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humeur cinematographique

Le cercle, un film de Stefan Haupt

28 Août 2025, 06:39am

Le cercle, un film de Stefan Haupt

 

 

Le film du suisse Stefan Haupt s'inscrit avec talent dans la continuité des « Invisibles » de Lifshitz. Comme ce dernier le film de Haupt documente la vie gay des années 50 à travers l'histoire de deux hommes Ernst et Robi qui s'aiment depuis 60 ans. Ils ont été intimement liés à une page de l'histoire culturelle de l'homosexualité celle de l'organisation « Le cercle ». C'est aussi l'histoire de ce mouvement, à travers le récit de la vie d'Ernst et Robi, que le film raconte.

L'organisation « Le cercle » fut fondée dans les années 30 à Zurich. Son moyen de communication le plus important fut la revue trilingue baptisée DER KREIS / LE CERCLE / THE CIRCLE

Le cercle, un film de Stefan Haupt
Le cercle, un film de Stefan Haupt
couverture et pages de la revue

couverture et pages de la revue

Le cercle, un film de Stefan Haupt

 

On y trouvait des photographies et des illustrations de George Platt Lynes, Paul Cadmus, Jean Boullet, Sam Steward, Tchelitchew, Serge Lido, Enrique Puelma, Jean Cocteau, George Quaintance et des nouvelles signée James Barr, Michael Kuzmin, von Kleist...

Outre des histoires, des poèmes et des photos, le magazine publiait également des articles sur les activités des groupes homosexuels partout dans le monde. Il contribuait ainsi à l'échange international d'idée. Le nombre d'abonnés a atteint à son apogée en 1959 le chiffre de  2000  dont 700 vivant hors de Suisse.  Par sa forme, son fond et son mode de diffusion, on pense beaucoup à la revue française Arcadie, contemporaine du « Cercle ».

Peu de temps après la fin de la guerre, Der Kreis a commencé à aider à former des organisations similaires aux Pays-Bas, en Scandinavie, en Allemagne et en France; il a ouvert des connexions avec organisation américaine nouvellement créée.

Le cercle, un film de Stefan Haupt
Robi et Ernst aujourd'hui

Robi et Ernst aujourd'hui

 

Le fondateur du « Cercle » était Rolf, pseudonyme pour l'acteur très connu en Suisse Karl Meier (il est mort à Zurich le 29 Mars 1974). Durant les années 50 « Le cercle » organisait des immenses bals costumés qui pouvaient réunir jusqu'à 800 hommes venus de toute l'Europe. Zurich attirait de nombreux gays Allemands parce que, contrairement à l’Allemagne, l’homosexualité n’y était pas illégale.

Mais à partir de 1959 suite à plusieurs meurtres homophobes la répression s'abat sur l'organisation. Ce film en nous parlant d'hier nous parle d'aujourd'hui, d'une ambiance plus ou moins permissive qui se retrouve progressivement assombrie par la menace d’un retour à l’ordre moral. Cela ne rappelle-il pas la France de 2014? C'est un peu avant, en suivant Ernst, jeune professeur de français dans un lycée de fille, qu'en même temps que le jeune homme nous découvrons le « Cercle ». Nous suivrons les débuts de son histoire d'amour avec Robi un jeune coiffeur qui se produit en chanteur travesti lors des soirées qu'organise le groupe, jusqu'à la dissolution du « Cercle » en 1967.

Le cercle, un film de Stefan Haupt
Le cercle, un film de Stefan Haupt

 

La vie d'Ernst lorsqu'il découvre le Cercle est très emblématique de ce que pouvait être la vie d'un gay dans les années 50. Pour lui Le Cercle apparait comme un espace de liberté, un véritable bol d’air. Ernst se dissimule sans cesse dans son quotidien, au sein de sa classe, auprès de sa logeuse, derrière ses cravates de jeune professeur ou encore auprès de ses parents. Dans le local du club, il retrouve les siens. Il est beaucoup plus assuré. Il affiche un sourire épanoui et des chemises à motifs. 

Le cercle, un film de Stefan Haupt

 

Si le film est militant dans le bons sens du terme, comme l'est « Les invisibles », il ne cache pas non plus les problèmes qu'engendra la création d'un tel mouvement tout d'abord il fit proliférer la prostitution masculine à Zurich essentiellement du fait de jeunes italiens ainsi qu'un marché de la drogue. Le film montre bien que « Le cercle » était aussi un lieu où différentes générations et milieux sociaux se mélangent. 

Le film à la particularité de mêler des scènes jouées par des acteurs, tous excellents en particulier Matthias Hungerbühler et Sven Schelker (très joli dans son genre, ce garçon troublant par son coté d'androgyne) qui interprète Ernst et Robi avec des interviews des protagonistes aujourd'hui et des documents d'archive. Les scènes clés de l'histoire du groupe et de l'amour entre Ernst et Robi sont filmées dans de belles couleurs chaudes, dominantes de bruns et d'orangés. L'image est comme nimbées d'irréalité. A noter que l'on retrouve Marianne Sägebrecht que l'on avait tant aimée jadis dans « Bagdad café » qui est là épatante dans le rôle de la mère compréhensive de Robi. 

Le cercle, un film de Stefan Haupt
Le cercle, un film de Stefan Haupt

 

Comme « Les invisibles » « Le cercle » est un film optimiste. Les seuls films gays optimistes seraient-ils, les film sur les vieux gay? Car il raconte finalement l’histoire non d'une homosexualité scandaleuse mais plutôt de l’intégration progressive de l'amour gay dans la société, intégration validée à la fin du film, par le mariage d' Ernst et de Röbi.

Ce documentaire-fiction a eu sa première mondiale lors de la Berlinale 2014, dans la section Panorama, où il a obtenu le Teddy Award et le prix du public.

Le tour de force du cinéaste, lui-même gay et originaire de Zurich, est d'avoir réussi le mariage improbable entre fiction et documentaire dans ce film très maitrisé à tout point de vue et très émouvant.

Le cercle, un film de Stefan Haupt
Le cercle, un film de Stefan Haupt

 

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Lust caution

26 Août 2025, 06:28am

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La matière romanesque de “Lust Caution” est plus épaisse que celle du “secret de Brokeback Mountain qu’Ang Lee avait étirée plus que de raison, ce qui donne un rythme languissant au film, sauvé par l’émotion, son image soignée due au même chef op,  Rodrigo Prieto  que Lust caution, et sa remarquable interprétation. Pour rester dans le registre gay avec “Un garçon d’honneur” le cinéaste en disait plus  et avec beaucoup plus de légèreté  sur la perception de l’homosexualité qu’il ne l’a fait dans son “western gay”.

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Il en va tout autrement dans son dernier film pendant lequel on ne s’ennuie pas une seconde durant les 2h 40 mn de projection. L’histoire et l’atmosphère rappellent celles des romans cruels et surannés d’ Ambler. Un groupe d’étudiants de Hong-Kong décident de tendre un traquenard pour tuer un haut dignitaire chinois, monsieur Yee qui collabore avec l’occupant japonais. Pour appâter le traître ils se servent d’une de leurs camarades, la belle Wong. Le rôle est tenu par une débutante, Tang Wei. Née en 1979, cette ex-mannequin fut finaliste du concours Miss Univers à Pékin en 2004.  Après quelques péripéties et hésitation le collabo, interprété par Leung qui semble avoir séché sur pied depuis sa dernière apparition, tombe dans le piège. Une relation sado masochiste s’engage entre les deux amants. Ce qui nous vaut des scènes de sexe torride (et parfaitement filmées), du jamais vu dans le cinéma chinois et d’un paroxysme rarement vu ailleurs... 
Lust, Caution est l'adaptation d'une nouvelle d'Eileen Chang (1920-1995), un des plus grands noms de la littérature chinoise du XXe siècle. Son oeuvre a déjà inspiré plusieurs longs métrages : “Fleurs de Shanghai” de Hou Hsiao Hsien (1998)., “Love in a Fallen City” (1984) et “Eighteen Springs” (1997) d'Ann Hui ou encore “Red Rose, White Rose” de Stanley Kwan (1994), dans lequel on retrouve déjà Joan Chen au casting. C’est le plus beau film avec “Center stage” du cinéaste de Lan Yu.

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L’argument rappelle bien sûr celui de “Black book” de Verhoeven, mais c’est aussi à deux autres films du hollandais que Lust caution fait penser d’abord à “Soldier of orange” pour cette bande de courageux mais naïf patriotes qui se dresse avec témérité contre l’occupant et à “Basic instinct”.
Lust caution est beaucoup plus noir que Black book. Les dits résistants sont assez lamentables et au final leurs sacrifices aura été inutile, quant à l’homme à abattre c’est une absolue ordure qui ferait passer l’officier ss du film du hollandais pour presque fréquentable. Pourtant l’ accorte infiltrée tombera amoureuse, ou plutôt sexuellement dépendante de lui. Aucun des personnages du film sera sauvé, peut être parce qu’il n’y en a pas un qui le méritait.
Dans l’état actuel des choses je m’explique mal comment la censure chinoise a pu laisser passer un film où tous les chinois brillent surtout par leur cynisme, sans doute parce qu’elle était obnubilée par les scènes de sexe qui sont coupées pour le public chinois.

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Le film d’Ang Lee a d’autres atouts que son scénario passionnant tout d’abord une impeccable interprétation et un montage soigné même si la construction aurait pu être simplifiée pourquoi ces retours en arrière qui n’apporte rien à la narration. Mais c’est surtout les stupéfiantes reconstitution des rue de Shanghai et d’Hong-kong qui m’ont bluffées, on est parfois dans le Lotus bleu d’Hergé. Le dossier de presse nous livre quelques secrets sur l’élaboration de ces décors, << Lust, caution a nécessité un gigantesque travail de reconstitution. Le film a été tourné dans différentes régions d'Asie (Malaisie, Hongkong, Shanghaï), pendant 118 jours. Pour le tournage en extérieurs à Shanghaï, il a fallu retirer provisoirement la climatiseurs de pas moins de 3000 habitants... Le scénariste et producteur James Schamus se souvient avec émerveillement des décors créés dans les Shanghaï Film Studios : "Vous pouviez vous tenir là et regarder jusqu'en haut d'une rue entière, puis de l'autre côté, jusqu'en bas d'une autre. L'équipe a habillé 182 devantures de magasin différentes, les a stockées, puis les a toutes vieillies pour qu'elles ne semblent pas neuves.>>.
Ces prodigieux décors semblent avoir laissé de marbre l’ensemble de la critique déjà blasé par les prouesses du numérique. Un bel hommage au cinéma classique à voir aussi pour se rappeler de David Lean.

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Vacation Land un film de Todd Verow

20 Août 2025, 06:32am

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Fiche technique :
Avec Brad Hallowell, Gregory J. Lucas, Jennifer Stackpole, Mindy Hofman, Charles Ard, Theodore Bouloukos, Michael John Dion, Hilary Mann, Nathan Johnson, Jennifer Mallett et Gregg Anderson.

Réalisation : Todd Verow. Scénario : Todd Verow & Jim Dwyer. Image et montage :     Todd Verow. Musique : Jim Dwyer & Colin Owens.
USA, 2005, Durée : 104 mn. Disponible en VO et VOST.  

Résumé :
Joe (Brad Hallowell) 18 ans, vit avec sa mère, une marie-couche-toi-là, et sa sœur aînée Theresa (Hilary Mann). On apprendra qu’il a été violé à l'âge de dix ans,  mais il a décidé de garder le secret. Il est dans sa dernière année de lycée et espère entrer après dans une école d’art. Il devient ami avec Victor (Charles Ard), un vieil artiste pour lequel il pose nu. Il vient habiter avec lui, espérant que le peintre l’aidera à échapper à la médiocrité de son milieu. Alors que l'horreur et le vice rôdent autour de lui, Joe tente par tous les moyens de s'en sortir et d'échapper à un destin minable et inéluctable s’il reste dans le quartier de Capeheart Projects dans la petite ville de Bangor, dans le Maine, banlieue blanche où tout est un peu étrange sous des apparences de normalité et où il est très difficile de s'épanouir, surtout lorsque l'on est, comme Joe, gay et amoureux de son meilleur ami, Andrew (Gregory J. Lucas), la vedette locale de football américain. Andrew, lui, n'assume pas son homosexualité. Il continue à sortir avec la chef des majorettes. Joe accompagne le couple dans leurs virées, suivi de Kriss (Mindy Hofman), la classique fille à pédé. Lasses d'attendre le grand soir, où leurs hommes enfin les dépucelleront, les deux jeunes femmes finissent par réaliser l'attirance réciproque des deux garçons. Elles vont alors devenir le catalyseur de leur première relation sexuelle...

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L’avis de critique :
On peut penser que Todd Verow, qui a adapté à l’écran en 1999 Frisk, le célèbre roman de Denis Cooper, transpose l'histoire de sa       jeunesse dans Vacationland. Il est en effet né en 1966 à Bangor dans le Maine, lieu où se déroule l’intrigue du film qui, cinématographiquement commence bien. Le réalisateur, dans les dix premières minutes, réussit, en quelques séquences justes, en particulier celle d’une mémorable drague dans des toilettes, à faire exister son héros avec la seule grammaire du cinéma; il y a peu de dialogues. Nous pourrions être alors dans le meilleur Gregg Araki. Mais les choses commencent à se gâter lorsque Joe rencontre sa sœur, Hilary Mann, peu crédible comme l’ensemble de la distribution féminine. Et cela continue très mal avec l’adjonction, aussi inopinée que calamiteuse, de la voix off de Joe nous expliquant qu’il est amoureux de son meilleur copain, Andrew, ce que l’on avait compris dès les premières minutes.

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On sent tellement que ce procédé (affreusement mal postsynchronisé, avec un effet de son « cathédrale » des plus gênant) n’est fait que pour masquer l’incapacité du cinéaste à filmer une scène dans laquelle il montrerait la force de cet attachement, cela parait un peu pitoyable. Todd Verow fait suivre cette maladresse par une belle idée de mise en scène, une séquence dans laquelle Joe pose nu (malheureusement nous ne verrons pas grand chose de son appétissante anatomie) devant un peintre qui lui demande de se raconter pendant qu’il le dessine, un habile subterfuge pour nous informer sur le garçon. La mise en scène fera ainsi alterner le pire et le meilleur tout au long du film. Malheureusement, le pire est beaucoup plus fréquent que le meilleur.

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Par le biais du portrait d’un jeune gay égaré dans une petite ville de l’Amérique profonde, Vacationland se veut un constat sombre, mais pas désespéré, sur une jeunesse en mal de repères. Nous assistons à l’apprentissage mutuel de la sensualité entre Andrew et Joe. C’est la partie la plus réussie du film et sans aucun doute la plus autobiographique, on y sent le vécu. Une des faiblesses du film est son incapacité à mêler l’autobiographie et le romanesque. On est en plus gêné de reconnaître un peu trop facilement les sources de ce romanesque dans les emprunts maladroits aux films L.I.E. (Long Island Expressway) de Cuesta, Bully de Larry Clark et surtout à Mysterious skin de Gregg Araki.    
Les meilleurs amis abandonnent leur innocence en devenant amants. Ainsi, vaille que vaille, ils peuvent mieux affronter cet univers occasionnellement traversé de violences.

 

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À la relation amoureuse de Joe et Andrew, une belle brochette de personnages secondaires compose un arrière-plan que l'on se serait accordé à trouver attachant si la plupart d'entre eux n’étaient pas malheureusement restés au stade d'ébauche. Ce regrettable manque de développement des seconds rôles gêne jusqu’à la compréhension complète du film.
Il fut un temps où, en particulier dans le cinéma américain, tout était montré, remontré, expliqué aux spectateurs, niais qu’ils étaient sensés être, de peur qu’ils ne saisissent pas le moindre tenant et aboutissant. Aujourd’hui la nouvelle tendance est « d’oublier » de tourner quelques pages du script ou de ne pas montrer certaines scènes en se disant que cela fait plus « arty » ou que ces morceaux inédits feront des bonus vendeurs pour le futur DVD : voici arrivée l’ère des films gruyères ! C’est le cas de Vacationland, dont le scénario a de véritables béances, tout en nous infligeant des plans inutiles comme ceux du décollage de l’avion qui emporte la sœur de Joe pour un monde qu’elle espère meilleur. La frustration est en partie atténuée pour les possesseurs du DVD (qui annonce en bonus des coulisses qui sont introuvables), grâce aux scènes coupées qu’il propose heureusement en bonus. Ainsi, nous découvrons la personnalité du professeur LaBlanc (Nathan Johnson), personnage que l’on suppose envisagé comme important, puis finalement réduit à la portion congrue, dans une courte séquence dialoguée qui aurait bien mérité d'appartenir au montage final, comme la quasi totalité des images non retenues. Il aurait juste fallu abréger les déambulations solitaires de Joe et d’Andrew qui avaient leur utilité, puisqu’elles nous font découvrir Bangor. Même avec ces ajouts, le film serait demeuré lacunaire. Le scénario, aux ellipses souvent brutales, abonde en situations arbitrairement laissées en suspens.

 

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La distribution pose aussi problème, composée en majorité d’acteurs inexpérimentés qui ont parfois un jeu approximatif et un âge rarement adéquat pour leur rôle. Les deux protagonistes principaux font preuve d’une spontanéité touchante qui ne peut qu’engendrer la sympathie du spectateur et puis même s’ils sont bien mal appairés, ils ne sont pas désagréables à regarder... En revanche, les actrices jouant les lycéennes, de vraies caricatures, sont beaucoup trop âgées, certes ce sont de telles idiotes que l’on peut penser qu’elles ont redoublé plusieurs fois (mais ce n’est pas une pratique américaine), quant à la femme jouant la mère de Joe, elle est  ridiculement trop jeune !

 

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Vacationland est tourné en D.V., avec des moyens visiblement dérisoires. La photo est fréquemment sous-exposée et parfois sur-éclairée ! Mais souvent on voit très bien qu’il n’y a pas d’éclairage additionnel du tout. Le manque de moyens et de maîtrise technique ruinent complètement l’effet qu’aurait dû produire sur le spectateur la scène de vengeance qui aurait du être l’acmée de l’œuvre. Elle nous parait comme filmée par un mauvais cinéaste amateur.    
Le paradoxe du cinéma de Verow, qui débouche au final sur une impuissance, c’est qu’il allie des sujets sexuels à une réalisation pudibonde : c’est à peine si on aperçoit quelques secondes les fesses de Joe, alors même qu’il est modèle pour un peintre, qu’il fait le gogo dans une boîte, qu’il couche avec son meilleur ami (consentant), qu’il drague un mec pour lui voler son argent, qu’il tripote son prof de français dans les toilettes de son lycée pour lui extorquer un diplôme, et qu’il entraîne son ami-amant dans une vengeance sordide dans laquelle il sert d’appât sexuel !

 

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Il est indéniable que Todd Verow a le potentiel pour nous offrir des films de qualité. Il faudrait seulement qu’il admette que faire un film est une œuvre collégiale et que l’on ne peut pas être à la fois le réalisateur, le scénariste, le directeur de la photo et le monteur d’un film. Ce qui ne le privera pas de se coltiner avec la grammaire du cinéma qu’il semble encore loin d’avoir assimilée. 
Vacationland est un film un peu « sexe », pas assez en fait, surtout romantique, d'un réalisme à fleur de peau, parfois à la limite du glauque avec quelques très beaux moments émergeant difficilement d’un amateurisme complaisant.

 


 

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REBELS OF THE NEON GOD (LES REBELLES DU DIEU NÉON) un film de Tsai Ming-Liang

19 Août 2025, 06:54am

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Fiche technique :


Avec Lee-Kang-Sheng, Chen Chao-Jun, Miao Tien, Hsiao Kang, Wang Yu-Wen, Lu Hsiao-Ling et Lu Yi-Ching.

Réalisation : Tsai Ming-Liang. Scénario : Tsai Ming-Liang. Photos : Liao Pen-Yung. Musique : Huang Hsu-Chung. Montage : Wang Chi-Yang. Production : Hsu Li-Kong. Décors : Lee Pao-Ling.
Taiwan, 1992, durée : 90 mn. Disponible en VO et VO sous-titrée anglais.

Avec: Lee-Kang-Sheng, Chen Chao-Jun, Miao Tien, Hsiao Kang, Wang Yu-Wen, Lu Hsiao-Ling et Lu Yi-Ching.


Résumé :
 

Deux jeunes gens, Ah-Tze (Chen Chao-Jun) et Ah-Kuei, sur leur moto slaloment entre les voitures. Ils dépassent un taxi conduit par un homme d’âge mûr (Miao Tien), avec à ses côtés son fils Kang-Sheng (Lee Kang-Sheng) auquel il a proposé de l’emmener au cinéma. L’adolescent semble fasciné par le couple à moto, image de liberté et de sensualité. Quand le feu passe au rouge, les deux-roues se faufilent au premier rang, bloquant le taxi. Le chauffeur s’impatiente et klaxonne. Ah Tze se laisse dépasser, puis le re-dépasse et brise le rétroviseur latéral du taxi. Le taxi fait une embardée et va heurter une autre voiture... On entre bientôt dans la famille de Kang-Sheng. Le garçon est flanqué d’une mère mystique (Lu Hsiao-Ling) et d’un père démissionnaire. Kang-sheng retrouve le vandale quelques temps plus tard et le suit. Lassé du travail scolaire – il a abandonné ses études au grand dam de son père – il piste le jeune loubard dans des rues où la pluie ne semble jamais cesser. Il est secrètement amoureux du motard, sans que rien ne soit explicite. Le jeune homme abandonne sa moto pour rentrer dans un hôtel. Kang-sheng en profite pour détruire l'engin. Il laisse une signature sur le sol : « Le prince Ne Cha est passé »...

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L’avis critique :


Les Rebelles du Dieu Néon est le premier long-métrage de cinéma de Tsai Ming-Liang. Il est aussi le premier volet d’une trilogie, suivront Adieu l’amour puis La Rivière , son chef d’œuvre (ces deux films sont réunis dans un DVD aux éditions Films sans frontières). L’essentiel des obsessions du metteur en scène s’y trouve déjà. L’eau est omniprésente. Les garçons souffrent en silence et portent leur croix de solitude et de frustration. Et pourtant, la première scène du film est une scène joyeuse, de jouissance passagère : un garçon et une fille sur une moto, un couple uni par le hasard. Le jeune homme, Ah Tze, a rencontré... dans les toilettes de son appartement une fille, Ah Kuei, qui vient de faire l’amour avec son frère. Ce dernier l’a laissée là comme une chose périmée, dans une scène mémorable de machisme : la fille est allongée nue sur le lit, l’homme est déjà habillé, il lui glisse sa carte de visite dans la main et lâche une réplique incongrue : « Si tu comptes acheter une voiture, appelle-moi. » Ah Tze lui propose de la raccompagner. Mais ils ont un accident. C’est une séquence typique du cinéma de Tsai Ming-Liang dans lequel on part d’une image joyeuse pour arriver à un échec, toute action, tout désir se délite La famille est un tombeau. Sans oublier une obsession qu’il partage avec un bon nombre de cinéastes asiatiques, mais aussi curieusement britanniques : les salles de bains et toilettes en tous genres.
Autre caractéristique de son cinéma : l’aphasie généralisée des personnages qui les font déambuler la nuit, en silence dans des paysages urbains sinistrés.

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Ces paysages hiératiques sont illuminés par la grâce de Lee Kan Shen, le double juvénile du réalisateur, non un double à la façon du Doisnel de Truffaut, mais un double dont il aurait un impérieux désir sexuel. La scène où le garçon saute sur son lit, puis s’y abandonne vêtu que d’un provoquant slip blanc immaculé est un des sommets érotiques du cinéma gay, et pourtant dénué de tout acte sexuel. La grande force de Tsai Ming-Liang est de respecter son spectateur et de le vouloir aussi intelligent que lui-même. Le choix de la sexualité de son héros est clair pour ceux qui savent voir. La scène où il détruit la moto du loubard (pour le punir de son hétérosexualité et combler momentanément sa frustration ?) pendant que celui-ci fait l’amour à sa petite amie est la scène-clé du film.

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La moto et le scooter sont des échappatoires pour les jeunes gens. La ville pullule de contre-lieux à l’espace familial clos, (arcades de jeux vidéo, boutiques de mode, patinoire, discothèques) où la liberté peut s’exercer sans frein. Les Rebelles du Dieu Néon s’articule autour d’une opposition, qui atteindra sa splendide apogée dans La Rivière entre l’espace stérile, coincé, exigu, de la vie domestique et le champ ouvert de la ville, dont Tsai Ming-Liang capture l’infinie mouvance, les jeux des rencontres fortuites, les séductions dangereuses, la solitude aussi...
Hsiao Kang, personnage récurrent de toute une œuvre, est dans sa posture favorite, celle du voyeur, lorsque Ah Tze découvre sa moto vandalisée. Hsiao Kang, seul dans sa chambre d’hôtel observe sa victime, filmé en contre- plongée, vêtu de ses seuls sous-vêtements blancs immaculés, le garçon danse, saute sur le lit, se cogne la tête contre le plafond et s’écroule sur la couche dans une sorte d’orgasme ! On ne sait pas si Hsiao Kang veut être Ah Tze ou être aimé de lui, sans doute les deux. Tout le film joue de cette ambivalence. Mais ne serait-ce pas la relation qu’entretient Tsai Ming-Liang avec Lee Kang-Sheng ? Discret sur celle-ci, voilà comment il raconte la découverte de sa “muse”: «  J’ai découvert Kang-Sheng dans une de ces arcades où les ados vont jouer sur des écrans vidéo. J’étais à la recherche d’un ”mauvais garçon”. Kang-Sheng n’a pas l’air d’un mauvais garçon, mais il donne l’impression d’avoir juste fait quelque chose de mal... Quand je l’ai rencontré, il essayait de passer l’examen d’entrée à la fac, qu’il avait déjà raté quatre fois de suite. Et ça le tracassait beaucoup car dans son système de valeurs, aller en fac représentait quelque chose de sérieux. Alors il faisait des petits boulots pour gagner de quoi payer les frais d’inscription dans une boîte à bac, tout comme le personnage qu’il joue dans Rebelles ... J’ai écrit le scénario de Rebelles pour lui. J’ai créé un personnage qui lui ressemble beaucoup, de façon qu’il puisse être vraiment lui-même en le jouant.  »

Tsai Ming-Liang est né en Malaisie dans l’état de Sarawak en 1957. Il est élevé par ses grands-parents, qui étaient vendeurs de nouilles, c’est sans doute ce qui explique dans son cinéma les fréquentes présences de petits marchands. La principale distraction de l’enfant est le cinéma. Il se gave de films américains, hongkongais, indiens... Au lycée, il découvre Chaplin avec Les Lumières de la ville , à propos duquel il écrit sa première critique de cinéma. Il s’installe à vingt ans à Taiwan où il obtient, quatre ans plus tard, son diplôme d’art dramatique. Il écrit alors plusieurs pièces de théâtre (dont Instant bean sauce noodle en 1981, et A sealed door in the dark en 1982). Il crée un one-man-show expérimental ( Wardrobe in the room en 1983) traitant de la solitude dans les grandes métropoles. Il écrit des scénarios pour la télévision jusqu’en 1989 et aussi pour le cinéma notamment pour Wang Tung. En 1989, il commence à réaliser des téléfilms. (The happy weather ,For away, All corners of the sea ,Li hsiang’ love line ,My name is Mary, Ah-Hsiang’s first love ,Give me a home, dans lequel joue Miao-Tien qui est le père de Lee Kang-Sheng, dans Rebelles et La Rivière ,The Kid 1991). C’est dans The Kid , en 1989, que Tsai Ming-Liang fait tourner pour la première fois Lee Kang-Sheng. Il y joue un délinquant qui vole l’argent du repas d’un écolier. Tsai Ming-Liang filme ce racket comme une drague. Lee repère le gamin dans une salle de jeux vidéo, le regarde longuement et intensément et le suit dans le labyrinthe des ruelles de la vieille ville. Il entre en contact avec lui en allant pisser à côté de lui contre un mur. C’est ce qui devient le prétexte du racket : « Petit, on ne pisse pas ici pour rien » (on pense beaucoup au Kid return de Kitano qui possède un homo-érotisme proche de celui de Tsai Ming-Liang.).

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Typiquement asiatique dans son rythme, la référence la plus immédiate du film est pourtant américaine. Lee Kang-Sheng, affublé d’un tee-shirt de James Dean, tombe en arrêt devant une affiche de celui-ci. C’est donc très ouvertement de La Fureur de vivre dont il est question dans Les Rebelles du Dieu Néon . Et de ce qu’il y a moyen de faire avec la jeunesse quand elle vous dévore les entrailles, quand elle brouille la vue et détraque les sens... Mais ici le centre n’est pas l’avatar de James Dean (Ah Tze) ou celui de Nathalie Wood (Ah-Kuei), mais de son amoureux transi Plato incarné par Sal Mineo, Plato dont Lee Kang-Sheng est le successeur.
La mise en scène épouse la fièvre de ces adolescents qui n’arrivent pas à rester en place. La caméra se focalise sur les entrées ou sorties de champ. Elle est mobile tout en étant tenue d’une main ferme. Elle joue avec l’espace. Elle passe d’un acteur à l’autre tel un imprévisible insecte, parfois rejetant un personnage dans le hors champ, parfois le suivant avant de l’abandonner au profit d’un autre sans que ce mouvement soit dicté par le dialogue ou l’action. Elle capture au passage l’intensité d’un regard qui demeure invisible à celui qui en est l’objet. Elle suggère, au moyen d’un panoramique brillant ou d’un contrechamp hardi, des équivalences, des parallèles...

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Alors que maint cinéastes de par le monde s’évertuent encore à plagier les codes, vieux de près de cinquante ans, de la Nouvelle Vague, Tsai Ming-Liang, dans ce premier opus, a su en capter l’esprit, en particulier celui des Quatre cents coups. On y retrouve la même alacrité à capter les images de la rue ou d’une vie socialement simple et pourtant émotionnellement riche. On y retrouve aussi ce même balancement entre l’action et la contemplation, ici celle d’un beau garçon viril et inaccessible. Malheureusement, il semble que les mânes de la Nouvelle Vague, à Taiwan comme en France, atteignent rapidement leur date de péremption. La grâce chez le cinéaste taïwanais n’aura duré que le temps de sa trilogie, à laquelle on peut ajouter The Kid, film pour la télévision qui marque l’apparition de Lee Kan Chen ; si ses films suivants, The Hole ,Goodbye, Dragon inn, La Saveur de la pastèque, Et là-bas quelle heure est-il ? où la référence à Truffaut est trop appuyée, ne sont pas négligeables, ils n’ont plus cette liberté qui enchantait Les Rebelles du Dieu Néon. Petit à petit un certain systématisme a quelque peu étouffé la création et la sensualité du metteur en scène.
Si Tsai Ming-Liang est un cinéaste ouvertement systématique c’est surtout le plus sensuel, le plus délicat, peut-être le plus érotique des cinéastes actuels. Parce qu’il prend le corps pour une machine mystérieuse et malléable, étrange et triviale. Il a fait un film d’une douceur extrême, élégant et délié, poétique et envoûtant.
 

Commentaires lors de la première parution du billet

Petite correction

Pendant que j'y suis (je viens de répondre à votre réponse sur Gods & Monsters) : je crois bien que le titre du film dont vous parlez ici est "Vive l'Amour" et non "Adieu l'Amour". C'est le premier du réalisateur diffusé en France, non ?

Posté par François, 28 février 2008 à 11:13

réponse à François

Je vous confirme que vous avez raison qu'il faut lire Vive l'amour et que c'est bien le premier film du réalisateur diffusé en France. Il est disponible en dvd sur le même disque il y a la rivière qui est pour moi le chef d'oeuvre du cinéaste.

Posté par BA, 29 février 2008 à 16:43

L'amour ou la rivière ?

Je n'ai pas vu les films suivants Et là-bas, quelle heure est-il?, mais effectivement, mon coeur balance entre Vive l'Amour et La Rivière. La séquence finale de Vive L'Amour est un sacré moment de cinéma, mais celle de la rencontre incestueuse entre le père et le fils au sauna dans La Rivière également. Tout ça me donne envie de revoir ces films que je n'ai vus que lors de leur sortie.

Posté par François, 29 février 2008 à 20:40


 

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A propos de No country for old men 

18 Août 2025, 06:31am

no_country_for_old_men_imagesfilmJe n’aurais pas l’outrecuidance d’encombrer le web d’une énième analyse et d’une nouvelle salve de louanges qu’incontestablement “No country for old men” mérite (ridicule snobisme de ne pas traduire le titre américain quand celui-ci est évident et sans un sous texte que la langue d’origine parfois apporte). Vous trouverez tout cela dans le toujours excellent Positif qui consacre un dossier aux frères Cohen dans son numéro de janvier 2008.
Je me contenterais donc d’une réflexion que je n’ai pas trouvée ailleurs. ( ATTENTION SPOILER) N’ayant trouvé nulle part ce que je subodore...
En préambule, je dois confesser que je n’ai pas lu le livre de Cormac McCarthy dont le film est tiré. Est-ce parce que je suis gay que je remarque que le placide tueur certes un peu fou, mais qui a de bonnes connaissances médicales et est fort méticuleux dans son labeur de désoudeur professionnel, est distrait lors de son retour du travail, au volant de sa conduite intérieure par deux jeunes et jolis garçons musardant à bicyclette. Notre intègre tueur les matte dans son rétroviseur, distraction qui peut être fatale dans les villes américaines dont les rues se coupent à angle droit. Ce qui est le cas. Après avoir embouti un autre véhicule, il parvient à s’ extirper de son tas de ferraille qu'est devenu son automobile. Il   se repose un peu assis sur une pelouse près du crash, son radius perforant sa peau. Les deux adolescent le rejoignent et s’enquièrent de sa santé. Notre exterminateur, pas au mieux, avec néanmoins une lueur dans son œil vitreux, demande alors à l'un des garçons, le plus joli, de retirer sa chemise. Secrètement on admire alors la santé de l’individu qui pense à se rincer l'oeil, peut être une ultime fois, dans un moment pareil. En même temps on est inquiet pour le jouvenceau, car notre bougre même manchot pourrait bien lui faire subir les derniers outrages. Très serviable, contre tout de même un billet ensanglanté, l’adolescent s’exécute. Et là: éblouissement, l’un des plus beaux torses juvéniles que l’on ai jamais vus au cinéma apparaît. La chemise du jeune cycliste dissimulait une tendre et musclée poitrine de nageur! Retour au trivial utilitaire l’estourbisseur patenté réduit la pimpante liquette en lambeaux, la transformant ainsi une écharpe pour tenir son bras brisé à l’os saillant. Il se relève du gazon et s’éloigne sans se retourner sur ce trottoir de banlieue résidentielle comme Charlot à la fin de ses films vers l’horizon...

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Cette scène qui semble avoir échappée à la pourtant vigilante communauté gay américaine, peut être à cause de son relent presque pédophile, ne peut elle pas être interprétée comme homophobe? La fratrie ayant doté son serial killer consciencieux, mais peu ragoûtant pour la majorité des spectateurs, d’une attirance pour les très jeunes personnes de son propre sexe? A l’inverse on peut aussi la lire comme homophile, le personnage gay (ou que je suppose tel) est un des rares à se sortir vivant de l’aventure... Ou bien encore (je songe au délicat casting) les frères Cohen auraient-il un intérêt pour les jeunes torses mâles? Mais peut être que j'ai mauvais esprit, assez en tout cas a pour trouver ce film délectable et plein d'humour très noir...
P.S. Autre message subliminale que délivre le film, les frère Cohen préfère les chats aux chiens...

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300, naissance d'un empire, un film de Noam Murro

14 Août 2025, 06:53am

  

 

  

Après Pompei j'ai continué mon immersion dans la culture régressive du péplum gore avec 300, naissance d'une nation qui était plus ou moins annoncé comme la suite de 300, en fait ne se déroule pas après, mais pendant ce qui s'est passé durant le premier film.

Avant d'aller plus loin, pour ceux qui aurait oublié leurs cours d'Histoire, petit rappel historique: Les "Guerres Médiques" sont la résistance des cités grecques, menée par Athènes et Sparte, face aux tentatives d'invasion par l'Empire perse. Il y eut deux Guerres Médiques. La Première (- 490 avant JC) qui fut menée par l'empereur perse Darius en réponse au soulèvement des Grecs (la révolte de l'Ionie) qui cherchaient à contrecarrer l'expansionnisme perse et la domination de leur empire sur les productions de blé de bois. La Seconde Guerre fut commandée coté perse par Xerxès (Rodrigo Santoro), devenu empereur à la mort de son père. Il y eu deux batailles capitales : celle des Thermopyles (voir le film « 300 » mise en scène par Zack Snyder en 2006, dont « 300 la naissance d'un empire » est à la fois une préquelle et une sorte de suite. Les deux sont des adaptations des romans graphiques de Frank Miller ) et la Bataille de l'Artémision (dans le film les batailles navales d'Artémision et de Salamine sont quasiment fondue en une seule). La première fut terrestre avec le sacrifice légendaire du roi Léonidas ; la seconde s'est déroulée majoritairement sur mer (dans le détroit de l'Artémision), les grecs étaient menés par le général athénien Thémistocle. Les deux batailles se déroulèrent à la même époque (- 480 avant JC).


  

 

Dans « 300 » de où l'on avait vu la phalange des amis des vaillant spartiate massacré par les odieux perses qui n'avait du leur victoire qu'à la traitrise d'un scrofuleux spartiate qui aurait du par bon sens esthétique être éliminé dès sa naissance. Cette fois ces barbares de perses (qui ont tout de même une bien belle capitale tout en ayant un goût sur question mobilier, je suis très envieux du page de Darius) veulent débarquer, façon Normandie 44, à Athènes pour réduire les athéniens en esclavage et détruire la perle de l'occident. Heureusement Thémistocle (Sullivan Stapleton) à la tête d'une poignée de trirènes va dans une colossale bataille navale à Salamine réduire en buchettes l'armada perse conduite pourtant par la courageuse et très cruelle Artémise (Eva Green) qui si j'ai bien compris n'était pas tout à fait perse mais avait du sang grec, bon sang ne saurait mentir... Néanmoins les perses emmenée par le dieu-roi Xerxès réussissent à détruire Athènes.

Je suis sortie de cette boucherie en 3 D comblé. Tout d'abord j'ai eu mon compte d'enslipés musculeux et glabres. Je vous recommande particulièrement le jeune Calisto, joué Jack O'Connell qui a dix sept ans (dans le film) arbore des bras qui ressemblent aux cuisses d'un sprinter du tour de France et des abdos en barres de chocolat qui devraient repaitre jusqu'à satiété les plus gourmands en la matière. C'est la plus grosse surprise de la distribution car il y a quelques années dans la série Skins, dans le rôle de James Cook, il ne laissait pas augurer une telle métamorphose. Sa plastique m'a ravi jusqu'à la dernière image, car, bonheur, la jeune belle plante survit au carnage. Autre motif de satisfaction voir ces enturbannés de perses (qui allez savoir pourquoi m'ont rappelé nos perfides irakiens ou afghans de nos actualités télévisées) prendre une palanquée de talmouses dans le burnous. Je sors de ces représentations de roustées de bistres, repu, et ainsi, je n'ai pas besoin de voter Front National le lendemain, d'où l'intérêt républicain d'un tel film; ce qui n'a peut être pas sauté aux yeux de nos critiques circonscrits dans le centre de la capitale. Et puis pour les amateurs de péplums dont vous avez du comprendre que je suis du nombre, « 300, la naissance d'un empire » est une immense nouveauté, nous avons là le premier péplum maritime (si un spécialiste peut m'en indiquer d'autres je suis preneur) car à part la scène des galériens dans « Ben-hur » je ne me souviens pas d'avoir vu de batailles ou de séquences maritime se déroulant dans l'antiquité sur un écran.

  

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Ce deuxième volet des 300 s'inscrit dans le nouveau courant du péplum gore lancer par la série Spartacus.

Les acteurs qui ne sont pas que des gros bras tiennent très correctement leur partition. C'est d'autant plus méritoire qu'en raison des effets spéciaux, ils jouent le plus souvent sur fond de toiles vertes pour permettre les incrustations des décors antiques à l'image. Les personnages manquent un peu d'épaisseur d'ou une difficulté à s'identifier à eux et à vibrer à leurs malheurs. Clairement la psychologie est sacrifiée au profit du spectaculaire guerrier. Si Eva Green est parfaite, Sullivan Stapleton manque un peu de Charisme pour incarner Thémistocle.

  

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Cinématographiquement la continuité avec « 300 » est parfaite. On retrouve dans « 300, La naissance d'un empire » tout ce qui a fait le succès du premier, sa photographie si particulière, ses ralentis et accélérations.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser de prime abord le film n'est pas si éloigné de la réalité historique. La seule grosse entorse par rapport à la réalité est que Thémistocle n'a pas tué Artémise (et ne l'a probablement pas sodomisée comme on le voit dans le film!). Elle a survécu bien des années à la bataille de Salamine. Bon le scénario du à Zack Snyder et Kurt Johnstad fait de Thémistocle un chantre de la démocratie alors qu'il est plutôt connu historiquement pour ses penchants tyranniques et son absence total de scrupule mais ses talents de stratège sont bien mis en valeur.

Les amoureux des bateaux et de l'antiquité seront subjugués par toutes les séquences de batailles navales. L'apparition de l'armada perse au somment de la vague est un grand moment de cinéma.

 

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BEAU TRAVAIL un film de Claire Denis

11 Août 2025, 10:46am

 

France, 90mn, 1999

 

Réalisation: Claire Denis, scénario: Claire Denis et Jean-Pol Fargeau, image: Agnes Godard, montage: Nelly Quettier, son: Jean-Paul Mugel, musique: Eran Tzur

 

avec: Grégoire Colin, Michel Subor, Denis Lavant, Nicolas Duvauchelle, Dan Herzberg, Gianfranco Poddighe...

 

 

Résumé

 

Djibouti, an 2000, l’adjudant-chef Galoup mène ses légionnaires avec enthousiasme sous l’oeil bienveillant du capitaine Forrestier. Débarque une nouvelle recrue, le jeune et mystérieux Sentain... Cette aventure, au sens premier du terme, s’inscrit dans le récit au passé par l’intermédiaire du journal intime de Galoup, exilé à Marseille, exclu de la légion à cause d’une faute de commandement, une désobéissance qui a consisté à mettre en danger le soldat Gilles Sentain. Le film raconte cette histoire.

L’eden perdu prend le visage de la légion, mais c’est aussi celui de la jeunesse, et de la beauté forcément égoïste, aveugle et tentatrice. La beauté comme la jeunesse sont des utopies, des lieux qui n’existent que dans un autre temps, une autre configuration. Elles ne prennent corps que parce qu’elle sont à jamais inatteignable et que leur perte est une souffrance inextinguible. Elles manquent et sont recomposées sans fin par le travail masochiste de la mémoire. Ces carnets sont lus en voix off par le sous officier qui se projette ainsi en quelque sorte le film de sa déchéance. Cette voix est presque la seule que l’on entend, tant rares sont les dialogues.

 

 

L’avis critique

 

Beau travail demande au spectateur un petit effort pour s’immerger dans ce film presque muet aux somptueuses et hypnotiques images, mais il sera récompensé de sa peine. Le scénario est la transposition très libre par Claire Denis et Jean Pol Fargeau du Billy Bud (Gallimard) de Melville, de nos jours, dans le milieu de la Légion Etrangère à Djibouti. C’est un retour aux sources pour claire Denis avec ce film, situé sur le sol africain, territoire de son premier long métrage: Chocolat en 1988. La référence au roman est renforcée par l’utilisation, comme musique du film, d’extraits de Billy Bud, l’opéra de Britten (livret de E.. M Foster). On reconnaît sans peine les homologues des personnage du roman de Melville. Le capitaine Vere devient Bruno Forestier (Michel Subor), paternel mais inflexible. Claggart se transforme en Galoup (Denis Lavant), persuadé que dans chacun est tapi le mal, jaloux et amoureux(?) de Billy Bud, ici le soldat Gilles Sentain. Claire Denis n’est pas avare de références. Comme le clin d’oeil cinématographique qui ressuscite le personnage disparu du  Petit soldat en donnant à Michel Subor le même patronyme qu’il avait dans le film de Godard. Ainsi le rôle est lesté de toute la mémoire de la guerre d’Algérie. Le petit soldat godardien a pris du galon, il est devenu commandant. Le sous texte se fait parfois un peu pesant: le nom du soldat: Sentain... Dans ce miroir sans tain (Lacan à nous!!), à moins que ce soit une allusion à François Sentein, le "découvreur" de Jean Genet.

 

 

Galoup projette ses fantasmes et frustrations jusqu’à la folie.  L’interprétation de Grégoire Colin est parfaite, comme toujours. Mais contrairement à la description du personnage qu’en fait Melville, il a plus de sensualité que d’Angélisme; ce qui modifie le regard que l’on porte sur les personnages par rapport à ceux du roman. On peut penser que Galoup a été jadis, un peu comme sentain l’est aujourd’hui, le favori de Forrestier et que sa haine pour le garçon vient qu’il ne veut pas partager “son” capitaine avec lui; mais aussi que le garçon est le révélateur de son vieillissement, qui aura comme corollaire inexorable son exclusion de sa seule famille: la légion.

Toute la distribution est remarquable et l’on a la joie de revoir deux grands acteurs: Denis Lavant et surtout Michel Subor bien trop rare sur les écrans (il est le méchant homo dans Le Rebelle de Gérard Blain). Mais je voudrais revenir plus particulièrement sur Grégoire Colin.

 

 

Grégoire Colin est doublement un cas rare dans le cinéma. En effet bien peu d’acteurs ayant commencés leur carrière pré-adolescent sont toujours devant les caméras dix ans après. Il est encore plus rare qu’un acteur soit érotisé dès son premier rôle important (il était déjà apparu dans Le silence d’ailleurs de Mouyal l’année précédente) et cela pré-adolescent en 1991 dans L’année de l’éveil. Dans lequel à 14 ans il aguichait son moniteur de sport et se faisait déniaiser par la femme de celui-ci. La même année, on le retrouvait avec plaisir dans Olivier, Olivier d’Agnieszka Holland, en ancien prostitué qui se faisait passer auprès d’une famille pour leur fils, disparu des années auparavant. Puis ce sera entre autres La reine Margot, Pas très catholique, Le fils de Gascogne dans lesquels son potentiel érotique était mis sous le boisseau. En 1995 Grégoire Colin affolait déjà un militaire dans Fiesta de Boutron (adapté du beau livre éponyme de José Luis de Villalonga, en la personne de Jean-Louis Trintignant qui chargeait beaucoup son rôle de vielle ganache franquiste et pédéraste. Il était toujours aussi sensuel en frère, presque incestueux, dans Nénette et Boni ou dans La vie rêvée des anges et bien sur dans le Sade de Benoît Jacquot. Depuis toujours sur les écrans il a joué dans des films moins exposés comme en 2002 l’intéressant La guerre à Paris de Yolande Zauberman.

Beau travail étant une sorte de ballet cinématographique, Claire Denis a mis à contribution le chorégraphe Bernard Montet qui a composé son “peloton” d’une hétérogénéité  comparable à celle de la légion. Il y a des acteurs, des danseurs, un chanteur d’opéra adepte des arts martiaux et des hommes qui n’avaient jamais eu de contact avec le cinéma ou le monde du spectacle auparavant. Leurs origines ethniques sont elles aussi des plus diverses. Il y a des arabes, des français, des africains, un grec, deux italiens, un russe, un asiatique... Cette quinzaine d’acteurs constitue en quelque sorte la troupe du film.

 

 

La réalisatrice a construit tout son film sur un matériau que la plupart des cinéastes jugeraient trop ténu: gestes fugitifs, petits moments arrachés au temps, échappant presque entièrement à l’intrigue.

La première grande idée du film est d’avoir trouvé un équivalent parfaitement melvillien à l’océan dans les paysages désertiques de sable, de roc et de sel de la Corne de l’Afrique, magnifiquement photographiés par Agnes Godard, déjà responsable de la photographie de J’ai pas sommeil, sans doute le plus grand chef opérateur du cinéma français d’aujourd’hui. Elle a reçu le César 2001 de la meilleure photo pour le film. La minéralité tranchante de ces paysages forme un contraste saisissant avec les corps a demi-nus des hommes offerts dans toute leur sensualité. Jamais au cinéma  depuis Leni Riefenstahl et Murnau le culte du corps masculin n’avait été porté aussi haut. L’homosexualité latente est omniprésente; en cela Beau travail est fidèle à l’esprit de l’oeuvre de Melville dont elle irrigue toute l’oeuvre.

 

 

 

La seconde est d’avoir fait du film un ballet en demandant à un chorégraphe, Bernardo Montet, d’en quelque sorte co-diriger le film. La caméra caresse les légionnaires lors de "danses", où l’expression corporelle remplace les dialogues. Le désir ne s’exprime que par demi-mots, que par des regards volés à une hiérarchie militaire implacable; ce qui donne une espèce de ciné-poème sorti d’un carton à dessins ou d’un carnet de croquis, où les mots, les rythmes et les corps concourent à une sorte d’harmonie érotique. Beau Travail est avant tout une promenade sensuelle sur les corps de ces hommes éperdus d’ennui dans une lumière omniprésente et changeantes. L'entraînement militaire se transforme en danse contemporaine, illustrant le désir homosexuel. On peut regretté que, contrairement à Tabou d’Oshima, avec lequel Beau travail partage bon nombre de thèmes et de partis pris esthétiques, le film reste  du côté de la contemplation, du désir, du non-dit, du non résolu. Contrairement  au film japonais qui aborde l'homosexualité frontalement en la considérant de manière à la fois franche, ironique et tragique. Beau Travail ne franchit jamais le seuil de l'explicite et de l'avoué. Le film est aussi consumé par l’espace dans une sorte d’extase sereine: chaque corps, animé ou non, chaque image de ciel, chaque centimètre carré de terre brûlée de soleil y prend une étonnante densité. Claire Denis sait ce qu'il y a montrer (ou pas). C’est finement ciselée, polie par la précision des cadrages, des mises en scène. Dans l’enchevêtrement des monologues si bref, on pense souvent à des aphorismes, à des haikus tragiques. Il y a même  des passages mystiques avec un zeste de kitshissime géographique...

Le film adopte le point de vue même de la légion, qui se vit comme une sorte de cocon. Hommes, veufs de la guerre, qui évoluent en marge du monde colonial qu’ils côtoient quotidiennement, mais qui ont perdu leur utilité et leur identité. Tout conduit au complet abandon physique qui conclut Beau travail.

Le film est a l’origine une commande d’Arte initiée par Pierre Chevalier, alors responsable des fictions de la chaîne. Claire Denis n’a reçu aucune aide de la Légion, bien au contraire. Notamment parce que dés l’arrivée de l’équipe à Djibouti une rumeur a couru que le film serait un  porno pédé! Dans la Légion la terreur paranoïaque de l’homosexualité est très présente et d’une grande violence. La plus grande injure du légionnaire est  schmoul, c’est-à-dire pédé!

France Télévision a édité le dvd avec en bonus le commentaire de Claire Denis, Denis Lavant et Bernard Montet.

                   

 

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Zéro patience un film de John Greyson

8 Août 2025, 06:55am

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Fiche technique :

        

Réalisation : John Greyson. Scénario : John Greyson. Images: Miroslaw Barszak. Montage : Miume Jan. Musique : Glenn         Schellenberg. Chorégraphie : Susan Mc Kenzie.
        Canada, 1993, Durée : 100 mn. Disponible en VO et VOST.

Avec: John Robinson, Normand Fauteux, Diane Heatherington, Richardo Keens-Douglas, Bernard Behrens, Charlotte Boisjoli et Brenda         Kamino.

        

Résumé :

        

Richard Burton (john Robinson), personnage historique explorateur et sexologue de l’époque victorienne, le même que dans le film crypto gay Aux sources du Nil de Bob Rafelson,  organise une exposition sur les grandes épidémies à travers les âges. S’il officie aujourd'hui encore au muséum d'Histoire naturelle de Toronto car c’est tombé dans une source qui donne l’immortalité! Il révèle l’existence d’un patient zéro, un steward canadien, premier porteur du virus du sida en Amérique du Nord qui sera la pièce maîtresse de son exposition. Sa brillante démonstration n’est qu’un pamphlet stéréotypé décrivant les homosexuels comme des êtres irresponsables et dangereux. Mais l’esprit du -patient zéro (Normand Fauteux) est de retour sur terre afin de se venger d’avoir été aussi lâchement accusé. Mais bientôt Burton tombe amoureux du sexy fantôme et ils engagent un combat pour tenter de réhabiliter le -patient zéro-. Leur quête va être parsemée de rencontres extraordinaires, comme le singe vert d'Afrique, le comité d'Act Up, Miss VIH et bien d'autres personnages fantasques, merveilleux mais aussi tellement humains…
 

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L’avis critique


Le vrai coup de génie de Greyson est d’avoir utilisé pour traiter un thème tragique la mort annoncée par le sida et l’incurie des pouvoirs publics le genre cinématographique le plus léger qui soit: la comédie musicale. Il s’en explique: <<Le film a commencé dans ma tête dès 1987, un ami me montra la couverture de -California Magazine- qui titrait <<L’homme qui apporta le virus en Amérique du Nord>>. L’histoire contait qu’un steward franco-canadien homosexuel était responsable du premier cas de sida sur le continent à la fin des années 70. Mais d’autres sources affirmaient que des cas de sida avaient été remarqués dès la fin des années 60. Zéro patience est né de ces contradictions. Il était important que Zéro patience soit une comédie musicale car cela offre une panoplie de possibilités, de contenus et de formes et peut atteindre ainsi le plus large public.>>.


 

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Mais on aurait aimé que John Greyson ait autant d’audaces dans sa réalisation que dans l’écriture de son scénario.Et de l’audace il en a eu pour en 1993 écrire ce scénario sur le sida. Un courage que l’on peut mettre en parallèle avec celui qu’eut Ernst Lubitsch lorsqu’en qu’en en 1942 il tourna To be or not to be sur la persécution des juifs par les nazis. Si, comme dans le chef d’oeuvre de Lubitsch il mêle très habilement humour et dénonciation politique il est par trop timoré dans la mise en images de ses idées. En contrebande le cinéaste dénonce en vrac l’inconscience des milieux gays lors de l’émergence de la maladie, l’égoisme et la lâcheté individuelle de ce petit monde, la rapacité des laboratoires pharmaceutiques, l’hypocrisie des hétéros, l’incapacité des médecins et bien d’autres choses encore et tout cela en faisant rire.
 

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John Greyson réussi a marier intimement le militantisme et l’imaginaire. Le vrais sujet de son film est la manipulation voici ce qu’il en dit: “L’hypothèse du patient zéro a été tellement montée en épingle par les médias qu’aujourd’hui on la considère comme une évidence. J’ai donc décidé de faire un film sur la "politique des faits douteux"”. Glen Schelling, le compositeur, renchérit : "La question essentielle dans le film est de savoir quel point de vue idéologique se cache derrière de telles hypothèses ? Pourquoi notre culture s’applique-t-elle systématiquement à trouver des origines et des responsables pour tout ? Dans la chanson "Positive", Georges chante "Je sais, je sais, je sais que je ne sais pas". Et son incertitude s’oppose à "la culture des certitudes" de Burton. Ceci est la principale dialectique du film. (…)Nous ne prétendons pas donner des solutions mais mettre en scène les luttes et les dilemmes autant personnels que politiques." A la lecture de ces déclarations qui ne sont certes pas mensongères au vu de l’oeuvre on pourrait croire à un film à thèses alors que c’est aussi et surtout un film loufoque et iconoclaste dont le morceau de bravoure est un duo chanté entre deux…anus. Mais pourquoi Greyson nous inflige-t-il alors de très vilaines prothèses alors qu’il y a de bien beaux culs canadiens!
 

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On cherche encore la raison, lors de son assez timide exploitation en salle en France en 1995 de l’interdiction aux moins de 12 ans du film car il y a bien peu de corps dénudés et de sexe explicite dans ce film et bien sûr aucune nudité frontales. L’un des principaux défauts du film est paradoxalement un certain puritanisme l’autre est la pauvreté des chorégraphies qui n’exploitent pas à fond les savoureuses situations de départ comme un trio chantant dans un sauna mais il faut dire que le film a été réalisé avec peu de moyen.
 

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Si les yeux n’en ont pas toujours pour leur compte, les oreilles seront ravis par la jouissive B.O. La grande originalité du film est que c’est par les chanson, très mélodieuses, que passe le message politique et philosophique du film don’t l’essence est que chacun a la possibilité d’agir sur les choses pour infléchir le cours de sa vie. Ce dynamisme positif fait du bien surtout sur un tel sujet. Il est toutefois dommage que le cinéaste n’aille pas au bout des pistes qu’il ouvre comme celle du prologue du film où nous découvrons une salle de classe dans laquelle un garçon d’une dizaine d’années ânonne l’histoire de Shéhérazade. A partir de ce lieu d’évasion qu’est une salle de classe Greyson invente une histoire parallèle à celle des mille et une nuits encore plus extravagante que son modèle une histoire pour vaincre à sa manière la pire des morts annoncée, n’oublions pas que nous sommes en 1993, celle causée par le sida.
 

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John Greyson qui est né en 1960 à Toronto a été tout aussi délirant dans Lily et Urinal mais dans un registre plus noir.Depuis 1984 il a réalisé une quinzaine de films le dernier Proteus date de 2003. Il a également tourné deux épisodes de la série Queer as folk, version américaine.
Zero patience est édité en DVD par Optimale en VO sous-titré en anglais malheureusement aucun bonus pas même la bande annonce et la compression n’est pas excellente surtout au début.
 

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HUGO CABRET DE MARTIN SCORSESE

8 Août 2025, 06:34am

 

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Le jeune Hugo Cabret (Asa Butterfeld, il jouait le rôle principal dans Le garçon en pyjama rayé (The Boy in the Striped Pajamas) ), douze treize ans, a perdu son père, un génial horloger. Il a été recueilli par son oncle, un ivrogne qui ne tarde pas à disparaitre, mais qui lui a préalablement appris à remonter les nombreuses horloges de la gare dans laquelle Hugo habite secrètement. Tout ce qui reste de son père est un mystérieux automate que le père d'Hugo tentait de réparer. Le garçon a pris la relève. Pour  refaire fonctionner le robot, le garçon a besoin d'outils et de petites pièces mécaniques qu'ils volent au vieux tenancier d'une échoppe de jouets qui est située dans la gare. Le vieillard finit par attraper son voleur. Le commerçant est rongé par un lourd secret mais il a recueilli sa jeune nièce qui éclaire ses dernières années... L'histoire peut véritablement commencer...

Scorcese a adapté le beau livre pour enfant de Brian Selznick. Il a pu s'appuyer sur ses magnifiques dessins. 

La grande qualité du film pour moi, tient dans le scénario qui parvient parfaitement à mêler la fiction et l'Histoire; à tel point que l'une devient indiscernable de l'autre. Il est très ingénieux avec cette formidable idée de faire vivre le jeune Hugo dans la gare même, dans une antre secrète, ce qui devrait beaucoup parler aux enfants. L'écriture du scénario d'Hugo Cabret offre, comme un autre grand film de cette année, La piel que habito, une passionnante profondeur de lecture; celle-ci pouvant se faire à plusieurs niveaux, ce qui devrait lui permettre une large audience à ce dernier opus de scorcese qui a réussit à me réconcilier. Les thèmes developpés dans Hugo Cabret sont multiples, en premier lieu, comme dans toutes les grandes oeuvres, le sujet principal en est le temps, mais aussi la versatilité de la gloire, le refus du passé (le film a, je trouve de nombreux accents freudiens)... Mais les références sont multiples outre celles cinématographiques évidentes, belle idée que de revisiter les débuts du cinéma ( Méliès bien sûr, mais aussi Griffith, Louise Brooks, Buster Keaton et Harold Lloyd) à travers les yeux des enfants. elles sont pourtant à mon avis supplantées par les apports et clins d'oeil d'oeuvres littéraires, Victor Hugo d'abord (on peut imaginer que le prénom du héros a pour origine le nom du célèbre barbu) et bien sûr Dickens. J'y ajouterais un zeste de Borges et une touche de Zafon et sans doute une palanquée d'autres que mon inculture n'a pas permis de repérer. La qualité des décors et la grande profondeur de champ de l'image donne beaucoup de plaisir au spectateur attentif, comme la découverte de cette belle publicité pour le magazine "Vu", ce qui permet en outre de dater subtilement le récit; datation que Scocese a eu la bonne idée de ne pas faire frontalement ce qui me libère de ma recherche maniaque des anachronismes. A ce propos je trouve l'univers temporel du film très cohérent (dans le livre, de Selznick dont le film est tiré, c'est précisément 1931). Ce foisonnement des détails promet un bonheur renouvelé lorsque l'on pourra faire des arrêts sur image lorsque le blue ray sortira. Si l'on n'échappe pas au Paris rêvé et fantasmé made in USA, Scorcese y met moins de sucrerie que par exemple Woody Allen. La bonne idée est de n'avoir pas pris une gare parisienne en particulier mais d'avoir fait un mélange de toutes.

 

 

Il faut tout de même prévenir que le début du film est éprouvant pour la rétine. Scorcese en guise d'exposition fait un plan séquence virtuose mais assez vain qui semble montrer d'emblée au spectateur ce qu'il sait faire, mais qu'il se rassure on ne doutait pas de sa maestria technique pas plus de l'ampleur de son budget. Heureusement après cette prouesse, le réalisateur va trouver le coeur de chaque spectateur.

Si Hugo Cabret est indéniablement un mélo, des personnages secondaire comme la dame mure et son toutou agressif insuffle des touches d'humour cocasse qui sont autant de respiration dans le trépidant récit.

 

 

Les acteurs, et en particulier les enfants, sont excellents. Même l'épouvantable Baron Cohen parvient à être attachant dans sont rôle d'"ogre". Je précise que j'ai bien évidemment vu le film en Version Originale, ce qu'il faut faire systématiquement surtout lorsque des enfants ont un rôle important dans un film d'autant que les jeunes acteurs français (quand ce ne sont pas des femmes!) doublant sont en général très mauvais (il y a des raisons systémiques à cela, ce que j'ai déjà exposées préalablement dans d'autres billets). Je n'ai pas vu le film en 3D, en sortant du film je ne vois guère ce que cela peut lui apporter sinon peut être dans la scène de découverte du cinéma, le train arrivant dans la gare de La Ciotat, par Mélies. Je comprend néanmoins bien pourquoi Scorcese a voulu utiliser ce procédé, ce qui est une sorte d'hommage au novateur qu'était Mélies.

Hugo Cabret est un mélo intelligent dans lequel les larmes rendent heureux.

 

 

 

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La rivière un film de Tsai Ming-Liang

2 Août 2025, 06:56am

 

Taiwan, 1996

 

Réalisation: Tsai Ming-Liang,

avec: Lee Kang-Shen, Miao Tien, Lu Shiao-Ling, Ann Hui, Chen Chao-Jung, Chen Shiang-Chyi, Yang Kuei-Mei

 

Avis critique

 

Hsiao Kang, ce qui veut dire petit Kang, c’est donc le surnom amical (tendre?) de Lee Kang-Sheng, croise une ancienne copine (Chen Shiang-Chyi) au milieu d’un escalator: <<Tiens, salut qu’est ce que tu fais là? -début à la Rohmer. Petit Kang, désoeuvré, accompagne la dite copine sur un tournage de film auquel elle participe. Ce tournage à lieu au bord d’une rivière -le titre-. Là Ann Hui, un peu la marraine du cinéma taiwanais, dans son propre rôle (elle est la réalisatrice de ”Boat people”, ”Song of exile”...), a bien des problèmes avec son tournage. Le mannequin qui doit figurer un jeune noyé emporté au fil de la rivière est peu réaliste et ne fait pas illusion. Elle repère le beau Hsiao Kang, il est encore beau à ce moment du film, il n’a pas encore été martyrisé par Tsai Ming-Liang, et lui propose de remplacer le mannequin. Après quelques hésitation le garçon accepte, et le voilà en noyé au sortir d’un égout à la grande satisfaction de la cinéaste. Dès la fin de la prestation la copine l'emmène puant et trempé dans sa chambre d'hôtel pour qu’il se lave. Ce qui nous vaut une sensuelle scène de douche dont le réalisateur à le secret. Hsiao Kang pousse le souci d’hygiène jusqu’à se récurer à l’aide d’une brosse à dent. Tsai Ming-Liang est un réalisateur hygiéniste! Hsiao Kang et sa copine font l’amour, une première pour Lee Kang-Shen dans les films de Tsai Ming-Liang et une première hétérosexuelle. Dans ”Les rebelles” il n’en était qu’au voyeurisme chaste, dans ”Vive l’amour” il atteignait l’onanisme, il faut donc arriver à la rivière pour qu’il est une relation physique, qu’il y ai contact entre les corps. Tsai Ming-Liang fait suivre la scène érotique entre les deux jeunes gens par celle où l’on voit un homme (on apprendra plus tard que c’est le père de Hsiao Kang) caressant un garçon dans un sauna.

 

 

 

Bientôt un violent torticolis fait souffrir le garçon. Nous découvrons la famille de Hsiao Kang Où plutôt nous comprenons après presque une heure de projection que les trois personnages principaux du film forment une famille. Le spectateur qui aura déjà vu ”Les Rebelles” s’en sera douté puisque ”La rivière” reprend les acteurs qui jouaient les parents de Lee Kang-Shen dans le précédent film. ”La Rivière” est une sorte de suite aux ”Rebelles”. Visiblement quelques années ont passé depuis ”Rebelles”. Le père ne conduit plus son taxi; il est à la retraite. La mère travaille toujours dans une gargote. ”La rivière” met en abyme la vérité des relations familiales esquissées dans ”Rebelles”. Si ”La rivière” est une oeuvre qui résonne plus profondément, c’est qu’elle parvient à maintenir chez les spectateurs un équilibre magistral entre incompréhension et sympathie pour le personnage du père. Le cinéaste s'explique sur la récurrence des acteurs dans ses films: << J’aime utiliser le même groupe de gens, mais pour chaque acteur, il y a une raison différente et complexe. Je ressens une certaine responsabilité envers Chao-Jung et Kang-Shen, parce que c’est moi qui les ai amenés au métier d’acteur, et ce n’est pas une situation très enviable, en raison du marasme de l’industrie du cinéma à Taiwan. Si l’on prend Miao Tien, il a joué dans plus de cent films et son jeu est très stylisé. Mais j’ai découvert que dans la vie réelle, il a un sacré naturel, un grand sens de l’humour et même une certaine inquiétante étrangeté qui n’apparaissait pas jusqu’alors sur l’écran. Ca m’a vraiment emballé de découvrir ces traits de son caractère, et après avoir travaillé ensemble sur un téléfilm: ”La dot de Hsio Yueh” en 1991, je me suis juré d’écrire quelque chose pour lui. Pour ”La rivière j’ai changé la fin à cause de la fenêtre de l'hôtel où j’ai tourné la dernière scène. Originellement, Xiao-Kang se réveillait, et son père était parti acheter le petit déjeuner. Il regardait par la fenêtre et voyait son père disparaître dans la foule d’un marché traditionnel. Mais dans la chambre où nous tournions, la fenêtre s’ouvrait sur un balcon, donc j’ai changé la fin. Quelque fois , Dieu nous donne un petit coup de pouce.>> Pour bien comprendre les propos du réalisateur et même son film, il n’est pas inutile de savoir que le père est joué par Miao Tien, macho magique et super star du cinéma de Kung-Fu hongkongais dans les années 60, et que le metteur en scène a du obstinément le convaincre d’accepter cette dangereuse résurrection. A cette image, cette ”Rivière” imaginée par Tsai est parsemée de mines flottantes, de signaux dont on ne perçoit les prophéties qu’après un étrange décalage, d’ambiances indécidables où se distille un cinéma frais et pourtant morbide, la grande douceur du ton cachant des vertiges à chaque plan, ou presque, et laissant finalement le goût d’une tendresse carnassière...

 

 

C’est un précis de décomposition que cette famille. L’appartement familial, lui même est atteint, une fuite? venant de l’étage du dessus inonde les pièces. Le père (Miao Tien) retraité tue son ennui en draguant les gigolos dans les galeries marchandes et les saunas. La mère (Lu Shiao-Lin) travaille dans une immense cantine à la lumière blafarde et avant de rejoindre son ”foyer” fait un détour pour visiter son amant qui préfère regarder vautré sur son canapé des vidéos pornos dont il fait le commerce que d’honorer sa maîtresse. Bref, la chair est triste. Aux liens défait du récit répondent les liens non moins défaits de la famille. Quand a Hsiao Kang on dirait qu’il laisse la douleur l’envahir, meubler le néant de son existence. Cette douleur mystérieuse (on peut penser qu’il a contracté dans les eaux putrides de la rivière, à moins que ce ne soit le cinéma qu’il l’est contaminé) dont le film ne nous donnera pas la nature semble contaminer tout le corps de l’éphèbe. Sa tête ne se tient plus droite, ses membres ne lui obéissent plus, il devient une sorte de pantin désarticulé comme abandonné par son manipulateur. Mais elle réveille aussi l'intérêt de ses parents pour cet ectoplasme de garçon dans ses immaculés habits blancs. Le désir de cinéma de Tsai Ming-Liang se nourrit pour l’essentiel du démantèlement du corps de son personnage et donc de son acteur.”La rivière” n’a de cesse de faire regresser ce corps à l’état de pantin. Tsai Ming-Liang ne montre que des corps en souffrance. Celui du fils, mais aussi celui de la mère, qui se tord de désir au chevet d’un amant qui ne veut pas d’elle, ou celui du père qui cherche dans les bras de jeunes garçons dragués dans des saunas un lien filial qu’il n’a pas pu construire avec son fils. Autant dans toute la première partie du film les deux parents semblent complètement indifférent à l’existence de leur fils, autant ensuite ils font preuve d’un acharnement thérapeutique pour essayer de le guérir. La sollicitation tourne au trivial comique lorsque la mère prête à son fils son vibromasseur phallique pour que le garçon se masse...le cou! Le comique n’est pas absent de ”La rivière” particulièrement lors de la première rencontre sur l’écran entre le père et le fils. Hsiao Kang qui commence à ressentir une douleur au cou, dépasse son piéton de père, sans le voir, avec sa moto, presque aussitôt, il tombe de l’engin. Le père se précipite pour l’aider mais il se heurte au mutisme du garçon (on ne connait pas alors les relations entre les deux hommes, le père pourrait être un simple passant qui aide un inconnu). Suit une suite de postures presque clownesques, pour finir ils se retrouve tout les deux sur la moto, le père soutenant le cou de son fils d’une main tandis que de l’autre il cramponne une longue plaque de plastique ondulé qui devrait canalisé la fuite d’eau obsessionnelle. Ce moment de burlesque gestuel s’apparente au cinéma de Kitano, auquel ”Rebelles” faisait également penser mais cette fois par l’homo-érotisme des relations entre les deux voyous qui étaient proches de celles qu’entretenaient les deux héros de ”Kid return”. On peut y voir aussi un souvenir de Chaplin sur lequel Tsai Ming-Liang écrivit sa première critique de cinéma.

 

 

 

Il y a tout un pan du cinéma de Tsai Ming-Liang que le spectateur occidental appréhende mal. C’est son rapport avec les lieux que le cinéaste filme. Tsai Ming-Liang est un cinéaste strictement urbain, il n’explore pas avec amour la campagne Taiwanaise comme le font Hou Hsiao-Hsien, Wu Nien-Jen ou encore Lin Cheng-Sheng. Sa pratique de la ville de Taipei est une pratique de piéton, on peut penser que la remarquable scène du restaurant est une expérience vécue par Tsai Ming-Liang: Miao Tien, attablé seul dans un vaste restaurant, il capture le regard d’un jeune homme (Chen Cuao jung qui dans ”Rebelles” puis dans ”Vive l’amour” est l’objet de fascination du fils est dans ”La rivière” devenu un objet de séduction pour le père; Hsiao Kang croisera, frôlera même le garçon qu’il ne connait pas. Cette scène souligne que ”La rivière” n’est pas une suite stricto sensu aux ”Rebelles”) qui déambule le long de la vitrine. Miao Tien se lève pour rejoindre le garçon dans la galerie commerçante mais il a disparu, des pas résonnent mélangés à la musique qui émane du restaurant, (Tsai Ming-Liang n’utilise pas de musique de film, mais utilise la bande son, très soignée à l’instar d’un Godard); le jeune homme sort de l’encoignure où il s’était dissimulé, va nonchalamment à sa rencontre, puis le dépasse et marche vers la caméra; puis Miao se rapproche et l’on assiste à une sorte de parade de séduction entre mâles. Mais son regard n’est pas seulement sensuel, il est aussi politique sur une ville qui comme toutes les grandes métropoles asiatiques ne cesse de se bouleverser sous la pression de la spéculation immobilière qui détruit l’urbanisme traditionnel. On voit bien que le cinéaste est tombé amoureux des vieux quartiers de sa ville d’adoption avec leurs contre-allées et leurs rangées d’échoppes .

 

 

Le mal mystérieux aura ressoudé la famille. Ils le trainent de masseur en prêtre, de guérisseur en acuponcteur, ce qui permet au metteur en scène d’exercer son sadisme sur le jeune acteur (on pense à la relation d’Alfred Hitchcock avec Tippi Hedren sur le tournage des ”Oiseaux, est-ce nourri par le même désir physique inassouvi du réalisateur pour son interprète?), à la fin du film le beau Lee Kang-Shen n’est plus qu’un zombi au corps martyrisé, à la tête rasée. Le malheureux garçon ressemble alors au mannequin dont il a pris la place au début du film.

La fin du film est à la fois mystérieuse et ouverte. Nous suivons en parallèle la mère qui stoppe la fuite en pénétrant par escalade dans l’appartement vide d’au dessus (à ce sujet il est curieux de constater que c’est la seule qui semble savoir se déplacer de bas en haut, elle seule aura l’idée de monter chez le voisin absent pour fermer le robinet qui fuit.) , en fermant le robinet de l’évier, source de l’inondation et le père qui masturbe son fils dans un sauna, la coïncidence est un peu improbable d’autre part rien ne nous laissait deviner que le fils était attiré par les hommes, (le sexe masculin n’est il pas aussi un robinet? On pisse beaucoup dans les films de Tsai Ming-Liang) mais chacune des deux personnes ignorent (?) l’identité de l’autre. L'art du récit cinématographique de Tsai Ming-Liang doit  très peu à la scénarisation. Il parvient à cueillir très vite le spectateur en ne lui donnant pourtant qu’un minimum d’informations sur ce qu’il est en train de voir. La scène fonctionne en miroir avec celle où le père est assis derrière son fils sur la moto, lui tenant la tête pour le soulager. Dans le sauna aussi l’ainé est derrière le garçon mais cette fois c’est son sexe qu’il tient et qu’il soulage. Un très beau plan éloigne cette scène du naturalisme; après que le père ai fait jouir le fils dans la cabine obscure du sauna, surgit du fond cadre un long morceau de papier hygiénique blanc, un surgissement presque fantastique, presque effrayant, presque clinique, chez Tsai Ming-Liang aussitôt le rapport sexuel consommé il doit être effacé d’où les multiples scènes de récurage dans son cinéma. Mais l’inceste (Le mot n’est jamais prononcé, il faut dire que Tsai n’est en rien un cinéaste du dialogue, les personnages sont quasi muet tout le long du film) père-fils est le grand sujet autant tabou qu’inédit du film. Il est aussi difficile de parler d’un film comme ”La rivière” sans se perdre dans les méandre de l’interprétation symbolique, car le film fonctionne comme une gigantesque allégorie, en forme de trompe l’oeil, de dédale de rue et de couloirs où se croisent une poignée de gens ”aveugles”. Son effet miroitant, tout en surface, en fait la métaphore d’un monde aquatique sourd et claustrophobique dont on peut cependant dépister les réseaux qui se ramifient autour de l’eau.

 

 

En tournant son film presque exclusivement en de très longs plans-séquences, auxquels il réussit à imprimer un mouvement interne, une pulsation qui est propre à chacun d'eux.Il parvient aussi a donner une expréssivité maximale à chacun de ses plans. Sans aucun effet de montage, sans musique, réunissant rarement plus de deux personnages dans le même champ, le cinéaste crée une atmosphère irrespirable qui nous renvoie à nos angoisses les plus sourdes. Ainsi « La rivière » parvient à sublimer la solitude et la misère sexuelle par un parti pris esthétique aussi puissant que retenu.  Ce style méticuleux, calculé, irradie une intensité constante.

 

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