Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

livre

La septième fonction du langage de Laurent Binet

24 Octobre 2025, 06:35am

La septième fonction du langage de Laurent Binet

La septième fonction du langage c'est un peu « Le Nom de la rose » (paru en 1980) chez les structuralistes avec un zeste de « Choix de Sophie ». D'autre part l'influence de la bande-dessinée est patente dès les premières pages. Le héros du roman, le commissaire Bayard (le choix du nom de notre limier ne serait-il pas un hommage à Pierre Bayard professeur de littérature à Paris VIII-Vincennes ?) qui évoque irrésistiblement le Palmer de Pétillon; quant à deux méchants bulgares, ils ont la silhouette des Dupont et Dupond...

Derrière le beau titre obscur se cache une enquête drolatique que mène Bayard sur l'assassinat de Roland Barthes; car contrairement à ce que vous croyez probablement Barthes au sortir d'un déjeuner avec François Mitterrand a été occis car il était en possessions d'un document estampillé secret d'Etat qui pouvait mettre en péril la République et pas seulement celle des lettres! Il révélerait la nature de la septième fonction du langage, suggérée par Roman Jakobson dans son ouvrage de référence, Essais de linguistique générale, fonction qui permettrait à celui qui la maîtrise de prendre l'ascendant tous ses interlocuteurs... et finalement de devenir le maitre du monde. Ce document lui a été volé immédiatement après sa malencontreuse rencontre avec la camionnette qui lui a été fatale. Par qui? Pour quoi? Il vous faudra arriver presque au bout des 493 pages pour le savoir.

On rit beaucoup en lisant les mésaventures de l'inspecteur Bayard contraint de fréquenter pour élucider l'affaire un monde qui n'est pas le sien et auquel il ne comprend à peu près rien. Il va rencontrer toute la crème de la « French Theory », Foucault, Althusser, Lacan, Derrida, Deleuze plus quelques autres Sollers, Kristeva, BHL, Cixous et aussi Umberto Eco, Jack Lang, Laurent Fabius, Serge Moati, Régis Debray, Mitterrand, Giscard et encore bien d'autres.Ayant la lucidité de son ignorance, Bayard s'adjoint un jeune sociologue, Simon Herzog, pour lui traduire ce que disent ces messieurs du gratin structuraliste. Le postulat du livre est que le langage est le fondement de tout. Première inversion par rapport aux canon du roman policier, ici le Watson de Bayard en sait plus que lui mais il n'est guère courageux tout du moins au début car les deux limiers évolueront bien au cours du roman. Cet improbable couple est une invention très astucieuse de l'auteur car par le truchement des explication de Simon à Bayard c'est un cours de sémiologie pour les béotiens que le lecteur reçoit.

Tout le long de la « Septième fonction du langage » on se demande si tout ses brillants intellectuels ont prononcé les phrases que Binet fait sortir de leur gosier... Si je ne puis donner mon avis sur la véracité du ton des dialogues de sieur Foucault et autre Derrida, ne fréquentant pas dans les années 70 de telles sommités en revanche en ces mêmes temps j'étais fort client des gigolos de Saint Germain des prés (très présent au début de cette histoire); le goût m'en est passé vers cette même année où Roland Barthes rencontra malencontreusement la camionnette d'un blanchisseur... Or donc je peux assurer qu'en cette belle dernière année du giscardisme, régime que je ne cesse de regretter, presque autant que le drapeau blanc, les gigolos de Saint-Germain ne s'asseyaient pas, contrairement à se qu'écrit Laurent Binet, au café de Flore. Quelques fois, souvent à l'invite d'un client, ils prenaient place furtivement à la terrasse du drugstore qui était situé juste en face du Flore. Autre erreur de l'auteur sur cette espèce, les gigolos n'avaient pas la trentaine (leur date de péremption était alors depuis longtemps dépassée) mais la vingtaine; il y avait même exceptionnellement des mineurs. L'âge maximum pour ces frénétiques de la ronde, ils arpentaient inlassablement, presque toujours dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, un quadrilatère formé par les rues de Renne, de Palissy, du Dragon et par le boulevard Saint Germain, tournait autour de 25 ans, si l'on excepte un quadragénaire à l'air dégagé, qui semblait être un peu leur mentor, et qui ne s'était pas résigné à la retraite de la semelle... Autre erreur cette fois en matière d'automobile, qui dénonce la jeunesse de notre auteur, la Fuego n'était pas hors de portée de la bourse d'un ouvrier pour peu qu'il y consacre tout son pécule. Si cette voiture avait un bel air, elle n'en avait guère la chanson car elle était dotée d'un moteur anémique que cachait son allure sportive.

Si vous êtes un (une) habitué de ce blog, vous avez sans doute remarqué combien je suis snob (mais ce n'est pas le seul défaut que je gobe). Or donc je peux apporter mon expertise, non seulement en matière de gigolo et d'automobiles Renault, mais également en ce qui concerne quelques un des personnages qui apparaissent dans ce name dropping qu'est « La septième fonction du langage ». Car j'ai eu la chance de rencontrer et de converser avec deux seconds et même troisièmes couteaux du livre, qui sont le prince Poniatowski et le comte d'Ornano deux aristocrates de la politique française (enfin comme disait ma grand mère, la noblesse d'empire ça ne compte pas) et si je confirme que le prince biberonnait sec, il me semble que le comte d'Ornano avait un langage moins trivial que dans le roman, il est vrai que nos échanges à Roland Garros, qui ne s'était pas encore horriblement démocratisé, sur les jeux comparés de Ramirez et Parun n'incitaient pas à la grossièreté.

Le roman de Binet n'échappe pas au post-modernisme, comment le pourrait-il avec de tels personnages ainsi il mêle des personnes réelles à des personnages fictif ou surnuméraire comme l'écrirait Deleuze, plus vrais que nature et parfois échappés d'un autre roman comme se Morris Zapp croisé chez David Lodge dont il est je crois son inventeur.

L'auteur farcit son texte de références pour « faire époque » mais il frise parfois l'anachronisme quand par exemple il dote en février 80 un gigolo d'un Walkman ce qui est bien précoce lorsque l'on sait que le premier exemplaire de ce petite appareil fut vendu le 1 er juillet 1979 au Japon et qu'il arriva en Europe que quelques mois plus tard, d'abord en Angleterre...

Binet tombe dans le défaut des romans historiques qui veut que tout fasse sens; ainsi quand nos deux enquêteurs vont interroger Deleuze chez lui, la télévision est allumée. On y voit un match de tennis, Nastase-Connors. Clin d'oeil pour faire savoir au lecteur plus ou moins familier de Deleuze que ce dernier était grand amateur de tennis (voir son abécédaire) mais où le bât blesse c'est qu'il était à l'époque rigoureusement impossible de voir en février une rencontre de tennis sur le petit écran. Il n'y a pas de compétition majeures dans ce sport à cette période de l'année. Elles ne pouvaient donc pas être retransmises. Le tennis est très présent dans le récit. On assiste même (d'une loge, je suis comblé) à la finale de Roland Garros de 1981 entre Lendl et Borg...

Certes je prend tout cela au sérieux, alors que visiblement parfois Binet galéje; par exemple je ne peux pas croire que la nécrologie de Barthes rédigée par Poirot-Delpech pour « Le Monde » commence par: << Depuis juste vingt ans que Camus à rendu l'âme dans une boite à gant, la littérature aura payé à la déesse chromée un tribut un peu rude...>>. Ce qui est très original dans ce roman c'est que tous les personnages réels sont traités comme des personnages de pure fiction: contrairement aux conventions généralement admises dans un roman mettant en scène des personnes publiques. Je ne vois comme équivalence qu' « Inglourious basterds » de Tarantino.

Comme le dit le vieil adage, les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures et le plus gros défaut du livre est sa longueur. Il faut dire que Binet a considérablement lester sa barque. Il nous apprend que si Althuser (pour les intimes tu serres trop fort!) a étranglé sa femme c'est directement lié au document pour lequel on aurait assassiné Barthes, itou pour le carnage de la gare de Bologne qui fit en 1980 une centaine de morts. Et ce n'est pas tout mais ce serait pécher que de vous en dévoiler plus...

Si Binet n'est pas ici un maitre de la construction romanesque, ce qui est raccord lorsque l'on écrit un roman sur les déconstructionisme, en revanche il a un sens remarquable de la scène, sa poursuite façon « Bullit » dans les rues de Paris est un modèle de scène d'action. La mise en scène de la controverse John Searle-Derrida est une prouesse. Les scènes de sexes sont hilarantes, surtout celle où deux voyeurs dont le docte Searle matent une baise musclée sur une photocopieuse à travers les rayons d'une bibliothèque américaine où s'exhibent les chef-d'oeuvres du nouveau roman. Parfois l'auteur fait des embardés dans son récit, si elle sont presque toujours savoureuses, elles auraient néanmoins pu être supprimé ou pour le moins allégées comme cette joute oratoire du club où je me suis cru dans une nouvelle de Roal Dahl (ce qui n'est pas désagréable).

En refermant le livre ont ne peut avoir que de la nostalgie pour une époque où les intellectuels français dominaient le monde universitaire, même si l'on peut penser que la French theory débouchait sur une impasse.

Fi de la franche rigolade qui nous saisit, surtout dans les deux cent premières pages du livre, les plus réussies, on se demande bien ce qu'en fin de compte, Binet à bien voulu dire. Enfin je le subodore un peu; dans l'épisode se déroulant à Cornell (où malheureusement je ne suis pas allé), il laisse pointer quelques unes de ses idées en matière de philosophie qui ne me paraissent peu éloignées de celles d'Onfray développées dans sa fameuse « contre Histoire de la philosophie ». « La septième fonction du langage » sous ses habiles frusque » de polar ne serait il pas une mise en pièces du structuralisme? Les malveillants pourraient taxer ce livre de brulot anti élitiste mais ce serait être bien partial, car si les intellectuels sont étrillés, les politiques, qu'ils soient de gauche comme de droite ne sont pas épargnés. Mais peut être que l'unique ambition de Binet n'est peut-être que de nous distraire. Sur ce plan c'est parfaitement réussi.     

 

Commentaires lors de la première édition du billet:

 

Voir les commentaires

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

23 Octobre 2025, 06:44am

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

Adios

 

Petites précisions pour cette série:

Je me suis donné plusieurs contraintes. Tout d'abord de prendre dans la copieuse galerie de portrait d'écrivains que Sophie Bassouls a réalisée, les images des auteurs dont au moins un livre m'a marqué, pas tous à un degré égal certes, ensuite de retenir qu'un livre de cet auteur, alors que presque toujours j'en ai lu de nombreux. Je sélectionne celui que je préfère, ou qui est le plus présent à ma mémoire. Ensuite dernière contrainte, il faut qu'il soit présent, cet ouvrage dans ma bibliothèque.

 

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

Un allemand à Paris

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

La carte et le territoire

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

Les rhinocéros

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

A moi seul bien des personnages

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

Un long dimanche de fiançaille

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

L'année de l'éveil

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

Journaux de guerre 1939-1948

alias Patrick Cauvin

alias Patrick Cauvin

C'était le Pérou

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

L'oiseau bariolé

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)
Lacarrière

L'été grec

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

1941

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

La taupe

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

Les nus et les morts

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

Le prince dénaturé

 

Voilà des années que je me demande ce qu'est devenu Didier Martin dont je porte les livres au pinacle et qui semble avoir disparu. Si vous avez des informations...

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

Je suis une légende (Le survivant)

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

Cette camisole de flammes (journal 1953-1962)

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

Des hommes

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

Expiation

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

Malevil

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

Le café de la jeunesse perdue

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

Mon royaume pour un cheval 

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

Venise

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (3)

Le conformiste

Voir les commentaires

Un si long orage, Les enfants trahis de Jean-Louis Foncine

22 Octobre 2025, 06:41am

    longorage

  

  

Avant que mes rares lecteurs lisent cette recension des souvenirs de Jean-Louis Foncine (1912-2005), il me semble utile de leur raconter quels ont été mes rapports avec le Signe de Piste, collection de romans pour la jeunesse qui est indissociable du nom de Foncine.

Contrairement à nombre d'entre-vous, je n'ai connu les gestes du « Pays perdu » et du « Prince Eric » que tardivement, mes vingt ans révolus, à un âge auquel on n'est plus censé lire ce type d'ouvrages (bien que cette histoire d'âge pour aborder tel ou tel livre me paraît une belle foutaise tant cela est, en définitive, peu dépendant de notre volonté mais doit beaucoup aux hasards, aux rencontres, aux opportunités, au parcours de chacun...). A la fin de l'enfance je ne lisais pas le « Bracelet vermeil » mais dévorais les aventures de Bob Morane. Il y avait pourtant un lien entre la collection Signe de Piste et les romans d'Henri Verne; ces ouvrages avait un illustrateur commun, Pierre Joubert. Mais à l'époque, où l'Ombre jaune me terrifiait, j'ignorais jusqu'au nom de l'artiste. Je prêtais d'ailleurs peu d'attention à ces pourtant belles couvertures.

  

  

kronkron-0119.JPG

 

 

C'est curieusement Maurice Bardèche, alors que j'oeuvrais sporadiquement pour la revue « Défense de l'occident », dont Bardèche était le directeur, qui me fit connaître le Signe de Piste. Un jour, il me proposa d'écrire un article sur cette collection, comme quoi il était fin psychologue. Il fut très surpris quand je lui répondis que je n'en avais jamais entendu parler. Ce qui ne le rebuta pas. Il pris son téléphone et m'organisa un rendez vous avec un responsable de la collection: Jean-Louis Foncine. C'est ainsi que je rencontrais ce personnage. Auparavant comme un bon petit soldat, pour préparer la rencontre, j'avais en quelques jours lu plusieurs romans de la collection et en particulier deux de Jean-Louis Foncine. Me voici donc par un matin d'été au siège des éditions Alsatia, rue de Fleurus. Le décor était cosi avec des bibliothèques vitrées le long des murs de la grande pièce dans laquelle j'avais débouché. A son centre une grande table sur laquelle en piles étaient disposés des romans de la série Signe de Piste. Une femme, très dame patronnesse du VII ème arrondissement, les rangeait. Elle m'indiqua un bureau au fond de la pièce où Jean-Louis Foncine m'attendait en me voyant arriver il se leva de derrière un bureau fort encombré. Je me souviens très bien de ma première impression. Je fus stupéfait par son physique, sans doute d'une manière assez imbécile je m'attendais à voir, certes peu vieilli, un physique à la Joubert et j'avais devant moi une sorte de caricature de paysan matois au visage mangé par un grand nez que valorisaient des oreilles décollée. L'oeil était pétillant de malice, le dos un peu vouté. Je le trouvais très laid. Il se précipita pour me serrer chaleureusement et vigoureusement la main. Puis sans guère de préambule il me débita avec beaucoup d'allant toute l'Histoire du signe de piste. Il m'avait préparé un grand sac qui contenait beaucoup de romans de la collection. En partant, sans oublier d'une manière aussi inattendue qu'incongrue de me préciser qu'il portait à son âge toujours des jeans de taille 14 ans, ce qui me laissa coi, il m'invita chez lui pour un diner pique nique où dit-il, il me présenterai un jeune auteur très prometteur de la collection. C'est ainsi que je connu Dominique Mauries qui me fit ensuite connaitre Michel Gourlier, mais ceci est une autre histoire... qui fut riche de conséquences...

  

kronkron-0064.JPG

Quelques uns de mes Signe de piste, je précise qu'ils sont sur deux couches et qu'il y en a plein derrière!

 

Jean-Louis Foncine a sous-titré « Un si long orage », Chronique d'une jeunesse. Il y a ramassé ses souvenirs en deux tomes. Dans le premier, « Les enfants trahis » Il va de sa naissance au funeste jour de 1940 où il est fait prisonnier par l'armée allemande. Il commence par y narrer son enfance: Il est le fils unique d'un ingénieur sidérurgiste et d'une mère lorraine, il est né à Homécourt, en Lorraine à quelques kilomètre de la frontière, d'ou son tropisme allemand, avant la Grande guerre. Vient ensuite sa première adolescence, son existence d'étudiant et son entrée dans l'âge adulte. Tout ceci est écrit avec beaucoup de verve et de vivacité, dans une langue extrêmement fluide et agréable à lire. Cette alacrité du style vient probablement qu'il a été toute sa vie à l'école de la littérature pour la jeunesse dans laquelle il faut immédiatement conquérir l'attention du lecteur. Cette contrainte, chez Foncine ne lui fait pas exclure l'emploi de l'imparfait du subjonctif et un vocabulaire choisi, ainsi que des expressions imagées, savoureuses mais qui parfois avouent un millésime près de la date de prescription. « Un si long orage » est écrit à la première personne comme le veut le genre des souvenirs. Cette écriture sans aucun gras nous prive cependant de ces belles échappées romantiques que l'on trouve dans ses autres ouvrages quand il décrit par exemple la forêt ce fait entendre alors une langue semblable à celle d'un Genevoix ou d'un Louis Pergaud.

  

sig_032b

 

Pour le lecteur qui n'est pas confit en vénération pour la personne de Jean-Louis Foncine (pour une petite cohorte de laudateurs fanatiques, la mémoire de Foncine, comme celle de Dalens et de Joubert sont intouchables) l'intérêt pour toutes les petites aventures du jeune Pierre, appelons le ainsi (le véritable nom de Jean-Louis Foncine est Pierre Lamoureux, on apprend dans « Les enfants trahis » d'où vient son pseudonyme.), achoppe sur le contentement de soi manifeste de l'auteur; ce qui devient assez vite horripilant. Ce bonheur a être ce qu'il est et la propension à se donner le beau rôle sont aggravés par le fait que l'entourage humain du garçon dans le livre, n'est jamais plus qu'un décor, semble-t-il campé que pour le mettre en valeur. Mais le malheureux auteur est bientôt pris en flagrant délit de vantardise. En voici un exemple parmi bien d'autres. Dans le passage qui suit,  il raconte qu'il est victime des assiduités suspectes d'un de ses camarades: << Ce Robinard, sans doute alléché par mes cheveux blonds, mes longues jambes nues – j'ai porté des culottes courtes jusqu'à ma rhétorique – me poursuivait et me coinçait dans l'angle de la cour le plus éloigné possible de l'oeil du surveillant. Il était terriblement musclé. Quand il m'avait fixé, plié en deux sous son coude droit, il se livrait alors, de la main gauche, à des explorations dont je comprenais mal le but mais qui m'étaient parfaitement odieuses. Son visage alors s'empourprait et il se mettait à saliver comme un goret. Je me tirais finalement de ses prises en m'agitant comme une anguille, couvert de griffures et de bave. Je n'avais pourtant jamais osé engager un combat brutal. >>. Vous m'objecterez avec raison que dans ce texte le narrateur ne fanfaronne pas, et qu'en outre, s'y déploie son talent pour décrire une action que l'on visualise immédiatement dans ses moindres détails. Un dessin de Joubert nous apparaît (j'y reviendrais) et même un de Gourlier, ce dernier étant plus à même d'illustrer ce genre de sensualité trouble. Mais contrairement à ce que le texte suggère, comme je l'ai écrit en préambule Jean-Louis Foncine était fort laid; mais me direz vous, il était peut être mignon vers sa douzième année? Il ne manque pas de jolis agneaux qui se transforment en vilains boucs. Malheureusement pour notre auteur il est démasqué par le cahier de photos que l'éditeur a eu la judicieuse idée de glisser au centre du volume (ce que devrait faire tous les auteurs et éditeurs de journaux intimes, de souvenirs ou de correspondance par exemple un cahier de photo serait le bien venu dans les journaux de Cluny et de Renaud Camus, en outre ce dernier est un excellent photographe. N'oublions pas l'auto-fiction, la collection Quarto des éditions Gallimard a eu la bonne idée d'en mettre un dans les volumme consacrés à Annie Ernaux et Patrick Modiano) . Or donc, on découvre dans ces images, un jeune Foncine un peu rondouillard de visage, tout en nez et en oreilles (déjà!), bien vilain. Le dénommé Robinard avait vraiment des goûts pervers... Ce qui est assez rigolo c'est que le talentueux Joubert a représenté certaines scènes du récit, dont une qui suit immédiatement l'extrait que j'ai cité plus en avant. Ce dessin est particulièrement cruel pour l'auteur lorsqu'on le compare aux photos. Joubert a fait de notre vilain petit galapiat, un Joubert Type: un sémillant blondinet au petit nez retroussé. A propos ces dessins mettent aussi en évidence l'incapacité que Joubert avait graphiquement à sortir de son archétype d'adolescent.

 

  

kronkron 1205-copie-1  

 

On en arrive à la puberté de notre petit fier à bras et là il faut rendre hommage aussi bien au talent de plume qu'a la franchise de Foncine (franchise qui ailleurs ne me paraît pas être toujours le point fort du récit) dans la séquence particulièrement brillante dans laquelle il décrit sa première éjaculation. Dans lequel il s'imagine en prisonnier entravé et c'est justement le fait d'être attaché qui le fait jouir. On comprend avec ce passage les scènes récurrentes de garçons attaché dans l'oeuvre de Foncine dans laquelle le sado-masochisme n'est pas absent (cela est valable pour presque tous les romans du Signe de piste). Le premier sperme est un épisode que chaque jeune mâle a connu et qui pourtant est bien mal documenté par la littérature (Si des lecteurs sur cet épisode peuvent me communiquer les titres d'oeuvres dans lesquels on le retrouve, ils en sont remercier d'avance.).

 

  

17274616mwP

  

  

L'âge du héros avançant, bientôt la politique pointe son nez et ces souvenirs sont éminemment politiques. Ils sont dans l'esprit de ceux de Robert Brasillach dans « Notre avant guerre ». Ils décrives la jeunesse d'un fascisme français... si celui-ci avait existé. Une remarque donne une piste pour comprendre pourquoi cet avènement n'a pas vraiment eu lieu: << En ce temps-là l'avantage était à la réaction, dans le monde étudiant. Dans les quartiers populaires et banlieues, il en allait différemment. Cette tactique du « chacun pour soi » permit jusqu'en 1939 à la France du Front populaire de coïncider avec une France patriotarde d'égale importance.>>.

  

  

On peut considérer que l'échec d'un fascisme français dans les années 30, est du à son incapacité à se diffuser dans les couches populaires contrairement à ce qui s'est passé en Italie (lire à ce sujet « Ils y ont cru » de Christopher Duggan). Cette imperméabilité a deux raisons principales d'une part du fait essentiellement de la forte implantation du Parti Communiste dans la classe ouvrière, implantation facilitée par l'encadrement financier et intellectuel de Moscou et d'autre part que la force la mieux organisée de « la réaction » était l'Action Française dont le chef, Charles Maurras n'était en rien un homme d'action. Ces deux réalités ont été grosses de conséquences. On a un équilibre des forces politiques vives. Jamais peut être autant qu'à cette époque on peut constater le divorce entre le pays réel et le pays légal. Cette partition de la France en deux, avec chacun son territoire social est ce que Jean Louis Foncine constate avec pertinence. Ce partage est certes un facteur de relative paix civile du par un processus d'équilibre des forces mais il débouche aussi sur un immobilisme. D'où la conclusion assez décoiffante qu'en tire Foncine: << L'abandon du soutien à l'Espagne républicaine fut le fruit de ce compromis. Mais la débandade de 1940 fut le produit des lâchetés accumulées par les deux tendances.>>.

Je crois qu'il n'est pas abusif de qualifier le jean-Louis Foncine, au moins aux alentours de sa vingtième année, de fasciste (ce n'était pas alors une injure. C'était un espoir pour une phalange très minoritaire de la jeunesse française, comme l'était le communisme pour une partie beaucoup plus importante et le trotskisme pour quelques uns). On retrouve chez Foncine le culte de la jeunesse typiquement fasciste (qui s'est transformé aujourd'hui en occident en un jeunisme mercantiliste pas plus réjouissant), un culte du chef, une constante référence à l'Histoire et à ses mythes et un souci social, autant de composantes du fascisme. Dans cet entracte de l'entre deux guerres, comme le nomme l'auteur, le bolchévisme n'était pas non plus indemne de cette fascination pour les jeunes, curieusement le régime deviendra celui des barbons... Autre caractéristique du fascisme, l'antiparlementarisme que partage largement Foncine, en témoigne cette diatribe contre la troisième république: << Le vieux radicalisme, aidé par une franc-maçonnerie sectaire et rétrograde, tenait le haut du pavée (…) On se gargarisait d'un pacifisme bêlant. On traitait le drapeau, à peine sec du sang des morts, de torche cul. Les professionnels de la politique les plus éteints, et parfois les plus tarés, étaient ceux qui avaient le plus de chance d'accéder à un pouvoir qui n'avait de réel que le nom (…)Jamais régime ne fut plus séparé de sa jeunesse que celui-là.>>.

En lisant ces phrases on ne s'étonnera pas que notre auteur ait adhéré au Mouvement social révolutionnaire parti fondé par Eugène Deloncle, ancien chef de La Cagoule (sur la cagoule je ne saurait trop conseiller de voir le film de Bluwal auquel j'ai consacré un billet:  A propos d'A droite toute de Marcel Bluwal), et Eugène Schueller, propriétaire du groupe L'Oréal, le mouvement regroupait nombre d'anciens cagoulards (Jean FilliolJacques Corrèze, etc.), mais aussi de personnalités venues d'autres horizons, commeJean Fontenoy. Son orientation était d'inspiration fasciste et plutôt collaborationniste que purement vichyste. Bien des années après Foncine restait fidèle à ses idées de jeunesse comme le rapporte Gabriel Matzneff: << Je fais la connaissance de Jean-Louis Foncine, à qui je dis d’emblée mon admiration pour le relais de la Chance au Roy. Nous parlons de cette nostalgie d’une chevalerie adolescente qui joue un si grand rôle dans ses livres. - Je lutte de toutes mes forces contre la termitière, me dit-il, et comme je crois qu’un groupe peut lui résister plus efficacement qu’un homme seul, je cherche à former des groupes, à faire naître des rêves dans l’âme des garçons. C’est pourquoi j’emploie souvent un langage fasciste. Le malheur du fascisme est d’avoir été dans les mains de primaires et de fous qui l’ont discrédité. ».

Dans ces années 30 je trouve qu'il est intéressant de comparer l'itinéraire de Foncine avec celui de Brasillach. Ils sont semblables par leur refus de la III ème république qu'ils honnissent, mais Brasillach est politiquement plus structuré et se tourne en ces années vers le fascisme abandonnant petit à petit l'Action Française, puis vers le nazisme, fasciné qu'il sera par les rites nazis, alors que Foncine entonne un discours populiste qui ferait encore flores aujourd'hui. On songe, en faisant le parallèle avec Brasillach, je le rappelle fusillé en 1945, que peut être ce qui a paradoxalement sauvé Foncine est son attirance pour les « lolitos » (véritable cadavre dans le placard de ces mémoires) alors que Brasillach admirait la classe d'âge supérieure... A ce propos il est bon de se souvenir de ce que Jean-Louis Foncine confiait à Gabriel Matzneff en 1959 et que ce dernier rapporte dans le premier tome de son journal, « Cette camisole de flammes »: << Evidemment, les dessins de Joubert ont un coté sensuel, mais c'est la vie qui est sensuelle. D'un beau gosse de douze-treize ans qui se promène dans la rue, on peut aussi bien dire qu'il est un péché ambulant.>>.

Ce qui est étonnant dans ces mémoires d'un écrivain c'est l'absence de références littéraires (grande différence à ce propos avec Notre avant guerre de Brasillach avec lequel Foncine partage néanmoins l'amour du théâtre) tout du moins avant la page 204. On apprend alors que, sans surprise, l'auteur favori de Jean-Louis Foncine est Alexandre Dumas. Plus inattendu est sa prédilection pour Jean de La Hire qu'il rencontre. Foncine nous met l'eau à la bouche en évoquant cet auteur jadis populaire qui semblait assez extravagant, mais malheureusement encore une fois, il nous laisse sur notre faim. L'auteur nous fait peu entrer dans son atelier littéraire. Seul est évoqué en quelques pages émouvantes les conditions de l'écriture de « La bande des Ayacks ». S'apercevant que la littérature avait bien peu de place dans ses souvenirs, Jean-Louis Foncine a cru bon de rajouter à la fin du livre, en appendice cinq pages sous le pompeux titre « Mes enfances littéraires » qui ne nous en apprennent pas beaucoup plus sinon qu'un de ses auteurs préférés était Drieu La Rochelle. On trouve en effet dans les pages politique de l'ouvrage l'influence de l'auteur de « Gilles ». Mais tout cela est bien pauvre et attendu si on le compare au même exercice auquel s'est livré un autre écrivain, François Rivière qui parle avec un enthousiasme communicatif pour ses lectures d'enfance dans « Un personnage de romans » (Pierre Horay éditeur, 1987). Rivière s'étant arrêté à sa douzième année, cela fait plus de vingt cinq ans que j'attend la suite...

  

scoutsmonde

  

 

C'est sans doute aussi son intérêt pour les jeunes personnes qui lui ont évité les dérives d'un autre brillant journaliste, Fontenoy, ce presque Tintin... (On peut lire sur Fontenoy  le livre que Guégan lui a consacré)

De même qu'il était intéressant de lire dans la correspondance Morand-Chardonne le point de vue d'un vaincu, il en va de même ici (pas toujours car lors du déclenchement de la guerre d'Espagne Foncine se réjouit que les révolutions ne fussent point l'apanage des partis populaires). on peut dire que Foncine, lui a été en quelque sorte doublement vaincu, politiquement et militairement. C'est ce qu'il ne faut pas oublier lorsqu'on lit les chapitre sur février 34 et la Cagoule. Mais encore une fois on a un témoignage extrêmement superficiel sur ces deux épisodes majeurs de l'avant guerre, si superficiel qu'il en devient suspect. C'est Bibi Fricotin chez les cagoulards! Car le non dit de l'auteur sur ces évènements est patent. Il tient certes à sa légèreté naturelle mais aussi parce que Foncine à postériori, est gêné par ce qu'il pensait alors, par exemple sur le 6 février 34 qui n'était pas différent à ce qu'écrivait Lucien Rebatet quelques années plus tard dans « Je suis partout »: << Au moment de l’action, la foule réapprit les gestes du combat et de la barricade, avec des morceaux de plâtre, des poignées de gravier et quelques lames Gillette fichées au bout d’un bâton. Les chefs, qui les avaient jetés poings nus contre les armes automatiques, s’étaient volatilisés, les uns sans doute par calcul (je pense à l’abject La Rocque), les autres, saisis peut-être de vagues et tardifs remords, n’ayant plus guère qu’un souci : nier la gravité de l’événement qu’ils avaient criminellement engendré. Cette nuit là, j’entendis Maurras dans son auto, parmi les rues désertes, déclarer avec une expression de soulagement : « En somme, Paris est très calme ! » Oui, mais c’était le calme d’une chambre mortuaire. La suite de l’histoire ne faut pas moins déshonorante. Les « chefs » de la droite firent un concert de clameurs. Certes, les « fusilleurs » étaient ignobles. Mais que leur reprochaient les « chefs » des ligues ? Ils leur reprochaient d’avoir triché en faisant tirer. ». Le poulet de Rebatet amène une précision: Rebatet comme Foncine et plus tard la plupart des historiens font une erreur en pensant que de La Rocque ait été fasciste. Son modèle n'était en rien Mussolini mais Salazar faire l'amalgame entre ces deux régime est une grave erreur historique qui fausse bien des jugements (sur de La Rocque il faut lire la somme quasi définitive que lui a consacré Jacques Nobécourt, Le colonel de La Rocque, 1885-1946 ou les pièges du nationalisme chrétien parue aux éditions Fayard).

Contrairement à Brasillach ou à Simone de Beauvoir ou encore à Michel de Saint-Pierre dans « Ce monde ancien! », Jean-Louis Foncine échoue à nous restituer la chair de cette avant-guerre.

S'il est beaucoup question de politique dans ces souvenirs l'autre grand sujet est l'amitié. Mais c'est un grand sujet comme en creux, autour duquel l'auteur tourne pour en définitive mieux l'esquiver. Il s'agit dans ce premier tome plutôt plus des amitiés dans un groupe que des relations entre deux garçons; l'amitié n'est considérée chez Foncine, grand pourfendeur de la mixité, qu'entre garçons. C'est à vrai dire plus la camaraderie qu'il met en scène dans ses livres que des relations personnelles. Celles-ci sont parfois reléguées en note de bas de page, comme la très intrigante de la page 118 où un Louis apparaît brusquement pour mieux disparaître définitivement ensuite: << La correspondance « démentielle » échangée avec Louis, de notre seizième à notre vingt deuxième année a, m'est resté très chère. Une grande amitié dans l'adolescence est un bienfait des dieux.>>. Dans d'autres passage 'est comme subrepticement comme l'évocation de ses occupations estivales: << Au pays perdus m'attendait maintenant chaque été un petit groupe de garçons auquel je consacrais tout le temps dérobé à la littérature, trois jeunes cousins qui venaient de grandir à la bonne taille pour former une patrouille de vacances...>>.

  

  

 

Toutefois ces « relations personnelles » me semble être l'encombrant cadavre dans le placard qui empêche Jean-Louis Foncine de s'étendre plus complètement sur certains épisodes de sa vie qu'il mentionne comme par inadvertance. J'insiste sur le fait qu'il me paraît impossible de dissocier ces deux tomes de mémoires de la collection Signe de Piste, fondée en 1937, dans laquelle La Bande des Ayacks de Jean-Louis Foncine est publié en 1938. Pour information la vente de ce titre du jour de sa parution à aujourd'hui est estimée à 1 000 000 d'exemplaires.Il me parait utile de rappelé au sujet de la collection Signe de Piste la fine analyse que faisait Bertrand Poirot-Delpech le 6 avril 1978 lors du « Magazine » de Pierre Bouteiller, sur France Inter au sujet des racine littéraires de Tony Duvert: << Avez-vous été scout, Pierre ? Alors, en tout cas vous avez sûrement lu les romans de la collection “Signes de piste” […]. Cela fait quarante ans que garçons et filles au bord de la puberté rêvent de ces ancêtres du “Club des cinq“ que sont le Bracelet de vermeil et Prince Éric. Rêve innocent ? Cela est moins sûr. Il y a quelques années, la revue [Recherches] a démontré très finement que les amitiés transies du bel Éric n’étaient qu’un tissu et une mine de fantasmes homosexuels […]. Moi qui ai un peu connu ces gens […] je peux vous dire qu’en effet, le scoutisme mielleux dont sont sorties ces images étaient à l’homosexualité ce que furent à Vichy ses écoles de cadres… Si on en doutait, un auteur de cette tendance mais affiché, lui, le prouve avec fracas depuis quelques livres. Il s’agit de Tony Duvert aux Éditions de Minuit. Profondément, Duvert est un pur produit de “Signes de piste“. Il en a l’innocence perverse, mais non l’hypocrisie. Cela donne la littérature la plus sauvagement érotique qu’on puisse lire depuis longtemps. ». Patrick Buisson écrit dans 1940-1945 Années érotiques (Albin Michel) que la collection “Signes de piste”,offrit non seulement l’esthétique, mais l’éthique de toute une génération embrigadée dans un scoutisme. Où comment l'érotisme s'invitait en contrebande dans le métapolitique...

La faiblesse et la force à la fois d' « Un si long orage » est que l'on a parfois l'impression qu'il n'a pas été écrit dans les années 90 comme le stipule le copyright mais que c'est une retranscription un peu arrangée d'un journal qui aurait été écrit à chaud, au plus près des péripéties qu'il raconte.

Ce sentiment corrobore ce que l'on ressent aujourd'hui à lire la quasi totalité des romans de la collection Signe de Piste: Un refus de voir l'évolution de la société autrement qu'en termes de désordre (la prégnance du modèle fasciste). La série au début des années 60 s'est trouvée confrontée aux prémisses des modifications sociales et culturelles qui conduiront aux bouleversements d'après 1968. On voit bien dans beaucoup des romans parus à l'époque une crispation face aux changements qui se produisent: Emancipation des jeunes, ouverture aux "nouvelles idées", développement de la consommation, relations facilitées entre garçons et filles... Autant de changements et d'attitudes systématiquement condamnés par les ouvrages et reformulés dans une perspective tératologique et bigote: un garçon émancipé devient un jeune livré à lui-même (drogué, voyou, blouson noir); un jeune qui consomme est un poseur, un snob, un idiot; une fille qui fréquente les garçons est une "fille fardée", superficielle, narcissique et, si elle ne rentre pas dans le droit chemin, une fille qui risque d'être perdue (même si cela n'arrive pas dans ces récits, étant donné leur public, le risque est sous-entendu ou métaphorisé). Souvent, la structure même des récits impose de telles idées, sans qu'elles aient à être même explicitement formulées dans le discours (mais elles sont par ailleurs formulées...). Lorsque les Signe de Pistes abordent la société, c'est généralement en opposant des jeunes "livrés à eux-mêmes" (lire: "indifférents aux valeurs chrétiennes") à de vrais scouts (lire: "enracinés dans une lecture morale du monde fondée sur les valeurs christianisme"). Cette incapacité à intégrer les nouvelles idées (en fait à voir les changements qui se produisent après la guerre autrement qu'en termes de désordre) explique l'effondrement des Signe de piste après les années 1970, puisque leur monde était devenu très minoritaire. On peut aussi qualifier les romans du Signe de Piste comme romantiste ou/et vitaliste. Comme Foncine, Larigaudie, Ferney, Leprince peuvent être rangés dans les vitalistes. D’autres sont en revanche totalement romantiques, tel Paul Henrys qui est emblématique de cette tendance et Dalens lui-même la frôle à plusieurs reprises. La plupart mélangent les deux. Mais dans cette production, celle de Foncine faisait entendre une voix autre. Il est évident que l'homme a toujours été en délicatesse avec l'éthique chrétienne et ses valeurs. Sous parfois un vernis catholique, toute l'oeuvre de Foncine fait entendre un chant païen. Ce qui explique que si aux alentours de 1990, son compère Serge Dalens (1910-1998) rejoint le Front National, Jean-Louis Foncine est proche du G.R.E.C.E, qui sous l'égide d'Alain de Benoist sera l'inventeur de la Nouvelle Droite une nébuleuse fortement irriguée par le paganisme. A ceux qui me reprocherait de chercher une couleur politique dans les romans de la collection je leur rétorquerais n'est pas absurde dans la mesure où ces romans se sont explicitement proposés d'offrir un modèle de lecture du monde, et se sont donnés comme un guide pour les lecteurs.

  

kronkron-1206.JPG

  

kronkron-1208.JPG

 

La sociologie ne passe pas pour être une pratique de droite, pourtant Jean-Louis Foncine avec la "Bande des ayacks" puis avec "Le foulard de sang" a probablement été l'un des premiers écrivains à se pencher sur le phénomène des bandes caractéristique de l'adolescence. Mais il est rare encore aujourd'hui de lire un roman ou un récit qui montre le groupe de l'intérieur sans une parole ou un regard d'adulte. Comme le remarque justement Alain Jamot, l'auteur des textes du tome 1 des dessins de Joubert, la culture germanique de Foncine ne fut sans doute pas étrangère à cet intérêt pour les bandes et son idée de créer une chevalerie secète, car l'Allemagne qui est la terre d'élection des sociétés secrètes, regorge de récit et de pratiques dans la jeunesse comme les sociétés d'étudiants avec leurs fameux duels... 

  

 

On se doute qu'avec son parcours chaotique, Jean-Louis Foncine a du rencontrer bien des gens intéressants mais tout occupé de sa personne, il n'en parle guère.

A la fin du livre, l'auteur se fait lyrique lorsqu'il évoque les années à la sortie du service militaire qu'il semble vouer presque exclusivement au scoutisme en compagnonnage avec Pierre Joubert. Mais il faut attendre les deux derniers chapitres pour entrer dans la grande littérature avec l'évocation poignante d'un de ses jeunes protégés massacré par les allemands dans un maquis. Ce tombeau littéraire s'ouvre par ce terrible cri sorti du coeur: << Ils l'ont tué>>. Puis sa narration pleine de vie... et de mort sur sa campagne de France. On quitte le narrateur, prisonnier des allemands en route vers Bastogne... Dans ces deux morceaux de bravoure Foncine montre tout le talent qui était tapi en lui, trop souvent dans ces souvenir, escamoté par une narration certes brillante et fluide mais en pilotage automatique d'un homme qui pour la énième fois récite les hauts faits de sa légende.

J'en arrive à un chapitre qui bien évidemment a retenu mon attention, la pratique de la photographie par Jean-Louis Foncine sur laquelle j'aimerais en savoir et surtout en voir plus. Voilà comment il décrit sa pratique photographique: << A l'époque, je taquinais la photographie comme je taquinais les muses, avec le même éclectisme. Tel Nadar je travaillais avec une énorme chambre à soufflets (…) La mise au point sur verre dépoli pouvait être opérée à la perfection. L'appareil donnait directement sur plaque de verre 18x24 des clichés presque parfaits (…) j'installais mon matériel dans une petite clairière où le jeu des ombres et des lumières me plaisait (…) Vite un pagne de verdure ou de frange de fauteuils, des arcs, des flèches, des sagaies... Et c'était la Malaisie! Aucun instantané mais des poses savamment étudiées pour donner l'illusion de la vie. >> (bien sûr si un lecteur a une photo signée Foncine Lors du diner que j'ai évoqué au début de ce billet, Jean-Louis Foncine m'avait montré quelques une des photos qu'il avait prises jadis, mais à l'époque j'étais peu photographe moi-même et je ne connaissais ni Egermeier, ni Robert Manson, ni Simonet, ni Jos Le Doaré, ni Jacques Simonot et pas plus Dachs (je cherche bien sûr des images de tous ces gens là pour le blog), je n'ai pas donc gouter ces trésors comme ils le méritaient. Néanmoins une image s'est gravée dans ma mémoire, celle d'un jeune garçon, presque nu grimé en peau rouge et attaché à un poteau de torture...

  

Jean-Louis Foncine a été l'instigateur d'un ordre secret celui du foulard de sangun ordre de chevalerie adolescente. On retrouve dans un autre roman du Signe de piste de Pierre Labat, "Le manteau blanc", une société secrète semblable. L'ordre du foulard de sang est l’un des derniers flamboiments du mythe de la chevalerie à la scoute. Je crois que rien résume mieux le crédo de Jean-Louis Foncine que la phrase de Jean-René Huguenin: « pour un homme, aucun acte n’était plus important que la fondation d’un Ordre secret d’adolescents.».

  

Nota:

Ce premier tome des souvenir de Jean-Louis Foncine est paru une première fois sous le titre "Entracte, chronique d'une jeunesse 1918-1940 en 1981 aux éditions épi dans la collection "Ruban noir". Le texte en est assez peu différent de celui paru quatorze ans plus tard qui est le sujet de ce billet. Cependant les dernières lignes de la première édition sont différentes de celles de la seconde. Les voici: << Je crois l'avoir assez fait comprendre: l'humanité, dans son ensemble, n'est susceptible d'aucune amélioration. Elle ne retient rien, n'apprend rien. De nouveaux tyrans sont déjà là qui, s'ils ne sont plus allemands, sont aussi impitoyables, aussi déterminés, aussi inhumains que ceux de 1940. S'il le faut, ils ravageront la boule terrestre pour le triomphe de leurs idéologies. N'en doutez pas! Cette histoire, je ne l'écrirai pas. Des enfants l'écrivent déjà tous les jours, non avec de l'encre, mais avec leur sang! Mais sur leur tombe, comme sur la tombe de Manolo, comme sur la tombe de Furet, fleuriront peut-être des pervenches et des bleuets. Et d'autres enfants - un peu plus tard ou beaucoup plus tard- ayant oublié qu'il s'agit d'un cimetière, joueront aux gendarmes et aux voleurs, riront à perdre haleine, se pourchasseront sur un fragment de planète tout neuf. Le soir, ils se dresseront sur un rocher élevé, face au soleil couchant, tels des dieux invincibles et immortels!>>.

  

  

couvertures  

Voir les commentaires

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

22 Octobre 2025, 06:36am

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

Tanguy

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

Les poneys sauvages

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

Le chien de pique

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

Les croix de bois

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

Le visiteur de hasard

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

Les rois maudits

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

La malédiction d'Edgar

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

Le bon beurre

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

American psycho

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

Le dahlia noir

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

Cherokee

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

Les années

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

L'étoile rose

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

Minuit

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

Le passé d'une illusion

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

Le jade et l'obsidienne

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)
Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

Sud

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

Notre agent à La Havane

Gérard Guégan

Gérard Guégan

Fontenoy ne reviendra plus

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

Les choses de la vie

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (2)

Tombeau sur cinq cent mille soldats

Voir les commentaires

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

21 Octobre 2025, 06:30am

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

L'homme qui meurt

 

Je dois l'idée de ce billet à Xristrophe, qu'il en soit remercié, lorsqu'il a mentionné, dans un de ses commentaires, l'excellente photographe qu'est Sophie Bassouls. On peut voir une quantité extraordinaire de ses clichés sur son site: http://www.sophiebassouls.com/

En voyant toutes ces images d'écrivains, il m'est venu l'idée de faire figurer la photographie de ceux qui avait écrit au moins un livre qui avait compté pour moi (et qui somnole dans une de mes bibliothèques) et d'incrire son titre sous la photo de son auteur. Peut-être que cela vous incitera à la lecture...

 

Alain Finkielkraut en 1979

Alain Finkielkraut en 1979

La défaite de la pensée

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

Le monde vert

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

Becket

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

Moon palace

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

L'empire du soleil

J'ai un peu connu ce grand lettré...

J'ai un peu connu ce grand lettré...

Sparte et les sudistes

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

Ravage

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

L'empire des signes

J'ai eu la chance de rencontrer cet homme à l'exquise élégance...

J'ai eu la chance de rencontrer cet homme à l'exquise élégance...

A l'épreuve du temps

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

Le fils du consul

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

La peau des zèbres

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

Les diaboliques

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

Le jour où Gary Cooper est mort

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

Conrad

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

Chroniques japonaises

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

Le livre de John

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

Le baron perché

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

Les ritals

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

Le sixième jour

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

Cahiers

Sophie Bassouls illustre ma bibliothèque (1)

Ce soir on soupe chez Pétrone

Chez Jean-Claude Farjas j'ai eu la chance de diner quelque fois avec ce grand anglophile

Chez Jean-Claude Farjas j'ai eu la chance de diner quelque fois avec ce grand anglophile

Les forêts de la nuit

Voir les commentaires

Dédales de Charles Burns

20 Octobre 2025, 06:40am

 

Les scénario de Charles Burns sont toujours opaques. Je dirais même plus, ils le sont de plus en plus. En cela, la série Dédale ne déroge pas par rapport au reste de son oeuvre. Elle porte bien son nom. Nous sommes comme toujours entre songe  rêve et réalité. Essayons de suivre le fil dans ce dédale. Brian 17, 18 ans avec son copain Jimmy tourne depuis leur enfance des petits films horrifiques. Ils ont le projet un peu plus ambitieux de tourner un film montrant l’invasion de la terre par des extraterrestres prédateurs. Jimmy pour le rôle principale a recruté une belle jeune fille rousse, Laurie. Le courant passe immédiatement entre Brian et Laurie. Brian invite Laurie à aller au cinéma voir « Invasion of the body snatchers » de Don Siegel (1956)… Dans ce film les êtres humain sont remplacés par des extra-terrestre qui prennent possession de leur corps, alors les nouvelles créatures n’éprouvent plus aucune émotion. Ce qui peut renvoyer au caractère de Brian, dont l’attitude est parfois, et de façon totalement imprévisible, bizarrement détachée de ce et de ceux qui l’entourent. 

 

dedales-hd-18-13aec

Alors que le premier tome était centré sur la rencontre entre Brian,dans le deuxième tome nous assistons au tournage du film et ainsi nous découvrons de nouveaux personnages . Le site choisi est la montagne. La petite équipe de tournage vit dans un confortable chalet isolé. La grande idée de Burns est de présenter les rapports entre ses adolescents ou jeunes adulte d’une façon très naturaliste alors qu’il tourne une histoire fantastique. 

 

dedales2-extrait_5_page-0001-96f01

Brian est le geek type façon années 70, période pendant laquelle semble se situer l’histoire mais ni les dates ni les lieux, nous sommes bien sûr en Amérique, sont indiqués. C’est un garçon très introverti et quelque peu perturbé, contrairement à Laurie, qui est peut être un peu plus âgés que lui et qui est plutôt extravertie et équilibrée. Le passe-temps de Brian est le dessin. Passionné par le cinéma d’horreur, c’est un dessinateur compulsif,  dont les oeuvres représentent souvent des formes organiques inquiétante…  Au point de vue rationnel de Laurie Burns oppose les pensées, les rêves ou les idées de films de Brian dont l’imaginaire est torturé.

 

dedales-hd-14-974df

Nous voyons tantôt cette histoire à travers les yeux de Brian, tantôt à travers ceux de Laurie. Le changement de « je » se fait sans transition. Si dans la plupart des cas, comme classiquement dans la bande dessinée nous voyons les personnages agir dans d’autres cases nous somme en « caméra subjective » nous est proposé ce que voit un personnage. A ces types de cases Burns mêle des images des dessins de Brian, des films que Jimmy et Brian ont tourné et des transcriptions des plans d’« Invasion of the body snatchers » (le cinéma revient comme un leitmotiv dans Dédales). Pourtant si le lecteur est loin de comprendre tout, il ne se perd pourtant pas dans ce dédales.

 

dedales-hd-7-6d443

Alors que son dessin est très personnel, reconnaissable au premier coup d’oeil, avec ses ombres franches d’un noir profond, Charles Burns est certainement le dessinateur américain le plus influencé par la bande-dessinée franco-belge et en particulier par la ligne claire d’Hergé même si son univers est bien différent de celui de Tintin. On peut déceler néanmoins chez lui d’autres influences, celle du manga japonais pour sa lenteur à présenter les rapports entre les êtres et le comics américain, celui des années 60 et 70 par son choix de couleurs franches mais plutôt douces. Une des particularité du dessin de Burns réside dans les cadrages de ses personnage souvent en gros plan. Il y a peu de représentations en pieds des personnages qui paraissent statiques, un peu comme chez Jacobs.

Les planches sont peu découpées, le plus souvent en trois bandes horizontales ne contenant qu’une ou deux cases. Il y a aussi quelques belles pleines pages.

Comme toujours chez Cornélius les album sont soignés avec leur dos toilé. L’éditeur français est le premier éditeur au monde à publier cette œuvre de l’un des maîtres de la bande dessinée alternative américaine. Quatre ou cinq volumes seraient prévus.

 

dedales-hd-29-c6297

Voir les commentaires

Hommage à Claude Michel Cluny par Christopher Gérard 

20 Octobre 2025, 06:38am

AVT_Claude-Michel-Cluny_9096.jpg

 

 

Pour saluer un maître de style et de vie, cet extrait de ce que j'écrivais sur Claude Michel Cluny dans Quolibets. Suivi d'un entretien avec l'écrivain.

 

"Un pessimisme allègre, une vision machiavélienne de la politique comme exercice de la puissance, une misanthropie affirmée  (...)  Un style cristallin, décanté à coups de rasoir, épuré sans jamais verser dans la géométrie. Une férocité hautaine quand il s’agit de sabrer des gloires qu’il juge usurpées. (...)Autre leitmotiv, une réflexion philosophique menée depuis les débuts littéraires, aux antipodes de « l’affreuse métastase venue de Judée », libérée des dogmes abrahamiques et ressourcée dans la Grèce de Pindare ».

 

  

 

Entretien avec Claude Michel Cluny

 

L’Invention du Temps, votre Journal, illustre un permanent exercice de gnôthi seauton. Ma première question sera donc : qui êtes-vous ? Comment vous définiriez-vous ? Pour ma part, j’ai envie de dire un Solitaire. Ne dites-vous pas dans Moi qui dors toujours si bien : « Seul et heureux de l’être sans oubli ni abandon, sans relâchement de la vigilance d’être moi » ?

 

À l’éveil de l’adolescence, passage d’un monde flou dans la vie consciente, je me suis fait une amie de la solitude, dès lors qu’elle se confond avec la liberté d’être. Liberté de rêver, de choisir, de lire, d’inventer voyages et aventures − un peu la cachette dans l’arbre des récits de jeunesse. Non que j’eusse été sauvage : j’eus la chance de fidèles amitiés. Mais je préfère la solitude aux importuns, et ne m’ennuie jamais. J’ai pu vérifier au long de ma vie qu’on ne voyage jamais mieux que seul, que la solitude m’est une force, un temps de ressourcement, une indépendance.

 

Libre, non pas misanthrope ; lorsque mon Journal littéraire,L’Invention du temps, a commencé d’être publié, le peu d’amis anciens que l’âge ne m’a pas ravi s’étonnèrent de ce goût pour la solitude que jamais ils n’avaient décelé au fil des années. Et puis, la vie que j’ai choisie très tôt, animée par les activités diverses, les rencontres, les voyages, exigeait des moments de retrait dus à l’écriture aussi bien qu’à la vie privée. La solitude élue − un luxe rare − vaut une thérapie, bénéfique à l’équilibre de l’esprit comme à celui du corps la pratique d’un sport.

 

Quelles ont été pour vous les grandes lectures ? Vos maîtres ?

 

Celles, en vérité, qui instruisent par le plaisir. Je leur dois le goût de l’histoire et la passion des voyages, les joies du langage et la soif du beau. Les personnages de Dumas me menèrent aux grands historiens, ceux de Verne à la connaissance du monde. L’adolescence me fut une fête de découvertes. Je sais combien je dois à ces émerveillements en vrac, dont les désordres m’apprirent aussi qui j’étais. Trop indépendant, je ne crois pas avoir eu des « maîtres », plutôt des curiosités, des engouements, et des admirations raisonnables : le sage scepticisme de Montaigne, la cruauté sublime de Racine, l’intelligence créatrice de Valéry m’accompagnent encore. Et la leçon politique de Gide, la société moribonde de Proust… Il est vraisemblable que si vieillir renforce nos racines culturelles cela nous rend moins enclins à prêter attention à tant de déjà vu, mais aussi moins d’énergie à lutter contre un déclin de civilisation organisé et consenti. De l’alliance du doute avec la passion, cet inceste, naît peut-être une forme de stoïcisme.

Quelles ont été vos grandes rencontres littéraires?

 

Les années 50 révélèrent à ma génération tout ce que la guerre avait occulté. Une floraison d’ « ismes » en art, musique, littérature. Des plus dommageables de ces doctrines, les religieuses et les politiques, nous sommes loin à ce jour d’être débarrassés.  À vingt ans, de qui se croire ou se vouloir le disciple ? J’eus quelques rencontres de curiosité − Cocteau, bien sûr, Montherlant −, mais je compris très tôt que le temps qu’un écrivain nous donnait était pris sur son travail. Les véritables rencontres ont lieu dans les livres. Quant aux « Lumières » de l’époque, elles se barbouillaient par trop d’idéologies, aveugles, menteuses, meurtrières, pour subvertir mon scepticisme. Je n’ai jamais pratiqué le culte des « Grands hommes », et n’eus pas non plus de rencontre « fondatrice »  − tel front de Claudel avec un pilier de Notre-Dame −, mais des amitiés et la passion de la jeunesse.        

 

Il y a chez vous comme un dégoût très sûr pour « la fallacieuse musique des mots non exacts ». Puis-je dire que votre voie en littérature est la voie sèche et décantée, celle d’un Léautaud ?

 Ce que vous entendez par « écriture sèche » − Stendhal, Léautaud, Valéry ? −, celle de mon Journal littéraire, ou de mes essais critiques, souvent de mes poèmes, de mes aphorismes, tend au plus juste rapport du verbe à l’idée. Une écriture décantée du flou, de l’imprécis, donc de l’inutile par la logique. Soit (j’en accepte le compliment !). Pourtant, l’expression logique n’affronte pas l’indicible − ce qui reste à dire au-delà du dit. D’où les fabuleuses interrogations de la poésie, ce langage dans le langage.    

 

Si l’écriture de mon Journal favorise cette concision que vous remarquez, mes ouvrages de fiction font appel à bien d’autres registres. Je crois qu’une œuvre romanesque suscite son propre langage autant que son rythme et son climat.  Mes romans, de fait, ni mes nouvelles ne se « ressemblent ». Chaque livre exige son espace et son écriture propres.

 

Pourrais-je vous qualifier de libertin du siècle ?

 

Faut-il encore savoir ce que le mot veut dire aujourd’hui. Le sens a passé de la liberté de penser à celle des mœurs. Rien d’illogique dans cet appauvrissement. Il ne subsiste de ces péchés de l’esprit d’analyse et de ceux du désir qu’un inoffensif relent de soufre. Un colloque en Sorbonne, il y a peu, me reconnut comme « poète païen ». J’en suis fier. Le divin est en nous, ou il n’est pas. Si j’avais une religion elle serait solaire ; je hais l’obscurantisme des dogmes qui nous menacent plus que jamais. Le politiquement correct de la « pensée » dominante est tel que les libertés naturelles, à commencer par celle de l’esprit, sont mises en procès ; il écrase jusqu’au langage.  Or, un peuple qui a peur des mots est un peuple asservi.

 

J’eux la chance de la plus grande liberté pour diriger la collection de poche de poésie « Orphée » ; soit quelque deux cent trente titres. Classiques, oubliés ou inconnus. Les poètes donnent une leçon : ceux qui chantent juste demeurent à la marge des modes, et les plus grands s’élèvent toujours contre les interdits de leur temps.

 

Propos recueillis par Christopher Gérard, avril 2011.

 

C'est un exemple de ce que l'on trouve dans le merveilleux et érudit  blog de Christopher Gérard: http://archaion.hautetfort.com/

 

 
Commentaires lors de la première édition de ce billet:
 

 

 

Voir les commentaires

Agonie d’une passion de Karl-Erick Horlange

19 Octobre 2025, 07:26am

product_agoniePassion

 

 

On nous refait le coup du journal intime récupéré par l’auteur qui n’aurait fait que retravailler la chose pour la rendre publiable. C’est extraordinaire le nombre de journaux intimes et autres manuscrits ou carnets qui n’attendent qu’une bonne âme pour être publiés. Cher lecteur si vous avez ce genre de paperasses en particulier s’il y passe quelques célébrités, pensez à moi, j’en ferais bon usage, cela m’occupera mes longues soirées d’hiver et j’en tirerais peut-être un peu de sous ce qui ne serait pas pour me déplaire.

Ce qui est agaçant c’est l’effort que fait l’auteur avec un avant propos et une préface pour blouser le lecteur. Il faut avoir bien peu de confiance en son écriture pour penser qu’on prêtera plus attention à un soi-disant journal sous l’occupation qu’à une oeuvre romanesque.

On ne croit pas une seconde à ce prétendu journal d’abord en raison de son écriture. Il est peu probable que l’on trouve les termes de psychodrame et de franchissement de la ligne rouge dans un écrit de 1942. Il n’est pas plus probable qu’un monsieur qui couche avec un journaliste de « Je suis partout » et qui répond à un questionnaire de « La gerbe » soit dégouté en lisant un pamphlet antisémite de Céline et révulsé quand il croise sa première étoile jaune, portée par une jeune fille, forcément une jeune fille, comme l’écrirait la petite Marguerite qui se débrouillait pas mal en ce temps là…

Or donc nous lisons le journal, puisque journal il y aurait, d’un certain Franz von Arx un franco-allemand d’une quarantaine d’années auteur de pièces de théâtre et de romans. Il ne semble pas avoir de souci de trésorerie sans que l’on comprenne d’où puissent venir ses fonds. Notre dramaturge est amoureux, comme une bonne, d’un homme un peu plus jeune que lui, André journaliste de son état à … « Je suis partout » et là, nous sommes qu’au début du livre, on se dit déjà que monsieur Horlange charge beaucoup la barque… D’autant qu’il parle de « Je suis partout » comme d’un quotidien alors que c’était un hebdomadaire! D’ailleurs l’auteur semble totalement méconnaitre le fonctionnement d’un journal et de « Je suis partout » en particulier dans lequel les journalistes ne passaient pas d’une rubrique à une autre comme Pierre qui tantôt est pressenti pour suivre un procès, puis interviewer un ministre, fait des critiques de pièces de théâtre et d’opéras, ensuite part dans le sud de la France pour faire un reportage sur un sculpteur célèbre: Horzens, dans lequel on aura reconnu sans peine Maillol. Chaque journaliste de Je suis partout était assigné à une rubrique, à toutes règle il y a certes des exceptions comme Brasillach et Rebatet. Visiblement Horlange n’a pas lu le remarquable essais de Pierre-Marie Dioudonnat « Je suis partout 1930-1944, les maurrassiens devant la tentation fasciste, (1973) La table ronde.

Franz est jaloux comme un tigre car André, un Apollon du Belvédère au dire de Franz, entre deux séances de lit avec lui, fricote avec Catherine, une petite actrice gironde. Pierre va finir par laisser tomber le possessif Franz. Cette minutieuse et assez ennuyeuse description au jour le jour d’un abandon est ce qui sonne juste dans le roman. C’est probablement du vécu. L’auteur a voulu prendre comme toile de fond la période de l’occupation pour tenter de rendre plus intéressante une banale histoire d’amour qui se défait. Mais le lecteur ne peut pas être dupe du subterfuge. Le collage est grossier même si la chronologie des évènements est respectée, mais ce n’est pas très difficile avec par exemple une collection de « l’Illustration » de l’époque (j’ai ça dans mes archives) ou plus prosaïquement un bon moteur de recherche sur la toile. Mais si on évite ainsi les anachronismes des évènements cela met pas à l’abris des anachronismes psychologiques qui sont légion dans « Agonie d’une passion ».    

Franz et André m’ont fait immédiatement penser à une transposition du couple Julien Green- Robert de Saint-Jean. Franz ne tarissant pas d’éloge pour son Pierre comme Julien Green pour Robert de Saint-Jean dans son journal non expurgé, sans que dans les deux cas on comprenne ce qu’ont d’extraordinaire ces créatures pourtant portés au pinacle…

Ce qui est particulièrement pénible dans l’ouvrage est que l’auteur appelle un grand nombre de personnages par leur prénom. Ils arrivent comme si on les avait toujours connus et repartent de même sans laisser d’adresse, je comprend bien que c’est pour accréditer la fable du journal, mais le lecteur est perdu. Dans d’autre cas c’est pour signifier que Franz est à tu et à toi avec des pointures, ainsi André c’est Gide, Marc c’est Marc Allégret, Sacha c’est Guitry, Danièle c’est Darrieux, Maurice c’est Maurice Bardèche… Là encore cela ne fonctionne pas pour plusieurs raisons la première est qu’avant guerre même des intimes s’appelaient de préférence par leur nom et pas par leur prénom, mais ça on ne le trouve pas dans wiki… La deuxième est que le lecteur qui a un tant soit peu de culture littéraire ne peut croire que Franz soit un intime de Gide. Les intimes de Gide les lecteurs des correspondances gidiennes et de son journal, les connaient et on n’y trouve pas de Franz à l’horizon. Comment notre auteur peut être assez naïf pour qu’ensuite on accorde du crédit à l’existence réelle de Franz! De même on veut nous faire avalé que le dit Franz a fait Normal-sup mais il n’utilise jamais l’argot propre à la rue d’Ulm. Camarade Horlange vous auriez du également lire « Notre avant-guerre » de Brasillach…

Ce qu’aurait pu être un des plaisirs du livre, qui serait partiellement un roman à clé, aurait été celui de trouver la bonne clé qui ouvre la bonne serrure. Mais ce n’est pas le cas, car la plupart des personnages sont un puzzle de morceaux de plusieurs personnes ayant réellement vécues. Malheureusement, un peu comme pour la créature du docteur Frankenstein les morceaux des différents modèles se raboutent mal. C’est le cas en particulier pour Pierre qui semble emprunter un morceau à Laubreau, un morceau à Jean-Christophe Averty, un autre à Robert de Saint Jean et peut être même un à Claude Roy qui doit être le seul rédacteur de Je suis Partout à être passé à la Résistance, car Pierre va être résistant, ridicule épisode de l’aviateur canadien… 

Certains protagonistes apparaissent sous leur véritable identité comme Ernst von Salomon dont la présence à Paris en 1942 est très douteuse, je me demande si Horlange ne se serait pas trompé de Ernst et aurait pris Salomon pour Junger. L’auteur n’étant pas à une confusion prêt, je n’ose croire qu’il aurait confondu Henry de Montherlant, présenté ici comme un dragueur de la piscine Deligny à la fin des années 30, alors que rien atteste ceci, avec Matzneff qui n’était pas né à cette époque! 

Beaucoup d’autres personnage apparaissent masqués comme Valentin qui pourrait être André Barsacq ou André Obey, comme Léon, chanteur de variété et amant de rechange pour Franz qui pourrait être Johnny Hess.

« Agonie d’une passion » est le délitement d’un amour entre deux hommes sur fond d’occupation. Un bien beau sujet qui aurait pu être réussi avec beaucoup plus de rigueur, de travail et de modestie. Et puis il faut que les auteurs cessent de bourrer le mou des lecteurs avec leurs fariboles de carnets trouvés, de manuscrits miraculeusement sauvés et autres découvertes improbables…

Voir les commentaires

A PROPOS DES MOTS DE SARTRE

18 Octobre 2025, 07:17am

mots-sartre-L-UXquKp

 

 

A l'occasion d'un beau cadeau que l'on m'a fait, Les mots et autres écrits autobiographiques de Jean-Paul Sartre dans la Bibliothèque de la Pléiade, je relis les Mots. La Pléiade est entre autre épatante qu'elle vous incite à relire des oeuvres que l'on croyait connaitre parce qu'on les avait lu dans une prime jeunesse où nous n'étions pas encore nous même. J'avais gardé un grand souvenir des Mots. Sartre n'est pourtant pas un des écrivains que je place tout en haut de mon pinacle intime, même si je ne l'ai jamais négligé. Au fil des pages je m'aperçoit que c'est un pur chef d'oeuvre que je confondais un peu avant cette revisitation avec Si le grain meurt de Gide, auquel il faudrait bien que je fasse subir le même traitement. Mais surtout je m'aperçois que mon cerveau qui n'est plus guère que de la sauce blanche comme disait un autre pléiadisé, lui de fraiche date, avait occulté la puissance comique du livre qui me fait m'esclaffer toutes les dix lignes. Au risque de passer pour un parfait jobard, mais je crois que je suis entre autres catalogué ainsi depuis fort longtemps, je trouve beaucoup de points commun entre les saillies de Sartre et celle de Guitry (une telle comparaison va, à coup sûr m'inféoder les sectateurs de ces deux grandeurs). Mais le portrait du grand père me fait plus penser au mémoire d'un tricheur qu'à l'existentialisme, jugez vous même: " A la vérité, il forçait un peu sur le sublime: c'était un homme du XIX ème siècle qui se prenait, comme tant d'autres, comme Victor Hugo lui même, pour Victor Hugo. Je tiens ce bel homme  à barbe de fleuve, toujours entre deux coups de théâtre, comme l'alcoolique entre deux vins, pour la victime de deux techniques récemment découvertes: l'art du photographe et l'art d'être grand père. Il avait la chance et le malheur d'être photogénique; ses photos remplissaient la maison: comme on ne pratiquait pas l'instantané, il y avait gagné le gout des poses et des tableaux vivants; tout lui était prétexte à suspendre ses gestes, à se figer dans une belle attitude, à se pétrifier; il raffolait de ces courts instant d'éternité où il devenait sa propre statue.".
Je suis également surpris par la proximité entre le futur promeneur de homard et Proust, tant par le style que l'on pourrait, si on lisait avec négligence, qualifier de précieux, alors qu'il est surtout profond, en témoignent les érudites et succulentes notes en fin du volume, que par les délices que ses réminiscences enfantines font vivre au narrateur.
Guitry un pont entre Proust et Sartre, c'est peut être tout de même un peu osé. Surtout qu'à bien des moments c'est plus la grande langue du XVIII ème siècle que Sartre nous fait entendre.
Une phrase de ce livre dit tout de la détresse existentielle de Sartre et rend le personnage tout compte fait émouvant: "Longtemps j'avais redouté de finir comme j'avais commencé, n'importe où, n'importe comment et que ce vague trépas ne fut que le reflet de ma vague naissance.". Tout le livre balance entre un amour de soi qui se transforme en haine lorsque le bel enfant aux boucles blondes fait place à un avorton loucheur. Il y a dans l'ironie cruelle de Sartre ce que Nietzsche appelait à propos de Socrate, la méchanceté des rachitiques.
Mais si le livre a un début éblouissant le dernier tiers souffre de redites ainsi l'ode à la beauté de la circularité de Sartre dans ses "Situations" devient plus un plaidoyer pour sa propre oeuvre qu'un concept esthétique  et Charles Dantzig a bien raison lorsqu'il écrit: " Après un enthousiasmant début, arrive un moment où il patine, s'embrouille, tourne sur place. Nouveaux excellent passages. Nouveau patinage. Ect. (...) Les mots c'est son Poil de Carotte. Sartre aimait Jules Renard." Il n'en reste pas moins que pour les nombreux morceaux éblouissants, plus dans la première partie, "lire" que dans la seconde, "écrire", "Les mots" est un livre qui procure bien des bonheurs à son lecteur.
 
 
Commentaires lors de la première édition du billet
bruno a dit…

"Si le grain NE meurt"...enfin, voyons !

Your french Patrick a dit…

Merci à Sartre et à vous même, cher Bernard, de m'avoir permis de prendre conscience de ce que, comme moi-même, je me prends pour moi-même à l'instar de Victor Hugo. Et réciproquement, qui plus est.
Quant au grain qui, effectivement, NE meurt dans le titre de l'autobiographie de Gide, ce titre est une citation de l'évangile selon St Jean, XII, 24-25, qui fait dire à Jésus une parabole incluant également l'hypothèse inverse où il meurt: "Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit." Ce qui signifie que: "Qui aime sa vie la perd, et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle."
N'est-ce pas tout à fait Gide, ça, mon bon Monsieur? Je ne suis pas sûr que sa haine à l'encontre de sa vie en ce monde l'empêchait beaucoup de la mener à sa guise.
Amicalement.

argoul a dit…

French Patrick : Hum ! "la vie éternelle"... Ne serait-ce pas plutôt qu'il faut que les parents meurent (sur cette terre) pour que les fils vivent ? Jésus était un petit facétieux, on l'a un peu trop tiré vers le ciel (comme le ViH Hugo).
Bernard : "Longtemps j'avais redouté de finir comme j'avais commencé" dit Sartre. Cette paraphrase de Proust, "longtemps je me suis couché de bonne heure" qui est la 1ere phrase de la Recherche, est-elle voulue ?

b a a dit…

réponse à Patrick
Merci pour cette notule érudite et gidienne

b a a dit…

réponse à argoul
La paraphrase proustienne ne doit rien au hasard. Le texte de Sartre est truffé de ces jeux littéraires que les notes de l'édition de la pléiade dues à Jean-François Louette, mettent remarquablement en lumière

Your french Patrick a dit…

@BERNARD: Merci du compliment. Venant de vous, il ne peut que me toucher.
@ARGOUL: Sur le premier point je suis d'accord avec vous, et j'en tire une conséquence : l'église (non, je n'ai pas oublié la majuscule) est en contradiction avec elle-même quand elle prohibe l'euthanasie. Sans parler de la "charité chrétienne"...
Je ne pratique aucune religion, mais j'ignore si Jésus est ou non un petit ou grand facétieux. Ou alors si petitement que cela m'aura échappé.
Je ne me pencherai pas sur son cas avant d'avoir réglé celui de son église et des autres. L'étude de leurs facéties, à elles, devrait bien me demander quelques millénaires au terme desquels je ne manquerai pas de vous soumettre mes conclusions.
Quant au "ViH Hugo", excusez-moi de ne pas partager votre opinion même si je la respecte et vous en reconnais tout à fait le droit.
Amicalement.

Post-scriptum : Sauf erreur, une paraphrase est initialement une analyse de texte qui se veut exhaustive et n'use (ou pas) d'équivalents que pour mieux expliquer le sens de ce texte.
Mais vous avez raison, aujourd'hui "on" (toujours lui!) utilise communément ce terme pour désigner une pâle copie à la limite du plagiat.

Guil a dit…

J'ai détesté Sartre... à 16 ans. J'avais envie de le baffer à chaque page, par dessus tout je ne supportais pas ce que je voyais chez lui comme un moralisme intransigeant. Les mots, qui ont fait partie des quelques ouvrages de lui que je me suis forcé à lire, n'ont pas dérogé à la règle.

Peut-être devrais-je essayer de le relire aujourd'hui que j'ai plus du double de mon âge d'alors... Ou alors attendre un peu encore :-)

xristopher a dit…

"Gide menant sa vie à sa guise" (Patrick)... C'est pour ça qu'il me semble qu'il ne haïssait pas sa vie, Gide... Je me demande où vous avez pris cette idée, cher friend Patrick (Juste pour faire un petit paradoxe in fine? Non, n'est-ce pas...)

Your french Patrick a dit…

@ xristopher : Cher lecteur de ce blog et donc "aprioristiquement" ami, j'ai écrit "Je ne suis pas sûr..." C'est donc autant si ce n'est plus une question qu'une réponse" Cette phrase fait suite la citation qui la précède : "qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle." J'ai seulement dit que si d'aventure Gide haïssait sa vie en ce monde ce n'était pas, me semble-t-il, au point de se priver de la vivre comme s'il ne la haïssait pas.
Je n'ai connu ni fréquenté Gide, mais j'ai eu plusieurs fois, pour ne pas dire souvent, l'occasion de le côtoyer à une terrasse de café pour laquelle nous partagions apparemment la même dilection, et c'est l'impression qui m'en reste.
Mais j'ai peut-être été confronté à un chapelet (encore la religion!) d'exceptions à répétition, ou même peut-être été victime d'une aberration de mes sens.
En fait, la contradiction de l'être et du paraître, est peut-être tout bonnement interne, inhérente à Gide lui-même.
Ce que semble confirmer ce commentaire que j'ai ramassé sur la toile : "Bien qu'étant classique dans son style, André Gide rejette tout conformisme dans les idées. Sa personnalité est complexe, à la fois sensible et puritaine, tourmenté par le doute et l'inquiétude. Il refuse toute servitude familiale, sociale, religieuse pour mieux vivre dans l'instant et renaître chaque jour."
Amicalement.

Voir les commentaires

Yves Navarre mis à nu dans In n°5 en 1973

16 Octobre 2025, 06:37am

 

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>