Voilà des oeuvres de David Hockney que vous ne verrez pas dans la belle exposition que la Fondation Vuitton consacre à David Hockney dont les joiners sont absents.
Au début des années 1980, David Hockney commence à réaliser des photomontages - « joiners » - constitués de multiples Polaroïds formant des mosaïques.The Grand Canyon, constitué de 60 tableaux, sera conçu en 1986 à partir d’un photomontage de 1982.
La photographie c’est très bien si cela ne vous ennuie pas de regarder le monde du point de vue d’un cyclope paralysé – pendant une fraction de seconde…
David Hockney admet ses frustrations profondes vis à vis de la photographie: une photo ne peux retenir son attention pendant plus de trente secondes, quel que soit le sujet. C’est seulement lorsqu’il commence à travailler avec les Polaroïds qu’il pressent que l’image fixe peux montrer une notion de temps qui passe.
J’ai immédiatement réalisé que j’avais résolu mon problème lié au temps dans la photographie... Les « joiners » avaient plus de présence que des photographies ordinaires. Avec cinq photos, par exemple, vous étiez forcé de regarder cinq fois. Extrait des conversations de David Hockney avec Lawrence Weschler.
J'avais trouvé le billet, qui occupe la plus grande partie de cet envoi, sur un site signé "Soleil" qui aujourd'hui semble avoir disparu. Le texte issu de ce blog defunt commence à : << Vincent est un des plus proches intimes d'Hervé Guibert.>>. Le Vincent en question est peu ou prou celui de "Voyage avec deux enfants" et de "fou de Vincent", ce dernier livre commençant ainsi:
« Dans la nuit du 25 au 26 novembre, Vincent tombait d'un troisième étage en jouant au parachute avec un peignoir de bain. Il a bu un litre de téquila, fumé une herbe congolaise, sniffé de la cocaïne. Le retrouvant inanimé, ses camarades appellent les pompiers. Vincent se redressa brusquement, marcha jusqu'à sa voiture, démarra. Les pompiers le coursent, s'engouffrent dans son immeuble, montent avec lui dans l'ascenseur, pénètrent dans sa chambre, Vincent les injurie. Il dit “ Laissez-moi me reposer ”, eux : “ Andouille, tu risques de ne jamais te réveiller. ” Dans la chambre d'à côté, ses parents continuent de dormir. Vincent a foutu les pompiers dehors. Il s'est endormi comme un charme. À neuf heures moins le quart, sa mère le secoue pour l'envoyer au travail, il ne peut plus bouger d'un pouce, elle le transporte à l'hôpital. Le 27 novembre, prévenu par Pierre, je rendis visite à Vincent à Notre-Dame-du-Perpétuel-secours. Deux jours plus tard il mourait des suites d'un éclatement de la rate. »
Fou de Vincent, comme son nom l'indique, est l'histoire d'une folie. D'une folie pour un garçon aimé, disparu accidentellement en novembre 1988. S'appuyant sur les notes de son journal et sur ces souvenirs, Guibert tente de faire le récit de cette relation singulière. Remontant la chronologie, il appelle à lui tous ses souvenirs, du décès de Vincent à l'automne 88, jusqu'à leur première rencontre en 82. Six années parcourues à rebours, à contre-courant ; le récit commence par la mort, pour s'achever sur la rencontre.
Selon Arnaud Genon, qui lui a consacré une étude, et cocréateur du site herveguibert.net, Hervé Guibert «a toujours eu le projet de se dévoiler [...] même si les dispositifs purement autofictionnels n’apparaissent qu’à partir de « À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie ». » L’écrivain de confirmer, tout en précisant le travail de narration et d’écriture de son livre :
Pour moi tout est vrai dans ce livre, rien ne pouvait être faux dans ce livre là donc, mais en même temps, je trouve que c’est un roman, parce qu’il il y a une construction, il y a un suspense qui est mis en place dès la première page et qui est mené jusqu’au bout.
Mais il ne faut pas oublier que les oeuvres d'Hervé Guibert sont des autofictions; dans ce mot que le plus important est à mon sens fiction. D'ailleurs les lecteurs attentifs de Guibert savait que Vincent n'était pas mort des suites de sa chute puisqu'il réapparaissait dans "Le protocole compationnel". En effet le "vrai" Vincent que j'avais croisé à l'occasion de quelques vernissages chez Agathe Gaillard, est mort il y a quelques mois, époque, où en faisant des recherche sur ce garçon disparu de mon horizon depuis longtemps, je suis tombé sur ce texte signé Soleil; trouvant dommage qu'il ne soit plus accessible, je le réédite aujourd'hui, en espérant que sont auteur, s'il me lit ne s'en trouve pas offusqué ou peiné.
Vincent est l’un des plus proches intimes d’Hervé Guibert. Il a partagé quelques-uns de ses plus beaux moments, et donné corps à un personnage de son auto-fiction, dans Fou de Vincent, un des plus beaux textes de l’écrivain, un des plus douloureux aussi, paru chez Minuit en 1989.
Je retrouve Vincent le 2 décembre 2001, au Père Tranquille, dans le quartier des Halles. Il a relu Fou de Vincent, que je lui ai envoyé parce qu’il ne l’avait plus, et Christine vient de lui adresser un exemplaire à peine sorti des presses de Le Mausolée des amants, le journal de l’écrivain de 1976 à 1991. Le jeune homme arrive avec des fantômes dans les yeux. L’une de ses paupières est à moitié fermée. Un mauvais coup ? Il porte quelques traces de cicatrices au visage. Il annonce sans ambages qu’il a fumé un joint avant de venir, que c’est pour ça qu’il est en retard. Il est sorti la veille. Il n’est donc pas tout à fait dans son assiette.
Vincent commande un thé. Le serveur lui apporte une théière en inox. Le sachet est attaché au couvercle. Vincent verse l’eau chaude avant d’avoir fait infusé le thé. Il appelle le serveur : « Vous êtes sûr que c’est du thé ? » Le serveur lui explique qu’il faut d’abord plonger le sachet dans l’eau. « Vous ne voulez pas me le faire ? » demande le jeune homme.
Vincent saute d’un sujet à l’autre. Il évoque Guibert. Il a commencé de lire Le Mausolée, et il paraît touché : «J’ai lu les premières pages et ça ne me faisait pas grand-chose. Et puis, tout à coup, j’ai entendu sa voix dans mes oreilles, comme si c’était lui qui me disait son texte, et là, j’avais l’impression de le retrouver. Je comprenais mieux ce qu’il voulait dire, ce qu’il y avait derrière ses mots.» Du coup, Vincent revient en arrière sur son histoire. «Ce qu’il a aimé en moi, c’est que j’étais un mec bizarre. Je lui ai fait faire des trucs qu’il n’a pas fait avec d’autres. Mais à la lecture, je me rends compte que je suis un mec parmi plein d’autres. Je ne savais pas que c’était à ce point. En fait, je ne connais pas Hervé Guibert. Tu le connais sans doute mieux que moi. Je n’en ai vu qu’une petite partie. Ce qui est clair, c’est qu’il écrivait son journal en sachant qu’il serait lu. Pour moi, Hervé reste un grand gamin. Il cherchait toujours à m’étonner. »
Puis, sans raison apparente, un peu du coq à l’âne, Vincent se met à parler de lui. Pierre Reimer, qui connaît bien Agnès B., lui a trouvé un job chez la styliste. Il est chargé de mettre de l’ordre dans les stocks, et de dispatcher les objets publicitaires dans les différentes boutiques. « C’est un job intéressant. Enfin, on me donne des responsabilités. Bon, je ne gagne pas grand-chose, mais c’est un début. Je m’en sors à peu près… » Il parle de l’appartement de Courbevoie, que ses parents lui ont offert, « une avance sur l’héritage. Mais je n’ai droit qu’à 600 000 F, et il vaut plus, alors je vais devoir le revendre pour libérer un peu d’argent. » Avec le bénéfice de cette vente, il compte ouvrir une boutique de location vidéo dans le quartier République.
Vincent a faim. Il a envie de viande. Nous sortons dans l’air froid de cette fin d’automne. Il fait gris sur Paris. Nous trouvons refuge à L’Entrecôte, qui est à deux pas. La serveuse regarde le jeune homme d’un drôle d’air. Toujours cette tête qui déjà, à l’époque où Hervé Guibert vivait, était capable de rebuter un commandant de bord au point qu’il lui refuse l’accès à son avion.
Vincent appelle un serveur pour protester. Les enceintes grésillent. Le son est de mauvaise qualité. On ne s’entend pas. Le serveur n’a pas l’air très content, mais il obtempère. Vincent réclame un cendrier. La maison n’en a plus. Le serveur apporte un petit plat en argent. Vincent sourit. Il revient sur Hervé Guibert. « Parfois, il pouvait faire peur. Il avait de brusques envies. Il pouvait m’entraîner sous un porche, me serrer dans ses bras. J’étais un gamin. Physiquement il était plus puissant que moi. C’étaient des moments que je craignais. Je ne pouvais pas lui échapper. Il y avait une sorte de violence en lui, profondément enfouie.
« Je me souviens d’une anecdote qui s’est passée en 1983 à la Feria de Nîmes. Hervé était venu avec un ami allemand qui avait plus de 150 000 francs en poche. Hervé lui-même devait avoir cinq ou six mille francs. A un moment, je les laisse aller se promener dans le parc. Ils étaient habillés de manière très parisienne. Ce que devait arriver est arrivé : ils ont été braqués par une dizaine de jeunes. Tout leur argent y est passé.»
Vincent revient à lui. Il me parle de cet ami allemand, d’un âge déjà avancé, fin lettré, admirateur d’Hervé Guibert un peu fétichiste, qui l’invite régulièrement au restaurant et insiste pour lui donner 2000,00 F à chaque fois. « Au début, je ne voulais pas. Je trouvais que ce n’était pas correct. Mais Pierre m’a dit que je devais accepter, que sinon je risquais de le fâcher, et que sans doute cela lui fait plaisir de m’offrir cet argent. Il est vrai que cela m’arrange aussi. C’est lui qui m’a offert ces chaussures, ce blouson de cuir. Pour le remercier, j’ai volé pour lui, pendant que la vendeuse emballait le blouson, une ceinture et des boutons de manchette. Dans la rue, je lui ai dit que j’avais aussi un cadeau pour lui, et j’ai sorti ces objets de ma culotte. Il a ri. Cela l’amuse. Parfois, il voudrait faire comme moi, piquer des trucs dans des magasins. C’est pour m’impressionner. Mais je l’arrête. S’il vole quelque chose, tout le monde va le voir. Il manque de naturel. Cela s’apprend. »
L’ami allemand de Vincent voulait posséder un peu de l’écriture d’Hervé. Vincent lui a donné une des rares enveloppes qui lui restent. « Je n’ai pas gardé les courriers d’Hervé. A quoi bon ? » La jolie lampe bleue dont Guibert parle dans Fou de Vincent, le jeune homme l’a prêtée à son ami. « Il voulait l’avoir chez lui. Il m’a donné de l’argent pour pouvoir la garder. Je lui ai fait signer un papier pour qu’elle me revienne à sa mort. C’est un cadeau d’Hervé. »
Vincent connaît bien le milieu des pickpockets de Paris, les bandes qui opèrent dans le métro. Il admire ceux qui font un travail « propre », c’est-à-dire qui opèrent sans violence, sur des touristes apparemment fortunés. « J’en ai vu un l’autre jour qui subtilisait un appareil photo numérique à un japonais. Je suis sûr que le type ne s’en est rendu compte que le soir. Du grand art. » Mais il est capable de prendre fait et cause pour la veuve et l’orphelin. Il s’est battu pour défendre une vieille dame à qui des loubards venaient de faucher son sac. « Personne n’a bougé dans le métro. Ils m’ont laissé faire tout seul. Les voleurs étaient trois. J’étais tout seul. Je n’ai pas pu les retenir. Après, j’ai insulté un gros mec baraqué qui avait regardé la scène sans faire le moindre geste. Il devait faire un mètre de plus que moi, mais je m’en fichais. J’étais en colère. »
Dans Fou de Vincent, Hervé fait passer Vincent par la fenêtre dès la première page. Le jeune homme meurt des suites de l’accident. «En fait, l’histoire est à moitié vraie. On sortait du restaurant Le Petit Congo, un ami nous invite à prendre un verre et à fumer chez lui. Il habitait au premier étage, pas au troisième. Par la fenêtre, je vois passer deux filles que je connais : «Vincent, tu viens avec nous ?» Je saute en comptant me récupérer à la barrière de la fenêtre. Mais il pleut, mes mains glissent, et je me retrouve sur le trottoir avec le scafoïde cassé et trois côtes brisées. Hervé est venu me voir à Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours. Il a croisé mes parents. Ils se sont fait des salamalecs. Mes parents avaient pourtant lu Voyage. Ils savaient qui était Hervé.»
Quelques pages plus loin, Guibert raconte le départ manqué de Vincent, qui doit quitter Rome en avion -- à l’époque où l’écrivain vit à la Villa Médicis -- mais ce dernier est overbooké, et le pilote a refusé de le prendre dans la cabine «quand il a vu sa tête» : «J’ai une tête bizarre, un peu à la Klaus Kinski. C’est une impression que je donne toujours.» Hector Bianciotti, qui débarquer Vincent à la sortie d’un concert de Rameau à Saint-Louis-les-Français, où il était avec Hervé, demande à ce dernier : «Mais c’est qui ?» Guibert répond : «C’est Vincent.» Hector s’étonne : «C’est lui, Vincent ?» Mais Guibert traduit : «C’est ça, Vincent ?»[1]
Vincent veut sodomiser Hervé, ce dernier sort une capote rose qu’il veut lui enfiler. L’exercice apparaît quelque peu laborieux à la page douze de Fou de Vincent. «C’est très exagéré. On a fait des câlins. Mais de là à mettre une capote rose ! Ce n’était pas du Walt Disney, quand même ! Pour moi, Hervé était comme un grand frère.»
Pierre Reimer écrit à Vincent chez Hervé Guibert. Hervé avoue dans son livre qu’il n’a pas tenu. La curiosité était trop forte. Il a ouvert la lettre pour la lire. Il s’en excuse auprès de Vincent, qui lui répond : «Maintenant, je sais que tu es bizarre.»
«Cela s’est vraiment passé ainsi, souligne Vincent. Je lui disais tout le temps d’arrêter de se faire des films. Il se racontait des histoires, et il y croyait. C’était son moteur.» Vincent confirme un autre remarque du livre : «Détenir une petite quantité de drogue, écrit Guibert, quand je passe une soirée avec Vincent, même si je ne m’en sers pas, c’est me munir d’un balancier pour aller jusqu’au bout du fil lui ravir son corps.»
«Il m’est arrivé, avec Hervé, souligne Vincent, de jouer l’assistante sociale. Il m’offrait toujours des flacons de parfum. Tous ses lecteurs amoureux de lui en envoyaient. Il me racontait que son père lui massait les pieds avec du parfum, quand il était jeune, et que sa mère était couchée. Il voulait me masser le torse avec du parfum, et que je le fasse aussi. J’acceptais par pure complaisance...
«Quand je relis ce qu’il a pu écrire sur moi, je trouve souvent cela vexant. Si je l’avais en face, je lui dirais que ce n’est pas bien. Il m’agace, mais il me fait rire. Je connais toutes ses attitudes. Il essaye de jouer les grands adultes, mais ce n’est qu’un gros poupon !» Vincent ne réalise pas qu’il vient de parler d’Hervé au présent.
Il revient sur son travail chez Agnès B. « Si tu veux t’acheter des fringues dans une boutique, appelle-moi, je te donnerai mon numéro de carte. J’ai 50 %. C’est vachement intéressant. »
Je relève quelques anecdotes dans Le Mausolée des amants, par exemple ce passage où Guibert note : «Hier soir Vincent s’est cassé un verre contre le front, a injurié les serveurs de la Coupole, m’appelait ma biche, puis en larmes s’est agenouillé devant moi pour baiser mon gland.»[2]
«Ce doit être vrai,» murmure Vincent avec un sourire d’enfant qui a fait une bêtise.
Parfois, Hervé n’a changé qu’un détail de l’anecdote du réel. Quand, à la fin de Fou de Vincent, il explique que le tout jeune homme lui a chipé sa plaquette pornographique Les chiens, ce n’est pas tout à fait vrai, suggère Vincent : c’était un autre livre. En revanche, il est «bien possible» que le jeune Vincent ait déclaré un jour à Hervé Guibert : «J’avais décidé de ne plus aimer les hommes, mais toi tu m’as plu,» comme l’écrivain l’indique à la fin de son livre. «Mais ça n’a pas d’importance,» conclut Vincent.
Nota
Ce billet doit beaucoup au site suivant: http://notesgaydethomas.over-blog.com/article-12710557.html;
Fiche technique : Avec Vincent Cassel, Caroline Cellier, Jean-Pierre Marielle, Caspar Salmon, Sabine Destailleur, Sandrine Le Berre, Alain Gandy, Luciana Castellucci, Angelo Aybar et Maggy Dussauchoy.
Réalisation : Olivier Schatzky. Scénario : Éve Deboise et Olivier Schatzky, d’après la nouvelle d’Henry James. Directeur de la photographie : Carlo Varini. Ingénieur du son : Dominique Levert. Musique : Romano Musumarra. Décorateur: Jacques Bufnoir. Monteur : Jean-François Naudon.
France, 1996, Durée : 92 mn. Disponible en VF.
Résumé : À la fin du XIXe siècle, un jeune instituteur de 25 ans, Julien (Vincent Cassel) est engagé par un couple d’aristocrates (Caroline Cellier et Jean-Pierre Marielle), vivant dans une grande propriété du midi de la France, pour veiller à l’éducation de leur fils, Morgan (Caspar Salmon). Le garçon est à la fois surdoué, tourmenté et farouche. Il dort la nuit les yeux ouverts. Parfois il chante d’une belle voix claire, la nuit, sur le toit de la grande maison. Morgan déclare n’avoir pas d’amis car les enfants de son âge ne l’aiment pas. Julien découvre, au fil des jours, la réalité totalement factice du train de vie de ses employeurs. Ils sont complètement ruinés et ils ne peuvent lui payer ses gages. Ils ne lui versent que de minables acomptes. Morgan n’est pas dupe de cette situation que Julien essaye pourtant de lui cacher pour ne pas lui avouer (?) le sentiment qu’il éprouve pour lui. Le garçon sent que si Julien ne cherche pas une autre place, c’est qu’il est déjà lié à lui par une indéfectible amitié et qu’il est prêt à le suivre au gré du nomadisme de ses parents, qui bientôt ne peuvent plus cacher leur dèche, due au gaspillage effréné du père, j’m’en-foutiste hédoniste. Julien en vient tout de même à dire son fait au père et à la mère, les qualifiant d’aventuriers fabulateurs et de snobs abjects. En rien déstabilisés, ses interlocuteurs lui dénient tout droit à leur réclamer son dû car il devrait s’estimer payé par le simple privilège de côtoyer chaque jour un tel enfant ! Le père a machiavéliquement compris qu’il tient Julien par le sentiment qu’il éprouve pour Morgan. C’est même eux qui, peu après, viennent solliciter Julien pour qu’il leur prête de l’argent. Leur intention réelle est de transférer sur Julien toute responsabilité envers Morgan que l’on amène chez le médecin alors qu’il est présenté comme menacé par une maladie fatale.
Quelque temps après Noël alors qu’ils sont à Cracovie, dans la résidence prêtée par une amie du couple, la comtesse Jesenska, Julien reçoit par télégramme la proposition d’un emploi à Lyon. Il accepte et part. Un jour, il reçoit un courrier de la mère, lui reprochant d’avoir abandonné Morgan qui est au plus mal. Julien se rend aussitôt à Paris où il retrouve la famille échouée dans un misérable galetas. Il emporte dans ses bras le garçon inconscient...
L’avis critique
L’Élève est, après Fortune express, en 1991, le deuxième film d’Olivier Schatzky. Il a été auparavant scénariste pour le réalisateur Pierre Jolivet : Le Complexe du kangourou, Force majeure et pour Diane Kurys, Un Homme amoureux. L’Élève est une adaptation assez fidèle d’une longue nouvelle d’Henry James, The Pupil. Ce film donne l’étrange impression d’être incomplet, des séquences entières semblent avoir été oubliées au montage. Sa structure lacunaire en fait un parfait véhicule à fantasmes car les scènes tournées sont convaincantes, du moins les intimistes car les reconstitutions historiques deviennent une France et une Pologne hors du temps que l’on peut situer certes à la fin du XIXe siècle, bien qu’elles ne contiennent aucune connotation politique ou sociale.
Les parties en extérieur, malgré la nombreuse figuration et le cinémascope, font néanmoins un peu fauchées et rappellent fâcheusement le plus mauvais style « Buttes-Chaumont ». Cette fresque intimiste est tournée principalement en plans-séquences.
La sensibilité de la direction d'acteurs joue surtout, dans une merveilleuse harmonie, avec la rencontre des regards. L'incomparable intensité de celui de Caspar Salmon, aux yeux bleus transparents, habite l’écran. Il est bouleversant quand naît un sourire fugitif entre ses lèvres serrées. Découvert dans Le Voleur d’enfants de Christian de Chalonge, il était déjà prodigieux dans Le Roi des aulnes où il était presque la seule raison de voir le film. Malheureusement depuis L’Élève, il ne nous a pas donné de nouvelles cinématographiques. Jean-Pierre Marielle est truculent dans le rôle du père, cet égoïste suicidaire. Vincent Cassel joue une partition tout en subtilité à laquelle il nous a peu habitué.
Malgré ses défauts, il n’en reste pas moins que le film demeure gravé dans la mémoire du spectateur, surtout grâce à la poignante dernière séquence, lorsque Julien serre et emporte dans ses bras Morgan dont on ne saura pas si, il est mort ou vivant. Il est stupéfiant qu’aucun critique, à la sortie de L’Élève, ne se soit aperçu que cette histoire est avant tout une histoire d’amour-passion entre un homme et un garçon de treize ans.
COMMENTAIRES Lors de la premiere parution du billet
Ici le nu perd toute sa vulgarité. Il incarne l'expression d'un souffle artistique où se mélange poésie et l'ivresse du charme.
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR FERRUA AVANT-HIER À 17H37
J'apprécie beaucoup ce genre de séries, simples, non vulgaires, avec comme modèle quelqu'un que l'on croiserait dans la vie de tous les jours, mais en revanche toujours ces années 80, encore et toujours, n'avez vous jamais refait ce genre de photos depuis ? Je n'ai rien contre les années 80, bien au contraire, mais on a l'impression ainsi que tout s'est arrêté à cette époque, et que plus rien n'a été possible depuis... Il y a donc un petit côté frustrant je trouve.
Vous photographiez aujourd'hui des coins de rue, des expositions automobiles, des constructions japonaises, mais je ne vois plus de nu artistique, sauf ceux provenant d'autres artistes... Pourquoi ? Les modèles sont-ils devenus trop rare ? ou avez-vous peut être tourné la page ? Si c'est le cas, c'est un véritable gâchis, car vous avez beaucoup de talent.
Merci pour vos compliments, petites explications puisque vous me le demandez, j'espère que si talent, il y a, il s'exprime aussi bien ailleurs que dans les nus. D'abord permettez moi de changer et de trouver mon bonheur dans d'autres sujets. Et puis j'ai vieilli, il me semble qu'à 60 ans il est moins facile de photographier des garçons nus qu'à 30. D'autre part comme vous l'avez peut être remarqué, en effet l'époque a changé et s'il n'était déjà pas facile de trouver des modèles (surtout des bons) dans les années 80, il est encore plus difficile d'en dénicher aujourd'hui. Autre chose, j'ai fait relativement peu de photos posées dans ma vie, préférant l'instantané, voler des images (ce que je continue à faire) donc assez peu de nus. Enfin il se trouve que je numérise en ce moment des photos des années 80 d'où les millésimes des images que vous pouvez voir sur mon blog. Néanmoins je ne dis pas que je ne referai jamais ce type d'images tout est affaire d'occasion...
Si le titre de la biographie de Bernard Buffet par Jean-Claude Lamy est beau, il est assez peu conforme à la réalité du personnage du peintre. J’aurais préféré une biographie un peu moins hagiographique et d’un style plus tenu. Le lyrisme du début frise le ridicule et les premiers chapitres sont riches en digressions certes intéressantes mais qui bousculent par trop la chronologie. Mais ce ne sont là que des vétilles devant le plaisir de lecture que procure cette biographie qui espérons le remettra au premier plan un artiste qui aura beaucoup fait pour ruiner sa réputation.
L’une des qualités du livre, à la documentation sans faille, est de faire revivre une époque, l’immédiate après guerre où Paris était encore la capitale de l’art mondial, pour bien peu de temps encore mais aucun des acteurs qui s’agitaient sur la scène de l’art parisien le pressentait.
Dans cette après guerre où la bataille entre abstraction et figuration faisait rage, l’art était un enjeu politique majeur. Il faut imaginer le rustre Maurice Thorez, secrétaire générale du Parti Communiste, alors premier parti de France, arpentant les allées du salon d’Automne, suivi de l’oppotuniste Aragon qui n’avait pas encore troqué son costume d’ apparatchik contre celui de la vieille folle noctambule, pour soutenir Fougeron champion français du réalisme socialiste.
La notoriété dans la Quatrième République des artistes est inconcevable aujourd’hui, comme l’est la fulgurante ascension de Bernard Buffet qui connaît ses premiers succès à 18 ans! Il faut dire que ses tableaux d’ ascète sont en phase et aux couleurs de l’époque. Il est bon de se les remettre dans l’oeil pour se souvenir de leur force...
Lamy me confirme le rôle de découvreur du peintre par Henri Héraut (1894-1982), (Comme le livre que je traite est largement disgressif, je m’autoriserai ce plaisir coupable, dont je suis un fervent pratiquant, assez souvent dans ce texte...). Ce que m’avait confié, dans les années 70 ce curieux personnage qu’était ce peintre et critique. Je n’oublierais jamais ma visite dans son “atelier” en fait un petit appartement dans un immeuble récent qui dominait la gare Montparnasse. Héraut m’expliqua qu’il n’avait pas l’électricité puisque la gare éclairait son logis ! Ainsi muni d’une lampe électrique et juché sur un escabeau je pus admirer des dessins de Delacroix et des Buffet des années quarante... Voici comment Lamy raconte la découverte du jeune peintre par Heraut: << Maison rue des Batignolles; à chaque étage, au palier, une vaste glace reflète son image. “Le feutre vert sur l’oreille, je m’imagine beau. Au deuxième, je pousse la porte, j’entre chez Bernard Buffet. D’immenses toiles d’hommes nus, tristes, pourris de solitude... je me vois vrai”.>>.
Les anges d'Héraut...
Henri Héraut avait fondé en 1935 un Groupe de peintres figuratifs français qui s’intitule Les peintres des Forces Nouvelles parmi eux: Henri Héraut, Robert Humblot,Henry Jannot , Jean Lasne, Alfred Pellan, Georges Rohner , Tal Coat... Dans leur manifeste on peut lire: << ... qui ont compris que le temps des escamotages de dessin ou surcharge de pâte était révolu" et qui prônent le "retour au métier consciencieux de la tradition dans un contact fervent avec la Nature >>. Ils sont Convaincus que cette attitude, dans le contexte de l'avant-guerre, représentait la plus osée des audaces, que la modernité n'est pas formelle, les peintres de Forces Nouvelles se prononcent contre l'impressionnisme, "ennemi public numéro 1", le surréalisme ou le cubisme. A l'école de Georges de la Tour, des frères Le Nain ou des artistes classicisant des années vingt, cette peinture se veut un retour au dessin et au modelé, au métier. Le groupe se disperse en 1939, mais certaines manifestations en prolongent l'esprit pendant les années d'occupation.
tableau de Jannot
On comprend son adhésion immédiate à l’oeuvre de Buffet. Lorsque j’ai rencontré Héraut, il était d’une saleté repoussante, qui contrastait avec le soin qu’il prenait de sa petite moustache blanche, parfaitement taillée. Il portait un immuable costume trois pièces bleu; le devant du gilet était ciré de crasse et l’arrière de sa veste était en lambeaux comme si elle avait été déchirés par un fauve. Il se vantait d’avoir autant d’ attirance pour les garçons que les filles tout en étant toujours resté vierge. Il ne peignait plus que des anges. Il avait toujours le même petit feutre vert sur l’oreille que trente ans au par avant lors de sa première visite chez Buffet.
La rencontre en 1948 de Buffet avec Pierre Descargues, l’un des critiques les plus respectés et les plus influents de l’époque, est déterminante pour l’avenir du jeune peintre. Voici ce que Descargue écrivit sur Bernard Buffet dans le livre qu’il lui a consacré: << Il témoigne puissamment du désarroi de notre époque. L'inaction de ses personnages, leur vie absurde, Bernard BUFFET les exprime comme un mal dont on est soi-même victime, avec violence en se donnant soi-même tout entier à cette œuvre de vengeance, c'est à dire en y mêlant intimement l'amour et la haine. >>.
Pour un vieux et fidèle auditeur, comme moi de France-Culture, on ne peut lire un texte de Descargue sans entendre sa voix qui à su passionnée tant de gens pour l’art moderne, et cela sans exclusive durant tant d’années. C’est une curieuse expérience pour un vieil habitué de ses confidences radiophoniques de le découvrir dans ces pages tout jeune et déjà passionné. Pierre Decargue, dans ses récents livres de souvenir, il me semble (je ne les ai pas par de vers moi), est bien oublieux de son ancienne admiration pour Buffet...
Un des grand mérite du volume est de rappeler l’incroyable précocité de Bernard Buffet qui entre à I'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en décembre 1943, dans l'atelier du peintre Eugène Narbonne, où il est déjà considéré comme très doué. Il s'y lie notamment d'amitié avec les peintres Maurice Boitel et Louis Vuillermoz.
un tableau de Maurice Boitel.
“Bernard Buffet le samouraï” me procurera tout au long de ses pages de constants bonheurs de découvrir jeunes des gens que j’ai croisés, et parfois admirés, chenus, principalement sous la voûte du Grand Palais lors des Salons d’Automne des années 80. La vénérable institution brillait alors de ses derniers feux sous la férule de Mac Avoy... Il en est ainsi de Jean-Pierre Capron, Boitel et de bien d’autres...
Est-ce un soupçon de vanité mais il est toujours curieux et parfois émouvant, de découvrir dans les pages d’un livre des gens que l’on a côtoyés, connus ou même seulement croisés. Ainsi il m’est étrange de découvrir que Jean-Pierre Capron a été l’un des amis les plus proches et les plus fidèles de Bernard Buffet, je le croisais dans les allées du Grand Palais lors de chaque Salon d’Automne, toujours d’une urbanité parfaite, toujours accompagné de son compagnon d’un si petit format qu’ avec Jean-Claude Farjas nous l’avions surnommé le jockey. Ce garçon paraissait être le petit fils de son ami... C’est lui qui apportait rituellement la contribution de Capron au Salon, bien peu était impatient de découvrir la toile de l’artiste qui pourtant vivait très bien de sa production ce qui resta mystère pour moi... Les peintres contemporains qui semblaient avoir l’aval de Bernard Buffet me semblaient bien médiocres. Mais peut-être comme pour Boitel il voulait surtout rester fidèle à ceux qui ne l’avaient pas méprisé à ses tout débuts?
tableau de Jean-Pierre Capron
Portrait de Capron par Buffet.
Le hasard du calendrier a voulu que pendant que je lisais cette biographie, je reçoive un e-mail m’invitant à la pose d’une plaque commémorative, peinte par Jean-Pierre Alaux pour le souvenir de Maurice Boitel...
La première exposition de Bernard Buffet, se déroule dans la librairie-galerie de Guy Weelen et Michel Brient. Le soir du vernissage : personne. C’est un jour de grève, et en plus, il neige. Mais, insensiblement, comme l’a dit Bernard Buffet lui-même : « c’est parti tout seul », et toutes les œuvres ont été vendues. Raymond Cogniat achète pour le Musée National d'Art Moderne de Paris une peinture : " Nature morte au poulet ". Comme toutes les toiles du peintre achetées par les pouvoirs publics, elle est remisée aujourd’hui dans les réserves du musée! Pierre Descargue est le premier à noter ce qui distingue d’emblée le nouveau venu : « Il témoigne puissamment du désarroi de notre époque. L’inaction de ses personnages, leur vie absurde, Bernard Buffet les exprime comme un mal dont on est soi-même victime, avec violence, en se donnant soi-même, tout entier, à cette œuvre de vengeance, c’est-à-dire en mêlant intimement l’amour et la haine. ». Presque en même temps meurt à 38 ansFrancis Gruber dont on a vu un moment, à mon sens à tort, le grand inspirateur de Buffet. Aujourd’hui le rapprochement de Gruber avec Julian Freud me parait pus pertinent...
tableau de Gruber
Jean Claude Lamy n’élude les penchants homosexuels du peintre. Bien au contraire il met au centre de son livre l’amour entre Bernard Buffet et Pierre Berger: << Un soir d’avril 1950, Buffet se trouve à la galerie Visconti Richard Anacréon passe une tête, accompagné de son jeune assistant (Pierre Bergé). Maurice Garnier remarquent immédiatement leur attirance réciproque.>>. Pierre Bergé dans “Les jours s’en vont je demeure” Gallimard Folio n° 4087) narre ainsi leur rencontre: << Il avait vingt ans, j’en avais dix huit et, comme tous les coups de foudre, le nôtre frappa à la vitesse de l’éclair... Nous nous retrouvâmes le dimanche suivant... Le soir nous avons cherché un hôtel et finîmes dans un endroit douteux, rue des canettes, où une femme digne et silencieuse nous conduisit à une chambre non sans nous avoir donné une serviette ravaudée. C’était Céleste Albaret, l’ancienne gouvernante de Proust...>>.
L’auteur sait à propos de cette extraordinaire histoire d’amour, même souvent trouver les mots justes qui font sourdre l’émotion: << A Manosque comme à Reillanne, les séjours de Bernard et de son compagnon n’ont laissé aucune trace visible. Pas de rue portant le nom du peintre ni de plaque commémorative. Après la disparition des derniers survivants qui fréquentèrent les deux jeunes gens que l’on croyait lié à la vie et à la mort, il ne reste qu’un sentiment de vide comme celui qui suit un amour brisé. Le triptyque “Horreur de la guerre”, ce chef d’oeuvre que Bernard à peint à Nanse en 1954, méritait un lieu d’exposition dans la région. Car c’est en Haute Provence que son art essentiellement concret, domina toute la peinture de sa génération.>>. Dans tout le livre c’est la seule fois où transparaît l’avis de Lamy la peinture de Bernard Buffet et ceci à la lumière de l’amour qui unissait Buffet et Bergé. En ce qui me concerne je ne partage pas cet avis de considérer La série des horreurs de la guerre (thème largement partagé à l’époque) comme le sommet de l’oeuvre qui reste pour moi les toiles dites “misérabiliste” de la période 1945-1950.
Le récit de la vie du peintre a dans l’ouvrage toujours en contre point la réception critique de son travail, Lamy quant à lui s’interdit (à une exception prés) de porter un jugement sur la peinture de son sujet. La plupart des extraits de critiques sont à la fois défavorables à Buffet et bien Choisis, comme cette dernière, datant de 1960, de Pierre Cabanne: << Après avoir été le symbole d’une époque angoissée et dure, Buffet semble n‘être plus aujourd’hui, aux yeux de beaucoup, que le produit de la publicité et de la spéculation, la victime de la complaisance mondaine ou le forçat de sa surabondance et de sa facilité.>>.
On un pu parler d’un véritable phénomène Buffet. Les prises de positions sur son art dépassait de loin le cercle restreint (néanmoins beaucoup moins qu’aujourd’hui) des critiques d’art. Ainsi Viallatte s’ enflamme dans sa chronique de “Spectacle du monde”: << La signature de Bernard Buffet ressemble à un fagot d’épines. Quand il peint un bouquet c’est un bouquet de chardons: un animal c’est le homard ou le grondin, une bête tout en pinces, en arrêtes et en griffes; en piquants et en barbelé. Ses personnages n’ont que des os; ses poires aussi, il a inventé la poire en bois, longue, noire et mince comme un fil, pour les jours de deuil et de famine. Tout ce qu’il peint naît en carême... Ces toiles pourtant ne sont pas sans âme. Elles ont même une âme véhémente; pauvre, agressive, hargneuse et douloureuse; une âme maigre, longue acide, d’orphelin qui revient du cimetière dans une chambre où il n’y a pas de feu; une âme menaçante et menacée qui se venge de l’homme, qui gâche la joie, qui fait avorter les récoltes, qui jette un sort sur les navets... Avec ça des dons éclatants: la composition est solide, le dessin sûr, la couleur rare; une manière qui étonne par sa délicatesse. Il est ferme, brutal, subtil. Il a créé un monde à lui. Il impose sa règle du jeu; c’est la marque des grands.>>. (Alexandre Vialatte.
Bernard Buffet est certainement le premier peintre vivant dont je vis un tableau, expérience commune à bien des personnes de ma génération. Pendant longtemps une reproduction de son “Grand duc” décora ma chambre d’enfant...
La meilleure part du livre est celle où Lamy avec beaucoup d’intensité et de chaleur ressuscite tout le petit monde intellectuel et mondain de la IV République. Un temps où Paris Match consacrait dix pages couleurs à un peintre de vingt huit ans... Un article qui déclencha un tollé causé aussi bien à cause des déclarations de l’artiste que par l’étalage du luxe dans lequel il vivait... Epoque où pouvait exister une prestigieuse revue culturelle de droite, La Parisienne, dans laquelle François Nourissier étrillait le peintre; des année où “Le Berry républicain” comparait les mérites de Carzou et de Buffet... Qui se souvient aujourd’hui de Carzou, de ses toiles au fons monocolore sur lequel une femme rencontrait un canon, tout pareillement hérissés de piquants tels d’incongrus porcs-épics. Peut-être qu’un jour, la postérité ne sera plus oublieuse, tant mieux, tant pis!? Qui peut le savoir? Mais soyons reconnaissant à Jean-Claude Lamy de faire revivre, l’espace d’une lecture, tout un monde, qui, l’instant d’une république s’est cru immortel.
tableau de Carzou.
“Bernard Buffet, le samouraï” en filigrane pose de nombreuses questions comme celle de la place du marchand dans la carrière d’un peintre: << Emmanuel David a misé sur Buffet comme un joueur bien inspiré à la roulette. Cela lui rapportera gros. Mais le peintre lui, sort il gagnant de cette “affaire”? Pierre Descargues se pose la question en s’étonnant que l’artiste accepte de peindre des oeuvres en série au rythme d’un tableau par jour... Il regrette ensuite implicitement le choix qu’a fait Buffet de confier ses intérêts à Emmanuel David: << Que serait il advenu si au lieu de se confier à David, Buffet avait répondu à la proposition d’un autre marchand qui fut celui de Miro, des surréalistes et par la suite de Riopelle, de Paul Kallos, de Mathieu et de Veira da Silva. Le marchand se nommait Pierre Loeb. >>.
portrait de Maurice Garnier par Bernard Buffet.
L’ouvrage par ailleurs s’interroge à la fois sur le pouvoir de la critique d’art sur celui de l’état sur le goût de l’ intelligentsia. Celui qui fut longtemps le bras droit d’Emmanuel David puis son successeur, Maurice Garnier explique ainsi le retournement de la critique envers son poulain: << Oui, absolument ! Il y a eu plusieurs raisons, en 1958, qui ont fait basculer Bernard Buffet dans l'incompréhension vis-à-vis des pouvoirs officiels, mais pas du grand public. Justement, c'est son succès auprès du plus grand nombre qui a déplu. André Malraux, en créant le Ministère des Affaires Culturelles, à voulu soutenir l'art abstrait, ce qui était tout à fait légitime. Mais pour cela, il fallait évincer, éliminer Bernard Buffet car l'artiste était "encombrant". Il marquait trop fortement la continuité de la peinture classique, figurative. Bernard Buffet a été trop tôt considéré comme un "phénomène". Il n'avait que trente ans !>>. Déclaration qui soulève le problème de l’art officiel et de l’influence de Malraux durant le pouvoir gaulliste. Cette main mise du ministre de la culture sur l’art, pour lui le grand peintre contemporain était Chagall, ne pourrait il pas expliquer en partie le déclin de Paris et son remplacement comme capitale de l’art par New-York?
Lorsque l’on referme le livre de Lamy on a appris beaucoup de choses mais nous ne pouvons pas véritablement cerner qui était Bernard Buffet. On a le sentiment d’avoir rencontré un homme faible dont l’art a correspondu miraculeusement, durant quelques années à l’attente de son époque. Et dont des personnes au début inconsciemment en on fait un véhicule de leurs espoirs, de leurs ambitions, de leurs idées... Le pur Buffet meurt dès sa rencontre avec le galeriste Emmanuel David qui enclenche le processus de production à outrance en permettant l’écoulement de la production de la machine à peindre Buffet qui ne savait que peindre et qui finalement n’aimait que cela. Puis viendra le système de la grande exposition annuelle mis en place par Pierre Berger et son marchand Maurice Garnier. Mais il serait réducteur de n’y voir qu’un dessein mercantile de ses hommes. Ils étaient aussi animé par l’admiration pour l’oeuvre et par le souci de préserver le fragile équilibre du peintre qu’il n’atteignait que par un travail forcené. Buffet était une sorte de monstre prisonnier de sa frénésie de peinture...
L’inavoué personnage central du livre n’est pas Bernard Buffet mais Pierre Bergé . Je suggère que Jean-Claude Lamy lui consacre son prochain livre qui ne pourrait être que passionnant sur ce prodigieux entremetteur dont l’émergence de sa fortune reste pour moi un grand mystère. Mais l’écriture d’un tel livre ne doit pas être sans risque... La couverture est toute trouvé, écoutons Mag Bodard qui découvrait le nid du couple Bergé-Buffet: << La maison de Buffet est ravissante... Ses plus belles toiles y sont au mur dont un immense portrait de “la commode” tout nu, avantages au vent... >>, il faut savoir que “la commode” était le surnom de Bergé; on disait alors des deux inséparables amis, voilà Buffet et sa commode! Ce tableau ferait un parfait “visuel” pour cette biographie... Il sera intéressant de guetter si “Bernard Buffet, le samouraï” est chroniqué dans “Têtu” dont Pierre Bergé est le propriétaire...
La thèse sous jaçante de Lamy est que privé de son amant mentor, l’art de Buffet n’a fait que s’étioler ne répondant plus à une nécessité intérieure mais ne devenant plus qu’une mécanique de survit, une occupation addictive vide de sens. On peut remarquer une importante différence entre le témoignage de Pierre Bergé dans son livre qui écrit qu’il était resté en contact avec son ancien amant et la biographie de Lamy qui laisse entendre que les deux hommes ne se serait plus revu après leur séparation.
Sans doute par manque d’audace ou par égard pour Annabel l’auteur ne fait que murmurer son opinion mais elle reste clairement audible. La pagination est très révélatrice de la thèse de l’auteur. Il consacre 140 pages au début du peintre, puis 120 pages de ce que l’on peut appeler l’ère Bergé (1950-1958) et seulement 45 pour les quarante dernières années de la vie de Bernard Buffet!
Je ne suis pas certain que Lamy ait voulu que l’on perçoive la biographie de Bernard Buffet qu’il a écrite comme je l’ai ressenti, comme la faillite douloureuse d’un homme...
Laissons le dernier mot à Pierre Bergé qui a fait dans “Les jours s’en vont je demeure” un portrait touchant de Bernard Buffet dans lequel il ne pas de ses responsabilités et qui me parait lucide même s’il n’est sans doute pas dénué d’amertume: << Avec la célébrité, des gens de toute sorte entrèrent dans sa vie. Beaucoup de parasite. Il n’était pas dupe, me le disait, s’en amusait. En fait, un peu avant l’âge de trente ans il avait abdiqué. J’ai toujours su qu’il avait mesurer l’impasse dans laquelle il s’était fourvoyé, dont il ne pouvait plus sortir. Il a essayé de peindre différemment, d’aborder la couleur, de changer sa technique. C’était en juillet 1957. Il fit ainsi une dizaine de toiles, me les montra, les détruisit. Nous n’en reparlâmes jamais. Il reprit ses pinceaux et continua à cerner de noir des bouquets de chardons, des poissons plats, des têtes de clown. Il était devenu amer, se consolait avec l’alcool, le sexe. Il peignait toujours, avec une espèce de rage, comme pour se venger de cette célébrité qui l’encombrait et qu’il savait, d’une certaine manière, usurpée. Il aurait voulu tout recommencer, revenir à la peinture telle qu’il l’avait aimée dans son enfance lorsqu’il traversait Paris pour suivre, place des Vosges, les cours de M Darbefeuille. C’était trop tard. J’avais été complice, probablement coupable. J’avais tant cru en son génie. Tout cela tourna mal. Une guerre de marchands s’engagea. Le plus malin l’emporta. La vérité est qu’il n’eut jamais de marchand à l’égal d’un Kahnweiler, Rosenberg, Pierre Loeb, Vollard. Capable de le comprendre - surtout de comprendre la peinture - de lui parler, de le mettre en garde, de le guider. Il partait à la dérive devant des témoins béats d’admiration, incapable de voir qu’il allait se fracasser, se perdre. Ils se contentait de le rassurer, de subvenir à ses besoins, de jouer le rôle de banquier, de secrétaire, d’intendant. Il ne savait rien, on lui cachait tout. Il n’avait plus aucun rapport avec la vie ni avec l’art de son temps. Il ne lui restait que des japonais qui l’admirait on ne sait trop pourquoi. Il était trop intelligent pour s’en satisfaire, il n’était pas dupe...>>
COMMENTAIRES lors de la premiere edition du billet
exécuteur testamentaire et unique ayant droit moral sur l'ensemble de l'oeuvre plastique & littéraire de Bernard Buffet ( 1928 / 1999 ) , je viens de prendre connaissance de votre commentaire sur le pitoyable livre de Jean-Claude Lamy , que Bernard Buffet surnommait à juste titre , lorsqu'il le voyait : " ... tiens , voilà celui qui n'a surement pas inventé l'eau tiède !.... " ; on comprendra dés lors le peu de crédit que l'on doit accorder à ce " bafouillage " illisible , ... qui enfonce des portes ouvertes depuis les débuts du jeune garçon Bernard Buffet, et qui assurément est loin , bien loin de la vérité vraie ... c'est le résumé de la " vieille " histoire du non moins vieux Maurice Garnier , une supercherie !... quant au commentaire de Pierre Bergé , car c'est bien d'un commentaire dont il s'agit , ce n'est guère " glorieux " pour ce dernier ,dont la mémoire , si vive en temps ordinaire , semble dans ces propos-là défaillante ... enfin , pour rétablir certaines vérités , seul Bernard Buffet a décidé , seul avec lui -meme dans son atelier et ce dés le début des années 50 , d'établir une exposition annuelle en Février , en souvenir de ses souvenirs ... ni M. Garnier , ni Pierre Bergé n'ont eu leur mot à dire ..; les décisions de Bernard Buffet n'ont jamais été discutables par qui que ce soit ... avec ma considération la meilleure , hugues tartaut
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR HUGUES-ALEXANDRE TARTAUT AVANT-HIER À 04H43
Je vous remercie de votre commentaire qui, s'il est partial, mais ce n'est pas un défaut en un temps où coule surtout l'eau tiède, sur un livre tout aussi partial, il ne contrdit pas la teneur de mon billet. En effet c'est curieux que Pirre Bergé soit aussi peu dissert sur ses début et en particulier sur le rôle que Bernard Buffet y a joué
merci , cher Monsieur , pour votre aimable réponse ; non , il n'y a aucune partialité dans mon commentaire , simplement une vérité !j'ai vécu dans l'intimité de Bernard Buffet les 10 dernières années de sa vie , un compagnon de voyage en quelque sorte ..., et il s'est beaucoup confié à moi ... jusqu'à son "grand départ " le 4 0ctobre 1999 ... quant à vos commentaires , j'admets bien volontiers qu'ils sont sensibles et intelligents ... mais ne vous fiez pas à tout ce qui a pu etre écrit et dit ... quant à Pierre Bergé , que je connais bien et qui est un ami depuis que j'ai 17 ans .... il est ce qu'il est devenu ... un homme d'importance et de pouvoir dont la mémoire s'adapte à l'image qu'il souhaite laisser à la postérité ... Bernard Buffet avait raison : " ... tout n'est que vanité !... ", avec ma considération la meilleure , hat
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR HUGUES-ALEXANDRE TARTAUT HIER À 16H25
J'ai eu l'occasion et l'honneur de rencontrer plusieurs fois Bernard Buffet dans le cadre du Salon d'automne dont j'étais l'un des administrateurs, j'étais président de la section photographique, lorsque Mac Avoy qui était un ami, présidait cette institution. J'ai le souvenir en ce qui concerne Bernard Buffet d'un homme affable et timide de premier abord qui se "dégelait" ensuite. Je suis totalement d'accord avec ce que vous dites sur Pierre Bergé mais la postérité n'est pas toujours aveugle. Bernard Buffet comme beaucoup de gens de ma génération a été le premier peintre français contemporain dont j'ai su le nom. Je me dis que mon amour actuel de la peinture, souvent bien différente de celle de Bernard Buffet, lui doit certainement quelque chose.
Vous photographiez aujourd'hui des coins de rue, des expositions automobiles, des constructions japonaises, mais je ne vois plus de nu artistique, sauf ceux provenant d'autres artistes... Pourquoi ? Les modèles sont-ils devenus trop rare ? ou avez-vous peut être tourné la page ? Si c'est le cas, c'est un véritable gâchis, car vous avez beaucoup de talent.
Merci pour vos compliments, petites explications puisque vous me le demandez, j'espère que si talent, il y a, il s'exprime aussi bien ailleurs que dans les nus. D'abord permettez moi de changer et de trouver mon bonheur dans d'autres sujets. Et puis j'ai vieilli, il me semble qu'à 60 ans il est moins facile de photographier des garçons nus qu'à 30. D'autre part comme vous l'avez peut être remarqué, en effet l'époque a changé et s'il n'était déjà pas facile de trouver des modèles (surtout des bons) dans les années 80, il est encore plus difficile d'en dénicher aujourd'hui. Autre chose, j'ai fait relativement peu de photos posées dans ma vie, préférant l'instantané, voler des images (ce que je continue à faire) donc assez peu de nus. Enfin il se trouve que je numérise en ce moment des photos des années 80 d'où les millésimes des images que vous pouvez voir sur mon blog. Néanmoins je ne dis pas que je ne referai jamais ce type d'images tout est affaire d'occasion...