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livre

Le Baphomet et L'adolescent immortel de Pierre Klossowski

22 Novembre 2025, 08:01am

 

Le garçon figure centrale dans l’oeuvre de Pierre Klossowski

Du Baphomet qui relie le monde d’une commanderie de templiers (18) à l’époque contemporaine autour du personnage d’un jeune page de quatorze ans Ogier jusqu’a sa dernière oeuvre écrite, L’adolescent immortel, qui transcrit le prologue du Baphomet sous la forme d’un scénario pour le cinématographe, mais que nous pouvons considérer aussi comme une pièce de théâtre, Pierre Klossowski a placé au centre de ses fictions un garçon, un garçon de quatorze ans, à l’aube de sa puberté. Si dans les deux oeuvres pré-citées l’enfance est placée au centre de celles-ci, elle est également présente, certes d’une manière moins ostentatoire, dans sa trilogie romanesque Les lois de l’hospitalité (1965). L’incipit de Roberte, ce soir, désigne Antoine, le neveu de Roberte et d’Octave, comme le narrateur principal, dont l’éducation préoccupe son oncle et sa tante: << Mon oncle octave, l’éminent professeur de scolastique à la Faculté de…, souffrait de son bonheur conjugal comme d’une maladie, certain qu’il était de s’en guérir dès qu’il l’aurait rendue contagieuse.>>. Dans La révocation de l’Édit de Nantes ; Jérôme, le fils de Roberte et Théodore, est également l’objet des attentions vigilantes du couple. Dans Le souffleur , à la fin du roman, une troupe d’enfants », « envahit l’appartement » du narrateur. Alain Jouffroy dans Le secret pouvoir du sens fait une hypothèse à laquelle nous adhérons sans réserve: << La figure de Roberte aurait servi non seulement d’écran de projection - celui que Klossowski fut lui-même mais le masque pour dissimuler la figure de cet Eros socratique premier: celle de l’adolescent dont le collégien a pu tomber amoureux.>> SPS (page 32). Dans ce même ouvrage l’artiste confesse la part grandissante du garçon dans son imaginaire: << Le garçon est devenu de plus en plus provocant, pas du tout comme un être féminin, mais provocant comme un adolescent, avec tout ce que peut offrir un adolescent à un adulte qui a du gout pour les adolescents.>> SPS (page 54).

S’il n’est pas question éphèbophilie dans La vocation suspendue, le premier roman de P.K. paru en 1950 en revanche la question homosexuelle arrive dès le début du récit:

<< Nous savons d’abord que le besoin sécularisé du bouc émissaire a cherché à exploiter l’anathème qui pèse sur les juifs et que si ce fut là la première étape du nazisme, il fit bientôt d’une pierre deux coups pour atteindre l’église à travers les juifs; ensuite, que le phénomène homosexuel si constitutif du nazisme servit à son tour de chef d’accusation diffamatoire contre tous les religieux résistant au régime hitlérien en Allemagne.>> V.S. (page 30)

Le Baphomet, paru en 1985, est le dernier roman de P.K avant qu’il se ne consacre plus qu’aux arts-plastiques. Il reviendra à l’écriture juste avant sa mort avec L’adolescent immortel qui est une variation sur le prologue du Baphomet.

Essayons tout d’abord de savoir ce que cache ce titre intrigant. Qu’est-ce qu’un Baphomet? Le grand Larousse de 1905, date de naissance de P.K., propose une orthographe alternative Baphomet ou Bafomet et donne la définition suivante:

<< nom d’une idole qui, suivant certains auteurs, était adoré par les templiers; ce fait n’a d’ailleurs jamais été prouvé d’une façon indiscutable. C’est une transcription du nom arabe Mohammed avec le changement  de l’aspirée h en f, comme dans beaucoup de mots espagnol empruntés à l’arabe.>>

  • Il existe de multiples versions de la représentation du Baphomet. Un templier dit même avoir vu le Baphomet à Paris en 1307, il s’agit du frère  Larchant. Il précise qu’il s’agit d’une tête que les frères l'adoraient, la baisaient et l'appelaient leur Sauveur. Sa forme diffère. Elle est tantôt masculine, jeune ou vieille, avec des cheveux noirs et crépus ou blancs et lisses, parfois couronnée, imberbe ou barbue; tantôt féminine à « la semblance d'une fée ou de la Vierge »; elle peut avoir deux ou trois faces. Certains témoins la disent hideuse et noire comme « la face d'un infidèle », c'est un maufé (un diable ou diablotin), aux dires de Radulphe de Gisy, avec des yeux brillants, provoquant une grande frayeur, mais elle est parfois angélique et androgynale. (19)

Dans presque toutes les descriptions du Baphomet ressort deux caractéristiques principales, e celle d’être une idole androgyne et celle d’être née de la rencontre entre templiers chrétiens et des musulmans de Palestine qui auraient fait un syncrétisme entre leur foi en Allah et une adoration idolâtre précédant la venu du prophète. Mais selon l’historiographe américain Legman, elle n’aurait qu’une seule raison d’être: celle de « dissimuler, sous le couvert d’une cérémonie, ce qui est essentiellement une fête sexuelle » (20).

Dépassons ce titre énigmatique et voyons de quoi il retourne au fil des pages de cet ouvrage. Lorsque nous abordons Le Baphomet, nous pensons d’abord avoir à faire à un classique roman historique qui reprend un des épisodes les plus fameux des Rois maudits, saga écrite par Maurice Druon (et son « atelier ») soit la destruction de l’Ordre du temple et la mise à mort de ses chevaliers. Cet épisode de l’Histoire de France a nourri bien d’autres romans comme Le bois du templier pendu d’Henri Béraud.

Le style de la narration est distancié et assez sèche. Toutefois l’auteur parsème tout de même son récit de quelques « moyenagisme ». Pour faire une comparaison littéraire exactement contemporaine à la parution du Baphomet, on pense aux romans situés au moyen-âge de Zoé Oldenbourg (21) mais un roman de Zoé Oldenbourg qui serait écrit à l’os. Le récit expose la machination qu’ourdi une châtelaine pour agrandir son fief en utilisant son pupille comme appât pour compromettre les templiers dont elle lorgne les terres qui jouxtent son domaine.

Avant d’aller plus en avant il nous parait utile de rappeler que le mythe des templiers génère  dans bien des esprits faibles une des têtes de l’hydre conspirationiste comme le constate le personnage de Jacopo Belbo dans Le pendule de Foucault d’Umberto Ecco: << Le fou, on le reconnaît à la liberté qu’il prend par rapport au devoir de preuve, à sa disponibilité à trouver des illuminations. Et ça vous paraîtra bizarre, mais le fou, tôt ou tard, met les Templiers sur le tapis. >> (page 99).

Le philosophe allemand  Hans Bluher (1888-1945) dans son ouvrage Le rôle érotique dans les sociétés masculine (1919) appuyait ses théories sur les bienfaits qu’apporterait une société virile, élitiste et inégalitaire sur l’exemple de l’ordre des templiers. Une société dans laquelle une aristocratie de jeunes hommes unis par des liens de l’amour serait chargée de gouverner et de dominer le reste de la société. Il est fort possible que P.K, parfaitement bilingue français-allemand, ai eu connaissance des idées et des ouvrages de Bluher fort en vogue dans l’entre deux guerres.

La natures des accusations portées contre les templier depuis des siècles est génératrice de fantasmes sexuels. L’église les accusait de s’adonneraient à une forme de baiser ignominieux, un baiser « au bas de l’épine dorsale ». Des statuts secrets auraient obligé chaque nouvel initié à se livrer au péché de sodomie avec tous les membres de l’ordre qui iraient le solliciter. Dans L’adolescent immortel P.K reprend cette légende noire comme moteur de son intrigue.:

<< Malvoisie

Lors de notre dernière réunions nous avons décidé à l’unanimité  de ne plus choisir chacun pour soi son garçon à promouvoir mais la mise en commun d’un seul enfant exceptionnel digne d’être initié à ce qu’il figurait pour notre salut (…) Cette initiation doit être assurée  par celui de nos frères qui l’aurait trouvé! Donc par vous Frère Lahire! (A.I page 47)>>.

 

 

Le lecteur se sent d’autant entrer de plein pieds avec le genre du roman historique que l’auteur semble se conformer aux habitus chers à ce type de romans en y mêlant des êtres de fiction avec des personnages historiques tel le roi de France Philippe Le Bel ou encore le grand maitre de l’ordre du temple Jacques de Molay. P.K. fait en quelque sorte aussi allégeance au genre en dotant l’une de ses figures secondaire du même nom que l’un personnage d’Ivanhoé le célèbre roman de Walter Scott, le maitre de cette littérature. Mais ce n’est qu’un trompe l’oeil, la partie historique n’est que le prologue du roman.

Le Baphomet n’inaugure pas chez P.K le principe de l’intrusion de personnages réels dans ses fictions. Ils peuvent y figurer sous leur nom ou sous des pseudonymes. Dans Le souffleur, comme nous l’avons déjà signalé, apparait la figure de Gide mais aussi celles de Lacan et de Roland Barthes.

Le Baphomet n’a pas non l’exclusive dans l’oeuvre de P.K d’un commencement en décalage avec le reste de l’ouvrage. C’est aussi le cas pour son premier roman La vocation suspendue qui débute par un cours essais sur la littérature française à la sortie de la seconde guerre mondiale, un peu dans l’esprit de La littérature à l’estomac de Julien Gracq.

P.K explique le besoin d’écrire le Baphomet par la résurgence des visages de ses camarades de collège: << Je venais d’achever la dernière partie des Lois de l’hospitalité lorsque, durant notre séjour estival de 1964 au château de Chassy (propriété de son frère le peintre Balthus), l’envie me vint de reprendre certaines émotions de mon adolescence. Il en résulta l’épisode du jeune Ogier s’offrant à Damiens, publié d’abord sous le titre “La chambre de méditation.>>

 

 

Dans la première partie du livre, nommé curieusement prologue, est exposée la machination concoctée par le roi de France, Philippe le Bel pour détruire l’Ordre du Temple. Le roi a décidé de supprimer l’ordre essentiellement pour des raisons financières (22), les caisses du royaumes sont vides. Il veut récupérer la fortune de l’orde, que l’on dit immense, mais aussi parce que c’est une sorte d’état dans l’état qui échappe à son pouvoir.

Le personnage central de cette première partie est un adolescent de quatorze ans du nom d’Ogier. Il est le pupille de sa châtelaine de tante, Valentine de Saint Vit qui veut récupérer une partie de son domaine donnée par son aïeul à l’Ordre du Temple. Par cupidité elle va profiter de l’hostilité général envers l’Ordre pour ourdir une machination pour discréditer les chevalier. Elle imagine d’offrir son accort neveux comme page à la commanderie pour au minimum espionner ce qui s’y passe à l’intérieur. On soupçonne que les chevaliers s’adonnent à l’alchimie et qu’une partie de leur immense fortune viendrait du pouvoir qu’ils possèderaient de transformer le vil métal en or. Mais surtout Valentine de Vit caresse le secret espoir que les charmes du joli Ogier vont opérer sur un ou plusieurs chevaliers. Ce qui permettra d’étayer l’accusation principale que l’on porte sur eux, celle d’être des sodomites donc d’être passible du bucher.

 

 

Ce qui devait arriver, arriva. Le commandeur des templiers découvre qu’un chevalier pratique des moeurs « abominables » avec le jeune Ogier et que ce dernier est adoré en tant que Baphomet dans l’oratoire du temple. Ogier meurt pendu au terme d’une cérémonie rituelle. Fin du prologue.

Nous avons éprouvé le besoin, après le prologue de trivialiser le récit de P.K, chapitre après chapitre pour faire fi des simulacres qui l’encombrent ou qui l’ornent, selon des lectures possible du Baphomet.

C’est suite à la mort d’Ogier que le roman commence véritablement ou plutôt se transforme en un conte théologique. La véritable action se situe dorénavant outre temps, aussi bien dans le présent de l’écriture du roman que dans les siècles précédents et aussi dans un outre-monde qui n’est pas celui des chrétiens mais dans un espace suspendu, dans lesquels les êtres qui ont vécus et ceux qui doivent naitre existent à l’état de souffle. Un non lieu qui rappelle la manière dont les anciens romains concevaient le royaume des morts.

Sans transition dans ce qui est le premier chapitre de l’ouvrage, le lecteur se trouve confronté à la voix de Jacques de Molay. L’ectoplasme du grand maitre s’élève. Il scrute l’horizon. C’est l’Ile de France à une époque contemporaine à l’auteur qu’il découvre: << Dans ce vallonnement de la Seine, aucune aile de moulin mais à perte de vue un relief lapidaire hérissé de carcasses métalliques le long des deux rives.>> BA (page 53). Cette description d’un paysage moderne, avec la belle comparaison des immeubles tels des pierres levées, mais en dépit de cette image poétique, est grosse d’amertumes et de regrets. L’esprit du grand maitre semble dire à l’homme qu’avez vous fait de la belle nature médiévale. Cette vision passéiste du paysage montre que P.K à toute sa place chez les anti-modernes selon Antoine Compagnon qui précise à son propos: << Klossowski menait ainsi la tradition anti moderne jusqu’à Breton et au surréalisme. Pourquoi pas?>> (23). Si on peut sans peine classer P.K dans les anti moderne, il ne faudrait pas le voir   politiquement comme un réactionnaire. P.K est un anti moderne admirateur de Saint-Just qui dans son essai La monnaie vivante se livre a une critique sévère du monde capitaliste et nous propose en contrebande une analyse marxiste de l’érotisme sadien. La monnaie vivante est avec La France contre les robots de Bernanos l’un des textes les plus anti modernistes de la littérature française du XX ème siècle. Contrairement à Bernanos c’est plus la marchandisation des corps que la mécanisation de la société qui révulse Pierre K.

 

 

Toujours dans ce premier chapitre après sa vision navrée de ce que son pays est devenu, l’esprit de Jacques de Molay (1244-1314), entend la voix de Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) qui représente le monde baroque opposé à celui de Jacques de Molay qui, lui, serait le porte parole du monde gothique. Une sainte assez étrange si nous nous fions au sentiment qu’elle inspire au Grand Maitre: « la sainte semblait moins que quiconque se soucier de la résurrection des corps » (BA page 107) Nous apprenons que l’ancien maitre du temple est chargé de garder les souffles de ceux qui expirent chaque jour, puis, de maintenir chez les souffles, l’individualité qui leur assurait de leur vivant d’être ce qu’ils étaient chacun dans un corps distinctif qui faisait leur moi. Il a la consigne de les garder jusqu’au jour du jugement dernier; or le jugement dernier est ajourné de siècle en siècle. La mention du jugement dernier indique que nous ne sommes pas au delà du bien et du mal. Le concept du jugement dernier induit la responsabilité d’actes vécus dans un corps donné. Depuis son premier texte publié, son essai sur Sade, P.K s’interroge sur la séparation du corps et de l’âme: << Le plus grand crime que je puisse commettre, ce n’est pas tant d’ôter son corps à autrui, c’est de désolidariser mon corps d’avec ce moi-même, institué par le langage.>>.

Sainte Thérèse annonce une grande nouvelle: Celle que le nombre des élus est clos (un jansénisme extrême). Autrement dit: le ciel affiche complet! Ce qui explique que Jacques de Molay, soit submergé par les souffles dont il est une sorte de magasinier… Thérèse fait cette révélation alors qu’elle a pris l’aspect d’un serpent d’airain niché dans la commanderie de Saint-Vit qui serait en ruine dans le présent de l’écriture du livre mais intacte, parfois mais pas toujours, dans cet outre-monde surpeuplé de souffles.

Dans le troisième chapitre Jacques de Molay erre dans ce qui reste de l’abbaye de Saint Vit dans l’attente de sa réincarnation quand au milieu des ruines et des déchet lui apparait l’érotique vision d’Ogier supplicié:

<< Sous la haute voute cintrée, en suspend dans le vide, tournait lentement sur lui même le corps tout nu d’un superbe adolescent: les yeux clos, la tête pendante, hérissée d’une immense chevelure noire répandue en abondantes boucles sur ses frêles épaules - un lambeau de corde au cou. Dans sa rotation s’offrait sous toutes ses faces l’épiderme livide de sa poitrine et de son ventre, de ses flancs lisses et de ses fesses fermes et le galbe parfait de ses jambes: sans le phalle court et large, les testicules rebondis, on l’eût pris pour une fille;>> BA (page 86)

Nous remarquerons qu’encore une fois pour désigner le sexe du garçon P.K. choisit l’évitement de la crudité en utilisant un mot rare: Phalle dont le dictionnaire donne cette définition: << Représentation de l'organe sexuel masculin en érection en tant que symbole de puissance.>>. Dans la littérature française du XX ème siècle on trouve déjà trente ans auparavant chez Queneau: << Détailler les phalles de messieurs et les mottes de dames, que ni d'Adam ni d'Ève elle ne connaissait.>> (Queneau, Enfants du limon, 1938 page 36).

Le grand maitre est d’abord hébété puis ébahi par la vision du bel adolescent pendu. Il s’interroge sur sa corporalité alors que lui n’est qu’un ectoplasme. Il fait alors la supposition  que c’est << le souffle suprême qui le sustente>>. Le garçon n’est plus le Baphomet mais est toujours l’objet de l’adoration et l’éphèbe pendu se substitue au crucifié dans un comble de l’hérésie. Le souffle du grand maitre tente de pénétrer la bouche de l’adolescent mais celle-ci est close.

<< Vexé de ce que les orifices nobles - la bouche, les oreilles, les narines, ces symboles de la profération, de l’assentiment aide la réprobation - lui demeurassent interdit, il s’était emporté à tourbillonner plus bas (…) longuement il hésitât devant l’orifice d’ignominie. Si l’accès de l’anus restait également interdit il fallait se rendre à l’évidence du moins que le ciel soutenait ce corps d’adolescent dans le vide (…) Voici que scellant l’anus, brillait le diamant d’un anneau frappé aux armes du saint ordre.>> B.A page 104-105

Le grand maitre en déduit que le coupable de la profanation est Malvoisie et qu’après avoir possédé le corps de l’adolescent il avait voulu laisser sa marque. Et puis soudain l’espace d’un instant le garçon reprend vie et son sperme jaillissant sur le souffle du grand maitre ce dernier retrouve son corps sa face ruisselante de la semence du supplicié - fin du III ème chapitre.

Dans le chapitre suivant Jacques de Molay, avec son « corps du péché » est projeté au jour anniversaire de son exécution. Ce jour rassemble les souffles de ses frères chevaliers suppliciés  qui pour l’occasion retrouve leur corps lors d’un festin et d’une grande cérémonie. Dans celle-ci templier qui commémorent la destruction de l’ordre ont pour rite de cracher sur la croix. Ils marque ainsi leur allégeance  au docétisme, hérésie selon laquelle le Christ n’aurait jamais pris corps, ne serait jamais mort sur la croix. Il faut rappeler que la raison d’être des Templiers était à l’origine  de protéger le sépulcre vide en Terre sainte. On constatera que Jésus est peu présent dans la théologie de P.K. et que Marie en est totalement absente si l’on excepte sa représentation dans le dessin intitulé La nef des fous.

Les souffles, à travers les siècles, emprunte des corps… P.K illustre par là, sa théorie que l’apparence du corps est illusoire, que toute incarnation est provisoire. Le grand maitre de l’ordre ne profère-t-il pas: <<Mais qu’est-ce qu’un corps pour un souffle si ce n’est sa dissimulation.>> (BA page 115) Suggérant ainsi l’idée d’une migration des âmes (des souffles) dans le temps de corps en corps, d’apparence en apparence mais aussi validant dans un même processus, l’incarnation du père en Jésus… Au cours de cette cérémonie d’anniversaire, les templiers sont hantés par différentes puissances spirituelles pour la raison qu’il existe une doctrine secrète qui veut que ce que pourquoi, ils ont été condamnés, ils le vivent au delà de la mort. Il n’y a pas d’interruption entre la vie et la mort.

Dans le chapitre V, toujours dans la commanderie de Saint Vit, dans un autre temps, mais qu’est-ce que le temps pour un souffle? Le Grand Maitre se trouve brusquement face à Ogier mais cette fois non supplicié. Le garçon répond à la banale question que le grand maitre lui a adressé: << Que fais-tu là?>>: << C’est pour me faire adorer, ô Grand Maitre, que je me suis fait pendre. Pendu je me suis trouvé moi-même adorable, m’adorant moi-même dans l’attente d’un adorateur!>> (BA page 121). Ce qui nous parait une définition originale mais juste de la masturbation… La rencontre se termine par le viole d’Ogier par le Grand Maitre:

<< Le Grand Maitre saisissant le jeune garçon au collet, lui fit sauter le pourpoint. La chemise se gonflait d’une poitrine haletante: ce que voyant avec rage, Sire Jacques la fendit: aussitôt jaillirent, albâtres deux seins de jouvencelle. Le prétendu Ogier de Beauséant, la tête renversée, les paupières mi-closes, gardait les lèvres entrouvertes…>> (BA page 123-124)

Cette scène sexuelle est en rupture avec les précédentes. L’objet de la concupiscence du Grand Maitre change de sexe au cours du viole. Par là P.K illustre l’aléatoire de la forme que peut prendre un souffle qui peut habiter indifféremment un corps masculin ou féminin. L’agression est interrompu par une action divine jupitérienne sous la forme d’un éclair foudroyant le couple.

Lorsque le chapitre VI s’ouvre le souffle de Jacques de Molay habite le corps d’un frelon qui volette au dessus d’un gigantesque corps féminin que le souffle pressent être celui de Thérèse. Ce qui pourrait induire que dans le chapitre précédent lors de l’assaut du Grand Maitre le corps d’Ogier aurait pu muter en celui de Thérèse…

Dés l’incipit du chapitre VII, nous apprenons que le souffle du Grand Maitre a retrouvé son corps humain, plus exactement celui du jour où il périt terrestrement sur le bucher. Jacques de Molay implore en rampant Ogier. Entre les deux s’établit ce que nous nommerons par facilité un dialogue philosophique. Ogier professe l’insignifiance de chaque souffle qui au fil des siècles habitent des formes différente. L’homme n’étant qu’une parmi les espèces voulues par Dieu: << Il a aussi créé les mouches pour vous inspirer une plus haute idée de vous mêmes! Mais si tu gardais maintenant la liberté, tu saurais qu’il n’est point de différence entre les félicité du séraphin au pied de son trône et celle du frelon qui se délecte de la sueur de mon nombril!>> (BA page 137). Au cours de leur échange Ogier se transforme mi adolescent mi jouvencelle il est le Baphomet!

Le chapitre VIII nous invite au repas commémoratif des chevalier fêtant rituellement, comme chaque année l’anniversaire de leur supplice. Comme parfois et d’une manière des plus inopinée P.K insuffle une solide dose d’humour. Cette fois c’est au milieu d’une controverse théologique lorsque le souffle du pape Clément admoneste l’esprit de Jacques de Molay:

<< Sois donc vigilant dans ton saint ministère et cesse de donner asile à celui qui disait que : tous les dieux moururent de fou rire à entendre l’un d’eux se nommer dieux unique ! Tu sais de qui nous parlons : si tu ne nous as livré d’ici l’aube Frédéric l’Antéchrist qui s’est introduit chez toi sous l’apparence du tamanoir – dès le soleil levé sur de nouveaux agonisants nous te chasserons de ta forteresse et t’obligerons à déguerpir dans les cercles inférieurs de ton passé pour lors inutile ! Malheur à qui se parjure autant de fois qu’il y a de demeures dans la maison du Père ! >>

 

Nait alors un savoureux quiproquo: Jacques de Molay pense que Clément parle de l’empereur Frédéric II, que la papauté dénonçait au treizième siècle comme l’Antéchrist, alors que dans l’esprit de Clément c’est de Nietzsche qu’il s’agit. Le philosophe du gai savoir pour pénétrer dans la commanderie a pris l’aspect d’un tamanoir, sans doute une extravagance du philosophe qui extravaguait considérablement dans ses dernières années. Le souffle du feu pape serait donc bien informé des nouveautés philosophiques alors qu’il semble qu’il n’en soit pas de même pour le grand maitre

 

Dans Sade mon prochain, P.K. décrit le processus de pensée qui fait naitre chez Sade ses visions de scènes sexuelles, c’est le même à l’oeuvre chez Jacques de Molay.

<< C’est pourquoi une même situation délictueuse que ce rêveur imagine ne cesse pas de se représenter à son esprit : le temps vide de leur contenu les actes délictueux du passé et laisse subsister l’image des choses auxquelles ces actes se rapportent ; l’image des choses et des êtres devient une présence provocatrice d’actes nouveaux dont le projet ne parvient pas à épuiser la provocation.>>.

 

Le chapitre se poursuit par une scène fracassante: l’entrée d’Ogier chevauchant un tamanoir (sans aucun doute un tamanoir géant)  comme nous le savons déjà est le simulacre de Nietzsche. La bestiole d’une voix caverneuse émettra une fameuse sentence du philosophe: << Quand un dieu se proclama le dieu unique, tous les autres dieux moururent de fou rire!>> (BA page 188). Petite incise animalière, le tamanoir originaire d’Amérique centrale n’est connu en Europe qu’à la fin du XVI ème siècle. Le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, nous apprend que le fourmilier est un "animal mystérieux vivant de fourmis et de termites. Son symbole  est plutôt redoutable et néfaste. il est chargé de puissances occultes et il émet de dangereuses effluves. Le choix d’un tamanoir pour personnifier Nietzsche signifierait-il un rejet du philosophe, naguère grande admiration de P.K.

Ce dernier chapitre se termine par la décapitation de Philippe le Bel transformé tel Saint Denis en céphalopore scène qui fait se demander si P.K. n’aurait pas été un fervent du Grand Guignol?

 

L’épilogue qui va de la page 209 à la page 223, dernière page du roman, offre un coup de théâtre au lecteur. Il met en scène Damiens que l’on a déjà rencontré en tant que dernier chapelain de la commanderie et Ogier. Ils sont dans la cellule de Damiens que l’on a quitté observant derrière un pilier de la grande salle de la commanderie les agapes cérémonielles d’anniversaire du supplice du Grand Maitre et de ses compagnons. Damiens est couché. Il cherche le sommeil. Ogier s’installe sur le lit de Damiens. Le dialogue s’installe. L’étonnement du lecteur vient lorsque Ogier s’enquiert si Damiens n’est pas triste << que l’on vous ait un peu brusquement séparé de votre gracieuse épouse et que pour lors, logé à l’hostellerie des dames, elle ne soit venue auparavant vous donner le baiser vespéral.>> (BA page 211). Nous comprenons que nous ne sommes plus, comme précédemment dans un outre-monde moyenâgeux. Tout s’éclaire lorsque Damiens s’interroge au sujet des agissements d’Ogier: << Cet assaut de sollicitude me sembla suspect: voulait il prendre soin aussi de la plus grande de mes faiblesses - ma dépendance de Roberte?>> (BA page 212). Tout est dit Damiens n’est qu’un simulacre d’Octave dont le souffle habitait déjà le Damiens chapelain de jadis.

 

 

Si plus haut nous avons sollicité les mânes de Freud, c’est cette fois à celles de Lacan que nous en appelons. Essayons nous un peu à l’onomastique. Il serait naïf lorsque l’on se penche sur les écrits de quelqu’un qui a fréquenté de longues années la société de psychanalyse de penser que le choix des noms des personnages de ses romans ne serait pas signifiant. Le nom de Saint-Vit, la tante accaparatrice d’Ogier n’a pas été choisi au hasard. Dans ce nom on entend vit, mot qui est devenu un peu précieux au XX ème siècle pour désigner le pénis qui est ici sanctifié… Terme que P.K., spécialiste de Sade, a croisé bien des fois chez son aimé marquis: << Le coquin bandait ferme, et Lila, nue, nous l'amenait par le bout du vit.>> (Marquis de Sade, 1801, Histoire de Juliette). La belle,Valentine est aigrie par la mort d’un mari l’ayant laissée sans descendance. Ce qui est pour un Saint-Vit un comble. Sous le drame, l’humour de P.K n’est jamais loin. Continuons dans l’onomastique triviale, le neveu de Valentine, qui va devenir l’objet de désir de tous les chevaliers concupiscents se nomme Beauséant que l’on peut traduire d’une façon peu élégante mais plus explicite en regard de l’intrigue par: beau cul! En ce qui concerne Lahire la référence immédiate est celle du valet de coeur dans tous les jeux de cartes, ce qui se passe de commentaire mais c’est aussi un personnage historique valeureux ce qui lui a valu cet honneur qui le fait passer à la postérité grâce à… la belote. Lahire est le surnom qu’acquit en raison de son caractère colérique Étienne de Vignoles né vers 1 390 et mort le 11 janvier 1443 à Montauban, compagnon de Jeanne d’Arc (comme Gilles de Rais). Il était célèbre en son temps pour sa bravoure. En ce qui concerne le Rival de Lahire, Malvoisie c’est le nom d’une commanderie des templiers située dans le Péloponnèse.

Pour en rester dans la lexicologie nous remarquerons que l’on trouve souvent chez P.K un évitement du vocabulaire chrétien. Ainsi dans le Baphomet « souffle » pour âme, « pur esprit » pour Dieu mais pour ce dernier terme l’auteur peut aussi désigner une âme pure

 

 

On retrouve dans le Baphomet, entre les souffles le principe de l’incommunicabilité exposé dans « Roberte ce soir » (page 43):

<< C’est le principe selon lequel l’être d’un individu ne saurait s’attribuer à plusieurs individus et qui constitue proprement la personne identique à elle même.>>

Dans la revue Spirale de Janvier-février 2002 Thierry Tremblay donnait son explication sur ce qu’est « le souffle » pour P.K.:

<< Les souffles très compliqués du Baphomet poursuivaient également la ressemblance d'un corps. Il ne s'était en effet pas agi pour Klossowski de formuler les structures de la pneumatologie (science des esprits), mais de dire plutôt concrètement les vi- vantes intelligences séparées, d'en faire des personnages. Le problème était que, essentiellement incorporels, les souffles désiraient les corps — ceux-là même que nous nous sommes impartis —, et ils se donnaient à voir cette adorable matérialité à partir d'« espèces » immatérielles (car ces souffles étaient thomistes) ; ils voulaient exister à partir du corps alors qu'ils ne subsistaient guère qu'à partir de l'esprit ; ils fuyaient la bienheureuse indifférence qui se confond ici en fusion avec leur Principe (petit souffle confondu dans l'indifférence du Grand Souffle). >> (24)

 

Le discours théologique ou plutôt le pastiche du discours théologique dans Le Baphomet a pour fil rouge le questionnement sur la survie des âmes après la mort et la forme que pourrait prendre cette survie. P.K. prend ses distances avec le dogme chrétien de la survie des trépassés. Tentant de répondre à la question du devenir des âmes séparées de leurs corps dans cet intervalle entre la mort et la résurrection pour le jugement dernier ?  Mais comment en ce jour tant attendu trier le bon grain de l’ivraie puisque les souffles des expirés sont privés de toute identité ou auraient des identités multiples acquises au fils des siècles, exempts par conséquent, de toute responsabilité ; de surcroit leur condition les empêche de distinguer vertu et vice. Il est donc impossible de « trier » les souffles expirés, et de distinguer en eux les marques « de la malice ou de la probité, de la générosité ou de l’avarice » (BA page 89). Nous voyons là une grave contradiction dans le théologie klossowskienne. Dans son roman Le Baphomet P.K. semble avoir tenté une sorte de syncrétisme mystique. De cette ambition, il résulte surtout ce qui nous apparait comme un carambolage des mythes. Mais nous croyons qu’en lisant P.K s’est fait trois ans moine, il ne faut jamais oublier ce qu’écrivait de lui son ami Georges Bataille: << Le prêtre, la messe, les sacrements, tous les accessoires du culte autant que le nom de Dieu sont indispensables à l’expression de Klossowski.>>.

Si dans le roman nous séparons les scènes érotiques pédérastiques des interrogations mystiques ,en ne considérant que ces dernières, elles font de P.K. un écrivain de la gnose. Mais continument dans tout le développement du récit nous assistons à la mise en question des dogmes chrétiens par la philosophie nietzschéenne. P.K ne se résout pas à cette collision de ces deux courants de pensée incompatibles mais tente une conciliation entre eux. Il ne faudrait pas cependant réduire seulement l’aspect philosophique du roman à l’affrontement entre la foi chrétienne et le cercle vicieux nietzschéen. La pensée de P.K, lorsqu’il rédige Le Baphomet, est imprégné de bien d’autres forces intellectuelles. Concomitamment à la rédaction de son roman P.K traduit l’Enéide d’où une résurgence sans doute chez lui des mythes de la religion des anciens romains. D’autre part le début des années 60 voit la naissance de ce que l’on a appelé le réalisme fantastique. Un mouvement qui s’intéresse entre autres à l’alchimie aux sociétés secrètes et au mystère qui nimbe l’ordre du Temple. L’auteur paye également sa dette envers les libertins des XVII ème et XVIII ème siècle, autant d’influence qui sont perceptibles tout au long du roman.

 

 

L’adolescent immortel

Disons le d’emblée pour confirmer le titre de cette étude, qu’avec L’adolescent immortel, son dernier texte, paru en 2001, année de sa mort, P.K. a succombé totalement à la tentation pédérastique.

Le texte reprend les personnages et la situation du prologue du Baphomet. La forme du texte est presque celle d’une pièce du théâtre classique, même si nous n’y trouvons pas d’unité de temps mais en revanche presque celle de lieu, quasiment toute l’action se déroule à l’intérieur de la commanderie des templier de Saint-Vit. Comme les tragédies classiques L’adolescent immortel est découpé en cinq actes, ici appelé parties. Chacune est elle même divisée en scènes que P.K nomme séquences.

C’est sans doute en raison de cette analogie avec les règles du théâtre classique, qui fait, que lorsque nous nous adonnons à ce vice impunie qui est celui de la littérature comparée, la lecture de L’adolescent immortel évoque immédiatement celle de La ville dont le prince est un enfant d’Henry de Montherlant. Les templiers de Saint-Vit n’ont ils pas pour but de faire d’un enfant, ici le bel Ogier, le prince de leur commanderie ou plutôt l’idole de celle-ci.

Le mélange de rites chrétiens et païens dans ce livre convoque aussi un double antique. Lahire et Malvoisie se disputent les faveurs d’Ogier comme Encolpe et Ascylte celles de Giton dans le Satiricon. Par ailleurs plusieurs séquences évoque le martyr du christ. Ogier faisant office de prophète invitant ses frères à un dernier repas (A.I page 133) est une référence à la Cène. La fustigation d’Ogier par Ali (AI page 77) évoque quant à elle, la flagellation de Jésus.

 

 

Nota:

- 19 d’après un site dédié aux templier: https://templiers.net/symbolique/index.php?page=le-baphomet-bernard-marillier (consulté le 23/08/2025

- 20 Gershon Legman, La Culpabilité des Templiers (The Guilt of the Templars, 1966), trad. Martine Laroche, Paris, Tchou, 1970, p. 19. Gershon Legman est un historiographe et folkloriste américain (1917-1999)

- 21  Zoé Oldenbourg, écrivain connu pour avoir écrit plusieurs gros romans se déroulant au moyen-âge: Argiles et cendres, La pierre angulaire, Les brûlés…

- 22 L’ordre du temple est dissout définitivement sous Philippe le Bel et le pape Clément V à la date du 13 mars 1312.

- 23 Antoine Compagnon dans Les anti moderne, page 187 se réfère au prise de position de P.K en 1939 alors qu’il est membre du Collège de sociologie au coté de Bataille, Caillois et de quelques autres.

- 24 Thierry Tremblay, L’invention de Pierre Klossowski, Dans la revue Spirale de Janvier-février 2002, https://www.erudit.org/fr/revues/spirale/2002-n182-spirale1050354/17875ac.pdf, (consulté le 14/08/ 2025

- 25 « traduction » proposée par Guilhem Duval  sur son site https://www.guilhemduval.fr/work-quidest.html (consulté le 17/8/2025

 

 

Bibliographie

 

Oeuvre de Pierre Klossowski

- L’adolescent immortel de Pierre Klossowski, Gallimard/Le promeneur 2001, est désigné dans le cours du texte par (AI)

- La vocation suspendue, Pierre Klossovsky, L’imaginaire Gallimard, 1950, V.S.

- Le Baphomet, Pierre Klossowski, L’imaginaire Gallimard, 1965 (BA)

 

Sur Pierre Klossowski

- Pierre Klossowski, Europe n° 1034-1035, juin juillet 2015 (EK)

- Le secret pouvoir du sens, Entretiens, Pierre Klossowski - Alain Jouffroy, édition Ecriture 1994 (SPS)

 

Bibliographie générale

- Les anti modernes, Antoine Compagnon, Folio essais 2016

- Raoul Ruiz, Poétique du cinéma 1 (Miscellanées), Dis voir, Paris, 1995

 

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La potiche a peur en rouge

14 Novembre 2025, 07:31am

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Depuis juin 2018, je me désole de la disparition des ondes de France-culture des Papous dans la tête. Certes on peut retrouver les anciennes émissions à l'adresse suivante: L'émission Des Papous dans la tête sur le site de France Culture [archive]

Mais ce n'est tout de même pas pareil. Une des contraintes que je préfèrais, était l'homophonie bien tempérée et voilà, O joie, que je retrouve cet hilarant exercice littéraire dans "La potiche à peur en rouge" de l'huysmansien distingué qu'est Pierre Jourde. La livre est préfacé par un ancien papou Hervé Le Tellier. La lecture de Huysmans, problématique sans un bon dictionnaire sous le coude, même pour un érudit comme Pierre Jourde, a du lui inspirer pour se détendre, ces drolatiques fables express dont voici deux exemples:

 

 

Le second conseillait au maitre d'équipage,

Dont le vit monstrueux ne restait jamais sage,

De cesser d'enfiler d'antiques matelots

Pour se glisser au fond d'un joli petit lot.

L'étroit mousse queutard! 

 

 

Jacques Duclos, ce nabot fanatique,

ce stalinien rompu aux ruses dialectiques,

Tartuffe aussi perfide que sectaire,

Visita un jour la raffinerie de Berre

Nains sectaire et fourbe dans Berre 

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Vieux nègres, un inédit de Morand dans L’Intran 28 juin 1928

11 Novembre 2025, 09:29am

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un inédit de Montherlant: Taureaux à Paris dans l'Intransigeant du 18 juin 1925

9 Novembre 2025, 08:17am

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Patrick Procktor le secret de David Hockney de Fabrice Gaignault

31 Octobre 2025, 08:30am

Il serait injuste de désespérer de l’édition française, en témoigne cette inattendue découverte lors d’une de mes musarderies dans une librairie parisienne où j’ai eu la surprise de tomber sur un livre sur le peintre Patrick Procktor. Artiste de grand talent mais quasiment inconnu (sauf pour les visiteurs de ce blog) de ce coté ci de la Manche. Le livre se veut une biographie du peintre doublée d’un essais gonzo (entendez par là que l’essayiste, Fabrice Gaignault, se met en scène dans son ouvrage) tentant de démontrer que Procktor aurait grandement influencé les débuts de son ami David Hockney.

 

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Patrick Procktor

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 1967, Nicholas and Keith

 

Le livre aurait du être illustré par des reproductions de tableaux des deux artistes pour corroborer cette intuition, pour démontrer la proximité du style et de l’inspiration des deux peintres. Mais un avant propos nous révèle qu’au dernier moment les ayants-droits de David Hockney et de Patrick Procktor ont retiré leurs autorisations de reproductions des oeuvres. Ce dont se plaint amèrement l’éditeur dans cette préface. Editeur assez benêt à cette occasion, car il aurait bien du se douter qu’une thèse rabaissant l’originalité de l’oeuvre de David Hockney ne pouvait pas plaire à son marchand pas plus qu’aux acquéreurs privés ou public de la dite oeuvre. Elle ne pouvait pas non plus être apprécier par la galerie de toujours de Procktor, qui gère toujours les oeuvres de l’artiste, quand le livre rend responsable la dite galerie de la relative obscurité dans laquelle se trouve aujourd’hui le travail de Procktor. Or donc nous avons entre les mains un ouvrage sur un peintre dans lequel on ne voit aucune de ses peintures. Les seules illustrations consistent en quelques photos de Procktor à différents stades de sa vie. Certes les oeuvres de Procktor sont facilement visibles sur la toile mais c’est tout de même dommage. Je pense qu’avec un peu d’habileté l’éditeur aurait pu s’éviter le camouflet des ayants-droit, ce qui ampute le livre qu’il édite. 

 

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Patrick Procktor, Still Life with Cat, 1989

 

Par ailleurs, Fabrice Gaignault a bien travaillé et à force de rencontre documente bien ce que fut le monde de la peinture anglaise dans la deuxième moitié du XX ème siècle. La thèse comme quoi Procktor aurait aidé Hockney à accoucher de son oeuvre est défendable même si elle n’est pas évidente. Il reste que ce livre est salutaire pour la mise en lumière de Procktor, artiste qui n’est pas actuellement à sa juste place dans l’histoire de l’art. Le livre est écrit d’une plume élégante même si je reproche le ton souvent trop péremptoire des propos et si je ne suivrais pas Gaignault dans son mépris pour Stephen Tennant.

 

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1968 

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Procktor Gervase VII

 

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Procktor Ronnie Cohen (1967)

 

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Hockney and Procktor Playing Chess (1967) photographiés par John Kasmin

 

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David hockney et patrick procktor en 1969 à st tropez

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Hockney and Amaya, Lucca (1967) Patrick Procktor

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Le complexe d'Eden Bellwether de Benjamin Wood

30 Octobre 2025, 09:36am

Le complexe d'Eden Bellwether de Benjamin Wood (réédition complétée)

Je profite de la parution de l'édition de poche de ce roman pour republier mon billet qui lui était consacré et vous répéter combien je conseille sa lecture.

 
Le complexe d'Eden Bellwether de Benjamin Wood (réédition complétée)
 
 
Le complexe d'Eden Bellwether de Benjamin Wood (réédition complétée)
 
 

J'ai toujours eu un fort tropisme pour les « novel campus », genre presque exclusivement anglo-saxon; un peu par la force des choses car, qui par exemple aurait l'idée saugrenue de situer une intrigue dans une de nos universités qui sont essentiellement des lieux où tiédissent les lascars...

Or donc, à l'automne 2002, Oscar, 20 ans, aide soignant dans une luxueuse maison de retraite de Cambridge, passant devant la chapelle du King College, est subjugué par les bouffés d'orgue qui lui parviennent. Bien qu'athée, il entre dans l'édifice religieux. Il y repère bien vite une fille de son âge qui, comme lui, est captivée par la musique mais peu par l'office.

« Les seuls moments où la jeune fille blonde se tenait tranquille, c’était quand le chœur chantait. Sa poitrine se soulevait, ses lèvres frémissaient. Elle paraissait intimidée par la tapisserie des voix, la clarté du son, les harmonies qui enflaient et inondaient l’espace béant au-dessus de leurs têtes. Oscar la vit battre la mesure sur son genou jusqu’à l’Amen final. Le chœur s’assit, et le silence, tel un parachute déployé, descendit dans la chapelle »

L'intérêt est réciproque. Ils font connaissance. Elle s'appelle Iris et l'organiste virtuose n'est autre que son frère, Eden B. Iris et Eden sont issus d'une riche famille. Ils invitent Oscar à une soirée. Oscar est vite intégré au petit groupe d'amis qui gravitent autour de la fratrie mais il est de plus en plus intrigué par la personnalité de l'extravagant Eden. Notre aide infirmier entre dans un terrible engrenage.

Le héros de cette histoire écrite à la troisième personne du singulier est Oscar. Nous allons vivre un drame. Nous savons dés la première page que cela se finira mal et qu'il y aura des morts mais nous ignorons leur identité, sachant seulement que ce ne sera ni Oscar, ni Eden. Oscar est un garçon intelligent et sans doute pas trop mal de sa personne bien que Benjamin Wood reste assez flou dans la description de ses personnages. C'est un héros de bonne compagnie, j'ignorais qu'il pût exister des aides-soignants aussi vifs d'esprit et aussi lettrés. Il faut dire qu'il bénéficie des conseils et de la bibliothèque d'un des pensionnaires dont il s'occupe, un ancien et fameux professeur d'anglais de l'université. S'il est intelligent, Oscar est aussi naïf. Mais son manque de clairvoyance envers la famille Bellwether, ne viendrait-il pas de son éblouissement provoqué par Iris dont il tombe promptement amoureux et du train de vie fastueux de la famille Bellwether. Cette famille n'a rien à voir avec son milieu d'origine. En raison de la candeur du héros on a tendance à avoir un coup d'avance dans la manipulation dont Oscar est victime (du moins on peut le penser). Le grand manipulateur en serait Eden qui prétend que la musique de certains compositeurs, en particulier celle de Mattheson aurait le pouvoir d'affecter et de modifier émotions et passions et même de guérir. Bien que la chose pour évidente qu'elle paraisse a justement instillé à mesure de la lecture du roman, un doute dans mon esprit et si Eden n'était pas le deus machina machiavélique dans cette histoire! Oscar, bientôt conscient du piège dans lequel il est tombé, tente de rapprocher Eden d’Herbert Crest, spécialiste reconnu des troubles de la personnalité…

Benjamin Wood dont « Le complexe d'Eden Bellwether », qui en regard de la maitrise de l'écriture (la traduction est due à Renaud Morin), est étonnamment son premier roman qui semble avoir des accointances avec les livres d'Hollingurst (Je serais curieux de savoir si ce dernier à commenté le livre de son cadet dans le feuilleton littéraire qu'il tient dans le TSL.), non que l'homosexualité soit au centre de l'intrigue, même si elle n'est pas absente de ce roman, mais parce qu'Oscar à bien des égards est proche des Héros d'Hollingurst. Comme eux, il fait irruption dans un milieu supérieur au sien qu'il observe mi-envieux, mi-craintif. Dans les romans anglais la notion de classe sociale est toujours présente. Et, comme dans les oeuvres d'Hollingurst, Oscar, à son corps défendant va être celui qui par son hétérogénéité avec le milieu où il est projeté, va provoquer la fracture qui conduira à la destruction du microcosme hypocrite et confortable des Bellwether.

Mais Hollingurst n'est pas la seule influence du livre de Benjamin Wood, qui est par ailleurs écrit sous l'égide de Descarte, on peut y voir aussi celle de Ian McEwan pour le talent d'instiller une dose d'intrigue policière, et donc de suspense, dans un récit dans lequel, si la résolution de l'énigme policière, présentée en deux pages dans prélude, n'est pas l'enjeu principale de cette entreprise romanesque, est tout de même un moteur très efficace pour que le lecteur tourne les pages avec avidité jusqu'à la dernière. La touche de fantastique que Wood apporte à ce thriller (mais comme tous les bons romans il dépasse le genre, je devrais écrire les genres car « Le complexe d'Eden Bellwether » appartient à plusieurs.), un fantastique un peu à la manière de celui que l'on trouvait jadis dans feu la revue Planète, n'est pas sans rappeler un autre campus novel, « Le maitre des illusions » de Dona Tartt. Mais heureusement Benjamin Wood est moins bavard que sa consoeur américaine, même si son roman est un peu lent au démarrage.

Le récit nous emmène dans les deux mondes très différents que fréquente Oscar, d'un coté celui de La maison de retraite où il travaille et de l'autre celui du quotidien d'un groupe d'étudiants très aisées. L'habileté de Benjamin Wood est d'avoir réuni ces deux univers très éloignés l'un de l'autre par le biais d’un pensionnaire de la maison de retraite, monsieur Paulsen qui s'est pris d'amitié pour Oscar.

C'est avec légèreté mais non superficialité que l'auteur aborde des sujets aussi graves que la déchéance de la vieillesse, le combat d'un malade contre une maladie que les médecins savent inéluctable, la frontière qui sépare le génie de la folie...

Si la construction est impeccable, dès le court prologue, on sait que cette histoire finira mal pour certains des personnages sauf en partie pour Oscar puisque l'on sait qu'il en sortira vivant, alors que d'autres sont morts brutalement mais l'identité des victimes ne nous sera révélée qu'à la fin du roman et l'on sait que le drame s'est déroulé dans la propriété des Bellwether. En revanche, il me semble que l'on ne comprend pas quel est exactement le caractère d'Eden ni tous les rouages de sa machination. La personnalité d'Eden n'est pas sans rappeler celle du personnage de « L'adversaire » d'Emmanuel Carrère inspiré de l'affaire Romand. Mais Benjamin Wood est un véritable romancier ce que n'est pas Emmanuel Carrère.

Benjamin Wood manie l'ellipse avec une grande maestria. Autant vous prévenir certains pans de cette histoire reste dans l'ombre et demande au lecteur un peu d'imagination pour remplir les blancs mais les quelques questions qui ne trouvent pas de réponses ne nuisent pas à la bonne compréhension de l'intrigue. Je n'ai pas été étonné d'apprendre que l’auteur avait «beaucoup coupé!». Pour ma part j'aurais aimé un peu moins d'ellipses et cent pages de plus, non que l'ouvrage soit mince, il fait ses 500 pages mais je suppute que l'éditeur du roman n'a pas été du même avis que moi. Je rêve parfois, pour des livres que j'ai beaucoup appréciés, tel celui-ci, d'avoir, comme sur les dvd de certains films, les scènes coupées...

Je n'ai pas été surpris lorsque après avoir dévoré ce roman j'ai appris en lisant une interview de l'auteur qu'il connaissait bien ce dont il parlait: << Comme Oscar, j’ai vécu à Cambridge mais je n’y ai pas étudié. En fait j’ai écrit ce livre à Cambridge, en observant ce petit monde. Quand j’étais enfant, j’ai vécu dans une maison de retraite où ma mère travaillait comme infirmière. Je me souviens d'une enfance entourée d'une foule de «grands-pères et de grands-mères», et Oscar y travaille. J’ai beaucoup de chose en commun avec lui, c’est un reflet de moi.>>.

La bande son est fort importante dans ce roman, ce qui est de plus en plus fréquent. L'importance de la musique dans "Le complexe d'Eden Bellwether", c'est un de ses thèmes, n'est pas surprenante lorsqu'on se penche sur la biographie de l'auteur puisqu'il s'est lancé à 17 ans dans une carrière de musicien. Il compose alors les textes des chansons qu'il interprète avec son frère, mais entre les concerts, les tournées, il lui est de plus en plus difficile de trouver du temps pour écrire. Cinq ans plus tard, le voilà de retour à la fac, pour étudier l'écriture scénaristique et la photographie. Il obtient finalement une bourse pour un cursus de creative writing à l'université de Vancouver et se repaît dès lors d'un enseignement qui lui permet de se découvrir en écrivain de roman. Il se servira de sa passion première, la musique, pour alimenter son premier ouvrage. La lecture du « Complexe d'Eden » s'accompagnerait très bien des oeuvre à l'orgue de Bach à moins que vous ayez dans votre discothèque les oeuvres d'un certain Mattheson (http://fr.wikipedia.org/wiki/Johann_Mattheson), le musicien fétiche d'Eden. Musicien dont à ma grande honte, je n'avais jamais entendu parler et dont j'ai pensé tout au long du roman qu'il était une invention de Benjamin Wood.

Cambridge est un personnage à part entière du livre. J'y aurais passé une partie de l'été par livres interposés, il y a des lieux de villégiature plus désagréables. Y ayant séjourné pendant une brêve période, il y a quelques années, il faudrait un jour que je vous montre quelques images que j'y ai prises, je vous conseillerais de choisir pour votre escapade sur les bords de la cam, le début de l'automne, période à laquelle le temps peut être encore clément et où les nouveaux étudiants sont encore malhabiles à manier la perche qui fait avancer les fameuses barques à fond plat qui glissent sur la Cam; ainsi votre maladresse dans la navigation des barques passera presque inaperçu. L'été la ville est moins plaisante, vidée qu'elle est de ses étudiants mais alors le logement y est plus facile à trouver et surtout moins couteux car vous pouvez occuper une chambre délaissée pour l'été par son habituel occupant. Ce qui, je suppose pourrait émoustiller plus d'un de mes lecteurs...

"Le complexe d'Eden Bellwether" qui vient d'obtenir le Prix des lecteurs de la FNAC, a été publié en 2012 Outre-Manche où il a connu un grand succès. Les droits viennent juste d’être achetés par la BBC, il y a donc une chance pour que Le complexe d’Eden Bellwether devienne un film. Benjamin Wood est né en 1981 dans le nord de l'Angleterre. Il a étudié au Canada avant de travailler dans l'édition pour la revue Prism International. En mars 2015, il publiera en Angleterre son second roman, dont il a déjà délivré quelques bonnes feuilles, The Ecliptic qui sera le portrait d'une jeune peintre dans le milieu artistique londonien de la fin des années 1950.

J'ai quitté Oscar avec beaucoup de regrets. J'aimerais bien, que dans quelques temps, Benjamin Wood nous donne de ses nouvelles.

 

Le complexe d'Eden Bellwether de Benjamin Wood (réédition complétée)
 

 

 

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L'art de la guerre par Floc'h, Fromental et Bocquet

28 Octobre 2025, 07:46am

 

New York, 1953. Alors que le Capitaine Francis Blake et le Professeur Mortimer atterrissent à La Guardia, un individu s’introduit au Met' et se met à graver sur une stèle égyptienne les mots "Par Horus dem…". Surpris par un gardien, il s’enfuit mais est finalement arrêté dans Central Park, amnésique et catatonique. Alertés par le FBI, nos deux héros ne tardent pas à identifier leur ennemi de toujours : l'infâme Colonel Olrik. Quel coup machiavélique a-t-il fomenté contre le siège de l’ONU tout juste inauguré et où sont réunis tous les chefs d’État du monde libre ? L’enquête commence pour les deux Anglais dans un New York peuplé d’espions russes et d'agents du FBI… Blake et Mortimer vont tenter d’empêcher un attentat contre l’ONU. Le lecteur va alors assister à une course contre la montre dans les rues de la Grosse Pomme.

Tout en étant assez fidèle à l'esprit de Jacobs Floc'h fait du Floc'h tout en troquant Londres pour New-York. Il s'explique sur sa démarche: << J'ai plutôt essayé de me trouver à mi-chemin entre ce que je fais habituellement et Jacobs. Contrairement à mes prédécesseurs qui préfèrent la pâle copie au pas de côté, moi je choisis le pas de côté. On ne peut pas arriver à la cheville de Jacobs pour une raison toute simple : il sortait de la guerre, il avait en lui une gravité qu'on ne peut comprendre ni imiter. Moi je suis issu des années 1960, de la société de consommation et de la contre-culture. En même temps, Jacobs fait partie de cet âge de la bande dessinée où l'innocence prédominait dans l'approche de leur art. Nous, avec le pop art et tout le reste, l'ironie supplante cette innocence.>>

L'histoire se déroule peu après les événements de «La marque jaune» et exclusivement à New York et dans ses environs. L'album est une Sorte d’exercice de style pratiqué dans cette collection parallèle dite «Un autre regard». cet album scénarisé par Jean-Luc Fromental et José-Louis Bocquet qui sont déjà les scénaristes du récent «Huit heures à Berlin», épisode, lui, s’inscrivant dans la série traditionnelle.

Le suspense et les rebondissements tiennent le lecteur en haleine, mais c'est sans aucun doute l'album le plus "politique" de la série, avec des références évidentes aux crises modernes et un message de paix bienvenu.

Floc’h en prend beaucoup de liberté, par rapport au style de Jacobs. Il ose, par exemple, proposer des cases très grandes, peu nombreuses par pages et parfois muettes tout l'inverse de celles de Jacobs qui sont presque toutes très bavarde et une pagination plus importante 124. Mais paradoxalement l'album est très fidèle dans l'esprit à Jacobs et même à certains de ses repreneurs.

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Avec son trait épais, plus qu'habituellement chez Floc'h, (osons dire que son dessin est moins somptueux qu'à l'habitude) ses décors moins fouillés et une palette de couleur réduite, l’auteur de Blitz et de la très british série Albany & Sturgess, propose un album en plein dans cette ligne claire qui lui est chère.très hitchcockien, tout en simplicité et en efficacité.

 

 

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Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5)

27 Octobre 2025, 07:38am

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5 et fin)

Le camp des saints

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5 et fin)

Cordelia ou l'Angleterre 

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5 et fin)

La maison vide

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5 et fin)

Les dames de France

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5 et fin)

Boy

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5 et fin)

Printemps au parking

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5 et fin)

Les nouveaux aristocrates

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5 et fin)

Montherlant sans masque

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5 et fin)

Le pavillon des cancéreux

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5 et fin)

Journaux

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5 et fin)

Le roi des aulnes

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5 et fin)

Les Eygletière

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5 et fin)

Le garçon d'orage

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5 et fin)

La symphonie des adieux

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5 et fin)

Blitz

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5 et fin)

Attitude anglo-saxonnes

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5 et fin)

Dictionnaire des intellectuels français

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (5 et fin)

Le bucher des vanités

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26 Octobre 2025, 09:01am

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L'incognito de Guibert

25 Octobre 2025, 15:46pm

 

L-incognito

 



Avec "L'incognito" Hervé Guibert raconte son séjour à la villa Médicis, renommée dans le livre l'académie espagnole, par le truchement d'Hector Lenoir, un double qui lui ressemble beaucoup et qui s'est fixé comme but d'écrire "l'histoire de sa vie", sur les quinze dernières années. Hector qui peine à accoucher de son grand oeuvre nous détaille, en courts paragraphes les menus tracas et les fantasmes que cette résidence fait naitre en lui. Hector se vit plus en exilé qu'en pensionnaire. La tonalité du récit est sombre et pourtant on rigolera souvent en le lisant. Les lieux sont décatis, les personnes qui dirigent cette institution sont des escrocs à la petite semaine et les collègues des parangons de mesquinerie. Guibert a découpé son livre en paragraphes de longueurs diverses. Selon les morceaux c'est indigent, brillant, hilarant, fastidieux, poétique, horrifique, surréaliste, mais presque toujours méchant. Comme sa vie a du lui être odieuse à cet homme qui semble plus ou moins mépriser tout ses semblables et parait ne voir que la laideur. Tout compte fait mourir jeune n'a fait qu'abréger cette souffrance qu'était pour lui la vie où rien ne trouvait grâce à ses yeux. Mais comme à l'habitude l'auteur mêle réalité et fiction. Faut-il le croire au malheur d'Hector puisque dans plusieurs interview Hervé a déclaré que son séjour romain a été deux années de bonheur.
 

 

Unknown

Eugène Savitzkaya (Matou dans "L'incognito") photographié par Hervé Guibert

 


Certain paragraphe sont de merveilleuses petites nouvelles dans lesquelles le ridicule est bousculé par l'émotion comme celle que l'on pourrait titrer "Le barbier de qualité". Alors que d'autre sont proches d'un sketch d'un excellent humoriste comme cette description d'un salon de coiffure romain que l'on dirait filmé par Fellini. On pense souvent au cinéaste italien en lisant ce livre. Autre morceau d'anthologie la description d'une boite de striptease également très fellinienne. Dans un autre registre le déjeuner d'Hector avec Doria (Balthus) est un grand moment de littérature humoristique. Si l'on croise le portrait de vieillesse de Balthus qu'en dresse Guibert avec celui de jeunesse que l'on découvre dans la correspondance Gide-Marc Allègret, on se dit que le grand peintre était un sacré phénomène...
Parfois certains paragraphe ne s'imbriquent pas vraiment logiquement dans ce puzzle qu'est "L'incognito"; on voit bien que Guibert y est allé un peu au chausse-pied pour les faire entrer dans son histoire, mais on ne s'en plaindra pas car ce sont souvent les plus drôles. 

Malheureusement le livre déraille à partir de la 180 ème page (le livre en comporte 227), page à laquelle Guibert introduit une histoire de meurtre abracabrantesque, puis, ensuite, une autre histoire qui se déroule à l'ile d'Elbe autour d'un Gigolo, un récit qui occupe les 20 dernières pages. Hervé Guibert est accoutumé du fait, il ne parvient jamais à terminer un livre d'une façon satisfaisante. Dans le cas présent on se demande bien pourquoi il n'a pas arrêté "L'incognito" à la page 180...    

Il demeure que ses clabaudages sur ses collègues de villa et sur bien d'autres sont fort distrayants, Guibert n'a pas son pareil pour débusquer la laideur morale ou physique. Peut-être par peur des représailles juridiques ou physiques Hervé Guibert affuble toutes les personnes dont il parle de pseudonymes souvent assez ridicules ou convenus. Ce qui est agaçant d'autant qu'il y a foule de personnages et l'on s'y perd parfois, car si les lecteurs férus du petit monde guibertien reconnaitrons nombre de protagonistes sous leurs masques d'autres noms sont restés pour moi énigmatiques...* Mais H.G a du se fâcher avec certains de ses éphémères voisins et l'institution qui dorénavant sera peut être moins encline à inviter des écrivains, si elle suit le conseil de Michel Braudeau: « On devrait toujours faire très attention avant d’inviter un écrivain à sa table. S’il ne part pas avec l’argenterie, il emportera bien plus précieux, bien pire, le souvenir de vos petites manies, de vos travers et le droit de déclarer que la cuisine est infecte. C’est peut-être ce qu’on pense à l’Académie de France à Rome, autrement dit la Villa Médicis, en lisant L’Incognito, d’Hervé Guibert.
Si le surnom de l'aigle pour Bernard Faucon est plutôt flatteur d'autre le sont beaucoup moins par exemple Quickly pour Renaud Camus l'est beaucoup moins. Guibert pour trouver ce pseudonyme c'est inspiré du "Journal romain" dans lequel Camus se décrit en éjaculateur précoce, comme quoi Guibert à lu attentivement le journal de son prédécesseur à la villa Médicis... Dans son journal de 1989 (Fendre l'air, P.O.L, 1991) Renaud Camus ne comprend pas l'allusion relatif à son surnom: << Pourquoi Guibert m'appelle-t-il Quickly? Est-ce à cause de mes Tricks, et de leur nettes ressemblance avec autant de quikies? Je n'en ai pas la moindre idée.>> (page 291). Mais comme moi Renaud camus a bien ri avec ce livre: << De vrais fous rires m'ont pris hier , à feuilleter le nouveau livre de Guibert.>>.
Hervé Guibert résidera à Rome de 1987 à 1989 et publiera ce livre, écrit "à chaud" en 1989 dans lequel de nombreuses scènes ridiculise le quotidien à l'académie espagnole par exemple dans la scène de la table d’hôte. 
Mais il serait naïf de réduire "L'incognito" à un récit, même à clés, du séjour romain de l'écrivain. Si la plupart du temps on reste dans rationnelle, Guibert insuffle dés le début du livre de la fiction en faisant d'un des permanents de la villa, un affidé maffieux des néo-nazis. C'est ensuite à la page 180 une embardée vers le roman noir, tentation récurrente de l'auteur mais qui prouve une fois de plus que Guibert n'est pas un romancier mais bien plus un chroniqueur de lui-même, virtuose du mentir-vrai. Sur cette intrusion de la fiction policière, je partage l'avis de Renaud Camus dans son journal de 1989: << Une vague intrigue policière, qui survient très tardivement dans le cours du livre, trop tardivement pour qu'on s'y intéresse bien fort, ne lui ajoute pas grand chose et paraît remplir des fonctions de remplissage.>> (page 301). 
Le titre reprend le nom d'une boite où dans le livre, les gigolos romains se retrouvent après le travail... Très bizarrement "L'incognito" est sorti, presque en même temps que "Fou de vincent". L'un chez Gallimard, l'autre aux éditions de Minuit, deux livres que l'on pourrait croire écrits par des auteurs différents.
Dans « Je disparaîtrai et je n’aurais rien caché », entretien avec François Jonquet paru dans la revue "Globe" en février 1992, Hervé Guibert déclarait: « C’est une blague "L’Incognito", un jeu de massacre, quelque chose de systématique dans sa méchanceté. Cela dit, ça relate plutôt mon arrivée, qui fut effectivement un cauchemar total. Il y a un témoignage exact de ce qu’était la villa Médicis. Elle s’est transformée depuis, heureusement pour les pensionnaires ! L’Incognito, je l’ai écrit aussi à cause des livres de Mathieu Lindon, pour lui, pour me glisser dans ses pas, pour jouer avec certaines de ses formules d’esprit, d’humour. Mais ça n’a pas marché : il n’a pas du tout aimé. Mathieu Lindon est depuis longtemps mon grand lecteur, la seule personne en qui j’ai vraiment confiance. [...] L’Incognito a été un dérapage, je ne l’ai pas tout a fait contrôlé, c’est le seul de mes livres pour lequel je n’ai pas d’affection.». Mais il faut se méfier de la sincérité des propos des écrivains sur leurs livres. Peut-être que H.G. avait des remords pour la façon dont il avait portraituré certaines personnes en particulier celles qui le considéraient comme un ami.    

Il y a parfois des choses curieuses ou plus exactement des éléments que je n'ai pas compris. "Incognito", comme tous les livres de Guibert est partiellement crypté; par exemple H.G. écrit: << J'ai beaucoup lu Maurice Leblanc et Gaston Leroux pendant mon adolescence, je suis fier d'avoir un nom qui fait penser à eux.>>. Moi itou adolescent j'ai lu ces deux auteurs, surtout Maurice Leblanc et je ne vois pas en quoi le nom de Guibert ou Hervé puissent faire penser à ces deux écrivains. Mais peut être qu'un lecteur lettré pourra éclairer ma lanterne!
Dans son journal de 1989, Renaud Camus, pointe bien l'ambiguité de ce type d'écrit à propos de "L'incognito": << Le genre dans sa bâtardise est toutefois un peu spécieux: tout est vrai, peut dire l'auteur, c'est un journal; mais si certains détails sont faux, rien que de très normal: il s'agit d'un roman...>>. 
Je crois que j'ai enfin compris pourquoi Guibert m'avait été instinctivement antipathique: Il n'aimait pas les chats. Est-ce possible un écrivain n'aimant pas les chats?
Mais il faut faire taire ses préjugés contre les félinophobes et oublier que Guibert ne passait pas forcément pour un joyeux drille et, à ce prix, si vous êtes d'humeur caustique, vous rirez bien... "Incognito".

 

 

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le chat, villa Médicis, photo d'Hervé Guibert




Nota
* Heureusement Ismau grand guibertienne devant l'éternel, pour ma gouverne, en a arraché quelques uns: Angelo serait Hector Bianchiotti, Bibi: Thierry Jouno, Christinou: Christine la compagne de Thierry, Bisserier: Jean-Paul Goux, Clarinette: Claire Devarrieux, Doria: Balthus, Gustave: Hans Georg Berger, Isabelle: Isabelle Adjani, Jérôme Lafnac: Jérôme Lindon, Krupp: Jean-Marie Drot, Laigle: Bernard Faucon, Le Baron: Claude Lévêque, Marcovitch: Mathieu Lindon, Matou: Eugène Savitzkaya, Parkinson: Alain Lombard (ou Bousquet selon Renaud Camus), Pierre Cerisy - Pierrot-la fille Cerisy: Pierre Alfery-Derrida, Quickly: Renaud Camus, Roland Tarbe: Roland Barthes, le grand écrivain invité: Jacques Chessex, pour Palaiseau et Linsert. Il y a 4 options possibles lorsque l' on regarde la liste des pensionnaires peintres durant la période où Guibert était pensionnaire à la villa Médicis : Philippe Hurteau, Philippe Mazuy, Denis Laget, Pierre Faucher. Deux des quatre doivent être Palaiseau et Linsert

Autour de l'Incognito

 

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La gypsothèque de la Villa Médicis

1 Genon

2 Genon

3 Genon

 

 

Arnaud Génon dans les extraits de son livre, "L'aventure singulière d'Hervé Guibert", voir ci-dessus, que m'a très obligeamment envoyé Ismau,  me parait se rendre coupable d'un anachronisme universitaire, méfait très fréquent dans l'université française. En effet le lecteur de 1989 s'il savait que Guibert était atteint du sida, du moins le lecteur averti, ne pouvait pas voir dans la foireuse intrigue policière de la fin de "L'incognito" l'aveu déguisé de sa contamination par le HIV. Cette révélation étant si bien déguisée qu'elle était méconnaissable. Hervé Guibert a appris qu'il était contaminé en janvier 1988; soit au milieu de son séjour à la villa Médicis. Que cette annonce ait pu modifier son projet de livre, c'est plus que probable. "L'incognito" au départ devait se vouloir comme une sorte de journal de son séjour; bien, que comme pour chacun de ses livres l'auteur devait avoir initialement le projet de mélanger journal, récit et roman mais était-il capable de faire autrement? C'est justement cette impureté qu'elle soit choisie ou contrainte qui fait en partie la valeur des textes de Guibert. Tout dans l'oeuvre de Guibert montre qu'il était inapte au roman (mais pas à la fiction, son oeuvre comporte moult nouvelles même si elles ne sont pas toujours répertoriées comme telles), j'entend par roman une fiction à la pagination longue, disons au-delà de 200 pages. On voit aussi qu'il a toujours répugné à tenir un journal au sens stricte du terme. C'est à dire en datant chaque entrée dans son texte et en ayant le souci de ne pas travestir la vérité du moins ce que le diariste peut percevoir comme tel. A cette aune par exemple je ne considère pas "Le mausolée des amants" comme un véritable journal. Je trouve l'interprétation d'Arnaud Génon, du versant policier, qui n'apparait qu'après environ les 3/4 du livre, abusive.
C'est une lecture à posteriori de quelqu'un qui connait la suite de l'Histoire et non d'un contemporain des évènements narrés dans "L'incognito". Tout d'abord Génon évacue l'aspect farce, au sens du théâtre pré-classique que l'on trouve dans le livre et le présente comme étant écrit à l'ombre de la mort annoncée. C'est là que se trouve l'anachronisme. Lorsque Guibert apprend qu'il est infecté les médecins, s'ils ont conscience que lorsque la maladie se déclare, ils ne possèdent pas de traitements pour l'enrayer, n'envisagent pas que tout les porteurs de la maladie la déclareront et donc qu'ils sont condamnés à plus ou moins brève échéance; tout simplement parce qu'ils ignorent que la maladie peut mettre plusieurs mois souvent plusieurs années à se déclarer. La médecine n'a pas alors le recul nécessaire pour faire un diagnostique sur la durée. Je peux en témoigner car en novembre 1987 faisant le test qui, s'il était négatif en ce qui ma concerne, en revanche s'était révélé positif pour mon ami. Le médecin avec lequel je me suis entretenu à son sujet et qui faisait parti des premières équipes qui s'attaquaient au fléau, après m'avoir détaillé le protocole pour éviter le déclenchement de la maladie qui était naïvement, mais il l'ignorait, des conseils d'hygiène de vie à la fois strictes et de bon sens, m'annonçait qu'en vertu de l'expérience que l'on avait, il y avait un risque sur trois que mon ami déclare la maladie. Tel était le discours alors et je ne vois pas pourquoi celui que l'on a tenu à Guibert aurait été très différent. S'il est vrai que le dernier quart de "L'incognito" est plus sombre que le reste du livre, Guibert n'a pas encore conscience de sa mort proche, du moins la morbidité n'est pas plus présente  dans "L'incognito"que dans ses livres précédents où elle fait sont apparition dés ses premiers écrits. 

De plus l'auteur comme on le voit dans l'extrait de l'interview qui suit récuse plus ou moins son livre: « C’est une blague L’Incognito, un jeu de massacre, quelque chose de systématique dans sa méchanceté. Cela dit, ça relate plutôt mon arrivée, qui fut effectivement un cauchemar total. Il y a un témoignage exact de ce qu’était la villa Médicis. Elle s’est transformée depuis, heureusement pour les pensionnaires ! L’Incognito, je l’ai écrit aussi à cause des livres de Mathieu Lindon, pour lui, pour me glisser dans ses pas, pour jouer avec certaines de ses formules d’esprit, d’humour. Mais ça n’a pas marché : il n’a pas du tout aimé. Mathieu Lindon est depuis longtemps mon grand lecteur, la seule personne en qui j’ai vraiment confiance. [...] L’Incognito a été un dérapage, je ne l’ai pas tout a fait contrôlé, c’est le seul de mes livres pour lequel je n’ai pas d’affection.» (entretien de Guibert avec François Jonquet, qui parle justement de l'Incognito et de son amitié avec Mathieu Lindon à la Villa Médicis dans « Je disparaîtrai et je n’aurais rien caché », Globe, février 1992, p.108).

Dans "L'incognito" H.G. évoque peu le sida et avec une certaine légèreté. On voit que l'exégète dans "L'aventure singulière d'Hervé Guibert a péché par anachronisme et n'a pas pris la peine de se situer dans l'époque à laquelle le livre qu'il étudie a été écrit.

 


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