame historique; ceci pas seulement pour les séries dites réalistes. Prenons comme exemple celle de Blake et Mortimer. Dans ce dernier cas on voit que le souci du scénariste du dernier album des aventures du duo so british a été de rendre cohérente la chronologies de leurs péripéties. On peut s'amuser à situer chaque histoire des héros inventés par Jacobs sur une échelle temporelle. On part ainsi de 1944 pour arriver à environ 1970 soit une période d'un peu plus de vingt cinq ans. Dans la représentation de nos deux héros on ne constate pas de changements importants dans leur physionomie dans les différents albums. Si l'on ajoute que depuis la disparition de Jacobs les repreneurs de la série situent plus particulièrement les aventures de Blake et Mortimer dans les années 50, on voit qu'au rythme des parutions nos deux compères risque d'avoir des emplois du temps très surchargés. On peut dire la même chose de cet autre duo qu'est Alix et Enak.
Autre exemple d'immersion d'un héros de papier dans l'Histoire, celle de Spirou. On aurait époustouflé Franquin, si on lui avait dit que son groom aurait à voir avec l'invasion de la Pologne par les nazis ou annoncé qu'il rencontrerait Jean Paul Sartre et Simone de Beauvoir à la terrasse des Deux magots.
On assiste bien à un changement de paradigme dans la bande dessinée dont le dernier album d'Alix est un exemple.
crayonné de Christophe Simon pour la conjuration de Baal
Un érudit en martinologie, Jacky-Charles auquel je n'arrive pas à la cheville en matière de saga alixienne a établi une chronologie des aventure du jeune gaulois qui vaut son pesant de savoir. Je vous la livre dans son jus, je n'ai fait qu'y ajouter "Par-delà le styx" ainsi que les date d'apparition des aventure, d'abord dans le journal Tintin puis en album. J'ai fait suivre cette date par le noms des auteurs en commençant par le ou les scénaristes (le je dans cette chronologie est celui de Jacky-Charles et non le mien :
1°) PERIODE « POMPEIENNE »
Repère historique : Pompée est au pouvoir, soit jusqu'au passage du Rubicon par César, en janvier -49.
Alix l'intrépide 1948-1949 Jacques Martin : entre la bataille de Carrhes ( 28 mai -53 ) et l'été -52. ( 15 )
Le sphinx d'or 1949-1950 Jacques Martin : commence avec la chute d'Alésia ( 27 septembre -52 ), l'histoire se poursuivant en Égypte dans les semaines ou les mois qui suivent, peut-être jusqu'en -51. ( 6 )
L'île maudite 1951-1952 Jacques Martin : suite du « Sphinx d'or » en -51, d'après les personnages d'Enak et d'Arbacès ; mais, page 4, Alix parle de l'offense faite à Rome et à César, donc celui-ci gouverne ; qu'aurait-il eu à faire avec Carthage en tant que proconsul de Gaule ? Nous sommes donc soit dès -49, soit après la fin de la guerre contre les pompéiens en Afrique du nord ( juillet -46 ), c'est à dire au second semestre de -46 ou bien en -45. On reparlera de Lydas dans « Le spectre de Carthage ». Je privilégie pour cette fois le romanesque sur l'exactitude historique. ( 12 )
La tiare d'Oribal 1955-1956 Jacques Martin : pas de repère historique apparent, mais Arbacès revient dans « La chute d'Icare » et Oribal meurt dans « La tour de Babel ». ( 12 )
La griffe noire 1957-1959 Jacques Martin : pas de repère historique apparent, mais on reparle de Rafa dans « Le spectre de Carthage », et Galva et Horatius reparaissent dès l'album suivant, Servio revient dans « Roma, Roma... ». ( 12 )
Les légions perdues 1962-1963 Jacques Martin : Pompée est présent, César est en Gaule, Galva et Horatius reviennent. ( 3 )
Le dernier spartiate 1966-1967 Jacques Martin : pas de repère historique apparent, mais Héraklion doit entrer en scène puisqu'on le retrouve dans des épisodes suivants, Galva et Horatius sont présents. ( 3 )
Le tombeau étrusque 1967-1968 Jacques Martin : pourrait également faire partie de la période suivante, la guerre civile n'ayant vraiment eu lieu qu'entre janvier et mars -49, mais il semble plutôt s'agir ici d'escarmouches entre partisans, qui peuvent donc avoir eu lieu avant janvier -49, seule période à retenir en raison de la présence de Brutus qui reparaîtra dans « Le spectre de Carthage ». ( 1 )
Le prince du Nil 1973 Jacques Martin : Enak retrouve son nom de Menkharâ et son titre de prince qui sera réutilisé dès « L'enfant grec », en contradiction avec l'indication qui laisse supposer que César est au pouvoir, donc en -49 ou après. ( 6 )
Le fils de Spartacus 1974 Jacques Martin : il est plusieurs fois question de Pompée au pouvoir, César est en Gaule, Héraklion et Galva sont présents, Fulgor arrive. ( 2 )
Le spectre de Carthage Jacques Martin 1976 : pas de repère historique apparent, mais Rafa et Lydas sont cités, Brutus revient et meurt, Corus Maler arrive et réapparaîtra dans « Roma,Roma... » ( 3 )
L'enfant grec 1979 Jacques Martin : Pompée apparaît page 9, Enak fait état de son titre de prince d'Egypte. ( 2 )
Vercingétorix 1985 Jacques Martin : Pompée apparaît page 4, César est en Gaule. ( 4 )
Les barbares 1998 Jacques Martin / Rafael Moralès, Marc Henniquiau : Pompée est cité par César page 9 ; mais César est « consul » ( page 10 ), alors qu'il ne retrouvera cette fonction qu'en -47 ! ( 12 )
La chute d'Icare 2001 Jacques Martin / Rafael Moralès, Marc Henniquiau : Pompée est cité par Numa page 27. Arbacès, Archéloa et Quintus Arenus reviennent, Julia arrive. ( 3 )
Roma, Roma... 2005 Jacques Martin / Rafael Moralès, Marc Henniquiau : César est en Gaule ( page 12 ), et Pompée apparaît page 16 ( « suite » du « Tombeau étrusque » avec les mêmes personnages : Octave, Lidia, Héraklion, les Molochistes, plus Julia, Quintus Arenus, Servio, Fulgor, Corus Maler ). ( 1 )
C'était à Khorsabad 2006 Jacques Martin,François Maingoval / Cédric Hervan Christophe Simon : César « doit terminer sa campagne en Gaule » ( page 48 ), Arbacès réapparaît. Nous sommes sans doute en -50. ( 12 )
La cité engloutie 2009 Patrick Weber, Jacques Martin / Ferry : se déroule en Armorique pendant la campagne de Gaule, Labienus est encore adjoint de César. Nous sommes également en -50. ( 6 )
Britannia 2014 : Mathieu Breda / Marc Jailloux paraît se situer en -54 au moment de la seconde expédition de César en Bretagne dont elle emprunte le déroulement, mais certains détails dont les noms des personnages montrent que cette expédition est une fiction qui se situe dans la continuité des aventures, toujours à la date de -50. ( 3 )
Le dieu sauvage 1969 Jacques Martin : pas de repère historique apparent. Héraklion est présent, Adréa meurt, Horatius
est encore vivant. On apprend que le voyage en Cyrénaïque se situe juste avant « La conjuration de Baal » ( 1° trimestre -49 ), donc à la fin de -50. ( 6 )
N'oublions pas les romans :
Le sortilège de Khorsabad : Pompée et Arbacès sont présents ( et toujours complices ). ( 6 )
La conjuration de Baal 2011 Michel Lafon / Christophe Simon: se situe au 1° trimestre -49, entre le passage du Rubicon par César ( 12 janvier -49 ) et le départ de Pompée pour la Grèce, au moment où Alix revient de Cyrénaïque ( 2 ).
La denière conquête Géraldine Ranouil / Marc Jailloux, Corinne Billon 2013 : commence au moment où César passe le Rubicon, l'action de cet album recouvre donc complètement celle du précédent, tout en durant nettement plus longtemps ( 24 ).
L'île maudite 1951-1952 Jacques Martin : devrait se situer historiquement à partir de -49 ou de -46, César étant au pouvoir.
Le prince du Nil 1973 Jacques Martin : Djefer dit à Alix, page 16, « César projette d'envahir l'Égypte après son retour de Gaule. » Nous serions donc entre mars -49 et septembre -48, arrivée de César à Alexandrie.
Ô Alexandrie 1996 Jacques Martin / Jacques Martin, Rafael Moralès, Marc Henniquiau : César est « consul » ( page 48 ), mais n'est pas encore arrivé en Égypte, donc même période que ci-dessus. En -48, il est nommé en fait dictateur pour un an et ne redeviendra consul qu'en -47. ( 6 )
Le fleuve de Jade 2003 Jacques Martin / Rafael Moralès Marc Henniquiau : idem ci-dessus, nous sommes toujours entre mars -49 et septembre -48. ( 12 )
Le démon du Pharos 2008 Patrick Weber, Jacques Martin / Christophe Simon : idem. ( 3
L'empereur de Chine 1982 Jacques Martin : selon Mardokios ( page 9 ) César est consul, donc en -47. ( 48 )
Par-delà le Styx 2015 Mathieu Breda / Marc Jailloux : On peut penser que l'album démarre fin 47 quand Antoine est le magister equitum de Jules César; fonction qu'il exerça en 48 et 47. Il se termine quelques jours après la bataille de Thapsus qui se déroula le 6 avril 46 av. J.C
L'ombre de Sarapis 2012 François Corteggiani / Marco Venanzi, Mathieu Barthélemi, Véronique Robin : page 47, Cléopâtre dit à Alix qu'elle se rendra à Rome pour le prochain triomphe de César, celui-ci ( en fait, il y en eut 4 ) ayant eu lieu en août/septembre -46, après son retour d'Afrique du nord le 28 juillet -46, nous sommes en juin/juillet -46. ( 2 )
Le testament de César 2010 Marco Venanzi : se situe au moment du départ de César pour l'Espagne et le début de la guerre contre les pompéiens racontée dans « L'Ibère », soit à la fin de l'année -46. ( 1 )
L'Ibère, 2007 François Maingoval, Patrick Weber, Jacques Martin / Christophe Simon : une des rares histoires datées, de -46/-45 ( guerre contre les pompéiens en Espagne, bataille de Munda le 17 mars -45 ). ( 6 )
Les proies du volcan 1977 Jacques Martin : en -45, César veut reprendre la guerre contre les Parthes pour venger la défaite de Carrhes, et envoie Alix et Enak en mission en Inde. Nous sommes en -45/-44. ( 24 )
-oOo-
3°) PERIODE « OCTAVIENNE »
Après l'assassinat de César en mars -44, Octave cherche à prendre le pouvoir. Le nom donné à cette période ne veut pas dire qu'Octave est présent dans ces histoires, au contraire. Elles n'entrent pas historiquement dans une des deux périodes précédentes et peuvent donc se situer après, ce que j'ai imaginé pour respecter un peu le temps qui passe !
Iorix le grand 1971-1972 Jacques Martin : pas de repère historique apparent. ( 12 )
La tour de Babel 1981 Jacques Martin: pas de repère historique apparent. Oribal meurt, Adroclès apparaît et reviendra dans « Le cheval de Troie ». ( 3 )
Le zane noir (roman) : se situe pendant une année olympique, en -52, -48 ou -44 ( mais au moins 4 ans avant « Le cheval de Troie », cf. ce commentaire ). ( 2 )
Le cheval de Troie Jacques Martin 1988 : se déroule au cours d'une année olympique, après les Jeux, aux mois de Juillet et Août, donc, par rapport aux aventures d'Alix, soit en -52 ( impossible, on sait qu'il était en Gaule et en Égypte ), ou plutôt en -48 ( année très chargée : lutte contre Pompée et ses partisans, débarquement à Alexandrie ), ou encore en -44 ( année de la mort de César : Alix aurait-il été disponible ? ). Héraklion et Adroclès sont présents, Horatius meurt. ( 6 )
L'hydre bleue (roman) : cette aimable fantaisie est indatable. ( 1 )
-oOo-
4°) PERIODE « AUGUSTEENNE »
Avec l'arrivée de la série dérivée « Alix Sénator », nous entrons de plein pied dans cette période en franchissant d'un coup au moins 32 ans ! Octave est devenu Auguste et donne une seconde fois son nom à cette période.
Alix Senator 2012 Valérie Mangin / Thierry Démarez : 1) Les aigles de sang : cette histoire est datée de -12. ( 2 )
Alix Senator 2013 Valérie Mangin / Thierry Démarez : 2) Le dernier pharaon : suite du précédent. ( 2 )
Alix Senator 2014 Valérie Mangin / Thierry Démarez : 3) La conjuration des rapaces : suite des précédents ( 1 )
Plus que dans beaucoup d'autres aventures du jeune gaulois, le scénariste a fait la part belle à la psychologie et aux doutes qui assaillent le héros, comme le montre la planche ci-dessus. En effet si Alix n'avait pas découvert la citadelle qui était l'ultime refuge des spartiates désireux de secouer le joug des romains sur la Grèce, Héraklion ne serait pas le dernier des spartiates (voir l'album éponyme sans lequel, je le répète, "Par-delà le Styx est incompréhensible.). On comprend ainsi en quelque sorte la quête d'Alix pour qu'Héraklion retrouve sont équilibre, c'est une manière de réparer le tort qu'il a causé à son jeune protégé...
Le dessin de Marc Marc Jailloux n'est pas sans quelques défauts, en particulier en ce qui concerne l'anatomie de ses personnages. Il est tout de même très convenable et se rapproche de la qualité de celui des meilleurs albums de Jacques Martin. Il bénéficie d'une belle et délicate mise en couleurs de Robin Le Gall. Il faut apprécier à sa juste valeur de documentation la ressemblance des personnages historiques dessinés par Jailloux avec qui, les statues de leur buste pour Caton, qui, leur profil frappé sur des pièces pour Juba 1er. En revanche je n'ai pas "reconnu" César. Je sais bien que l'on a quasiment pas de portrait du vivant du divin Jules mais César étant devenu un personnage récurrent de la série, il serait bon que sa représentation soit uniformisée d'album en album comme l'est celle d'Alix ou d'Enak.
De grands progrés ont été réalisés par le dessinateur depuis son premier Alix sur la représentation du décor antique. Regardez attentivement les cases ci-dessous qui mettent en valeur les ex-voto du temple d’Asclépios. Tout est reproduit d’après des vestiges archéologiques.
Marc Jailloux travaille sur du papier de format 35X67, il encre à la plume et à l’encre de Chine dans la plus pure tradition. Son implication dans la conception scénaristique est manifeste d’une étroite collaboration avec Mathieu Bréda. Le tout se fait sous la supervision de la fondation Martin qui lui fourni d’ailleurs ce fameux papier. Observez ci-dessous l’art subtil de la citation : un petit cheval de Troie proche de la main d’Enak figure à la devanture du sculpteur.
La fidélité avec le dessin du père d'Alix frôle parfois le pastiche, comme dans cette case représentant un banquet qui ouvre l'album, ou dans les deux séquences oniriques, typiquement martiniennes. Ces dernières sont particulièrement réussies. Dans la seconde Héraklios avertit Alix que Xiphos s'apprête à frapper Astyanax, Marc Jailloux met en parallèle sur deux cases successives l'irruption du songe et le réveil d'Alix. Il est frappant de constater qu'alors, le visage qui fait écho à celui du spectre d'Héraklios est celui du jeune Mapta qui ne tardera pas à mourir, comme s'il fallait qu'une victime innocente soit sacrifiée pour qu'Héraklios guérisse...
Nota
On peut écouter en cliquant sur la ligne ci-dessous une très intéressante interview de Jacques Martin
http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5134465
William Blake Richmond (1842-1921) the Bowlers, 1870
Georges Ferney
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Le meilleur de la vie de Pierre Gascar
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Les livres vous arrivent souvent de façons étranges et inopinés. J’ai appris l’existence du roman « Le meilleur de la vie », écrit par Pierre Gascar, par la lecture que m’a faite un ami, d’une liste de romans ayant trait à l’enfance; liste établie par une docte universitaire qui en outre faisait un résumé alléchant du roman de Gascar. Las des tristes nouveautés pourtant toujours estampillées comme chef d’oeuvre, sinon du siècle du moins de la décennie, je me suis donc procuré cet ouvrage paru en 1964.
Après son attentive lecture, je recommanderais ce livre seulement aux vieux bonzes comme moi, qui ont déjà un pied dans la tombe et qui ne le regrette pas. A ceux qui ont la nostalgie perverse du moment lointain, lorsqu’ils étaient encore tout minot, où, à l’école, le maitre annonçait la redoutable épreuve de la dictée; car « Le meilleur de la vie » de Pierre Gascar m’a apparu être qu’une longue dictée de 250 pages décrivant à hauteur d’enfant un village durant les quatre saisons de l’année. Néanmoins je ne me souviens pas du nom de Gascar en tant qu’auteur de ces réguliers pensums qui assombrissaient mes quiètes journées prés du radiateur. Le maitre pourtant n’oubliait jamais de signaler le nom de leur auteur. L’énoncé de ce nom, seul mot qu’épelait l’instituteur, était le sésame de notre délivrance. Je me rappelle ainsi les noms d’Henri Bosco, de Tristan Derème ou de Paul Carême mais pour ce dernier c’était peut être pour les récitations? Vous voyez que je vous parle d’un temps que les moins de soixante dix ans ne peuvent connaitre, tout ce folklore dictées, récitations, leçons de vocabulaire, a été balayé par mai 68 puis définitivement lessivé par le wokisme des tricoteuses.
La première particularité qui s’impose au lecteur de ce roman se rapporte à son écriture, d’autant que l’inaction décrite n’est pas palpitante et ne le distraira pas du plaisant agencement des mots. En effet tout est écrit à la première personne du pluriel. Comme il est difficile d’imaginer ici que nous ayons à faire à un pluriel de majesté (quoique), nous admettrons que le narrateur parle au nom d’un groupe. Nous pourrions parler d’un héros collectif, terme approprié pour un écrivain qu’après la lecture de son livre, je découvris qu’il fut un temps compagnon de route du Parti communiste. On décèle assez vite que ce groupe est composé d’enfants même si on en a la confirmation écrite que seulement à la page 75. On comprend également rapidement que la troupe n’est composé que de garçons. Ce que l’on déduit de la description méticuleuse de la fabrication d’un lance-pierres, puis de son utilisation dans des tentatives, la plupart du temps infructueuses, pour tuer un oiseau ou celles, plus efficaces, de faire tomber un fruit de son arbre grâce à la pierre propulsée par cet engin. Des garçons donc, car On voit mal une fillette utiliser cet instrument. Combien de jeunes garçons recouvre ce nous? 0n ne le saura pas. Pas plus que nous apprendrons leur âge ou leur nom…
Faisons une incise au sujet de ce lance-pierre. Si en lisant les pages consacrées à cette arme nous avons en tête les années de leur écriture, soit les années 60, on ne peut que penser à deux littérateurs se vouant alors à la description de l’objet: Pons et Robbe-Grillet. Mais contrairement à eux, Gascar n’est pas dans le descriptif « objectal », pour lui l’objet n’est pas « donné », il a une histoire et un devenir et cette mise en perspective de l’ustensile lui fait acquérir une poésie.
Dès les premières pages consacrées à la description d’une tour nous savons que le roman est situé dans un village et plus précisément dans un village d’ Aquitaine. Cette tour ayant été édifiée par les anglais lorsqu’ils étaient maitre de la région, semble la seule particularité de la bourgade, qui restera, comme les garçons, anonyme. A la description du contenu de l’unique magasin du bourg dans lequel s’entassent entre jambons et pièces de tissu des sulfateuses, on subodore donc que nous sommes dans un pays de vignes; cependant une forêt ne doit pas être très loin; mais dans laquelle les garçons ne s’aventureront jamais, puisque un de leurs lieux de prédilection est une scierie.
Que contient « Le meilleur de la vie » pour nous renseigner sur l’âge des garçons dissimulés sous le « nous »? Une seule scène peut nous en informer. Les garçon sont en catimini chez un camarade. Les parents de ce dernier sont à l’étage. Soudain ils entendent un cri qu’ils ne savent pas identifier sinon qu’il n’a pu être émis que par la mère de leur camarade. Ils sont interloqué ne sachant pas comment expliqué un tel cri, dont ils n’avaient jamais entendu un de la sorte. Le lecteur sait lui qu’il s’agit du cri d’extase de la femme pendant l’amour. Le fait que les enfants ne conçoivent pas la nature du cri, indique qu’ils ne devraient pas avoir plus de dix ans.
Si le livre n’est qu’approximativement situé dans l’espace, il l’est encore plus vaguement dans le temps. Si l’on tient à faire du roman de Gascar une oeuvre naturaliste, ce qu’elle n’est pas vraiment, même si d’emblée elle s’en pare des apparences, nous reviendrons sur le sujet, il parait indispensable d’envisager dans quelle période de l’Histoire se meuvent les protagonistes de ce récit champêtre. Pour cela, il faut repérer dans le corps du texte quelques indices qui peuvent nous aider à évaluer la période durant laquelle ces enfants villageois vivent. Dans les premières pages on nous présente des sulfateuses. Le sulfatage est un remède contre le Phylloxéra, maladie mortelle de la vigne qui a sévi en France à partir de 1870. Nous sommes donc après cette date. Sur la tour, la particularité du village, qui serait un peu le lieu de ralliement des enfants, est apposée une réclame sous la forme d’une plaque métallique émaillée sur laquelle un dessin vente les vertus d’une machine à coudre « S ». Les lecteurs qui ont eu une mère s’adonnant aux travaux de couture auront identifié sans peine ce S comme la première lettre de la fameuse firme de machine à coudre Singer qui depuis la fin du XIX ème siècle vendait ses engins à pédale jusque dans les campagnes françaises. Nous pourrions être ainsi dans les toutes premières années du XX ème siècle, mais dans une contrée pas encore effleurée par les ailes du progrès. Si un tortillard, à vapeur, bien sûr, passe deux fois par jour à proximité du village, c’est la seule trace de modernité que l’on puisse découvrir dans tout le récit. Dans ce village, l’électricité est y encore inconnue; on y utilise que des lampes-tempêtes et l’automobile n’a pas encore fait sa pétaradante intrusion. Même le vélocipède n’y est pas parvenu. Cet archaïsme explique que les deux seuls adultes mis en avant soient un charron et un bourrelier, personnes exerçant chacune une activité liée à la locomotion équestre. Un autre marqueur de la période de ce qui pourrait être l’aube du XXème siècle est non une présence mais une absence; celle de toutes allusions à la Grande Guerre, évènement qui a profondément bouleversé la société française particulièrement dans les campagnes et qui ne pourrait être occulté si nous étions après cette grande boucherie. Nous en concluons définitivement que « Le meilleur de la vie » se situe temporellement au tout début du XX ème siècle. Du moins comme nous le verrons un début du XX ème siècle plus rêvé que réel, période à laquelle Gascar situe son mythique « Age d’or » de la société française.
Revenons au style de ce livre. Si le fond, cette idéalisation d’un village français avant la souillure du modernisme, au conservatisme exacerbé n’aurait pas déplu au Maréchal et dans un autre temps aurait certainement valu la Francisque à son auteur, sa forme est paradoxalement à l’unisson des théories romanesques contemporaines à sa parution, soit 1964. « Le meilleur de la vie » c’est le nouveau roman à l’eau de Vichy où pour revenir à la littérature, Henry Bordeaux corrigé par Robbe-Grillet. Le livre de Gascar n’illustre-t-il pas la lapidaire définition que proposait Roland Barthes pour cette pseudo école littéraire: << Une « littérature littérale » qui donne enfin aux objets un privilège narratif accordé jusqu'ici aux seules rapports humains.>>. Si l’on ajoute les animaux (les enfants innomés nous apparaissent guère différents de ces derniers…) aux objets c’est exactement ce programme que parait s’être fixé Gascar pour écrire son roman. Dans lequel le personnage et l’action disparaissent au profit de la description des choses et des lieux. Le véritable héros du livre c’est le décor. Un décor que les protagoniste ne peuvent fuir. Leur territoire n’excède pas ce qu’ils aperçoivent lorsqu’ils sont juchés sur un tas de bois de la scierie qui est un de leur repaire. Il vivent le village comme une ile entouré d’une mer hostile dont on ne saurait sortir.
Au début de ma recension j’évoquais des souvenirs scolaires anciens ceux de la dictée, le livre m’évoque une autre séquence de ma très ancienne scolarité, celle des leçons de vocabulaire. L’institutrice, je ne sais pourquoi c’est l’image d’une femme que cette fois ma mémoire convoque, accrochait au tableau une grande feuille cartonnée d’environ 1,50 sur 1 mètre sur laquelle figurait une scène de la vie censée être quotidienne, le plus souvent très décalée de ce que nous vivions journellement. Je me souvient spécialement d’une de ces grandes images qui illustrait la chasse. La maitresse avec sa baguette désignait un élément de la scène en l’occurence le fusil, le chien de chasse, la perdrix, le lièvre, le chasseur, la cartouchière, la gibecière… Elle notait au fur et à mesure ces mot sur le tableau qu’à notre tour nous devions recopier sur notre cahier de vocabulaire pour les apprendre. A ce propos presque soixante dix ans plus tard je n’ai toujours pas vu « en vrai » par exemple une gibecière. Si j’évoque cette pratique de jadis c’est que j’ai eu un peu le sentiment en lisant « Le meilleur de la vie » d’assister à nouveau à un cours de vocabulaire. Ce qui est assez plaisant tant on ressent le plaisir qu’a eu l’auteur à nommer exactement les choses. Gascar n’a pas chercher à faire de l’esbroufe pour épater son lecteur avec des mots rares et savants, non, il emploie seulement les mots justes, mais ces termes, s’ils étaient communs pour le fils d’un paysan en 1900, paraitront, même pour un jeune campagnard d’aujourd’hui, tout à fait exotiques. Mes cours de vocabulaire de jadis ont du être efficace, car lors de la lecture de ce roman, je n’ai utilisé qu’une seule fois le dictionnaire pour connaitre le sens d’un mot. Ce mot est foirail qui désigne le champ de foire. Il revient plusieurs fois dans la narration; ce foirail étant présenté comme le centre du village. A noter que le centre de cette communauté n’est ni la mairie, jamais citée ni l’église dont la fréquentation semble relever plus des us et coutumes que de la foi.
Le nom de Gascar ne m’évoquant pas grand chose et comme je suis un lecteur sérieux, j’ai fait à son sujet quelques recherches. J’ai ainsi appris qu’il était né en 1916. Cette date confirme ma sensation que ce qu’il décrit ne relève pas d’une quelconque remémoration de son enfance mais du fantasme. Le fantasme, encore très partagé aujourd’hui par nombre de français, celui d’une société agreste idéale. Une sorte de paradis quiet et clos imperméable à l’Histoire. Si en outre on le peuple de garçons nubiles préoccupés que d’observer le cycle des saisons on obtient pour certains ce qui leur conviendrait en tant que paradis. En anti-moderne absolu, même s’il n’a pas l’honneur d’être cité chez Antoine Compagnon, Gascar au milieu des « trente glorieuses » a écrit à bas bruit sa « France contre les robots » mais sans les vitupérations de Bernanos.
Mais je crois qu’aujourd’hui le pan anti-moderne d’un tel livre est moins perçu et même occulté par une lecture « écologique ». Car si j’ai évoqué préalablement des souvenirs scolaires liés à la découverte de la langue et de ses richesses, on se rappelle aussi, à la lecture de Gascar, les lointaines leçons d’histoire naturelle que l’on appelait alors de l’indéfini terme de « Leçon de choses ». Ce qui caractérise les descriptions des plantes et des bêtes de Gascar s’est sa volonté d’être le plus concret possible et pourtant dans ce prosaïsme perce souvent la poésie.
La thèse de Gascar est toute contenue dans son titre: Le meilleur de la vie. Pour l’écrivain ce meilleur de la vie serait cette période comprise entre huit et dix ans pendant laquelle le jeune mâle serait indifférent au sexe. Il ne serait pas alors encore titiller par les mystères et les envies qui s’y rattachent. Pour l’auteur ce n’est néanmoins pas le temps de l’innocence qui serait l’ignorance du bien et du mal (le péché originel est passé pas là), car on voit que les enfants du livre ont bien un vague remord d’avoir tué gratuitement une grenouille et les jours suivant la vision de la dépouille du petit animal les met mal à l’aise. Ce qu’illustre Gascar avec « Le meilleur de la vie » est que Le garçon déchoit lorsqu’il devient pubère comme le pays a déchu avec l’intrusion de la machine.
commentaire lors de la première édition du billet:
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Pour se souvenir d' Othello de Shakespeare mis en scène par Jean-François Sivadier à l’Odéon
Stephen Butel, Nicolas Bouchaud, Jisca Kalvanda, Cyril Bothorel Adama Diop, Emilie Lehuraux, Gulliver Hecq
Adama Diop
Encore une fois les acteurs et le texte doivent lutter contre une mise en scène qui se veut intelligente et qui n’est qu’indigente avec en sus un parti-pris de laideur; pas de décor ou presque, sinon de grands cadres métalliques qui de temps en temps bougent et s’illuminent sans raisons apparentes (du moins pour moi) et en fond de scène de grandes pendouilleries de plastique transparent; cette quasi absence de décor gomme le changement de lieux entre Venise et Chypre, ce qui fait passer à la trappe tout l’aspect historique de la pièce; pas de costumes sinon, sauf quelques exceptions, les hardes que les acteurs doivent mettre lors des répétitions. La scénographie est brouillonne et peine à occuper la vaste scène du théâtre, décidément bien difficile à « meubler » et ce n’est pas en faisant courir les comédiens tout autour que l’on occupe d’une façon signifiante le plateau. L’éclairage est à l’avenant parfois les acteurs sont éblouis par un puissant projecteur, ce qui doit signifier sans doute quelque chose pour Jean-François Sivadier, mais il doit être le seul. Quant au son, on a droit sporadiquement à quelques chansonnettes par exemple « Déshabillez moi » intrusion dont je ne perçois pas la pertinence. Comme cela semble maintenant obligatoire pour toutes pièces du répertoire, il y a un ajout féministe particulièrement lourdingue au texte de Shakespeare, comme si cela ne suffisait pas de faire jouer le petit rôle du doge de Venise par une actrice noire. Le seul intérêt de la chose c’est que cela économise un comédien…
Heureusement il y a Shakespeare, le plus grand dramaturge de tout les temps dont les pièces sont insubmersibles et peuvent resister à toutes les petites tempêtes fomentée régulièrement par les égos surdimensionnés des metteurs en scène, souvent des acteurs frustrés, tant pis pour les vaches sacrées, mais les cacochymes dans mon genre se souviendront que Patrice Chéreau et Jean Vilar étaient de bien mauvais comédiens. Les comédiens justement, dans cet Othello, sont tous excellents avec une prime d’excellence supplémentaire pour Nicolas Bouchaud en Iago, campant un manipulateur bipolaire, un salaud intégral d’exception, machiavélique, cauteleux et enjôleur à la fois, un méprisant méprisable d’anthologie. Adama Diop en Othello compose un Othello complexe dans lequel force et faiblesse se combattent. Diop ajoute à son personnage une pointe d’humour qui humanise Othello. Stephen Butel fait preuve de beaucoup d’autorité dans son rôle de Cassio et Cyril Bothorel fait preuve d'une grande présence dans ses emplois puisqu'il est tour à tour Brabantio, Montano et Lodovico. Emilie Lehuraux dans son double rôle de Desdémone passe avec aisance de l’amoureuse à la putain, Gulliver Hecq campe un niais, que l’on parvient à plaindre en dépit de sa bêtise, quant à Jisca Kalvanda, si l’on oublie sa ridicule prestation dans sa petite apparition en doge, elle vitupère avec force et conviction lorsqu’elle est Bianca. Le seul point positif que je retiendrais de la mise en scène de Sivadier est d’avoir démontré qu’il n’est pas utile d’avoir forcément une distribution pléthorique pour monter un drame shakespearien, car dans cet Othello ces sept remarquables acteurs font très bien l’affaire.
Adama Diop et Emilie Lehuraux
Emilie Lehuraux, Nicolas Bouchaud, Cyril Bothorel
Nicolas Bouchaud
Emilie Lehuraux, Jisca Kalvanda, Nicolas Bouchaud
Pedro Weingärtner (1853 -1929)
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Les "E" d'Egermeier de la collection Y. B.
Je remercie chaleureusement Y.B d'avoir bien voulu scaner les tirages estampillés E de sa collection et de me les avoir envoyés.
Je réitère mon appel. Si vous avez des informations sur Karel Egermeier soyez assez aimable pour me les communiquer. Si vous vous reconnaissez ou si vous reconnaissez une personne de votre connaissance sur ces images, si vous avez une idée sur les lieux et la datation éventuelle des photos ci-dessus n'hésitez pas à m'en faire part. Si sur d''anciens journaux scout vous trouvez des photos signées Aiglon ou Egermeier pourriez vous les scaner et me les envoyer avec la date de parution de la revue. Merci d'avance
Lilies, un film de John Greyson

Fiche technique :
Avec : Ian D Clark, Marcel Sabourin, Aubert Pallascio, Jason Cadieux, Danny Gilmore, Matthew Ferguson, Brent Carver, Rémy Girard, Robert Lalonde, Gary Farmer, Alexander Chapman, John Dunn-hill, Paul-patrice Charbonneau, Michel Marc Bouchard, Khanh Hua, Benoît Lagrandeur, Pierre Leblanc, Jean Lévesque, Antoine Jobin, Alain Gendreau, Simon Simpson, Eddy Rios, Martin Stone.
Réalisateur : John Greyson. Scénario : Michel-Marc Bouchard, d'après sa propre pièce. Montage : André Corriveau. Photo : Daniel John. Musique : Mychael Danna. Directeur artistique : Marie-Carole de Beaumont.
Canada, 1996, Durée : 95 mn. Disponible en V0 et VOST.
Elle lui raconte l'éveil et les premières expériences homosexuelles de trois adolescents en 1912. Dès qu'il entend les noms des trois garçons: Vallier de Tilly (Danny Gilmore), Jean Bilodeau et Simon Doucet (Jason Cadieux), l'évêque reconnaît sa propre histoire et comprend que sa vie est en danger. À cette époque, au collège catholique de Roberval, Simon jouait une pièce évoquant le martyre de Saint-Sébastien dans une représentation scolaire avec son ami Vallier, dont il était éperdument amoureux. Vallier est le fils d'une excentrique comtesse française (Brent Carver) exilée dans ces lointaines contrées dans l’attente d’une hypothétique restauration de la monarchie dans son pays, seule condition pour qu’ elle puisse daigner y revenir... Bilodeau, qui essayait vainement de convaincre Simon d'aller au séminaire, était le spectateur jaloux des deux acteurs amoureux. Bilodeau, lui-même amoureux de Simon, brise leur union en provoquant un incendie qui cause la mort de Vallier. Même s'il se dit innocent, c'est Simon que la justice condamne...
Lilies noue un inextricable réseau d'intrigues, d'alliances, de trahisons et de jalousies, qui mettront à jour un secret vieux de 40 ans.

Baroque et bouleversant, romantique et rigoureux, Lilies joue sur plusieurs registres, et gagne en chacun d'eux. On y trouvera aussi bien une brûlante histoire d'amour qu’une remarquable métaphore sur la création. Ce qui aurait pu n'être qu'un Roméo et Juliette gay, devient, grâce à l'intelligence du scénario de Bouchard et à la mise en scène inspirée de John Greyson une histoire, universelle et intemporelle, sur l'amour fou, le prix du secret et l'art de la dissimulation.

Le film évoque une situation historique peu perceptible pour un non québécois : la continuité entre le Québec du début du XXe siècle et celui des années 50, toujours étouffé par l’obscurantisme catholique, alors que le règne de Maurice Duplessis ne soulevait pas encore suffisamment de contestation pour être renversé.
Si l’on veut trouver une filiation cinématographique à Lilies, c’est dans les œuvres les plus baroques de Fellini comme E la nave va, Amarcord ou Casanova qu’on la trouvera.
La réalisation très soignée a visiblement bénéficié de gros moyens. Daniel John, chef opérateur d’un autre très beau film gay, Handing garden, virtuose du clair-obscur, a du regarder longuement les œuvres du Caravage avant d’empoigner sa caméra. Il a bien fait,il en reste quelque chose dans ses magnifiques images où néanmoins parfois, il lui arrive de perdre le point ! D’autres séquences comme celle de la mort de la mère en forêt ou encore celle de la torride scène d’amour entre les deux garçons dans la baignoire sont directement inspirées de la peinture pré-raphaélite. La photographie possède une beauté visuelle qui donne une profondeur au sentiment de perte, d'espoir et de colère qui anime toute l'œuvre de Greyson.

Greyson convoque également la littérature. On peut voir dans le film une réminiscence de Genet dans son homo-érotisme élégiaque de la prison. Film culte dans les pays anglo-saxons Lilies n’a bizarrement jamais été distribué en France. Il a été récompensé par le prix "Génie du meilleur film", "Meilleur film 1997" au Festival du film international gay et lesbien de San Francisco, et le prix du "meilleur film canadien" au Festival des Films du Monde de Montréal.
Les éditions Home screen ont édité un dvd en Belgique avec des sous-titres français mais sans le moindre supplément.






Une visite au Musée d'Agde
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photo Ismau, septembre 2025
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