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humeur cinematographique

NOORDZEE TEXAS (NORTH SEA, TEXAS) DE BAVO DEFURME

18 Juillet 2025, 06:40am

 
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Belgique, 2011, 98mn

 

Réalisation: Bavo Defurne, scénario: Bavo Defurne et Yves Verbraken  (scénario tiré du roman This will never end d'André Solis)
 
avec: Eva van der Gucht, Jelle Florizoone, Luk Wyns, Thomas Coumans, Mathias Vergels, Katelijne Damen, Daniel Sikora, Nina Marie Kortekaas
 
 
Résumé
 
Nous sommes en 1960. Pim (Jelle Florizoone) habite avec sa mère (Eva van der Gucht), une ancienne reine de beauté devenu un tas mais qui se croit toujours séduisante. Ils vivent dans une ville oubliée de la côte belge. Pim, garçon introverti, se contente de vivre dans son univers imaginaire. La mère de Pim, Yvette, a des rêves de son coté. Elle est fatigué des amants de passage et d'ennui de la vie dans cette petite ville. Elle aspire à tout laisser derrière elle, y compris son encombrant de fils pour aller voir voir le monde. Les rêves de Pim et ceux d'Yvette entrent en collision lorsque le beau Zoltan (Thomas Coumans)  arrive en ville avec la fête foraine et devient leur nouveau locataire. Mais à l'aube de ses 16 ans, sa relation avec son ami Gino (Mathias Vergels) prend une autre direction, et alors que sa mère le quitte pour vivre avec son nouvel amant, Pim y voit une opportunité de vivre ses rêves. Pim saisit sa chance. Ses rêves deviennent une semi réalité. Pim va vivre chez sa voisine, Marcella qui est la mére de Gino et de Sabrina (Nina Marie Kortekaas) qui glisse des regards langoureux à Pim qu'il ne voit pas. Pim est heureux. Il dort dans le lit de Gino! Mais Gino fréquente et habite avec une jeune fille de l'autre coté de la frontière. Les rêves de Pim sont-ils des illusions ou le reflet de ce que pourrait être la réalité?
 
L'avis critique
 
Il y a tellement longtemps que nous attendions un long métrage de Bavo Defurme que l'on doutait fortement qu'il arrive un jour. On avait pensé que Defurme serait un de ces cinéastes dont les courts-métrages multi primés dans une quirielle de festivals n'accoucheraient jamais d'un long; on peut citer dans ce cas Jacques Duron avec son remarquables Voyage à Deauville ou Armand Lameloise  avec son non moins remarquable,"Juste un peu de réconfort". Il y avait gros à parier qu'une si longue attente ne pouvait déboucher que sur une déception; c'est un peu le cas même si le film est bien fait. Il faut dire que je suis peut être un peu de mauvaise fois devant cet énième opus mettant en scène des bas du front nordiste même si c'est quand même un film positif, qui ne tombe pas dans misérabilisme. Il montre une jeunesse qui n’est pas ratée (c'est plutôt du coté des adultes que cela se gâte.
 
 
Defurme est resté fidèle à la thématique de ses courts-métrages. Tous traitent de l’identité, de quelqu’un qui se découvre différent, dans un groupe de sport ou pour Feu de camp, chez les scouts. On ne comprend pas bien alors pourquoi il a cru bon d'adapter un livre où rien n'est vraiment original et tout est attendu d'autant qu'il reprend certaines séquences de ses courts-métrages précédents comme  par exemple la scène de la tente qui était déjà dans "Campfire" (2000) ou celle de la moto qui se réfère à Matroos (1998). Cette histoire de rejet d’un groupe permet au réalisateur de  se concentrer sur l’histoire d’amour entre adolescents. Ce qui évite le gros écueil sociologisant où vont se briser la plupart des films de cet acabit. Pims a déjà découvert son identité sexuelle. Il est amoureux du garçon qui vit à côté de chez lui. C’est là que le film commence. Là où souvent les autres finissent. Les scènes sexuelles sont présentes dès le début. Peu de films ont abordé la question ainsi. Si la faiblesse de Noordzee Texas réside dans son scénario sa force est dans son filmage d'autant plus remarquable que le film aurait été réalisé avec un budget très modeste. L'image est toujours très belle, le cadre impeccable et les éclairages des intérieurs est précis et chaleureux, ce qui évite de tomber dans le glauque lors de certaines scènes. Le film tout en étant original dans sa facture, c'est un peu Demy chez Dumont s'inscrit dans une famille de films, référence assumée comme pour Paris-Texas ou plus secrète comme pour la série néerlandaise des années 80 "Le phare" qui se passait aussi vers 1960, ou Bagdad café ou encore plus à DAS FLÜSTERN DES MONDES (WHISPERING MOON) . Si on exepte Katelijne Damen, dans le rôle de la mère de Gino qui parvient à être génante tant elle est mauvaise, les autres acteurs vont du bon à l'excellent en particulier Jelle Florizoone qui dans le rôle de Pim est étonnant sachant donner du poids à chacun de ses regards et de ses gestes peut être parce qu'il vient du monde de la danse ( lorsque Bavo l'a découvert, ce jeune garçon était danseur professionnel avant à l’école Nationale de Ballet de Bruxelles) qu'il a abandonné depuis car l'expérience de "Noordzee Texas" lui a donné l'envie d'embrasser la carrière de comédien, souhaitons lui bonne chance, son jeune talent le mérite.
 
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Si dans mon résumé j'ai daté l'action en 1960, c'est totalement subjectif, puisque aucune date apparait à l'écran et que pas un objet ou un vêtement peut nous renseigner sur l'année durant laquelle se déroule le film. Cette intemporalité assumée tire Noordzee Texas vers le conte...
 
Il faut espérer pour Eva van der Gucht, que son rôle d'Yvette, où elle est parfaite, est un rôle de composition. Elle campe le personnage anthipatique du film, mauvaise mère, on subodore que la naissance de Pim n'a pas été voulu, à propos il n'y a pas de père dans cette histoire, artiste ratée, une Yvette Horner (tient le même prénom) obèse. Elle ne voit dans son fils qu'un boulet qui l'empêche de fuir le trou où elle est encalminée.
J'ai vu ce film lors d'une ecapade brusselloise durant l'été 2011. Si je me souviens bien ce n'était pas une séance dans un circuit traditionnel. Je ne sais donc pas si ce film d'une qualité technique tout à fait hors du commun à eu une exploitation commerciale dans son pays. Quant à la France...
 
 
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BILLY’S HOLLYWOOD SCREEN KISS (USA - 1998) un film de Tommy O’Haver

13 Juillet 2025, 07:08am

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Fiche technique :

Avec Paul Bartel, Sean P. Hayes, Brad Rowe, Richard Ganoung, Meredith Scott Lynn, Sean Hayes, Matthew Ashford, Armando Valdes-Kennedy, Carmine Giovinazzo, Holly Woodlawn, Mark Allen Andreson et Bonnie Biehl. Réalisation : Tommy O’Haver. Scénario : Tommy O’Haver. Directeur de la photographie : Mark Mervis. Compositeur : Alan Ari Lazar.

Durée : 92 mn. Disponible en VO et VOST.

 

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Résumé :

Billy, photographe provincial, débute à Hollywood. Son projet est de réaliser une série de photographies mettant en scène les baisers de cinéma les plus célèbres de l'histoire d'Hollywood. Mais cette fois, la distribution serait exclusivement masculine. Apres avoir fait le tour des drag-queens, Billy trouve enfin celui qu'il cherchait : Gabriel, un jeune et beau musicien fraîchement arrivé de Los Angeles. Cependant une question le taraude. Gabriel est-il gay ou hétéro ?

 

 

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L’avis critique

Billy’s Hollywood... est la preuve que le cinéma gay a désormais tous les droits aux USA (du moins lorsqu'il demeure consensuel). Le film de Tommy O’Haver a été tourné en scope et suinte le fric dans ses moindres recoins.

 

 

Billy (Sean P. Hayes) vit à Los Angeles et traverse une phase difficile : il ne trouve pas de travail et cherche sans succès le grand amour. Heureusement, un ami lui commande une série de photographies liées au glamour hollywoodien mais transposées sur le mode "camp", c’est-à-dire avec des modèles strictement masculins (ou travestis).

 

 

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Billy voit alors en Gabriel (Brad Rowe, clone transparent de Brad Pitt), un beau serveur, l’interprète idéal de ses clichés... et de ses fantasmes. Mais Gabriel a toutes les apparences d’un hétéro : que va devenir notre pauvre héros ?

 

 

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Billy’s Hollywood... joue à fond la carte de l’esthétique homosexuelle basique, cet univers réducteur auquel tout artiste gay, selon le grand public, se doit d’être affilié et que Tommy O’Haver a naïvement pris à son compte. De ce point de vue là, le spectateur n’est pas déçu : le film déballe son quota réglementaire de drag-queens impeccables, de couleurs flashy, de musique tendance ABBA, de corps musclés et imberbes, de plages ensoleillées, d'artistes toujours bien sapés sans l'ombre d'un souci financier.

 

 

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Tout cela verni par une volonté de renouer avec la grande comédie romantique de l'âge d'or hollywoodien. Mais même dans ce cadre, le film ne remplit que moyennement son contrat : rythme bancal, personnages et situations prévisibles, entractes oniriques assez répétitifs (tout comme l'idée de narration par les polaroïds, séduisante au départ, mais trop systématique).

 

 

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On se met alors à rêver d'un souffle subversif, d'un regard critique à la Araki (le L.A. de Nowhere était autrement plus passionnant). En vain : tout, dans Billy's Hollywood..., est polissé et flatte le spectateur dans le sens du poil. La vacuité n'est pas toujours désagréable (cf. Le Mariage de mon meilleur ami), mais elle requiert un minimum de talent.

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Nés en 68 un film de Ducastel et Martineau

12 Juillet 2025, 06:27am

 

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France, 177mn, 2008

    Fiche technique :
    Réalisation Olivier Ducastel & Jacques Matineau, scénario Olivier Ducastel, Jacques Martineau, musique: Philippe Miller, image: Matthieu Poirot-Delpech, montage: Dominique Galliéni.


Avec Laetitia Casta, Yannick Renier, Yann Trégouët, Christine Citti, Marc Citti, Sabrina Seyvecou, Théo Frilet, Edouard Collin, Kate Moran, Fejria Deliba, Gaetan Gallier, Osman Elkharraz, Slimane Yefsah, Matthias Van Khache, Thibault Vincon, Marilyne Canto, Alain Fromager et Gabriel Willem. 

 

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Résumé :
    Catherine, Yves et Hervé (Yann Tregouët) ont une vingtaine d’années. Ils sont étudiants à Paris et ils s'aiment. Mai 68 bouleverse leur existence. Séduits par l'utopie communautaire, ils partent avec quelques amis s'installer dans une ferme abandonnée du Lot. Loin des préoccupations du capitalisme, ils refusent le diktat de l'accumulation des richesses et de l'individualisme. Cependant, très vite, l'utopie communautaire révèle ses limites, celles de l'expression des ego et de l'amour qui ne souffre d'aucun partage. Le groupe se désagrège mais Catherine refuse de se soumettre. Elle continue à être fidèle à ses idéaux et tient la ferme seule. Elle y élève ses enfants.  

 

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1989. Les enfants de Catherine et Yves entrent dans l'âge adulte. Ils affrontent un monde qui a profondément changé : entre la fin du Communisme et l'explosion de l'épidémie du sida, l'héritage militant de la génération précédente doit être revisité...  

    L’avis critique
    Nés en 68 (il faut comprendre le titre dans le sens où les protagonistes sont véritablement nés au monde sur les barricades, c'est-à-dire à l'âge de 20 ans) a tous les défauts et toutes les qualités d’un premier film d’un réalisateur qui a un cœur « gros comme ça » et qui a voulu tout mettre dans son premier long métrage, craignant que ce soit le seul. On peut dire sans craindre de se tromper que c’est un vrai film d’auteur avec ce que devrait toujours signifier ce terme : l’urgence vitale pour le réalisateur de le faire sien. Le cœur à gauche, il y a mis toutes les luttes, tous les espoirs et aussi toutes les déceptions des quarante dernières années de son camp, qui se vit et s’imagine toujours floué par l’histoire. Ça commence avec les barricades de mai 68, ça continue par les espoirs mis en Mitterrand, pour se terminer dans l’affirmation que les sectateurs du grand soir sont toujours prêts à bouter l’actuel président, qui lui se rêve en fossoyeur de mai 68... Mais le réalisateur a peut-être voulu surtout, à travers de cette fresque généreuse faire un beau portrait de femme, celui de Catherine, qu’incarne merveilleusement Laetitia Casta. Peut-être est-ce celui de sa mère, si le cinéaste est né en 1968 ? À moins que les chapitres qui lui tiennent le plus à cœur soient ceux de la saga du combat des homosexuels, d’abord pour leur affirmation, puis pour leur survie et enfin pour leur devenir... À moins encore que ce qui lui importe le plus, soit de nous parler avec pudeur de son amour de jeunesse, fauché par le sida à quelques semaines de la mise en service des trithérapies... Voilà ce que j’aurais écrit si je n'avais pas su que Né en 68 a été réalisé par Ducastel et Martineau et que leurs précédents films, dans l’ordre chronologique Jeanne     et le garçon formidable, Drôle de Félix, Ma vraie vie à Rouen et Crustacés & Coquillage, sont en bonne place dans ma dévéthèque.  

 

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Nés en 68 contient deux films. Il est distinctement divisé en deux parties. La première consiste surtout à décrire l’expérience de la communauté agricole qu’ont fondée le groupe de gauchistes autour de Catherine (Laetitia Casta). Elle se termine lorsqu’arrive sur l’écran le panneau « 8 ans plus tard ». La deuxième est plus politique et se focalise surtout sur la geste des homosexuels, de la libération jusqu’à la quasi banalisation en passant par le drame du sida, la lutte pour le PaCs et l’avènement des trithérapies et n'échappe pas toujours au didactisme.
La première est la plus dense et la plus réussie. Ducastel et Martineau réussissent, comme je ne l’ai jamais vu au cinéma, à capter l’esprit de mai 68 (beaucoup mieux que le très très très... sur-coté Garrel dans son super chiant Les Amants réguliers) ou plutôt celui de l’immédiat après mai. Curieusement, c’est dans la première moitié du film qu'à la fois, la prestation collective des acteurs est la meilleure mais c’est aussi dans celle-ci que certains sont mauvais dans certaines scènes ou transparents. Les cinéastes peinent à individualiser les protagonistes de la communauté, certains ne font que passer ou disparaissent arbitrairement.  

 

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    Contrairement à Renaud Bertrand, le réalisateur de Sa raison d’être, avec lequel on ne peut faire que la comparaison, Martineau et Ducastel n’ont pas eu le projet fou de mettre tous les grands événements de ces quarante dernières années dans leur film. Ils réussissent souvent à les intégrer subtilement à leur récit, c’est le cas pour le 11 septembre, c’est d’ailleurs presque la seule intrusion de la politique internationale dans le film, qui est trop centré sur la seule petite France. On voit les images de l’attentat contre le World Trade Center sur une télévision pendant qu'à côté, Boris (Théo Frilet) et Vincent (Thibault Vincon) font l’amour avec passion, leur histoire personnelle est si forte qu’elle les ferme à cet instant au monde et leur font rater l’événement. Mais le spectateur sait qu’ils verront ces images après...
Si chez Renaud Bertrand on sentait derrière la réalisation le cahier des charges de la production, en l’occurrence la chaîne de télévision qui allait diffuser le film, rien de tel chez nos deux cinéastes qui ont pourtant eux aussi beaucoup (trop ?) chargé la barque de leur scénario et ont eu également la tentation du mélodrame. Genre qui revient en ce moment en force dans toutes les cinématographies. Si on croit à ce qui arrive aux personnages, c’est qu’ils ont réussi à inscrire les péripéties de leur vie dans leur propre logique.

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Une des scènes m’a beaucoup fait réfléchir, en particulier sur sa réception, est celle de l’amour libre entre fleurs et prés dans laquelle les membres de la communauté et des amis de passage s’ébattent nus dans une sorte de ronde dionysiaque. Elle est sans doute une des plus naturalistes du film, oui c’était comme ça, et pourtant il est probable qu’elle paraîtra to much pour la plupart des spectateurs. On voit en cela combien à la fois la liberté sexuelle a régressé et combien la perception du corps a changé. À ce propos, si la réalisation dans cette séquence ne se montre pas pudibonde, elle manque d’audace et de vérisme dans les scènes de sexe qu’elles soient hétérosexuelles ou homosexuelles.  

 

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Ducastel et Martineau se prennent un peu les pieds dans le tapis de la chronologie, en particulier pour le personnage de Gilles (Yannick Renier) dont le conseil de révision me parait arriver bien tard dans son histoire ; par ailleurs, cette bonne scène montre que l’armée n’est pas qu’un ramassis de ganaches. Souvent ainsi avec bonheur le scénario prend le contre-pied des clichés. Il serait bon que les scénaristes, lorsqu'ils ont à « gérer » un grand nombre de personnages, comme ici, se souviennent de la méthode de Roger Martin du Gard lorsqu'il préparait Les     Thibault. Il écrivait la biographie séparément et complète pour de chacun de ses personnages, y compris pour des périodes qui ne se trouveraient pas dans le roman, puis les confrontaient pour les faire coïncider.
Gilles, qui semble à peine vieillir durant quarante ans, soulève le problème récurrent du vieillissement des acteurs lorsqu’on suit les personnages qu’ils incarnent sur une longue période. Ducastel et Martineau ne s’en tirent pas mal, même si le temps est un peu trop clément pour leurs créatures. Peut-être est-ce pour équilibrer la cruauté des vies qu’ils mettent en scène ? Peu de films parviennent comme celui-ci à nous faire ressentir le poids des ans et des malheurs qui accablent toute vie sur sa durée.  

 

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Le mot durée me fait venir à envisager celle du film qui ne parait pas trop longue, jamais l’ennui pointe ; néanmoins, il aurait du s’arrêter en 2002, comme cela était prévu initialement, ce qui aurait évité le pathos filandreux de la dernière séquence et l’anti sarkozisme de rigueur qui ne fait qu’alourdir le message qui est beaucoup moins manichéen qu’on pourrait le croire.

 

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Tout d’abord, Nés en 68 a été pensé et écrit pour la télévision. Il y aura prochainement une diffusion sur Arte, dans un format plus long, remonté pour l’occasion. À ce sujet, Olivier Ducastel déclare : « Le propos initial était de produire deux longs métrages pour la télévision, qui fonctionnent en diptyque, coproduits par Arte et France 2. Une fois les films tournés, le producteur a fait lire les scénarios à Pyramide, le distributeur, qui a choisi de donner sa chance au film sur grand écran, à condition qu’on puisse couper entre trois quarts d’heure et une heure. Le fait que le film sorte au cinéma nous a permis de pouvoir obtenir des moyens supplémentaires, notamment pour la musique. Nous avons tourné beaucoup. Pour ce film, qui fait un peu moins de trois heures, nous avions un premier montage, avec tout le matériel mis bout à bout, de près de quatre heures trente. Les comédiens ont donc joué beaucoup plus que ce qui apparaît à l’écran et cela les a énormément nourris. Ça a nourri leur parcours, ça les a aidés à porter le poids du temps qui passe. C’est toujours un peu désespérant de couper autant mais, en réalité ces scènes coupées restent dans le film, en creux. Je pense qu’elles aident à la perception de la durée et à la fluidité de l’ensemble. » Espérons que les scènes coupées figureront dans la diffusion télévisée et surtout sur le DVD. Nous aurons ainsi sans doute une meilleure perception de certains personnages qui ont du être sacrifiés au montage.
Malheureusement, le film n'échappe pas non plus à la maladie la plus fréquente qui accable le cinéma : celle des fausses fins.  

 

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Si Théo Frilet, qui joue Boris, a le plus beau cul que j’ai vu au cinéma depuis, disons celui aperçu dans le Lilies de John Greyson en 1996, il a surtout beaucoup de talent. Il devrait prochainement interpréter Guy Mocquet à la télévision. Avec Laetitia Casta, d’une présence exceptionnelle, il est le seul à être bon dans toutes ses scènes. Ce qui n’est malheureusement pas le cas, en particulier, des interprètes masculins qui sont parfois époustouflants dans une scène mais médiocres dans la suivante, sans doute à cause d’un manque de répétitions ? Ou est-ce du à une trop grande impatience des réalisateurs qui ne voulaient (ou ne pouvaient) pas faire trop de prises ? Théo Frilet, outre qu’il soit bien mignon (ce que l’on peut vérifier sur l’affiche), a comme la plupart de ses camarades du casting, un physique inhabituel dans le cinéma français, ce qui n’est pas le moindre charme du film. Les réalisateurs font aussi preuve de fidélité, puisqu’ils retrouvent Sabrina Seyvecou et Edouard Collin, qui assure dans le rôle de Christophe, mais sans nous surprendre, tant celui-ci est dans la ligne de plusieurs de ses prestations, tant au théâtre qu’à l’écran ; deux acteurs qu'ils avaient dirigés dans Crustacés et Coquillages.

 

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    Les déclarations des deux cinéastes, dans le dossier de presse, sur leur dernier opus sont des modèles d’honnêteté et de     clairvoyance : « Écrire et réaliser un film sur cette période, c’était pour nous une façon de reprendre possession d’une partie de notre existence qui appartient déjà à l’Histoire, et même, pour l’essentiel, à l’Histoire révolue. C’est un retour sur notre passé personnel et collectif. Le film propose ainsi comme une recomposition, à partir d’aujourd’hui, de ce passé. Il n’était pas question pour nous d’aborder ces quarante dernières années d’un point de vue d’historiens, mais d’un point de vue très intime, à la lumière de ce que nous sommes aujourd’hui... C’est donc nettement le romanesque et le destin des personnages qui ont primé par rapport à la chronique historique... La grande technique du roman historique, c’est de prendre un personnage, de le faire entrer dans les événements de l’Histoire, et, dès lors, il devient support à un récit historique. Ce n’est pas cette démarche que nous avons adoptée. Par exemple, Mai 68 est pratiquement toujours perçu dans des intérieurs, ou par la radio… Et les personnages ne sont pas trois meneurs de Mai. Ce sont trois étudiants anonymes... quelque chose change entre les années 1960 et 1970 et les années 1990. Après Mai 68, même s’ils sont dans une certaine attitude de « retrait » du monde dans leur communauté, les personnages vont volontairement vers l’Histoire. Alors que dans les années 1990, c’est l’Histoire qui a tendance à rattraper violemment les personnages, qui les confronte à l’histoire politique. »  

 

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Théo Frilet et Edouard Collin dans "Nés en 68"
 



On ne peut qu’être d’accord avec le message que veut délivrer le film : « Il s’agit de mettre fin à ce discours qui consiste à dire que l’arrivée du sida doit mettre fin à l’amour libre et renforcer les positions réactionnaires. Non ! Il suffit juste de se protéger. Et ce n’est rien qu’un petit bout de latex ! Il faut arrêter d’être victimes de ce discours ultra réactionnaire, qui profite littéralement de cette épidémie pour liquider une liberté qui dérange. »

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Un conte de Noël un film d'Arnaud Desplechin

11 Juillet 2025, 06:38am

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L’argument du film est à la fois simple et alambiqué, mais rien ne peut être simple chez Despléchin. La mama (Catherine Deneuve) est atteinte d’un cancer rare du sang. Seule une greffe de moelle, ne pouvant venir qu’un proche membre de sa famille, peut éventuellement la sauver. Tous les membres de la smala qui se retrouvent dans la grande maison familiale de Roubaix pour fêter Noël, ont fait un test pour savoir s’ils peuvent être donneur. Seul le fils maudit et le jeune fou de la famille sont compatibles. Le fils noir va se dévouer.

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On comprend bien, malgré une documentation médicale sans faille, cette histoire de cancer n’est qu’un habile prétexte pour faire l’autopsie d’une famille (qui à de nombreux points communs avec celle mise en scène dans “Rois et reine”, le précédent film du réalisateur) et insuffler du romanesque dans ce huis-clos bourgeois dans l’inévitable grande maison, c’est tout de même curieux cette propension à la vastitude des demeures dans le cinéma français, située à Roubaix, ce qui est à la fois original et tendance suite au succès des “Chtis”.

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Cinématographiquement le film se place sous le parrainage revendiqué de Bergman dont on aperçoit un extrait d’un de ses films et plus discrètement sous celui de Woody Allen pour l’humour et le cynisme tranquille des dialogues. Leur brillant m’a fait autant penser à l’américain qu’à Sacha Guitry et les situations à Tchékov. Tout cela pour vous dire que Depleschin me semble se tromper de médium et que sa place est plus au théâtre qu’au cinéma. Les points forts du film étant outre des dialogues éblouissants, une direction d’acteur exceptionnel. C’est à ce propos la première fois que je vois Emmanuelle Devos, elle qui plombait le pourtant excellent “Rois et reine”. Roussillon est aussi extraordinaire qu’à l’habitude apportant sa truculence ahurie aux échanges verbaux. Amalric nous ressort son numéro de bobo borderline de “Rois et reine”, mais qui s’en plaindraient et Catherine Deneuve son registre de salope gourmée ,mis au point chez Valérie Lemercier, drôle et glaçant. Une grande découverte pour moi, Laurent Capelluto, comédien que je ne connaissais pas et que je trouve formidable de densité dans le rôle de Simon. La révélation est Emile Berling qui dans un rôle ingrat ne démérite pas du talent de son père. Il faut signaler la très bonne utilisation de la voix off, et celle de la figure, toute théâtrale, on y revient, de l’aparté. Mais cela se gâte sérieusement quand le réalisateur, sans la béquille du verbe, n’utilise que la grammaire cinématographique. Si bien que l’on pense parfois que nous assistons à l’adaptation au cinéma d’une pièce de théâtre. Certains subterfuges sont même un peu misérable comme celui de faire défiler les enseignes de café de la ville en sur impression d’un plan de la ville de Roubaix.

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Autre défaut inhérent au cinéma branché français, son incapacité à filmer le travail, sauf ici les actes médicaux, sans doute parce que nos cinéastes ont bien peu l’expérience d’un autre labeur... Les métiers des protagonistes semblent ainsi être choisis au hasard. On s’etonne par exemple qu’un aussi fin lettré et musicien que le personnage magistralement interprété par Roussillon soit teinturier et paraisse jouir d’une telle aisance financière peu en accord avec son humble état d’artisan. On voit tout aussi mal sa névrosée de fille en auteur à succès et ce n’est pas une vêture de dandy qui transforme Hippolyte Girardot, de plus en plus précocement décati, en grand architecte, rôle d’une inconsistance totale.

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Il n’en reste pas moins que c’est un véritable plaisir de passer près de 2h 30 non avec de simples actants, comme on le disait au beau temps du structuralisme triomphant, mais avec de vrais caractères à l’épaisseur romanesque que nous sommes ravis de côtoyer pendant ce moment d’intelligence qu’est la projection de ce conte de Noël. 

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Sagan un film de Diane Kurys

7 Juillet 2025, 06:24am

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France, 2008, 1h 57mn

Réalisation: Diane Kurys, scénario: Diane Kurys, Martine Moriconi, Michel Abramowicz, Claire Maréchal, image: Dominique Levert, Guillaume Bouchateau, son: Christian Fontaine, montage: Sylvie Gadmer, direction artistique: Maxime Robiere, casting: Gérard Moulevrier, costume: Nathalie du Roscoat, décors: Alexandra Lassen, musique: Armand Amar

Avec: Sylvie Testud, Pierre Palmade, Lionel Abelanski, Jeanne Balibar, Denis Podalydès, Arielle Dombasle, Samuel Labarthe, Guillaume Gallienne, Bruno Wolkowitch, Gwendoline Hamon, Silvie Laguna, Alexis Michalik, Margot Abascal, Alexia Stresi, Chantal Neuwirth



Résumé

En 1954, Françoise Sagan a 18 ans. Son premier roman, “Bonjour tristesse” lui apporte richesse et célébrité. Elle mène une vie légère et tapageuse, entourée de sa bande d'amis : Chazot, Bernard Franck, Florence Malraux. Le 8 août 1958, au casino de Deauville, elle mise ses derniers jetons sur le 8 et rafle la somme de 8 millions de francs avec laquelle, quelques heures plus tard, elle achète la maison qu'elle a louée pour l'été près d'Honfleur. Sans l'avoir prémédité, elle devient propriétaire et jure que personne, jamais, ne viendra la déloger de cet endroit. 40 ans plus tard, elle n’est plus que l'invitée des lieux. Le film nous raconte comment la jeune prodige de la littérature a-t-elle traversé la vie, en mettant en lumière ses amours lesbiens et en particulier sa relation avec Peggy Roche qui semble avoir été l’amour de sa vie, pour se retrouver ruinée et seule.

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L’avis critique

"Sagan" a tout du film qui me fait courir. On me promettait une toile où l’on me parlerait whisky, jaguar et littérature, autant de choses qui me réjouissent. Il faut dire que j’en ai soupé du cinéma couscous misérabiliste. Je n’irais donc pas voir la dernière palme d’or, car pour tout vous dire, je me refuse à payer 10 € pour voir la jeune France métissée se chauffer aux radiateurs de l’éducation nationale avec ce guignol de Bégaudeau en professeur. Je revendique le droit d’être obtus.
Or donc, revenons à notre "Sagan", si l’ on me parla bien de whisky et de belles voitures, ce qui n’est déjà pas si mal, je ne vit dans le dernier opus de Kurys que bien peu de littérature. La voix off du film, Sylvie Testut, en double de sagan, transforme la fameuse petite musique de la romancière en un florilège de bons mots qui font plus penser à du Guitry qu’à la prose de Sagan.

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Je voudrais signaler en passant aux amateurs de belles tôles que si Françoise Sagan a bien un grave accident de voiture, c'était conduisant une Aston Martin et non une Facel Vega, comme on le voit dans le film. C’est Albert Camus qui trouva la mort, en 1960, dans la Facel Vega de son éditeur. Je ne veux pas croire à une erreur de la cinéaste, mais seulement à une économie sur les accessoires; une Facel-Vega étant indéniablement plus facile à trouver en France qu’une Aston Martin...
Je ne reviendrais pas sur la folle ambition qui consiste à résumer une vie et une oeuvre (mais ici l’oeuvre est passée à la trappe) en deux heures ou même en trois. “Sagan” était initialement un téléfilm en deux parties de quatre-vingt-dix minutes "Un charmant petit monstre" et "Des bleus à l'âme" réalisé pour France 2. “Sagan” sera diffusé par France 2  en septembre dans ce montage de trois heures.

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Le film aurait gagné en cursivité et en authenticité si Diane Kurys avait pris la peine (qui serait vite devenu une délectation) de lire ce chef d’oeuvre qu’est le journal de Matthieu Galey, le meilleur portraitiste de la littérature française de la seconde moitié du XX ème siècle, dans le droit fil d’un Léon Daudet. Voici comment il narre l’apparition de la romancière et sa rencontre avec elle: << Lu tout d’une traite le petit et délicieux roman de Mlle Sagan, “Bonjour tristesse. D’énormes qualités, mais attendons la suite: il faut qu’elle écrive son “Bal” avant de voir en elle un nouveau Radiguet... 3 juin 1954, Rendez vous avec Françoise Sagan aux Deux Magots. D’abord j’ai failli aborder une jeune fille qui n’était pas elle. Timide, j’hésitait, quand elle est arrivée; c’est elle qui m’a identifié. Petite brune, avec deux yeux rond, sombres, elle fait à peine ses dix huit ans. Pas de poudre, un peu de rouge à lèvres, des cheveux fous, en frange sur le front. Moins dure et pointue que son livre, mais elle y ressemble par sa grâce et son sérieux d’enfant. Voix sèche, rapide; elle parle presque “illisible”. Tout le contraire de sa langue, si fraîche et si claire. Elle se dit ulcérée de tout le bruit qu’on fait autour de son nom et trouve la gent littéraire “assommante et abrutie” à l’exception des auteurs véritables: Sartre par exemple, dont l’intelligence l’a conquise tout de suite; Camus à la rigueur (<<Mais vous savez je suis bonne>>), ainsi que Véraldi et surtout Abellio. Ses classiques? Proust, pour elle la base de toute psychologie, et Benjamin Constant; elle révère Adolphe... C’est une lymphatique, avec la tête sur les épaules. Très intelligente, elle devrait bien se débrouiller dans la vie, l’air ne ne pas y toucher. Somme toute, elle ne m’a point déçu.>> (Matthieu Galey, journal 1953-1973, page 58, édition Grasset)

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C’est un peu cruel de faire figurer ces lignes en regard du travail de Dyane Kurys, tant tout y est mieux et plus justement dit que dans les deux heures de ce long métrage. Il faut tout de même ajouter que si le film ne parvient jamais à nous camper l’écrivain, il réussit bien à nous montrer toutes les contradictions et les ambiguïtés de la femme; Sagan, passionnée et lâche, égoïste et généreuse, séductrice et introvertie,  imprévisible... La bonne idée de la réalisation est d’avoir instillé constamment de l’humour dans le film, notamment dans les scènes entre Sagan et Peggy Roche (Jeanne Balibar, remarquable) avec qui elle formait un couple et ici un duo irrésistiblement drôles. L'humour n’a jamais porté aussi bien son nom de "politesse du désespoir" dont Françoise Sagan semble être l'incarnation.

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Par contre Diane Kurys ne parvient jamais à inscrire son héroïne dans son siècle, dans un contexte, sauf au début de son film où elle capte bien l’atmosphère des années cinquante. A laisser la grande et petite histoire hors champ on a le sentiment que Françoise Sagan est le centre du monde et que rien n’existe hors sa petite bande, présentée ici comme un ramassis de médiocres pique assiettes. A propos de parasites je me demande si les assez mauvaises critiques obtenues par le film n’est pas du fait que nos plumitifs assermentés cinéma, se voyant si bien portraiturés, en ont eu quelques aigreurs?

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Le lit de Sagan était accueillant... Y sont passé, souvent pressé, Peggy Roche, Massimo Gargia, Ava Gardner, Bob Westhoff (le père de son fils), Juliette Gréco, Guy Schoeller, Annick Geille, Michel Déon, et tant d’autres encore... De la vie sentimentale de Sagan la cinéaste a mis en exergue surtout ses amours saphiques et en particulier sa liaison avec Peggy Roche, styliste, ex-mannequin et un temps rédactrice en chef du magazine “Elle”, qui fut sa compagne de 1976 jusqu’à sa disparition en 1991.
On peut à juste titre considérer que "Sagan" est un film lesbien. D’ailleurs le public du cinéma multi-salles dans lequel, lors d’une après midi pluvieuse dans ma chère station Balnéaire, j’ai découvert le film ne s’y était pas trompé. Je n’avais jamais vu autant de lesbiennes à La Baule que cette après midi là.

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Ceci dit je ne suis pas d’accord avec Didier Roth Bettoni quand il avance que l’on a sciemment caché la bisexualité de la romancière: <<... L’exemple le plus frappant de ce qui est notre lot commun permanent, cette reconquête d’une mémoire si souvent passée par pertes et profits, se trouve dans le très médiocre film que Diane Kurys vient de consacrer à une des romancières françaises les plus populaires du siècle, Françoise Sagan. Si on dépasse les très évidentes limites de cette bio filmée, une chose saute aux yeux qu’on n’aurait jamais soupçonné : c’est que Sagan (incarnée ici par une excellente Sylvie Testud) était indubitablement lesbienne ! Pas juste le temps d’une aventure ou d’une expérience comme il était de bon ton dans les milieux intellectuels des folles années 60-70, mais vraiment fondamentalement lesbienne, toutes ses histoires d’amour véritables ayant eu des femmes pour objets. Or qui, à moins peut-être d’être un véritable spécialiste de Sagan (et encore…) avait cela ? Pas moi en tout cas, et pas la plupart des personnes cultivées à qui j’en ai parlé... Qu’est-ce que cela veut dire ? Que la vérité (une part d’entre elle en tout cas) sur la si célèbre auteure de Bonjour tristesse a été masquée, de son propre fait ou non d’ailleurs, parce que cette vérité-là aurait peut-être brouillé le mythe et la popularité de la romancière préférée des Français. Et qu’est-ce que cela signifie pour nous, homosexuels de tous les sexes ? Qu’un pan de notre histoire nous a été interdit...>>.

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Outre que Didier Roth Bettoni ne doit s’entretenir avec les bonnes personnes “cultivées”, il est victime du terrorisme de la transparence et de la paranoïa du complot. En quoi savoir que Sagan était plus homosexuelle qu’hétérosexuelle aurait aidé à la compréhension de son œuvre. Le drame de la romancière est que justement sa biographie à toujours fait écran entre le public et ses écrits, qu’elle soit elle-même grandement responsable de la chose ne change rien au résultat. Didier Roth Bettoni oublie le droit de toute personne à une vie privée. On retrouve ici la confusion, dont le communautarisme est grand pourvoyeur, entre public et privé qui fait tant de mal à la civilisation.
Voyons ce que dit sur le sujet Marie-Dominique Lelièvre dans son très bon “Sagan à toute allure”: << ... Si Françoise aime les femmes, elle cache ses liaisons qui restent clandestines. Pas d’images amoureuses avec celles qu’elle a aimées ou séduites... Au théâtre ou au casino, elle fait son entrée au bras d’un homme pour éviter d’être photographiée avec une amie de cœur. La vie amoureuse de Françoise Sagan se conforme au cahier des charges de sa légende et se coule dans les formes que lui impose le mythe... C’est pourtant avec une femme que Françoise est enterrée au cimetière de Cajarc, sappartenant enfin: Peggy Roche, un des êtres qui ont le plus compté pour elle. >>.

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Si la cinéaste a le bon goût de ne pas s’attarder sur les amants et amantes de passage de Françoise Sagan, il est tout de même assez ridicule de ne jamais montrer ne serait ce qu’un geste de tendresse de son héroïne envers l’élu (e) de son cœur d’un moment, si bien que Françoise Sagan parait plus asexuée que bisexuelle!
Il est toujours périlleux de faire jouer des personnage qui sont encore dans l’oeil d’une partie du public par des acteurs. Disons le d’emblée le casting ne démérite pas. On ne le redira jamais assez à quel point Sylvie Testu EST Françoise Sagan. Mention spéciale aussi à Jeanne Balibar très convaincante en Peggy Roche mais il est vrai que je ne savais pas à quoi ressemblait cette dernière. Si sur le plan du jeu Pierre Palmade m’a surpris en ami fidèle et désabusé et m’a étonné par sa justesse, cela se gâte quand on sait qu’il s’agit de Jacques Chazot qui ne l’oublions pas était certes une folle perdue (une des premières et des dernières à s’assumer comme telle!) mais avant tout un danseur, titre que la mollesse de Palmade ne peut jamais revendiquer. On se prend à songer alors que le choix de Palmade tient plus sans doute à sa possibilité de se faire inviter facilement dans les innombrables émissions de télévision de papotage promotionnelles qu’à son talent  de comédien. Itou pour Arielle Dombasle, beaucoup trop vieille pour le rôle, qui nous ressort son numéro de femme du demi-monde évaporée. Mais est ce une composition?

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Alors que dans “Sagan à toute vitesse” (édition Denoel) Marie-Dominique Lelièvre  avait à juste titre fait la part belle à  Bernard Frank  et à Florence Malraux , les deux plus fidèles amis de Françoise avec laquelle ils formaient une enfantine triade de la timidité. Diane Kuris fait de l’auteur “Des rats” un pale pique assiette et escamote Florence Malraux, aujourd’hui la seule survivante de la bande à Sagan. De Bernard Frank, Marie-Dominique Lelièvre écrit qu’il tenait du «nounours hirsute, de l’objet transitionnel, plus que de l’amant». Là encore pour ce personnage hors du commun la cinéaste aurait été bien inspiré de lire le portrait qu’en traçait Matthieu Galey dans son journal: << Bernard Frank, romain, puissant, épais, frisé. Une sorte de Murat. << Oui, dit il, mais à mon âge, il était déjà maréchal!>>. Il vient de terminer un essai sur Drieu, personnage qui le fascine; il y étudie ce qu’il appelle la “panoplie littéraire” de l’époque. Une parole pressée, bafouillante, assez incertaine, mais la pensée est lucide, d’une intelligente férocité.>>. Encore une fois devant le Bernard Frank du film, honnêtement interprété par Lionel Abelanski  avec néanmoins un déficit de charisme et de volume, on ne peut que constater que la littérature est absente; de ce fait on ne comprend rien à la relation entre Franck et Sagan, alors que le carburant de leur amitié était leur passion commune pour la littérature. Ce qu’ expliquait très bien l’émission de radio, “une vie une oeuvre” consacrée à Bernard Franck diffusée récemment sur France-Culture. Bernard Frank est l’auteur du terme Hussard, fausse école littéraire qui mené par l’épée de Nimier bataillait pour la légèreté contre la pesanteur du roman à thèse. Il est paradoxale que l’on ne rattache jamais Sagan à ce courant...

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Toujours pour continuer sur le casting, et la question de la ressemblance physique d’un acteur avec la personne ayant exister qu’il interprète, question que je ne crois pas dérisoire même si les intellectuels de la critique balaye celle-ci d’un revers de main méprisant; par exemple je suis étonné par le choix de Guillaume Gallienne pour le rôle de Jacques Quoirez, le frère de la romancière. Revenons au Journal de Matthieu Galey: << Quoirez, le frère de Sagan, à qui la vie a sculpté une gueule de vieux marin pêcheur épanoui, jouant l’esthète distancié s’amusant du spectacle du monde... (19 janvier 1980). Et que voit on à l’écran? un gros garçon un peu folasse au cœur tendre et à la tête sur les épaules qui m’a fait irrésistiblement penser à Dominique Besnehard jeune. Le talent de Galienne n’est pas en cause, il parvient à imposer son personnage dés sa première apparition. Mais sans ériger le psychomorphisme en règle d’or, l’aspect d’un être n’est tout de même pas sans incidence sur son comportement quotidien. Diane Kurys a néanmoins fait de nombreux bon choix. Podalydes est parfait en Guy Schoeller et Chantale Neuwirth poignante en femme de charges, vraiment à tout faire, de la romancière.

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Diane Kurys n'a pas connu Françoise Sagan. Elles avaient pourtant failli travailler ensemble. La cinéaste avait proposé à l'écrivain d'écrire le scénario des “Enfants du siècle”, sachant qu'elle adorait la correspondance entre George Sand et Alfred de Musset. Mais cela ne s'est finalement pas fait.
<< J'ai toujours eu l'impression qu'elle faisait partie de ma vie >>, explique Diane Kurys. << En lisant les articles qui lui étaient consacrés (...) au moment de son décès, (...) j'ai vu à quel point sa vie avait été romanesque, intense, riche. (...) Je me suis mise à lire tout ce qu'on avait écrit sur elle, je me suis replongée dans ses romans, j'ai regardé ses interviews, et l'idée de faire un film sur sa vie ne m'a plus quittée. J'ai voulu la montrer dans son ambiguïté, à la fois proche, humaine et totalement imprévisible. Je n'ai pas cherché à la rendre meilleure qu'elle n'était, j'ai seulement voulu la rendre vraie, en essayant de m'approcher au plus près. Elle était généreuse, passionnée, passionnante et elle pouvait être un monstre d'égoïsme, elle était lâche aussi, parfois. Faire le portrait de quelqu'un, c'est aussi faire un portrait de soi-même."

Pour le tournage, Diane Kurys a tenu à rencontrer certaines personnalités de l'entourage de Françoise Sagan, dont Florence Malraux, Jean-Claude Brialy ou Régine. Elle a en outre demandé au fils de l'écrivain, Denis Westhoff, d'être le conseiller artistique du film. << C'est la première personne que j'ai appelée quand j'ai eu l'idée de faire ce film >>, explique-t-elle. << J'avais besoin de son approbation, de son regard, et de son aide. Il lui ressemble beaucoup, j'étais d'ailleurs très impressionnée à l'idée de le rencontrer.>>. Peut être aurait-elle mieux fait de lire les livres de Françoise Sagan. Mais les cinéaste français lisent-ils? On peut en douter.
Encore une fois le cinéma hexagonale ne parvient pas à filmer le travail, pas plus pour un écrivain que pour un plombier. Jamais on ne sent la romancière habitée par son oeuvre comme c’est par exemple le cas dans le “Capote” de Bennett Miller. Si bien que lorsque la romancière ne parvient plus à écrire, Diane Kurys ne parvient pas à nous faire partager l’angoisse de son héroïne.
Sylvie Testud raconte également avoir rencontré certains des amis de Françoise Sagan encore en vie, mais en fait ils lui ont compliqué la tâche. << Le premier la disait timide, le deuxième la qualifiait de séductrice, le troisième voyait en elle une introvertie...chacun se l'était appropriée.>>. Ce sont finalement les enregistrements et l'INA qui ont le plus aidé l'actrice.
L'idée de faire tenir le rôle de l'écrivain à Sylvie Testud s'est très vite imposée à la réalisatrice. Il faut dire qu’il faut être aveugle pour ne pas remarquer la ressemblance physique entre la comédienne et la romancière. Lors d'un déjeuner avec Thierry Taittinger qui revenait de l'enterrement de Françoise Sagan, celui-ci avait d'ailleurs dit à Diane Kurys que si un film se faisait, il faudrait prendre Sylvie Testud. Un choix que ne regrette absolument pas la cinéaste : <<Cela m'a paru une évidence, et c'est elle que j'avais en tête quand je me suis lancée dans l'aventure. C'est une femme intelligente et courageuse, comme Sagan, et elle écrit elle aussi... Elle a compris le challenge que représentait le rôle. Elle a aussi un côté "petit soldat" : elle entraîne son monde derrière elle, et c'était un vrai bonheur de voir son travail, sa concentration et la légèreté avec laquelle elle avait l'air de faire tout cela.>>
Sylvie Testud indique avoir été à la fois enchantée et paniquée quand Diane Kurys lui a offert le rôle : << Je ne voyais pas de rapport évident entre Sagan et moi"), elle s'est finalement rendu compte que toutes les deux étaient finalement assez proches. "En lisant des biographies, en l'écoutant, en la regardant, j'ai effectivement découvert beaucoup de points communs. Par exemple, comme elle, j'aime les belles voitures (...) Elle explique qu'elle ne boit pas de champagne et qu'elle est très déprimée dans les soirées qui n'offrent que du champagne : moi aussi.>>.
Elle réussit parfaitement à restituer le phrasé si particulier de Sagan, à la fois enfantin et « onomatopéesque ». Elle a appris la « langue » Sagan avec autant d’application que le Japonais pour “Stupeur et tremblements”. Les regard de l’actrice se font tour à tour boudeur, frondeur, évasif, souvent filtré par une mèche de cheveux qu’elle triture.  Après un début, très elliptique qui épouse le rythme de vie de la jeune Françoise Sagan, fait d’une profusion de plans brefs qui reflète bien la frénésie et l’urgence de vivre, le goût pour les fêtes, la vitesse, l’alcool déjà, le filmage se fait plus sage. La réalisation devient assez plate mais toujours propre. Le budget relativement modeste pour une telle entreprise interdit les plans larges dans les extérieurs urbains. La reconstitution est soignée et réussit à éviter les anachronismes.

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Ce que l’on ne perçoit pas dans le film de cinéma (il en sera peut être autrement avec celui de télévision) c’est ce qu’a très bien mis en lumière Dominique Lelièvre dans son livre, le point de basculement d’une vie qu’elle situe pour Françoise Sagan en 1973. Cette date correspond à celle du premier choc pétrolier et aussi à la remise en question du mensonge gaullo-communiste sur la période 1940-1945 en France, deux phénomène qui changera (lentement) la perception du grand public sur bien des choses et entre autres sur les livres de Françoise Sagan dont les romans perçus à la fois comme légers et dynamiques ne correspondent plus à l’air du temps qui est à la morosité... Les tirages des romans de Sagan commence à diminuer et l’on peut considérer qu’à partir de cette date la vie de la romancière ne sera qu’un long toboggan qui la fera glisser vers la morts.

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Dans le souvenir d’un film, je remarque que peu de spectateurs mentionnent l’heure, le lieu, les conditions dans lesquels ils l’ont découvert. Je ne parle pas des critiques qui, par pingrerie, se contentent des rances projections de presse. Pourtant le lieu de consommation a une grande importance dans le cheminement qu’une oeuvre fait vers (puis dans) le cœur et l’esprit d’un spectateur. En cela voir Sagan à La Baule était un choix parfait tant j’ai pu voir fleurir dans mon enfance les couvertures des romans de Françoise Sagan sur la plus belle plage d’Europe, comme les voitures qu’elle affectionnait, se garer le long de la défunte “Potinière”, même si c’était plus des Triumph TR3 que des Jaguars ou des Aston Martin...

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MA VRAIE VIE A ROUEN, UN FILM D'OLIVIER DUCASTEL ET JACQUES MARTINEAU

6 Juillet 2025, 07:30am

France, 100mn, 2003

 

Réalisation: Olivier Ducastel et Jacques Martineau, scénario: Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Image Matthieu Poirot Delpech et Pierre Millon, Son : Régis Muller, Musique : Philippe Miller, Montage: Sabine Mamou  

 

avec: Ariane Ascaride, Jimmy Tavares, Jonathan Zaccai, Hélène Surgère, Frédéric Gorny, Lucas Bonnifait 

 

 

Résumé

 

 

Etienne vit avec sa mère Caroline, à Rouen

Pour son anniversairede ses seize ans sa grand mère lui offre un caméscope. Il filme son entourage, notamment sa mère Caroline et son prof d'histoire qu'il verrait bien ensemble.

 

Filmer sa vie, quelle idée ? Etienne cherche des indices qui peuvent l’aider à s’accomplir. Le sport est en cela, avec sa mère, son seul repère. Mais aucun des deux ne résout l’équation essentielle de son existence : qui aimer?

 

 

 

L'avis critique

 

Olivier Ducastel et Jacques Martineau, les deux réalisateurs, sont partis d’un principe original. Placer une caméra numérique dans les mains d’un adolescent de seize ans : Etienne interprété par Jimmy Tavares, pour la première fois à l’écran. A la différence de la caméra subjective, comme dans LA DAME DU LAC de Robert Montgomery, où l'appareil était "le" personnage, la caméra est ici "un" personnage à part entière, voire un appendice, en tout cas le témoin de la vie d'Etienne.

 

 

Epatant. Tel est l’adjectif qui caractérise cette trouvaille narrative, même si le parti pris amuse, puis irrite quelque peu avant de devenir naturel pour le spectateur. La caméra n’est pas subjective mais devient un personnage à part entière, prolongement de la conscience de ce jeune ado. Avec une grande dextérité, les réalisateurs ont réussi à l’imposer comme un véritable personnage influent sur autrui et sur Etienne lui-même. Ma vraie vie à Rouen réussit le pari d'être un film en adéquation singulière avec son personnage central.

 

 

MA VRAIE VIE A ROUEN est un film intime, tourné en numérique. C'est bien au portrait d'un être de fiction (ce n'est en rien comme on pourrait le croire au premier degré, une auto-fiction) que le spectateur a affaire, même si le titre ne contient pas son prénom, à la différence des deux premiers opus des cinéastes. MA VRAIE VIE A ROUEN réussit à rendre sensible cette succession de moments de la vie d'Etienne, grâce à un dosage convaincant entre scènes drôles et émouvantes, grâce au montage, léger et équilibré. Grâce aussi au fait que Ducastel et Martineau arrivent à capter l'essence de l'adolescence, et que bon nombre de spectateurs peuvent projeter ici ou là des souvenirs.

 

 

Complice ou intruse ? Complice dans les moments personnels (le patinage artistique, la découverte sexuelle), intruse dans les moments intimes des autres.

Vérité ou mensonge ? La caméra induit systématiquement un jeu. D’ailleurs, l’ami d’Etienne (Ludovic) l’utilise comme un véritable outil théâtral. Dans le cas contraire, il se retrouve dans une position inconfortable où le mensonge est bien plus facile. Jeu, également, lorsqu’Etienne multiplie les prises de sa mère soufflant ses bougies d’anniversaire ou quand la famille découvre, faussement surprise, le sapin de Noël. Le procédé exige que les comédiens reproduisent les réactions de personnes qui n’ont pas l’habitude d’être filmées en temps normal, aussi la caméra est-elle omniprésente dans les conversations des personnages. Cela signifie, entre autres, que lorsque l’on franchit une certaine barrière de l’intime, on est obligé de couper, une difficulté narrative pour le scénariste.

 

 

L’essentiel du film se trouve donc dans le hors champ. Cela a pour effet de paradoxalement mettre en exergue le non-dit avec une grande justesse. Ainsi les sentiments amoureux du jeune homme pour son professeur, qu’il espionne à travers la ville, sont-ils beaucoup plus explicites exprimés par ces images volées récurrentes, qu’ils ne l’auraient été dans le cadre d’une mise en scène classique. A ce propos, on peut regretter que le concept de voyeurisme ne soit pas plus exploité. Il ne faudrait pas réduire Ma Vraie vie à Rouen à un simple exercice de style. Les personnages existent fortement. La sensation qu’on vient de partager un moment avec eux est beaucoup plus présente que dans une fiction traditionnelle. Un mélodrame classique montrerait tout le hors champ mais serait incapable de refléter l’état d’esprit des personnages aussi intimement et d'en faire un film aussi touchant.

 

MA VRAIE VIE A ROUEN, en alliant décors naturels et la maniabilité du numérique, réussit son pari. Son originalité narrative et le jeu sur mesure des acteurs, Ariane Ascaride toujours juste, font oublier quelques longueurs d’un scénario léger et une fin presque escamotée (la découverte de son homosexualité par Etienne). Le film presque clandestinement met en évidence la difficulté d'appréhender son corps et ses désirs pour les adolescents. Les scènes de contemplation, ou d’auto contemplation, sont à ce titre très intéressantes : les plans isolés où le jeune homme filme des parties de son corps participent d’une visualisation de son inconscient où il semble prendre connaissance de son pouvoir de séduction physique, sans pouvoir l’exprimer ou la partager avec un autre. Il le partage donc avec son caméscope, un " autre " mystérieux sur lequel il peut fixer tous ses désirs. La caméra comme point de vue sur soi, comme rapport à l’intime, à ce que l’on peut montrer, sont autant de thèmes qui découlent de ces images.

 

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Ducastel et Martineau nous ont montrés comment naît le désir. Ce qu’est ce désir (ici masculin, et même homosexuel, mais ça n’a aucune importance). C’est à dire l’envie du toucher, du baiser, des mots pour le dire, l’envie de voir et de se montrer, de partager la sexualité, le corps. On aurait préféré qu'Etienne réponde un peu moins aux clichés du jeune gay: absence du père, complexe oedipien et en plus patineur artistique, Etienne n’est pas gay par hasard. Ce qui rend triste ce garçon, c'est que personne ne voit son désir et que personne ne lui renvoie les questions qu’il pose aux autres plutôt que de se les poser à lui même. Comme Félix dans leur précédent film, Etienne cherche la voie sur laquelle s’engager, sans forcément comprendre ce qui le fait avancer.

 

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MA VRAIE VIE A ROUEN est le troisième long métrage d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau, après JEANNE ET LE GARÇON FORMIDABLE (1998) et DROLE DE FELIX (2000). Ils retrouvent Ariane Ascaride, déjà présente dans DROLE DE FELIX, et Frédéric Gorny ( surtout connu pour avoir joué le gay à la télévision dans Avocats et associés), au générique de JEANNE ET LE GARCON FORMIDABLE. Jonathan Zaccaï s'était déjà fait remarquer dans PETITE CHERIE d'Anne Villacèque, REINES D'UN JOUR de Marion Vernoux et BORD DE MER de Julie Lopes-Curval. Il n'avait alors pas encore joué ÉLÈVE LIBRE où il est exceptionnel. Mais le film doit beaucoup au jeune et très agréable à regarder Jimmy Tavares (j'aimerais bien savoir ce qu'il est devenu). Ce garçon plein d'élan qui ne sait où s'élancer, toujours solitaire sur la glace, Ducastel et Martineau savent le regarder, le révéler, le rendre émouvant. Il ne faudrait pas oublier Hélène Surgère très émouvante dans le rôle de sa grand mère.

 

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Dans une interview faite lors de la sortie en salle du film, les réalisateur s'expliquaient sur le mode opératoire de leur tournage: << On s'est autorisé à couper beaucoup, à faire plus de prises, à commencer à filmer très vite, pratiquement dès les répétitions, et à mettre en place les choses pour que techniquement il n'y ait pas de problèmes. C'est surtout avec le son que les choses sont plus compliquées, sur la captation des répétitions. Il faut cadrer l'improvisation, sachant que c'est valable pour les acteurs et les techniciens. On essayait toujours de se mettre à la place du personnage, à l'écriture, au tournage et au montage. Se demander pourquoi il allume la caméra, comment il l'éteint, s'il a rembobiné. Sans oublier que le personnage ne montait pas, qu'il avait juste une caméra, la télécommande, le retardateur. Il fallait faire confiance à l'imagination du spectateur qui allait remplir les ellipses. Comme on a tourné-monté au fur et à mesure, il n'y a pas de montage à l'intérieur des séquences, ça nous a permis de vérifier et de nous rendre compte que ça fonctionnait parfois encore mieux si c'était plus elliptique. On a quasiment tourné dans l'ordre chronologique, par blocs narratifs, car on a dû jongler avec les conditions météo. C'était très amusant de travailler comme ça. On n'y serait peut-être pas directement venus par la pellicule, qui coûte cher, par peur de gaspiller. Tout ça n'est ni dans JEANNE, ni dans FELIX, qui sont des films plus cadrés et répétés. >>.

 

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Sous l'apparence de la spontanéité, leur mise en scène est un exercice de sensibilité, de précision. Il en faut beaucoup pour parler aussi justement d'un moment aussi délicat de la vie, qu'est l'adolescence et raconter, mieux que jamais, l'histoire qu'ils retrouvent à chaque film. Comment chacun trouve sa place parmi les autres, rencontre sa chacune, ou son chacun.

 

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Le tour de force du scénario et du filmage est de rendre compte en 100 mn de l'évolution de leur personnage en une année scolaire ( la qualité du film tient beaucoup au fait qu'il a été tourné sur huit mois et quatre saisons ), on le voit passer de l’insouciance adolescente à une prise de conscience de l’avenir. Etonnement pudique, et même humble, la mise en scène ne laisse passer aucun détail : tous les plans dirigent notre regard vers les pensées secrètes du garçon. Etienne attend son garçon formidable. Sa vraie vie, alors, se passera probablement ailleurs qu'à Rouen.

Filmer sa vraie vie à Rouen avec une simple caméra numérique, quelle bonne idée !

 

 

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BASKETBALL DIARIES

4 Juillet 2025, 07:57am

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USA, 100 mn, 1995

Réalisation: Scott Kalvert, scénario: Jim Caroll & Bryan Goluloff, image: David Phillips, montage: Dana Congdon, musique: Graeme Revell

avec: Leonardo Di Caprio, Mark Wahlberg, Lorraine Brasco, Juliette Lewis, Jim Caroll

Résumé

Jim (Léonardo Di Caprio) et sa bande de copains (dont l’un d’eux est joué par Mark Wahlberg, la future vedette que l’on connaît ) suivent une scolarité rigide dans une école catho et traînent leur mal de vivre dans les rues de New York. Le basket, qu’ils pratiquent à un haut niveau, est leur seule passion. De dérapages en désillusions, ils vont préférer la seringue au ballon. Jim écrit son journal intime, celui d’une descente aux enfers...

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L’avis critique
Le film, le premier du metteur en scène, est l’adaptation d’un livre autobiographique célèbre aux USA de Jim Carroll, l’un des chefs de file de l’avant-garde new-yorkaise des années 70, proche d’Andy Warhol, de Lou Reed et du Velvet Underground. Ce garçon précoce publie son premier recueil de poèmes à 22 ans, Living at the movies, pour lequel il est pressenti pour le prix Pulitzer. Il publie The Basketball diaries en 1978, à l’age de 28 ans, dans lequel il racontait au jour le jour son expérience d’ado paumé, drogué, clochardisé, prostitué... Cette prostitution homosexuelle est discrètement présente dans le film dans une scène où l’on perçoit un relent d’homophobie. Ce livre, publié en France par les éditions 10/18 (n°2644), sera le livre-culte d’une partie de la jeunesse américaine; il sidérera Jack Kerouac et marquera cette jeunesse comme l’avait fait avant lui le fameux Attrape-coeur de Salinger. On peut le comparer à ce que fut en France au début des années 80, "Flash" (Le Livre de Poche). Pourtant le film connaîtra un échec commercial aux USA... Caroll a également commis plusieurs disques, dont Catholic Boy en 91, et on entend certaines de ses chansons dans la bande originale d’E.T.

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A noter que Caroll a suivi le tournage du film et a même joué le rôle d’un vieux junkie dans une scène avec Di Caprio. Ce dernier, comme pour le rôle de Rimbaud, fait preuve d’un grand talent d’interprète à la tête d’une distribution homogène et talentueuse. Il donne une dimension époustouflante à ce personnage d’adolescent désespéré qui ne rêve que de devenir pur. Il faut être courageux pour accepter un tel rôle à l’aube d’une carrière; il est vrai que Basketball diaries fut tourné avant son succès titanesque...

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Le film n’a dû sa sortie en France,  trois ans après son tournage, qu’en raison du succès de Titanic, et c’est une chance, car il aurait été dommage de se priver de ce film bien écrit et bien joué, mais assez mollement filmé, sauf dans les scènes où intervient la musique dans lesquelles Kalvert se souvient qu’il est un bon réalisateur de clips. Dans la lignée d’”Outsiders” de Coppola, “Basketball diaries” est un mélo crépusculaire presque exclusivement interprété par une ribambelle de garçons, souvent dénudés. A signaler, à ce titre, quelques scènes particulièrement intéressantes comme celle où les jeunes gens improvisent une partie de basket-streaptease la nuit sous la pluie diluvienne, ou celle où le beau Léonardo se fait fouetter devant tous ses camarades de classe par un prêtre-professeur. On voit DiCaprio jouer au basket à moitié nu avec beaucoup de gros plans impudiques, dont un sur ses fesses nues, il est patent que la réalisation n’est pas insensible aux beautés garçonnières juvéniles. Mais on le voit surtout se battre dans des rues sombres, faire le plein d’héro, vomir et pleurer beaucoup. Le film installe une vision sans fioritures de la toxicomanie, on dira que c’est un peu Drugstore schoolboy.

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DIE KONSEQUENZ (LA CONSEQUENCE)

3 Juillet 2025, 06:35am

  
 

  

Fiche technique :


Avec Jürgen Prochnow, Ernst Hannawald, Werner Schwuchow, Hans-Michael Rehberg, Hans Putz, Elisabeth Fricker, Walo Lüönd, Edith Volkmann, Erwin Kohlund et Alexis von Hagemeister.

  

Réalisé par Wolfgang Petersen. Scénario de Wolfgang Petersen, d’après l’œuvre d’Alexander Ziegler. 


Allemagne, 1977, Durée : 100 mn. Disponible en en VO, VOST et VF.


Résumé :


En Suisse, un comédien, Martin Kurath, joué par Jurgen Prochnow qui fut entre autres le comédien principal de L’honneur perdu de Katharina Blum de Volker Schloendorff et que Petersen réemploiera dans Das Boot, Le bateau, est condamné à quelques années de prison pour avoir eu une relation sexuelle avec un mineur. Durant sa captivité, lorsque les détenus obtiennent l’autorisation de monter une pièce de théâtre, il fait la connaissance de Thomas, dix-sept ans (l’angélique Ernst Hannawald), qui a un rôle dans cette pièce. Thomas est le fils d’un gardien de la prison. Le garçon tombe amoureux de Martin. Lorsque ce dernier est libéré, il veut vivre avec son jeune amant malgré l’opposition de ses parents. Le père de Thomas porte plainte et le garçon est envoyé en maison de correction où il subit les pires humiliations. Martin parvient à le faire évader. Ils veulent fuir en Allemagne mais il faut un permis de séjour pour résider dans ce pays. Un politicien homosexuel feint d’aider Thomas à condition qu’il cède à ses avances. Thomas retourne à la maison de correction et retombe sous la coupe d’un garde-chiourme sadique. Après une tentative de suicide, il est envoyé en asile psychiatrique où Martin vient le voir. Quelques jours plus tard Martin apprend que Thomas s’est enfui; il est devenu une épave et erre sur les routes...


L'avis critique

 
Le film pâtit de sa date de réalisation car comme tout film de prison, il est difficile aujourd’hui de faire abstraction de l’extraordinaire série qu’est Oz. Il faut également vaincre une certaine incrédulité devant cette histoire de théâtre en prison. Bien qu’elle soit adaptée d’une histoire vraie. Il y a d’ailleurs une preuve cinématographique que le théâtre en prison n’est pas qu’un fantasme car la pièce filmée Cock and bull story de Bill Hayes, le scénariste de Midnight expresstémoigne que de semblables expériences existent puisque le film est issu de l’atelier dramatique de la prison de Saint-Quentin... Et c’est une pièce gay ! Et enfin admettre le choix d’une photographie très peu contrastée tout en camaïeux de gris. Ces réserves faites La conséquenceest un beau film très émouvant, un vrais grand mélodrame gay.
La conséquence est adapté d’un livre autobiographique d’Alexander Ziegler, paru en Suisse en 1975. L’auteur, qui a lui même passé deux ans et demi en prison, a collaboré à l’adaptation de son livre. Il interprète dans le film le détenu Lemmi. Le roman a été publié en France en 1986 par les éphémères édition Entre chiens et loups. La fin du livre est plus ouverte que celle du film. 
Tourné avec l'aide, et pour la télévision allemande La conséquence fut victime du boycottage de l'une des régions les plus conservatrices de l'Allemagne Occidentale, la Bavière. Cette attitude suscitant campagnes de presse et milliers de lettres a paradoxalement aidé la carrière cinématographique du film et sa présentation au festival de Berlin. À cette époque où les films gays étaient rarissimes, La Conséquence a eu un grand retentissement dans le cœur de beaucoup comme en témoignait Cyril Collard pour les quarante ans des Cahiers du cinéma : «Les lumières de la salle s’éteignirent. Générique, l’adolescent est dans une barque qui se balance sur des eaux calmes. Il s’appelle Thomas. Son visage envahit l’écran et comble d’un coup les vides de mon corps et de mon cœur. Ange blond mais sans aucune fadeur, sans tiédeur, ange noir. Il y a un éclatement blanc dans mon cerveau et tout bascule... J’ai l’impression d’être né dans cette salle. »
Le film ne s’embarasse pas de symbolique. Il traite frontalement les rapports amoureux entre un homme et un adolescent. Il énonçe clairement que le fondement de leur relation est sexuel. Un adolescent amoureux d’un homme adulte défend son droit à l’amour libre par delà tous les préjugés et les interdits sociaux. Le spectateur, sur la base d’une empathie sentimentale, reconnait la passion homosexuelle comme une forme d’accomplissement affective à part entière. Le ton de plaidoyer vibrant évite les clichés même si l’on reste dans la problématique classique de l’éraste et l’éromène. Le scénario montre avec une grande intelligence comment la répression entraine chez Thomas une destruction de l’individu en lui inculquant une haine tournée vers les autres mais aussi contre lui même. La conséquence participe directement de toute une tradition du cinéma classique qui, pour chaque époque considérée, a toujours placé le meilleur de lui-même dans la lutte contre les formes sociales, juridiques et psychologiques de l’oppression.
La vie d’Ernst Hannawald, le Thomas de La conséquence ferait un parfait scénario pour un mélo. Il a passé son enfance dans les orphelinats puis, à la suite de problèmes avec la drogue, dans une maison de correction. C’est là qu’à seize ans, Wolfgang Petersen l’aurait découvert. Aprés La conséquence, Hannawald tourne une trentaine de rôles pour le cinéma et surtout pour la télévision. En 1980, il est très affecté par la mort de sa soeur jumelle dans un accident d’automobile. Il est lui-même victime d’un grave accident de la route en 1986 dans lequel son ami est tué. À partir de là, c’est la dégringolade dans l’alcool et la drogue qui se termine en 1999 lorsque Ernst Hannawald est condamné à cinq ans de prison pour la participation à deux casses de banque qu’il a fait pour payer son dealer ! 

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MA VIE EN ROSE, UN FILM D'ALAIN BERLINER

19 Juin 2025, 06:35am

 

 

 

 

Belgique, 89 mn, 1997

 

Réalisation: Alain Berliner, scénariste: Alain Berliner et Chris Vander Stappen, image: Yves Cape, musique: Zazie

 

avec: Michèle Laroque, Georges du Fresne, Daniel Hanssens, Hélène Vincent, Jean-Philippe Ecoffey, Laurence Bibot, Jean-François Gallotte, Caroline Baehr, Julien Rivière, Marie Bunel, Gregory Diallo, Erik Cazals De Fabel, Cristina Barget, Delphine Cadet, Morgane Bruna

 

Résumé

 

Ma vie en rose” est un film sur la différence. Un garçon, Ludovic, pense être une petite fille. Ce qui est normal pour lui ne l’est pas forcément pour les autres, il y a des choses que l’on fait et d’autres que l’on ne fait pas, même si elles nous semblent naturelles. Ses parents ne savent pas quoi faire, face à sa conviction. Ils réagissent comme ils peuvent, blessés quand le regard de leurs voisins se charge de reproches...

 

 

L'avis critique

 

Ce film parle d’un quartier petit bourgeois qui découvre la différence, la peur de l’autre, l’incompréhension et le rejet, mais il parle aussi de rêve et d’espoir malheureusement sur un sujet aussi original dans le paysage cinématographique il aurait fallu plus de légèreté, tous les personnages adultes sont caricaturaux et lourdement interprétés et ne pas biaiser la réalité par des images oniriques de pacotille sur le même thème Didier Blasco dans son court-métrage, ”Un Sacrifice” a montré beaucoup plus de tact, et que dire de la scène finale, happy end téléphoné qui relativise grandement le courage d’entreprendre un tel film. Georges du Fresne dans le rôle de Ludovic est parfait; on l’a revu en Proust enfant dans le merveilleux ”Temps retrouvé” de Ruiz. On peut penser qu’un garçon légèrement plus âgé aurait donné plus de force au film.

 

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Les réactions auraient été certainement différentes s’il s’ était agi d’une petite fille qui voulait devenir un garçon. Les garçons manqués, c’est beaucoup mieux accepté dans la société. D'ailleurs, on le voit vers la fin avec une fille qui est dans ce cas: sa famille n’est pas du tout affectée. L'emballage moral unanimiste, comme chez Van Dormael auquel on pense beaucoup,  évacue soigneusement toute interrogation concrète sur le devenir réel de Ludovic. Sera-t-il homo planqué, hétéro-folle, gay dans le vent, travesti transsexuel ou ”guéri” ?! Néanmoins La vie en rose est un film qui nous parle, Parce que les regards en coin, les sous-entendus, les moqueries, les incompréhensions, les pleurs, les grimaces, l’incertitude, l’évasion par le rêve, les danses échevelées en chambre close... tout cela beaucoup l’on vécu à un moment donné de leur vie. La réussite du film est de le mettre sans ambages ni caricatures sous le regard du grand public. Et en plus de mettre son jeune héros dans une relation quasiment de couple (en tout cas amoureuse) avec un autre garçon de son age de manière très évidente et très pudique.

 

Techniquement pour son premier film, Berliner réussit grâce à une caméra proche des personnages, comme pour ne pas perdre une miette de ce qu’ils vivent à nous faire entrer en empathie avec le jeune garçon.

Ma vie en rose, soutenu par une jolie mélodie de Zazie.

Serge Kaganski pose dans les ”Inrockuptibles” une question fondamentale ou dérisoire que l’on pose trop rarement à propos du cinéma en général et du cinéma gay en particulier: << Quelle est la finalité de ce genre de film humaniste bonasse? les gens vraiment cons et homophobe n’iront sans doute jamais voir ce genre de film et le public éclairé qui se présentera au guichet repartira confortablement rassuré dans sa juste vision du droit à la différence.>>.

 

 


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Jaque Catelain

10 Juin 2025, 06:34am

Né Jacques Maxime Guérin le 9 février 1897, le beau ténébreux du cinéma français balbutiant a de lointaines origines russes et du sang suédois par sa mère. Sa première jeunesse se déroule dans un grand château en Flandres, c’est un petit garçon très sensible, artiste dans l’âme, qui pleure devant les tableaux de Memling au musée de Bruges. Il n’a que neuf ans! C'est un rêveur solitaire à l'imagination débordante, qui brûle d'envie d'exprimer tout ce qu'il ressent. Son père le laisse libre de se consacrer au dessin, à la peinture (il entre en 1913 à l'Académie Julian), à la musique - celle de Wagner le transporte. Puis c’est Nijinski qui le subjugue, au point que ses parents doivent s'opposer à une vocation subite de danseur. Lorsque la guerre éclate en 1914, "l'art semble mort pour chacun [...], toute ambition personnelle apparaît sacrilège, tout effort superflu." Les événements tragiques l’inquiètent et le déstabilisent… En 1915, il tâte de l’art dramatique au Conservatoire dans la classe de Paul Mounet, avant de s'engager en 1916 et de partir pour le front dans l’artillerie lourde. Réformé temporairement, il fait en 1917 la rencontre de sa vie : celle du cinéaste-esthète Marcel L'Herbier, qui lui communique sa passion et noue avec lui de profonds liens d'affection... pour ne pas dire davantage.




Le public découvre Jaque-Catelain. Il incarne le prince charmant dont rêve, entre autres, les demoiselles et les dames. "Veston noir, faux col jaune, chemise ocre, visage entièrement badigeonné de fond de teint rosé… Il est tellement joli malgré tout ce maquillage… Séduire? Catelain n’a vraiment aucun mérite à cela : la nature lui a donné en cadeau de grands yeux marrons, un nez idéalement fin …une grâce de mouvement incomparable… Il n’a qu’à paraître, sourire et ramasser les cœurs foudroyés…" peut-on lire dansCiné-miroir. En 1918, ce jeune homme de vingt ans entend ne pas se contenter d’être beau et de paraître, il veut prouver qu'il a surtout du talent : "devant l’appareil qui vous imprime tout vif, il ne s’agit pas de devenir, il s’agit d’être… Le charme d’un artiste, son action sur le public ne dépendent pas de la joliesse physique, mais du rayonnement de sa personnalité."

"Les initiés, seuls, savent ce qu'il faut vaincre lorsque, dans la chaleur de l'été ou du studio, l'émotion du site ou le bruit infernal des machines, la peur de se trahir soi-même... On se retrouve finalement aux prises avec la réalité brutale de la réalisation, face à face avec cet ennemi perspicace et exigeant : l'objectif ! Vous voici devant l'appareil, vous commencez à jouer et ce qu'il vous faut vaincre alors, c'est votre désir de jouer [...]. Quand on a dévêtu ce goût gênant de remplacer, par certaines conventions arrêtées d’avance par la réflexion, la manifestion mobile de soi-même, une nouvelle épreuve vient chaque fois effrayer l'interprète cinématographique : celle de savoir proposer à l’impressionnabilité de la pellicule une vie profonde, une vie essentielle : la vie de toute son âme."

Las d'être confiné aux rôles de séducteur mièvres, il passe à la réalisation pour deux films au titre évocateur, Le Marchand de plaisirs (en 1923) et La Galerie des monstres (1924), où, se réservant le premier rôle masculin, il s'emploie à casser son image trop lisse, s’affublant de haillons ou en enfilant un déguisement de clown… "Suis-je Don Juan ? Je ne le sais pas… mais il m’arrive de me suggestionner au point de vivre passionnément la vie de celui que j’incarne et cela non seulement sur le studio mais aussi au dehors." Officiellement marié en 1932 à une jeune femme gravitant dans l'entourage de... L'Herbier mais fréquentant un cercle d'amis ne faisant guère mystère de leur goûts homosexuels, il cultivera jusqu'à sa mort, en 1965, une grande discrétion quant à sa vie privée, aimant à dire, très élégamment, que "sa propre vie est un film que l'on doit être seul à regarder."

En 1933, il s'installe au États-Unis en tant qu'envoyé spécial du quotidien Le Journal, pour lequel il rédige une série de reportages sur les grandes vedettes disparues de l'écran. L'année suivante, Marcel L’Herbier lui demande de jouer dans Le Bonheur (1935). Il s'éloigne des écrans, où son "personnage mélancolique, romantique", son physique d'éphèbe, aux traits fins" n'est plus de mise face aux jeunes loups qui ont pris la relève. Il se tourne vers le théâtre, le doublage (notamment pendant la seconde guerre mondiale, où il vit sur le continent américain), tout en faisant quelques apparitions, à l'écran puis à la télévision, dans des rôles souvent très modestes, notamment chez Renoir (French CancanElena et les hommesLe Testament du Docteur Cordelier) ou le fidèle L'Herbier (Les derniers jours de Pompéi), auquel il consacre un livre honoré du Prix Canudo,Jaque-Catelain présente Marcel L'Herbier (1950).

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