Vu de la hune
un regard sur les arts et les lettres
LES BOUCLIERS DE MARS DE GILLES CHAILLET ET CHRISTIAN GINE
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On connaissait Gilles Chaillet, qui a malheureusement disparu, il y a peu de temps, comme un formidable dessinateur, il suffit pour s'en convaincre d'admirer son magnifique album, « La Rome des César », indispensable à tous les amoureux de la Rome antique, avec « Les boucliers de Mars », on voit qu'il était aussi un subtil scénariste (non que ce soit pour moi une révélation mais il me semble que jusque là dans ce domaine Chaillet n'était jamais arrivé à une pareille densité tout en préservant un grand plaisir de lecture). Ce qui nous fait encore plus regretter sa disparition.

Dans cette aventure se déroulant sous le règne de Trajan, Chaillet parvient à travers une histoire passionnante à nous faire toucher du doigt la complexité du monde romain à l'apogée de l'empire. Un empire toujours menacé à l'extérieur par les barbares, l'histoire se passe principalement sur les frontières de l'empire, celle de l'est que délimite le Danube et surtout sur ses marches orientales où les légions font face aux parthes, et travaillé à l'intérieur par ses vieilles légendes comme celle des boucliers de Mars.

Tout commence à Rome le jour où pendant une cérémonie un des boucliers de mars tombe, ce qui à pour signification qu’une menace est en train de planer sur l’empire. Dans les temps anciens de la Rome légendaire, le dieu Mars envoya aux fils de la louve un extraordinaire bouclier de bronze. Il avait le pouvoir de désigner aux Romains l'imminence d'un danger. Afin que nul ne le dérobe, le roi Numa en fit exécuter 11 copies. 800 ans plus tard, les douze boucliers sont exposés devant le peuple. L'un d'eux tombe et s'en va rouler auprès de Vahram l'ambassadeur des Parthes.Les Parthes sont les premiers suspectés de menacer l'empire. Vahram fait mine de s’indigner de ces accusations… Pourtant, c’est ce même Vahram qui met le feu aux poudres quelques mois plus tard en détruisant le fort romain de Zeugma qui se trouve à la frontière du royaume parthe et de l'empire romain. Mais il semble ne pas avoir agi seul !
L'intrigue qui est un peut longue à se mettre en place s'avère palpitante. Les deux albums gagnent à se lire d'une traite comme s'il n'en faisait qu'un, ce qui est le cas en fait (Cela sera sans doute encore plus vrai lorsque le troisième tome paraitra.).

Merveilleusement documenté, Gilles Chaillet travaille depuis des années sur cette période de l'histoire, il a commencé pour les voyages d'Alix sous la férule de Jacques Martin, « Les boucliers de Mars » est une série prévue en trois albums dont deux sont déjà parus. Elle se présente sous d'élégantes couvertures. Chaillet a confié le dessin à Christian Gine dont la qualité du trait classique parvient presque à se hisser à la hauteur de celui de son mentor, c'est dire son excellence. Le dessin de Christian Gine restitue aussi bien les ambiances mystérieuses que les scènes de bataille. Son rendu des corps et de l'intensité des regards semblent au fil des pages de mieux en mieux maîtrisés. Le coloriste Antoine Quaresma, fait particulièrement merveille dans les scènes d’incendie.
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Ce sont des livre à lire avec attention, non que l'intrigue ne soit pas fluide, bien que complexe, mais parce que chaque case est riche d'enseignements sur la vie quotidienne à cette époque et pourtant ici règne une sobriété dans l’expression graphique et verbale. Il n'y pas de débauche de détails ou de dialogues, souvent l’apanage d’auteurs voulant démontrer à tout prix leur maîtrise de la période citée, Chaillet dans ce domaine n'avait plus rien à prouver. Les images d'architectures sont particulièrement réussies. En bonus du premier tome, comme l'on dit pour les dvd, on a droit à une double page somptueuse de crayonnés.

Si « Les boucliers de Mars » est une oeuvre de fiction, on y croise des personnages historique comme Hadrien, que l'on voit sensible à la beauté des éphèbes, ou Trajan, des lieux qui ont existé et un contexte historique avéré comme à l'époquel'imminence de la guerre contre les Parthes qui est réelle et marque l'extension maximale de l'empire romain. Cette guerre est un des hauts faits du règne de Trajan, mais elle n'a pas commencé lorsque débute le récit. Hadrien ( qui après son apparition dans Thermae Romae est en passe de devenir un personnage de bande dessinée à part entière) qui a succédé à Trajan, a d'ailleurs poursuivi la guerre contre ce peuple, ennemi juré de Rome.
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La bonne idée de Chaillet a été de prendre pour héros, point trop envahissant, un peu comme dans « Murena » une autre bande dessinée ayant pour sujet la Rome antique, un officier, une baderne, sorti du rang, jusqu'au grade de préfet auquel il adjoint un jeune tribun sans expérience sorti tout droit de l'aristocratie et directement promu à un haut grade. Les personnages secondaires sont bien campés, si bien que le scénario ne nos propose jamais une visions univoques des péripéties nombreuses et variées, entre tractations de l’ombre, batailles au grand jour et interrogations stratégiques, que nous découvrons au fil des pages.

Il y a de nombreux points de l'intrigue qui restent dans l'ombre une fois les deux albums refermés. On est inquiet pour le devenir des personnages et même pour celui de l'empire... Très habilement les dernières cases du deuxième tome, après une ellipse audacieuse, nous laissent entrevoir une conjuration secrète nous rendant impatient de découvrir le troisième volet de cette aventure.
Ces deux formidables albums prouvent que Chaillet ne se vantait pas lorsque dans une de ses dernières interviews, il déclarait: << Je dois dire que j'ai tellement étudié l'histoire romaine que je me déplace dans ce monde comme si j'y avais vécu ; je peux très bien me promener dans ma tête sur le Forum sous l'Empire, je sais comment les gens que je croise sont habillés et se comportent, où se trouve le marchand d'esclave, l'avocat en quête de clients ou la diseuse de bonne aventure ; quant au décor, je suis capable de le visualiser mètre par mètre ; tous ces éléments aident à mettre en place une histoire cohérente. Ce d'autant plus que je connais fort bien la vie des personnages historiques que je vais mettre en scène, leur psychologie, leurs manies, leurs goûts. De même, si j'invente un personnage de magistrat, de centurion ou de simple esclave, je suis tellement familier de leurs conditions de vie que je sais comment les faire réagir dans telle ou telle situation.>>.
Les deux album « des boucliers de Mars », dans le genre de la bande dessinée classique atteignent un summum.
UNE APRÉS-MIDI AU LOUVRE
Antiquités gréco-romaines







La sculpture française du XVII, XVIII et XIX ème siècle




















Paris, mai 2012
Un lundi sur les annexes de Roland Garros (2 et fin)
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Bolelli et Vavassori
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Peers et Ebden qui gagneront la rencontre
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Cash et Glasspool
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Arends et Johnson les futurs vainqueurs
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Paris juin 2025, photo B.A
ECRITS FANTÔMES DE DAVID MITCHELL
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Je prend l'oeuvre de Mitchell à rebours. J'ai commencé par le merveilleux « Les mille printemps de Jacob Zoet » continué par la « Cartographie des nuages » et me voici avec « Ecrits fantômes » son premier livre paru en France. Comme dans la cartographie des nuages, en fait de roman, nous avons plus à faire à une suite de nouvelles dont le lien entre elles est si ténu, tout du moins entre certaines, que je ne l'ai pas découvert; sa recherche m'a rappelé le jeu qui consistait, lorsque j'étais enfant, à trouver une figure cachée dans une image plus grande où les détails et entrelacs foisonnaient. Il faut attendre la trois centième page environ, le livre en compte plus de cinq cents, pour que les relations entre les histoires apparaissent véritablement. A chaque chapitre, nous changeons de narrateur, de lieu, de milieu, parfois d'époque bien que nous soyons toujours relié avec les années d'écriture du livre mais pas vraiment de ton, c'est une des différences avec « Cartographie des nuages ». L'attaque du livre est déconcertant, cela semble être une marque de fabrique de l'auteur, il faut quelques pages au lecteur pour réaliser que nous sommes, en gros à notre époque, tant le monologue du narrateur est extravagant et répond à une folle logique, qui, heureusement, nous est étrangère. Après ce flottement nous comprenons que nous avons à faire au terroriste responsable de l'attaque au gaz sarin du métro de Tokyo le 20 mars 1995. Le roman commence le lendemain de son acte ce qui date précisément le livre. Le narrateur suivant est tout autre et pour moi le plus sympathique de ceux qui vont prendre la parole. « Ecrits fantômes » est entièrement écrit à la première personne du singulier. Il s'agit d'un jeune tokyoite, vendeur de disques de collection, « la bande son » du roman a son importance » qui s'interroge sur son avenir et tombe amoureux d'une jeune et belle hong-kongaise. On quitte ce garçon avec regret en imaginant, comme lui, son devenir pour investir l'esprit d'un traider britannique en poste à Hong-Kong qui finira mal, puis Mitchell par l'intermédiaire d'une chinoise tenancière d'un boui-boui au bord d'un chemin de pèlerinage, réussit par ses yeux à faire défiler quatre vingt ans d'Histoire de la Chine. Je crois que pour le héros suivant je peux m'avancer en écrivant que c'est un personnage inédit dans toute l'histoire du roman puisque nous sommes en présence d'un esprit amnésique qui en investissant différentes enveloppes corporelles, en Mongolie, cherche à percer le mystère de ses origines. L'épisode qui vient après est beaucoup plus prosaïque puisque le lecteur se trouve au centre d'un gang russe de trafic de tableaux dont la victime est le musée de l'Ermitage.
Comme tous les recueils de nouvelles, car je maintiens qu' « Ecrits fantôme » est plus cela qu'un roman, ce qui ne préjuge pas de la qualité de l'ouvrage, le niveau des nouvelles n'est pas homogène. On est époustouflé par l'aisance qu'a David Mitchell à investir des personnalités aussi différentes qu'un londonien musicien de rock, un paysan mongol, une vieille chinoise ou un étudiant japonais, exemples pris dans la cohorte des personnages de tout age, de tout pays et de condition variée que l'on croise dans l'ouvrage.
Il y a quelques temps je chroniquais « Les souvenirs sont au comptoir » d'Angelo Rinaldi, en écrivant qu'un dernier chapitre très réussi pouvait sauver un roman à demi raté. Dans le cas des « Ecrits fantômes » c'est l'inverse une des nouvelles est bien près de faire sombrer l'ensemble. Il s'agit de « Train de nuit », l'avant dernière du volume; dans laquelle on croirait lire une de ces nouvelles de science-fiction des année soixante dix qui dégoulinait de moraline progressiste et de considérations fumeuses sur l'avenir. David Mitchell met en scène un dialogue entre un animateur d'une émission de nuit sur une radio new-yorkaise et un cousin de son esprit amnésique que l'on a croisé précédemment dans ce qui est un des meilleurs segments du livre. Si ce « Train de nuit » me paraît hors sujet par rapport au reste du livre, il n'en reste pas moins lui aussi un tour de force stylistique puisqu'il n'est composé que de dialogue, comme une pièce de théâtre radiophonique! Un des problèmes de David Mitchell est qu'il est si doué qu'il ne sait pas résister au plaisir de faire un numéro littéraire. Heureusement ceux-ci sont presque tous réussis dans « Ecrits fantômes ».
Difficile aussi de situer ce recueil dans un genre littéraire puisqu'il passe d'un récit intimiste à un roman policier ou de science-fiction mais les interrogations métaphysique ne sont jamais loin La somme complexe des causes et conséquences permet-elle le libre-arbitre ? A travers le pessimisme de tout le livre on en arrive à se demander si la somme complexe des causes et des conséquences permet le libre-arbitre ?
Si la cartographie des nuages est une traversée du temps, Ecrits fantômes est une errance géographique, les nouvelles se passent toute sur une période limitée de quelques mois. Vers la fin du volume, on s'aperçoit que nous sommes pas dans notre univers, mais plutôt dans un temps parallèle.
« Ecrits fantômes » estle premier roman de David Mitchell il lui a permis d’être considéré comme un des meilleurs auteurs du renouveau littéraire anglo-saxon. On y voit déjà ce qui sera présent dans ses livres suivant, notamment l’intertextualité et l’interconnexion de faits dans le temps et l’espace…L’auteur joue avec l’effet papillon entre un terroriste abandonné sur une île au Japon, un fan de jazz à Tokyo, un trader anglais visité par le fantôme d'une petite fille à Hong-kong, une scientifique spécialiste de physique quantique poursuivie par tous les services secrets de la planète, un trafiquant d'art à Saint-Pétersbourg et un esprit omnipotent perdu dans un cyberespace alternatif…
Je conseille vivement de lire ce livre mais pas les deux derniers chapitres, j'ai déjà dit ce que je pensais de l'avant dernier quand au dernier, il pourrait être le début de la première nouvelle et n'est là, même s'il est fort bien fait, que pour la géographie littéraire de l'ensemble.
Ludovic Thiriez
Ludovic Thiriez
Ludovic Thiriez est un artiste français qui vit et travaille à Budapest en Hongrie.
Il est principalement peintre mais, souvent, il associe installations et objets à des peintures. Ses principales recherches ces dernières années se développent autour du thème de l'enfance : il explore cette période de la vie, ses contrastes, ses émotions, ses transitions et ses passions qui reflètent notre condition d'être humain.
Sa peinture est comme une accumulation d'expériences, d'images et d'idées ; un mélange que l'artiste organise de manière simple et chaotique. Décrivant son travail, il aime parler de collages, d'éléments superposés qui racontent des histoires qui oscillent entre réalité, conte de fées et surréalisme. Sur la toile, la composition est construite sur le contraste des coups de pinceaux abstraits avec l'élément figuratif.
La vie apparaît comme un oxymore, une contradiction romantique qui crée un équilibre fragile.
La nature et les plantes sont des présences constantes mais c'est après son voyage au Brésil que l'utilisation de l'élément naturel est davantage soulignée dans ses peintures. Dans une sorte de magie, les arbres et les plantes trouvent leur chemin vers un parfait équilibre visuel.
ROLAND GARROS 2009
ROLAND GARROS 2009
Il y a quarante cinq ans, pour la première fois, j'ai pénétré ce stade qui était magique pour le gamin que j'étais alors. Il s'apprètait à ramasser les balles des Emerson, Stolle et autre Darmon. Mais il n'y avait pas encore d'ombrelle pour protéger les joueurs contre les feux du soleil. Quel plaisir, cette année de retrouver Roland Garros sous la canicule.
Les attitudes des ramasseurs, toujours aussi vigilant aux balles, n'ont presque pas changé en un demi siècle! Je remarque que beaucoup de ces gamins, qui se dépensent pourtant sans compter, sont en sur poids! Quel pays où même les sportifs sont guettés par la mauvaise graisse!
Le plaisir des premiers tours n'est pas seulement de voir jouer Nadal ou Federer sur le Central mais surtout avec un billet pour le court Philippe Chatrier de dénicher, sur un court annexe, comme je l'ai fait cet après midi, des joueurs évoluant vers la centième place du classement pour lesquels un premier tour d'un tournois du grand chelem est aussi important qu'une finale pour les dix premiers du tableau. C'est ainsi qu'une fois encore, j'ai vibré pour des quasi inconnus, durant Trois heures trente, débout à me faire roussir les mollets, tantôt pour un ouzbek, tantôt pour un colombien, pour lesquels cette rencontre était capitale .
Et puis quel plaisir, assis dans le Central de voir jouer Federer, le plus beau tennis dans le circuit aujourd'hui...
Et il y a toujours de jolis spectateurs...
Pour apprécier pleinement Roland Garros lors de la première semaine du tournoi, mieux vaut en connaître le mode d'emploi qui ne s'acquiert qu'après une petite expérience du stade de la porte d'Auteuil. Les rencontres les plus intéressantes des premiers tours ne sont presque jamais sur les courts principaux où le plus souvent des têtes de série exécutent d'obscurs joueurs, pour qui jouer sur le central, auquel on a eu la bonne idée de donner le nom de Philippe Chatrier, auquel le tennis, et pas seulement le tennis français, doit beaucoup, est déjà une victoire, mais sur les courts annexes.
Sur ces terrains, parfois assez éloignés du Central, se disputent des rencontres entre des joueurs proches au classement ou encore entre une tête de série et un joueur assez mal classé mais spécialiste de la terre battue. C'était le cas jeudi dernier, sur le court 5, où s'affrontaient le russe Andreev, qui émarge à la 28 ème place, et l'argentin Vassallo-Arguello, un authentique terrien.
Andreev
Vassallo-Arguello
Toute l'astuce consiste donc a repérer quel est le premier match de la journée le plus intéressant en lisant sur "l'équipe" la répartition des rencontres sur les différents courts. Jeudi dernier j'avais jeté mon dévolu sur cette rencontre Andreev - Vassallo-Arguello, lui suite prouvera que j'avais raison. Il faut donc une fois entré dans le stade, ce qui n'est pas une mince affaire surtout lorsque l'on est muni d'un billet électronique, car l'entrée est très éloignée, se précipiter vers ce court pour espérer avoir une place.
Après avoir slalomé dans les allées encombrées du stade jusqu'au petites tribunes du court 5, je repère qu'il y a une place au bord du court, presque au niveau du filet. Après un petit exercice d'équilibriste me voilà à pied d'oeuvre. Les joueurs entrent sur court, la partie va commencer.
Le match tient toutes ses promesses. Chacun des deux joueurs sont bien décidés à mettre toutes leurs forces dans la balance pour que la victoire penche en leur faveur. Les échanges sont longs et acharnés. Chaque set atteint l'heure de jeu. Le tennis est peut être douloureux pour les pieds. Au troisième set, Andreev demande le médecin qui va lui confectionner une belle poupée au gros orteil.
Andreev a fini par gagner en cinq sets. Son jeu d'attaque a eu raison de la défense pugnasse de l'argentin. Mais il lui a fallu exactement 4h 59mn pour conclure et pendant tout ce temps je n'ai pas quitté mon petit bord du court. Il est temps de se restaurer, les glaces sont tentantes et je me laisse séduire par une belle composition de trois boules avec fruit et chantilly que j'emporte jusqu'au Lenglen où va commencer Tsonga - Monaco.
Lorsque l'on vient de suivre un match durant près de cinq heures, il est un peu difficile de rentrer immédiatement dans une autre partie. Il faut tout d'abord se "refaire l'oeil" car on vient de suivre une rencontre à parfois deux mètre des joueurs et là, sur ce central bis, je suis assez loin et qui plus est en fond de court, alors que sur le cinq j'avais une vision latérale du jeu.
Lorsque l'on est en haut de la tribune sud du Lenglen, on ne voit que quelques cimes d'arbre dépasser de l'arrondi de la tribune nord. On peut alors imaginer que le stade est perdu en pleine forêt...
Il n'a fallu que quatre sets et un peu plus de trois heure pour vaincre Monaco. Je n'ai plus assez faim de tennis pour attendre le début de la rencontre suivante qui sera très vraisemblablement arrêtée par la nuit. Il est temps de quitter Roland Garros mais ce n'est qu'un au revoir puisque j'y retourne lundi...
Lorsque, comme moi, on ne suit que le tennis masculin, l'organisation du spectateur est différent durant la deuxième semaine par rapport à la première. Les rencontres qui m'intéressent se dérouleront donc après le premier match féminin sur le central pour lequel j'ai un billet. C'est la bonne journée, si l'on prend soin d'être à la porte du stade dès l'ouverture, à 10h 30, pour profiter du site. La foule y est moins dense dans la deuxième semaine par rapport au début du tournoi.
Dés le deuxième lundi, commencent les tournois juniors masculin et féminin. C'est toujours un peu émouvant de voir ces jeunes gens qui tous rêvent d'accéder dans les années prochaines au grand tableau. C'est aussi l'occasion de repérer les champions de demain. Le tournoi des junior est aussi une des meilleurs occasions pour admirer le ballet des ramasseurs de balles. Dés l'entrée j'ai profité du temps qui me séparait du premier simple homme pour visiter le tenniseum et son exposition sur le tennis et la bande-dessinée. Je vous en parlerai dans les jours qui viennent.
Ils sont admirables ces ramasseurs qui sont aussi vaillants sur ces courts annexes sur lesquels ils ramassent les balles de joueurs parfois à peine plus agés qu'eux que sur le central.
On m'avais indiqué ce jeune joueur espagnol, l'un des favoris du tournoi junior. Sa frappe est en effet très lourde mais il est à craindre pour lui, que si sa taille ne s'augmente pas quelques centimètres, il ne parvienne pas à briller chez les séniors.
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11h 30 c'est l'heure d'ouverture de l'excellent restaurant du stade qui n'est agréable que tôt, lorsque la foule ne s'y presse pas et par beau temps comme aujourd'hui. Après un bon déjeuner il est temps maintenant de rejoindre le court Philippe Chatrier sur lequel commence la rencontre Haas-Federer...
Haas
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Federer
Sur le central les ramasseurs sont fiers de ramasser les balles de leurs idoles mais en contrepartie ils y courent beaucoups plus que sur les autres terrains. Federer après être passé très près de la défaite au troisième set a réussi à retourner la situation pour finir par l'emporter en cinq manches. Entre les deux matchs de huitième de finale du tableau masculin, la fédération française de tennis a eu la bonne idée d'organiser une petite cérémonie pour le dernier Roland Garros de Fabrice Santoro? un joueur qui était un de ceux que j'aimais le plus voir jouer.
Avec le second match entre Tsonga et Del Potro la température du stade est considérablement montée même si le public s'est assez vite aperçu que le français n'arriverait pas à battre l'argentin.
Del Potro
Tsonga.
C'est toujours un peu de nostalgie que je prend la sortie du stade, encore une année de plus, une année de moins, c'était peut être mon dernier Roland Garros qui sait? Je vais maintenant suivre la fin à la télévision...
Figuration narrative au Grand Palais

Réjouissons nous le Grand Palais est libéré des impressionnistes. Enfin une exposition officielle de peintres vivants.
Voilà un accrochage qui chez moi à la fois remué bien des souvenirs et fait naître bien des questions.
Avant remémorations et interrogations, voyons de quoi il s’agit . Nous avons à faire à un panorama de l’”école”, non constituée, de la figuration narrative qui a regroupé un certains nombre de peintres qui s’opposaient au diktat de l’abstraction de l’école de Paris. Il s’agissait entre autres de Monory, Fromanger, Rancillac, Klasen , Arroyo , Erro... Comme le nom de leur groupe l’indique trouvé, par leur rassembleur, le critique Gérald Gassiot-Talabot , ils se voulaient et se veulent toujours pour les survivants de cette équipée, figuratifs mais au delà de la forme (et pourtant!) qui est nourri de la BD, de la photographie, du cinéma ou des images d'actualité. Ils avaient aussi en commun un grand sens de la couleur qu’ils utilisaient souvent pure en et aplat.

Peter Saul
Mais ils étaient surtout, et le sont resté pour certains, très engagés à gauche. A ce titre ils ne s’opposaient pas seulement à l’abstraction mais aussi à la “figuration bourgeoise” que l’on pouvait voir rive droite avenue Matignon où à la galerie de Paris qui était le fief d’Yves Brayer, cette peinture aujourd’hui se survit, complètement ignorée de la critique, chez un Jouenne par exemple. Contrairement à ces peintres dont la peinture, surtout de paysages, est étrangement intemporelle, riche en “petites bretagnes” et “provences ensoleillés, nos mousquetaires de la figuration narrative voulaient ferrailler avec les tenants du pouvoir capitaliste. Ils entrèrent très vite en conflit avec un autre groupe, Les nouveaux réalistes César, Arman, Ben..., organisés par le charismatique Restany, qui étaient les tenants d’un art sociologique. Ils étaient classés à droite à cause de leur mentor. Cette guerre des clans curieusement ne paraissait pas, alors ridicule; mais ce dont ne s’aperçurent pas les belligérants c’est que les américains allaient les mettre très vite tous d’accord. Paris n’était plus le centre du monde de l’art c’était dorénavant New York. Un événement allait les réveiller, mais trop tard, l’attribution du Grand Prix à la biennale de Venise de 1964 à Rauschenberg.

Fromanger
Comble de malheur pour la figuration narrative, dans ces mêmes années, Paris découvre le pop art anglais et surtout américain avec notamment Wahrol et Rosenquist. Des critiques assez mal intentionnés (et dollardisés) accuseront la figuration narrative de copier les anglo-saxons.
Faisons immédiatement un sort à cette accusation. Si comme les artistes de la figuration narrative ceux du pop art se servent, d’une part des objets du quotidien et d’autre part la photographie et la reproduction mécanique entrent dans leurs pratiques, ces derniers font un art de constatation alors que pour les peintres de la figuration narrative sont fermement ancrés dans la contestation.

Télémaque
Une réflexion entendue lors du vernissage, émise trop fort par une jeune femme élégante, trop jeune pour percevoir l’enjeu politique de ces œuvres, je reviendrais sur la perception que l’on peut en avoir aujourd’hui, se plaignait de la laideur des tableaux (avis que je ne partage en rien). Cette remarque met en exergue une autre grande différence entre la figuration narrative, qui ne s’est jamais souciée du beau, et le pop art dont le souci décoratif est évident. Je précise que le beau et le décoratif, concernant l’art, ne sont pas des gros mots chez moi. A ce propos je mettrais un peu à part deux artistes de la bande Monory et surtout Gilles Aillaud dont j’ai beaucoup de mal à imaginer que le beau n’est pas été une de leurs préoccupation majeure.

Gilles Aillaud, La bataille du riz, 1968
En 2005 Fromanger s'exprimait sur la notion de beauté: << Certes, il y a des critères, des définitions, des codes, un académisme de la beauté. Aujourd'hui, les définitions sont contradictoires, d’ailleurs aussi bonnes les unes que les autres. Si pour reprendre Breton, la beauté doit tenir le coup devant le journal du matin, je suis d’accord. Voilà un des sens que je peux donner à la beauté : tenir le coup devant le journal du matin. Si, comme Picasso, la beauté doit sentir sous les bras, je suis encore d’accord. A une époque où l’on ne pisse plus, on ne chie plus, on ne sent plus, on ne crache plus, c’est pas mal. Je peux t’en dire vingt comme ça. Mais LA beauté, je ne sais pas ce que c’est.>>.
Petit aparté à propos de Monory , il est amusant de voir chez un peintre membre d’un groupe qui contestait la consommation sa fascination pour l’automobile, fascination qui ne s’est jamais démenti comme le prouve ses dernières toiles montrées à Art Paris , il y a deux semaines. Cet amour de la bagnole chromée il le partage avec son collègue américain du pop art Rosenquist. Monory est à mon avis le Seul artiste de la figuration narrative que l’on peut rapprocher du pop art.

Monory, voiture de rêve, 2007
Un aparté menant à une digression voyons le cas de Gilles Aillaud (1928-2005) dont le discour politique est parfaitement inaudible face à ses splendides toiles (exception faite pour “Vietnam la bataille du riz”) qui représentent des animaux dans leur cage au zoo. La dénonciation de l’enfermement ne me parait pas sauter au yeux. Son talentueux suiveur, Bourquin peint le même type de sujets sans vouloir y mettre aucune charge politique.


Oeuvres de Gilles Aillaud dans l'exposition.

Gilles Aillaud, à la fin de sa vie, devant une toile qui est exposé au Grand Palais

Une digression conduisant à un complément d’information, le peintre Cuéco est bien le même homme qui, il n'y a pas si longtemps ravissait les auditeurs de l'indispensable émission de France-culture, "Les papous dans la tête de ses propros cocasses sur les latrines et autres lieux d'aisance. Il est aussi l'auteur de "Dialogue avec mon jardinier" récemment adapté au cinématographe.

Henri Cuéco, Marx Freud Mao, 1969
Un complément d'information pouvant induire un nota, le lecteur attentif du blog s'apercevra combien les pièces de Fromanger exposées ici sont éloignée de celles qu’en chantre de la Bastille j’ai admiré au salon du dessin contemporain.

Oeuvres de Fromanger dans l'exposition
Le nota ne pouvant conduire qu’à une précision en voilà une à propos de Rancillac car si vous avez connu de près ou de loin mai 68, vous ne pouvez pas avoir eu connaissance d’une de ses affiches (que l’on voit au Grand Palais) celle célèbre du portrait de Daniel Cohn-Bendit, légendé Nous sommes tous des juifs et des allemands ". Elle a été dessinée en juin 1968 par Bernard Rancillac, pour protester contre l'expulsion du meneur du mouvement alors qu'il s'était réintroduit clandestinement en France quelques jours plus tôt. Elle a été réalisée dans l'Atelier populaire, autrement dit l'atelier de lithographie de l'Ecole des beaux-arts, annexé pour l'occasion. Le 5 avril 2008 un exemplaire de cette affiche a été vendue pour 2687 euros!

Rancillac
La politique est rarement bonne conseillère ainsi la plupart des membres de la figuration narrative firent sur l'invitation de Fidel Castro et du peintre Lam un voyage à Cuba où il exposèrent leurs toile. Je ne peux que rapprocher cette excursion avec le fameux voyage en Allemagne en 1943 dans lequel se compromirent des peintres comme Derain et de Vlamynck, même si ce n'est pas tout à fait semblable de se faire goberger par Hitler en 1943 et par Fidel en 1967 mais tout de même...

Fidel par Rancillac
Autant de considérations historiques et politiques quasi absentes de l’exposition, fort peu pédagogique. Tout le contraire du formidable catalogue qui offre à l’acheteur, pour 50€ tout de même, un extraordinaire voyage dans le temps avec le calendrier très illustré des combats artistiques qui se déroulaient dans le Paris des années 60. S’y ajoutent, en fin de volume, après les belles reproductions des œuvres exposées, d’éclairantes interviews des protagonistes, Erro, Cuéco, Jouffroy, Klasen , Rancillac, Télémaque ...
La grande question qui se pose, hors de son contexte politique, ces tableaux tiennent-ils pour ceux qui n’ont pas connu cette période. Je suis incapable de répondre à cette question, car trop d’ affectes, en ce qui me concerne, polluent mon jugement. Jouffroy dans l’interview du catalogue semble bien avoir raison quand il dit: << La figuration narrative, c’est la peinture à laquelle il faut ajouter les commentaires innombrables qu’elle a suscité l’espérance qu’on a eue.>>. (ci-dessous une toile de Klasen)

Il me semble que c’est le bon moment pour montrer cette peinture, car je sent monter, pour le meilleur et pour le pire, une repolitisation des esprits, même si je ne pense pas qu’elle puisse atteindre le degré d’exaspération qu’elle atteignait à l’époque où étaient peints ces tableaux. Une conscience politique me parait indispensable pour appréhender les courants artistiques de ces années là. Mais n’en est-il pas de même pour la littérature contemporaine à la figuration narrative tel le roman “Les choses” de Pérec à qui cette rétrospective m’a fait beaucoup penser.

Fromanger
Pour continuer dans ce difficile mariage entre la peinture et la politique, qui irrigue toute l’exposition, un oubli me parait dommageable pour la compréhension du public à la continuité historique de l’histoire de l’art, celui de Fougeron (décédé en 1998). Il faudra bien un jour sortir Fougeron du purgatoire et admettre, malgré son statut durant l’immédiate après guerre de peintre officiel du Parti Communiste Français et seul représentant du réalisme socialiste à la française, qu’il fut un peintre digne d’intérèt et le précurseur de la figuration narrative. Avec des moyens plus traditionnels Fougeron avait le même but que des artistes comme Arroyo, Fromanger , Télémaque, faire passer un message politique à travers la peinture. On retrouve aujourd’hui l’echo de la facture des tableaux de Fougeron dans ceux d’Erro qui eux même ne sont pas pour rien dans ceux de Speedy graphito.

Fougeron
On peut s’etonner aussi de l’absence de Jean Jacquet, trop jeune? pourtant actif dans les mêmes années, ou de celle de Cremonini et Segui un temps compagnons de route...
Il ne faut pas oublier de rappeler que cette peinture est aussi une peinture générationnelle. Tous les membres du groupe, on aujourd’hui aux alentours de soixante dix ans. Et qu’elle est aussi le fruit de l’émergence de nouveautés techniques comme l’arrivée de la peinture acrylique, de l’épiscope et de l’aérographe...

Erro
S’il y a une assez grande unité politique entre les membres de ce que j’hésite à qualifier d’école, il n’y a en rien une unité esthétique. Cette diversité pourra surprendre le visiteur. Autre chose qui pourra le désarçonner nous sommes en face de tableaux qui sont au début ou et à l’origine des oeuvres de peintres qui n’étaient alors âgés que d’une trentaine d’années et qui sont pour la plupart loin de leur apogé artistique. Comme vous le voyez une exposition où il ne faut jamais perdre de vue le sablier du temps.

Arroyo, une toile de 2007
Cette visite comme je le disais en préambule a ravivé bien des souvenirs. Il se trouve que j’étais présent au vernissage de “l’exposition Pompidou”, dans ce même Grand Palais en 1972, événement que les commissaires de l’exposition d’aujourd’hui ont choisi comme le terme de la figuration narrative. Je ne me souviens plus, au tout jeune homme que j’étais alors, ce qui avait valu cet honneur. Je me rappelle d’avoir échappé aux horions qui furent le cuisant souvenir de cette escapade artistique pour certains et de n’avoir entendu qu’au loin le hourvari des protestataires. Je dois dire qu’en cette belle année 1972, je n’avais à peu près rien compris à ce que j’avais vu n’ayant aucune formation artistique et un mince bagage culturel. J’avais tout de même compris l’orientation politique des artistes et certains messages qu’ils voulaient faire passer.
Cette incompréhension d’alors, nourrit mon inquiétude d’aujourd’hui, car au moins à l’époque je baignais dans l’actualité dont étaient issu de nombreux tableaux et j’étais en pleine bataille d’idées; nous sommes avec la figuration narrative dans une peinture d’idées, là encore comme pour les vocables beau et décoratif rien de péjoratif dans ce terme de peinture d’idées; la grande peinture classique d’un Poussin est entre autres cela. Le spectateur de 2008, dans un monde qui bannit l’idée, ignorant de la sophistication technique que demande la réalisation de plusieurs des œuvres exposée et coupé de l’actualité du moment qui les a accouchées que comprendra-t-il? Que verra-t-il?
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STEPHEN TENNANT


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Mathieu à la Monnaie de Paris (3 et fin)
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Paris, mai 2025, photo B.A.













































































































