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humeur cinematographique

Le lycéen un film de Christophe Honoré

21 Octobre 2025, 06:32am

 

Je me demande si je n’en ai pas assez de passer tout un film, celui-là dure deux heure, à essayer de m’empêcher de pleurer. Peut-être qu’il faudrait que je me laisse aller et accepter que mes larmes coulent sur mes joues ou que je n’aille plus voir que des comédies. Et « Le lycéen », assurément n’en est pas une. C’est mélodrame qui ressemble à la vie. En réalisant le Lycéen film que l’on pourrait qualifier d’autofictionnel, Christophe Honoré a essayé de guérir la plaie en lui que lui a laissé, il y a une trentaine d’années, la mort de son père dans des conditions proches de celle de la mort du père de son héros, Lucas qui voit par se drame son adolescence fracassée. La grande idée est d’avoir transposé son drame à l’époque actuelle ce qui lui évite la reconstitution d’époque toujours couteuse et problématique et surtout fait que le spectateur rentre plus facilement en empathie avec Lucas, le double du cinéaste. Comme onguent réparateur Christophe Honoré a choisi de filmer un bel adolescent homo comme lui, l’était alors, Lucas, joué par Paul Kircher qui a un merveilleux sourire et un beau cul ce qui est bien, mais surtout beaucoup de talent ce qui est encore mieux. Christophe s’autorise toutes les l’audaces tant sur le fond que sur la forme. La première qui peut paraitre anecdotique mais qui l’est moins qu’on pourrait le penser dans le climat de frilosité actuel, est de faire fumer ses personnages comme des pompiers ce qui est déjà téméraire mais surtout de pimenter son film par une scène d’amour physique entre deux garçons de 17 ans, pour être plus précis une scène de sodomie et pas du tout filmée dans une chaste obscurité mais dans une lumière douce, aimante des corps. C’est magnifique. C’est à la fois érotique, sensuel, pudique, réaliste et tendre; un exploit cinématographique tant pour le chef opérateur et le metteur en scène que pour les deux acteurs Paul Kircher et Adrien Casse qui joue Oscar le tendre copain de classe de Luca. Les audaces formelles de Christophe Honoré ne s’arrête pas là: Pendant les trois premiers quarts du film, le spectateur est laissé dans une incertitude chronologique, flou temporel qu’indique discrètement des faux raccords signifiants. Très osé également l’utilisation à plusieurs reprises du filmage de Lucas de face, en gros plans, devant un décor neutre, avec regard caméra, qui commente, en voix off, une des scènes que l’on vient de voir. Cette voix off est sa voix intérieure A la fin du film on entendra également la voix intérieure de la mère de Lucas. Juliette Binoche est poignante dans le rôle. Ces monologues théâtraux viennent tout droit de l’expérience de Christophe Honoré au théâtre comme également la scène particulièrement malaisante mais qui hélas sonne tellement vrai, du repas de famille qui suit l’enterrement du père qui semble sorti tout droit de sa pièce, également autobiographique « Le ciel de Nantes ». Dans cette scène Christophe Honoré montre combien les idée politiques simplistes sont présent à k’esprit de beaucoup même dans des moment ou elles sont particulièrement inappropriées comme dans ce repas funéraire. 

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A l’exception du moment parisien de Lucas où, pour essayer de lui changer les idées son frère  (Vincent Lacoste) l’emmène à Paris pour une semaine, la plus grande partie du film a été tourné du coté de Chambéry, l’hiver; choix de lieux de tournage judicieux. La montagne semble écraser de sa masse les personnages accablés par le malheur.  Le dérivatif parisien ne fera qu’aggraver les choses. L’épisode dans la capitale permet à Vincent Lacoste dans un registre différent de ses rôles habituels de montrer une fois de plus l’étendue de son talent. Lucas tombera amoureux de Lilio (Erwan Kepoa-Falé parfait de justesse qui laisse passer une riche intériorité), le co-locataire trentenaire de son frère un artiste en échec qui se prostitue occasionnellement. Cette histoire d’amour impossible sauvera néanmoins Lucas du désespoir.

 

 

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La main de dieu un film de Paolo Sorentino

11 Octobre 2025, 07:05am

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A travers le roman d’apprentissage du jeune Fabietto, 16 ans, dont on devine qu’il est plus ou moins un double du jeune Paolo Sorentino qui est né à Naples en 1970, joué par l’adorable Filippo Scotti, Sorentino offre un manifeste amoureux à Naples et à sa baie comme Fellini l’avait fait à Rome avec Roma-Fellini. Sorentino revendique l’héritage du maestro, mettant en toile de fond du joli Fabietto une galerie de gueules felliniesques à souhait, avec entre autres phénomènes, l’inévitable énorme matrone gélatineuse. On se demande comment une telle famille de monstres, tant au physique qu’au mental, a pu engendrer une aussi appétissante créature que Fabietto dont on peut presque juger la très agréable plastique puisqu’on l’aperçoit fugitivement nu. Les mystères d la génétique sont insondable. On assiste également au dépucelage du garçon, dépucelage  qui semble sorti de deux films de Fellini, soit dans Casanova ou encore dans le Satyricon.

 

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La main de Dieu se déroule sur un an, du Mondial 86 gagné par l'Argentine au premier titre du Napoli l'année suivante, grâce au talent de Maradona qui redonna sa dignité à une ville souvent mal aimée des italiens. La main de Dieu est un hommage à sa ville natale mais aussi aux personnes qui ont marqué et fait entrer le jeune Sorentino dans l’âge adulte son père et sa mère, d'autres femmes de la famille, une voisine initiatrice, un contrebandier et le metteur en scène Antonio Capuano. La première partie est hilarante et délicieusement bancal , les scènes ont un peu de mal à s’emboiter les unes dans les autres, alors que la deuxième partie est plus fluide et très émouvante. Dans laquelle on voit Fabietto fasciné par le cinéma et le théâtre, sentir sourdre en lui une vocation qui ne demande qu’à s’exprimer.

 

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Les comparses de Filippo Scotti n’ont pas, pour la plupart que des tronches impossibles, ce sont aussi de formidables acteurs en particulier Toni Servillo, exceptionnel dans le rôle de son père de Fabietto dont le décès, conjoint à celui de son épouse va constituer le point de bascule du film qui passe alors du rire aux larme dans la grande tradition du cinéma italien que l’on craignait perdu. Sorentino l’a ressuscité.

 

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On peut regretter que le film ne sorte que sur Netflix en France, les images de Naples et de ses environs sont splendides et auraient mérité le grand écran.

 

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Comment ne pas être heureux devant ce film puisqu’il nous offre les deux plus belles choses du monde la baie de Naples et un beau garçon…

 

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Lilies, un film de John Greyson

2 Octobre 2025, 06:45am

Lilies, un film de John Greyson
 

 

Fiche technique :

 
Avec : Ian D Clark, Marcel Sabourin, Aubert Pallascio, Jason Cadieux, Danny Gilmore, Matthew Ferguson, Brent Carver, Rémy Girard, Robert Lalonde, Gary Farmer, Alexander Chapman, John Dunn-hill, Paul-patrice Charbonneau, Michel Marc Bouchard, Khanh Hua, Benoît Lagrandeur, Pierre Leblanc, Jean Lévesque, Antoine Jobin, Alain Gendreau, Simon Simpson, Eddy Rios, Martin Stone. 

 

Réalisateur : John Greyson. Scénario : Michel-Marc Bouchard, d'après sa propre pièce. Montage : André Corriveau. Photo : Daniel John. Musique : Mychael Danna. Directeur artistique : Marie-Carole de Beaumont.

 
Canada, 1996, Durée : 95 mn. Disponible en V0 et VOST.

 

 

 

Résumé :
 
Québec, 1952, un évêque, monseigneur Bilodeau (Marcel Sabourin) est envoyé dans une prison afin de confesser un ancien camarade de collège, Simon Doucet (Aubert Pallascio), prisonnier et malade. Il a été condamné à perpétuité, il y a quarante ans pour un meurtre. Mais le prisonnier ne se confesse pas. Avec la complicité de ses codétenus, Simon Doucet parvient à séquestrer l'évêque dans la chapelle, où il l'oblige à regarder une pièce jouée par les prisonniers dans laquelle ils reproduisent des événements vieux de quarante ans.
Elle lui raconte l'éveil et les premières expériences homosexuelles de trois adolescents en 1912. Dès qu'il entend les noms des trois garçons: Vallier de Tilly (Danny Gilmore), Jean Bilodeau et Simon Doucet (Jason Cadieux), l'évêque reconnaît sa propre histoire et comprend que sa vie est en danger. À cette époque, au collège catholique de Roberval, Simon jouait une pièce évoquant le martyre de Saint-Sébastien dans une représentation scolaire avec son ami Vallier, dont il était éperdument amoureux. Vallier est le fils d'une excentrique comtesse française (Brent Carver) exilée dans ces lointaines contrées dans l’attente d’une hypothétique restauration de la monarchie dans son pays, seule condition pour qu’ elle puisse daigner y revenir... Bilodeau, qui essayait vainement de convaincre Simon d'aller au séminaire, était le spectateur jaloux des deux acteurs amoureux. Bilodeau, lui-même amoureux de Simon, brise leur union en provoquant un incendie qui cause la mort de Vallier. Même s'il se dit innocent, c'est Simon que la justice condamne...
Lilies noue un inextricable réseau d'intrigues, d'alliances, de trahisons et de jalousies, qui mettront à jour un secret vieux de 40 ans.
 
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L’avis critique
 
Peu de films nécessitent autant de patience. On met longtemps à se laisser envoûter par ses superbes images et pour entrer dans la complexité du dispositif narratif, mais raressont ceux qui offrent une si belle  récompense aux pugnaces et aux patients. Bientôt l’émotion finira par les submerger.
Baroque et bouleversant, romantique et rigoureux, Lilies joue sur plusieurs registres, et gagne en chacun d'eux. On y trouvera aussi bien une brûlante histoire d'amour qu’une remarquable métaphore sur la création. Ce qui aurait pu n'être qu'un Roméo et Juliette gay, devient, grâce à l'intelligence du scénario de Bouchard et à la mise en scène inspirée de John Greyson une histoire, universelle et intemporelle, sur l'amour fou, le prix du secret et l'art de la dissimulation.
 
 
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Le nœud du drame, la représentation du Martyre de saint Sébastien nous ramène à l’âge d’or des collèges classiques, où l’on montait régulièrement des pièces du répertoire et où les rôles de femmes étaient tenus par des garçons. Parabole du film, le Martyre de saint Sébastien métaphorise l’amour. Le scénario, qui passe du récit de prison au drame historique, offre une structure de mise en abîme : l’évêque est spectateur de sa vie qui est transformée en une pièce de théâtre alors que le déclenchement du drame qui bouleversa son existence était justement la représentation d’une pièce ; le tout est filmé et vu in finepar nous, les spectateurs d’aujourd’hui. Cette construction en strates, l'histoire à l'intérieur d'histoires, du scénario de Michel-Marc Bouchard, dramaturge célèbre au Québec qui a adapté sa propre pièce Les feluettes , convient parfaitement à la propre démarche du réalisateur, grand amateur de dispositifs gigognes et d’aller et retour entre le passé et le présent.

Ecran Rose, le cin�-zine gay de vos nuits blanches
Petit aparté linguistique qui me parait indispensable. Le sous-titre du film, Feluette, vient d’une déformation de l’adjectif fluet, aujourd’hui en joual (langue majoritairement parlée au Québec), il a acquis une connotation péjorative pour désigner les homosexuels.
Le film évoque une situation historique peu perceptible pour un non québécois : la continuité entre le Québec du début du XXe siècle et celui des années 50, toujours étouffé par l’obscurantisme catholique, alors que le règne de Maurice Duplessis ne soulevait pas encore suffisamment de contestation pour être renversé.
 
Pour la première fois avec Lilies, John Greyson ne filmait pas un de ses scénarios. Il a réussi à adapter pour l'écran une pièce qui reposait davantage sur l'évocation que sur l'illustration, sans pour autant la trahir ou diluer sa charge romantique. Il a décloisonné le huis clos d'origine en le transposant dans un lieu géographique imaginaire dans lequel des hommes, codétenus du héros, tiennent tous les rôles. Un artifice qui se fait vite oublier pour orienter les spectateurs vers l'essentiel du récit axé sur les jeux de miroirs et les faux-semblants. Greyson a privilégié les images au symbolisme appuyé, en harmonie avec la photographie aux tons chauds.
 
Jouant sur le réalisme, le symbolisme et l'onirisme, ce film superbe, qui allie la magie du cinéma à celle du théâtre, montre à quel point la vérité se cache derrière des masques.
Si l’on veut trouver une filiation cinématographique à Lilies, c’est dans les œuvres les plus baroques de Fellini comme E la nave va, Amarcord ou Casanova qu’on la trouvera.
La réalisation très soignée a visiblement bénéficié de gros moyens. Daniel John, chef opérateur d’un autre très beau film gay, Handing garden, virtuose du clair-obscur, a du regarder longuement les œuvres du Caravage avant d’empoigner sa caméra. Il a bien fait,il en reste quelque chose dans ses magnifiques images où néanmoins parfois, il lui arrive de perdre le point ! D’autres séquences comme celle de la mort de la mère en forêt ou encore celle de la torride scène d’amour entre les deux garçons dans la baignoire sont directement inspirées de la peinture pré-raphaélite. La photographie possède une beauté visuelle qui donne une profondeur au sentiment de perte, d'espoir et de colère qui anime toute l'œuvre de Greyson.
 
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Nous sommes continuellement surpris par ces scènes où la toile peinte d’une représentation de patronage se transforme soudain en un cossu décor victorien tout droit sorti d’un film de James Ivory ou bien en une rue d’un village canadien du début du XXe siècle. L’inventivité du montage fait constamment douter le spectateur de l’époque qu’il découvre sur l’écran. Le lieu, même, est remis en question par le fait que les acteurs s’expriment en anglais alors que l’action est clairement située chez les canadiens français, licence habituelle au cinéma maisd’autant plus perturbante cette fois que certains comédiens parlent l’anglais avec un fort accent français
 
La direction d'acteurs est irréprochable. Brent Carver campe une aristocrate déchue avec beaucoup de finesse. Quant aux deux acteurs jouant les adolescents amoureux, non seulement ils sont bons, comme toute la distribution, mais ils sont aussi sublimes. Pour une fois, de manière pas trop subliminale, on peut admirer les fesses de Danny Gilmore qui nous offre leur succulent pommé, mis en valeur par la délicate cambrure des reins. L’un des plus beaux fessiers qu’il m’ait été donné de pouvoir admirer au cinéma !
Greyson convoque également la littérature. On peut voir dans le film une réminiscence de Genet dans son homo-érotisme élégiaque de la prison. Film culte dans les pays anglo-saxons Lilies n’a bizarrement jamais été distribué en France. Il a été récompensé par le prix "Génie du meilleur film", "Meilleur film 1997" au Festival du film international gay et lesbien de San Francisco, et le prix du "meilleur film canadien" au Festival des Films du Monde de Montréal.

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Cette flamboyante adaptation de la pièce Les Feluettes, de Michel-Marc Bouchard, Lilies de John Greyson prouve avec éclat que le théâtre d'auteur a sa place au cinéma.
Les éditions Home screen ont édité un dvd en Belgique avec des sous-titres français mais sans le moindre supplément.
 
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Ruben, un court-métrage de Thijs Verhoeven (2012) 

13 Septembre 2025, 06:35am

Ruben, un court-métrage de Thijs Verhoeven (2012)
Ruben, le film
 
Ruben (2012) est un court métrage hollandais sur un adolescent, Ruben (Erick Brons), qui souffre d'intimidation de la part de ses camarades en raison de sa probable homosexualité. Un jour les autres élèves vont plus loin que les simples moqueries. Ils frappent violemment Ruben. Les parents du garçon ignorent ce qui lui arrive et ne sont pas conscients de ses souffrances, lorsqu'il est seul avec les autres garçons. Triste et abattu, Ruben rencontre un garçon nommé Mike (Karim El Kadi) dans le parc, pour lequel il sent une attraction amoureuse.
 
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Love is strange, un film d'Ira Sachs

12 Septembre 2025, 06:29am

Love is strange, un film d'Ira Sachs

On découvre Ben (John Lithgow), 71 ans et George (Alfred Molina), une dizaine d'années de moins, le jour de leur mariage. Ils ont du attendre 40 ans de vie commune pour que l'état de New-York autorise deux hommes à se marier. Après la cérémonie les deux jeunes mariés réunissent famille et amis pour une petite fête dans leur chaleureux appartement de Manhattan. Mais le bonheur sans nuage est de courte durée. George, professeur de musique dans un lycée catholique chic, est licencié. Sa hiérarchie s'offusquant de son mariage alors qu'elle savait depuis plus de dix ans qu'il était dans l'établissement qu'il vivait avec un autre homme. Cette brusque perte de revenu contraint le couple à vendre leur appartement tant aimé. Ils doivent déménager car il ne peuvent plus payer le prêt pour leur nid. En attendant d'en trouver un autre plus dans leurs moyens, ce qui n'est pas facile à Manhattan, ils sont hébergés séparément chez des proches. 

Love is strange, un film d'Ira Sachs

George trouve refuge chez leur anciens voisins du dessous, deux flics gays et latinosRoberto et Ted, fans de « Game of Thrones » et qui aiment la fête et les nuits courtes; ce qui n'est pas vraiment le rythme du professeur de musique.

Ben quant à lui est contraint de vivre chez son neveu Elliot (Darren Burrows) qu'il a en parti élevé. Elliott est devenu un cinéaste très occupé. Il est marié à Kate (Marisa Tomei), une romancière à succès. Joey (Charlie Tahan), leur fils de 15 ans apprécie peu de partager sa chambre avec son grand oncle. Si Georges se trouve gêné par les habitudes de ses hôtes, la famille de Ben qui le reçoit semble être mal à l’aise de sa présence. 

Love is strange, un film d'Ira Sachs

Ce que j'aime beaucoup dans ce film, et ce qui est rare dans le cinéma, le français en particulier, c'est que les personnages ont des problèmes d'argent, de santé, relationnels, de travail et que tout cela est concomitant; qu'ils ont une poisse noire ou de la chance, que le malheur ou la veine arrive sans crier gare, qu'ils voudraient être plus jeune, plus vieux, être ailleurs tout en aimant être là, qu'ils s'aperçoivent du bonheur quand celui-ci est parti. Tout cela est montré avec beaucoup de tact et de légèreté.

Ils sont plutôt tous sympathiques les protagonistes de cette histoire. Oh ce ne sont pas des saints, sauf peut être George qui lui à coup sûr méritera bien sa place au paradis auquel il croit. Les autres, et bien ils se débattent avec les soucis ordinaires ou extraordinaires de la vie. Ils font ce qu'ils peuvent. Ils sont généreux mais aussi un peu égoïstes et surtout égocentriques. L'autre, l'amour, c'est étrange. C'est compliqué. Aucun amour n'est simple, celui entre des parents et leur fils, entre deux garçons qui découvrent leur sexualité, entre un mari et sa femme, entre deux hommes... Maiscomment vivre sans amour?

Love is strange, un film d'Ira Sachs

Le film laisse beaucoup de place à l'imagination des spectateurs. On saura somme toute assez peu de choses de bien de ces personnages dont on a partagé la vie durant un peu plus d'une heure trente. Ben est à la retraite mais que faisait-il? On se doute que la vente de sa peinture n'était pas suffisante pour faire bouillir la marmite. Il était peut être prof de dessin? Alors il aurait connu Bob dans l'école où tous deux travaillaient?.. On n'aura pas de détails sur le film qu'est en train de tourner Elliot? Pas plus sur ce que raconte le roman que Kate est en train d'écrire? On ne saura pas vraiment ce qu'il y a entre Joey et son ami Vlad (Eric Tabach). Les deux adolescents sont très mignons tous les deux, chacun dans des genres différents; On n'aura pas l'explication pourquoi Joey et Vlad ont volé des livres français... Ces ellipses ne font que renforcer l'empathie que le spectateur éprouve pour les protagonistes car longtemps après le mot fin, il s'interrogera encore sur ben, George, Vlad ou Joey...

Love is strange, un film d'Ira Sachs
Love is strange, un film d'Ira Sachs
Love is strange, un film d'Ira Sachs

De même que l'on n'apercevra que fugitivement les tableaux qu'a peint Ben, qui ne semble pas mal du tout d'ailleurs; quand à Manhattan cher à Ben et à George on le verra assez peu également, la plupart des scènes étant des scènes d'intérieur. On ne sait pas où sont situés les deux appartements où on trouvé respectivement refuge Ben et George sinon qu'ils sont éloignés l'un de l'autre. Je dirais que l'ancien appartement du couple est situé à Soho alors que le logis d'Elliot pourrait se situer vers le Cloister.

Une des grandes forces du film est de faire passer avec légèreté dans cette histoire très intimes des sujets graves et universels comme la transmission des valeurs, ce qui définit une famille quand on n’a pas d’enfants mais des partenaires et des amis que l’on côtoie depuis plusieurs décennies, la tolérance... A ce propos, il est amusant de voir que même chez un couple d'intellectuels libéraux new-yorkais, le fait que leur fils puisse être gay ne les transporte pas de joie...

Love is strange, un film d'Ira Sachs

La photographie est très belles dommage toutefois que le montage fasse durer les plans un peu trop longtemps.

Le cinéaste, Ira Sachs n'est pas un inconnu pour qui s'intéresse au cinéma gay. Il est est né à Memphis dans le Tennessee en 1965, il étudie la littérature à Yale (ce qui l'a sans doute aidé pour co-écrire, avec Mauricio Zacharias, le scénario de ce film), passe trois mois à Paris puis s’installe à New York où il devient lecteur de scripts pour Martin Scorsese. lors de la sortie française de « Forty Shades » of Blue, le long métrage qui lui avait valu quelques mois auparavant le grand prix du jury à Sundance il déclarait: «Je suis né gay dans une ville de l’Amérique profonde. La question qui me hante, c’est : quel chemin doit-on prendre pour se découvrir soi-même ?» En 2012, dans « Keep the Lights » On, le cinéaste décrivait sur dix ans la relation entre un documentariste danois et un avocat drogué. Il s’agissait alors de donner sa version comme en contrechamp au récit autobiographique de son ex-compagnon, un agent littéraire new-yorkais toxico, Bill Clegg, dans le livre « Portrait d’un fumeur de crack en jeune homme »...

Love is strange, un film d'Ira Sachs

Dans Love is strange les comédiens sont tous épatants. Cette qualité du casting et des dialogues rendent leur quotidien incroyablement plus vivant que dans bien des films romantiques, comédies ou non. Le couple que forme Ben et George crève l'écran dès la scène d'ouverture. Longtemps après que la lumière se soit rallumée dans la salle, on pensera à eux, à leur belle histoire. Un des film gay les plus émouvant et optimiste en fin de compte depuis... très longtemps. 

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The nature of Nicholas un film de Jeff Erbach

10 Septembre 2025, 06:38am

The nature of Nicholas un film de Jeff Erbach

 

Canada, 2002, 100 mn

 
Réalisateur: Jeff Erbach, directeur de la photo: Brian Rougeau, montage: George Godwin, 
 
avec: Jeff Sutton, David Turnbull, Ardith Boxall, Tom McCamus, Robert Huculak, Katherine Lee Raymond Vicki, Samantha Colline 
 
La nature de Nicolas est un film gay sur le thème de l'homosexualité dans l'enfance, avec un récit comme une fable avec des touches surréalisme. Il est Situé à un fin des années 50, début des années 60, dans un milieu-de vaguement rurale.
 
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Le film raconte l'histoire de Nicholas (Jeff Sutton), un garçon de 12 ans qui commence à découvrir qu'il aime son meilleur ami, appelé Bobby (David Turnbull).

 

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Nicolas est un garçon très imaginatif qui vit avec sa mère (Ardith Boxall). Elle est veuve. Le père est décédé, il y a quelques temps dans un accident.,Elle vit avec son petit ami (Robert Huculak). Parfois, l'enfant voit des apparitions de son père.

 

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Nicholas est obsédé par Bobby. Il veut le voir en tout le temps. Il veut toujours être avec lui et lui donner des démonstrations de son affection.
 
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Mais le sportif Bobby n'éprouve pas les mêmes sentiments envers Nicholas, que ce dernier ressent pour lui, bien qu'il l'aime. Pour aggraver les choses, la figure du père qui apparaît à l'enfant lui suggère qu'il devrait aller avec les filles. Il a l'impression que son père veut l'éloigner de Bobby. Nicolas ne comprend pas encore ses pulsions, pas plus qu'il ne comprend les apparitions du fantômes de son père (Tom McCamus) dont personne d'autre à part lui ne voit. Un jour Nicholas embrasse impulsivement un Bobby déconfit. Ce dernier apparaît soudainement affaibli. Puis se transforme en un être à la peau verte, une sorte de zombie de série Z. Mais cette créature pathétique n'est pas le vrai Bobby le Bobby "normale" préférerait laisser mourir... Nicholas maintient caché la créature dans un hangar... Je dois dire que le basculement du film et sa lourde métaphore, néanmoins originale, m'a laissé un peu dubitatif.

 
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Les scènes d'intérieur de The nature of Nicholas pâtissent d'une image malheureusement souvent sous exposée. En revanche les paysages agricoles des alentours de Winnipeg sont remarquablement utilisés par le directeur de la photo, Brian Rougeau. La bande sonore presque entièrement vide de musique mais composée de sons "abstrait" due à Ken Gregory ajoute encore à l'atmosphère étrange du film entre rêverie et cauchemar. Les dialogue entre les deux garçons sont curieusement ceux que pourraient avoir deux adultes. Les deux jeunes acteurs sont très convaincant. Ils travaillent encore aujourd'hui comme comédiens dans le monde de la télévision et du cinéma. Le film peut en rappeler d'autres comme  Wild Tigers I Have Known ou vous n'êtes pas seul, mais surtout par son cadre et une certaine morbidité à "L'enfant miroir" de  Philip Ridley et aussi aux films d'un autre canadien David Cronenberg.

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Il est le seul film du réalisateur canadien Jeff Erbach. Néanmoins celui-ci possède une longue expérience de l’écriture et de la réalisation, notamment de courts métrages tels Monday With the Martins, Under Chad Valley, Soft Like Me, Gavin Frogboy et Mr. Twenty Five Cents, qui ont connu du succès dans les festivals partout dans le monde. Erbach est également bien connu comme réalisateur de vidéoclips. De plus, il fut membre de jurys pour l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision et pour le Manitoba Arts Council, et il donne fréquemment des conférences et des ateliers dans divers festivals et événements.

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Gouttes d'eau sur pierres brûlantes un film de François Ozon

8 Septembre 2025, 06:29am

Gouttes d'eau sur pierres brûlantes un film de François Ozon

Gotas de agua, film

France, 90 mn, 2000

 

Réalisation: François Ozon, scénario: François Ozon d'après Fassbinder, image: Jeanne Lapoirie, montage: Laurence Bawedin et Claudine Bouché

 

avec: Bernard Giraudeau, Anna Thomson, Malik Zidi, Ludivine Sagnier

 

Résumé

En Allemagne, dans les années 70, (bien que ni le lieu ni la date soient précisés, mais le moindre détail exhibe sa germanité et sa mocheté seventies...), Léopold un représentant de commerce de cinquante ans, genre tata vicieuse -old school-, ramène chez lui, on ne quittera jamais cet appartement, l’angélique Frantz, dix neuf ans. On assiste à l’étonnant ballet qu’exécute Léopold pour séduire Frantz qui lui expose ouvertement son fantasme. Un rêve récurrent le hante toutes les nuits: un homme, vêtu d’un manteau, pénètre dans sa chambre, s’approche du lit où il est endormi, prend possession de son corps comme s’il était une fille. Après une telle invite Léopold expédie Frantz dans la chambre en lui demandant de s’allonger nu sur le lit (très beau plan fugitif) et de l’attendre... Ils baisent. Nous les retrouvons quelques mois après en couple. Frantz attend son seigneur et maitre, en parfaite -femme aimante au foyer-, il se fait belle pour le recevoir (aaaah la petite culotte de peau). Très vite on comprend qu’ils reproduisent un quotidien conjugal fait d’agacements, de ressentiments et de mesquineries. Le bel enthousiasme innocent de Frantz se délite vite face à l’étroitesse d’esprit et au cynisme manipulateur de Léopold.

Bientôt Anna, l’ex petite amie du garçon, une gourde à la belle et opulente poitrine, (Ludivine Sagnier que je n'avais vue précédemment et admirée que dans Rembrandt ) revient pour récupérer son amoureux en l’absence de Léopold. Anna et Frantz s’apprêtent à fuir ensemble, après avoir fait l’amour lorsque Léopold rentre à l’improviste. Anna tombe également sous le charme de Léopold. Arrive bientôt Véra (Anna Thomson, le personnage a été ajouté par Ozon, il n’existait pas dans la pièce de Fassbinder.). Elle est l' ancien/ne fiancé/e (il/elle a changé de sexe depuis leur séparation!) de Léopold. Ce dernier a fini par la mettre sur le trottoir! Le film se poursuit par un ballet kitchisime et une partie carrée et se termine sur une fenêtre qui ne veut pas s’ouvrir; il est impossible de sortir de ce lieu clos comme de soi même...

 

L'avis critique

 

Ozon a adapté la pièce éponyme (Toppen aut heisse steine) que Fassbinder a écrite alors qu’il n’avait que 19 ans, soit en1964, trois ans avant qu’il ne rejoigne le collectif d’avant-garde de l’Action-Theater à Munich. La jugeant inaboutie, il ne la monta jamais. Elle ne fut mise en scène qu’à titre posthume par Klaus Weise au Theaterfestival de Munich en 1985 et enfin traduite en français et présentée à Aubervillier en 1995. On retrouvera les thèmes habituels de Fassbinder, déjà présents dans cette pièce de jeunesse, que sont de la dénonciation de la violence des rapports sociaux la domination dans le couple dans Les larmes amères de Petra von Kant(1972), Martha(1973), et bien sur dans Le droit du plus fort (1975). Le réalisateur se montre très fidèle au texte et à son esprit. La puissance du matériau d’origine, fable cruelle sur l’usure conjugale et la soumission d’autrui par le sexe et la séduction demeure quasiment intacte, finement servie par la mise en scène.

On ne s'étonnera pas qu'Ozon rencontre Fassbinder tant dans la cinématographie de l'allemand les thèmes de la domination et de la manipulation sont récurrents. Dans « Le droit du plus fort », seul film résolument gay de Fassbinder, ils en sont même le centre. Dés ses premiers courts-métrages, François Ozon tente de cerner au plus près les rapports de domination qui régissent les relations humaines, explorant les différentes formes qu’ils peuvent revêtir. Des stratagèmes meurtriers de Regarde la meret des Amants criminelsaux manoeuvres de séduction d’Une robe d’été, du drame oedipien de La petite mortà la bouffonnerie de Sitcom, ses personnages et la mise en scène elle même, dans la manière qu’elle a d’inclure le spectateur dans son dispositif en affirmant ouvertement sa volonté de choquer, transgresser, terrifier ou séduire, ne cessent d’expérimenter les différentes manières de manipuler et de s’approprier l’autre...

Ozon paradoxalement n’a jamais autant parlé de lui qu’en adaptant cette pièce dans laquelle il a introduit une bonne dose d’humour camp foldingue. Le glissement de la pièce des années 60 aux années 70 la rend plus efficace. En outre l’alacrité propre au réalisateur et la -débrechtianisation- du texte la rendent pétillante. On peut considérer le rêve récurrent de Léopold comme un raccourci du film: la perte de soi par la pénétration physique et morale. Elle sera mise en scène à maintes reprises de façon ritualisée et comique, chaque scène de sexe est annoncée par une musiquette enjouée de boîte à musique. La drôlerie de la bande son aère la pièce et parfois sert d’introduction, de passage, d’une scène à une autre, comme l’hilarant ballet qui amène la partouze. La chansons française des années yéyés est une fois de plus mis à (Françoise Hardy qui chante, en allemand, Traume, une chanson triste qui parle de rêves, a remplacé Sheila qui cloturait Une robe d’été), comme le poême, La Lorelei, qu’annone Malik sont en langue allemande. Ozon ne cherche jamais à faire oublier l’origine théatrale du film, bien au contraire. Le film est divisé en quatre actes bien distincts: Premier acte: la séduction de Frantz par Léopold, le plus savoureux; deuxième acte: le masque de Léopold tombe, il se révèle un beauf acariâtre qui n’a qu’une idée, tenir sous un joug cruel l’objet de son désir (Giraudeau interprète un personnage très semblable dans Une affaire de goût de Bernard Rapp); troisième et quatrième acte: le ton change, il passe d’un presque naturaliste à un burlesque-tragique avec l’entrée des deux personnages féminins. Le film connait une légère baisse de tension lors de la retrouvaille des deux jeunes gens.

Le décor, jamais ouvert sur l’extérieur est véritablement le cinquième personnage du film. Il est du à Arnaud de Moléron. C' est quelque chose qui serait le monde de l’inspecteur Derrick, style au chic munichois, revu par Pierre et Gilles plus une touche de Modeste et pompon. En choisissant délibérément de situer le récit dans les années 70, Ozon parvient à poser, de façon inédite, dans ses partis pris de décors, de costumes, de direction d’acteurs, des questions sur le statut des images, sur le réalisme et sur la reconstitution, sur le passage de l’authentique au kitch. Il continuera sa réflexion sur le sujet dans 8 femmes.

La réalisation doit aussi beaucoup à la photo, souvent d’un bel orangé d’époque. On peut aussi déceler quelques réminiscences de la peinture d' Hopper. Le cadrage est impeccable, oeuvre de Jeanne Lapoirie, très supérieure à celui de bien des opus fassbinderiens.

Frantz est certainement le double rêvé du cinéaste allemand. La pièce, pour la première partie est très probablement autobiographique. On peut aussi penser que Léopold représente la manière dont ne s’espérait pas à 50 ans (ou plutôt à 35 ans car Ozon a vieilli le personnage de Léopold de 15 ans par rapport à la pièce.) le jeune Fassbinder de 19 ans qui écrivait ce texte. Comme le rat dans Sitcomou l’ogre dans Les amants criminels , Léopold est un révélateur sexuelle. Il fait irrésistiblement penser au loup stupide et lubrique de Tex Avery, avec une pointe de Paul Meurisse, en beaucoup plus frelaté. Léopold est indifférent à l’amour que les autres ont pour lui, il ne fait que les rendre dépendant de la jouissance sexuelle. Giraudeau avec ses rictus de hyène est tantôt autoritaire, tantôt dépressif, il fait un numéro énorme, il hurle de désespoir, il couine, il aboie, il jappe de plaisir... Lépopold est intéressant parce qu’il n’est pas que ce tortionnaire domestique quasi maquereau c’est aussi un être souffrant, angoissé par la mort et désireux de rester en perverse enfance, qui répète: <<Je prend tellement peu de plaisir aux choses.>>. La performance de Bernard Giraudeau est exceptionnelle. Il a déjà interprété des rôles d’homo, au cinéma dans Le fils préféré de Nicole Garcia et dans...Le grand pardond’Arcady, mais il a refusé celui qu’interprètera Michel Blanc dans Tenue de soiréede Bertrand Blier et aussi au théâtre dansPauvre France de Jean Cau, monté par Fabbri. Bernard Giraudeau est un acteur qui a des opinions sur les films dans lesquels il tourne: << <<L’homosexualité, qui est l’un des derniers tabous du monde, pour moi n’en est pas un... A la limite le film s’arrête un peu dès que Léopold va mettre les autres sur le trottoir. Là, on aurait pu aller plus loin. De plus seuls certains aspects sont traité. Le coté sado-maso, permanent chez Fassbinder, est évidemment abordé, mais pas poussé au-delà.. Certes, cela n’est pas utile dans ce film. Ce sont des personnages pervers qui démontrent ostensiblement la perversité de chacun de nous. Le plus souvent, soit elle est cachée, soit elle est frustrée; mais elle est omniprésente, sous-jacente, cette volonté de nuire... et puis la bêtise, surtout. On devient tous bêtes à un moment donné... Comme dans Le droit du plus fort , le dominateur joue facilement son rôle dès qu’il entre dans le quotidien. Au début de la relation, chacun est actif. Même quand on veut être séduit, c’est actif. Après, évidemment, dans le cadre du quotidien, si au sein du couple, l’un est plus faible, ça peut être l’horreur...>>.

François Ozon a toujours aussi bon goût en ce qui concerne... les garçons. Goute d'eau sur pierre brulante demeure avant tout pour moi la révélation de Malik Zidi que l'on avait seulement aperçu avant ce film dans dans Place Vendômeet dans Les corps ouverts.On est pas prêt d’oublier ni l’apparition du très mimi Malik Zidi, le bas à peine vêtu d’une petite culotte de peau tyrolienne, salopette à jambes très courtes, typiquement bavaroise, le haut moulé dans un pull shetland criard ou une chemisette étriquée, ni ses longues déambulation en slip ultra moulant et très, très prometteur. Avec ces plans Ozon dame le pion au virtuose du filmage du sous-vêtement masculin qu’est Tsai Ming-Liang. Malgré le soin que prend le cinéaste a se dissimuler derrière ses provocations, on a au moins une certitude sur l’artiste, après les amants criminels dans lequel il avait rouquiniser Jérémie Rénier, c’est qu’il aime les rouquins, et c’est très bien! Pour un si jeune acteur, à l'époque du tournage Malik Zidi analysait son personnage avec beaucoup de pertinence:<<Frantz, mon personnage est un jeune paumé et coincé. Il a 19 ans. Il a des parents divorcés, donc quelques circonstances atténuantes. Si Léopold tombe sur lui, ce n’est pas hasard. Léopold a dû très bien sentir sa proie au coin de la rue. C’est intéressant qu’on ne sache pas les circonstances. Moi, je l’imagine simplement dans la rue, parce que Léopold a un coté assez rentre dedans. A mon avis, il a dû voir sa proie d’assez loin. Il a dû s’en approcher en lui approchant une cigarette ou d’aller boire un verre. Et puis il y a également les rapport père-fils. C’est ce que je pensais pour le rôle de Franz, car il y a une différence d’âge assez énorme: l’un a 19 ans, l’autre 50. Inconscemment, Franz a dû penser à son père, dont il doit avoir une bonne image. Mais désarçonné à cause du divorce, il récupère l’image du père chez n’importe qui, chez Léopold par exemple. Franz est traversé par plein de traumatismes. Ce qui m’a plu dans ce personnage, c’est son oubli volontaire ou inconscient de souffrir. Au départ, c’est un type qui souffre sans tomber dans le pathos ni être un petit martyr. Il est complètement bouleversé par ce qu’il a dans la tête. Ce qui m’a touché, c’est son coté enfentin. Il dépasse sa souffrance avec son coeur. Il a des idéaux autant en amour physique que sur le plan moral. C’est un plaisir de jouer un personnage qui subit tant d’humiliation. Un comédien est masochiste. On s’exhibe sans jamais vraiment savoir ce que cela va donner. C’était un plaisir de jouer sur cette corde tendue... Et puis les costumes... et tout cet univers. Egalement la jubilation de François Ozon derrière la caméra... Il donne beaucoup de liberté au comédien, mais en même temps, il sait ce qu’il veut.>>

A la sortie du film en salle, François Ozon expliquait notamment les difficultés qu'il avait eu pour trouver l'acteur qui devait jouer Léopold: <<Je parle d’homosexualité comme d’autres cinéastes hétéros, parlent d’hétérosexualité. Je parle de relations humaines, amoureu ses, et dans le cadre d’homosexualité car c’est une expérience que j’ai envie de faire partager aux spectateurs. Je n’ai pas de discours sur l’homosexualité même si pour moi, elle est forcément liée à la transgression dans une société judéo-chrétienne. Malgré cela, les homosexuels ont des droits égaux à ceux des hétéros. Ce qui m’intéresse, c’est le cinéma et la sexualité est un formidable enjeu de mise en scène. Filmer la sexualité, c’est le cinéma. Filmer le désir, on est dans une salle noire, face à un écran et on regarde les fantasmes d’un cinéaste à travers les corps des acteurs...

J’avais envie de faire un film sur un couple, et j’avais commencé à écrire un texte autobiographique, mais le manque de distance m’empêchait de bien en parler. Je me suis alors souvenu de cette pièce que j’avais vue cinq ans plus tôt à Aubervilliers, et je l’ai relue en allemand. Fassbinder avait exprimé exactement ce que je voulais dire. J’ai aussi aimé retrouver l’univers de la période des films de Fassbinder que je préfère, celle des années 70 avec Le droit du plus fort,Maman Kusters s’en va au cielou Le marchand de quatre saison. J’ai forcément pensé à une transposition actuelle, mais l’aspect désuet des rapports entre les personnages ne s’y prêtait guère. Et puis traiter de l’homosexualité aujourd’hui m’aurait obligé à évoquer les préservatifs, le Pacs, le sida, ce qui aurait dénaturé le projet. J’aime dans la pièce que l’homosexualité ne soit pas posée comme un problème... Ce que j’ai trouvé extraordinaire, c’est que Fassbinder, à 19 ans, à la fin des années 50 est capable de raconter une histoire d’un couple homosexuel sans jamais le poser en tant que problème. C’est un couple c’est tout! N’importe qui peut s’identifier. C’est un film qui montre que la vie à deux est difficile. Ca se construit toujours sur un rapport un peu SM où l’un cède à l’autre. Moi j’adore la vie de couple: cela demande beaucoup d’efforts mais ça peut donner beaucoup de plaisir. Le film c’est ma vision du couple quand j’avais 18-19 ans (l’age de Fassbinder quand il a écrit la pièce) : une vision idéalisée du couple confrontée tout d’un coup au réel. Quand on est jeune, on n’est pas prêt à vivre ces accommodements du quotidien. Plus âgé ça peut être source de plaisir.

C’était aussi intéressant de le garder dans les années 70 parce que c’était après 68, la période de tous les idéaux, et avant le sida qui a transformé énormément les relations entre hommes.

J’avais envie d’assumer l’essence théâtrale du texte. J’ai horreur des films qui s’inspirent d’une pièce de théâtre et qui aèrent, avec un plan en extérieur qui ne sert à rien. C’est la leçon d’Hitchcock avecLe crime était presque parfait, qui est un huis-clos total. Il a vu que la pièce fonctionnait sur scène, pourquoi il va s’emmerder à faire des plans d’extérieur, ça ne sert à rien. Et puis, j’aime bien la théatrâlité au cinéma, les films de Resnais Mélo, Smoking, No smoking. Ca me semblait intéressant de garder ce côté huis-clos, des personnages enfermés dans un appartement, ça allait bien avec l’histoire du film. Le couple est un enfermement...

Les dialogues sont très littéraires. Et puis j’aime l’artifice... J’ai l’impression que mes films tranchent avec le reste du cinéma français, qui est très poli, bien tenu, sans un mot plus haut que l’autre. J’essaie d’emprunter des chemins de traverse. Il faut assumer la folie de son sujet, passer les limites, se lâcher et donc accepter de dépasser les convention du bon goût, du politiquement correct. Je trouve intéressant d’emmener le spectateur là où il n’a pas forcément envie d’aller, de le pousser dans ses retranchement, de le déstabiliser dans ses habitudes de pensée. Contrairement aux films où l’on sait à l’avance ce que l’on va voir, Gouttes d’eaun’est pas un objet identifiable dès le départ.

Pour le rôle de Léopold, j’ai pensé à plusieurs acteurs de la trempe de Giraudeau et de cette génération. J’ai eu beaucoup de refus d’acteurs qui avaient envie mais qui avaient très peur. Ils se disaient: <<Oh la la, il faut embrasser un garçon!>>, ce qui m’a bien fait rire, car c’était en pleine période du Pacs, et tous ces soi-disant comédiens progressistes qui sont à la page et prêt à défendre plein de causes sociales, on se rend compte que quand on leur demande d’interpréter un rôle d’homosexuel, ça leur fait peur pour leur image, pour leur carrière. Bernard a mis du temps à répondre, mais il a dit oui. Ce qui a été génial avec lui, c’est que jamais, ça n’a été un problème, c’était un rôle comme un autre. Ce qu’il aimait, c’est le coté beauf homosexuel ringard, il a pris beaucoup de plaisir à jouer ça. On sent une jubilation de l’acteur. Je pense que les acteurs américains se seraient battus pour avoir le rôle en se disant que c’est un rôle à Oscar! C’est la différence entre la mentalité américaine et la mentalité française.>>.

Le film a reçu au Festival de Berlin 2000 le Teddy du meilleur film gay.

Dans une interview Bernard Giraudeau a il me semble trouvé le mot de la fin: << Le film d’Ozon, on en pense ce qu’on veut,mais, au moins ça ne manque pas de couilles!>>.

 

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HEI YAN QUAN (I DON'T WANT TO SLEEP ALONE) un film de Tsai Ming-Liang

7 Septembre 2025, 07:14am

HEI YAN QUAN (I DON'T WANT TO SLEEP ALONE) un film de Tsai Ming-Liang (réédition complétée)
     

 

Fiche technique :

 
Avec Lee Kang-Sheng, Chien Shiang-Chyi, Norman Atun et Pearly Chua.

 

Réalisation : Tsai Ming-Liang. Scénario : Tsai Ming-Liang. Images : Liao Pen-Jung. Lumières : Lee Long-Yu. Son : Tu Duu-Chih & Tang Shiang-Chu. Directeur artistique : Yip Kam-Tim. Montage : Chen Sheng-Chang. Décors : Lee Tian-Jue & Gan Siog-King.


Taiwan, 2006, Durée : 118 mn. Actuellement en salles en VO et VOST.

 

Résumé :
Malaisie, de nos jours, un chinois sans abri, Hsiao Kang (Lee Kang-Sheng) est tabassé et laissé pour mort par une bande de truands locaux. Des travailleurs bangladais le trouvent et le transportent, dans l’immeuble, laissé inachevé par la crise, où ils habitent. Ils ont également récupéré un matelas sur lequel ils déposent le blessé qui va être pris en charge par l'un d'eux, Rawang (Norman Atun) qui prend soin de lui en un mélange de dévotion et de désir. Il le panse, le lave, le fait manger et petit à petit le remet sur pied. On verra que le matelas sera le trait d’union entre les personnes qui gravitent autour de Hsiao Kang. Dans l’immeuble, on voit vivre Chyi (Chien Shiang-Chyi), jeune chinoise employée par la patronne d’un coffee shop (Pearlly Chua) pour prendre soin de son fils (Lee Kang-Sheng) qui est plongé dans un état catatonique. Sa situation se rapproche de celle de Hsiao Kang. Les deux hommes partagent également une ressemblance physique. Après avoir récupéré ses forces, Hsiao Kang rencontre Chyi par hasard, et à mesure qu’ils deviennent plus intimes, la jalousie de Rawang s’éveille. Rétabli, Hsiao Kang est l’objet des désirs de Rawang mais aussi de Chyi et de sa patronne...

 

L’avis critique

 
Comme à son habitude et comme dans tous ses opus, Tsai Ming-Liang, avec son huitième film de cinéma, nous donne des nouvelles de Lee Kang-Sheng qu'il considère comme son « matériau de départ à partir duquel il peut commencer à créer ». Grand admirateur de François Truffaut, Tsai Ming-Liang tient à suivre son exemple : « ...Si François Truffaut était encore en vie, il tournerait sans doute encore avec son acteur fétiche Jean-Pierre Léaud ! » a-t-il déclaré. Lee Kang-Sheng joue ici un double rôle : celui de Hsiao Kang et celui du fils dans le coma d’une patronne de bar. Je ne résiste pas à citer le malicieux et fort juste portrait qu’en fit, dans Le Monde du 6 juin 2007, Jacques Mandelbaum : « Acteur fétiche, Lee Kang-Sheng, jeune dandy énigmatique, médium impavide et solitaire, déambulant généralement en slip, et attirant à lui, comme le paratonnerre la foudre, toutes sortes de passions muettes, à prédominance sexuelle... » Le réalisateur s’explique sur la passivité (comme toujours) du personnage qu’il fait jouer à son égérie : « Je trouve que Hsiao Kang ressemble beaucoup à ce grand papillon qui vient se poser sur son épaule. Il représente une certaine idée qu’on a de la liberté, une idée qui n’a pas vraiment d’existence dans le monde réel. Sa passivité n’est qu’une apparence, puisqu’à son contact, chacun des autres personnages se trouve. En prenant soin de Hsiao Kang, Norman va se trouver une identité et un rôle dans la vie. Quant à Chyi c’est sa rencontre avec Hsiao et le désir qu’elle a pour lui qui lui fait prendre conscience de l’asservissement dans lequel elle vit. On a tous envie d’avoir quelqu’un à côté de soi quand on se couche... »
Habituellement le cinéaste transpose ses personnages d’un film à l’autre, mais ici les personnages joués par ses acteurs préférés Lee Kang-Sheng et Chen Shiang-Chyi, de tous les films de Tsai Ming-Liang depuis La Rivière, ne sont pas ceux que l’on a déjà vus. Cette fois, ils sont tout en bas de l’échelle sociale.
Pour sa nouvelle réalisation le cinéaste, alors qu’il vit à Taiwan, est revenu dans son pays natal, : la Malaisie. Il faut préciser qu’il est de parents chinois émigrés dans ce pays, comme l’est son héros. Il explique pourquoi : « Je suis né en Malaisie et y ai vécu pendant 20 ans avant de partir à Taiwan et d’y tourner mes films. Mais en 1998, lors de la sortie deThe Hole à Taiwan, la critique a été particulièrement virulente avec moi, très blessante. On m’a accusé de me servir d’une partie des fonds publics pour présenter Taiwan sous un mauvais jour, avec une dimension trop sombre de la société. À ce moment-là, je me suis senti comme un réel étranger et j’ai eu envie de repartir en Malaisie pour continuer mon travail. Mais je n’ai pas réussi à réunir les fonds suffisants pour tourner là-bas et j’ai abandonné mon projet, du moins jusqu’en 2005 où, dans le cadre du 250e anniversaire de Mozart, on m’a proposé de réaliser un film. C’est comme ça que I Don’t Want to Sleep Alone est né. »
On y retrouve pourtant la plupart des invariants de son cinéma : plans fixes hypnotiques où parfois rien ne se passe, mutisme des personnages (d’autant plus que le héros du film ne semble pas comprendre la langue du pays où il se trouve), recoins glauques (tout de même moins que dans Goodbye Dragon Inn), attentes, longueur des plans, exposition des corps, présence de la maladie... Il y a toujours de l’eau, ici une mare stagnante au centre de l’immeuble inachevé. On pisse toujours beaucoup chez Tsai Ming-Liang. Cet acte, ô combien utilitaire, nous vaut une des scènes les plus sensuelles, lorsque Rawan baisse le pantalon de Hsiao Kang pour l’aider à uriner, lui tient les hanches ; derrière le torse nu de Rawan, la caméra s’attarde sur les fesses crispées de Lee Kang-Sheng qui brillent dans un rai de lumière. Mais ce dépaysement apporte aussi son lot de nouveautés, dans son cinéma pour la première fois les êtres humains ne sont pas scrutés par un cinéaste entomologiste. L’empathie de Tsai Ming-Liang ici avec ses personnages tient que comme eux il a vécu et travaillé à l’étranger pendant plusieurs années. On sent que la tendresse qui s’exprime entre les personnages a contaminé le réalisateur. On retiendra la belle scène, traitée en plans longs à hauteur d’homme, où Rawang soigne Hsiao Kang avec tendresse, dévotion et amour. Cette relation n’est pas sans rappeler celle qu’entretenait l’infirmier dans Parle avec elle d’Almodovar avec sa patiente. Scène qui contraste avec les plans courts, pris par une caméra surplombant le corps, des soins déshumanisés à l’hôpital. Quelques séquences sont inoubliables comme celle où Tsai Ming-Liang montre une femme qui masse, savonne, talque et masturbe son fils inerte et paralysé. À mettre en parallèle avec celle de La Rivière où un père caresse son fils, joué par le même Lee Kang-Sheng, dans un sauna de rencontres homosexuelles. À l’omniprésence des fluides s’ajoute cette fois celle de la fumée provenant des continuels incendies de forêts (volontaires en Indonésie) qui enserrent Kuala Lumpur. Cette situation donne une scène fort drôle où l’on comprend alors qu’il ne sera pas facile de faire l’amour dans un monde pollué...

 


Une des très bonnes idées est d’avoir pris comme décor principal un immeuble inachevé qui, outre son intérêt graphique, nous parle de l’histoire récente de l’Asie. En 1997, une grave crise économique a frappé le continent. La conséquence fut l’interruption de la construction, qui était commencée, de grands immeubles de bureaux. Depuis, ils ont été laissés en l’état et offrent ce curieux spectacle de ruines modernes que le réalisateur exploite à merveille. Avant cette crise, le gouvernement malais a fait venir des milliers de travailleurs étrangers pour ces projets immobiliers, comme les tours jumelles Petronas qui furent un temps les plus hautes du monde. Du jour au lendemain, les travaux ont été stoppés et les travailleurs immigrés se sont retrouvés sans emploi et en situation illégale : c’est apparemment le cas des héros du film.
Si les acteurs, comme à l’accoutumée chez Tsai Ming-Liang, ont bien peu de dialogues à dire, le film n’est pas pour autant silencieux, étant envahi par la musique. On passe de La Flûte enchantée de Mozart à la musique populaire chinoise. De nombreux morceaux de musique retranscrivent les réactions des personnages. Il faut dire que le film est produit par le festival de Vienne 2006 en hommage à Mozart. Le film conserve de La Flûte enchantée l’argument initial : Tamino, mordu par un serpent, est recueilli par des fées qui chantent sa beauté durant son sommeil. Les sons triviaux sont également très présents, héritage direct de Godard.

Hei Yan Quan, le titre original chinois, est beaucoup plus politique que le titre international (I Don’t Want to Sleep Alone, « Je ne veux pas dormir seul »). Il signifie soit « les yeux cernés de noir », soit « les yeux au beurre noir ». C’est cette dernière proposition qu’il faut retenir. Le titre fait allusion à l’état dans lequel Rawang récupère Hsiao Kang, mais surtout à un scandale politique malais. En 1999, le vice Premier ministre et ministre des finances Anwar Ibrahim, qui faisait de l’ombre à l’inamovible Premier ministre Mahathir Mohamad, a été victime d’une cabale montée par ce dernier et s’est ainsi vu accuser de corruption et d’actes de sodomie, pratique fermement prohibée par l’Islam. Il a été finalement condamné à 6 ans de prison. Pendant son procès, Anwar Ibrahim est apparu les yeux pochés, résultat des brutalités policières. Une des pièces à conviction était un matelas souillé, que l’on retrouve dans le film The Hole flottant dans une cuve noire remplie d’eau.
Le réalisateur voulait donner le rôle de Rawang à un acteur indien ou bangladais, mais n’en ayant pas trouvé il a dû se rabattre sur un acteur malais. Néanmoins, l’homosexualité étant interdite dans ce pays musulman, il n’a pas pu tourner les scènes de sexe qu’il avait écrites entre Rawang et Hsiao Kang.

 

L’homosexualité, sous des formes multiples, irrigue – parfois discrètement – la plupart des films de Tsai Ming-Liang. Elle n’est jamais le point nodal de ses films, comme l’explicitait le cinéaste en 1997, lors de la sortie de La Rivière : « Il y a dans le monde actuel toutes sortes de gens qui vivent des sexualités différentes et je trouve cela parfaitement sainS’il est vrai que je me sens proche du monde homosexuel, j’ai beaucoup de mal à accepter que l’on classe mes films dans une prétendue catégorie “films homos”. En réalité, on ne sait jamais si Hsiao Kang est homosexuel, on ne peut pas honnêtement considérer que mes films traitent directement de ce sujet. Je cherche au contraire à montrer toutes les formes d’expression sentimentale de la façon la plus naturelle possible, en essayant de briser les différences qu’il y a entre les gens. Je ne fais pas des films sur les homosexuels et je n’irais même pas voir un film présenté comme traitant spécifiquement de ce sujet. »
Il est vrai que l’hétérosexualité n’est pas non plus négligée chez Tsai Ming-Liang, voir le pornographique et fruité La Saveur de la pastèque. Le lesbianisme affleure aussi dans I Don’t Want to Sleep Alone. Mais chez le cinéaste, la sexualité n’est pas qu’un sexe bandé ou humide, elle n’est souvent que cérébrale comme le désir informulé de l’ado desRebelles du Dieu Néon pour le voyou dont la liberté le fascine, très comparable à l’attirance impossible de l’immigré pakistanais de I Don’t Want to Sleep Alone pour le jeune homme victime d’une agression qu’il dorlote. Si dans ces films l’homosexualité est douloureuse à vivre, elle ne l’est pas plus que les autres formes de sexualité. Mais elle est bien toujours là. Dans Vive l’amour !, un jeune homme se dissimule sous un lit sur lequel le garçon dont il est amoureux fait l’amour avec une fille, et se branle au son des gémissements du couple. Dans La Rivière, qui concluait la trilogie commencée par Les Rebelles du Dieu Néon et poursuivie par Vive l’amour !, c’est un fils et un père qui se retrouvent dans la moiteur d’un sauna homo et qui font l’amour sans se reconnaître. DansGoodbye, Dragon Inn, sorte de Chatte à deux têtes Asiatique, c’est la drague homo avec ses inlassables chassés-croisés dans les coulisses d’un vieux cinéma décrépi qui s’apprête à fermer ses portes...
Pour terminer, je vais en revenir au scénario. Che(è)r(e) lecteur(trice), ne croyez pas que l’histoire que j’ai assez laborieusement établie dans le résumé ci-dessus vous apparaîtra claire comme de l’eau de roche à la vision du film. Pour parvenir à ce piètre résultat, j’ai dû lire attentivement le dossier de presse, regarder avec beaucoup de concentration le film, avoir une longue pratique de l’œuvre de Tsai Ming-Liang, posséder quelques lumières sur la géopolitique asiatique et enfin partager quelques fantasmes de l’auteur... Encore qu’avec ces mêmes atouts, vous seriez probablement arrivé(e) à un résumé différent. Mais le vrai plaisir devant I Don’t Want ne réside pas dans l’« histoire », pourtant très riche et profonde et ceci sans aucune pesanteur. C’est dans l’abandon devant les somptueuses images en plans larges, aux cadres savants et raffinés avec leur profondeur de champ vertigineuse qui exsudent la sensualité, que vous atteindrez le nirvana cinématographique.

 

 



 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 
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Elève Libre, un film de Joachim Lafosse

6 Septembre 2025, 07:44am

Elève Libre, un film de Joachim Lafosse (réédition complétée)

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Fiche technique :

Avec Jonas Bloquet, Jonathan Zaccai, Yannick Renier, Claire Bodson, Pauline Etienne, Anne Coesens, Johan Leysen. Réalisation : Joachim Lafosse. Scénario : Joachim Lafosse et François Pirot. Directeur de la photographie : Hichame Alaouié. Décors : Anna Falguère. Costumes : Anne-Catherine Kunz. Montage : Sophie Vercruysse.

Belgique, 2007, Durée : 105 mn.

Résumé :

Jonas (Jonas Bloquet) est doté de parents évanescents, mère toujours absente et père tout juste bon à verser la pension alimentaire ; à cause de ses résultats médiocres, il est renvoyé de son lycée. Il avait tout misé sur le tennis espérant devenir professionnel, mais les résultats ne sont pas à la hauteur de ses espérances. Son entraîneur lui conseille de ne pas insister. Voilà cet adolescent naïf de seize ans désespéré devant ses rêves qui s'évanouissent. Le salut vient de trois adultes qui décident de le prendre en main et de lui faire passer l’examen de fin d’études secondaires en candidat libre. Petit à petit l’un d’eux, Pierre (Jonathan Zaccai), s’impose comme son unique mentor...

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L'avis critique

Élève libre démontre, si besoin était, que les classiques travaillent encore la société, tout du moins une infime partie de celle-ci, fut-elle belge, car le film (à l’ exception de sa fin) est sous l’égide des Liaisons dangereuses (on peut aussi convoquer pour le cinéma The ServantViolence et passion et pour la littérature La Dispute de Marivaux et Les Désarrois de l’élève Toerless entre autres). Ce n’est pas comme le très sous estimé Sexe intentionsune version moderne de l’œuvre de Laclos mais une variation sur ses thèmes et son climat. La bonne idée est d'y d’avoir remplacé la petite dinde (des Liaisons) par un veau.

Le film débute par le générique en caractères blancs qui défilent sur un fond noir. Simultanément on entend des ahanements qui pourraient être sexuels mais qu’en vieil habitué des courts j’ai reconnu comme étant ceux d’un joueur de tennis frappant la balle de toute sa force et sa hargne. Puis l’image rejoint le son. Apparaît Jonas, environ seize ans, au très joli minois, qui s'avèrera très vite être un lycéen calamiteux qui ne rêve que de devenir tennisman professionnel (on notera qu’une fois encore l’éveil de la sexualité est associé au sport comme dans Douches froides (Anthony Cordier, 2005) et Naissance des pieuvres (Céline Sciamma, 2007)). Mais malheureusement pour lui, si Jonas n’est pas mauvais dans le sport qu’il a choisi, il n’est néanmoins pas assez bon pour intégrer l’élite de son pays, la Belgique.

L’attention au son que révèle le traitement du générique ne se démentira pas jusqu’à la dernière image.

Jonas est renvoyé de son collège ; la directrice ne veut même pas qu’il redouble une nouvelle fois et elle l’aiguille vers une filière professionnelle. De son côté, son entraîneur de tennis ne lui laisse que peu d’espoir quant à faire une carrière dans ce sport.

Nous voilà donc en présence d’un raté que sa passagère fraîcheur garde encore à l’abri de l’abîme. C’est à n’en point douter cette accorte physionomie qui fait que trois adultes, entre trente et quarante ans, un couple, Didier joué par Yannick Renier (que l’on a vu dernièrement dans Nés en 68) et Nathalie interprétée par Claire Bodson, et un célibataire, Pierre, s’intéressent à son cas. En la quasi absence des parents, ils décident de le prendre en main, dans tous les sens du terme, pour faire son éducation intellectuelle, sociale, sentimentale et sexuelle.

Toutes ces informations nous sont données au fur et à mesure de scènes denses et bien menées où tout est signifiant et néanmoins jamais asséné. Élève libre s’il est limpide, ce qui ne veut pas dire qu’il ne soit pas cérébral, demande au spectateur d’être attentif au moindre détail (visiblement jamais laissé au hasard) surtout s’il n’est pas au fait des arcanes du système éducatif belge, et à chaque dialogue, en particulier ceux des nombreuses scènes de repas dans lesquelles, entre la poire et le fromage, il est question de la part du trio d’initiateurs de jouissance clitoridienne, de spasmes de plaisir ou des différentes positions dans les relations sexuelles...

Nous sommes assez près des contes rohmériens. Le ludique et le concept intellectuel prennent vite le pas sur le naturalisme. Mais une fable rohmérienne où les jeux des regards auraient plus de place que les joutes verbales. Je parle d'autant plus de fable que d’une part on sent bien que ce qui intéresse en premier le cinéaste c’est la morale (fort ambiguë à mon sens) que le spectateur peut tirer de cette étrange aventure, et que d’autre part, la facilité avec laquelle le trio arrive si facilement à mettre sous leur coupe le garçon, sans qu’aucun obstacle ne se dresse en travers de leurs desseins, ce qui est assez improbable dans « la vraie vie ».

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Indéniablement, Joachim Lafosse est travaillé par la question de la transmission (c’était déjà le centre d’un de ses précédents films Nue propriété mais dans ce cas, il s’agissait de transmission matérielle). Dans Élève libre, le cinéaste explore la frontière entre transmission et transgression. Il confirme qu’il s'agit d'un des points de départ de son film : « Qu'est-ce qui fait qu'on peut basculer d'un côté ou de l'autre ? À partir de quand, dans l'éducation, passe-t-on de la transmission à la transgression ?.. Jonas est un adolescent curieux qui veut découvrir des tas de choses. Il rencontre des adultes qui lui font croire qu'ils ont les réponses à ses questions. Comme tout névrosé confronté au manque et à la souffrance, Jonas a envie d'un guide et Pierre se positionne exactement à cette place. Il se comporte comme le dépositaire du savoir avec Jonas. » Élève libre traite également de la perversion : « Sortir l'autre de son libre-arbitre tout en lui faisant croire que c'est sa propre démarche... C'est toujours en complimentant les gens qu'on les séduit. J'aimerais que le film donne envie au spectateur de se demander si cette situation est perverse ou pas, ce que c'est que la perversion... Je trouve que le mot "perversion" est galvaudé. Le pervers n'existe que dans le lien avec ses victimes. Il faut qu'il trouve quelqu'un qui accepte de rentrer dans son jeu... Être adulte, c'est être capable de dire : non. Mais il faut qu'on t'ait transmis la nécessité de penser les limites pour que tu puisses les mettre toi-même. Cette question des limites est au cœur de la pensée du psychanalyste André Green, dont j'aime beaucoup le travail. » Les déclarations du réalisateur révèlent un état d'esprit assez puritain, pudibond et politiquement correct. Elles contredisent en partie son film car la relation de Jonas et de Pierre n’est guère différente de celle qu’entretenait dans la Grèce antique l’éphèbe avec son éraste qui transmettait son savoir et son expérience lorsque le plus jeune lui procurait volupté et tendresse. Peut-on considérer cette forme d’échange comme perverse ou marchande ? Dans le cas de Pierre et de Jonas, ce qui gêne le plus c’est que Pierre n’a pas le courage de poser d’emblée les règles de l’échange.

Tout cela nous est asséné sans préambule, sans dialogue ni explication superflus. Ce que l’on apprend, on le sait par l’intermédiaire d’une grammaire cinématographique parfaitement maîtrisée.

La principale question que l’on se pose, dans la première moitié du film, est « quelle est la véritable nature des intentions du trio ? », car on ne comprend pas bien quel est le but de cette sollicitude, sinon de mettre le beau Jonas dans leurs lits. Mais alors on se dit que le stratagème est bien compliqué et chronophage pour nos trentenaires et qu’il n’était peut-être pas nécessaire de déployer autant d’efforts pour arriver à ce but. Le spectateur est surpris de voir ces trois beaux esprits s’évertuer à faire surgir une étincelle de cette jolie bûche et ne pas s’apercevoir qu’il est vain d’attendre de leur élève plus que de médiocres galipettes en leurs couches. Car en plus, le pauvre garçon semble peu doué pour la chose comme le prouve ses fiascos sexuels avec sa copine qui n’est ni une lumière ni une beauté et encore moins une bombe sexuelle ; chez elle pas de salut hormis la position du missionnaire !

Jonas est bien représentatif des nombreuses créatures qui encombrent, de leur certes belle apparence, les bancs des lycées, et pas seulement outre Quiévrain.

On va un moment supposer que Pierre s’est donné ce challenge, c’est lui-même qui emploie cette expression, d’éduquer Jonas pour combler le vide de sa propre vie ou à moins même que ce soit un pur jeu intellectuel pour moderniser le mythe de Pygmalion. À moins encore que cela relève chez lui du plaisir que provoque chez certains le pouvoir qu’ils exercent sur une autre personne. Mais là encore… que de talent pour dominer une pauvre chose qui sera bientôt obsolète. La médiocrité de Jonas fait que l’on reporte notre intérêt sur ces intrigants adultes et, bien vite, surtout sur Pierre qui s’institue le mentor du garçon, éclipsant le couple.

Car le quatuor glisse progressivement vers un duo entre Jonas et Pierre. Dans cette deuxième partie, le film perd un peu du rythme impeccable qu’il avait depuis le début tout en se tendant vers un insoutenable suspense : Pierre va-t-il sauter Jonas ? Mon mauvais esprit ne voit toujours pas alors pourquoi ce puits de science de Pierre (dont on ne sait pas exactement, mais il en va de même pour les autres personnages, ce qui l’occupe professionnellement ni d’où il tire sa confortable aisance) peut se passionner pour ce jeune con sinon pour lui titiller le fion et lui astiquer le chibre ! Ne comptez pas sur moi pour vous vendre la mèche, tant je vous conseille d’y aller voir par vous-même.

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Insensiblement le sentiment du spectateur vis à vis des deux personnages se modifie ; jusqu’ici la bêtise de Jonas et la perversité qui semblait dicter les actes de Pierre empêchaient toute empathie envers eux. Même si pour l’un on était subjugué par sa beauté et pour l’autre passionné par ses manigances. Cependant, confronté à cette histoire le spectateur se sent obligé de se positionner. Et puis petit à petit on s’aperçoit que l’enseignement de Pierre a transformé Jonas et qu’il n’est plus la proie niaise du début tandis que Pierre, comme par un curieux effet de vase communiquant, se révèle plus fragile et qu’il est en fait plus un amoureux qu’un cynique libertin.

La facture du film change en même temps qu’il se recentre sur Pierre et Jonas. Le réalisateur resserre ses cadrages sur le couple. Le procédé transcrit bien l’atmosphère du film qui se fait de plus en plus étouffante à mesure que la relation entre Pierre et Jonas se tend. On ne voit plus l’extérieur qu’à travers la baie vitrée de l’appartement de Pierre. Joachim Lafosse crée une bulle un peu irréelle, une sorte de cocon intemporel. La réalisation s’est ingéniée à gommer ce qui daterait expressément le film. Dès la première image, la tenue de tennis de Jonas n’est pas vraiment du dernier cri, mais assez neutre. Dans un film où l’on parle sans arrêt de sexe, il n’est jamais question du sida ou de préservatif. Les personnages eux-mêmes avec la posture pseudo libertaire du trio et la naïveté de Jonas semblent plus appartenir au début des années 80 qu’au XXIe siècle. Le spectateur attentif remarquera pourtant, par la fenêtre de l’appartement de Pierre, le drapeau belge pendu au balcon de ses voisins, signe que cette séquence a été tournée en automne 2007, époque où les partisans de l’unité de la Belgique affichaient leurs convictions de cette manière.

Pierre est à la fois le mentor et la mère nourricière de Jonas qui désormais vit chez lui. Ce sentiment de protection est en vérité un leurre. L'emprise de Pierre sur l’adolescent s'accroît, à mesure que les tabous tombent un à un. L'intelligence de Pierre est de n'avoir pas agi contre la famille de Jonas mais imperceptiblement de la remplacer peu à peu.

Une des originalités techniques du film est qu’il a été tourné en scope, alors qu’il y a très peu d’extérieurs et pas d’avantage de grands espaces. Mais le scope permet au réalisateur de faire “vivre” dans son cadre au moins trois personnages à la fois. Il est par exemple bien utile pour les scènes de repas. On y voit tout le monde à table sur le même plan, cela évite le champ/contrechamp.

Durant tout le film le réalisateur et son chef opérateur, mariant parfaitement la forme et le fond, adaptent leur technique pour servir le mieux possible le propos des différentes scènes. Le cadre est très souvent serré sur le visage d’un personnage et lorsqu’il s’élargit, la profondeur de champ minimale que donnent les focales longues isole l’acteur par sa netteté sur le flou du décor. Mais parfois les plans sont larges, nets du premier plan à l'infini, comme pour perdre les comédiens dans le champ, ou pour renforcer le contraste entre les intérieurs cossus et feutrés et les propos des plus crus lors notamment des scènes de repas, traitées en plans séquences. Dans celles-ci, les répliques sont parfois cocasses et incongrues. Comme ce toast : « On boit à la quéquette de Jonas. »

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La seule faiblesse du film est d’ordre scénaristique. Si l’on comprend bien que Joachim Lafosse n’a pas envie de donner toutes les clefs de ses personnages, on regrette néanmoins que les personnages secondaires ne soient pas plus développés tant ils possèdent tous un fort potentiel romanesque que laisse entrevoir leur brillante esquisse. On aurait bien passé encore trente minutes en leur intrigante compagnie, ce qui aurait amené Élève libre à 2h15, ce qui n’aurait pas été de trop pour percer leurs mystères. La solution alternative à cette rallonge aurait été de faire exister certains personnages que dans les propos des autres comme c'était le cas dans le premier tiers du film. Son incarnation n'ajoute rien à l'intrigue ni à la construction du personnage de Jonas. Il en va de même pour le frère de Jonas qui n'a pas assez de scènes pour véritablement exister à l'écran. Le couple de Didier et Nathalie est trop sacrifié. On ne sait pas quel est leur rôle et les rapports qu'ils entretiennent avec Pierre. Ne serait-il que le rabatteur de Pierre ? À côté de ces manques, Élève libre est un film parfois un peu trop appuyé comme ces incessantes références à Camus.

On peut discuter de la trop grande pudeur des scènes de sexe qui ne sont pas ce qu’il y a de meilleur dans Élève libre. Le cinéaste explique son choix : « Je voulais montrer les dangers de la pornographie sans utiliser sa forme. D’où l’idée du hors champ. Ne rien montrer (ce n’est pas tout à fait vrai ! Note de Bernard). Quand on laisse le spectateur à son imagination, il réagit avec davantage de violence. Il découvre ses refus et ses acceptations... Dans le film on a laissé de la place aux fantasmes, tout en montrant ce que le passage à l’acte a de dramatique. On montre les conséquences du fantasme, mais on le montre dans la fiction. Ce qui laisse de l’espace pour une interrogation. » Sans doute faut-il voir là l’explication de la dédicace placée au commencement : « À nos limites ». Comme on le constate, le cinéaste n’est pas moins manipulateur que ses personnages. À la lecture de ce propos, on peut s'étonner de choix du visuel de l'affiche où il n'est pas très difficile de comprendre que le garçon s'apprête à subir une fellation...

Le spectateur pourra tout de même se consoler de ne pas plus découvrir le corps de Jonas avec les nombreuses images du garçon torse nu baignant dans une douce lumière dorée qui met bien en évidence ses pointes de sein agressives et ses lèvres sensuellement ourlées.

Les acteurs sont impeccables avec une mention spéciale à Jonathan Zaccai qui parvient à rendre son personnage de plus en plus opaque, mais Jonas Bloquet est parfait aussi pour son premier rôle ! Espérons que nous le reverrons.

Le soin avec lequel Lafosse a choisi le costume de Pierre illustre bien son sérieux et la richesse informative qui se niche dans chaque détail au service de la profondeur du film. Il n’est pas anodin que Pierre porte toujours la même tenue, composée d’un pantalon bleu marine, d’une chemise bleu clair ouverte d’un seul bouton sur un tee-shirt blanc ras du cou. Le corps du comédien restera toujours dissimulé. Ce quasi uniforme monastique apporte au personnage un côté austère en contradiction avec certains de ses propos presque libidineux. Ce rempart vestimentaire favorise l’abandon de Jonas à son précepteur providentiel.

Le réalisateur retrouve une partie de l’équipe de Nue propriété, en particulier Yannick Renier. « Il me semblait parfait pour incarner le petit soldat de Pierre, le type qui va provoquer les passages à l'acte. Et comme je voulais que l'on sente tout de suite la désinhibition entre Didier et sa copine, j'ai proposé à Claire Bodson, la petite amie de Yannick, qui est aussi comédienne, de jouer le rôle de Nathalie. Je l'avais vue au théâtre, j'aime beaucoup son travail. »

Élève libre est le quatrième long métrage de Joachim Lafosse, âgé de 33 ans, qui a également réalisé des courts-métrages. Il a également participé à l’émission de télévisionStriptease.

Élève libre a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs dans le cadre du Festival de Cannes 2008.

Le film est passionnant pour l’observation clinique qu’il fait des deux protagonistes principaux et le glissement d’empathie que le spectateur éprouve progressivement de Jonas vers Pierre. Tout à la fin de l’histoire, on ne sait plus quel est le salaud entre les deux. Peut-être le sont-ils un peu tous les deux, mais Pierre et Jonas sont surtout deux pauvres types, comme nous tous, qui essayent de se débrouiller avec la vie, avec de pauvres ruses, en se mentant beaucoup à eux-mêmes. Les autres protagonistes de ce récit sont tout compte fait encore plus lâches qu’eux. Le trio est beaucoup plus que des pervers, des jeunes bourgeois cultivés qui justifient la satisfaction de leurs désirs par l'alibi d'une pensée émancipée de toute contrainte morale. Cette vision s'explique probablement par le fait que Lafosse soit né en 1975 à l'ombre de Mai 68.

Élève libre est une magistrale réalisation sur une relation intergénérationnelle entre deux personnes de même sexe, relation qui n’avait pas été décrite avec autant de justesse depuis Les Amis de Gérard Blain. Comme toutes les histoires d’amour, celles-ci sont difficiles et finissent généralement mal, quoique...

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Jonas Bloquet

 
L' entrevue ci-dessous qui vous donnera un avant goût du beau bonus du dvd est parue sur Cinergie.be
Cinergie : Au tout début du tournage, j’ai remarqué que tu faisais un travelling, ce que je ne t’ai jamais vu faire jusqu’ici. Qu’est-ce qui tout à coup t’a donné l’idée de changer de méthode
 

Joachim LafossePour la simple et bonne raison que je pense que le fond nécessite une autre forme sur ce film-ci. Pour moi, être cinéaste, c’est toujours faire rejoindre le fond et la forme. Ce que j’ai à raconter cette fois, nécessite une forme différente de celle que j’ai donnée àFolie Privée, à Ça rend heureux ou à Nue Propriété. Je n’aime pas l’idée de fixer les choses. Elève libreest un film louvoyant sur une problématique qu’on n’arrive pas à déceler; on ne comprend pas d’où viennent le mal et le problème. J’avais envie de quelque chose de plus fluide et, en effet, j’ai fait mon premier travelling sur ce tournage.
C. : Est-ce que tu pourrais nous parler du fond d’Elève libre ?
J.L. : Oui. J'essaie de répondre à deux questions : à partir de quand passe-t-on de la transmission à la transgression, et à partir de quel moment une relation devient-elle transgressive ? J’essaye de parler de ça à travers la relation entre un adolescent en décrochage scolaire et un adulte qui veut le sauver. Un des sujets du film est d’aborder les limites dans les relations et surtout dans l’éducation.

C. : Ces limites, familiales et éducatives, n’étaient-elles pas déjà traitées dansNue Propriété ?

J.L. : Tout à fait. J’ai traité des limites du cercle familial. Maintenant, j’essaye de parler un peu des limites qui sont au-delà de la famille c’est-à-dire l’école, les amis… Mais au moment où je termine Elève libre, j’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui apparaît et qui n’est pas conscient. Cette idée me plaît beaucoup et me surprend : je sens que du film, sortira quelque chose qui est au-delà de moi et qui ressemble en même temps beaucoup aux deux films précédents. J’aimerais vraiment qu’il y ait une vraie réflexion et une discussion qui se créent autour du film. J’ai souvent dit que ce qui m’avait donné envie de faire du cinéma, c’était que lorsque j’étais petit, à la maison, on ne parlait pas beaucoup, sauf au moment de « L’Ecran Témoin ». Le film qu’on voyait le lundi soir nous permettait de parler de ce qui se passait à la maison mais sans dire que c’était de nous qu’il s’agissait. Je serais très heureux si Elève libre provoquait une discussion entre les gens qui l’ont vu. Je vais même m’avancer : si à la fin de la vision d’Elève libre, les spectateurs s’interrogent sur la nécessité de penser les limites aujourd’hui et la signification exacte de l’éducation (que veut-on transmettre à des adolescents ou à des futurs jeunes adultes ?), alors j’aurai gagné mon pari.

C. : Tu n’as pas le sentiment d’avoir déjà essayé de poser ces questions à travers tes films précédents ?
J.L. : Oui, dans les précédents aussi, mais avec celui-ci, je ne suis pas sûr que je pourrais aller plus loin. Je pourrais continuer à explorer cette question-là, mais je ne crois pas que je pourrais en dire plus que dans celui-ci. Sur ce film, je suis tout le temps confronté à des questions : qu’est-ce qu’on peut filmer et qu’est-ce qu’on ne peut pas filmer ? Qu’est-ce ce qu’on peut montrer et qu’est-ce qu’on ne peut pas montrer ? Qu’est-ce qui est hors champ et qu’est-ce qui ne l’est pas ? J’ai une vraie envie de savoir comment les gens vont réagir devant des plans, des scènes entières.
Il y a quelque chose qui me surprend sur ce film-ci. Beaucoup de gens l'ont refusé à la lecture sous prétexte que c’était trop gros. Et tout d’un coup, j’ai eu des retours différents de gens qui l’ont vu mis en scène et incarné par des acteurs. Ils disaient « je l’avais lu mais maintenant que tu me le montres, c’est vrai que c’est crédible ». C'était comme si quelque part, la réalité ou l’incarnation de la réalité allait plus loin que la lecture. Il y a là quelque chose sur la puissance du cinéma et de l’incarnation. Ce n’est pas la première fois qu’on me dit ça sur un film. Les gens trouvent qu’il est trop bavard et puis, quand ils voient les scènes, ils disent : « mais non, en fait, ça marche ». C’est assez curieux…
C. : À la lecture, il y aurait vraisemblablement un fantasme…
 
J.L. : Exactement. Peut-être que sur ce quoi j’écris paraît énorme à la lecture, que des gens s’en font des images énormes, n’y croient pas alors qu’en fait, c’est l’inverse : je mets en image ce qui paraît énorme et puis, tout d’un coup, ça devient plus lisible. Comme quoi, la puissance du fantasme, ça peut être très destructeur…
C. : Je voudrais te poser une question sur la manière dont tu diriges tes comédiens. Il y a un travail préalable au tournage pendant lequel tu les fais répéter et participer à la réécriture du scénario. Est-ce que par après, tu leur laisses une grande liberté d’improvisation ?
J.L. : Je délimite un terrain : c’est vrai qu’avant le tournage, je lis le scénario et que je réécris avec eux. De plus en plus, je me rends compte que c’est le travail qu’on fait avant le plateau qui, s'il est bien abouti, laisse une liberté qui se situe dans quelque chose de très structuré. En fait, j’improvise peu. C’est aussi très agréable d’entendre les comédiens dire : « la séquence fonctionne. Il n’y a pas lieu d’improviser. On va la faire ». Et puis, eux, ils apportent autre chose que l’improvisation : ils donnent vie à la séquence.
C. : Est-ce que la liberté se joue aussi au moment du montage ? Est-ce qu’à ce stade, le film peut encore complètement changer ou faut-il qu’il s’adapte au scénario ?
J.L. : Ah non, à chaque fois, on oublie le reste. Un film devient juste quand on le fait avec la matière qu’on a et pas avec celle qu’on rêvait d’avoir. Le scénario permet aux acteurs de donner quelque chose qu’on enregistre. Une fois qu’on a enregistré ça, il n’y a plus moyen d’avoir autre chose. Et le montage me permet d’écrire encore autre chose que ce qui avait été écrit au scénario. En général, je me débarrasse du scénario et je fais avec ce qui est là parce que sinon, c’est trop douloureux. Ce que j’aime dans le montage, c’est que ce soit de la réalité et pas du fantasme. C’est dangereux quand on commence à rêver le film et à se dire : « je voudrais qu’il soit comme ça » : à un moment, on ne voit même plus la matière réelle et on fait un film par défaut. Mais dès qu’avec la monteuse, on regarde avec lucidité la matière en notre possession et qu’on se dit : « qu’est-ce qu’on fait avec ça ?», alors là, on devient juste et ça devient émouvant pour elle, pour moi et pour le film.
C. : Il y a deux verbes qui ne s’appliquent pas qu’au montage mais qui correspondent à cette idée : choisir et renoncer.
J.L. : Oui. Mais on peut aller plus loin. C’est d’ailleurs le sujet du film que je ferai après sans doute. J’ai beaucoup parlé des problématiques familiales et maintenant, je commence à avoir un petit peu envie de parler de l’amour. C’est ça que j’ai appris avec le montage et avec le cinéma : aimer, c’est choisir. Choisir, c’est renoncer. Mais c’est aussi dans ce renoncement que quelque chose apparaît. Ça vaut pour le cinéma mais pour la vie aussi.
En faisant Elève libre, il y a une idée à laquelle je pense beaucoup : c’est la distinction entre la jouissance, le plaisir et le désir. Aujourd’hui, on mélange plaisir et pulsion. Manger du pop-corn tout de suite, ce n’est pas du plaisir mais de la jouissance, de la pulsion. Pour moi, la jouissance, c’est quelque chose qui est court, qui s’arrête, qui se vit et qui se fait seul. C’est assez triste en soi. Le plaisir, ça se partage, ça se fait ensemble et ça peut durer. Voilà, le cinéma peut être un vrai outil de plaisir à partager ensemble. Là, j’espère que je suis en train de faire un film qui va permettre ça. En tout cas, le tournage était plutôt tranquille mais peut-être que le montage sera très éprouvant et tendu.
C. : Transmission et transgression commencent par les mêmes lettres mais s’opposent. Ce film parle de tabous, d’abus. As-tu senti que des idées de vie et de cinéma se rejoignaient avant de te lancer comme pour tes films précédents ?
J.L. : Effectivement, je vois des choses qui se passent dans la vie et je me dis : « est-ce que ça ne ferait pas un sujet de film, est-ce que ça ne servirait pas à proposer une réflexion au spectateur ? ». Quand je sens que quelque chose me touche et a touché quelques personnes autour de moi, je me dis : « tiens, ça nous parle intimement ». Une des raisons pour lesquelles j’ai voulu faire ce film, c’est que je trouvais que le rapport qu’on a eu à la question de l’abus dans l’affaire Dutroux a débouché sur une réflexion un peu simpliste sur l’abus. Des abus, il y en a partout, tous les jours. Il y a des gens abusés qui n’osent pas dire non, mais on ne parle pas d’eux.
J’espère qu'Elève libre sera bien perçu comme un film sur la transmission et l’éducation. Le prétendu éducateur de Jonas est un homme qui n’aime pas la transmission mais qui aime le pouvoir. Il va jouir du pouvoir qu’il a sur l’adolescent mais est-ce que cet adolescent est simplement une victime ?
 
C. : Est-ce que tu a pris des précautions particulières à l’égard de Jonas ?
J.L. : Ici, en l’occurrence, on est tellement dans un film qui parle des limites de l’éducation et de la transmission que je me vois mal faire faire des choses qu’on ne fait pas faire à un adolescent de 15 ans sans être bienveillant, adulte et lucide. Je dois essayer d’avoir une hyper lucidité avec lui et avec l’équipe pour que ça ne déborde pas. C’est très agréable de mettre des limites, de constater qu’il y a une distinction entre la fiction et la réalité et de voir qu’il s’en sort bien. Pour un tas de raisons, ça me fait plaisir de voir qu’il a pu jouer cette fiction-là et que ça ne l’a pas troublé.
C. : Tu essayes de t’entourer de gens que tu connais mais il y a d’autres comédiens dans Elève libre avec lesquels tu n’as jamais travaillé. Tu peux nous parler notamment du choix de Jonathan Zaccaï ?
J.L. : À chaque fois, ce sont des aventures. Je cherchais quelqu’un de multiple pour jouer le rôle de l’adulte dans Elève libre. Je voulais quelqu’un qui soit séduisant et, en même temps, qui ne le soit pas. Je trouvais que Jonathan pouvait jouer ça en sachant très bien que lorsqu'il allait arriver sur le plateau, pendant la préparation, j’allais lui demander d’être un ogre, d’être donc un peu moins charmant que ce qu’il est d’habitude. Ça n’a pas été simple pour lui, et ça continue à ne pas l’être. Mais franchement, le personnage qu’on fait vivre là est le personnage le plus complexe que j'ai jamais traité au cinéma. On verra ce que ça donne, mais c’est d’une complexité incroyable. Jonathan s’est montré assez généreux. Il était dans la réflexion de ce qui allait se passer, la façon dont il fallait aborder ce personnage. C’est très bénéfique parce qu’aujourd’hui, au moins, on ne se mord pas les doigts : on n’a pas été trop loin. Je pense qu’on a été subtils.
C. : Vous avez mis des limites…
J.L. : Oui, voilà. Il y a une petite phrase au début du scénario que je vais remettre dans le film : « À nos limites ». Je pense qu’elle va encore mieux àElève libre qu’au précédent. En fait, c’est un film sur lequel on a tous tout le temps été en train de se demander : « est-ce qu’on n’a pas dépassé là ? ». J’aime bien cette notion parce que ça fait de nous des gens responsables. Qui,aujourd’hui, se se pose encore cette question : est-ce qu’on ne va pas au-delà de nos limites ?
C. : Vous ne pouvez pas prendre le risque de les dépasser, ces limites ?
J.L. : La fiction le permet. On peut dépasser les limites fantasmatiquement et avec la fiction mais dans la vie, on ne le peut pas. Forcément, dès que tu poses la question des limites en faisant de la fiction, tu dois filmer quelque chose. Donc les questions de savoir comment tu filmes, jusqu’où tu vas et qu’est-ce que tu peux demander aux acteurs sont intégrées. Est-ce que je montre le sexe de Jonas ou pas ? Si je fais un film qui questionne les limites des mœurs et jusqu’où on peut aller dans l’éducation, qu’est-ce que moi, je décide de montrer dans ce film ? Voilà, la fiction permet toutes les réflexions mais on ne peut pas tout filmer, je crois. En l’occurrence, pour ce film-ci, j’ai décidé : tout est hors champ.
C. : Anne Coesens joue également dans le film. Elle a un petit rôle complexe lui aussi parce qu’elle doit se positionner comme la mère de l’adolescent abusé. Vraisemblablement, tu lui as donné l’exemple de Isabelle Huppert dans Nue Propriété pour la guider…
J.L. : Non, je ne lui ai pas donné l’exemple d’Isabelle Huppert mais le personnage de la mère dans Nue Propriété. Lui dire : « joue comme Isabelle Huppert ou sois Isabelle Huppert », ce serait un peu maladroit. Et puis, surtout, elle a son identité qui est tout aussi charmante et tout aussi énigmatique. Anne joue dans sept ou huit séquences le rôle de la mère de l’adolescent. C'est un personnage très important. Je pense qu’on s’est très vite compris avec Anne. Avec ce personnage-là, la question abordée est celle de la culpabilité et de responsabilité.
C. : Une question beaucoup plus théorique. Est-ce que depuis la première interview, il y a trois ou quatre ans, tu as découvert d’autres réalisateurs qui t’impressionnent autant que Maurice Pialat ?
J.L. : C’est vrai que je suis toujours passionné par Pialat, surtout dans son rapport aux acteurs, sa manière d’aborder un sujet et la franchise avec laquelle il va le traiter. Mais je m’intéresse à plein d’autres cinéastes et j’ai vraiment envie de savoir ce qu’ils vont devenir. La Palme d’Or de cette année par exemple, j’ai trouvé ça très fort. Mais sinon, je garde les mêmes passions.
La photo me fascine de plus en plus. Mon père est photographe et je pense qu’il m’a transmis quelque chose... D'ailleurs, ma compagne est également photographe. J’ai compris pourquoi on faisait des films et des photos. C’est une façon de garder quelque chose, une trace. On perd tout le temps, on doit l’accepter alors peut-être qu’on fait un peu de cinéma et un peu de photo pour ne pas tout perdre.
C. : Donc, le cinéma et la photo, c’est se battre pour l’éternité.
J.L. : Voilà. C’est essayer de ne pas mourir même si on sait que c’est perdu d’avance. C’est incroyable de revoir Mathias qui jouait dans Folie Privée etqui aujourd’hui est un adolescent. Moi, je me dis : « C’est génial, il existe un film en DVD avec lui : une histoire horrible dans laquelle il fait des blagues. » La preuve que mes parents ont été ensemble et qu’ils se sont aimés, ce sont les photos romantiques que mon père a faites de ma mère. Je ne doute pas de l’amour qu’ils ont pu avoir mais c’est plus dû aux photos qu’au quotidien.
 
C. : Pourtant, on dit d’une photo que c’est à la fois un instantané et un cliché.
J.L. : Oui… Mais bon, tant que je sens que je vis, je fais des films.
C. : Lorsque tu es occupé par un projet, tu es souvent en train de penser déjà au suivant. Tu sais à quoi est due cette obsession de cinéma ?
J.L. : Non, c’est possible qu’à un moment, je tournerai un peu moins, mais pour le moment, il y a des choses que j’ai envie de filmer et de partager avec les gens. Il se fait que je trouve que c’est vraiment un métier où on apprend en faisant. Comme un peintre doit s’exercer pour obtenir une bonne peinture, un cinéaste doit tourner pour apprendre son métier. Même si c’est vrai qu’en peu de temps, j’ai fait pas mal de films, j’apprends : je suis à mon premier travelling. Quand on voit l’œuvre des cinéastes que j’apprécie vraiment, ils ont fait 20-30 films. Voilà, on parle d’un cinéaste au sixième, septième film et pas au troisième ou au quatrième. Je me rends compte de plus en plus que ce qui compte dans l’existence, c’est d’être sur le chemin et de chercher : c’est en cherchant et en faisant qu’on trouve.

Propos recueillis par Katia Bayer et Jean-Michel Vlaeminckx, retranscrits et mis en forme par Katia Bayer.

 

Commentaire lors de la première édition du billet

 

 

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Quand on a 17 ans un film de Téchiné

5 Septembre 2025, 06:30am

Quand on a 17 ans un film de Téchiné
Quand on a 17 ans un film de Téchiné

 

 

Téchiné a de la chance, les critiques français méconnaissent le cinéma américain, dit indépendant, en réalité formaté pour le festival de Sundance, et ignorent à peu près tout du cinéma gay, si l'on excepte Didier Roth-Bettoni, l'auteur de l'indispensable « L'homosexualité au cinéma » qui depuis ce livre, malheureusement ,ne donne plus beaucoup de ses nouvelles. Si ce n'était pas le cas, les dits critiques ne crieraient pas à l'originalité à propos de ce film, mais remarqueraient que l'argument de « Quand on a 17 ans » est des plus éculés: Deux garçons, en dernière année du lycée, commencent par s'affronter pour bientôt tomber follement amoureux l'un de l'autre. Je ne vous infligerais pas la liste des films qui ont le même pitch tant elle est longue. Le cinéaste a même poussé le mimétisme des américains jusqu'à prendre deux acteurs pour jouer les deux adolescents qui sont plus vieux ou font plus que leur âge.

 

Mais a bien y réfléchir, il n'a pas autant de chance que cela, car les dits critiques assermentés, de leur dense inculture, ne s'apercevrons pas que de cet argument d'une affligeante banalité, Téchiné a réussi à faire un film formidable, en y insufflant son romanesque habituel, toujours sur le fil du rasoir, toujours prêt de verser dans le mélo et réussissant cette fois à n'y jamais tomber, peut être que parce que dans chaque plan du film surgit de l'inattendu pourtant toujours juste. Sans doute Téchine doit cette justesse à sa co-scénariste, Celine Sciamma (scénariste entre autres de Tomboy) qui a su canaliser le trop plein de romanesque du cinéaste. La principale raison pour laquelle on est à chaque instant suspendu au romanesque de l'intrigue est que pour une fois Téchiné est parvenu à l'ancrer dans un tissu sociologique crédible. Car chez ce cinéaste si tous ses films sont intéressants, avant celui-ci aucun était complètement réussi, souvent à cause d'un contexte sociologique peu crédible, parfois en raison aussi d'une erreur de casting. Ici tous les rôles sont remarquables tenus à commencer par ceux des deux jeunes acteurs. Corentin Fila est Tom, le fil métis adopté par un couple petit fermier de montagne. Kacey Mottet-Klein (déjà très bien dans « L'enfant d'en-haut, déjà une histoire de montagne...) est Damien le fils d'une famille plus bourgeoise de la vallée, la mère (Sandrine Kiberlain) est médecin, tandis que le père est militaire. Pourtant lorsqu'ils apparaissent à l'écran, ils ne paraissent pas évident dans leur emploi; mais bien vite ils s'imposent comme les seuls possibles. Et puis il y a bien sûr Sandrine Kiberlain dont de film en film, on cherche le superlatif que l'on pourrait appliquer à son jeu. Le soin dans le choix de tous les petits rôles est également un grand atout du film comme le sont les paysages de montagne de l'Ariège et de Haute Garonne filmés principalement l'hiver; vous remarquerez combien il est rare qu'un film soit situé en hiver, principalement à cause des contraintes climatiques. Téchiné a augmenté la difficulté en multipliant les scènes tournées sur un sol enneigé, exercice très périlleux en raison des traces que peuvent laisser l'équipe à chaque prise. La localisation de l'intrigue m'a fait penser à « Perthus », la belle pièce de Jean-Marie Besset, elle aussi, une histoire d'amour entre deux garçons à la fin de l'adolescence dans les Pyrénées. Il aura fallu attendre son vingt et unième film pour avoir la révélation que Téchiné peut être aussi un grand paysagiste. Merveilleux paysages aussi sont les plans sur les deux garçons nus, apaisés après avoir fait l'amour. La scène de sexe est si belle que l'acte en paraît réinventé. Contrairement à bien des films gay l'obstacle à leur amour ne vient pas à l'extérieur mais ce trouve à l'intérieur d'eux-même. Mais si le film est réussi ce n'est pas seulement grâce à l'excellence des comédiens et la beauté des paysages, c'est surtout parce que ce n'est pas le dialogue qui dessine l'opposition puis la fusion des deux garçons mais la mise en scène. 

Le plus enthousiasmant dans ce film c'est sans doute que l'on est sûr que ces personnages si plein d'énergie auront l'avenir qu'ils auront décidé d'avoir.   

Quand on a 17 ans un film de Téchiné
 
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