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livre

Mémoires d'une Galerie d'Agathe Gaillard

14 Octobre 2025, 06:38am

 

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Grand carnet d'adresses de la littérature à Paris

13 Octobre 2025, 06:31am

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Gilles Schlesser a eu l’idée de compiler toutes les adresses de tous les plumitifs qui ont résidé un jour à Paris (il en a oublié quelques uns, à l’impossible nul n’est tenu. Mais ses oublis sont peut être signifiant) Pour ce faire il a pris tous les arrondissements en commençant par le 1 er et terminant par le 20 ème. Dans chacun listé par ordre alphabétique de A à Z comme il se doit, les rue dans lesquels des écrivains ont habité, en commençant par le numéro le plus petit pour finir par le plus grand. Après le nom de chaque rue, il a apposé une phrase d’un auteur dans lequel le nom de cette rue figure. A chaque numéro qui a eu la chance d’héberger un scribe, on trouve une petite anecdote ou un court extrait d’une oeuvre du monsieur ou une critique d’un de ses confrères sur l’oeuvre de cet auteur, critique d’ailleurs rarement bienveillante. Parfois également Schlesser se fend d’un commentaire sur le résident, réflexion pas toujours amène. C’est étourdissant d’érudition, sans bouger de son fauteuil on révise à la fois la géographie et l’histoire de Paris et surtout on s’imbibe de l’Histoire de la littérature française et même mondiale car ils sont nombreux les « estrangers » à avoir scribouillé au bord de la Seine. Bon Schlesser à ses marottes comme j’en ai déduit à le lire qu’il est juif, ce qui n’est pas une injure, il note la moindre sortie antisémite des écrivassiers, il faut reconnaitre que l’antisémitisme étant l’une des lubies les mieux partager chez les gens de plume ce n’est pas trop difficile. Etre antisémite ce n’est pas bien, c’est surtout imbécile, mais je ne suivrais pas Schlesser jusqu’à à en faire l’aune à laquelle on mesure la valeur d’une oeuvre. Cette obsession le conduit à chasser le collaborateur, si bien que l’on a parfois l’impression de lire le resistantialiste « Les lettres françaises » dans les années 50 de feu Aragon. C’est un peu lassant mais on s’y fait. Autre marotte de notre compilateur: le surréalisme pas un déménagement de Breton et de sa bande (à géométrie variable au fur et à mesure des bannissements) ne nous est épargné et ils bougent beaucoup les bougres  certes moins que Beaudelaire ou Balzac les rois du déménagement à la cloche de bois. Schlesser porte une attention particulière aux poètes, et il y en des « pouet pouet » qui ont lutiné la muse, et aux théâtreux dont la plupart sont des fabricants de fours le bide en avant.

On trouve dans ses notules quelques jugements incongrus qui sonnent comme des poèmes; à propos de Roger Vercel par exemple: << Il publia dix huit romans, la plupart maritimes, mais ne s’aventura jamais au-delà du bassin Vauban de Saint-Malo. René Coty, dit-on, appréciait sa prose.>>.

On tombe également sur des informations quelque peu surréalistes, ce qui n’est en fait pas très surprenant car le lecteur se doute que l’auteur est un fin connaisseur de cette école et de son pape atrabilaire Breton. Par exemple j’ai appris que l’auteur de la coquine chanson Le Fiacre qui aurait été inspirée par un épisode croustillant de Madame Bovary, un certain Xamrof, de son vrai nom Léon Fourneau aurait eu le premier l’idée de fixer des roulettes sur les valises. Il aura désormais droit à mon éternel reconnaissance…

Pour les petites phrases contenant des nom de rue, il y a ceux qui s’impose avec aisance, Fargue, évidemment, le piéton de Paris et un peu moins attendu Balzac, Malet, Féval, Eugène Sue et bien sur Modiano, le chouchou de Schlesser auquel il a déjà consacré un bel album: Le Paris de Modiano.

Cette réunion d’auteurs démontre que la postérité est bien mauvaise fille.

Je vous propose un jeu. Pour vous le prouver je vais vous donner la liste des auteurs et vous compterez combien vous en connaissez. Je vais commencer par ceux qui ont fait figurer le nom d’une rue du premier arrondissement dans une de leur soeuvres, puis ce sera la liste des forçats de la plume qui ont créché dans ce même arrondissement. Pourquoi le premier et bien parce que c’est le premier dans le livre et que ce n’est pas l’arrondissement de prédilection des plumitifs de tout poil donc les listes seront courtes, mais il en va de même pour les 19 autres arrondissements. Or donc voilà la première liste: Jean Dutour, Edmond et Jules Goncourt, Denise Tual, Emile Zola, Roland Dorgeles, Maurice Sach, Jacques Roubaud, Anatole France, Marcel Aymé, Michel Zévaco, Didier Decoin, René-Jean Clot, Jacques Perret, Alexandre Dumas, Roger Martin du Gard, Louis Aragon, Le notre, Lionel Salaun, Simenon, Victor Hugo, Gérard de Nerval, Serge Bramly, Guy de Maupassant, Balzac, Anne Charton, Maurice Leblanc, Apolllinaire, Philippe Vilain, Eugène Sue, Yann Queffélec, Modiano, Jacques Audiberti, Céline, Erckmann-Chatrian, Marc Alyn, Roger Vailland, Gabriel Matzneff, Fanny Bourgeois, San Antonio, Christine de Rivoyre, Louis Huart, Ponson du Terrail       

Et maintenant la deuxième: Kafka, Corneille, Colette, Stefan Zweig, Cocteau, Jean Giraudoux, Nerval, Aloysius Bertrand, Auguste Romieu, Eugène Sue, Jean-François Marmontel, Fargue, Balzac, Guy Goffette, Choderlos de Laclos, François de Malherbe, Jean-Pierre Claris de Florian, Yves Simon, Vidocq, André Breton, Henri Rochefort, Mark Twain, Tristan Derême, André Vers, Alexandre Dumas, Daniel Halevy, La Fontaine, Rousseau, Louise Dupin, Scribe, Louis-Sébastien Mercier, Charpentier, Paul Auster, Arrabal, César Vallejo, Léautaud, Jean-François Ducis, Musset, Chamfort, Walter Scott, Jean-Louis Vaudoyer, Paul Morand, Jean Cocteau, Emmanuel Berl, Malraux, Paul Vimaitre, le baron d’Holbach, Scott Fitzgerald, Auguste Comte, Voltaire, Vercors, Raymond Queneau, Nerval, d’Alembert, Diderot, Molière, Emile Augier, Lockroy, Beaudelaire, Marivaux, George Sand, Chénier, Maxime Formont, Ollendorff, Stendhal, Flers, Marceline Delbordes-Valmore, Chateaubriand, Henri Troyat, Yourcenar, Sinclair Lewis, Graham Greene, Tolstoi, Bjornson, Tourgueniev, Paul Ginisty, Walter Scott, Dickens, Félix Gallipaux, Chardonne, Perec, Fontenelle, Louis de Fontanes, Mélanie Waldor, Edouard Ourliac, Ernest Legouvé, Helvétius, Bossuet, Edmond Jaloux, Voltaire, Marcel Schwob, Théophile Gautier, Emile Augier     

Les éditions Séguier n’ont pas oublié qu’un livre est aussi un objet ce que malheureusement beaucoup d’éditeurs oublient. Le pavé de Schlesser est bien beau, presque cubique comme il se doit pour un pavé, avec un joli dessin sur la couverture figurant quelques auteurs parsemant la carte de la capitale. Au début de chaque chapitre concernant un arrondissement parisien on trouve la carte du dit arrondissement. Si l’ouvrage est esthétique il est aussi pratique puisqu’à la fin de l’ouvrage on trouve deux lexiques alphabétiques, l’un pour les rues, l’autre pour les auteurs cités.

Pour que Schlesser ne s’imagine pas que son merveilleux livres soit parfait et que surtout il puisse améliorer sou ours lors d’une réédition, il serait beau qu’il relise soigneusement les 1196 page de son opus cela éviterait pour le futur quelques fautes d’impressions certains 1800 se transforme en 1900, ce qui offre parfois de belles longévité à certains impétrants et aussi quelque bourdes par exemple James Hadley Chase n’a jamais été américain, même si la plupart de ses romans, Chase fut une des grandes lectures de mon adolescence, se déroulent outre Atlantique mais leur auteur est né à Londres. Une prochaine édition permettra de réparer quelques fâcheux oubli par exemple ceux de Claude Michel Cluny, de René Huguenin, Pierre Gripari, Matzneff (pourtant bénéficiant d’un court extrait d’un de ses livres, René Sherer, François Furet, Roger Peyrefitte, Maspero, Roger Vrigny, Christian Giudicelli et sans doute de quelques autre. Allez au boulot Schlesser, vite la prochaine édition. 

Mais ces petites piques ne sont que peccadilles ce gros ouvrage est une merveille.  

 

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Signes de piste par Bertrand Poirot-Delpech

10 Octobre 2025, 06:31am

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Merci à Jean-Marc pour l'envoi de l'article de Poirot-Delpech

L'article de Poirot-Delpech puru dans le Figaro date des années 70. Une quizaine d'années auparavant le futur académicien au micro de Pierre Bouteiller, sur France-Inter, le 6 avril 1978, s'exprimait plus vertement, voir ci-dessous:

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Le Signe de piste par Gabriel Matzneff

10 Octobre 2025, 06:31am

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Le Prince Eric, illustration de Joubert à la gouache pour le roman "Ainsi régna le Prince Eric" publié aux Editions Fleurus en 1999. Une composition historique puisqu'il s'agit du couronnement d'une histoire qui depuis plus de 50 ans n'a cessé d'enchanter les jeunes et les moins jeunes. L'artiste est considéré comme étant le maître de l'illustration française. Son oeuvre fouillée et inventive se caractérise par la représentation d'adolescents fougueux et aventuriers. Le chatoiement des couleurs allié à l'exubérance des traits crée une véritable poésie tant aux niveaux des personnages que des décors. Une composition magique et envoûtante. Signée. Dimensions : 23 x 32. En vente aujourd'hui à Drouot estimation 4000 à 5000€

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L'anarchisme de droite de Pascal Ory

7 Octobre 2025, 06:34am

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Je ne pouvais que m’intéresser à un essai ayant pour titre l’anarchisme de droite. Puisque J’ai été affublé jadis de l'étiquette, parmi beaucoup d’autres, d'anarchiste de droite. Mais une fois n’est pas coutume, c’était dit sans malveillance et pas par n’importe qui, puisque le premier à me qualifier ainsi fut Jean Raspail, il y a bien longtemps. 

Dans l’essai de Pascal Ory, c’est un anarchiste de droite vu de gauche et même gauchi. Le regard qu’il porte sur cette espèce date de 1985 d’où le vieillissement des références mais ce qui pourrait paraitre à certain comme une obsolescence, au contraire donne aujourd’hui à ce livre un charme supplémentaire. Le texte exhume des figures et des oeuvres qui pour certaines sont déjà bien oubliées.

Par facilité on embrigade volontiers sous l'étendard de l'anarchisme de droite tous ceux qui ne se couchent pas le conformisme de la pensée unique et de l'idéologie dominante qui s'affiche aussi bien à gauche que dans la droite honteuse depuis le triomphe des “Lumières”. Mais la classification d'Ory est à la fois plus subtile et plus dérangeante. Il me semble que c'est Jacques Laurent qui en une phrase définit bien la posture de l'anarchiste de droite: << le pouvoir est méprisable, non parce qu'il est bas en lui-même mais parce qu'il est bas de le vénérer.>>.

La définition que donne Pascal Ory des anarchistes de droite me convient assez bien: << L’anar de droite est un féodal égaré dans la démocratie, un féodal sans les moyens de sa féodalité (…) un individualiste radical sans illusion sur une supposée nature humaine.>> Si je me reconnais un peu dans ce portrait au vinaigre que fait Pascal Ory de l’anarchisme de droite en féodal égaré. Mais on peut voir aussi l’anarchiste de droite comme un nostalgique d'un monde d'avant la politique, sans conflits, sans partis d’une sorte de monarchie idéale. Je crois que l’auteur a bien cerné les lectures pernicieuses ou précieuses, tout dépend où on se place, qui conduit un être à rejoindre cette mouvance: << L’anarchisme de droite est issu de la lecture des Pieds nickelés à dix ans, d’Arsène Lupin à treize et de Céline à 17.>>. Et voilà comment j’en suis arrivé là.

Ce qui me gène un peu dans la classification d’anarchisme de droite de Pascal Ory c’est que pour lui l’anarchiste de droite parle obligatoirement avec une gouaille populo et porte ostensiblement une casquette à carreaux. Heureusement il cite aussi comme membre de la famille Arsène Lupin, même si c’est un peu passé de mode comme couvre chef je préfère le huit reflets du gentleman cambrioleur à la gapette…  

Le corpus des oeuvres littéraire qu’estampille Ory comme appartenant à l’anarchisme de droite est réjouissant et occupe une bonne partie de ma bibliothèque avec en maitre Céline qui surveille du coin de l’oeil A.D.G., Simonin, Marcel Aymé, Paraz, Jean Anouilh et même le prince Eric dénoncé par l’auteur comme traité en douceur de paternalisme. 

Dans ce livre Ory est plus polémiste qu’historien mais un polémiste sans les rancoeurs qui souvent caractérisent cet état.

Sous cet étendard sur lequel le blanc se dispute le noir Ory enrôle un bataillon fourni dont le chef incontesté serait Céline dans ces rangs serrés on reconnait dans cette troupe hétéroclite les écrivains Antoine Blondin, Henri de Montherland, Léon Bloy, Édouard Drumont, Barbey d'Aurevilly, Paul Léautaud, Louis Pauwels, Lucien Rebatet, Jacques Perret, Roger Nimier, Marcel Aymé, José Giovanni, Jean Laborde alias Ralf Vallet, Bastiani, Maurice Leblanc, Anouilh, A.D.G, Simonin… les cinéastes Michel Audiard, Claude Autant-Lara, Jean Yanne, Melville, Verneuil, Lautner, l’acteur Jean Gabin (dans les acteurs Ory a oublié Philippe Léotard qui pourtant se proclamait anarchiste de droite), les dessinateurs Forton Lauzier… Pour ma part j’aurais bien ajouté les noms de Matzneff, Brigneau, Gripari, Willy de Spens, Vandromme, Dominique de Roux et Pierre Desproges à cette liste.

J'irais même jusqu'à annexer le grand Georges, comme apparenté, à cette tribu. N'a-t-il pas chanté:  « Sans le latin, sans le latin, la messe elle nous emmerde… » et surtout: << C'était l'oncle Martin, c'était l'oncle Gaston L'un aimait les Tommies, l'autre aimait les Teutons Chacun, pour ses amis, tous les deux ils sont morts Moi, qui n'aimais personne, eh bien ! je vis encore.>>. Ory n'a pas osé à toucher à cette vache sacrée des vétérants de la gauche.

Ces grands messieurs et d'autres ont engendré des créature de papier ou de pellicule qui font avec panache flotter le drapeau noir sur lequel s'égare souvent une fleur de lys blanche, je citerais: le capitaine Fracasse, Arsène Lupin, les Pieds nickelés, Fantômas, Achille Talon, l'inspecteur Harry, le capitaine Haddock...

On peut raisonnablement penser que si Pascal Ory avait revu son texte pour l’actualiser il aurait ajouté à cette cohorte les noms de Houellebecq, Philippe Muray, Michel-Georges Micberth et Marc-Édouard Nabe entre autres.

On peut trouver discutable la labelisation d’anarchiste de gauche pour Alphonse Boudard ou Jean-Pierre Mocky.

Dans certains défauts de cette tribu que dénoncent Ory, j’y verrais pour ma part plutôt des qualités comme celle de leur éloge de l’autodidacte.

L’auteur se lance parfois dans l’uchronie littéraire assez osée: << Dix ans de plus, et Nimier dirigeait " Je suis partout ", dix ans de moins, et Brasillach était élu en 1977 à l'Académie française. >> Ce qui avec le recul ne manque pas de sel puisque aujourd’hui Pascal Ory est à l’Académie française. Dans un monde parallèle il aurait pu prononcer l’éloge de Robert Brasillach…

Je reprocherais à Pascal Ory, mais en bon social démocrate pouvait-il le faire? de ne pas dire que l'anarchisme de droite trouve sa source dans le constat navré qu'il fait du rôle cynique et brutal de la bourgeoisie en 1789, lorsqu’elle régla ses comptes avec la noblesse sur le dos du peuple:« On n'a jamais fait tant fortune que du jour où on s'est mis à s'occuper du peuple » Anouilh 

Avec Pascal Ory, je ne connais que George Steiner pour avoir une pensée aussi virevoltante qui d’autre à part eux pourrait poser la question de l’importance de Karl May dans l’idéologie hitlérienne et les illustrations historiques de Job dans celle de de Gaulle…

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Le bal des hommes de Gonzague Tosseri

6 Octobre 2025, 06:35am

 

En 1934, le zoo de Vincennes vient d'ouvrir. Une nuit deux fauves y sont massacrés et émasculés. La police soupçonne que le forfait a été commandité par un riche homosexuel désireux de transformer les chibres félins en aphrodisiaque. L'inspecteur Blèche enquête.

Vous conviendrez qu'il y a des débuts de roman moins originaux que celui-ci. Malheureusement ces prémices ne tiennent pas complètement leurs promesses jusqu'à la fin du roman. La conclusion de l'enquête est trop ramassée en fin de volume. Elle ouvre sur une piste politique assez abracadabrantesque même si l'intrigue est très bien située dans les événements de cette cruciale année 1934. On assiste aux émeutes du 6 février 1934 et l’assassinat du roi de Yougoslavie est évoqué. L'histoires principale a au fil des pages tendance à se diluer dans d'autres péripéties que l'on regrette parfois d'être annexes. Comme cette relation amoureuse entre un officier et un poilu durant la Grande Guerre et qui est encore grosse de drames vingt ans plus tard.

Le point fort du livre n'est donc ni sa construction ni même l'intrigue mais la toile de fond sur laquelle se meuvent les personnages: le milieu homosexuel parisien des années 30. Les auteurs, car sous le nom de Gonzague Tosseri se cachent deux bougres ( Arnaud Gonzague et Olivier Tosseri ), se sont remarquablement documentés sur ce milieu. Ils mêlent des personnages réels comme Jean Sablon et Oscar Dufrenne, le flamboyant directeur du Palace, premier mentor d'Edith Piaf et personnalité très en vue du tout Paris qui fut retrouvé assassiné dans son bureau, à d'autres fictifs ou à clés; mais je ne possède pas le trousseau qui les rassemble. Néanmoins le photographe de l'histoire fait tout de même beaucoup penser à Brassai (dont une photo orne le bandeau du volume) et l'aristocrate amateur de jeunes ouvriers pourrait être inspiré par le marquis de Boury, un député de l'Eure amateur de jeunes gens et de petits garçons... Je regrette particulièrement de ne pas connaître l'identité de ce ministre de la troisième république, client des bordels d'hommes et qui portait en sautoir un bijou contenant l'anus momifié de son défunt petit ami... A moins que ce soit une invention de nos romanciers, ce qui en dirait long sur leurs fantasmes, il est vrai que l'un d'eux est journaliste... au Vatican!

Les auteurs suggèrent même une piste au meurtre de Dufrenne, meurtre qui n'a jamais été élucidé. Nos duettistes ne tombent pourtant pas dans le piège dans lequel s'enlisent presque tous les romans policiers sur fond historique, celui de se laisser submerger par leurs connaissances de l'époque où ils font évoluer leur héros. Ce héros est d'ailleurs très convaincant. L'inspecteur Blèche, chargé à la Brigade mondaine de surveiller les « invertis », est un taiseux à la mémoire exceptionnelle. C'est un rescapé de la Grande Guerre. Les auteurs montre bien l'ombre portée du conflit sur tous les hommes de cette époque. Blèche ne porte aucun jugement moral sur ce qu'il voit mais regarde chacun avec une distance qui paraît être incompatible avec toute empathie.

La figure de l'inspecteur Blèche est si réussi qu'à l'instar de son presque contemporain et collègue de l'autre coté du Rhin Bernahr Gunter auquel il fait beaucoup penser comme le teuton Blèche n'est guère sympathique au premier abord, que cela m'étonnerait bien que « bal des hommes » soit sa seule enquête.

<< Des bars coloniaux de la rue de Lappe aux établissements de bains de la rue Saint-Lazare, des promenoirs du Gaumont, sur les Grands Boulevards, aux pissotières de la gare du Nord, des michetonneurs de la porte Saint-Martin aux masseurs de la Folie-Méricourt, tout ce que Paris comptait de vénalité mâle connaissait les ciseaux de ses grandes jambes et la manière singulière que Blèche avait de fondre sur ses proies pour les interroger, en les fixant avec intensité. >>

Plus que sur le « gay Paris », le livre est centré sur tout l'entourage de l'inspecteur Blèche, ses indics, sa compagne, son collègue, un ancien camarade de tranchée... Nous découvrons petit à petit le parcours des protagonistes de cet histoire, et notamment celui de Blèche au moyen de flashbacks nous ramenant au temps de la première guerre mondiale. Ceux-ci alternant avec les chapitres dévolus à l'enquête proprement dite. Les premiers éclairant les second.

Le monde des homosexuels des années 30 est cependant au coeur du récit. On pourrait reprocher aux auteurs d'en brosser un tableau uniquement vu du coté de la prostitution et des rapports de force. On découvre un monde où les coups pleuvent sur les gitons les plus faibles, souvent sous l'emprise de la drogue, en particulier de l'opium. Si cette peinture n'est pas celle d'un âge d'or pour l'homosexualité, il en ressort néanmoins un sentiment de tolérance envers elle.

Nous sommes dans un roman d'atmosphère (vous avez dit atmosphère...). Une phrase du roman décrit bien dans quel univers il est situé:

« Tout ce que Paris comptait de louche, d'excessif et de mal élevé s'épuisait à se mentir, à se filouter, à se mettre le rasoir sous la gorge, à s'attraper du col en signe de représailles, s'arrachant la pitance à même l'assiette, retournant les poches des macchabées pour y dérober ce qui s'y trouvait ».

L'écriture est très maitrisée. Elle est froide (il y a tout de même une chaude scène dans un bordel d'hommes) et distanciée un peu comme l'est Blèche. Elle mêle sans exagération des mots d'argot d'époque à une belle syntaxe classique. Ce qui donne une lecture fluide bien soutenue par l'envie d'en savoir plus sur ces personnages attachants à la longue. Il nous en est assez dit sur eux pour qu'ils aient de la chair mais pas trop; ce qui me fait penser que nous aurons une suite aux aventures de l'inspecteur Blèche et c'est tant mieux.

 

Nota: pour ceux que la vie homosexuelle à paris intéressent, il est indispensable de lire « L'Histoire de l'homosexualité en Europe, Berlin, Londres, Paris 1919-1939 de Florence Tamagne aux éditions du Seuil.

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Je parlerai de toi à mon ami d'enfance de Jérôme d'Astier

4 Octobre 2025, 07:33am

 

Un ami m’a parlé de ce livre dont le beau titre jouant sur la temporalité a déjà attiré mon attention mais c’est surtout le nom de son auteur qui a titillé ma curiosité: d’Astier. C’est un patronyme qui a marqué mon adolescence. En cette lointaine époque la télévision n’avait qu’une chaine. Une fois par mois, quelques personnalités, chacun leur tour nous gratifiaient d’une demi-heure de causerie à une heure de grande écoute, après le journal de vingt heure si je me souviens bien. Celle que je ne manquais sous aucun prétexte était celle d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie. Cet homme me fascinait alors que je ne connaissais rien de son Histoire, tant par son allure aristocratique que par la liberté de ses propos.

Un jour, par le plus grand des hasards, attendant mon tour chez le coiffeur, j’ai été attiré dans la pile des magazines destinés à distraire le client lors d’une attente qui pouvait s’avérer longue, par une belle revue titrée « L’évènement ». En la feuilletant, je me suis aperçu  que son rédacteur en chef et fondateur était ce même d’Astier de la Vigerie dont les péroraisons faisaient mes délice mensuels sur le petit écran. Aussitôt ma tignasse ratiboisée, je me suis précipité à la maison de la presse pour acquérir le dernier numéro paru de l’Evénement. Je me souviens qu’elle coutait fort cher, pour ma très modeste bourse et qu’elle vécu peu de temps. Mais c’est dans cette revue que j’ai pu lire les bonnes feuilles des Antimémoires de Malraux. Livre qui éblouit mon innocence crédule. Et voila que près de soixante ans plus tard, je retrouvais le nom de d’Astier bien oublié de moi et des autres…

Je m’enquis de ce Jérôme d’Astier qui se révéla être bien le fils de cet Emmanuel d’Astier, jadis idolâtré. De plus découvrant que la couverture arborait une très jolie photo d’un tout aussi joli garçon sur fond vraisemblablement de la lagune de Venise, je m’empressais d’acquérir cet élégant petit volume.

Or donc dans « Je parlerai de toi à mon ami d’enfance » Jérôme d’Astier nous livre d’assez classique souvenirs d’enfance tout en prenant le soin, modernisme oblige, de les déconstruire. Ils ne sont pas chronologiques. Les réminiscences de Jérôme d’Astier semble se situer entre sa huitième et sa douzième année. Il a cinquante ans lorsqu’il les rédige. Le livre est paru dans la collection « Haute enfance » aux éditions Gallimard en 2008. On comprend d’une façon quasi subliminale qu’il s’adresse à un ami de vingt ans qu’il connait que depuis un an mais devant lequel il éprouve le besoin de dénuder son âme. Le jeune Jérôme nous apparait comme un garçon falot tout en étant hypersensible: << Vais je avoir une vie? Ai je envie d’en avoir une à moi? N’ai je pas plutôt envie de vivre la vie des autres? Etre l’échos de leurs pensées, de leurs émotions? Me faire leur caisse de résonance? Ma personne n’est peut être pas ce qu’il faudrait pour avoir une vie. Je suis une vapeur faite d’infimes ramifications nerveuses, je suis un nuage d’influx qui frôle les êtres, les habille, les épouse un instant. Je prend la couleur de leur sentiment.>>. Il a le courage d’écrire une question que tant d’adolescents se posent sans pouvoir la formuler: Etre ou ne pas être?

C’est l’enfance d’un garçon de riche, mais de riche communiste. Les vacances d’été se passent à Venise où le père de Jérôme, Emmanuel, donc, discute sur la plage avec un philosophe et sa femme. Par une curieuse coquetterie l’auteur ne nomme pas les personnages célèbres qui traversent le récit mais les désigne par une allusion ou une périphrase. Le philosophe se prénomme Louis et sa femme Hélène. Bientôt le premier étranglera la seconde. Vous aurez reconnu Louis Althusser. Le père tout ouïe des propos du philosophe ne s’intéresse pas au château de sable de son fils Jérôme. Il apparait qu’Emmanuel a eu un fils pour faire plaisir à sa femme ou parce que c’est la coutume. C’est ainsi que les intellectuels s’encombre d’enfants qui ne les intéressent pas…

Le père de Jérome est strict et sérieux. La mère d’origine russe est frivole. Jérome n’aime pas son père. Jérôme aime sa mère. Les garçons sensibles comme lui aiment leur mère même, comme c’est le cas ici, elles sont bêtes. Je ne devais pas être un garçon sensible…

« Je parlerai de toi à mon ami d’enfance » est le récit de l’inavoué, de l’inavouable. Tout laisse croire que l’auteur-narrateur est homosexuel mais apparemment un homosexuel non pratiquant comme on le dirait d’un chrétien qui ne va pas à l’église mais à dieu en son coeur. Plusieurs passages de ces souvenirs d’enfance baignent dans une atmosphère homoérotique comme le passage où son oncle, dont on apprendra quelques pages plus loin qu’il est homosexuel, apporte à Jérome alors qu’il est au lit une grappe de raisins sur un plateau et le regarde, un regard que l’on devine concupiscent, en silence croquer les grains un à un. Cet oncle, un riche esthète londonien a épousé la soeur de la mère de Jérome. Il loge parfois un ami de la famille très empressé auprès du jeune garçon. Un homme fantasque et élégant dont << La vue du moindre garçon l’exalte.>>. L’évocation de cet ami de son oncle nous vaut un beau passage de la fin de l’amour entre garçons: << Alors c’est fini. Il n’y aura plus de lit partagé.. Il n’y aura plus de chaleur de chair entre les draps. Il n’y aura plus d’éveil. Avec la figure ensommeillée qui monte au dessus de la blancheur froissée comme un astre rose. Un astre que l’on embrassait.>>. Il y a ainsi de belles et justes formules dans ces souvenirs qui sont aussi une méditation sur le temps qui passe et les passants de notre temps: << Ma vie aura été le trait d’union de personnes qui ne se sont pas connu  et qui ne se connaitront jamais.>>.

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Le meilleur de la vie de Pierre Gascar

3 Octobre 2025, 06:40am

 

Les livres vous arrivent souvent de façons étranges et inopinés. J’ai appris l’existence du roman « Le meilleur de la vie », écrit par Pierre Gascar, par la lecture que m’a faite un ami, d’une liste de romans ayant trait à l’enfance; liste établie par une docte universitaire qui en outre faisait un résumé alléchant du roman de Gascar. Las des tristes nouveautés pourtant toujours estampillées comme chef d’oeuvre, sinon du siècle du moins de la décennie, je me suis donc procuré cet ouvrage paru en 1964.

Après son attentive lecture, je recommanderais ce livre seulement aux vieux bonzes comme moi, qui ont déjà un pied dans la tombe et qui ne le regrette pas. A ceux qui ont la nostalgie perverse du moment lointain, lorsqu’ils étaient encore tout minot, où, à l’école, le maitre annonçait la redoutable épreuve de la dictée; car « Le meilleur de la vie » de Pierre Gascar m’a apparu être qu’une longue dictée de 250 pages décrivant à hauteur d’enfant un village durant les quatre saisons de l’année. Néanmoins je ne me souviens pas du nom de Gascar en tant qu’auteur de ces réguliers pensums qui assombrissaient mes quiètes journées prés du radiateur. Le maitre pourtant n’oubliait jamais de signaler le nom de leur auteur. L’énoncé de ce nom, seul mot qu’épelait l’instituteur, était le sésame de notre délivrance. Je me rappelle ainsi les noms d’Henri Bosco, de Tristan Derème ou de Paul Carême mais pour ce dernier c’était peut être pour les récitations? Vous voyez que je vous parle d’un temps que les moins de soixante dix ans ne peuvent connaitre, tout ce folklore dictées, récitations, leçons de vocabulaire, a été balayé par mai 68 puis définitivement lessivé par le wokisme des tricoteuses.

La première particularité qui s’impose au lecteur de ce roman se rapporte à son écriture, d’autant que l’inaction décrite n’est pas palpitante et ne le distraira pas du plaisant agencement des mots. En effet tout est écrit à la première personne du pluriel. Comme il est difficile d’imaginer ici que nous ayons à faire à un pluriel de majesté (quoique), nous admettrons que le narrateur parle au nom d’un groupe. Nous pourrions parler d’un héros collectif, terme approprié pour un écrivain qu’après la lecture de son livre, je découvris qu’il fut un temps compagnon de route du Parti communiste. On décèle assez vite que ce groupe est composé d’enfants même si on en a la confirmation écrite que seulement à la page 75. On comprend également rapidement que la troupe n’est composé que de garçons. Ce que l’on déduit de la description méticuleuse de la fabrication d’un lance-pierres, puis de son utilisation dans des tentatives, la plupart du temps infructueuses, pour tuer un oiseau ou celles, plus efficaces, de faire tomber un fruit de son arbre grâce à la pierre propulsée par cet engin. Des garçons donc, car On voit mal une fillette utiliser cet instrument. Combien de jeunes garçons recouvre ce nous? 0n ne le saura pas. Pas plus que nous apprendrons leur âge ou leur nom…

Faisons une incise au sujet de ce lance-pierre. Si en lisant les pages consacrées à cette arme nous avons en tête les années de leur écriture, soit les années 60, on ne peut que penser à deux littérateurs se vouant alors à la description de l’objet: Pons et Robbe-Grillet. Mais contrairement à eux, Gascar n’est pas dans le descriptif « objectal », pour lui l’objet n’est pas « donné », il a une histoire et un devenir et cette mise en perspective de l’ustensile lui fait acquérir une poésie.

Dès les premières pages consacrées à la description d’une tour nous savons que le roman est situé dans un village et plus précisément dans un village d’ Aquitaine. Cette tour ayant été édifiée par les anglais lorsqu’ils étaient maitre de la région, semble la seule particularité de la bourgade, qui restera, comme les garçons, anonyme. A la description du contenu de l’unique magasin du bourg dans lequel s’entassent entre jambons et pièces de tissu des sulfateuses, on subodore donc que nous sommes dans un pays de vignes; cependant une forêt ne doit pas être très loin; mais dans laquelle les garçons ne s’aventureront jamais, puisque un de leurs lieux de prédilection est une scierie.

Que contient « Le meilleur de la vie » pour nous renseigner sur l’âge des garçons dissimulés sous le « nous »? Une seule scène peut nous en informer. Les garçon sont en catimini chez un camarade. Les parents de ce dernier sont à l’étage. Soudain ils entendent un cri qu’ils ne savent pas identifier sinon qu’il n’a pu être émis que par la mère de leur camarade. Ils sont interloqué ne sachant pas comment expliqué un tel cri, dont ils n’avaient jamais entendu un de la sorte. Le lecteur sait lui qu’il s’agit du cri d’extase de la femme pendant l’amour. Le fait que les enfants ne conçoivent pas la nature du cri, indique qu’ils ne devraient pas avoir plus de dix ans.

Si le livre n’est qu’approximativement situé dans l’espace, il l’est encore plus vaguement dans le temps. Si l’on tient à faire du roman de Gascar une oeuvre naturaliste, ce qu’elle n’est pas vraiment, même si d’emblée elle s’en pare des apparences, nous reviendrons sur le sujet, il parait indispensable d’envisager dans quelle période de l’Histoire se meuvent les protagonistes de ce récit champêtre. Pour cela, il faut repérer dans le corps du texte quelques indices qui peuvent nous aider à évaluer la période durant laquelle ces enfants villageois vivent. Dans les premières pages on nous présente des sulfateuses. Le sulfatage est un remède contre le Phylloxéra, maladie mortelle de la vigne qui a sévi en France à partir de 1870. Nous sommes donc après cette date. Sur la tour, la particularité du village, qui serait un peu le lieu de ralliement des enfants, est apposée une réclame sous la forme d’une plaque métallique émaillée sur laquelle un dessin vente les vertus d’une machine à coudre « S ». Les lecteurs qui ont eu une mère s’adonnant aux travaux de couture auront identifié sans peine ce S comme la première lettre de la fameuse firme de machine à coudre Singer qui depuis la fin du XIX ème siècle vendait ses engins à pédale jusque dans les campagnes françaises. Nous pourrions être ainsi dans les toutes premières années du XX ème siècle, mais dans une contrée pas encore effleurée par les ailes du progrès. Si un tortillard, à vapeur, bien sûr, passe deux fois par jour à proximité du village, c’est la seule trace de modernité que l’on puisse découvrir dans tout le récit. Dans ce village, l’électricité est y encore inconnue; on y utilise que des lampes-tempêtes et l’automobile n’a pas encore fait sa pétaradante intrusion. Même le vélocipède n’y est pas parvenu. Cet archaïsme explique que les deux seuls adultes mis en avant soient un charron et un bourrelier, personnes exerçant chacune une activité liée à la locomotion équestre. Un autre marqueur de la période de ce qui pourrait être l’aube du XXème siècle est non une présence mais une absence; celle de toutes allusions à la Grande Guerre, évènement qui a profondément bouleversé la société française particulièrement dans les campagnes et qui ne pourrait être occulté si nous étions après cette grande boucherie. Nous en concluons définitivement que « Le meilleur de la vie » se situe temporellement au tout début du XX ème siècle. Du moins comme nous le verrons un début du XX ème siècle plus rêvé que réel, période à laquelle Gascar situe son mythique « Age d’or » de la société française.

Revenons au style de ce livre. Si le fond, cette idéalisation d’un village français avant la souillure du modernisme, au conservatisme exacerbé n’aurait pas déplu au Maréchal et dans un autre temps aurait certainement valu la Francisque à son auteur, sa forme est paradoxalement à l’unisson des théories romanesques contemporaines à sa parution, soit 1964. « Le meilleur de la vie » c’est le nouveau roman à l’eau de Vichy où pour revenir à la littérature, Henry Bordeaux corrigé par Robbe-Grillet. Le livre de Gascar n’illustre-t-il pas la lapidaire définition que proposait Roland Barthes pour cette pseudo école littéraire: << Une « littérature littérale » qui donne enfin aux objets un privilège narratif accordé jusqu'ici aux seules rapports humains.>>. Si l’on ajoute les animaux (les enfants innomés nous apparaissent guère différents de ces derniers…) aux objets c’est exactement ce programme que parait s’être fixé Gascar pour écrire son roman. Dans lequel le personnage et l’action disparaissent au profit de la description des choses et des lieux. Le véritable héros du livre c’est le décor. Un décor que les protagoniste ne peuvent fuir. Leur territoire n’excède pas ce qu’ils aperçoivent lorsqu’ils sont juchés sur un tas de bois de la scierie qui est un de leur repaire. Il vivent le village comme une ile entouré d’une mer hostile dont on ne saurait sortir.

Au début de ma recension j’évoquais des souvenirs scolaires anciens ceux de la dictée, le livre m’évoque une autre séquence de ma très ancienne scolarité, celle des leçons de vocabulaire. L’institutrice, je ne sais pourquoi c’est l’image d’une femme que cette fois ma mémoire convoque, accrochait au tableau une grande feuille cartonnée d’environ 1,50 sur 1 mètre sur laquelle figurait une scène de la vie censée être quotidienne, le plus souvent très décalée de ce que nous vivions journellement. Je me souvient spécialement d’une de ces grandes images qui illustrait la chasse. La maitresse avec sa baguette désignait un élément de la scène en l’occurence le fusil, le chien de chasse, la perdrix, le lièvre, le chasseur, la cartouchière, la gibecière… Elle notait au fur et à mesure ces mot sur le tableau qu’à notre tour nous devions recopier sur notre cahier de vocabulaire pour les apprendre. A ce propos presque soixante dix ans plus tard je n’ai toujours pas vu « en vrai » par exemple une gibecière. Si j’évoque cette pratique de jadis c’est que j’ai eu un peu le sentiment en lisant « Le meilleur de la vie » d’assister à nouveau à un cours de vocabulaire. Ce qui est assez plaisant tant on ressent le plaisir qu’a eu l’auteur à nommer exactement les choses. Gascar n’a pas chercher à faire de l’esbroufe pour épater son lecteur avec des mots rares et savants, non, il emploie seulement les mots justes, mais ces termes, s’ils étaient communs pour le fils d’un paysan en 1900, paraitront, même pour un jeune  campagnard d’aujourd’hui, tout à fait exotiques. Mes cours de vocabulaire de jadis ont du être efficace, car lors de la lecture de ce roman, je n’ai utilisé qu’une seule fois le dictionnaire pour connaitre le sens d’un mot. Ce mot est foirail qui désigne le champ de foire. Il revient plusieurs fois dans la narration; ce foirail étant présenté comme le centre du village. A noter que le centre de cette communauté n’est ni la mairie, jamais citée ni l’église dont la fréquentation semble relever plus des us et coutumes que de la foi.

Le nom de Gascar ne m’évoquant pas grand chose et comme je suis un lecteur sérieux, j’ai fait à son sujet quelques recherches. J’ai ainsi appris qu’il était né en 1916. Cette date confirme ma sensation que ce qu’il décrit ne relève pas d’une quelconque remémoration de son enfance mais du fantasme. Le fantasme, encore très partagé aujourd’hui par nombre de français, celui d’une société agreste idéale. Une sorte de paradis quiet et clos imperméable à l’Histoire. Si en outre on le peuple de garçons nubiles préoccupés que d’observer le cycle des saisons on obtient pour certains ce qui leur conviendrait en tant que paradis. En anti-moderne absolu, même s’il n’a pas l’honneur d’être cité chez Antoine Compagnon, Gascar au milieu des « trente glorieuses » a écrit à bas bruit sa « France contre les robots » mais sans les vitupérations de Bernanos.

Mais je crois qu’aujourd’hui le pan anti-moderne d’un tel livre est moins perçu et même occulté par une lecture « écologique ». Car si j’ai évoqué préalablement des souvenirs scolaires liés à la découverte de la langue et de ses richesses, on se rappelle aussi, à la lecture de Gascar, les lointaines leçons d’histoire naturelle que l’on appelait alors de l’indéfini terme de « Leçon de choses ». Ce qui caractérise les descriptions des plantes et des bêtes de Gascar s’est sa volonté d’être le plus concret possible et pourtant dans ce prosaïsme perce souvent la poésie.         

La thèse de Gascar est toute contenue dans son titre: Le meilleur de la vie. Pour l’écrivain ce meilleur de la vie serait cette période comprise entre huit et dix ans pendant laquelle le jeune mâle serait indifférent au sexe. Il ne serait pas alors encore titiller par les mystères et les envies qui s’y rattachent. Pour l’auteur ce n’est néanmoins pas le temps de l’innocence qui serait l’ignorance du bien et du mal (le péché originel est passé pas là), car on voit que les enfants du livre ont bien un vague remord d’avoir tué gratuitement une grenouille et les jours suivant la vision de la dépouille du petit animal les met mal à l’aise. Ce qu’illustre Gascar avec « Le meilleur de la vie » est que Le garçon déchoit lorsqu’il devient pubère comme le pays a déchu avec l’intrusion de la machine.

 

 

commentaire lors de la première édition du billet:

 

 

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Signé Olrik

2 Octobre 2025, 06:44am

Cette année l’album de Blake et Mortimer ne paraît pas au mois de novembre, mais le dernier jour d’octobre. Juste avant Halloween. Son titre « Signé Olrik » est une création du duo Yves Sente et André Juillard. C’est l’opus posthume de Juillard.


Il y a, à ce jour, plus d’aventure de reprise que de chefs-d’œuvre d’Edgar-Pierre Jacobs. A chaque parution, le leitmotiv des auteurs, comme pour essayer de se justifier disent: « On ne peut pas faire du Jacobs, mais on fait du Blake et Mortimer », tout en respectant les « codes jacobsiens ».
Le regretté André Juillard, avait émis le souhait de dessiner une aventure de déroulant principalement aux Cornouailles, qui évoquerait la légende du roi Arthur. Sur cette base Yves Sente a développé son scénario. Il y a ajouté Une problématique très actuelle, celle de l'immigration qu'il a transposé dans les années 1950, avec une pointe d'ésotérisme Arthurien. En regard des automobiles je dirais que l'histoire se déroule autour de l'année 1955. A la planche 62, le duc de Cornouailles est nommé, il s’agit du prince Charles qui a hérité du titre le 6 février 1952. Si on veut replacer cet album dans la chronologie propre à la saga de Blake et Mortimer, ce qui je l'admet est aussi vain que délicat, on peut proposer que cette aventure fait suite au « Testament de William S. » puisqu'au début du récit, le colonel Olrik est incarcéré à la prison de Wandsworth. 


Le capitaine Blake enquête sur un groupe d’indépendantistes-terroristes qui milite pour l’indépendance des Cornouailles. Le colonel Olrik devient une taupe et collabore avec le capitaine Blake pour obtenir sa libération. Le professeur Mortimer a inventé une excavatrice ultra mobile, surnommé la taupe, qu’il doit aller tester aux Cornouailles. La taupe, l’excavatrice pas Olrik, a des commandes similaires à l’Espadon. Même si, elle a un design qui rappelle celui des Thunderbirds. 

 

Les clins d'oeil à d'autres oeuvres de bandes dessinées et autres sont nombreux comme très souvent dans les reprises du grand oeuvre jacobsien. Par exemple le personnage du père Joseph est un très bel hommage graphique au curé dessiné par Maurice Tillieux que l'on aperçoit à la quarantième planche de « la voiture immergée », aventure de Gil Jourdan Pour ceux qui en doute, le père Joseph, à la trente huitième planche, restaure aussi une statue de Saint Ives, et cite mots pour mots les paroles du curé de Tilleux... Olrik qui sort par le trou d’une falaise fait penser à l’aventure d’Arsène Lupin, l’Aiguille creuse. Les auteurs utilisent les mêmes subterfuges que dans les « Ric Hochet », pour que le lecteur n’identifie pas le « grand druide », le méchant de cette aventure. Un coup, il est masqué par un phylactère, tantôt il est hors champs, etc. Mais comme je suis très intelligent, ce que j'espère aucun lecteur du blog ignore j'ai démasqué assez rapidement ce grand druide. La dernière planche il y a deux subtils clins d’œils à « la Marque jaune » quant à la première de l'album elle est magistrale.

Au final "Signé Olrik" est un des meilleurs Blake et Mortimer des repreneurs grâce surtout au dessin. Le scénario est intéressant. Toutefois Sente aurait été bien inspiré d'éviter son prêchi-prêcha wokiste bien visible, bien lourd et bien souligné à la sauce donneur de leçon sur les migrations. A ce propos si effectivement les mines, notamment d’étain et de cuivre, ont joué un grand rôle pendant des siècles en Cornouailles et ont façonné la culture locale. D’ailleurs, les mineurs des Cornouailles (les « cousins Jacks ») s’exportaient en masse à partir du XIXème siècle, en Amérique, au Canada, au Pérou, en Australie, et ont dû être remplacés par des travailleurs venus des autres régions du Royaume-Uni. En revanche, Yves Sente invente problème de l’immigration extra européenne en 1955 dans ce secteur et à cet endroit : le manque de main-d’œuvre a été compensé par le travail forcé de prisonniers de guerre allemands et italiens, et les migrants hors d’Europe ne sont venus qu’à partir des années soixante.

Si cet album est de la bel ouvrage concocté avec soin, il est tout de même étonnant d'y trouver une bourde historique de première grandeur à la planche 23:

Je rappellerais queJules César est mort en -44 avant Jésus-Christ. Il est donc difficile qu'il envahisse l'Angleterre en « 43 »? La conquête de la Grande-Bretagne par les romains commença bien en l'an 43, mais sous l'empereur Claude et dura jusqu'en 84, avec le général Agricola.

 

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Une leçon de morale, un inédit d'Henry de Montherlant

13 Septembre 2025, 06:39am

 

Une leçon de morale, un inédit d'Henry de Montherlant
Une leçon de morale, un inédit d'Henry de Montherlant
Une leçon de morale, un inédit d'Henry de Montherlant
Une leçon de morale, un inédit d'Henry de Montherlant
Une leçon de morale, un inédit d'Henry de Montherlant
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Une leçon de morale, un inédit d'Henry de Montherlant
Une leçon de morale, un inédit d'Henry de Montherlant

 

 

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