Vu de la hune
un regard sur les arts et les lettres
une fresque de Jean Cocteau à Londres
L'histoire de Notre Dame de France à Londres, proche de Soho n'est pas banale pas plus que le bâtiment puisque l'interieur est circulaire.
1861. Le Cardinal Wiseman, Archevêque de Westminster, choisit les Maristes pour fonder un centre religieux pour les Français de Londres. Le père Charles Faure se charge du projet.
25 mars 1865. Le père Charles Faure achète un bâtiment circulaire sur Leicester Square, le “Panorama” de Burford, ancêtre du cinéma, attraction touristique depuis la fin du XVIIIème siècle.
1865. L’architecte français, Louis Auguste Boileau, pionnier des constructions en fer, transforme la rotonde en église toute en fer- d’où la forme circulaire de l’église actuelle.
11 juin 1868. Inauguration de la nouvelle église, première à être construite en fer à Londres. Les dépendances de l’église servent à un hôpital, un orphelinat, et à deux écoles tenus par les Soeurs de Saint Vincent de Paul. Succès et essor immédiat.
2ème période: bombardement et reconstruction (1940-1955)
6 novembre 1940. Deux bombes tombent sur l’église pendant “la bataille d’Angleterre”. Uniquement dégâts matériels.
23 novembre 1941. Église réouverte au culte après de très importantes réparations, dirigées par le supérieur, le père Laurent.
Septembre 1948. Reconstruction de l’église autorisée. Initiative du nouveau supérieur, le père Deguerry. Soutien de l’ambassadeur de France Jean Chauvel, de l’attaché culturel René Varin et du premier ministre britannique, Anthony Eden.
31 mai 1953. Maurice Schumann, secrétaire d’État aux Affaires Étrangères, scelle la première Pierre de construction de l’église. Elle provient de la cathédrale de Chartres. Hector Corfiato, architecte anglais diplômé des Beaux Arts de Paris, est en charge du projet.
6 octobre 1955. Inauguration officielle présidée par l’Archevêque de Paris, le Cardinal Feltin. La nouvelle église doit être décorée.
3ème période: décoration de l’église (1953-1960)
René Varin veut faire un lieu de culte “qui honorerait la France”. Il fait appel à des artistes éminents principalement à Jean Cocteau.
Les singes de Phuket
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Phuket, Thailande, avril 2025, photo B.A
Le Japon au fil des saisons au Musée Cernuschi
JIN DE MURAKAMI MOTOKA

En ce qui me concerne le grand Murakami c'est Motoka, l'auteur de cet extraordinaire manga qu'est Jin...
Jin Minakata, 34 ans, est un neurochirurgien à Tokyo, en juin 2000, il vient d'opérer une tumeur crânienne comme il n'en avait jamais vu. Celle-ci a la forme d'un foetus humain. Le lendemain Jin est assailli par des voix. Le soir, il retourne à l'hôpital pour s'apercevoir que son patient n'est plus dans son lit. Jin le retrouve serrant contre son coeur sa tumeur dans un bocal et une mallette de premiers secours. L'homme cherche à fuir. Minakata en le poursuivant tombe dans l'escalier et s'assomme. Le médecin se réveille en pleine nature, à proximité de là, des hommes se battent au sabre. Jin se porte au secours d'un blessé. En ramenant l'homme chez lui, Jin a le sentiment qu'il n'est plus dans la même époque. Jin sauve le blessé dont la famille l'accueille chez elle. Jin intéresse beaucoup la fille de la maison. Le médecin s'aperçoit qu'il a été projeté à la fin de l'ère Edo, exactement en 1862. Après un moment de flottement bien compréhensible, curieusement il ne s'appesantit pas sur le pourquoi et le comment de cet extraordinaire saut dans le temps, il faut dire que Jin est très vite confronté à la violence de l'époque dans laquelle il a été projeté et toute son énergie est utilisée pour y survivre, Jin décide de s'investir dans sa nouvelle époque pour y faire progresser la médecine le plus possible. Un homme seul peut-il modifier l'histoire? Jin se pose cette question et s'amorce l'esquisse d'une possible uchronie ( même si je suis d'accord. En cela Murakami se met dans les traces de Sprague de Camp qui, en 1939, a introduit dans "De peur que les ténèbres" (réédité en France au édition Néo en 1983) une idée essentielle pour la suite du genre uchronique que ce ne seraient pas les batailles ou les personnages illustres qui font l'Histoire mais les innovations technologique. Dans "De peur que les ténèbres", Padway, un contemporain de Mussolini se retrouve projeté dans la Rome du VI ème siècle "grâce" à un simple éclair. Il s'attèle alors méthodiquement a essayer de modifier le cours de l'Histoire. Frederic Pohl a fait un pastiche du roman de Sprague de Camp, "The deadly mission of Phineas Snodgrass" dans lequel un voyageur dans le temps enseigne aux habitants de Rome comment soigner leurs maladie. On peut raisonnablement penser que le mangaka n'ignore pas l'existence de ces deux oeuvres.

Le manga commence très fort dans un mélange de fantastique, de chambara et de série médicale. Après cette brillante mise en place, le mangaka par l'intermédiaire des cas que le médecin va soigner nous fait visiter différents groupes de la société japonaise de cette fin de l'ère Edo et des maux dont elle souffre. Motoka Murakami pallie le systématisme de son scénario par un art consommé du récit et surtout par la qualité exceptionnelle de son dessin. Son trait s'appuie sur une documentation sans faille. Murakami parvient à faire revivre toute une époque avec un luxe extraordinaire de détails. On saura tout de la vie dans le quartier des plaisirs d'Edo, de la lutte entre médecine occidentale et médecine chinoise (qui est aussi l'un des sujets d'un autre excellent manga, « L'arbre au soleil » de Tezuka ») , de l'art de l'estampe, de la vie des acteurs de Kabuki, par le biais du beau Morita Tanosuké, une star de cet art, spécialisé dans les rôles de femme, et surtout des maladies qui accablent la population, épidémie de rougeole, de choléra, cas fréquents de béri-béri, vérole galopante... Cette plongée dans la société japonaise de la fin du shoguna va de paire avec de véritable cours de médecine en image. On découvre (à moins d'être médecin) comment on opère une ablation de l'appendicite, un tendon du doigt ou comment on effectue une trépanation. Ces morceaux didactiques sont parfaitement intégrés dans un récit qui demeure toujours fluide.


Tanosuké
La grande affaire de Jin est d'élaborer de la pénicilline, cinquante ans avant sa découverte par Fleming. A la lecture du manga, il apparaît qu'il y a eu en médecine un avant et un après la découverte de la pénicilline qui aurait été le véritable départ de la médecine moderne.
Au fil des volumes, les personnages secondaires s'étoffent, deviennent attachants, les complots et les drames se nouent, faisant naître une tension qui pousse à ouvrir le tome suivant et à découvrir ce qu'il advient du héros et de ses partisans. Pendant plusieurs épisodes le coeur du héros est partagée entre Saki Tachibana, la jeune fille de la maison qui l'a recueilli et Nokasé une ancienne courtisane de grand luxe.
Le récit nous fait croiser des personnages historiques comme Rintarô Katsu quel'on surnommera plus tard "Kaïshu Katsu", le célèbre officier du Bakufu à la fin de l'ère Edo. Ayant entendu parlé de Minakata, il ira directement à sa rencontre et sera un précieux allié pour le médecin. Il y aussi Ryoma Sakamoto, disciple de Rintaro Katsu, ce samuraï issu de la campagne japonaise, à première vu insouciant et vulgaire, est une illustre figure de l'histoire Japonaise (un des leaders de la révolution qui conduisit au renversement du shogunat). D'abord méfiant, Minakata reconnait cependant en lui un homme de confiance. Sans doute voyant que sont scénario risquait d'être trop répétitif, lors du tome 8, nous sommes propulsé dans un des épisodes de la guerre civile qui ensanglantait le Japon à cette époque. Jin est amené à aller à Kyoto que l'on verra partiellement détruite par un gigantesque incendie. Durant cet épisode le lecteur occidentale peu au fait des évènements des remous politique du Japon du XIX ème siècle aura un peu de mal à suivre, malgré les secourables notes du traducteur. Il demeure néanmoins que ce tome 8 est un des plus intéressants de la série, lui donnant une perspective historique qui n'était qu'esquissée dans les tomes précédents. Dans le volume suivant l'action rebondit de plus belle, Jin est accusé d'une tentative d'empoisonnement d'une princesse impériale. Ce qui permet au lecteur de visiter à la fois la cours du Shogun et la prison d'Edo. Dans le dixième volume c'est notamment le monde du sumo qui nous sera dévoilé. C'est dans le seizième tome, et dernier paru à ce jour en France, que Murakami revient à une intrigue historique, la fin du shogunat approche.
Une des bonnes idées du scénario est d'avoir situé une grande partie de l'action à Asakusa, qui est l'un des seuls quartiers de Tokyo où l'on peut discerner encore des traces de la ville du temps où elle s'appelait encore Edo.
Comme Jin voyage dans le Japon, il nous fait faire la connaissance du Japon rurale de cette époque et aussi de Kyoto et de Yokohama sans oublier des sites célèbres comme Kamakura.

Le temple Kyomizu à Kyoto (tome 16)
Au delà des aventures médicales du docteur Minakata ce qui ressort de la lecture de la série c'est la peinture d'une société féodale (à la veille d'une transformation radicale, peut-être unique, par sa réussite dans l'histoire de l'humanité) extrêmement hiérarchisée avec son système rigide de « castes » qui rendait toutes évolutions très difficiles. On est encore plus surpris à chaque page, si l'on garde en mémoire que ce qui est présenté et qui semble immuable, malgré les troubles politiques, va disparaître quelques années plus tard pour faire place à une société moderne qui quarante ans après les faits qui nous sont racontés dans, Jin infligera une défaite à l'une des grandes puissances mondiales, la Russie Tsariste, pour laquelle ce sera le commencement de la fin.

Le dessin de Jin est toujours d'une grande qualité et parfois somptueux dans la représentation des kimonos des femmes ou de ceux des acteurs de kabuki. Mais en ce qui me concerne l'intérêt principal à la lecture de Jin est de se retrouver dans le Tokyo de la deuxième moitié du XIX ème siècle que Murakami grâce à un travail, que l'on suppute, colossal de documentation, et son grand talent de dessinateur, notamment pour les architectures, parvient à ressusciter. La minutie du dessin apporte beaucoup d'enseignement sur la vie de tous les jours dans ce Japon de la fin du XIX ème siècle. Murakami soigne à l'extrême la représentation du moindre ustencile.

Malgré toutes ses qualités qui en font un des chef d'oeuvre du manga, Jin n'est pas exempt de défauts, la première est le pusillanimité de Jin envers la charmante Saki (et envers les femmes en général) qui se consume d'amour pour lui. Mais cette timidité sexuelle me semble assez japonaise... Elle peut néanmoins agacer le lecteur.
Murakami est aussi timoré pour son scénario que Jin l'est avec les femmes. Il faut attendre les 11 et 12 tome pour que l'auteur prenne vraiment à bras le corps les grandes questions que les bases de son histoire ne pouvaient manquer de soulever en particulier celle du paradoxe spatio-temporel, si indirectement ou directement je provoque la mort d'un de mes aïeux vais-je disparaitre dans le monde où je suis, puisque je n'ai jamais existé dans le monde d'où je viens? De même il faut attendre ces deux volumes pour que la dimension uchronique de l'histoire soit vraiment prise en compte. Le héros prend conscience que grâce à sa fameuse pénicilline, il est en train de changer l'Histoire avec encore cette éventuelle conséquence qui le taraude: si je change le passé de mon présent d'hier ce dernier sera différent et je n'aurais pas été amener à vivre ce qui m'a propulsé dans le dit passé! A moins qu'il ait été envoyé dans un monde parallèle...
Autre défaut, cette fois à imputer à l'éditeur français, qui a la mauvaise idée de reprendre les couvertures japonaises assez moches et niaises qui au surplus , avec leur coté « Arlequin », ne traduisent pas du tout la teneur du manga.

Mais ces imperfections ne sont que vétilles tant le récit est passionnant, l'auteur à un sens consommé du suspense, tout en étant une mine de renseignement sur le Japon (et la médecine d'hier et d'aujourd'hui) du XIX ème siècle.

Motoka Murakami (村上 もとか, Murakami Motoka), est né le 3 juin 1951à Tōkyō.C'est sous l'influence d'Osamu Tezukaque Motoka Murakami décide d'embrasser une carrière de mangaka. L'influence de Tezuka, outre un des Thème de Jin qui n'est pas sans rappeler « L'arbre au soleil » de Tezuka, est surtout décelable dans le dessin de certains de ses personnages de méchant. Il débute en1972avec Moete ashire, un mangarelatant le parcours d'un pilote automobile prépublié dans le Shōnen jump. En 1982, il remporte le prix Kodansha avecClimber Retsuden. En 1984, c'est Musashi no Kenqui est couronné par le prix Shôgakukan, récompense reçue ensuite pour Ronen 1996. Motoka Murakami publie actuellement Jin(édité en Francechez Tonkam). En 2012 est paru « Juntaro » quise déroule durant l'époque Meiji. Juntarô Nakamura est un acteur (qui a la silhouette d'une femme) de Kabuki. Ainsi il passe ses journées à faire du Kabuki dans la ville de Kyoto. Son père (lui aussi acteur de Kabuki) fût assassiné. Un jour,le destin fait partir Juntarô pour Tokyo. C'est ainsi que la nouvelle vie de Juntarô commence...
Jin a été adapté pour la télévision japonaise. En voici ci-dessous quelques images et la bande annonce.
FRÉDÉRIC SUR LES BORDS DE MARNE 2
La Varenne, 1983
Une visite à la National Gallery
Ce Jules II est bien connu des spectateurs de la série Borgia où pas encore pape il est le cardinal della Rovere. Ce fut aussi un grand bâtisseur, un homme de guerre et un sodomite notoire, ce qui ne l'empêcha pas d'avoir trois enfant. Il est le créateur de la garde suisse, un homme qui savait occuper son temps en somme...
Crivelli a été ma grande découverte de cette nouvelle promenade à la National Gallery. Curieusement ses oeuvres m'avaient échappées lors de mes précédentes visites qui remontaient à quelques années. Sont nom en outre ne m'évoquait rien pas plus que son style très dessiné. La toile a remédié à mon ignorance voici un aperçu de ce que j'ai trouvé.
Carlo Crivelli est né vers 1435 à Venise et mort vers 1495 à Ascoli Piceno, Marches.
Apprenti chez les peintres Antonio Vivarini et Giovanni d’Alemagna à Murano, puis à Padoue où il est influencé parMantegna, Squarcione, Cosmè Tura et Donatello lui aussi dans cette ville dans les années 1450.
Dans les années 1460-1465 il se trouve à Zara en Dalmatie.
À partir de 1468, la carrière de Crivelli se déroule dans les Marches surtout dans sa partie méridionale, et plus exactement à Ascoli Piceno, et plus tard plus au nord (Camerino, Fermo).
C’est là, dans cette région, qu’il réalisera la plus grande partie de ses œuvres, commandes de Dominicains et de Franciscains qui rivalisaient dans la construction de vastes églises gothiques et dans l’occupation stratégique des cités.
Son style se distingue par une ornementalité exacerbée qui place Crivelli en marge des grands courants artistiques de son époque, le style gothique flamboyant et le nouveau style antiquisant développé notamment par Mantegna.
Vittorio Crivelli, son frère, a été lui aussi peintre.
Une grande partie de son œuvre est conservée à la National Gallery de Londres. Ces retables et tableaux, dont la célèbreAnnonciation, ont été acquis pour la plupart dans les années 1860-1870, car ils correspondaient au goût de la société anglaise à cette époque. La Pinacothèque de Brera à Milan comprend également une belle collection de peintures de Crivelli, formée à l'époque des spoliations napoléoniennes.
UN GAMIN DE PARIS SUR ROULETTES EN MAI 1985 RUE DE MÉDICIS
Paris, mai 1985
BRUNO WALPOTH










POUR SE SOUVENIR DE MÉTROPOTAMIE

Alain de Métropotamie
La postérité est souvent bien ingrate, mais en matière d'art, j'ai remarqué que cette ingratitude est souvent heureusement momentanée. Espérons qu'il en sera ainsi pour Métropotamie qui fut une des aventures artistiques les plus singulières et les plus intéressantes de la scène picturale française de la deuxième moitié .

Saint Sébastien, La fabricaton des osties
Ce nom étrange recouvrait un collectif de deux peintres qui s'affublèrent de nom tout aussi bizarre. Il y avait Alain I er de Métropotamie et Saint Sébastien de Metropotamie.

Saint Sébastien de Métropotamie, le retour du troupeau
Si on ne sait pas dans quelles conditions exactes ils se sont rencontrés, on peut supputer que le coup de foudre mutuel fut immédiat. La rencontre a lieu en 1979. Alain qui a alors à peine la trentaine a commencé depuis quelques temps une carrière de peintre. Il cherche un modèle pour un saint-Sébastien, il voit dans le garçon de dix sept ans qu'il vient de rencontrer un modèle idéal. Lorsque le futur saint-Sébastien rate son bac, la même année que leur rencontre, l'épreuve de français s'étant transformée en réquisitoire contre la société et ses professeurs, le lycée de Saint Germain le renvoie. L'adolescent décide de s'enfuir de chez sa mère (son père est décédé alors qu'il était encore enfant), infirmière à l'hôpital de Saint-Germain-en-Laye et surtout véritable marâtre. Il ne la reverra plus.

Sain Sébastien de Métropotamie, troupeau de rombières sauvages
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Grande exposition de peinture
Le garçon trouve refuge chez son ami peintre. Un soir, après avoir travaillé un mois comme coursier au Louvre des antiquaires, avec son premier salaire, il achète le tableau sur lequel Alain l'a peint.

Saint Sébastien de Métropotamie peint par Alain Ier de Métropotamie
Un jour que le jeune modèle agaçait le peintre en le regardant travailler, Alain lui flanqua pinceaux et peintures dans les mains.

l'embarquement pour la Tendresse " (1982), Alain 1er de Métropotamie
Alain, qui était autodidacte, apprit au garçon ce qu'il savait; ainsi le modèle qui avait servi à la création du tableau d'un martyr de Saint Sébastien sortit de ce tableau en quelque sorte pour devenir à son tour peintre. Il choisit de s'appeler Saint Sébastien de Métropotamie. Ainsi commença une aventure picturale qui devait durer treize ans et n'être interrompu que le 31 juillet 1992 à la mort de Saint Sébastien de Métropotamie. Ils partagèrent tout ce temps un même atelier de 12 m2. Ils s'influencèrent mutuellement, s'encourageant à s'inspirer l'un de l'autre. Pourtant, même s'il y a une indéniable parenté entre les tableaux d'Alain et ceux de Sébastien, il est facile de repérer qui des deux est l'auteur de tel ou tel tableau. La facture des toiles de Sébastien, qui utilise le plus souvent l'acrylique, est plus léchée, plus précise que celle d'Alain. On peut y reconnaitre les influences directes de Courme, de Clovis Trouille et aussi celle d'Erro, avec de fréquentes incursions dans ses toiles de personnages historiques ou de figures et d'évènements contemporains à l'élaboration du tableau. S'y invitent également de nombreuses références autobiographiques. N'écrivait-il pas: << Nos images crient nos angoisses, nos désirs, nos fantasmes, la dérision de cette vie que l'on ne peut supporté que dans la liberté.>>. On y reconnaît sa mère, sa soeur, ses perroquets, ses chiens et son ami Joaquim Ferreira qui lui a fait connaître les lumières du portugal qui devint son pays d'adoption. La peinture d'Alain est plus originale, plus surréaliste, moins habile que celle de Sébastien. Elle a parfois la maladresse des tableaux de Magritte. Alain de Métropotamie a produit plus que Sébastien qui n'eut le temps que de peindre une soixantaine de toiles. Alain, quant à lui, doit être l'auteur du double; quelques rares oeuvres furent exécutées à quatre mains. Les images d'Alain sont hantées à la fois par l'antiquité romaine et par le paysage du métro parisien.

En 1983 aux éditions Loris Talmart, ils font paraitre un manifeste illustré ayant pour titre leurs deux noms. Ils y attaquent à la fois la peinture figurative classique et l'art abstrait. On peut y lire des saillies que ne désapprouverait pas aujourd'hui un Jean Clair, telles que: << Les deux grands courants de peintures chiantes de notre temps: le premier est une mosaique de peinture ringarde à base de pots de fleurs, de marines, de portraits d'idiotes, de biche égarée dans un sous bois, de nature crevées, ect. Ce style figuratif n'évoque rien de précis. Il résulte d'un enseignement dispensé par des fonctionaires de l'art dans des conservatoires bidons; la personalité y est mal vue et l'imagination interdite. Ces tableaux sont un panachage de fauvisme, d'impressionisme. Ils peuvent pourtant être jiliment conçus et faire très chic accrochés au-dessus du buffet (...) Une classe sociale peureuse et dénuée d'imagination se reconnaît dans ces images: c'est une rengaine picturale qui rassure et berce les digestions du repas familial. Le deuxième, tourné vers un avant-gardisme dont les agents culturels nous inondent, n'évolue plus depuis belle lurette: Ses exécutants sont devenus des avant gardistes conservateurs. Ce sont des individus creux, paresseux, sans volonté, qui, un jour, lors d'une exposition, ou au travers de reproductions entrevirent là, le moyen d'exister avec le moindre effort.>> et plus loin: << Parce que les amateurs et les collectionneurs la considèrent trop souvent comme un simple investissement, la peinture d'aujourd'hui se trouve liée à l'idée de préciosité, et perd son sens primitif, celui d'être vue par tout le monde.>>

souriez avec Wharol, acrylique 116x89
(ce tableau a été volé en juin 1993 à Paris. Il fut aperçu quelques jours plus tard exposé à la vitrine d'un antiquaire du quartier Montparnasse. Un client non averti, a acheté cette peinture avant qu'il soit possible de la récupérer. A ce jour le tableau n'est toujours pas retrouvé. Une enquête judiciaire est ouverte. Pour toute information vous pouvez contacter le blog)
Saint Sébastien s'il était autodidacte en peinture était un fin lettré et connaisseur de l'histoire de la peinture tout comme Alain. Il y a de nombreuses allusions à des peintres célèbres dans leurs oeuvres, Chirico, Dali pour alain, Warhol Picasso chez Sébastien, chez qui en outre Mona Lisa était un personnage récurrent de ses tableaux.

Histoire de pince tétine et tétine pincée, enfin déridée, huile 33x24, 1987, Saint Sébastien de Métropotamie
Il faut êtrez extrêmement attentif devant les toiles de Métropotamie pour en décrypter toutes les arcanes, car les citations, entre autres picturales, y sont nombreuses. J'ai cru par exemple, dans "l'embarquement pour la tendresse reconnaitre dans le garçon roux et fessu à l'avant de la barque un des choupinets peints jadis par Elisarion von Kupffer...
La peinture de Métropotamie se veut signifiante, narrative et non décorative.
Saint Sébastien de Métropotamie, Mona au bistrot, 1990
Pour faire connaître leur production, ils eurent la géniale idée d'éditer en grandes quantités des reproductions de leurs tableaux sous forme de cartes-postales. Ils en confiaient la vente à d'accortes jeunes gens qui, parcourant les rues, proposaient leurs images aux passants. Ainsi, rapidement, en quelques années leurs tableaux et leurs noms furent connus d'un vaste public, non seulement en France, mais aussi au Canada, au Portugal et en Amérique du sud. Cette démarche audacieuse n'était que l'application concrète du précepte qu'ils édictent dans leur manifeste: << La peinture ne vit que par la masse des regards.>>.
La notoriété de Métropotamie était-elle qu'en 1990 fut éditée une télécarte avec la reproduction de deux de leurs tableaux.

Saint Sébastien de Métropotamie, Paysage gainsbardique (1987)
Métropotamie était suivi par quelques collectionneurs fidèles qui parfois n'attendaient pas que la peinture soit sèche pour acquérir une toile.

Le temps, huile 65x54, 1987, Saint Sébastien de Métropotamie
Est-ce cette reconnaissance populaire d'hier, qui déjà n'était pas du goût du microcosme de l'art parisien, que par son silence, l'intelligentsia fait payer à ces artistes à l'intégrale originalité.

Alain de Métropotamie (à gauche sur la photo) et Saint Sébastien de Métropotamie peignant dans leur atelier


Saint Sébastien de Métropotamie
Il y a longtemps qu'Alain, qui ne peindrait plus n'a pas donné de ses nouvelles... Les cendres de Saint-Sébastien furent dispersée dans les rue de Lisbonne par Joaquim.
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Enlèvement de saint Sébastien dans de difficiles conditions (hule 100x81), Saint Sébastien de Métropotamie

Le martyre de saint Sébastien (huile 33x24), Saint Sébastien de Métropotamie)

Alain Ier de Métropotamie

attaués par un essaim de lunettes, 1985,Saint-Sébastien de Métropotamie

Les jeux du cirques (huile 146x114), 1985, Saint-Sébastien de Métropotamie

Saint-Sébastien de Métropotamie

Alain de Métropotamie

Pompéi vu par Alain 1er de Métropotamie
Nota
1- Ce billet doit beaucoup à Joaquim Ferreira qui a eu l'obligeance de répondre à mes questions et me fournir de nombreux documents.
2- Je cherche toutes images des tableaux d'Alain de Métropotamie ainsi que des renseignements biographiques sur ce dernier.

Le bout de la plage, acrylique 60x80, 1991, dernière toile peinte par Saint Sébastien de Métropotamie







xristophe16/11/2014