FABRICE AU LOUVRE
Paris, 16 mars 1985
un regard sur les arts et les lettres
Paris, 16 mars 1985

La belle affiche de l'exposition Paul Klee à la cité de la musique ne tient pas toutes ses promesses. Car s'il y a de nombreuses oeuvres, plus de 150, ce sont surtout des dessins, ce qui est un peu fâcheux pour cet artiste que je tiens surtout pour un merveilleux coloriste. Le lieu de l'exposition oblige, le thème de Paul Klee polyphonie est le rapport que Klee et sa peinture entretint avec la musique. C'est présenté de façon claire et pédagogique. Klee a hésité longtemps entre la musique et la peinture; d'ailleurs dans sa jeunesse, il a gagné sa vie comme violoniste dans un orchestre. A l'entrée on prête gratuitement un audio guide qui permet de suivre la visite accompagné des musiques que Klee a aimées, dans les interprétations qu'il a connues.
Si cette manifestation met bien en lumière la parenté de l'art de Klee avec celui de son ami Kandinsky mais aussi avec ceux d' Arp et Delaunay, elle vérifie les limites de l'artiste. Il me semble que ce qui a manqué à Klee pour être un aussi grand peintre que Kandinsky, c'est sa relative faiblesse artisanale. Sa peinture manque souvent de fini, alors qu'elle demanderait une exécution parfaite. Il reste néanmoins que Klee ouvrit bien des voies, à la peinture d'un Oscar Gauthier par exemple, en étant une sorte de pont entre l'abstraction lyrique et l'abstraction géométrique.



Paris, décembre 2011
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Phuket, Thailande, avril 2025, photo B.A
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Kyoto, Japon, octobre 2010
Venise, juillet 2010
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Taiwan, 1996
Réalisation: Tsai Ming-Liang,
avec: Lee Kang-Shen, Miao Tien, Lu Shiao-Ling, Ann Hui, Chen Chao-Jung, Chen Shiang-Chyi, Yang Kuei-Mei
Avis critique
Hsiao Kang, ce qui veut dire petit Kang, c’est donc le surnom amical (tendre?) de Lee Kang-Sheng, croise une ancienne copine (Chen Shiang-Chyi) au milieu d’un escalator: <<Tiens, salut qu’est ce que tu fais là? -début à la Rohmer. Petit Kang, désoeuvré, accompagne la dite copine sur un tournage de film auquel elle participe. Ce tournage à lieu au bord d’une rivière -le titre-. Là Ann Hui, un peu la marraine du cinéma taiwanais, dans son propre rôle (elle est la réalisatrice de ”Boat people”, ”Song of exile”...), a bien des problèmes avec son tournage. Le mannequin qui doit figurer un jeune noyé emporté au fil de la rivière est peu réaliste et ne fait pas illusion. Elle repère le beau Hsiao Kang, il est encore beau à ce moment du film, il n’a pas encore été martyrisé par Tsai Ming-Liang, et lui propose de remplacer le mannequin. Après quelques hésitation le garçon accepte, et le voilà en noyé au sortir d’un égout à la grande satisfaction de la cinéaste. Dès la fin de la prestation la copine l'emmène puant et trempé dans sa chambre d'hôtel pour qu’il se lave. Ce qui nous vaut une sensuelle scène de douche dont le réalisateur à le secret. Hsiao Kang pousse le souci d’hygiène jusqu’à se récurer à l’aide d’une brosse à dent. Tsai Ming-Liang est un réalisateur hygiéniste! Hsiao Kang et sa copine font l’amour, une première pour Lee Kang-Shen dans les films de Tsai Ming-Liang et une première hétérosexuelle. Dans ”Les rebelles” il n’en était qu’au voyeurisme chaste, dans ”Vive l’amour” il atteignait l’onanisme, il faut donc arriver à la rivière pour qu’il est une relation physique, qu’il y ai contact entre les corps. Tsai Ming-Liang fait suivre la scène érotique entre les deux jeunes gens par celle où l’on voit un homme (on apprendra plus tard que c’est le père de Hsiao Kang) caressant un garçon dans un sauna.
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Bientôt un violent torticolis fait souffrir le garçon. Nous découvrons la famille de Hsiao Kang Où plutôt nous comprenons après presque une heure de projection que les trois personnages principaux du film forment une famille. Le spectateur qui aura déjà vu ”Les Rebelles” s’en sera douté puisque ”La rivière” reprend les acteurs qui jouaient les parents de Lee Kang-Shen dans le précédent film. ”La Rivière” est une sorte de suite aux ”Rebelles”. Visiblement quelques années ont passé depuis ”Rebelles”. Le père ne conduit plus son taxi; il est à la retraite. La mère travaille toujours dans une gargote. ”La rivière” met en abyme la vérité des relations familiales esquissées dans ”Rebelles”. Si ”La rivière” est une oeuvre qui résonne plus profondément, c’est qu’elle parvient à maintenir chez les spectateurs un équilibre magistral entre incompréhension et sympathie pour le personnage du père. Le cinéaste s'explique sur la récurrence des acteurs dans ses films: << J’aime utiliser le même groupe de gens, mais pour chaque acteur, il y a une raison différente et complexe. Je ressens une certaine responsabilité envers Chao-Jung et Kang-Shen, parce que c’est moi qui les ai amenés au métier d’acteur, et ce n’est pas une situation très enviable, en raison du marasme de l’industrie du cinéma à Taiwan. Si l’on prend Miao Tien, il a joué dans plus de cent films et son jeu est très stylisé. Mais j’ai découvert que dans la vie réelle, il a un sacré naturel, un grand sens de l’humour et même une certaine inquiétante étrangeté qui n’apparaissait pas jusqu’alors sur l’écran. Ca m’a vraiment emballé de découvrir ces traits de son caractère, et après avoir travaillé ensemble sur un téléfilm: ”La dot de Hsio Yueh” en 1991, je me suis juré d’écrire quelque chose pour lui. Pour ”La rivière j’ai changé la fin à cause de la fenêtre de l'hôtel où j’ai tourné la dernière scène. Originellement, Xiao-Kang se réveillait, et son père était parti acheter le petit déjeuner. Il regardait par la fenêtre et voyait son père disparaître dans la foule d’un marché traditionnel. Mais dans la chambre où nous tournions, la fenêtre s’ouvrait sur un balcon, donc j’ai changé la fin. Quelque fois , Dieu nous donne un petit coup de pouce.>> Pour bien comprendre les propos du réalisateur et même son film, il n’est pas inutile de savoir que le père est joué par Miao Tien, macho magique et super star du cinéma de Kung-Fu hongkongais dans les années 60, et que le metteur en scène a du obstinément le convaincre d’accepter cette dangereuse résurrection. A cette image, cette ”Rivière” imaginée par Tsai est parsemée de mines flottantes, de signaux dont on ne perçoit les prophéties qu’après un étrange décalage, d’ambiances indécidables où se distille un cinéma frais et pourtant morbide, la grande douceur du ton cachant des vertiges à chaque plan, ou presque, et laissant finalement le goût d’une tendresse carnassière...
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C’est un précis de décomposition que cette famille. L’appartement familial, lui même est atteint, une fuite? venant de l’étage du dessus inonde les pièces. Le père (Miao Tien) retraité tue son ennui en draguant les gigolos dans les galeries marchandes et les saunas. La mère (Lu Shiao-Lin) travaille dans une immense cantine à la lumière blafarde et avant de rejoindre son ”foyer” fait un détour pour visiter son amant qui préfère regarder vautré sur son canapé des vidéos pornos dont il fait le commerce que d’honorer sa maîtresse. Bref, la chair est triste. Aux liens défait du récit répondent les liens non moins défaits de la famille. Quand a Hsiao Kang on dirait qu’il laisse la douleur l’envahir, meubler le néant de son existence. Cette douleur mystérieuse (on peut penser qu’il a contracté dans les eaux putrides de la rivière, à moins que ce ne soit le cinéma qu’il l’est contaminé) dont le film ne nous donnera pas la nature semble contaminer tout le corps de l’éphèbe. Sa tête ne se tient plus droite, ses membres ne lui obéissent plus, il devient une sorte de pantin désarticulé comme abandonné par son manipulateur. Mais elle réveille aussi l'intérêt de ses parents pour cet ectoplasme de garçon dans ses immaculés habits blancs. Le désir de cinéma de Tsai Ming-Liang se nourrit pour l’essentiel du démantèlement du corps de son personnage et donc de son acteur.”La rivière” n’a de cesse de faire regresser ce corps à l’état de pantin. Tsai Ming-Liang ne montre que des corps en souffrance. Celui du fils, mais aussi celui de la mère, qui se tord de désir au chevet d’un amant qui ne veut pas d’elle, ou celui du père qui cherche dans les bras de jeunes garçons dragués dans des saunas un lien filial qu’il n’a pas pu construire avec son fils. Autant dans toute la première partie du film les deux parents semblent complètement indifférent à l’existence de leur fils, autant ensuite ils font preuve d’un acharnement thérapeutique pour essayer de le guérir. La sollicitation tourne au trivial comique lorsque la mère prête à son fils son vibromasseur phallique pour que le garçon se masse...le cou! Le comique n’est pas absent de ”La rivière” particulièrement lors de la première rencontre sur l’écran entre le père et le fils. Hsiao Kang qui commence à ressentir une douleur au cou, dépasse son piéton de père, sans le voir, avec sa moto, presque aussitôt, il tombe de l’engin. Le père se précipite pour l’aider mais il se heurte au mutisme du garçon (on ne connait pas alors les relations entre les deux hommes, le père pourrait être un simple passant qui aide un inconnu). Suit une suite de postures presque clownesques, pour finir ils se retrouve tout les deux sur la moto, le père soutenant le cou de son fils d’une main tandis que de l’autre il cramponne une longue plaque de plastique ondulé qui devrait canalisé la fuite d’eau obsessionnelle. Ce moment de burlesque gestuel s’apparente au cinéma de Kitano, auquel ”Rebelles” faisait également penser mais cette fois par l’homo-érotisme des relations entre les deux voyous qui étaient proches de celles qu’entretenaient les deux héros de ”Kid return”. On peut y voir aussi un souvenir de Chaplin sur lequel Tsai Ming-Liang écrivit sa première critique de cinéma.
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Il y a tout un pan du cinéma de Tsai Ming-Liang que le spectateur occidental appréhende mal. C’est son rapport avec les lieux que le cinéaste filme. Tsai Ming-Liang est un cinéaste strictement urbain, il n’explore pas avec amour la campagne Taiwanaise comme le font Hou Hsiao-Hsien, Wu Nien-Jen ou encore Lin Cheng-Sheng. Sa pratique de la ville de Taipei est une pratique de piéton, on peut penser que la remarquable scène du restaurant est une expérience vécue par Tsai Ming-Liang: Miao Tien, attablé seul dans un vaste restaurant, il capture le regard d’un jeune homme (Chen Cuao jung qui dans ”Rebelles” puis dans ”Vive l’amour” est l’objet de fascination du fils est dans ”La rivière” devenu un objet de séduction pour le père; Hsiao Kang croisera, frôlera même le garçon qu’il ne connait pas. Cette scène souligne que ”La rivière” n’est pas une suite stricto sensu aux ”Rebelles”) qui déambule le long de la vitrine. Miao Tien se lève pour rejoindre le garçon dans la galerie commerçante mais il a disparu, des pas résonnent mélangés à la musique qui émane du restaurant, (Tsai Ming-Liang n’utilise pas de musique de film, mais utilise la bande son, très soignée à l’instar d’un Godard); le jeune homme sort de l’encoignure où il s’était dissimulé, va nonchalamment à sa rencontre, puis le dépasse et marche vers la caméra; puis Miao se rapproche et l’on assiste à une sorte de parade de séduction entre mâles. Mais son regard n’est pas seulement sensuel, il est aussi politique sur une ville qui comme toutes les grandes métropoles asiatiques ne cesse de se bouleverser sous la pression de la spéculation immobilière qui détruit l’urbanisme traditionnel. On voit bien que le cinéaste est tombé amoureux des vieux quartiers de sa ville d’adoption avec leurs contre-allées et leurs rangées d’échoppes .
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Le mal mystérieux aura ressoudé la famille. Ils le trainent de masseur en prêtre, de guérisseur en acuponcteur, ce qui permet au metteur en scène d’exercer son sadisme sur le jeune acteur (on pense à la relation d’Alfred Hitchcock avec Tippi Hedren sur le tournage des ”Oiseaux, est-ce nourri par le même désir physique inassouvi du réalisateur pour son interprète?), à la fin du film le beau Lee Kang-Shen n’est plus qu’un zombi au corps martyrisé, à la tête rasée. Le malheureux garçon ressemble alors au mannequin dont il a pris la place au début du film.
La fin du film est à la fois mystérieuse et ouverte. Nous suivons en parallèle la mère qui stoppe la fuite en pénétrant par escalade dans l’appartement vide d’au dessus (à ce sujet il est curieux de constater que c’est la seule qui semble savoir se déplacer de bas en haut, elle seule aura l’idée de monter chez le voisin absent pour fermer le robinet qui fuit.) , en fermant le robinet de l’évier, source de l’inondation et le père qui masturbe son fils dans un sauna, la coïncidence est un peu improbable d’autre part rien ne nous laissait deviner que le fils était attiré par les hommes, (le sexe masculin n’est il pas aussi un robinet? On pisse beaucoup dans les films de Tsai Ming-Liang) mais chacune des deux personnes ignorent (?) l’identité de l’autre. L'art du récit cinématographique de Tsai Ming-Liang doit très peu à la scénarisation. Il parvient à cueillir très vite le spectateur en ne lui donnant pourtant qu’un minimum d’informations sur ce qu’il est en train de voir. La scène fonctionne en miroir avec celle où le père est assis derrière son fils sur la moto, lui tenant la tête pour le soulager. Dans le sauna aussi l’ainé est derrière le garçon mais cette fois c’est son sexe qu’il tient et qu’il soulage. Un très beau plan éloigne cette scène du naturalisme; après que le père ai fait jouir le fils dans la cabine obscure du sauna, surgit du fond cadre un long morceau de papier hygiénique blanc, un surgissement presque fantastique, presque effrayant, presque clinique, chez Tsai Ming-Liang aussitôt le rapport sexuel consommé il doit être effacé d’où les multiples scènes de récurage dans son cinéma. Mais l’inceste (Le mot n’est jamais prononcé, il faut dire que Tsai n’est en rien un cinéaste du dialogue, les personnages sont quasi muet tout le long du film) père-fils est le grand sujet autant tabou qu’inédit du film. Il est aussi difficile de parler d’un film comme ”La rivière” sans se perdre dans les méandre de l’interprétation symbolique, car le film fonctionne comme une gigantesque allégorie, en forme de trompe l’oeil, de dédale de rue et de couloirs où se croisent une poignée de gens ”aveugles”. Son effet miroitant, tout en surface, en fait la métaphore d’un monde aquatique sourd et claustrophobique dont on peut cependant dépister les réseaux qui se ramifient autour de l’eau.
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En tournant son film presque exclusivement en de très longs plans-séquences, auxquels il réussit à imprimer un mouvement interne, une pulsation qui est propre à chacun d'eux.Il parvient aussi a donner une expréssivité maximale à chacun de ses plans. Sans aucun effet de montage, sans musique, réunissant rarement plus de deux personnages dans le même champ, le cinéaste crée une atmosphère irrespirable qui nous renvoie à nos angoisses les plus sourdes. Ainsi « La rivière » parvient à sublimer la solitude et la misère sexuelle par un parti pris esthétique aussi puissant que retenu. Ce style méticuleux, calculé, irradie une intensité constante.

Il y a peu de temps je faisais part de l'émotion que j'avais eu en découvrant « Le roi des aulnes » de Michel Tournier (voir le billet Michel Tournier se raconte), en étant assuré de tenir entre les mains un livre d'un homme qui serait dans le futur considéré comme un grand écrivain, je ne suis pas sûr, sauf pour le titre cité, que la postérité donne raison à mon émotion première et le lecteur que je suis devenu ne lui donnerait pas tort. C'est un sentiment voisin que j'ai eu en lisant la bande dessinée de Timothé Le Boucher, « Skins party ». Etant persuadé d'avoir découvert (en ce qui me concerne) un auteur qui comptera dans le futur, si les petits cochons ne le mangent pas, comme disait mon père... La première chance de Timothé Le Boucher pour son premier album, est d'être bien édité par un éditeur dont je n'avais jamais entendu parler avant: manolosanctis. Skins Party se présente sous la forme d'un beau volume de 108 pages sous une couverture cartonnée. Le papier a une belle main et l'impression est sans bavure. On oublie trop souvent que le livre est aussi un objet.

Petite précision sur le titre: Une « skins party », c’est une soirée où se réunissent adolescents et jeunes adultes pour danser au son de musiques diverses déversées à forts décibels prétexte à ingérer moult alcools et drogues, une fête sexuelle aussi, où tout est permis le temps d'une nuit.

Très bonne idée de commencer le livre, puis chaque chapitre qui sont conçu comme des nouvelles graphiques indépendantes, chacun dévolu à un des personnages, par un dessin en pleine page. Ce procédé permet au lecteur de mieux rentrer dans le monde du dessinateur. Il y a toujours, un effort à faire pour un lecteur de bande dessinée pour appréhender la vision du monde proposé par un dessinateur qui est plus brutale, du fait de l'image que lorsque l'on aborde un roman où l'on se fait doucement notre alchimie entre ce que les mots de l'auteur proposent et notre imagier mentale plus ou moins grand. Ces pleines pages, toutes d'un érotisme inventif, sont flatteuses pour le talent de Timothé Le Boucher, il faut bien reconnaître que toutes les cases ne sont pas de cette qualité. Le dessin d'un style que l'on peut qualifier de ligne claire se caractérise par des figures délimitées par un trait fin noir, précis et sûr. Les personnages se détachent sur un décor limité à l'essentiel, c'est sur les décors, maisons ou voitures d'un graphisme trop mou que l'artiste devra progresser (il semble que c'est déjà le cas lorsque l'on visite son blog, visite que je vous recommande chaudement, où j'ai repéré un beau dessin de villa; il suffit de cliquer sur son nom qui suit Timothé Le Boucher), parfois de simple aplats de couleurs. Ces dernières vraisemblablement posées numériquement sur le dessin sont souvent de nuances subtiles dans des tons allant du sourd au fluo. Chaque chapitre ayant une atmosphère et un nuancier propre. Le dessinateur en terme de mise en couleurs raisonne par double page transformant certaines de celles-ci en de beaux camaïeux. La froideur du dessin au néanmoins indéniable érotisme, met une utile distance avec le trash de l'histoire. Chaque page présente un gaufrier assez régulier et simple. Elle est divisée en trois bandes horizontales contenant de une à trois cases. Son sens de l'ambiance est a rapprocher de celui d'un autre dessinateur à peine plus âgé que lui, Bastien Vives, mais ici au service d'une intrigue beaucoup moins languide que celles de son ainé.

Mais peut être encore plus fort que le dessin est l'ingéniosité du scénario dont on ne décrypte l'infernale mécanique qu'une fois lu la dernière page. La progression inéluctable du drame nous enveloppe dans l'effroi petit à petit à mesure que l'on s'attache aux nombreux personnages néanmoins tous bien campés dans leur singularité. Tous des adolescents réunis dans une grande maison, que l'on imagine sise dans un beau quartier à la lisière de la ville, pour une fête où rien ne sera interdit. Le lieu est imprécis la villa se transforme parfois en boite, à ce propos voilà un lieu bien peu présent dans la fiction et presque totalement absent dans la bande dessinée. L'habile découpage appelle une version cinématographique d'autant que « l'éclairage » de chaque scène est très étudié, là encore fait rarissime dans la bande dessinée. De quoi réjouir le chef op et le chef électro de l'adaptation de cette histoire au cinéma que je me plais à espérer (la grosse difficulté d'une telle entreprise serait le casting) Avec cet album en main il n'y a plus qu'a tourner...

Il n'en reste pas moins que le choix d'une fin particulièrement sanglante me paraît discutable, avec ses avantages et ses inconvénients. En ce qui concerne les avantages, en premier lieu elle renforce la cohérence du propos en tirant le récit vers le conte horrifique, le rendant ainsi plus universel et le tirant vers le mythe. Il n'y a ni datation précise, ni ancrage géographique déterminé, même si par quelques détails on sait que l'on est en France, mais on peut facilement transposer le drame ailleurs, et maintenant, mais cela pourrait se situer demain ou il y a cinq ans. Le coté gore renforce également le coté mécanique implacable du scénario. L'inconvénient principale est que la noirceur finale (j'essaye de ne pas trop spolier, le suspense étant un élément non négligeable du récit) fait qu'elle rend moins plausible cette histoire et freine l'identification ( donc l'émotion ) avec les personnages. A propos d'identification je subodore, mais peut être que je fais complètement fausse route) que l'auteur n'est peut être pas très éloigné d'Alexandre... Si j'avais a réaliser l'adaptation pour le cinéma de Skins party, j'en adoucirais la fin et je le situerais très précisément dans le temps (par la musique par exemple) et l'espace (ce qui veut dire un pénible repérage) pour renforcer le coté sociologique qui affleure, probablement d'une manière inconsciente de la part de l'auteur. Je suis conscient que ce serait une petite trahison; mais toute adaptation en est pas une?

Timothé Le Boucher revendique l'influence de la série britannique skins, mais le sous texte de l'album est encore moins politiquement correct que celui de la série, c'est dire! Fait encore extrêmement rare encore dans la bande dessinée occidentale l'auteur représente frontalement la sexualité, tous les désir avec leurs fantasmes et leurs conséquences. Une autre inspiration est facilement décelable celle du « Hole » de Charles Burns (on peut aller voir le billet que j'ai consacré au dernier livre de ce grand auteur: Toxic de Charles Burns ) tant pour l'âge des personnages que pour la noirceur du propos. L'atmosphère de Skins party m'a aussi fait penser à l'atmosphère du film « Simon Werner a disparu de Fabrice Gobert. Quant à la construction en plus rigoureuse c'est à celle d'un autre film qu'elle fait penser à « Elephant » puisque l'on revit, comme dans le film de Gus Van Sant, certaines scènes plusieurs fois par les yeux des différents acteurs du drame.
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Au delà de l'histoire effrénée et de l'élégant érotisme du dessin « Skins party » nous rappelle que tout acte à ses conséquences.

On a hâte, une fois refermé ce passionnant album, de connaître le prochain de l'oeuvre de Timothé Le Boucher, espérons qu'il ne nous fera pas languir trop longtemps...
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Le sanctuaire shintoiste de Yasukuni-jinja est un immense espace dédié aux 2,5 millions de combattants qui se sont sacrifiés pour défendre leur pays de 1868 à la fin de la seconde guerre mondiale. Il a été créé en 1868 alors pour honorer les défunts de la guerre civile qui a précédé l'avènement de l'ére Meiji. C'est aussi un des nombreux oasis de calme et de verdure de la capitale japonaise. On y rentre en passant par une grande porte qui ouvre sur une large allée jusqu'à la statue de Omura Musujiro (1824-1869) l'initiateur de l'armée japonaise moderne. Puis on passe sous un immense torii pour accéder au sanctuaire proprement dit.

Outre le temple et les différents lieux dédiès à des activités traditionnelles, scène de théâtre Nô, salle pour les rencontres de sumos... le principal intérêt de l'endroit est le musée Yushukan qui présente un panorama, surtout à partir de l'ère Meji des guerres qu'a livrées l'armée japonaise.

Les collections sont impressionnantes, avec à l'entrée un véritable "zéro", l'avion emblêmatique de l'aviation japonaise durant la dernière guerre.

De nombreuses vitrines pédagogiques, même pour ceux qui ne lisent pas le japonais (il y a quelques indications en anglais), évoquent les grandes batailles de l'armée japonaise. Dans certaines de ses présentations, on peut voir des effets personnels de soldats tombés au combat, uniforme taché de sang, lettre à la famille...





Plusieurs tableaux et quelques sculptures sont mis au service de l'héroisation du soldat japonais...

Le tableau immédiatement ci-dessus montre les vedettes suicides qu'à la fin de la guerre les japonais lancèrent contre les navires de guerre américains. Ces gestes héroiques, tout comme ceux des pilotes des avions kamikazes ou des marins qui dirigeaient les torpilles suicides provoquèrent que peu de dégâts à la flotte américaine.
De superbes maquettes de la flotte nipponne de la dernière guerre donnent une réalité matérielle au lecteur passionné de Zipang que je suis...



La salle la plus spectaculaire est celle présentant une réplique d'un planeur utilisé par certains kamikazes ainsi qu'un sous marin torpille monoplace utilisée pour des opérations suicides. Un manga très intéressant de Syuho Sato, L'ile des téméraires, raconte cet épisode des torpilles suicides.
Une vaste vitrine offre une reconstitution impressionnante d'une attaque de navires américains par une escadrille américaine.

Le plus émouvant sont les murs de photographies de tous ces jeunes hommes qui sont morts au combat.


Tokyo, octobre 2011
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