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humeur cinematographique

L'air de Paris, un film de Marcel Carné

9 Janvier 2026, 07:38am

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L’AIR DE PARIS, France, de Marcel Carné, 110 mn, 1954

Producteur: Robert Dorfmann, scénario: Jacques Viot, Marcel Carné et Jacques Sigurd, Directeur de la photographie: Roger Hubert, Décors: Paul Bertrand, Musique: Maurice Thiriet

avec: Jean Gabin, Arletty, Roland Lesaffre, Marie Daems, Jean Parédès, Maria Pia Casillo, Simone Paris, Ave Ninchi

 

 

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 Résumé

A Paris, en 1954, un ancien boxeur,Victor Le Garrec (Jean Gabin, prix de la meilleure interprétation masculine au Festival de Venise en 1954) qui eu une carrière très brêve, dirige une salle de boxe. Il rencontre un jeune homme, André Ménard (Roland Lesaffre) qui a fait un peu de boxe. Victor s’intéresse à lui. Il l’entraine pour en faire le champion qu’il n’a jamais été. Bientôt il l’installe chez lui. On ne s’explique pas l’attitude de Victor s’il n’est pas l’amant d’André. Carné s’est cru obligé d’ajouter une ridicule histoire d’amour entre le jeune boxeur et une non moins jeune...antiquaire. La femme de Victor, Blanche (Arletty) jalouse le jeune homme. Elle reproche à son mari son engouement pour André. Quant à Victor il reproche a André sa liaison avec la jeune antiquaire. La jeune femme ayant conscience qu’elle entrave la carrière d’André s’éloigne. Le jeune homme retrouve Victor et se consacre entièrement à la boxe.

L’avis du critique

 L’air de Paris n’est pas un film gay à proprement parlé, disons que c’est un film crypto gay. En politique, comme en dessin industriel il y a une vue de droite et une vue de gauche et bien je vais vous donner une vue ”de gay” d’Un air de Paris.

 

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Deux passionnés de boxe Marcel Carné et son scénariste Jacques Viot décident de traiter le sujet en mettant en évidance l’arrière plan social de ce sport. Jean Gabin est dès le début associé au projet. Dans son autobiographie, La vie à belles dents, Marcel Carné explique ses motivations: << Ce qui m’intéressait, en plus de l’atmosphère particulière du milieu, c’était d’évoquer l’existence courageuse des jeunes amateurs qui ayant à peine achevé le travail souvent pénible de la journée, se précipitent dans une salle d’entraînement pour ”mettre les gants” et combattre de tout leur coeur, dans le seul espoir de monter un jour sur le ring...>>. Plus prosaiquement on peut penser que la possibilité d’offrir un premier rôle à son jeune ami Roland Lessaffre n’a pas été pour rien dans le choix du sujet. Les deux hommes se sont rencontré par l’intermédiaire de Jean Gabin qui a présenté Roland Lesaffre en 1949 au cinéaste qui aussitôt le fait débuter dans La Marie du port.  Mais nous ne sommes plus au temps du Front Populaire, les producteurs se défilent les uns après les autres. Robert Dorfmann se laisse convaincre mais il amène avec lui comme financier principal, le très conservateur Cino Del Duca. Ce dernier alors spécialisé dans la presse du coeur et les romans à l’eau de rose, il publiera une novellisation du film encore trouvable chez les bons bouquinistes, veut une vraie histoire d’amour. Il pousse le cinéaste à développer une liaison entre Lesaffre et une jeune femme Corinne, ce qui renvoie Gabin dans son coin, et le film aux plus banales conventions. Jacques Viot se retire du projet. Jacques Sigurd le remplace et remanie l’histoire dans le sens demandé par Del Duca. Le nouveau traitement augmente l’importance du rôle de Lesaffre mais diminue celui de Gabin ce dernier ronchonne mais reste à bord.  L’air de Paris, tel qu’il était écrit avant que ces changements de dernière heure ne modifie l’histoire, etait centré sur le développement d’une relation affective profonde entre deux hommes et se rapprochait d’un contexte homosexuel. Carné doit subir une autre avanie. Il a destiné le personnage de Corinne à Agnes Delahaie à la ville madame Dofmann mais celle-ci se dispute avec l’ épouse du co-producteur italien, engagée elle aussi dans le film! Qui exige son remplacement. Carné engage ainsi Marie Daems à quelques jours du premier clap.

 

 

Le tournage a été houleux car si le scénario de Jacques Viot faisait la part belle à Gabin, les dialogues de Jacques Sigurd, sur la demande de Carné, mettent en évidence le rôle de Roland Lessafre, l’ami de coeur de Marcel Carné, ce que n’appréciait pas du tout Gabin. Lessaffre comédien médiocre est pourtant dans ici convaincant,  bien que trop agé pour le rôle, il a alors 27 ans, il est choisi entre autres parcequ’il a été lui même, boxeur amateur. Il y a aussi dans Lessaffre quelque chose du Gabin jeune de ses grands films d’avant guerre, Le jour se lève, Pépé le mocko... où il incarnait les fils du peuple.

En outre Gabin ne voulait pour rien au monde que l’on pense qu’il jouait un homosexuel, même refoulé, comme le confiait Marcel Carné à Jacques Grant (l’habituel directeur de casting de Téchiné) pour le défunt Masque: <<Gabin avait une peur terrible de ça. Quand à la fin du film, il venait retrouver le jeune boxeur, je lui dis: Tu lui passes la main autour du cou et tu l’emmènes: Pas question je ne veux pas avoir l’air d’un pédé. Il n’était pas content du tout.>>. En tout état de cause L’air de Paris marquera la rupture définitive entre Carné et Gabin.

 

Le film tombe dans le ridicule et l’incompréensible pour n’avoir pas voulu rendre explicite la liaison entre Victor et André. Pourtant l’image de Victor la main tendrement passée dans la ceinture de la culotte de son protégé au moment de la minute de repos entre deux rounds... Il est amusant, mais pas vraiment surprenant, tant l’homosexualité irrigue tout le cinéma de Melville, de retrouver la même scène, avec un cadrage presque identique, dans L’aîné des Ferchaux , Belmondo est le boxeur et Andrex remplace Gabin. Mais la scène la plus torride est celle dans laquelle le manager masse son poulain vêtu que d’un mini slip. La caméra s’attarde longuement sur le corp imberbe de Lesaffre, Marcel Carné n’avait pas toujours mauvais goût! 

Arletty, qui avec L’air de Paris retrouvait Gabin quinze ans après Le jour se lève), dans les années 80 voyait très lucidement la faiblesse du film: << Il aurait fallu aller très loin dans le film. Je pense que Gabin ne voulait pas passer pour un homo; au fond en réalité, il aurait dû se taper Lessaffre ouvertement, l’aimer d’amour. Tandis que là, c’est pas dit, c’est pas fait. Fallait faire L’escalier, des mecs qui sortent ensemble. Je crois que ça enlève beaucoup.>>.

Carné qui n’était pas le courage même au sujet de ses moeurs, c’est un euphémisme. Le film a aussi un intérêt historique pour le spectateur gay d’aujourd’hui. Le petit rôle caricatural joué par Jean Paredes illustre bien comment le cinéma français d’alors voyait l’homosexualité masculine. Que le rôle soit tenu par le délicieux Jean Parédes ne change rien à l’affaire. Il refera son numéro de folle de contrebande dans Fanfan la tulipe. Il faut lire l’émouvant portait de ce comédien qu’en dressent Olivier Barrot et Raymond Chirat dans leur indispensable Noir & blanc, 250 acteurs du cinéma  français 1930-1950 (ed. Flammarion).

On peut également voir une touche de lesbianisme dans la relation entre Corinne et sa protectrice Chantal (exellente Simone Paris) paralléle pas assez développé avec le duo Gabin – Lessaffre.

Techniquement le film est parfait. Carné a soigné particulièrement l’aspect documentaire, pour cela il a engagé trois boxeurs: Séraphin Ferrer, Legendre et Streicher, l’entraineur Roger Michelot ainsi que les speakers et les soigneurs du Central Sporting Club de Paris. On doit se régaler du beau noir et blanc qui balaye toute la gamme des gris et des cadrages soignés qui échappaient alors à la dictature actuelle et de la caméra portée et de son trops fréquent corollaire: le bord du cadre tremblotant. La lourdeur des caméras de 1954 n’avait pas que des inconvénients. Admirons les décors d’une parfaite justesse tant pour la salle de boxe que pour l’appartement petit bourgeois du couple Aletty – Gabin sans oublier l’intérieur bien dans le goût de l’époque de l’antiquaire.

 

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Curieusement Carné, cinéaste de plateau par exellence, a utilisé des images complémentaires tournées par André Dumaitre pour rendre l’atmosphère de Paris, celle-ci est très documentaire de première partie dans le style Plaisir de France.

Si on replace le film dans l’histoire du cinéma français on peut y voir les derniers feux du néo populisme d’après guerre où pointe déjà le psychologisme qui triomphera avec Claude Sautet.

 

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Mais ne cherchons pas Carné où il n'est pas : dans le le lieu clos factice où un ouvrier soudeur marqué par le destin attend que le jour se lève, ou parmi les masques en liesse du Boulevard du Crime. Face à la vulgate il est urgent de le situer à sa vraie place un petit maître des faubourgs, une sorte d’Utrillo de la caméra, entraîné à son corps défendant dans des entreprises trop grandes pour lui dont on le crédite abusivement. C'est le moment de reposer la vieille question : qui est le véritable auteur d'un film ? 

 

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L’air de Paris est le type même du film d’un réalisateur qui n’a jamais eu le courage et la lucidité de sortir son homosexualité de la clandestinité. Cette attitude timorée explique en partie le naufrage du deuxième volet de la carrière de Marcel Carné, après sa brouille avec Prévert. Elle explique aussi peut être l’abandon de La fleur de l’age, son projet sur la révolte du bagne de jeunes de l’ile de Ré. Le tournage sera abandonné au bout d’une semaine. On retrouvera ce thème dans le beau téléfilm Alcyon de Fabrice Cazeneuve...

Un air de Paris est édité en DVD par Studio Canal dans une bonne copie mais avec seulement pour bonus les filmographie sélective de certains protagonistes du film.

 

     

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Les faux-monnayeurs un téléfilm de Benoit Jacquot

7 Janvier 2026, 07:49am

Essayons d'évacuer la question de l'adaptation, sachant que c'est impossible, le film étant tiré des « Faux monnayeurs », une des oeuvres maitresses d'André Gide. Tentons néanmoins de regarder l'objet filmique que nous avons sous les yeux en s'efforçant d'oublier l'oeuvre originale. Ceux qui suivent ce blog, et surtout les rares qui prennent la peine de lire les textes, savent que les problèmes de chronologie et de datation dans les fictions me préoccupent et que des erreurs dans ces domaines, ou des anachronismes, suffisent à dissoudre mon attention sur ce que je lis ou regarde... 

  

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Le film de Jacquot à ce propos commence mal. Beaucoup de lecteurs du roman de Gide se souviendront qu'il a été écrit entre 1919 et 1925. Dans la première scène lorsque Edouard (joué par Melvil Poupaud, qui tourne pour la deuxième fois sous la direction de Benoit Jacquot, seize ans après « La Vie de Marianne ») reluque un lycéen ( je dirais plutôt un collégien) qui tente de voler un livre dans la boite d'un des bouquinistes des bords de Seine (heureux temps où les lycéens volaient des livres, ils savaient donc lire!) si la vêture du garçon évoque bien les années 20, de même que l'automobile que nous apercevrons peu après, la longueur et la coupe de ses cheveux ne paraissent guère d'époque; elles me semblent d'ailleurs appartenir à aucune. Le garçon en question, Georges, (Thomas Momplot) se révèlera le neveu du matteur, j'anticipe, mais ce petit coup de théâtre était cousu de fils blanc! - Est-ce la cocteaulâtrie du moment, sans doute, mais dès l'apparition de la jeune créature j'ai pensé à l'élève Dargelos - Dans la scène suivante où Edouard rend visite à sa soeur, Pauline, on est également troublé par les vêtements portés par Pauline Molinier et son mari qui sont dans le goût des années 1910 et non de celui de 1920 et encore moins 1925, (on s'apercevra ensuite que tous les personnages sont habillés à la mode de 1910, alors que l'on est censé, par les éléments de décor et l'ambiance générale, être en 1920. Si l'on excepte Melvil Poupaud qui est affublé de costumes à carreaux qui étaient peut être du plus grand chic dans les provinces américaines autour de 1900 mais improbables à Paris ou à Londres d'où arrive Edouard... qui porte très bien le chapeau. De même la chevelure aux belles boucles du jeune Olivier (Maxime Berger), leur fils, est bien peu conforme aux usages de l'époque. – Pas beau cet agneau, genre maigre et mou à la fois, mais joli, plein de charme... -

  

Edouard (Melvil Poupaud) 

  

Alors que la plupart des réalisateurs, c'est une maladie américaine, prennent pour interpréter des adolescents des acteurs plus âgés que l'âge de leur rôle. Benoît Jacquot semble s'être ingénié à choisir au contraire, des acteurs plus jeunes que leur emploi ou plus probablement faisant plus jeune. C'est assurément un choix courageux et même audacieux; c'est d'ailleurs la seule audace de mise en scène. Cet aspect juvénile est l'apanage des adolescents, en particulier des acteurs jouant Olivier et Bernard mais aussi de certains adultes comme Patrick Mille qui incarne Robert de Passavant. Il demeure que l'aspect de collégien d'Olivier le rend peu crédible en rédacteur en chef d'une revue littéraire.

L'oeuvre de Jacquot a un défaut récurrent aux films qui se déroulent dans le premier quart du XX ème siècle, le manque de moustaches. A l'époque de la guerre de 14 seuls les prêtres et les acteurs (et encore pas tous) n'avaient pas de moustaches; des faces de cul comme disaient les poilus français lorsqu'ils ont découvert les soldats américains qui venaient à leur rescousse et qui étaient presque tous glabres. Dans les années vingt la moustache amorçait un recul mais était encore largement majoritaire sous le nez des hommes. Il faudra attendre le début des années trente, avec l'arrivée massive du cinéma américain et un certain Adolf pour qu'en France son port connaisse un rapide déclin...

    

       
 Bernard (Jules-Angelo Bigarnet) 

Vous me direz que ma critique manque de hauteur et que je m'attache trop aux détails. Vous avez raison, mais je vous répondrais que l'excellence d'un film se fait d'abord par la juxtaposition de détails justes.

Si, donc les premières scènes m'ont laissé, en ce qui concerne l'image dubitatif, mais il est vrai que le spectateur doit toujours faire un effort pour rentrer dans l'univers visuel d'un cinéaste, en revanche l'incipit textuel m'a ravi: << Rien n'est plus difficile à observer que des êtres en formation, il faudrait pouvoir ne les regarder que de biais. >>. Les ayant beaucoup regardé, « les êtres en formation » et pas seulement de biais, ce blog en témoigne, je ne peux que confirmer la justesse de cette phrase.

 

  

Olivier et Bernard 

  

Benoit Jacquot a eu la funeste idée de reprendre les adresses au lecteur d'André Gide qui prennent dans le livre, un peu la forme de didascalies et qui ne montraient que les limites dans l'exercice romanesque de l'écrivain, son impuissance à faire des transitions fluides entre deux scènes. Le cinéaste les a transformées en bancs-titres silencieux, ce qui nous ramène au temps du cinéma muet. Cela certes ancre le récit dans les années vingt, mais surtout le hache inutilement. Jacquot est en cela malheureusement fidèle au roman, composé de scènes juxtaposées sans véritables traits d'union. Dans chaque épisode apparaissent une multitude de personnages. Pour ne pas trop élaguer l'intrigue (élagage très habile) le réalisateur a choisi d'en faire de courtes pastilles (certaines sont très réussies, et riches en sous-textes comme celle de la première visite d'Edouard à monsieur Lapérouse alors que d'autres sont lamentablement ratées, par exemple la scène dans l'escalier où Vincent avec Laura, sa maitresse engrossée, qui est par ailleurs amie avec Edouard.) se disputent. La rapidité de la succession des scènes d'un format trop court, fait que le spectateur n'a pas le temps de comprendre complètement, au début tout du moins, les liens qui relient tous ces personnages.

Par rapport au roman, le scénario fait l'impasse sur certaines scènes (les bancs-titres trouvent là leur véritable utilité, celle de résumer un morceau de l'histoire que le réalisateur n'a pas le temps nécessaire pour le mettre en images), ce qui était inévitable au regard de la durée imparti pour le film (environ 2 heures). Mais curieusement, sans raison à mon avis, il en bouleverse l'ordre, sans pour autant apporter plus de clarté au déroulement de l'intrigue. Ce découpage différent de celui du roman à pour résultat de focaliser le spectateur sur l'attirance mutuelle qu'éprouve Edouard et Olivier, l'un pour l'autre.

  

  

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Bernard (J.A Bigarnet) et Edouard (Melvil Poupaud) 

 

On se demande pourquoi, sinon je le répète, la volonté de mettre en exergue la relation entre Edouard et Olivier, le scénario fait arriver l'entame du roman aux alentours de la vingt-cinquième minute du film alors que la scène dans laquelle Bernard (que l'on a pas encore vu à l'écran) joué par Jules-Angelo Bigarnet (que j'ai vu beaucoup plus physiquement à son avantage ailleurs qu'ici), le meilleur ami d'Olivier, sensé réviser le bac qu'il doit passer prochainement, lisant une lettre d'amour vieille de 17 ans adressée à sa mère, apprend qu'il n'est pas le fils de l'homme qu'il croyait son père. Bouleversé par cette nouvelle Il décide de quitter pour toujours, l'appartement familiale. C'est cette action qui dans le roman lance toute la mécanique de l'histoire, ce qui n'est pas le cas dans le film.

  

  

Vincent (Vladimir Consigny) 

    

J'attendais avec impatience la mise en images du passage où Bernard en cachette rejoint la chambre de son ami Olivier. Jacquot a parfaitement réussi la scène mais lui a enlevé toute sensualité alors qu'il en a mis dans les rencontres entre Edouard et Olivier, ce que je n'ai pas autant perçu à la lecture... (ah la scène dans laquelle Melvil Poupaud soulève et prend dans ses bras musculeux l'Olivier moribond dans sa grenouillère moulante, pâmer comme une jeune vierge, le moment le plus torride du film!). Cet épisode se déroule dans la pénombre, malheureusement la caméra, probablement numérique, n'a pas aimé le manque de lumière alors que par ailleurs l'image, bien éclairée, dans tout le film a un beau piqué, est granuleuse dans cette séquence.

  

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La scène où Edouard découvre Olivier après sa tentaive de suicide (voir les images immédiatement ci-dessus) est pour moi, l'acmé du film (belle idée de cinéma que ces plans, caméra au plafond). On peut penser que la cause du suicide d'Olivier au petit matin, est qu'ayant connu dans la nuit entre les bras d'Edouards (et le reste) une telle félicité, pensant ne jamais plus connaitre un tel bonheur, il ait choisi de quitter ce monde sur ce souvenir magnifique. Mais peut-être est-ce là l'interprétation d'un pervers....     

  

Cette scène des deux garçons réunis à l'insu de leur famille dans la chambre de l'un, rappelle un passage des débuts des « Thibault ». Ce qui n'est guère surprenant, Roger Martin du Gard, étant pour Gide une sorte de consultant lors de l'écriture du roman... L'ouvrage lui est dédié.

Si avec « Les faux monnayeurs » Gide est incontestablement novateur quant à sa forme romanesque, il est également avant gardiste, en faisant surgir, en 1925, n'oublions pas la date à laquelle se déroule l'intrigue, avec le personnage de Sphroniska (Anne Bennent) qui « traite », le jeune Boris, le petit fils de monsieur Lapérouse, la psychanalyse qu'il qualifie tout de même, par l'intermédiaire d'Edouard, d'inquisition révoltante...

  

Olivier (Maxime Berger) 

  

Les acteurs font presque tous une prestation estimable à l'exception de Vladimir Consigny, toujours bien beau garçon, dont J'avais découvert et apprécié la plastique dans « Hellphone » mais, qui ici se révèle un bien piètre acteur dans le rôle de Vincent. Mais dans cette distribution pléthorique, il est néanmoins meilleur que l'actrice, dont mon reste de charité chrétienne me fait taire le nom, qui joue Laura, la femme grosse des oeuvres de Vincent. Quant à Patrick Mille, en Robert de Passavant, bien que lui aussi d'aspect un peu trop juvénile, il est très bien en cauteleux pervers. Maxime Berger, boule bien certains mots, à l'inverse de Jules-Angelo Bigarnet qui a une belle diction, mais il ne faut pas trop en demander aujourd'hui aux adolescent français qui font acteur. C'est déjà rafraichissant d'entendre sortir de jeunes bouches le français sans l'horrible accent d'importation qui s'est imposé dans nos banlieues. Comme à son habitude Melvil Poupaud, parfait dans le rôle d'Edouard, sur lequel le scénario est centré, plus que le roman, sort du lot. A noter que Jean-Marc Stehlé qui interprète le rôle de monsieur Lapérouse et avec qui Melvil Poupaud a une des plus belles scènes du film, a joué dans plusieurs autres films de Benoit Jacquot. Jean Marc Stehlè est décédé en juillet 2013. Je trouve que Jean-Marc Sthelé, sous certains angles, ressemble à Gide âgé. Encore à propos des ressemblances pourquoi avoir fait de Jarry (1873-1907) (Jean-Damien Barbin), personnage qui n'apporte rien au récit, un sosie d'Antonin Artaud?

Cette apparition de Jarry est l'anachronisme le plus évident du film. Benoit Jacquot confond-il Jarry avec Dada? C'est Tristan Tzara qu'à la rigueur il aurait fallu convoquer, bien qu'en 1920 le dadaisme, déjà s'essoufflait...

  

 

A la longue l'anachronisme des habits des personnages est agaçant. Les vêtements datent tous d'au moins dix ans avant l'époque pendant laquelle se déroule le récit. S'il n'est pas adroit de costumer tous les comédiens à la dernière mode de l'année de l'action (comme ce qui est couramment fait, en particulier pour les histoires se passant en 1925, où l'on ne voit que des gommeux et des garçonnes évoluer dans des meubles art-déco du dernier cri, il est tout aussi regrettable de tous les habiller avec leur fond de placard! En revanche dans le passage se déroulant en Suisse (en fait tournés à Chamonix) le col roulé porté par Melvil Poupaud m'a surpris par sa modernité. Est-ce qu'un lecteur pourra me donner la date de l'apparition du col roulé?Si les costumes créés par Christian Gasc plombent un peu cette adaptation, a contrario les décors sont de beaux écrins aux prestations des acteurs. On aurait pu néanmoins éviter l'inutile tarabiscotage de l'appartement des parents d'Olivier. La production a du rager que l'on voit aussi fugitivement à l'écran de si nombreux et si beaux intérieurs (Il y a peu d'extérieurs.).

  

Lilian Grifith (Dolorès Chaplin) et Passavant (Patrick Mille)

 

Le recul que l'on a aujourd'hui sur l'Histoire littéraire du XX ème siècle change notre perception d'une oeuvre, comme « Les faux monnayeurs ». Ainsi j'ai vu en Robert de passavant une caricature à charge, d'un mélange de Cocteau et de Drieu La Rochelle avec peut-être une pointe de Montherlant et la relation entre Robert de Passavant et Olivier, une méchante transposition de la liaison Cocteau-Radiguet. Si "Les faux monnayeurs" n'est pas un roman à clés, il n'est tout de même pas difficile de voir dans la relation entre Edouard et Olivier une transposition (idéalisé?) de celle de Gide (1869-1951) et de Marc Allégret (1900-1973).

<<... Marc Allégret, étudiant au physique spectaculaire est couvé depuis 1916 par "son oncle" qui a force de parfaire son éducation, en est tombé amoureux. C'est la première fois, ce sera aussi la dernière, que Gide éprouve un sentiment violent: il veut près de lui ce garçon au gout exigeant dont, le père, le pasteur Elie Allégret, a été son propre maître, trente ans plus tôt. Or si Marc donne toutes les apparences de "l'aimer bien", il prend à l'évidence plus de plaisir à se rendre au cirque ou aux premiers vernissages dadaistes avec Cocteau, qu'à hanter la bibliothèque un peu datée de son oncle quinquagénaire. >>

Claude Arnaud, Jean Cocteau, 2003, Gallimard

  

Cette citation de l'indispensable biographie de Cocteau par Claude Arnaud met en évidence que tout un pan des "Faux monnayeurs" n'était que la transcription à peine romancée de la vie de son auteur (déjà l'auto-fiction) et un peu un règlement de compte personnel. A la sortie du livre les critiques ne s'y sont pas trompés et ont reconnu en Robert de Passavant un portrait peu aimable de Cocteau. 

 

  

  

 

Les romanciers courent bien des risques à voir leurs oeuvres adaptées dans un autre médium, celui, bien sûr d'être trahi, mais aussi de voir mis en évidence certains défauts moins visibles à l'écrit qu'au cinéma. Ainsi cette adaptation renforce l'impression d'artifice qui lie les évènements entre eux. Elle met en lumière les hasards grossièrement irréalistes de la trame romanesque, comme celui de la rencontre de Georges et d'Edouard sur les quais de la Seine, ou encore le fait que Laura soit, à la fois la meilleure amie d'Edouard et la maitresse de Vincent, sans oublier la plus grosse ficelle scénaristique qu'est la perte du billet de la consigne de sa valise par Edouard, billet qui permet à Bernard de faire la connaissance de Laura qui, je le rappelle est la maitresse de son frère Vincent et au romancier d'inclure dans sa construction littéraire la forme du roman dans le roman, génialement novatrice lorsque Gide écrit « Les faux monnayeurs ». En quelques mots Edouard, le double fantasmé de Gide, énonce, dans une soirée au coin du feu, pendant laquelle Bernard est cette fois très mignon, Jules-Angelo Bigarnet (quel blaze!) m'évoque irrésistiblement dans cette scène le Nael Marandin d'il y a quelques années, la théorie romanesque de Gide, mise en abime. Gide n'est néanmoins pas le premier à tenter cette construction, Diderot (et quelques autres qui n'apparaissent pas immédiatement à ma cervelle fatiguée) s'y est essayé avant lui.

  

 

Encore plus qu'à la lecture, la version de Benoit Jacquot met en évidence le superfétatoire de l'épisode Boris, qui ne semble être là que pour faire avaler les turpitudes de ces messieurs avec leurs jeunes pousses littéraires. Benoit Jacquot a eu la bonne idée de faire disparaître quelques intigues secondaires et parasites, comme celle où des camarades de lycée de Bernard et d'Olivier qui participent à un trafic de fausses pièces. En conséquence le personnage de Strouvilhou (l'incarnation du mal?) disparaît. La disparition de ce pan du livre n'est génant que parce qu'il lui donnait son titre. Néanmoins la fausse monnaie est bien sûr une métaphore. Edouard lui même, lorsque, en Suisse, au coin du feu, on le presse de donner le titre du roman qu'il est en train d'écrire, dit que les fausses pensées des gens sont comme les fausses pièces. Armand, le jeune dépressif cynique est un autre personnage du roman qui passe à la trappe dans l'adaptation de Jacquot (il a également fait un sort aux masturbations de Boris) qui en réalité et avec raison, ne s'est intéressé qu'aux quatre personnages qui ont réellement épaisseur et vérité dans le roman qui pourrait se résumer, si l'on va jusqu'à l'os, en la concurrence de deux adultes pour s'attirer les faveurs de deux garçons...

  

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Dans la vie de Gide toute la période de l'écriture des « Faux monnayeurs » est sous le signe de la pédérastie. L'édition courante de Corydon paraît la même année que le roman et Gide est en pleine idylle avec Marc Allégret qui a envisagé de porter « Les faux monnayeurs » à l'écran. Comencini en a eu également le projet. Dans les années 90 c'est Agnieszka Holland avec Françoise Giroud pour l'adaptation cinématographique qui a tenté de monter, sans succès l'opération.

  

Presque jamais Benoit Jacquot se libère de la déférence réfrigérante qu'il a pour l'oeuvre de Gide. Ce qu'il aurait fallu montrer, pour réchauffer tout ça, c'est immédiatement après le carton sur lequel on lit: Robert de Passavant s'occupe d'Olivier, c'est un plan moyen bien honnête de Passavant enculant Olivier. Ce qui aurait été certes un anachronisme de la chose écrite de 1925 mais pas du vécu des deux personnages...

  

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Nota: 

1- Tout d'abord, merci à Bruno qui m'a permis de voir ce film que j'avais raté lors de son passage à la télévision. Il a été depuis édité en D.V.D.

2- Ensuite je voudrais signaler que pour commenter l'adaptation de Benoit Jacquot, j'ai relu le roman de Gide. Il me semble que c'est ce que devrait faire tout critique, lire l'oeuvre originale, lorsqu'il doit traiter d'une adaptation. Malheureusement on peut constater que c'est rarement le cas!

3- A cette adresse: http://e-gide.blogspot.fr, on trouvera une mine de connaissances sur Gide où tout gidien doit se perdre.

4- Via mon e-mail, j'ai reçu le judicieux commentaire auquel je répond à sa suite (cher lecteur je vous rappelle que tous les commentaires sont les bienvenus, mais si possible utilisez la touche commentaire qui se trouve à la fin de chaque billet pour déposer ceux-ci. Il suffit de cliquer sur ce le mot commentaire, toutefois vous pouvez passer comme l'a fait Claude L. par l'hébergeur.


FAUX MONNAYEURS - D'accord sur les grandes lignes de votre billet relatif au film dont je viens de voir le DVD. Toutefois, d'après d'anciens souvenirs (j'ai 83 ans) il me semble que si film et roman paraissent "hachés" par découpage et juxtaposition des scènes, (plus inclusion du journal d'Edouard dans le roman) sans trait d'union, c'était pour donner l'impression de la quasi simultanéité des différentes actions, procédé utilisé par Sartre dans les Les chemins de la liberté où il emploie le même subterfuge narratif. Aussi, cela aurait fait dire à Gide à qui l'on demandait son opinion (mauvaise) sur 'les Chemins de la liberté' de Sartre "Je ne trouve pas cela assez 'genuine' rappelant ainsi son "antériorité". Le cinéma étant, entre autre, l'art du découpage et du montage, l'artifice n'en est que plus visible et parfois, gênant. - Bien amicalement CL. J'apprécie le film et j'accepte les garçonnets ; et tant pis si au nom de la vraisemblance il leur manque quelques poils au menton !

Claude L. Paris 15ème

Réponse: Votre remarque est fort juste en effet Sartre a utilisé ce procédé pour "Les chemins de la liberté" gros roman que Sartre a été incapable de terminer mais qui est tout de même intéressant et qui ne mérite pas le dédain qui l'entoure. Mais beaucoup plus que les faux monnayeurs c'est du Manhattan transfert de Dos Passos que Sartre c'est inspiré. C'est beaucoup plus convaincant chez l'américain qui a oser procéder par collage et s'est débarrassé des inutiles et lourdes transitions mais le chef d'oeuvre de ce type de construction dans le roman c'est "Contrepoint" d'Aldouxs Huxley. 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

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Franco PINNA (1925-1978) Satyricon

10 Décembre 2025, 07:43am

 

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LE PLUS BEAU PAYS DU MONDE de Marcel Bluwal

9 Décembre 2025, 07:38am

 

  

Fiche technique :

 
Avec Jean-Claude Adelin, Claude Brasseur, Jacques Bonnaffé, Marianne Denicourt, Thierry Lhermitte, Didier Bezace, Daniele Lebrun, Jean-Pierre Cassel, François Berléand, Laurent Malet et Maurice Barrier.

Réalisé par Marcel Bluwal. Scénario de Jean-Claude Carrière. Compositeur : Antoine Duhamel. Directeur de la photographie : Philippe Pavans de Ceccaty.


France, 1998, Durée : 120 mn. Disponible en VF.

 

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L'avis critique

 
Les films français sur le cinéma sont rares (La Nuit américaineLe Schpountz, Laissez-passer ...). Les films sur Vichy aussi. Ce passé, qui ne passe pas, s’est assez bien passé pour la grande famille du cinéma français – tout du moins pour ses membres qui n’étaient pas juifs... La période n’a engendré que peu d’œuvres, qu’il ne faut pas confondre avec le cinéma sur la résistance pour ne pas dire résistansialiste (La Ligne de démarcation, La Bataille du rail, L’Armée des ombres...), ni avec les film qui prennent cette époque comme toile de fond. Il y a bien sûr le Pétain de Chabrol, le très beau Hôtel du parc, on peut citer aussi moins centraux mais passionnants Drancy Avenird’Arnaud Pallières en 1997 et Milice, film noir d’Alain Ferrari en 1998 et quelques autres, c’est peu. Le Plus beau pays du monde, le titre sous-entend le cinéma qui était dans ces années noires l’incontestable plus beau pays du monde et un refuge virtuel pour beaucoup, défriche un terrain vierge de notre cinématographie. Il y a eu depuis Laissez-passer, le chef-d’œuvre de Tavernier.

 

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Le film nous raconte une histoire vraie : la naissance d’un film, Mermoz, de l’idée de départ jusqu’à sa sortie en passant par son tournage. En cela il serait déjà un exceptionnel document pédagogique et l’on peut faire confiance à Marcel Bluwal en la matière, si cette histoire se situait en une période historique normale, inscrite en pleine occupation ce film sage devient un brûlot tant il peint la grande famille du cinéma français comme un conglomérat d’opportunistes égoïstes. Le film se hisse à la tragédie lorsque l’on apprend que la vedette de Mermoz, Robert Hugues-Lambert est arrêté en plein tournage par la police allemande à cause de son homosexualité affichée (?). Jean-Claude Adelin, que l’on avait découvert incandescent dans le beau Buisson ardent de Laurent Perrin en 1987, compose un Lambert candide, courageux... et acteur médiocre. On passe au burlesque le plus noir dans la scène dans laquelle on tend au malheureux prisonnier un micro par-dessus les barbelés de son camp, le camp de transit de Compiègne, à deux heures de vélo de Paris, pour qu’il sonorise une scène qui avait été tournée mais était restée muette. Le metteur en scène n’hésite pas à lui demander d’y mettre un peu plus d’entrain ! Entre autre « détail » sinistre, on apprend horrifié qu’un hôtelier louait les chambres de son établissement qui avait vue sur le camp à tous ceux qui voulaient jeter un dernier regard sur un être cher avant qu’il soit déporté !

 

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Le Plus beau pays du monde est paradoxalement un hommage au cinéma des années 40, dans le sens d’une certaine justesse des dialogues, et surtout de la manière dont il met merveilleusement en valeur les seconds rôles. Il n’y a d’ailleurs pas vraiment de premier rôle dans ce film. Chacun des 25 personnages parlants possèdent une épaisseur et donnent autant de directions différentes au film, le relançant à chaque scène. Bien sûr la mise en scène n’a pas la fluidité de celle du Dernier métro de Truffaut, auquel on ne peut s’empêcher de penser. Le talent de Bluwal n’est pas seul en cause : la différence majeure entre les deux films est que les protagonistes du Plus beau pays du monde n’ont pas le même désir de cinéma que ceux duDernier métro avaient de désir de théâtre et d’amour, les deux désirs à l’unisson l’un de l’autre étaient immenses.

 

 

 

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En montrant mille détails de la vie quotidienne des parisiens pendant l’occupation, Marcel Bluwal réussit à nous faire ressentir le climat de ces années-là. Il rend tangible cette peur de perdre le peu de liberté et de libre arbitre qu’il reste, la peur de ne pas avoir à manger, la peur d’être dénoncé, la peur de perdre la vie, peur d’être pris pour un autre. Là où Losey dans le beauMonsieur Klein montrait la lente descente d’un homme unique vers l’oubli (inoubliable Alain Delon), Marcel Bluwal filme un groupe, ici le petit milieu cinématographique, ni meilleur ni pire qu’un autre et représentatif du moral de la plupart des Français d’alors avec toutes ces petites lâchetés et vilenies qui émaillent le quotidien de ces gens et qui ne font que traduire cette terreur (non dénuée de fondement) de plonger dans l’oubli de la déportation, dont on ignore les modalités mais que l’on pressent horrible, ce qui est au premier comme au second degré le thème majeur du film. Il est toutefois dommage que ce ne soit que dans les dix dernières minutes du long métrage que l’on apprenne par des documents d’archives que ce Lambert a réellement existé et qu’il a été arrêté une semaine avant la fin du tournage pour « oisiveté », en réalité à cause de son homosexualité et qu’il est mort en déportation.

 

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Le scénario de Jean-Claude Grumberg utilise habilement, même si il prend des libertés avec la réalité, le mystère qui entoure Lambert (est-il un résistant, un espion ?) L’intérêt est constamment soutenu grâce, entre autre, aux scènes de comédie sur le fil du rasoir un peu à la manière de celles de La Traversée de Paris et de la pièce du même Grumberg: L’atelier.
C’est toute une époque du cinéma que fait revivre Le Plus beau pays du monde… Il nous montre un cinéma encore en lutte contre le théâtre, comme si l’un était le parent pauvre de l’autre. Il dénonce aussi l’aveuglement qui saisit des artistes qui sont prêts à toutes les compromissions pour que leur œuvre, même médiocre, voie le jour. Si le cinéma prend ses repères dans la vie, il n’est pas la vie. Il peut embellir la réalité mais aussi l’ignorer.
Parlant de Mermoz, le colonel Valogne (Thierry Lhermitte) dit à son réalisateur (Didier Bezace) : « Notre film est destiné à la jeunesse française. » Marcel Bluwal destine son film à la jeunesse pour qu’elle ne soit pas oublieuse, à ceux qui ont vécu cette époque et surtout à tous les fous de cinéma. Jacques Lourcelle, qui pour une fois quitte l’âge d’or du cinéma américain, résume bien ce qu’il faut penser du film. « À travers beaucoup de bassesses parfois même comiques, le tragique néanmoins affleure ! Il y a un aspect, une dimension dérisoire typique des milieux traités qui fait l’originalité de ce film. Le film de Bluwal écrit par Jean-Claude Grumberg est habilement et brillamment interprété: Riche en personnages et détails significatifs. Il brasse une matière à la fois douloureuse et passionnante insérée dans une très authentique reconstitution de tournage. » On peut regretter que Marcel Bluwal ait cru bon de changer les nom des protagonistes à l’exception de celui de Lambert.
En 1943, Robert Hugues-Lambert interprète le rôle du plus célèbre des aviateurs français dans le film Mermoz de Louis Cuny. L’un des seuls films de toute la production cinématographique française de l’occupation que l’on peut qualifier de vichyste. La première du film a lieu le 14 octobre 1943 à l’Opéra de Paris. Dans le palais Garnier, le tout-Paris de la collaboration se presse, même Max Bonnafous, ministre de Vichy a fait le déplacement. Dans la revue Le Film, le gala est évoqué en ces termes : « Pour la première fois depuis la guerre l’Opéra de Paris a servi de cadre à une grande manifestation cinématographique... » Il y a pourtant un grand absent à ce grand raout : Robert Hugues-Lambert, l’interprète du rôle titre. Il se trouve au même moment au camp de concentration de Buchenwald sous le matricule 21623. Il a été arrêté 7 mois plus tôt par la police allemande en plein tournage de Mermoz. Qui était-il et pourquoi a t-il été arrêté ?
Il naît à Paris le 1er avril 1908, son vrai nom est Lambert tout court, Hugues n’est encore que son prénom et Robert que son deuxième prénom. Ses parents sont tous deux employés au BHV. Après une enfance sage, il passe son brevet à 15 ans. Le collégien joue déjà au théâtre dans une troupe d’amateurs dont son père fait partie. Il suit des cours de théâtre. À 18 ans, il part au service militaire chez les chasseurs alpins. À son retour, il tente sa chance sur les planches. Il est engagé à l’Odéon mais il oublie de se présenter le jour de la première ! Il rejoint ensuite une tournée qui joue dans la France entière : la tournée Barret. Drôle, léger et inconscient, dans cette France du début des années 30, il affiche son homosexualité et parle de sa vie sexuelle comme un hétérosexuel parlerait de la sienne. Ce naturel, cette absence de honte sont perçus, à l’époque, comme de la provocation. En 1939 il est mobilisé et envoyé au front pendant la Drôle de guerre. Il revient à Paris après la défaite. En 1941, il remplace Alain Cuny dans Le bout de la route au théâtre des Noctambules, rue Champollion. En 1942, à la grande surprise de ses camarades, il abandonne la pièce car il est choisi pour jouer le rôle titre dans le Mermoz que va réaliser Louis Cuny. Son élection ne tient pas tant à son talent qu’à son étonnante ressemblance avec le héros de l’aviation disparu en 1936 et... compagnon de route du mouvement droitier du colonel de la Rocque (pour en savoir plus sur cet épisode, il faut lire la somme de Jacques Nobécourt : Le colonel de la Rocque 1885-1946 ou les pièges du nationalisme chrétien chez Fayard), puis du PPF de Jacques Doriot. Il doit aussi sa chance aux prétentions financières exorbitantes de Pierre-Richard Willm, alors grande vedette, qui avait été contacté en premier pour interpréter le rôle. Lambert se trouve pour sa toute première apparition à l’écran dans un premier rôle aux côtés de comédiens chevronnés : Héléna Manson (l’infirmière dans Le Corbeaude Clouzot), Jean Marchat (le méchant du Remorque de Grémillon), Lucien Nat, alors au sommet de sa carrière (on le retrouvera bien des années après dans Les Amitiés particulières).

 

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Le cinéma français se porte très bien en ces années de guerre ; certains ont même parlé d’un Âge d’Or du cinéma français. Les allemands, comme Vichy, tiennent à donner aux Français une impression de normalité et surtout à les distraire pour oublier les privations et surtout, il faut bien le dire, pour les empêcher de réfléchir. La production des films entre dans cette stratégie. Dans cette optique, les films légers sont les films les plus aidés. La plupart des œuvres de l’époque sont aidées par des subventions diverses. Mermoz ne fait pas exception à la règle. La production reçoit plus d’un million de francs. Ce que niera ensuite le producteur du film : André Tranché. Si le montage du film fut difficile, c’est peut-être qu’il était un des rares films vraiment vichystes de l’époque. Jean-Pierre Bertin-Maghit, l’auteur du meilleur livre sur le cinéma de cette période : Le Cinéma français sous l’occupation aux PUF, parle de Mermoz en ces termes : « Mermoz est l’un des rares films de la période où soient réunis un ensemble de signes fascisants : le pilote de l’aéronautique, en particulier, est un héros solitaire, engagé dans une œuvre d’utilité collective au prix d’une lutte contre la bureaucratie et les forces d’argent qui lèsent les intérêts de l’individu comme de la nation entière. » Pourtant, lors de la sortie du film, la centrale catholique émettra tout de même une réserve : « Bon film qui montre l’énergie et le courage au service d’une grande tâche et qui magnifie l’effort. Cependant présence d’une fille, allusions grivoises, jurons, mots grossiers. »
Le monde du cinéma d’alors était surtout opportuniste. Pour s’en convaincre, il suffit de lire le stupéfiant Journal 1942-1945 de Jean Cocteau paru en 1989 chez Gallimard. La persécution des juifs, nombreux dans les métiers du cinéma, comme le dénonçait Lucien Rebatet, le très écouté critique de cinéma de l’hebdomadaire ultra collaborationniste Je suis partout, dans son pamphlet antisémite : La tribu du cinéma. Les combattants (Gabin, Jean-Pierre Aumont, Claude Dauphin...), les prisonniers de guerre (Bernard Blier, Pierre Bost...) et les exilés (Jouvet...) avaient créé de larges béances dans les rangs de « la famille du cinéma ».
Le maréchal Pétain s’intéresse au projet. Il charge le sculpteur François Cogné (celui-là même qui avait réalisé le buste du chef de l’État français qui devait remplacer le buste de Marianne dans toutes les mairies de France) de veiller à sa bonne exécution ! Il y aura une avant-première à Vichy le 11 octobre 1943, en présence du maréchal Pétain et de la mère de Mermoz. Mais pour en arriver là, ce n’aura pas été sans mal. Les problèmes viennent surtout du jeu de Lambert trop théâtral, trop « Comédie Française ». Le réalisateur, lui aussi débutant, devait faire de nombreuses prises pour chaque scène à une époque où la pellicule était rare. Mais le problème le plus aigu est le filmage de la scène figurant l’accident d’avion dans la Cordillère des Andes. Le tournage de cette scène était prévu au départ en décor naturel, mais il s’avère bientôt impossible de transporter un avion des années 30 dans les Alpes. Il faut donc tourner en studio. Un panorama de montagnes enneigées est construit dans le studio de la rue François 1er, aujourd’hui les locaux de la radio Europe n°1, pour la somme exorbitante de 1 200 000 francs. En outre, certaines scènes devaient être tournées dans la zone libre, mais l’invasion de celle-ci en novembre 1942 rend le tournage impossible. Tous ces contretemps allongent la durée du tournage. Les comédiens en profitent pour réviser leurs exigences à la hausse.

 

 

 

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Mais la vraie catastrophe, c’est l’arrestation le 3 mars 1943 de Lambert. Il reste encore plusieurs scènes à tourner ! Comment finir un film sur Mermoz, sans Mermoz ? L’équipe de production trouve une solution de colmatage. Dans les scènes qui restent à tourner Mermoz n’apparaîtra que de dos. Il sera interprété par Henri Vidal qui, de dos, ressemble à Lambert. Tranché aurait eu cette idée après qu’un barman d’un café, le Silène, près du studio de la rue François 1er, lui eut parlé de la ressemblance entre les deux hommes. Curieusement, Henri Vidal, qui épousera Michèle Morgan en 1949, n’a jamais évoqué cet épisode de sa vie à celle-ci. L’idéal serait de doubler les images d’Henri Vidal avec la voix de Lambert. La production apprend que ce dernier est enfermé au camp militaire de Compiègne-Royallieu, rebaptisé Front Stalag 122. Seule solution : se rendre sur place pour enregistrer la voix du prisonnier.
André Tranché est alors un jeune producteur de 29 ans qui a beaucoup misé sur Mermoz. Il raconte : « J’ai téléphoné à un ami qui habitait Compiègne et qui avait le bras long. Il a tout arrangé. Je suis parti pour Compiègne accompagné d’André Cottet, le patron des studios des Buttes Chaumont. Mon ami m’avait indiqué le chemin vers le camp de prisonniers. J’ai approché le cul de la camionnette d’enregistrement le long du mur et je suis monté sur le toit. Tout était prévu. Lambert nous attendait de l’autre coté. J’ai déployé la perche au-dessus de l’enceinte et des barbelés avec le micro au bout. Hugues avait 10 ou 12 phrases à dire et il avait le texte en main ; je lui avais fait parvenir par un intermédiaire qui lui avait expliqué que je voulais le faire relâcher. Après l’enregistrement, j’ai dû lancer : Allez, à très bientôt ! »
En réalité, pas plus Tranché qu’un autre ne fera de démarches pour libérer Lambert. Tranché fait en 1999 cette déclaration ignoble à Marc Epstein de l’Express : « De mon point de vue, le film était terminé. Dans les années 30, un grand producteur américain m’avait donné un conseil : « Mon petit, si vous voulez faire du cinéma, dites-vous bien qu’un acteur, c’est un ouvrier, il est comme le plombier qui vient réparer le robinet. Il doit travailler. Ces gens-là, c’est rien. Ça ne sert à rien d’être copain avec eux. » Je ne l’ai jamais oublié. » On ne saurait mieux dire ! À noter que le sieur Tranché a sévit dans le cinéma jusque dans les années 70 comme scénariste. On lui doit entre autres la version française du Grand silence de Corbucci. Ils avaient obtenu ce qu’ils voulaient : le film était sauvé, peu leur importait le destin de Lambert. Alors que très probablement la moindre démarche un peu appuyée aurait permis de le faire libérer. Le père de l’acteur comptait sur les messieurs du cinéma pour le faire libérer.
Le réalisateur, lui aussi, continua de tourner en tout une dizaine de films dont le dernier en 1959 s’intitule Symphonie pour un homme seul, il est peu probable malgré le titre qu’il ait alors songé au malheureux Lambert.
Le mystère des raisons et des conditions de son arrestation demeure. Il n’est pas certain, comme le dit Tranché, que Lambert ait été raflé dans un bar homosexuel. Une rumeur voudrait qu’il ait eu une liaison avec un officier allemand et qu’il aurait été dénoncé comme homosexuel par un autre officier allemand jaloux de son camarade ! Une chose est certaine : si son arrestation est due probablement indirectement à son homosexualité, celle-ci ne peut pas en être la cause directe et encore moins officielle. Les homosexuels, nombreux dans le monde du spectacle du Paris de l’occupation, n’ont jamais été inquiétés. Dans la distribution même deMermoz, Jean Marchat qui joue le rôle de Saint-Exupéry vécu toute sa vie avec Marcel Herrand, l’interprète de Lacenaire dans Les Enfants du paradis ; Jean Weber, qui présenta une partie de la soirée de gala à l’Opéra de Paris, fut l’un des premiers acteurs français à évoquer ouvertement, dès 1935, son attirance pour les hommes. Serge Lifar, qui dansa le même soir sur une musique originale d’Arthur Honegger, était l’ancien amant de Serge Diaghilev, le créateur des Ballets russes.

 

 

Commentaires lors de la première édition du billet
André Tranché
Bonjour ,
Il y' a 20 ans , j'ai participé a un stage d' acteur au studio 407 chez Mr André Tranché . Les evenements de ma vie ont fait que je n'ai pas perseveré dans cette voie .
J' avais donc rencontré Mr Tranché .
Avez vous d'autres informations , Qu' est il devenu ?
En vous remerciant .
Cordialement ,
JF Mollere
 
Posté par Mollere, 19 janvier 2008 à 18:44
En réponse à JF Mollere
Malheureusement je n'ai aucune information sur la suite de la vie de Mr Tranché qui ne devait pas être dissert sur cette période de son existence. Dans le cas contraire je serais curieux de savoir comment il présentait ces années là. Merci de votre commentaire
Posté par Bernard Alapetit, 19 janvier 2008 à 19:14

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Voyages à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier

6 Décembre 2025, 08:29am

Voyages à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier
 
 

Il y a longtemps que je n'avais pas vu un film aussi long et il y a encore plus longtemps qu'un film m'avait paru aussi court tant Bertrand Tavernier est un merveilleux conteur. Il nous embarque dans son voyage dans le cinéma français en suivant la chronologie de sa vie qui semble être surtout une vie de cinéma. Des extraits des films qu'il a aimés qui l'ont marqué illustrent ses propos où se mêlent souvenirs personnels, anecdotes savoureuses et considérations techniques. Le metteur en scène rend hommage à ses pairs mais n'oublie ni les acteurs, ni les scénaristes, ni les chefs opérateurs pas plus que les compositeurs de musiques de films. Ses emplois successifs dans le milieu du cinéma, il fut d'abord assistant réalisateur sous la férule de Jean-Pierre Melville, puis attaché de presse et enfin le metteur en scène que l'on connait et qui est l'un de ceux que je préfère, (« Laisser-passer » est mon film de chevet) lui ont permis de côtoyer et souvent de bien connaître les personnes qu'il évoque. Considérant qu'il y aurait conflit d'intérêts s'il parlait de la période durant laquelle il a mis en scène, ce voyage en cinéphilie s'arrête donc grosso modo au milieu des années 70.

Ce voyages aux savoureuses escales n'aurait pas été le mien, pas plus qu'il aurait été le votre mais c'est justement sa subjectivité qui en fait tout le prix. Tavernier convoque bien sûr les chefs d'oeuvre du cinéma d'avant guerre: « Le jour se lève », « Remorque », « Hôtel du nord », « La grande illusion »... Il rend hommage à ses maitres, Renoir et Melville, sans néanmoins cacher leurs zones d'ombre. Il réhabilite des réalisateurs comme Le Chanoy, Grangier ou René Clément. Il donne un coup de chapeau appuyé à Jean Gabin, aussi bien à l'homme qu'au comédien. Il fera découvrir à beaucoup Gréville avec un extrait d'un film étonnant dont le sujet est l'impuissance masculine... Tout cela était souhaité et plus ou moins attendu mais ce qui l'était beaucoup moins est le salut à la Nouvelle Vague avec des apparitions de Truffaut (magnifique extrait des « 400 coups ») de Godard et de Chabrol, mais surtout cette belle évocation du cinéma du samedi soir avec un salut amical à Eddy Constantine dont les extraits des films de Sacha où il a joué, donne envie de les revoir. 

Les morceaux de film que Tavernier distille, quel superbe travail de montage, donne l'occasion de revoir des acteurs que l'on avait un peu injustement oubliés comme Harry Max, Paul Frankeur ou Dario Moreno inénarrable poussant la chansonnette un plumeau à la main.

Bertrand Tavernier sait communiquer son enthousiasme et son amour du cinéma dans ce voyage où l'on rit souvent. 

 

Voyages à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier
 


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La croisade maudite un film de Wajda

12 Novembre 2025, 07:32am

VRATA RAJA ou GATES TO PARADISE (LA CROISADE MAUDITE)
 
 
 
VRATA RAJA ou GATES TO PARADISE (LA CROISADE MAUDITE)
 
 
 
VRATA RAJA ou GATES TO PARADISE (LA CROISADE MAUDITE)


Fiche technique :

 
Avec John Fordyce, Ferdy Mayne, Matthieu Carrière, Lionel Stander, Pauline Challoner, Denis Gilmore, Jenny Agutter et les enfants de l’école primaire Savo Pejanovic de Titograd.

 

Réalisateur : Andrzej Wajda. Scenario : Jerzy Andrezewski & Donald Kravanth. Images : Meczyslaw Jahod. Son : Pierre Pamier & Kevin Connor. Directeur artistique : Miomir Denic. Musique : Waro Swingle.


Pologne- Grande Bretagne, 1967, Durée 78 mn. 

 
Résumé :

 
En 1212, un jeune berger, Jacques de Cloys (John Fordyce, d’une beauté et d’une blondeur à damner un saint. Né en 1950, il n’aurait tourné que ce film) au charisme indéniable, prêche une nouvelle croisade sur la foi d’une vision qu’il prétend avoir eue. Il décide que, là où les croisades précédentes ont échoué, une autre menée avec l’innocence et la pureté des enfants réussirait. Des milliers d’enfants et d’adolescents quittent leurs villages en entendant l’appel de Jacques et partent pour libérer le tombeau du Christ du joug des infidèles. Un moine franciscain, ancien chevalier croisé (Lionel Stander), est chargé de la direction spirituelle des enfants qu’il entend en confession le long de la route. Le monologue du moine alterne avec les confessions des enfants qui lui apprennent que la vraie nature de leur enthousiasme est homosexuelle. Très vite, il lui sera aussi révélé que l’inspiration de Jacques vient d’un homme dont il a été amoureux, le comte Ludovic (Ferdy Mayne, 1916-1998, un pilier de la Hammer qui a tourné une multitude de films tant pour le cinéma que pour la télévision), un seigneur homosexuel qui a abusé de la naïveté de Jacques. En fait, si les enfants suivent Jacques, c’est plus pour des raisons amoureuses que religieuses. Ils prennent au pied de la lettre la fameuse phrase : « Aimez-vous les uns les autres ». Bientôt le comte Ludovic est très épris d’Alexis (Matthieu Carrière), l’un des adolescents de la croisade, qu’il a recueilli et dont il a fait son fils et son amant... Le moine tente désespérément d’arrêter la marche des enfants. En vain, c’est la mort et l’esclavage qui les attendent.

 

 


L’avis critique

 
Le film est l’adaptation assez fidèle du roman de Jerzy Andrezewski, Les Portes du paradis,paru en France en 1961 aux éditions Gallimard. Jerzy Andrezewski qui a participé à l’adaptation de son livre, est un écrivain catholique homosexuel qui s’est rallié au régime communiste, puis est passé à la dissidence après l’intervention des troupes du Pacte de Varsovie à Prague, en août 1968. Il devient un ardent défenseur des droits de l’homme. Le roman est inspiré de faits historiques, c’est d’ailleurs plus un poème d’une centaine de pages qu’un roman.
À l’image du roman, le film est d’un seul mouvement, la marche des jeunes croisés vers Jérusalem. De longs et incessants travellings décrivent et accompagnent la marche des enfants. L’utilisation systématique de ces travellings en plan large, où le blanc domine dans un Technicolor souvent surexposé, procure une sorte d’hypnose dont le spectateur est périodiquement sorti par des gros plans sur de sublimes visages. Le montage fait alterner la foule, un peu chiche tout de même pour figurer cette levée en masse de la jeunesse d’occident, en plan très large et quelques groupes en plan moyen qui ainsi, s’en distinguent. Quatre adolescents s’en détachent. Chacun racontera son histoire par le truchement de la confession au moine qui accompagne la croisade, pas toujours joué dans la finesse par Lionel Stander, vieux routier des plateaux américains. Ces confessions rendent le film très bavard et paradoxalement assez théâtral alors qu’il est tourné presque exclusivement en extérieur. Quatre récits traités en plan-séquence, coupés et illustrés à l’aide de retours en arrière qui ne parviennent néanmoins pas à rompre complètement la monotonie du film ; il faut d’ailleurs attendre la trentième minute pour que ceux-ci arrivent. Si le décor est superbe, une vaste plaine rocailleuse bordée de montagnes violines, le réalisateur n’en change pratiquement pas, d’où l’impression que nos croisés font du surplace un peu à la manière des deux zigotos (Jean Rochefort et Bernard Fresson) du film très recommandable de Fabio Carpi, Les Chiens de Jérusalem, qui avaient décidé qu’il était tout aussi profitable pour leur âme de faire le tour de leur château pendant un an plutôt que d’entreprendre le voyage fort périlleux vers la terre sainte. Pourtant, habilement, Wajda varie les optiques avec une prédilection pour les longues focales qui isolent les protagonistes lors de leurs dialogues, réduisant les figurants à des silhouettes floues. Des recoupements d’images permettent aux récits successifs de s’emboîter sans pour autant se recouvrir. Et finalement, sur le plan de l’espace comme sur celui du temps, de s’assembler, de se souder comme les élément d’un puzzle.
Wajda a cherché des équivalences au texte poétique, d’une part en entrelaçant le présent de la croisade avec les souvenirs des jeunes garçons, ces séquences sont plus poétiques que narratives ; d’autre part en balayant la pérégrination des adolescents par ces longs et lents travellings, images très picturales proches de celles que faisaient à la même époque Miklos Jancso dans Rouges et blancs (DVD édité par Clavis) par exemple. Beauté des adolescents, beauté aussi de leurs vêtements conçus sans le moindre souci historique, des hardes qui ne sont pas vraiment des loques, mais plutôt des costumes assez simplifiés comme des costumes de théâtre avec le souci qu’ils soient signifiants, dans des tons clairs et lumineux pour les jeunes, sombres pour les adultes.

 

(c)  Renata Pajchel
 

La mine des deux garçons tenant les rôles principaux convoque immanquablement l’iconographie adolescente tant ils sont proches des modèles de prédilection de deux des plus grands dessinateurs friands du sujet. Avec son cou flexueux et son corps à la fois gracile et noueux, Matthieu est un pur Mac Avoy. Tandis que John Fordyce avec son visage à l’ovale parfait et sa frange blonde semble tout droit sorti d’un Signe de piste illustré par Pierre Joubert qui a d'ailleurs illustré un roman pour la jeunesse, "La neuvième croisade" sur ce thème.
 
 
 
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La lente progression des garçons se fait dans un paysage de rocailles à la blancheur crayeuse. À l’opposé du dépouillement de ce décor Wajda, soudain, nous propose un monument de « kitcherie » homo avec le château du comte et sa piscine aux paons dans laquelle s’ébattent les adolescents !
Le film, loin de tout naturalisme, s’apparente au conte… un conte noir qui rappelle celui dans lequel les enfants de la cité de Hamelin sont entraînés dans la mort par le pipeau du chasseur de rat.

 

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La vraie question qui se pose à la vision de ce film est : quelle a été l’idée directrice qui a présidé à la réalisation de La Croisade maudite ? À cette question, qui devrait être celle que l’on se pose après avoir vu chaque film, on est bien en mal d’y répondre tant le film peut être interprété de façons contradictoires : l’innocence d’enfants et adolescents crédules et naïfs, trop aisément manipulés ; mais aussi leur cruauté naturelle, leur homosexualité comme perversion et péché ou comme une tendance profonde les portant à se dépasser ? L’absurdité de leur aventure mais aussi la force d’une passion et d’un amour qui bousculent le rationnel et les conduisent à la transcendance, au mysticisme ? On peut aussi lire le film comme une charge contre toutes croyances en quelque chose de supérieur à l’animal humain. N’oublions pas que Wajda œuvre dans la Pologne marxiste. Partant d’un fait historique qui confine à la légende, il peut nous montrer que l’homme est une créature infiniment complexe qui ne saurait sublimer totalement ses pulsions les plus instinctives et que la foi mystique qui peut dicter ses actions, en apparence les plus désincarnées et les plus pures, ne lui vient pas de la part de divin qu’il recèlerait mais au contraire de ce qu’il y a de plus fragile et de plus charnel dans sa nature. L’innocence que certains veulent voir dans l’enfance, appelée à vaincre les forces du mal, n’existe pas. Ce n’est pas l’appel de Dieu qui se fait entendre des enfants, c’est bien plus prosaïquement celui de leur dieu. Et ce dieu est un des leurs. Un garçon blond sorti d’un livre d’images dont le charme physique exerce sur eux un attrait irrépressible. Les motivations de leur guerre sainte ne sont pas plus divines que celles, colonisatrices, de leurs aînés. Tout un peuple de chérubins se met en marche à l’appel d’un dieu de chair qui ne sait pas mieux que lui résister aux tentations et qui s’est laissé soumettre par l’amour d’un homme.
Si il n’y a pas – semble-t-il – de morale claire à ce film, on peut tout de même discerner que le souci principal de Wajda a été de gratter les apparences pour découvrir l’essentiel.
La métaphore politique est elle aussi fort ambiguë : critique de toute foi aveugle, du stalinisme (?), de la soumission à la parole d’un maître, d’un chef ? Comme est ambiguë cette phrase dite au début puis à la fin du film : « Ce ne sont pas les mensonges mais la vérité qui tue l’espoir. »
L’attirance qu’exerce Jacques sur les êtres de tout sexe met au premier plan l’histoire d’amour entre Ludovic et Alexi. Wajda n’a pas tergiversé sur l’homo érotisme du film qui s’ouvre par une scène où l’on voit un homme dévêtu par d’autres hommes habillés de robes ! Le cinéaste réitérera l’exercice en faisant commencer Danton de la même façon.
 

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Historiquement, les croisades des enfants se constituent de deux cortèges qui partent, dans l’euphorie des croisades, indépendamment l’un de l’autre, de l’Allemagne et de la France. Elles se situent entre la quatrième et la cinquième croisade, dans l’année 1212. Elles ne sont pas en réalité constituées que d’enfants mais d’« enfants de dieu », principalement des paysans pauvres. Elles ne sont pas couronnées de succès : l’une échoue dans les villes d’Italie et l’autre à Marseille. Ce site fait le point sur la question.
La Légende de la Croisade des enfants, est relatée dans le petit livre de Marcel Schwob, La Croisade des enfants (1896). Mais le plus beau roman sur les croisades, La Joie des pauvres (éditions Gallimard) est signé Zoé Oldenbourg.
Pour en revenir au cinéma, Serge Moati en 1988 a consacré un téléfilm beaucoup plus sage que La Croisade maudite à la croisade des enfants.
Si la lecture des génériques, qui ont tendance à devenir de plus en plus pléthoriques, est fastidieuse, elle révèle parfois de savoureuses surprises. Ainsi dans celui de La Croisade maudite, nous découvrons le nom de Pierre Kalfon en tant que coproducteur. Cette présence explique peut-être la scène particulièrement gratinée de fouettage sado-masochiste d’Alexis par le comte. Scène qui n’est pas sans en rappeler une d’un film réalisé par ce même Pierre Kalfon, La Cravache, dans laquelle on voit un père cravacher avec un plaisir non dissimulé le fessier très tentant de son grand fils.
 

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La Croisade maudite fit scandale en Pologne où il fut critiqué tant par le pouvoir marxiste que par l’Église et où il n’eut qu’une brève carrière. Il ne sortit qu’en catimini dans le reste du monde alors que c’est un film européen « type » : production britannique, réalisateur polonais, tournage des extérieurs en Yougoslavie (aux alentours de Titograd), acteurs anglais et allemands, figuration yougoslave. En 1972, le réalisateur battait déjà sa coulpe : « J’ai suivi le script trop aveuglément. Je pensais que l’amoralité de la liaison entre le jeune homme et le comte pouvait être l’écho retentissant du drame véritable. J’avais tort. En même temps, ce que j’avais cherché dans le sujet, la cruauté de l’image des enfants tentant d’accomplir la tâche des adultes en rétablissant l’ordre dans le monde, n’est pas apparu dans le film. Les enjeux moraux y sont à peine évoqués... J’ai eu de la chance de faire un film sur la contestation avant la lettre, sur des événements qui, peu après l’achèvement de La Croisade maudite allaient occuper le devant de la scène. » par un plan d’un jeune garçon nu faisant sa toilette dans un baquet, une scène qui ne semble pourtant pas indispensable à la progression dramatique du film.
Aujourd’hui Wajda, devenu beaucoup plus consensuel, récuse le film et ne le fait pas figurer dans les rétrospectives qui lui sont consacrées. Il est devenu très difficilement visible.
 

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Les portes du paradis 1968

Les portes du paradis 1968

Les portes du paradis 1968

 

 

Pour plus d’informations, le témoignage du réalisateur :

« It was my idea to make the children's crusade the subject of my next film, based upon Jerzy Andrzejewski's story. When I shared this project with Andrzejewski, he responded with his usual enthusiasm. It took us months, however, to produce the first scenes from which the plot of the future film would emerge:
The rejection of the project by Polish Cinematography Committeee meant that the delicate, poetic substance of Gates of Paradise would be exposed to the brutal realities of international film coproduction. The dialogues were translated into English and I have never learnt whether the translations conveyed anything beyond the bare message. Young actors were summoned, with Mathieu Carri(e)re as the only veteran (of Schlöndorff's wonderful film Die Verwirrungen des Zöglings Törless). Two male roles were given to actors I knew from films by Polanski who was trying to help me with the difficult casting. Finally we decided on Yugoslavia as our location. The film was so dominated by the rocky mountain landscape that the crusade seemed to be standing immobile on the screen, rather than marching on for weeks on end.
I felt trapped and confined.
Gates of Paradise, which had inspired me with such high hopes for so many years, might have been the dream film of my life. Today, as I look at the photographs of the boys' faces, so beautiful and clear, or leaf through the sketches done on odd bits of paper and featuring Blanka's windblown hair enveloping Alexis' head or two boys, dressed up as angels, carrying a third one, whose wings are broken; or when I recall the breathtaking beauty of the Yugoslav landscape, now in ruin and decay, I really cannot say why I failed to show all this on the screen. The only answer I have is that I had trusted my most intimate dreams to a group of chance people - producers, actors, technicians - who reduced them down to match their own tastes and sensibilities, leaving me absolutely helpless. »
Andrzej Wajda
 
 
 
VRATA RAJA ou GATES TO PARADISE (LA CROISADE MAUDITE), un film d'Andrzej Wajda (réédition complétée)
 
 
 
ci-dessus double page consacrée au film dans "Films and filming"

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No night is too long de un film de Tom Shankand

29 Octobre 2025, 13:23pm

Pas de Nuit est trop long, 4

 

  
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Fiche technique :


Avec Lee Williams, Marc Warren, Mikela J Mikael, Salvatore Antonio, Beverley Breuer, Rob Bruner, Liam Mc Guigan et Philip Granger.

 

 Réalisateur : Tom Shankland. Scénario : Kevin Elyot et Ruth Rendell, d’après le roman de Ruth Rendell signé de son pseudonyme Barbara Vine. Images : Paul Sarossy. Montage : Allan Lee. Musique : Christopher Dedrick. Direction artistique : Peter Andriga.


Canada-Grande-Bretagne, 2003, Durée : 120 mn. Disponible en VO et VOST.


Résumé :


Tim (Lee Williams) est un brillant étudiant d’une petite université d’Angleterre non loin de son domicile familial, une station balnéaire du Suffolk. Il ne répugne pas à se faire faire une petite gâterie par sa copine, sur la plage, au clair de lune. Ce qui ne l’empêche pas, au détour d’un couloir de sa fac, de tomber en arrêt – tel le setter moyen face à un col vert égaré – devant Ivo (Marc Warren), un jeune professeur mâle de paléontologie dont bientôt le visage l’obsède. Bravant sa timidité toute relative, il le drague. Au début l’objet de ses désirs est froid comme ses chers fossiles, mais il n’est pas à long à tiédir. Il s’ensuit une torride passion sexuelle. Mais plus Ivo devient incandescent, plus notre inconséquent étudiant se refroidit. Et quand Ivo invite son jeune amant à l’accompagner en Alaska, où il anime des croisières scientifiques, Tim le suit à contrecœur. Arrivé dans un port de ce « bout du monde », suite à un imprévu (?), Ivo doit abandonner son amoureux dix jours dans ce lieu inhospitalier, avant leur embarquement. Le jeune homme nous avait déjà prévenu « que l’ambivalence ne l’effraie pas », même distrait, et c’est difficile devant ce film passionnant, dont je ne vous dévoile qu’une couche de l’intrigue, et encore partiellement. Or donc, ne supportant pas la solitude, il jette son dévolu sur une jeune femme, Isabel (Mikla J. Mikael). Je cite : « idéale pour passer le temps. » Ce qui ne devait être pour Tim qu’une alternative à ses nombreuses visites au bar de l’hôtel se transforme en une passion fusionnelle. Mais au bout de ces dix jours, Isabel prend la fuite et Ivo revient. La croisière qui promettait d’être idyllique se transforme en enfer. L’amour a fait place à la haine. Tim ne rêve que de rejoindre Isabel à Vancouver, mais comment se débarrasser d’Ivo ? En le tuant ?

 
L’avis critique

 
Quand on se met devant sa télévision, même devant un programme de PinkTv, on s’attend rarement à être mis en présence de ce qui devrait être un modèle pour les auteurs de films gays. Voilà, enfin, une production qui ne considère pas l’homosexualité comme une fin en soi et l’unique sujet possible du film, mais comme une chose tout à fait banale et qui, pourtant, la place au cœur de l’intrigue de ce thriller haletant ; en fait le moteur des événements qui précipiteront les amoureux vers l’inéluctable, sans que leur sexualité ne soit jamais culpabilisée. Ruth Rendell a créé le personnage du garçon fatal.
Comme dans toutes les histoires de ces dames anglo-saxonnes qui améliorent leur thé ou leur whisky, au choix, d’une dose de strychnine, les rebondissements sont un peu abracadabrantesques (sic), mais c’est la loi du genre pour que l’on reste, comme ici, scotché à l’écran durant deux heures. Dans No night is too long, nous sommes plus près de Patricia Highsmith que d’Agatha Christie.
L’intrigue, comme dans tous les livres de Ruth Rendell – experte en thriller psychologique depuis quarante ans – pose ces questions : « pourquoi devient-on meurtrier ? » ou «  comment devient-on victime ? » Parce qu’un jour, sans le savoir, on prend une route... ou un couloir au bout duquel se trouve la mort violente. Le cinéma devrait être bien reconnaissant à la romancière. Son roman, L’Homme à la tortue, est devenu devant la caméra de Pedro Almodovar En chair et en os(dvd TF1 vidéo) et L’Analphabète, devant celle de Claude Chabrol, La Cérémonie. Il a aussi adapté La Demoiselle d’honneur, cette fois sans en changer le titre. Claude Miller a fait de même avec Betty Fisher.Toute l’histoire est racontée en voix off par Tim. La plus grande partie du film est constituée d’un flash-back qui nous ramène quelques mois en arrière. Nous assistons à la rencontre de Tim et d’ Ivo, et aux événements qu’elle va générer. Cette narration est entrecoupée par des retours au présent, qui n’en sont pas moins angoissants que les péripéties du passé, mais aussi par des incursions à une époque plus lointaine, dans laquelle Tim vivait dans son collège une amitié particulière avec un aîné. On peut regretter que cette partie n’aie pas été plus explorée, ce qui aurait rajouté un peu d’épaisseur à cet aîné un peu trop falot. En revanche, le film aurait gagné à ce que la durée de certains plans soit raccourcie. Tom Shankland a tendance à les faire traîner un peu trop longtemps. Puisque cette production était d’emblée destinée à la télévision, on peut penser qu’un format de 2 fois 1h30, constituant une mini série, n’aurait pas été de trop au vu de la complexité de l’intrigue et de la richesse des personnages et aurait été mieux adaptée que les 120 minutes du film…
L’un des atouts du film est l’originalité des lieux de tournage. L’Alaska n’est pas l’État des USA le plus filmé et bien peu de réalisateurs ont planté leurs caméras sur les plages du Suffolk, malgré leur indéniable charme. La réalisation ne se dépare jamais d’une belle maîtrise du cadre qui bénéficie d’un éclairage froid et soigné. Elle utilise avec habileté le décor qui n’est pas seulement une toile de fond pittoresque pour l’intrigue mais un véritable acteur du drame. Elle aurait toutefois pu nous éviter des effets spéciaux numériques un peu trop présents, telle cette profusion d’éclairs pour rendre les ciels dramatiques et signifiants ou ce maquillage de l’île fatale en Île des morts de Bocklind. Le directeur de la photographie qui signe de si belles images est Paul Sarossy. Il est entre autre le collaborateur habituel d’Atom Egoyan. On lui doit la photographie des remarquables Voyage de Felicia et La Vérité nue.
Comme presque toujours dans un film anglais, la distribution est parfaite. En particulier Lee Williams qui compose un Tim complexe et changeant qui fait parfois penser au jeune Ripley et à qui on met longtemps à accorder notre sympathie. Il porte le film de bout en bout. Il tient le premier rôle dans un autre film gay, l’extravagant Les Loups de Kromer (dvd BQHL). Il participe à de nombreuses productions télévisées anglaises. On peut le voir en particulier dans le rôle de Jon Forsyte, dans la somptueuse nouvelle version de la saga des Forsyte. Il apparaît également dans Billy Elliot et Mauvaise passe. Marc Warren (Ivo) a une présence étonnante ; son inquiétant magnétisme rappelle celui de Malcom Mc Dowell à ses débuts.
Si les scènes de sexe, aussi bien hétérosexuelles que gays, ne sont pas particulièrement bien filmées, le réalisateur se rattrape en nous offrant de beaux plans tendres et sexy après l’amour.No night is too long est co-produit par la télévision britannique d’État, la BBC. Le film a été diffusé à une heure de grande écoute, la deuxième partie en soirée. Combien de chaînes françaises, hors celles du câble, diffuseraient et produiraient un film comme celui-ci qui met, et montre, l’attirance sexuelle de deux hommes au centre de son intrigue ?

No night is too long peut se traduire par « Les Nuit ne sont jamais trop longues », phrase que dit Ivo à Tim au plus fort de leur amour. Jamais le film ne vous paraîtra trop long. Espérons qu’il fasse école, tant sur le fond, que dans la forme. 

 
 
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Pas de Nuit est trop long, 2

 

 

 

 

 

 

 

 

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Big bang love juvenile A, un film de Miike

28 Octobre 2025, 07:50am

Big bang love juvenile A, un film de Miike (réédition complétée)

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Japon, 2006, 85 mn

 

Réalisation: Takashi Miike, scénari: Masa Nakamura, d'après le roman Shônen A erejî de Ikki Kajiwara et Hisao Maki (sous le pseudonyme de Ato Masaki), Photographie : Masahito Kaneko, montage: Yasushi Shimamura, direction artistique: Nao Sasaki, Costume et décor: Michiko Kitamura, maquillage: Iaso Tsuge

 

Avec: Ryuhei Matsuda, Masanobu Ando, Shunsuke Kubozuka, Kiyohiko Shibukawa, Jo Kanamori, Kenichi Endo, Renji Ishibashi, Ryo Ishibashi.

 

 

Résumé

L'histoire de Big Bang Love, Juvenile A se déroule dans un proche avenir (?). Elle est celle de Jun Ariyoshi ( Ryuhei Matsuda ), un jeune homme qui travaille dans un bar gay. Un soir, Jun est agressé sexuellement par un client. Il se rebiffe mais pendant la bagarre, il assassine sauvagement son agresseur. Ne montrant au remords, il est emprisonné pour meurtre. Lors de son incarcération, il fait la connaissance de Shiro Kazuki ( Masanobu Ando ), un détenu charismatique qui porte des tatouages étranges. Jun tombe rapidement en admiration devant Shiro qui prend Shiro sous son aile protectrice et dont les méthodes violentes et le regard meurtrier en font un caïd de la prison. Les deux jeunes hommes se lient progressivement d'amitié, puis finissent par former un couple que rien ne peut séparer. Jun qui aspire à l'amour, mais comment peut-il après ce qu'il a fait et ce que le monde a fait pour lui, aime Shiro avec pudeur et respect, Shiro le protège avec violence, incapable d’exprimer ses sentiments autrement. Tous deux s’observent, se comprennent en dépit de leurs interrogations. Mais un jour, un gardien surprend une bagarre entre deux prisonniers. La victime s'avère être Shiro, étranglé par son agresseur, lequel n'est autre que Jun, s'exclamant "je l'ai fait"... Toute cette histoire nous est narrée par les deux inspecteurs de police qui enquête sur ce dernier meurtre et tente de reconstituer le puzzle de l’histoire de ces deux beaux jeunes gens qui furent incarcéré en même temps.

 

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L'avis critique

Dès la première image où un clap apparaît on sait que l’on ne va pas assister à un film classique ou naturaliste. Ennemi du maniérisme n’allez pas plus loin, Big Bang Love, Juvenile n’est basé que sur des artifices. On y trouvera dans un récit savamment déconstruit, récitations poétiques, danses expérimentales, saturation de la couleur, monologues, sont autant de procédés qui enfantent le nouveau langage abstrait dont Miike fait usage dans ce film gay, noir, de science-fiction de meurtre et de mystère... La deuxième séquence le confirme. Elle met en scène trois générations d'hommes: un garçon, un vieil homme, et un jeune père de famille dont beau corps est recouvert de tatouage motif ethnique et qui danse comme un possédé. Puis sans transition nous nous retrouvons dans une étrange prison dont l'atmosphère rappelle celle d'un temple bouddhiste... Cette fois, Takashi Miike ne se contente plus de montrer la violence la plus choquante et la plus sanglante, il cherche à développer une d'explication aux comportements extrêmes de ses personnages. Les premières images révèlent une atmosphère aussi étrange qu'oppressante ainsi qu'un grand soin accordé à l'esthétique. La caméra semble amoureuse des deux beaux héros. Miike a choisi une improbable prison comme endroit privilégié dans l’espace, d’où contempler l’histoire de la Terre depuis plusieurs points de vue, plusieurs maintenants, privilégiant tel ou tel faisceau de lumière et donc autant d’éclairages, pour conter et percevoir une histoire... Cette omniscience intemporelle que Takashi Miike fait expliciter à Kenichi Endo en ouverture de “Big Bang Love Juvenile A”, est celle d’un réalisateur fait Dieu, observateur privilégié des Hommes. Cette prison est résolument fantastique, presque virtuelle, seule la cellule de Jun et Shiro est matérialisée, les autres ne sont figurées que par des traces de craie au sol les délimitant. C’est peut-être parce que c’est dans cette cellule que se situe la matière de l’histoire, ou alors parce que l’emprisonnement autant que la liberté, ne sont rien d’autre que des vues de l’esprit. Par moments, le décor s’évapore. Il ne se résume plus alors que par de simples cubes... La prison se situe hors du temps et de l’espace, comme l’attestent aussi bien son environnement que l’exploitation judicieuse, puisque non-systématique, de décors suggérés. Ainsi la prison offre-t-elle une vue duale, à la fois tournée vers le passé et vers l’avenir. Le premier est incarné par une pyramide (où j’ai cru reconnaître celle du soleil de Téotihuacan, non loin de l’actuel Mexico) forme immuable, censée s’ouvrir sur le paradis, tandis que le second est suggéré par une fusée à l’objectif indéterminé, vecteur d’un voyage ou d’une exploration possible, ouverte. L’un reflète les actions passées des prisonniers, tout en figurant au travers de sa nature de porte du paradis supposée, le choix de l’expiation éternelle, de la vie avec le péché. L’autre montre la possibilité pour les criminels de devenir d'autres hommes, de refaire le choix de la vie avec toutes les inconnues que l’équation comporte. Big Bang Love Juvenile est une tragédie révolutionnaire, double, aussi pessimiste qu’optimiste. Enfin c’est une interprétation possible mais je dois dire que je n’ai rien à proposer quant à la signification du papillon qui volette plusieurs fois dans le cadre. Par l’Ambiguïté morale de l'acte de violence générateur de toute cette histoire, l’ assassinat par Jun de son agresseur, Miike tente de transmettre l’idée que le mal est nécessaire et peut être à l'origine (?) de tout. Miike montre la violence (avec une certaine jubilation) d’un monde où les hommes sont jugés en vertu d’une législation hypocrite, structurée dans le cadre d'une vision faussée de l'éthique religieuse. Il suggère que l’acte criminel est énigmatique pour quiconque en dehors de la personne qui le commet, seul celui là, sait.

 

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Le coté naïf des effets spéciaux qui sont plus du coté du cinéma de Mélies que de celui de Spielberg renforce l’étrangeté du film tout comme les éléments de fantastique et de science fiction qu'il contient et qui sont totalement incongrus par rapport à la trame principale du récit.

 

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Le filmage est hétérogène, on passe d’une caméra étonnement fixe à une autre tremblotante et vacillante, de plans au presque grand angle d’une profondeur de champ infini, a un cadre dont les arrières plans sont rendus flous par l’utilisation de focales longues. Cette manière de filmer colle parfaitement avec la narration morcelée de l’histoire. Les éclairages très contrastés dramatisent le moindre geste alors que les couleurs saturées exacerbent la tension du récit. L’extrême sophistication de chaque plan, où le moindre détail a été étudié, fait du film une suite de tableaux presque tous admirable, mais cette beauté formelle indéniable va à l’encontre de l’efficacité du récit. A tel point que lorsque vient la révélation finale sur la mort de Shiro, cela laisse le spectateur assez indifférent. Miike crée un monde de fantasmes peuplé de jeunes criminels dans lequel les rites d'initiation, les combats pour la suprématie, les actes de violence sont autant de ballets à la fois élégants et sanglants. Certains des jeunes protagonistes semblent être nimbés par la lumière dorée d'un temps où même le mal serait esthétique. Pour une "histoire d'amour", il ya très peu de sexe dans cet opus du plus prolifique des réalisateurs japonais en activité, il y a de l'admiration, de la dévotion, presque, de l'affection, et surtout du romantismes. Il ya une attraction tacite entre les deux personnages, et de l'homosexualité refoulée.

 

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Takashi Miike bénéficie d’ un casting de choix. On est heureux de revoir Masanobu Ando et Ryuhei Matsuda dans les rôles principaux, surtout sachant la nature des relations qu'entretiennent les deux personnages. Le réalisateur joue du passé cinématographique de ces deux comédiens principaux, ce qui donne plus de densité aux personnages qu’ils interprètent. Connu en Occident pour son rôle de boxeur introverti dans Kids Return de Takeshi Kitano et pour son personnage culte de psychopathe tuant pour le plaisir dans “Battle Royale”, Masanobu Ando bénéficie d'une image extrêmement glamour dans son pays. Ryuhei Matsuda s'est quant à lui fait remarquer à travers son rôle d'apprenti samouraï objet de toutes les convoitises dans Tabou de Nagisa Oshima, ainsi que pour sa très bonne prestation dans “Blue Spring”. Le jeune acteur a déjà travaillé aussi il y a deux ans pour la première fois sous la direction de Miike dans “Izo”. les deux jeunes et talentueux acteurs, Ryuhei Matsuda comme Masanobu Ando, sont exceptionnels, l’un d’ambiguïté délicate, l’autre de brutalité. Ils sont épaulés par une équipe d’habitués de Miike, on retrouve Ryo Ishibashi, vu récemment dans “Fast and Furious” et “Tokyo Drift”, tandis que Tadanobu Asano (“Ichi the Killer”, “Vagues Invisibles”) fait une petite apparition... Bien que né qu’en 1960, Takashi Miike, en près de 70 films, on en a un peu perdu le compte, a eu le temps de dynamiter presque tous les genres cinématographiques, ici, sous l’influence à la fois de Jean Genet ( Un chant d’Amour ) et d’Oshima (Tabou alias Gohatto) mais aussi de l’'expressionnisme allemand, il revisite le film de prison fortement teinté d’homosexualité, épicé d’un zeste de fantastique et de science fiction et d’une bonne dose de métaphysique. En outre rien n’amuse autant Miike que de mêler les genres qui paraissent à première vue inconciliables. Ce qui est fascinant chez Takashi Miike s’est sa fantastique aptitude à constamment se réinventer lui-même. “Big Bang Love: Juvenile A” pourrait être le second volet d’Izo (Ce récit endiablé de samouraï voyageant dans le Temps), bien que le degré de violence, et le contexte soient différent, néanmoins,”Izo” partage avec “Big Bang Love” un intéressant questionnement métaphysique expérimental.

 

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Car, une fois de plus, Miike fait table rase des conventions narratives du septième art. Il défriche un territoire vierge tout en posant de graves questions sur la nature humaine, toujours aussi destructrice, et sur l’hostilité sempiternelle de l’homme contre son prochain. A l'opposé de l'ultra-violent Izo ou de ICHI THE KILLER, ce film de Takashi Miike est beaucoup plus introverti, alternant un cinéma volontairement artificiel avec de longues scènes de dialogues dépouillées et purement théâtrales. Ici, on est nettement plus du côté des Fassbinder, Mishima ou Genet que de Tarantino et des Yakuzas découpés en rondelles à la scie rouillée (même si quelques brefs éclairs de violence nous rappellent régulièrement qui est aux commandes).  Soyons franc, je suis persuadé que l’on peut encore donner un très grand nombre d’interprétation à ce film et que la plupart seront contradictoires. J’ai laissé de nombreuses questions de coté, le jeune garçon qui apparaît au début ne serait-il pas l’image de Shiro enfant, donc pure, Jun serait le seul à voir (ou à vouloir voir) de la pureté dans Shiro?

 

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La seule chose de certaine avec ce cinéaste est que si ce film est le premier film que vous voyez de lui, le deuxième ne ressemblera en rien (sauf peut la présence de la violence) au premier et que le troisième sera différent des deux précédents et ainsi de suite... Peut être que Big bang n'est pas autre chose qu’ une méditation sur Gohatto, dont il serait une sorte de version futuriste et spirituel. Il ya beaucoup de similitudes, entre ces deux œuvres en dépit d'un traitement du récit complètement différent. Les deux se déroulent dans des sociétés fermées exclusivement masculine, les deux assassins sont beaux, et sont hantés par l'amour obsessionnel, et le mystère. Et y figure dans toutes les deux Ryuhei Matsuda.

 

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Il est conseillé, pour goûter ce film énigmatique qui ne transcende pas toujours son aspect conceptuel, dont la traduction du titre original donne approximativement « un amour de 4,6 milliards d'années », ce qui correspond à l'âge de la terre et qui n’éclaire en rien cet énième opus de Miike, de se laisser porter par ses images superbes et non d’essayer à toute fin de décrypter les messages métaphysiques qui se cachent dans les replis du film qui est à ce jour le préféré de son réalisateur.

 

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Un mineur, le film

 

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A

Big Bang Love, Juvenile A 2006

Big Bang Love, Juvenile A 2006

Big Bang Love, Juvenile A

 

 

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The boys in the band

26 Octobre 2025, 09:07am

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USA, 2020

Réalisation: Joe Mantello

Avec: 

 

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Adaptation d'une célèbre pièce de Mart Crowley, cette production de Ryan Murphy pour Netflix, est un huis clos dans un appartement de l’Upper East Side.

1968, New-York, Michael, homosexuel cynique au train de vie princier, organise une fête d’anniversaire pour son ami Harold. Alors que les premiers convives s’amusent et se charrient, Harold tarde à apparaître. Michael doit en outre accepter un invité de dernière minute : son ami de fac Alan, homme marié qu’il soupçonne d’être un " homo refoulé ".

 

 

 

Lorsqu’Harold arrive enfin, celui-ci affiche une humeur sarcastique qui alourdit l’atmosphère. Chacun laisse alors éclater ses rancoeurs…

Au cours de la soirée, les langues se délient sur les difficultés d'être gay dans un monde homophobe.

Comme toujours dans les productions de Ryan Murphy, que l'on peut considérer comme le co-auteur du film au moins à l'égal de Joe Mantello, le casting est impecable. Les habitués de son travail, Hollywood, American horror story, Ratched... reconnaitrons certains visages en particulier celui du génial Jim Parsons, le Sheldon Big-bang theory. 

 

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La pièce originale, montée en 1968 dans un petit théâtre new-yorkais, a constitué un événement parce qu'elle parlait d'homosexualité à une époque où celle était tabou. La pièce a été adaptée une première fois au cinéma par William Friedkin, sorti en 1970 aux Etats-Unis et 1972 en France sous le titre "Les garçons de la bande". Je crois que c'est le premier film gay que j'ai vu...

 

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Capture d’écran 2021-11-06 à 18

 

 

Plus qu'un film on assiste à une captation très réussie de la pièce. On aurait pu se passer des quelques images "d'aération" de la pièce même si elles sont asez réussies.

 

Untitled collage

Heureusement Murphy n'a pas eu la mauvaise idée d'actualiser la pièce, ce qui n'aurait pas eu grand sens, ainsi cette adaptation permet de mesurer le chemin parcouru et les blocages sociaux et culturels qui demeurent.

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Je me souviens de l'exceptionnel slip tricoté dans le film de Patrice Leconte "Le mari de la coiffeuse"

24 Octobre 2025, 06:36am

 

 

 

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Le garçon qui bénéficie d'un des plus beaux slips de l'histoire du cinéma est Henry Hocking, ci-desous dans d'autres séquences du film.

 


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