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CARTOGRAPHIE DES NUAGES DE DAVID MITCHELL

15 Juillet 2025, 06:05am

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"Cartographie" des nuages est composé de six récits, disposées par ordre chronologique de 1850 à plusieurs siècles après notre ére.Chacun est écrit dans un style différent. Ils vont du roman de voyage, façon dix neuvième siècle, à la plus classique science-fiction. Le lien qui réunit ces histoires est ténu, sinon peut être leur narrateur et héros principal... Ils ont surtout comme point commun une vision pessimisme du devenir de l'homme qui par essence ne peut courir qu'à sa perte. Ce n'est pas pour rien que « l'éternelle lecture défécatoire » de Cavendish, l'un des protagonistes du roman est « L'histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain d'Edward Gibbon. Cinq de ces récits sont divisés en deux et chacun des morceaux d'une même histoire sont séparés par les fragments des autres. Ce découpage force ainsi le lecteur à passer d'un univers à l'autre, avec un nécessaire temps d'adaptation, un peu comme lorsque l'on passe de l'obscurité à la lumière et que l' on doit habituer ses yeux à cette nouvelle luminosité. Ici la gymnastique intellectuelle, si elle est parfois rude, est stimulante. Elle met en évidence les dons d'écriture de Mitchell, capable de passer d'un style à un autre en ne nous épargnant aucun des codes de chacun des genres qu'il aborde.

L'entrée en matière de "Cartographie des nuages" confirme, après celle "Des mille automnes de Jacob de Zoet", écrit par Mitchell postérieurement au livre qui est le sujet du présent billet, mais lu en ce qui me concerne avant "Cartographie des nuages", que l'auteur affectionne des attaques tonitruantes: un homme en habit fouille le sable d'une plage tropicale pour en extraire des dents humaines, vestiges d'agapes cannibales, en vue d'en faire des dentiers pour riches douairières anglaises. Cette anecdote débute le journal de voyage, écrit du coté de la Nouvelle-Zélande, au milieu du XIX ème siècle, par Adam Ewing, un jeune et naïf notaire de San-Francisco, cousin littéraire des impétueux et candides héros verniens. La narration des passionnantes et drolatiques aventures de notre homme, auquel on commençait à s'attacher, s'interrompt brusquement au milieu d'une phrase. A la page suivante nous sommes en 1931, à Londres puis en Flandre, en compagnie d'un godelureau musicien, Robert Frobisher (Frobisher est le nom d'un personnage de la série docteur Who, ce n'est peut être pas un hasard...), qui tente de se faire engager par un célèbre compositeur finissant en tant que secrétaire dans la secrète intention de vampiriser le talent de ce maitre en fin de parcours. Nous sommes informés de ces louches péripéties par les lettres qu'écrit le jeune homme à un mystérieux interlocuteur, un certain Sixsmith probablement son amant. Nous apprenons incidemment, page 94 (la pagination dans ce billet se réfère à l'édition du roman dans la collection de poche Point, n°P2759), que les pages du journal d'Adam Ewing que nous avons lues au début de l'ouvrage étaient celles lues par Frobisher, pages issues d'un volume incomplet découvert dans la bibliothèque de son mentor de compositeur. Mitchell dans cet épisode égaye sa prose de saillies inattendues, telles que: << Trouve moi un fermier placide et je te montrerais un chef d'orchestre sain d'esprit. >>. Frobisher est un épistolier plein de verve et ses missives, qui tiennent beaucoup du journal intime, passent sans crier gare d'Oscar Wilde à Feydeau dans ces minutes du séjour au château de Zedelghem lieu de résidence du vieux compositeur où le jeune homme a réussi à s'incruster et où soudain passe Elgar...

C'est tout aussi soudainement que nous quittons notre jeune arriviste pour être cette fois propulsé dans la Californie de 1975 où nous faisons connaissance, plus de quarante ans plus tard, avec le destinataire des lettres de Frobisher, Sixsmith qui s'avère être un célèbre savant atomiste, âgé de soixante six ans lorsque nous le rencontrons. Il s'apprête, grâce à une jeune journaliste, Luisa Reys, rencontrée par le plus grand des hasards, hasard induit par un ascenseur récalcitrant, à dénoncer, au péril de sa vie, les magouilles politico-financières qui ont permis l'installation sur la côte californienne d'une centrale nucléaire qui pourrait à terme être dangereuse pour la population. Page 158, Sixsmith relit pour la énième fois les lettres que lui a envoyées jadis son ami Frobisher. Je ne vous révèlerai pas la fin, car contrairement aux deux précédentes cette histoire se termine (ou tout du moins à ce stade du livre on peut croire qu'elle est terminée). Pour trousser ce thriller haletant, façon John LeCarré dernière manière, il suffit à David Mitchell de 78 pages. Vélocité remarquable pour vous torcher une histoire passionnante, avec de nombreux personnages attachants que la quasi totalité de ses confrères aurait étirée sur 400 laborieux feuillets. C'est ce qui différencie le véritable écrivain du fabricant de best-seller, malheureusement peu de lecteurs s'en aperçoivent.

Sans transition, après une chute brutale, nous voilà avec Timothy Cavendish, un solitaire vieillissant, éditeur de son état, très anglais, à la fois old school et marron. La rupture est rude entre le thriller qu'est « La première enquête de Luisa Rey et la narration des infortunes du malheureux et assez peu sympathique Cavendish même si les secondes commence comme se terminait la première: par une mort brutale et spectaculaire. Mais celle qui ouvre les mésaventures du triste éditeur a quelque chose de grotesque qui rappelle celles que l'on rencontre dans les contes noirs de Roald Dahl. Entre deux catastrophes notre éditeur soupèse le bien fondé de publier un roman intitulé... « La première enquête de Luisa Rey »! La suite du chapitre est franchement cocasse et pourrait s'appeler, un homme dans un train, en référence au célèbre « Trois homme dans un bateau » de Jérome K. Jérome dont Mitchell empreinte le ton désabusé et fataliste face à l'absurde engrenage qui entraine Cavendish vers sa chute. Après une fin abrupte et un peu facile des hilarantes avanies qu'endure Cavendish, on surgit sans transition avec "L'oraison de Somni~451 dans un futur qui tient beaucoup du « Meilleur des mondes » d'Huxley et des romans d'Isaac Asimov, sans oublier l'univers de Kafka puisque David Mitchell empreinte la forme du procès pour dérouler son récit. L'atmosphère au début de ce chapitre est proche du roman éponyme du maitre de Prague. Ensuite on bifurque, via les confessions de Somni~451, clone esclave qui a bravé les lois de ce monde en accédant à la connaissance, vers une satire de notre univers (la servitude, l’utilisation des uns par les autres sont des problématiques récurrentes de l'oeuvre de David Mitchell). Nous sommes donc en compagnie d'un clone surdoué de sexe féminin, bien qu'en l'espèce le sexe n'ai pas une grande place dans ce chapitre et guère plus dans les autres, même si les sous entendus dans ce domaine ne manquent pas. On subodore, via les noms que"L'oraison de Somni~451" se situe dans une Corée fururiste (on sera certain de la localisation de cet épisode que dans sa seconde partie) où des séries de clones génétiquement spécialisés et drogués en permanence sont reclus dans les tâches les plus ingrates de la société pour en libérer les "sang-purs". Somni~451 (allusion à Bradbury) est une "factaire" dans un restaurant où elle est serveuse (Mitchell crée tout un vocabulaire où les néologismes sont néanmoins toujours compréhensibles. Dans le monde de Somni~451 les noms de marques que nous connaissons sont devenus des noms communs un "disney" est un film, une "ford" une voiture qui consomme de l'exxon, une chaussure un "nike", un café est un "starbuck", etc.). Elle sait qu'un jour on ajoutera une douzième étoile à son collier et qu'elle pourra alors rejoindre l'Arche pour être enfin pourvue d'une "Âme" et vivre une retraite heureuse dans une ile paradisiaque. Mais à la suite d'une série de circonstances elle a été soumise à un catalyseur d'élévation qui a augmenté son quotient intellectuelle qui en fait la première "élevante" stable qu'ait connue l'histoire...Incidemment au cours de l'interrogatoire de la rebelle nous apprenons qu'elle a vu un film racontant les misères de Cavendish. Le style de cet épisode est un peu pénible d'accès, Mitchell en rajoutant dans le jargon science fictionnesque, mais on s'habitue assez vite néanmoins. Cet auteur honteusement doué est un peu comme ces monstres sacrés du théâtre qui ne peuvent s'empêcher de cabotiner. David Mitchell est un cabotin littéraire.

On quitte le génial clone sur un coup de théâtre abscons. On espére alors retrouver la surdouée pour connaître la suite de ses aventures, tant elles ont fini par être passionnantes; heureusement l'attente sera assez courte. Ensuite nous sommes avec un nouveau narrateur, Zachry, un rustaud qui se révèlera un bon bougre plus finaud qu'on aurait pu le croire de premier abord, patoisant une sorte de québécois fatigué (saluons le tour de force du traducteur, Manuel Berri qui doit changer lui aussi de style d'écriture à chaque chapitre) au moment où, dans une campagne hostile et touffus, il est au prise avec des espèces d'iroquois particulièrement féroces. Le pauvre lecteur se demande où a-t-il bien pu atterrir cette fois (il le saura une cinquantaine de pages plus loin, découvrant par la même occasion où se déroulait le chapitre précèdent). Il s'est aperçu que « Cartographie des nuages » est une espèce de véhicule à voyager dans le temps et que plus il avance dans l'ouvrage, plus il va vers le futur. Nous sommes partis du milieu du XIX ème siècle pour continuer dans les années 1930 poursuivre par les seventies puis arriver de nos jours avec les malheurs de Cavendish puis par être transporté, avec le chapitre L'oraison de Sonmi-451, sur une terre presque complètement dévastée (les terres mortes) aux alentours du XXIII ème siècle. On peut donc légitimement penser que « La croisée d'Sloosha pis tout c'qu'a suivi » se déroule dans une époque encore plus lointaine où l'humanité où une fraction de celle-ci serait retournée à un mode de vie primitif. Ce qui se confirme assez rapidement car la tribu de notre rustre conteur dont on nous apprend qu'elle habite dans une ile (le tropisme insulaire est capital chez Mitchell). L'ile est bientôt visitée par un mystérieux navire dont l' équipage d'humains est beaucoup plus évolués que les indigènes. Ces "civilisés" laissent une femme pour faire de l'ethnologie auprès de ces primitifs (on peut voir un lien subsidiaire entre le premier chapitre et le dernier chronologiquement parlant, sous la forme du navire qui conduit l'ethnologue dans l'ile de Zachry reflet venant du futur du bateau dans lequel embarque au premier chapitre Adam Ewing) . Mitchell cette fois à travers ce conte raille les ethnologues vus comme grands destructeurs des milieux qu'ils étudient. L'auteur ne cesse de s'amuser et d'amuser le lecteur par la même occasion, par de nombreux détails comme celui de doter les visiteurs évolués de peau noire alors que les primitifs sont blancs... Ne résistant pas longtemps à rester dans un genre même dans le cadre d'un chapitre, Mitchell nous entraine bientôt dans un roman d'aventure post apocalyptique palpitant mêlant le feuilleton, avec parfois suspense au bas de page, pour en faire au sens strict un page turner, au conte philosophique. A mon avis ce chapitre est le sommet (je reviendrai sur ce terme qui pour une fois n'est pas écrit au hasard de la plume) parce que pour la première fois le romancier quitte une certaine froideur de ton qu'il avait gardé malgré la diversité des styles pour nous faire entrer complètement en empathie avec Zachry et nous faire trembler pour lui.

On se sépare a regret du tourmenté Zachry pour retrouver notre femme clone qui sera apparue à Zachry dans des circonstances qu'il serait dommage de dévoiler car cela obligerait à gravement spolier. En retrouvant la géniale proscrite on s'aperçoit que l'on redescend, si l'on prend la montagne comme la métaphore du roman et que l'on va retrouver des chapitres miroirs de ceux que l'on a rencontré pour "monter" jusqu'aux aventure post cataclysme de Zachry.

La structure du livre est à la fois ludique et savante. On peut la visualiser en deux cercles de même rayon qui n'auraient qu'un point commun eux même contenus dans un cercle qui aurait un point commun avec chacun d'eux et dont le centre serait le point commun des deux cercles et dont le rayon serait le double du rayon des deux cercles se jouxtant. Je m'explique: Le roman au dernier chapitre revient aux lieux, au temps et aux héros du premier. Le livre est donc circulaire quant à sa temporalité. D'autre part on peut supposer que certaines des péripéties du récit d'Adam Ewing, le premier narrateur du livre qui en sera aussi le dernier, se déroulent au même endroit que le drame vécu par Zachri dans le chapitre « sommet » du roman d'où les deux cercles géographiques contenus dans le cercle temporel.

Peut être que si David Mitchell n'avait pas redescendu « la montagne » et avait arrêté son roman à la fin de « La croisée d'Sloosha pis tout c'qu'a suivi » « cartographie des nuages » aurait été encore plus convaincant car après avoir avalé les 700 pages de l'ouvrage, le lecteur, même boulimique, est un peu écoeuré de absorption d'une telle profusion aux goût si variés. La dernière page terminée, il est un peu dans l'état du client qui vient d'ingérer le menu gastronomique d'un restaurant multi étoilé. Bien sûr si Mitchell avait mis fin à ses prouesses romanesques au sommet de son livre, nous aurions manqué le désopilant roman comique qu'est la fin des avanies de Cavendish et l'haletant thriller du retour de « La première enquête de Luisa Rey>>, ce qui aurait été dommage...

Ce qu'il ne faut pas oublier de dire c'est que « Cartographie des nuages » est un formidable page turner que l'on ne peut lâcher avant la fin; le suspense est permanent d'où la grande difficulté pour un chroniqueur d'en rendre compte sans en dévoiler les intrigues, néanmoins je reprocherais à son auteur paradoxalement sa trop grande dextérité tant pour la construction sophistiquée de l'ouvrage que pour le style. Si les histoires que nous raconte ce prodigieux conteur qu'est David Mitchell sont toujours palpitantes le plaisir de lecture est inégale suivant celle qui nous est contée. On sent parfois le romancier forcer un peu trop son talent dans la gouaille et le burlesque dans les malheurs de Cavendish et vouloir faire trop littérature populaire dans le thriller qu'est « La première enquête de Luisa Reys ».

J'ai lu ici ou là, que David Mitchell était un auteur post-moderne. Je ne sais pas très bien ce que cela veut dire; si on veut dire par là qu'il y a un jeu inter textuel dans ce roman, alors Don Quichotte, Les mémoires d'Adrien, Les liaisons dangereuses, Moi Claude empereur et Le manuscrit trouvé à Saragosse (titres cités au hasard de ma mémoire fatiguée) et une palanquée d'autres livres sont post modernes! Si on sous entend par post moderne que notre auteur, en plus de tous les écrivains cités plus haut a probablement lu Gombrowicz, Borges, Italo Calvino, Ryu Murakami et surtout Haruki Murakami avec qui il partage le don de passer avec fluidité du naturalisme au fantastique, quelques séries noires et un bon nombre de romans maritimes et de science-fiction ( un personnage cite Soleil Vert un autre « Le meilleur des monde » et « 1984 ») et encore beaucoup d'autres choses, il me semble qu'il faudrait plutôt le louer de son érudition plutôt que de la lui reprocher.

Je pense qu'un peu comme « La vie mode d'emploi de Pérec », « Cartographie des nuages » est un livre à clés littéraires, malheureusement je suis une bien pauvre soeur tourière et mon trousseau de clés est bien pauvre.

Il ne faudrait pas que paradoxalement le talent de l'auteur masque le message peu banal qu'il paraît nous faire passer: Mitchell semble vouloir dater le sommet de la civilisation au milieu du XIX ème siècle et suggérer que depuis l'homme court à sa perte.

Même s'il en fait beaucoup dans la prouesse littéraire, la dite prouesse est indéniable. L'auteur conjugue virtuosité formelle et plaisir narratif, sophistication de la construction et intensité des personnages. Les constantes ruptures de style fait de Mitchell un étonnant caméléon littéraire et un prodigieux raconteur d'histoires garantissant un plaisir de lecture rarement atteint.

 

Nota

Au risque de passer pour un anglomane frénétique, j'avancerais que les lettres anglaise ont plus de chance que les notres quand on sait que pour le Booker Prize 2004, la récompense de 50 000 livres sterling échappa à « La cartographie des nuages au profit de "La ligne de beauté d'Alan Hollinghurst"...

 

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Une saison à Hydra d’Elizabeth Jane Howard

14 Juillet 2025, 07:43am

 

Ce n’est pas dénigrer le beau roman d’Elizabeth Jane Howard, paru en Angleterre en 1959, que d’écrire qu’il a été écrit sous l’influence de Virginia Woolf et que par là même il constitue un idéal tremplin pour aborder l’oeuvre de cette dernière. Le roman se déroule du printemps à la fin de l’été. Nous sommes au milieu des années 50. Nous y visiterons plusieurs lieux successifs d’abord Londres, puis New-York, puis Athènes, puis Hydra, c’est dans cette ile grecques que se dénouera l’action et enfin retour à Athènes. Ces changements de décors  et les transitions, voyages en avion ou en bateau qui les accompagnent sont intrinsèquement liés à la narration.

Il y a quatre protagonistes dans cette histoire, deux hommes et deux femmes. Leur histoire est racontée tour à tour du point de vue de chacun. C’est le même procédé, mais avec plus de maitrise que Elizabeth Jane Howard utilisera quelques années plus tard pour sa saga des Cazalet. L’un des plaisir de ce roman et ils sont nombreux est que l’ On en vient à attendre telle ou telle voix dans une nouvelle situation, dans tel ou tel contexte, on se demande ce que l'un ou l'autre a pu comprendre de ce qu'éprouvent les autres et quelle est sa réaction.

Il y a Emmanuel Joyce, un auteur dramatique à succès d’une petite soixantaine d’années. Son talent, le mot génie est employé par l’entourage et le public en fait un homme public. Il est d’une origine très modeste, mi juive mi irlandaise. Il est marié depuis une vingtaine d’années avec l’élégante Lillian issue de la meilleure société anglaise de vingt années sa cadette, mais de santé fragile. Ils ont eu une fille qui est morte à l’âge de deux ans d’une méningite. Emmanuel en garde une tristesse récurrente quant à Lillian elle n’a jamais accepté cette perte Elle entretient sa douleur. Emmanuel ne peut se passer de Jimmy, jeune homme de trente ans qui a connu une enfance difficile. Il est son homme à tout faire, à la fois factotum, manager, disciple et souvent metteur en scène de ses pièces. Jimmy vit avec les Joyce, même s’ils n’ont pas de foyer mais vivent dans des grands hôtels ou dans des appartement qu’ils louent pour des courtes périodes ou encore résident dans des maisons que leur prêtent des amis. Ce curieux trio vagabond fonctionne depuis des années et forme une famille, lorsque survient, Alberta, 19 ans, la nouvelle secrétaire d’Emmanuel, une ingénue campagnarde, fille de pasteur. Elle m’a paru, tout de même un peu trop oie blanche, même en 1955 pour être tout à fait crédible.

L’arrivée de la jeune fille va bouleverser la vie des trois autres qui vont eux même faire que la vie d’Alberta prendra un tour qu’elle n’aurait jamais cru possible.

A ce sujet le titre orignal The sea change, est beaucoup plus explicite que le titre français, un brin mensonger. Mais il est vrai que île est centrale dans le texte, c’est qu’il s’agit du lieu où tout va se jouer, comme sur une scène de théâtre. Là-bas, les masques vont tomber et les protagonistes, qui jouaient tous un rôle, vont petit à petit l’abandonner. « The sea change » repris à La Tempête de Shakespeare – Sybille Bedford nous explique tout dans une passionnante introduction – renvoie à de profondes transformations. La vie change, comme la mer, selon certains courants, intérieurs ou extérieurs. Ce roman explore la notion de changement de cap dans une vie, ces moments où soudain tout s’ouvre, le possible comme le pire.

Les portraits de chacun se dessinent progressivement, ni tout à fait blancs ni tout à fait noirs. Chacun a ses blessures secrètes, ses égoïsmes, ses routines, ses espérances aussi. Un besoin de l'autre, et aussi une incapacité à le voir autrement que pas ses yeux et par le besoin qu'il a de lui. Le point de vue alterné de chacun de ces personnages permet au lecteur d'accéder à leurs états d'âme. Par ailleurs, l'évocation de leur passé dont il est question régulièrement éclaire leur comportement présent et leurs choix quant à l'avenir.

On verra chaque personnage à force d’introspection évoluer et même effectuer des changement dans leur personnalité que l’on aurait pas envisagé au début du roman. C’est le cas en particulier d’Emmanuel qui n’est pas présenté au début sous un jour favorable. En même temps que les personnages le ton du roman au début dans la première scène, un suicide raté on est dans un humour noir cynique à la Mitford puis progressivement la gravité s’installe et le ton rappelle celui des grands romans de Graham Greene.

Une saison à Hydra n’est pas un roman à clés même si en tant qu’épouse de Kingsley Amis, Elizabeth Jane Howard a fréquenté les milieux intellectuels aussi bien en Angleterre qu’aux Etats-Unis. L’aura d’Emmanuel de son vivant fait penser à celui qu’en France à eu en France Sacha Guitry, au Etats-Unis Tennessee William et en Grande Bretagne Noel Coward et un peu plus tard Harold Pinter. Mis un des manques de roman est que l’on a pas véritablement idée de la teneur des pièces qu’écrit Emmanuel Joyce. Il est d’ailleurs peu question du travail de l'écriture, de la mise en scène ou de ce qui fait l'intérêt d'un comédien. Mais avec les entrée ssuccessives de chacun des personnages et les dialogues brillants, on a parfois l’impression d’être dans une pièce de théâtre. On peut regretter aussi que les personnages secondaires ne soient pas assez développés. J’aurais aimé en savoir un peu plus sur le couple émouvant des Friedman et surtout sur Julius, l’enfant sur-doué d’Hydra.

Elizabeth Jane Howard est une extraordinaire paysagiste. Chose peu fréquente pour un lecteur j’ai pu de visu le vérifier puisque j’ai lu ce roman dans une ile grecque avec devant les yeux des paysages assez semblables à ceux d’Hydra

La force de la romancière c’est de faire parler et réfléchir d’une manière convaincante des personnes d’âges et de conditions différentes.

Tout cela est mené de main de maitre, chaque détail, chaque scène, chaque description est utile au développement de l’intrigue et l’on éprouve beaucoup d’émotion en quittant le quatuor.

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Des jours sans fin de Sebastian Barry

12 Juillet 2025, 06:29am

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A la fin des années 1840, Thomas, 13 ans rencontre John, environ 14 ans, dans un bosquet au milieu des marais dans le Missouri. Les deux garçons s’y sont abrités d’un violent orage. Entre eux, c’est le coup de foudre. Sous les gouttes nait un amour pour la vie. « Des jours sans fin » est d’abord l’histoire d’un amour entre deux hommes au far-west: "John Cole était mon amour, tout mon amour était pour lui...". C’est Thomas qui raconte, une quarantaine d’années après leur rencontre, leur extraordinaire histoire. On peut imaginer qu’il nous parle attablé dans un saloon, une pinte de bière devant lui. La narration est néanmoins faite à la troisième personne, souvent en langage parlé. Le ton employé est parfois détaché, candide ou encore innocent, souvent en décalage avec les horreurs qui nous sont racontées. Thomas ne semble , du moins dans les premiers deux tiers du récit, jamais s'émouvoir de rien sinon de la vie et de la santé de son beau partenaire. Chacun prenant soin de l'autre et n'existant que pour lui. Ces deux-là traversent le pire de l'Amérique en construction, avec une certaine placidité. On peut se douter que le travail de traduction pour Laetitia Devaux n’a pas été simple.

Thomas a été chassé d’Irlande par la famine, John a pris la route pour fuir la misère de la Nouvelle-Angleterre. La faim sera présente durant presque tout le livre. Les deux adolescents trouvent un engagement auprès d’un tenancier de saloon dans un village de mineurs. Voyant les deux garçons il a l’idée de les habiller en filles pour que le soir ils fassent danser les ouvriers. Il n’y a pas de femmes à des kilomètres à la ronde. C’est un succès. Danser et pas plus, pour éviter les débordements le patron du saloon a son fusil bien en évidence sur le comptoir: << Vous imaginez pas à quel point la loi est clémente en Amérique pour un propriétaire de saloon qui tue des mineurs. Le temps passe mais bientôt Thomas et surtout John en grandissant malgré les fards ne peuvent plus faire illusion. Le patron du saloon est obligé de mettre fin à leur emploi. Quel autre solution a pour survire les deux garçons que de s’engager dans l’armée?

Ceux qui ont l’image des tuniques bleues de Rusty et Rintintin, je sais, je parle d’un temps que les moins de soixante dix ans ne peuvent connaitre, ou même des films de John Ford, ou même encore des Tuniques bleues de Cauvin et Lambil même si eux sont arrivés à suggérer toute l’horreur de la guerre derrière l’humour et les couleurs acidulées, vont prendre une sacré claque. Dans les 200 pages qui suivent on passe des guerres indiennes à la guerre de sécession et l’amour entre Thomas et John est toujours aussi fort au milieu des massacres.

"La Bible a pas été écrite pour nous, ni aucun livre. On est peut-être même pas des humains, puisqu'on rompt pas le pain céleste. Pourtant, si Dieu essayait de nous trouver une excuse, il pourrait invoquer cet étrange amour parmi nous. C'est comme quand on cherche dans l'obscurité, qu'on allume une lampe et que la lumière vient à notre rescousse. On découvre des objets ainsi que le visage d'un homme qui est pour vous comme un trésor déterré. John Cole. Une sorte de nourriture."

On commence par l’extermination des indiens car c’est bien d’un génocide qu’il s’agit. L’armée à la demande des colons doit débarrasser les terres des indiens; pour cela les soldats les tuent femmes et enfants compris. Le plus souvent ils les embrochent à la baïonnette. Sans surprise les indiens ne se laissent pas faire quand ils ont le dessus ils coupent les soldats et les colons, femmes et enfants itou, en deux, à la hache; chacun sa méthode. Mais plus que les indiens l’ennemi de la tunique bleue c’est la faim. Il y a bien sur les bisons, belle description d’une chasse de ces grosses bêtes mais les tuer n’est pas sans risque la moindre inadvertance et le chasseur est transformé en carpette. Sans oublier les périls naturels, la chaleur torride, le froid glacial, le feu, les inondations, il y a le récit hallucinant d’un fort ravagé par les flots parce que construit stupidement dans une cuvette. La vague déferlant des collines engloutit le tiers des tuniques bleues soit cent soldats! Thomas, le narrateur, décrit tout à la fois les combats sanguinaires, la rage et la haine qui peuvent habiter certains soldats, l'absurdité de la guerre mais aussi la bonté et la générosité de certains hommes, la splendeur des paysages… 

Après avoir massacré les indiens, les blancs vont se massacrer entre eux. John et Thomas, qui appelle John son galant, sont du coté de l’Union de monsieur Lincoln. La guerre de sécession commence en 1861 et va durer quatre ans. Je rappelle ces dates car dans le roman rien n’est daté, peut être parce que Thomas et John ne connaissent pas vraiment leur date de naissance! Des jours sans fin est un roman du temps flou. Environ un an avant la fin des hostilités les deux hommes sont fait prisonnier après la débâcle de leur armée dans le Tennessee. Avec leurs camarades ils sont conduits, à marche forcée, dans le sud jusqu’à un camp de prisonniers qui ressemble au camps de concentration de la dernière guerre. Les hommes y meurt de faim par dizaines. Le couple en réchappe. La guerre finie John et Thomas vont être entrainés dans un drame que je n’hésiterais pas à cataloguer de shakespearien. Le western alors se mue en drame intimiste. Mais je vous en ai déjà trop dit. Il sera difficile dans la dernière partie du roman de n’être pas submergé par l’émotion.

L’homosexualité dans « Des jours sans fin » n’est jamais un problème pour les deux protagonistes de cette épopée, c’est même la solution, une évidence. Ils parviennent même à se marier. Il suffit de trouver un pasteur bigleux: «Alors j'enfile ma plus belle robe, et John Cole et moi, on se rend là-bas pour échanger nos vœux. Le révérend Hindle déclame les belles paroles, John Cole embrasse la mariée, et qui y trouvera à redire.» Si le récit est centré sur John et Thomas il fourmille aussi d’autres personnages inoubliables très bien campés.  

Même si l’écriture est retenu, cette grandiose épopée n’est pas pour les âmes trop sensibles. Je crois que je n’ai rien lu d’aussi âpre depuis ma lecture d’A l’ouest rien de nouveau » il y a presque soixante ans. Mais par l'écriture et par les réflexions de Thomas, c'est à Céline que l'on pense. Cette dureté est renforcée par le ton souvent détaché du narrateur qui en recherche de son identité sexuelle, il se sent apaisé lorsqu’il porte une robe, n’est pourtant non dénué d'états d'âme. 

Sebastian Barry s'est inspiré du destin d'un arrière-grand-oncle, dont la magnifique photo orne la couverture (dans l’édition en grand format mais pas pour l’édition en poche), pour nous raconter l'histoire de Thomas McNulty et de John Cole.

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SOUS LE SIGNE DE MARS DE CLAUDE MICHEL CLUNY

8 Juillet 2025, 06:42am

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Comme vous l'avez peut être remarqué, je m'évite le ridicule de commenter les grands textes et réserve mes oiseuses critiques à mes contemporains, ce qui ne manque déjà pas d'audace quand il s'agit par exemple de Modiano ou de Rinaldi pour ne parler que des français. Mais je crois n'avoir jamais ressenti à ce point le péril d'outrecuidance qui me guette à critiquer un texte aussi parfait, aussi poli que ce « Signe de Mars » de Claude Michel Cluny.

Avant d'en arriver à ce que l'auteur nomme l'acte fondateur (C. M. C. est pourtant peu susceptible d'être enrôlé sous la bannière freudienne) qui, ne nous faisons pas d'illusions de nombreux lecteurs trouveraient scandaleux s'ils étaient capables de gouter la prose poétique et janséniste de l'auteur, Claude Michel Cluny en une vingtaine de pages nous expose sa philosophie de la vie. Le moraliste, chez lui, ne prend jamais congé, même dans ses transports amoureux: << La première loi morale est celle du consentement mutuel. >>. Il entre dans son attirance exclusive pour les corps jeunes un goût de la responsabilité.Son ton et l'élévation de son point de vue mettent Claude Michel Cluny dans la lignée du Montherlant de « La relève du matin » mais sans le prosélytisme moral de son ainé. Il faut dire qu'il chaut guère à C.M.C. de passer pour un maitre à penser, ne s'imaginant pas que la recette de son hédonisme raisonné puisse être transposable à autrui (il ferait, avec l'élégance de sa langue, son intransigeance hautaine et son dandysme de globetrotteur, néanmoins un idéal phare de la nouvelle réaction.). Puis vient l'évocation de son enfance, sans épanchement, C.M.C. n'aime pas plus l'être baveux et titubant qu'il a été, qu'il aime les autres enfants, pour arriver à la peinture de son adolescence. Les pages, d'une écriture magistrale, sur sa formation intellectuelle éclairent tous les tomes de son passionnant journal littéraire.

Ce récit autobiographiquese déroule pendant une jeunesse, à cheval entre l'enfance et l'adolescence, durant la Seconde Guerre mondiale. Si le titre n'avait pas déjà été pris par Augérias (sur lequel C.M.C a écrit), il aurait pu s'appeler: « Une adolescence au temps du Maréchal ».

Peut-être que le lecteur voulant découvrir ce beau livre ne devrait pas aller plus loin dans ce billet pour se ménager la surprise de la révélation qu'il contient?

« Sous le signe de Mars » est né de l'impérieuse nécessité qui s'est imposée à Claude Michel Cluny de dire que son initiation sexuelle a eu lieu en 1944, il avait alors 14 ans, et fut faite par un jeune soldat allemand âgé que de trois ou quatre ans de plus que lui, au milieu d'un champ de la campagne française. << Ennemi si beau et si douloureux, avait commencé de m'apprendre l'amour que l'on fait, et laissé pressentir celui que l'on donne; un désir impossible me serrait le coeur lorsque nous nous séparâmes, et c'était de l'aimer.>>. (expérience qui n'est pas sans rappeler celle que vit le héros du film « Pour un soldat perdu », on peut aller voir mon billet sur ce film: POUR UN SOLDAT PERDU de Roeland Kerbosch ). Le garçon était déjà Sereinement conscient de ses préférences sexuelles, et très épris d'un camarade un peu plus jeune que lui, qu'il appelle l'Aimé. Tout le livre illustre cette réflexion que l'on trouve dans « Le passé nous attend », page 78: << Nous passons notre vie à tenter de ressaisir ce qui, un jour de plus en plus ancien, nous fit naître à nous même.>>.

Comme semble-t-il tous les livres de Claude Michel Cluny (je ne les ai pas encore tous lus et je crains ce moment où j'arriverai à la dernière page du dernier livre qui me restait à lire de cet auteur, comme le naufragé s'angoisse à avaler la dernière bouchée de ses vivres de survie.) « Sous le signe de Mars » est une méditation sur le temps. Comme le résume très bien la dernière phrase du livre: << De la perte du bonheur naît l'invention du temps.>>.

Ce récit me conforte dans l'idée que nos qualités et nos penchants ne doivent rien aux contingences qui ne sont que les déclencheurs de nos désirs. D'ailleurs Claude Michel Cluny ne dit pas autre chose dans « Le passé nous attend » le tome VIII de son journal littéraire: << … Je note cela pour souligner l'attirance naturelle des teenagers pour leurs aînés, et pour réaffirmer que nos préférences sont inscrites en nous, chair et coeur, avant même toute influence sociale, religieuse ou morale. Je suivis ma nature qui pencha tôt vers l'amour des garçons plus jeunes que moi, lesquels me paraissaient plus désirables que les filles sana avoir jamais hésité sur son bien fondé tant cet élan inné participait des émerveillements de la vie. La jeunesse et sa grâce, le charme, les dons du corps, les épices de l'impatience et la confiance amoureuse chez celui qui acceptait d'être aimé, bref, la fascination pour les adolescents, ce que les japonais, si je ne fais erreur, nomment enjo kosai, me possédait alors que j'étais encore moi-même ado. Nos vrais passions sont innées et naturelles.>>.

L'autoportrait que dessine ce court et dense récit est celui d'un homme d'une singularité totale et d'une curiosité inextinguible. Le livre est un constant va et vient du particulier au général sans que jamais l'auteur n'abdique de sa spécificité. Les quelques lignes suivantes est tout le crédo de Claude Michel Cluny: << Je pressentais que la société s'oppose toujours au bonheur. Les déchirements d'ordre moral que Gide s'imposait me paraissaient privés de bon sens. Je n'avais – faut-il écrire « Dieu merci »? - aucune conscience religieuse, ne croyant pas à ce qu'on me racontait, et m'en suis bien trouvé. Je n'y voyais que des interdits et de mauvaises fables. Au contraire, la sexualité me parut très tôt une voie simple et naturelle pour aimer la vie, quel que soit le sexe de la personne qu'on désire; cela n'avait pas un rapport obligé à l'amour, ni que faire l'amour signifiât éprouver un sentiment d'amour. Sans avoir encore lu Lucrèce, ni éprouvé son conseil d'offrir ses jeunes charmes à plusieurs pour éviter les souffrances inutiles de la passion, la nature ne me portait pas vers l'exclusivité. Surtout, j'appris vite que cet amour de la vie n'entraîne pas le bonheur en récompense, mais prépare à une sagesse païenne. Aimer et être heureux d'aimer tient souvent de la gageure.>>.

 

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LA LIGNE DE BEAUTÉ D'ALAN HOLLINGHURST

6 Juillet 2025, 07:31am

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Alan Hollinghurst a voulu écrire, avec sa “Ligne de beauté” (Le livre de poche n° 30881, ou Fayard) son “A la recherche du temps perdu". Une recherche britannique dont le narrateur serait Swann. Ici il se nomme Nick et il a une vingtaine d’années. Grâce à l’ acuité psychologique des observations de l’auteur et à sa posture devant la famille Fedden, le personnage de Nick fait beaucoup penser au Swann face aux Guermantes; mais lors des dîners, ce n’est pas à une Odette que pense Nick mais à un Léo qu’il enculerais dans le parc...

Lorsque commence le roman, Nick est un jeune étudiant en lettre, frais émoulu d’Oxford, où il s’est lié d’amitié (platonique, ce qui le ronge) avec Toby, le fils d’une riche famille aristocratique, les Fedden. Nick prépare un travail sur Henry James, le Maître, figure tutélaire de “La ligne de beauté”. Tout comme Swann, Nick n’appartient pas à la classe qu’il fréquente. Il n’est que le fils d’un petit antiquaire de province.

Les Fedden ont loué, pour une somme symbolique, une chambre à Nick dans leur vaste et somptueuse demeure londonienne. Très vite le jeune homme fait comme partie de la famille. Il sert un peu de chaperon à Catherine la jeune sœur de Toby qui est maniaco-dépressive. Les Fedden reçoivent beaucoup. Toute la maisonnée gravite autour du père, Gérald, au tournant de la quarantaine, ambitieux et récent député tory. Il a été élu lors du scrutin qui a juste suivi la guerre des Malouine. Scrutin qui a conforté le pouvoir de Margareth Thatcher. Cette dernière fascine toute une société hédoniste et égoïste de fils de famille, de politiciens ambitieux, d’affairistes cupides et de lady désœuvrées...

Pour continuer à filer la comparaison avec le monument proustien, la révolution conservatrice reagano-thatchérienne est un peu l’affaire Dreyfus de “La ligne de beauté”. Elle en est la rumeur, comme l'est « l'Affaire » dans « La recherche ».

Si Nick a réussi si bien à s’incruster chez les Fedden, c’est peut être encore plus grâce à l’amitié de Rachel, la mère, qu’à celle du fils. Rachel voit en Nick un succédané de son fils qui s’ apprête à quitter le foyer familial pour convoler avec une jeune actrice prometteuse, elle aussi issue d’un milieu fortuné.

 

Dans la première partie du roman, “Accord d’amour, 1983”, Nick est un de ces héros miroirs qui ne vivent que par le reflet des autres mais qui absorbent la lumière plus qu’ils ne la réfléchissent; ce qui est un type assez courant d’homosexuels.

Nick, par petites annonces (on voit par ce détail combien le livre, publié en 2004 en Angleterre, s’inscrit dans une époque bien précise, pas si lointaine, mais déjà totalement révolue) s’est trouvé un petit ami en la personne de Léo, un noir d’un milieu modeste, d’une dizaine d’années de plus que lui.

Avec cette relation Nick est écartelé entre son snobisme de fréquenter une famille beaucoup plus huppée que celle dont il vient et ce que je nommerais l’appel de la bitte en l’ occurrence du sphincter, Nick étant l’actif du couple; il est aussi typique de ces gays qui ne sont attirés que, ce qu’il y a entre le caramel et le chocolat... Je parle de la couleur de peau, bien entendu...

Dans la deuxième partie de l’ouvrage, nous retrouvons notre héros narrateur après un saut de trois années. Nous passons en 1987, en tournant une page. 

Le lecteur abordant cette seconde époque, à peu près d’une égale longueur à la première, est légèrement désorienté, tant il a du mal à reconnaître Nick, qui d’étudiant timoré a tourné quelque peu gigolpince. Il est à la fois l’amant et l’employé, dans une maison de production de films, plus virtuels que réel, d’un de ses anciens camarades d’Oxford, Wani que l’on avait fugitivement croisé au début de l’ouvrage. Ce dernier est le rejeton d’un richissime homme d’affaire libanais qui chassé par la guerre dans son pays a fait fortune en Grande-Bretagne dans les... supérettes! On le voit Nick est toujours attiré par la sombritude... Cette famille libanaise donne l’occasion à Alan Hollinghurst de nous prouver son brio dans l’art du portrait psychologique. Wani est le type même du fils à papa dont l’intelligence est étouffée par la fainéantise et la veulerie. Tandis que son père est la figure archétypale du boutiquier enrichi qui tente sous le parfum de l’or de dissimuler vainement les remugles du bazar d’où il vient.

Cette deuxième époque est elle même divisée en deux parties. La première se déroule dans le manoir que les Fedden possèdent dans le sud de la France. Alors que la deuxième est la description de la fête que Gérald donne dans sa demeure londonienne en l’honneur du premier ministre qui est croqué avec une verve plus admirative que sarcastique. Nick parviendra même à danser avec elle! Ce qui ne l’empêchera pas, quelques minutes plus tard, de sodomiser un serveur mulâtre... Dans ce dernier passage, Hollinghurst retrouve  une crudité descriptive dans les scènes de sexe qui étaient fréquentes dans “La piscine bibliothèque” mais qui jusqu’à ce passage était absente de “La ligne de beauté”.

La troisième et dernière partie est la plus courte, une centaine de pages, elle nous propulse en 1987 soit un an après les fastes et flonflons de la fête pour la Dame comme la désigne les personnages du roman. Le nom de Margareth Thatcher n’est jamais cité.

C’est curieusement dans ce relativement mince chapitre que l’auteur fait entrer le romanesque, malheureusement un peu prévisible, dans son ouvrage qui était jusqu’alors surtout descriptif. En quelques scènes et une nette rupture de ton, il réussit à insuffler de l’émotion dans son roman qui n’était jusqu’ici que brillant et qui se transforme ainsi en un grand livre.

Lors de la sortie du livre de Tristan Garcia, “La meilleure part des hommes” (éditions Gallimard) on a présenté ce livre comme le roman des années 80 vu “de gay”, « lieu » que l’auteur, tout n’étant pas de “la famille” jugeait être la meilleure hune pour observer la société de ces années là. La comparaison du livre de Garcia avec celui d’ Hollinghurst est écrasante pour le français. L’anglais a écrit un chef d’oeuvre qui fait revivre toute une époque, alors que Garcia, à cette aune, apparaît comme un opportuniste laborieux.

Hollinghurst, avec “la ligne de beauté”, apporte talentueusement son tribu à un genre très britannique, la peinture corrosive des classes dirigeantes. Mais contrairement à un Coe par exemple, on ne sent jamais chez lui une acrimonie fielleuse envers les puissants. En un mot le romancier n’écrit pas, comme la quasi totalité de ses confrères, un roman de travailliste de gauche (qui n’est pas le blairisme). On  trouve chez l’auteur ni mépris, ni jugement condescendent envers ses personnages, pas même un reproche, seulement une distance, juste un peu navrée. Son rapport avec ses créatures fait plus penser à celui qu’entretient Galsworthy avec ses Forsyte qu’à la posture que prenne les romanciers contemporains avec leurs héros. A propos d’Hollinghurst on peut également convoquer ses compatriotes Evelyn Waugh et Oscar Wilde ou encore Will Self , pour “Dorian” (éditions Point seuil) sa version moderne du “Portrait de Dorian Gray”. 

“La ligne de beauté a remporté le Booker Prize 2004, et on comprend pourquoi malgré quelques défauts de construction, des longueurs dans les deux premières parties et une fin un peu attendue et légèrement escamotée : c’est un ouvrage magnifique et émouvant ! C’est la première fois que ce prix récompense un roman ouvertement homosexuel, et comme l’ont expliqué les jurés, il ne faut pas réduire l’intrigue à cette seule dimension, mais y voir également une vision intéressante de l’époque où la Grande-Bretagne était gouvernée par la Dame de fer. La ligne de beauté a été adapté pour la télévision britannique ...

 

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Certains livres vivent en moi bien longtemps après leur lecture, sans doute les bons. J'y repense, je les remâche, y réfléchis. Tel est le cas de "La ligne de beauté".

Il me semble que ce livre est d'autant plus proustien qu'il n'y a pas chez Nick une absolue continuité psychologique, à tel point qu'à l'entame du deuxième chapitre on a  de la difficulté à reconnaitre  en lui le héros de la première partie. Mais comme pour le narrateur de "La recherche" on a le sentiment d'une réinvention du moi profond de Nick à chaque chapitre du roman qui correspond à trois phases de la vie du personnage.

 

Nota:Alan Hollinghurst est le fils unique d'un banquier. Il est né le 26 mai 1954 à Stroud dans le Gloucestershire. Étudiant à Oxford, il eut comme colocataire le poète Andrew Motion et fut récompensé par le Newdigate Prize, prix attribué à la poésie. Il a collaboré au Times Literary Supplément. On peut donc supposer que la “La ligne de beauté” a été écrit de “l’ intérieur”... Son premier roman, “la Piscine-bibliothèque” (éditions Christian Bourgois) dont l’écriture est plus précieuse que celle de “La ligne de beauté”, fait très rapidement de Hollinghurst l'un des plus célèbres écrivains gays contemporains (même s'il n'aime guère l'étiquette, à ses yeux trop limitative, d'écrivain gay).

COMMENTAIRES lors de la premiere parution du billet

La première partie de votre compte-rendu me fait penser au film de Woody Allen, Point Break : l'arrivisme par la beauté, la séduction homoérotique, l'alliance forcée avec la soeur, l'amante fantasque et actrice... Évidemment revu par Woody.
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR ARGOUL IL Y A 4 JOURS À 12H05

La ligne de beauté est un livre moins léger que le film de Woody Allen, qui est un de mes cinéastes de prédilection, j'ai beaucoup aimé son dernier film qui tombait bien à Paris, l'automne dernier avec la superbe exposition sur les Stein au Grand Palais. Le roman se veut et réussit à être une peinture d'époque, sa force est de n'avoir pas fait de son personnage principal un arriviste mais plutôt un indécis qui se laisse porter (et peut être détruit ) par les hasard de la vie 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS IL Y A 4 JOURS À 17H33
effectivement, "la piscine bibliothèque" et "la ligne de beauté" sont également des livres très importants pour moi. j'espère voir rapidement traduit en français, "the stranger child", le dernier opus de hollinghurst... sinon, je finirai par le lire en anglais (ce qui ne me pose aucun problème si ce n'est que ça me provoque une flemme immense). :o)
sinon, je ne sais plus si vous connaissez le (télé)film, plutôt réussi me semble-t-il, de "la ligne..."
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR PÉPITO IL Y A 3 JOURS À 00H34

Le succès de "stranger child" en Angleterre ne devrait pas trop nous faire attendre quant à sa traduction en français que j'attend comme vous. En ce qui concerne La ligne de beauté, lors d'un salon du livre j'avais demandé à Christian Bourgois s'il comptait le publier après nous avoir fait découvrir l'auteur avec La piscine bibliothèque, ce pourtant excellent éditeur m'avait répondu que c'était trop mauvais pour cela. Il arrive aux meilleurs de se tromper. Ceci dit Hollinghurst n'a pas eu avec Laligne de beauté beaucoup d"échos en France. 

Je connais l'adaptation en téléfilm di livre qui est bonne et à voir. Elle est sous la forme de deux fois 1h30 et disponible en dvd en Angleterre (sans sous titres français ou autres). J'ai même fait un billet sur ce film mais il est passé à la trappe lors du naufrage de mon précédent blog. Et je ne parviens plus à mettre la main sur ce texte mais il va peut être néanmoins réapparaitre... 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS IL Y A 3 JOURS À 06H43
même si mon exemplaire est britannique et sans sous-titres, le dvd a bien été édité en France :

http://www.amazon.fr/La-ligne-beaut%C3%A9-Edition-DVD/dp/B000OCXNWQ/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1331448361&sr=8-1
COMMENTAIRE N°3 POSTÉ PAR PÉPITO IL Y A 3 JOURS À 07H47

Je ne pense pas qu'il soit édité en France au sens strict mais importé car il aurait été interdit d'éditer une oeuvre en France sans sous titres ou V.F. Enfin peu importe l'important est qu'on puisse voir ce film 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS IL Y A 3 JOURS À 09H39
 

 

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La revue Planète par Clotilde Cornut

4 Juillet 2025, 08:00am

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Ma dette envers la revue Planète est immense et pourrait se résumer en une seule formule, la découverte de la diagonale. Une ligne qui relie science et littérature, réalisme et fantastique, minuscule et majuscule. Planète dans cette France qui venait de rétrécir et qui s’ennuyait, décloisonnait les savoirs pour mettre en exergue leurs convergences. Elle mêlait l’optimisme pour l’avenir et la révérence envers un certain passé, comme le synthétisait fort bien Louis Pauwels en une belle phrase: << Il n’y a de nouveau que ce qui était oublié.>>.
Je suis souvent outré par la condescendance, quand ce n’est pas du mépris, avec laquelle les gens de ma génération évoquent la revue, alors qu’ils en sont tous plus ou moins les débiteurs. Loin d’être reconnaissant de tout ce qu’ils lui doivent. Ils rejettent en bloc cet héritage, alors que rapidement on s’aperçoit que des pans de leur culture ont été nourri par la revue.


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En ce qui me concerne elle m’a appris à regarder comme si c’était toujours la première fois et à privilégier le plaisir dans une indifférenciation joyeuse des sources du savoir.
C’est donc avec une joie non dissimulée avec laquelle j’ai découvert , dans la belle librairie du Centre Pompidou, l’essai de Clotilde Cornut sur la revue, intitulé sobrement “La revue Planète”. L’éditeur a eu l’excellente idée de publier ce texte sous la même belle forme, extérieur et intérieur, que paraissait jadis la revue. Au sujet de la forme et de la typographie de cette parution, la remarquable émission de France-Culture, "La fabrique de l'histoire", à consacré en 2008, une émission au phénomène Planète qui comportait une interview de François Richaudeau, la cheville ouvrière de la fabrication de la revue.

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Clotilde Cornut avec une grande clarté dans une langue simple fait une recension sérieuse du contenu de la revue et des membres de sa rédaction. En essayant de mettre les articles constituant le corpus de Planète dans une perspective historique de l’histoire des idées. Rien est oublié dans ce panorama. L’essayiste passe en revue les grandes rubriques de Planète, la science, les religions, les arts, la littérature... sans rien omettre.
Si ce travail est sérieux, on peut regretter d'une part que l'essais n'est pas été réactualisé depuis son écriture, car par exemple certaines personnes mentionnées sont décédées depuis sa rédaction, ce qui n'est pas signalé, et d'autre part, sa forme, par trop universitaire par le style, souvent assez plat et peu à l’unisson de celui enflammé d’un Louis Pauwels. L'essais malheureusement ne possède pas un appareil référentiel qu’aurait mérité le sujet et qu'appelle justement un travail universitaire. Edgar Morin et Michel Winock c’est bien mais c’est un peu court. A ce propos Michel Winock dans son dictionnaire des intellectuels français (Le seuil), écrit avec Jacques Julliard, ne consacre pas d’ entrée à la revue Planète mais seulement une à Louis Pauwels (page 1059) où l’on peut lire: << L’antimarxisme, l’anti-égalitarisme, l’antichristianisme rapprochent l’écrivain de la Nouvelle Droite, qui lui semble l’héritière des recherches de Planète.>>. Voilà qui est clairement dit, beaucoup plus que dans l’essais de Clotilde Cornu que l’on sent tergiverser pour ne pas arriver à cette conclusion. Il aurait été à la fois courageux et exacte d’admettre plutôt que de suggérer que Planète s’inscrit dans un vaste mouvement métapolitique  en réaction au crypto marxisme, encore dominant dans ces années là, il exerçait un véritable terrorisme intellectuel, et que l’on sent d’ailleurs encore prêt à sortir de sa tanière où il se tapit. Contrairement à ce que dit Clotilde Cornut, l'allégeance de Pauwels à la nouvelle droite, puis son engagement dans la création du Figaro magazine, qui dans ses premiers temps n'était pas la revue des pince fesses de l'avenue Mozart qu'il est devenu, n'est pas pour Pauwels un retournement (la Nouvelle Droite par rapport à Planète) mais une continuité. On peut ajouter que Remy Chauvin s’il fut un fidèle de Planète, le fut aussi de Nouvelle Ecole, la revue de la Nouvelle Droite.
Clotilde Cornut oublit de dire que la grande différence entre la Nouvelle Droite et l'esprit de la revue Planète est sa position envers l'Amérique. L'anti américanisme est un des piliers de la Nouvelle Droite, à ce propos je pense cette division de l'occident est la principale raison de son échec, alors qu'un certain philoaméricanisme est patent dans la revue.

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En revanche Clotilde Cornut met justement le doigt sur la juste obsession de la revue, la surpopulation. Elle ne va pas jusqu'à prononcer le mot tabou entre tous d'eugénisme, mais enfin... En lisant ce passage, je me suis dit, une fois de plus, que Planète nous manquait bien. Où voit on aujourd'hui que par exemple une des solutions possibles à la pollution n'est pas seulement la diminution de la consommation mais aussi une diminution draconienne de la population mondiale. Il me vient à l'esprit que la frontière entre la droite et la gauche passe par la reconnaissance de la bonne idée qu'est le malthusianisme, la gauche pensant bien sûr que c'est une mauvaise idée, force est de constater qu'il n'y a plus de droite...
Si l’auteur n’ommet pas de souligner le rôle d’accoucheur de Planète, elle ne le fait pas assez franchement à mon goût. Une enquête auprès d’intellectuels et de décideurs dans la tranche d’âge 50, 70 ans, leur demandant ce qu’ils devaient à la revue, aurait complété agréablement son exposé et l’aurait fait sortir du carcan universitaire où il se complait un peu trop c'est d'ailleurs ce que lui suggère Jacques Mousseau, l'un des grands auteurs de la revue, dans l'entretien qu'il a accordé à Clotilde Cornut et qui est placé en fin de volume.
Une étude sur une revue abordant autant de sujets aussi différents est une véritable gageure, car elle demanderait d’être aussi bien spécialiste en art qu’en science qu’en littérature qu’en recherche spatiale. Clotilde Cornut s’en tire avec les honneur même si par la force des choses les articles consacrés à tel ou tel aspect de Planète sont souvent un peu superficiel.

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Celui qui a le plus retenu mon attention, sans doute aussi parce que c’est le sujrt que je connais le moins mal, est le chapitre sur les arts dans Planète. Il est particulièrement éclairant et je n’y ai relevé aucune erreur.
Si l’essai se développe sur 182 pages qui restituent la belle présentation de la revue, on a l’impression d’avoir un numéro de celle-ci entre les mains, il est suivi d’un complément bibliographique de 100 pages. Ce dernier, établi par Joseph Alteirac, est très précieux car il contient notamment tous les sommaires détaillés de tous les numéros de la revue, un grand bravo pour ce travail de Bénédictin.
Si l’entreprise n’est pas parfaite, le livre de Clotilde Cornut est un indispensable outil pour mieux comprendre une des aventures intellectuelles les plus stimulantes de la deuxième partie du vingtième siècle.

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P.S. 1 Le net est vraiment merveilleux en tapant Grégory Gutierez sur votre moteur de recherche préféré vous pourrez télécharger gratuitement le mémoire qu’il a consacré à la revue et sur lequel je reviendrais ultérieurement.

P.S. 2 Je recherche des numéros de Planète si vous en avez à vendre ou à donner, contactez moi...

P.S. 3 Les toiles illustrant cet article sont de Carel Willing  peintre que la revue Planète essaya de lancer, malheureusement avec un succès mitigé, mais l’artiste est fort connu dans son pays la Hollande.

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LA VIE EN GRIS ET ROSE DE KITANO TAKESHI

3 Juillet 2025, 06:36am

La vie en gris et rose

 

Imaginez vous attablé avec Kitano, avec entre vous et lui une bouteille de saké, vous racontant son enfance pauvre pour ne pas dire misérable dans le Japon exsangue de l'après guerre. Le livre est modeste, un peu plus d'une centaine de pages, joliment illustré par Kitano lui même de jolis petits dessins au couleurs pimpantes qui contrastent avec la noirceur du texte. Le titre vient des couleurs que son père, peintre en bâtiment, essayait sur la porte de la maison avant d’en couvrir les murs de ses clients. Ce n'est pas certes de la grande littérature, ces souvenirs écrits en 1984, semblent destinés malgré leur amertume à des pré adolescent. On y parle de pipi et de caca, mais c'est poignant de laconisme. L'enfance décrite ici n'a rien à voir avec celle d'un petit japonais d'aujourd'hui. Le rêve de Takeshi enfant est de posséder une toupie, beigomaà peine plus grosses que le pouce, ou un porte carte en plastique pour ranger ses images des stars du basse ball. Autant de petites choses que l'extrême pauvreté de sa famille, avec laquelle Kitano n'est pas tendre, ne lui permet pas d'acquérir. Ses grands jeux sont de faire voler un vieux cerf-volant ou de chasser les libellule On est loin des consoles de jeux et des vêtements et des accessoires à la mode siglés de grande marque. Après après avoir lu ce livre on regarde les facéties du grand cinéaste d'un autre oeil.

Les extraits ci-dessous, vous donnera le ton de l'ouvrage:

 

"Au début je n’avais aucune idée de ce qu’ils allaient faire. Donc, une fois, je les ai suivis. J’ai vu mon frère, accroupi sous un lampadaire, qui lisait un livre. Et elle, derrière lui, qui dirigeait sur les pages le faisceau de sa fameuse lampe. De temps à autre, il avalait une bouchée de riz. En découvrant la scène, je suis resté sur le cul ! Imagine ma mère à l’éclairer comme ça. Quand j’y repense, je trouve que c’était une famille vraiment démente. Donc, sans bien savoir pourquoi, je me suis dit que moi aussi, je devais me mettre aux études. Je suis rentrée à la maison et j’ai pris un manga au hasard. Et j’ai commencé à lire, comme mon frère."

"C’est étrange, la sensibilité. Elle se forge dans l’enfance en fonction des conditions d’existence, puis elle reste immuable tout au long de la vie. Les pauvres ont leur sensibilité, et les riches, la leur. On a beau devenir riche une fois adulte, quand on a été pauvre dans l’enfance, on, garde toujours sa sensibilité première. Intérieurement on ne pourra changer. Donc, moi qui suis né pauvre, je ne supporte pas le côté effrayant des nantis. Et je ne le supporterai jamais. Car un gosse de riches, dès l’enfance, ça ne se préoccupe pas des miséreux. C’est son éducation qui veut ça. "Toi, tu es un enfant de riches honorables, donc tu ne dois pas faire ceci ou cela !" Voilà ce que répètent les parents jour après jour. Et nous, dans nos cœurs d’enfants, on se disait : "Eux, ils ne sont pas comme nous." Et ça c’est effrayant. Un type né dans une famille riche ne s’embarrassera pas de scrupules vis-à-vis des autres à un moment crucial. Par exemple, on est en pleine partie, et brusquement : "Salut, je rentre chez moi !" Pour eux, les liens d’amitié avec des gens comme nous, ce n’est pas difficile à rompre. Dès que les choses ne leur sont plus favorables, crac ! ils partent. Alors qu’entre pauvres, on ne se serait jamais arrêtés de jouer. Du coup, moi, je me faisais tout le temps houspiller par ma mère. Je voudrais préserver indéfiniment ma sensibilité d’enfant. Aussi mature, aussi riche que je devienne, je veux rester intègre, fidèle à moi-même, à ma vérité." 

 

La vie en gris et rose de Kitano Takeshi, 2008, Picquier poche

 

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VOYAGE AU JAPON,TOKYO DE RÉMI MAYNÈGRE ET SANDRINE GARCIA

2 Juillet 2025, 06:42am

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Rémi Maynègre aux pinceaux et Sandrine Garcia à la plume ont décidé de faire un livre de leur voyage de noces au Japon. Il nous donne leurs impressions de voyageurs aussi néophytes qu'enthousiastes sur ce pays qui les passionne. Le premier album (il devrait y en avoir d'autres, espérons que nous ne les attendrons pas trop longtemps) est consacré uniquement à Tokyo. L'album se compose des note de Sandrine Garcia à la naiveté rafraichissante (il y en a aussi de Rémi Maynègre) et des superbes aquarelles de Rémi Maynègre dont la dextérité me rappelle celles des peintres, comme Yves Brayer, qui illustraient les reportages de voyageurs dans le célèbre hebdomadaire l'Illustration. Les images de Rémi Maynègre dont j'ai pu admirer le talent lors du dernier Festival de la bande-dessinée d'Angoulême, encore merci pour la somptueuse dédicace du lvre, elles même se divisent en deux espèces, celle réalisées sur le motif et celles peinte au retour de mémoire, l'artiste est servi par à la fois un sens de l'observation remarquable et une mémoire visuelle exceptionnelle. Leur court séjour ne leur permet pas de nous donner une image exhaustive de Tokyo mais outre les passages obligés dans les quartiers de Shinjuku, Akihabara et Asakusa, le couple a eu la bonne idée de s'installer à Yanaka, un quartier de Tokyo au nord du parc Ueno qui a beaucoup de charme mais qui est assez peu parcouru par les visiteurs de la capitale japonaise. Un des plus de ce beau livre est que Rémi Maynègre n'a pas croqué que les lieux touristiques de la ville mais aussi des coins de rue commun tout en étant typique de la ville et même des vues un peu triviales, mais précieuses pour le souvenir, comme cette image d'une station de métro ou une vue d'une gondole d'un konbini. Des cartes aident le lecteur à se situer dans la ville et surtout à y incorporer les aquarelles peintes par Rémi Maynègre. Parfois sur une aquarelle la mise en page superposent des billets de transport ou des factures. Si le livre ne se veut pas un guide, il est néanmoins pratique pour la précision de la situation, et le moyen de s'y rendre, de certains points d'intérêt de la ville.

 

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Un très beau livre (à mettre à coté de celui de Florent Chavouet, Tokyo sampo), à la fois précieux et modeste qui j'espère donnera lieu à de nombreuses expositions et dont on attend les suites avec impatience (un album devrait être consacré à Kyoto et un autre à Koya-san). 

 

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RÊVE DE GLOIRE DE ROLAND C. WAGNER

30 Juin 2025, 07:17am

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Le monde dans lequel nous entraine Roland C. Wagner n'est pas le notre. Plutôt que de qualifier l'univers de "Rêves de gloire" d'uchronique je le dirais plutôt parallèle au notre. En effet pour qu'il y ait uchronie, il faut qu'il y ait un point de bifurcation bien distincte avec notre réalité crée par un évènement précis. De cette modification découle ensuite toutes les différences avec l'Histoire que nous connaissons. Il n'en va pas ainsi dans le roman de Wagner, si le point de divergence avec notre présent, est que le 17 octobre 1960, le chauffeur du général de Gaulle ayant choisi de passer par la Croix de Berny plutôt que par le Petit Clamart comme cela était prévu, la voiture du général est mitraillée. Il décède quelques instant plus tard n'ayant le temps que de dire: << On aurait dû passer par le Petit-Clamart. Quelle chienlit...>>. On voit immédiatement que Roland C. Wagner n'est pas dénué d'humour... Si l'on comprend bien que la mort du général de Gaulle en 1960 à une incidence directe sur ce qui va se passer ensuite en Algérie où le livre se déroule, il est beaucoup moins évident que cette mort fasse que par exemple Kennedy ait lui échappé à son attentat, que malgré son souffle court Albert Camus soit toujours en vie aux abords de l'an 2000 et que par contre Johnny Halliday ait quitté ses fans en 1964 victime d'une explosion d'une charge de plastique... Il est encore plus improbable que le fait que la grande Zoha ait calanché puisse avoir une incidence sur des évènements ayant eu lieu avant ce trépas, comme la sortie de la Hongrie du bloc de l'est en 1956 et que la même année les anglais et les français aient mis une pâtée à Nasser dans l'affaire de Suez...  L'auteur nous fait découvrir ces évènements par petites touches, comme par inadvertance. Il faut dire que le narrateur principal est peu intéressé par la politique, obsédé qu'il est par l'histoire du rock algérois. Car les rêves de gloire du titre sont ceux, dans les années 60,  des groupes de rock qui fleurissent alors à Alger devenu après quelques vicissitudes une enclave indépendante dans une Algérie tout aussi indépendante présidé par Boudiaf. Dans cet algérois cohabite quatre millions d'habitants d'origines des plus diverses et aux tendances idéologiques multiples. Le groupe le plus inattendu est celui que forme les vautriens , secte agnostique et festive dont le grand homme est Timothy Leary pourvoyeur de « gloire » que l'on peut traduire par L.S.D. Le titre du livre est ainsi à double sens, Rêves de gloire peut être ceux provoqués par cette drogue. Il l'est même à triple, car « Rêves de gloire » est aussi le titre d'un disque d'un groupe mystérieux et éphémère, les Glorieux Fellaghas, qui provoque la mort de celui qui le possède Il faut ajouter que durant cette guerre d'Algérie est apparu dans le djebel un prophète, un soldat français déserteur, qui avant d'être tué par ses anciens camarades a fait de nombreux adeptes parmi les autochtones. Il y a bien d'autres choses encore dans cette riche brique.

Tout cela est vu à travers les yeux d'un antiquaire, spécialiste des vinyles anciens et lui même grand collectionneur. On apprend les faits saillants de l'Histoire dans cette réalité aux détours de longues considérations sur le rock et plus particulièrement sur le rock méditerranéen. J'espère que l'auteur, en fait je n'en doute pas, a pris beaucoup de plaisir à réinventer l'histoire de sa musique préférée. Le lecteur que je suis, a eu beaucoup moins de bonheur a déchiffrer les arcanes de cette aventure culturelle d'autant que je suis assez ignorant  de l'histoire de ce courant musicale dans le monde réel. Il est probable qu'en raison de cette méconnaissance, je n'ai pu que savourer très peu des clins d'oeil que Wagner, grand spécialiste dans le domaine, il est musicien lui-même : son groupe s’appelle Brain Damage, ce qu’on pourrait traduire en français par Lésion Cérébrale, n'a pas manquer de mettre dans son texte. J'ai tout de même percuté aux allusions à Radio Caroline (Qui se souvient de cette radio pirate qui émettait d'un bateau dans les années 60) et à Woodstock transplanté à... Biarritz!

D'ailleurs après plus de 350 pages, l'auteur nous avoue son plaisir, qu'heureusement il réussi en partie à nous faire partager, qu'il a eu à écrire le livre et en même temps ses idées sur le roman et les clés pour lire celui-ci. Il met cette confession dans la bouche d'Albert Camus (qui parle au narrateur du roman qu'il est en train d'écrire), il n'y a pas de mal à se faire du bien: << Quel est l'intérêt d'un roman? Et qu'est-ce qu'un roman, sinon une philosophie mise en images? (…) Je reconnais ce monde a été amusant à construire, bien qu'il soit pire que le nôtre. C'était un jeu très existant. Et une source de plaisir inédit pour moi. Mais ce monde n'est que le décor devant lequel se déploie la parabole, il n'est que l'arrière plan de la philosophie qui guide le livre. (…) C'est un livre sur une autre Algérie, mais pas seulement. En traitant d'autres possibilités, on relativise ce qui s'est réellement produit. Et de fait, on prend un recul supplémentaire.>>. Voilà un sage et pertinent mode d'emploi pour tous les lecteurs et auteurs d'uchronies.

Wagner ne se penche pas que sur le passé. Certains passages, à peine transposé, sont en prise directe sur notre actualité.

Notre auteur n'est donc pas féru que de musique. Il a une bonne connaissance de l'Histoire, vous me direz que c'est le minimum pour un écrivain qui se coltine à l'uchronie mais son savoir du monde arabe est remarquable, ce qui fait qu'il est même prophétique et éclairant sur ce qui se passe en ce moment en Egypte. En témoigne le passage suivant, dialogue de deux protagonistes passablement imbibés, mais néanmoins politiquement lucide, page 45 de l'ouvrage: << Pour les saoudiens c'est de toute manière mieux que l'Egypte soit dirigée par un parti religieux. Par principe, je dirais ou croyance. Et puis il y a le canal de Suez, "objet de toutes les convoitises. Un concept que les saoudiens n'ont jamais digéré, c'est le pan-arabisme.>> (à méditer)...

L'origine de Roland C. Wagner n'est pas étrangère à ce savoir. Il est né le 6 septembre 1960 à Bab El Oued encore à l'époque en Algérie française. Wagner n’est pas un pseudonyme : WAGNER est bien le nom hérité de son père, soldat allemand enrôlé par la Luftwaffe à 19 ans, baladé par les conflits mondiaux d’Indochine en Algérie, puis rapatrié en France comme les autres pieds-noirs en 1962, avec femme et enfant. Cette hérédité peu commune, dont il a doté son narrateur collectionneur de disques, fait que l'on sent que le livre est nourri de morceaux d'autobiographie, ce qui donne une émotion à la lecture, très rare dans ce type d'ouvrage. 

Question de style on voit bien que le livre a été écrit au fil de la plume qu'heureusement Wagner a facile. Autrement il n'aurait pas avant cet ouvrage, en trente ans de carrière, déjà publié une centaine de nouvelles et une cinquantaine de romans. On peut regretter  que Wagner travaille ainsi pour un livre dont on perçoit bien l'ambition derrière l'imagination débridée.

Pour dynamiser son récit et qu'il ne soit pas qu'une description d'un univers différent du notre, le romancier y instille une intrigue policière. De très méchant sont à la recherche d'un disque qu'ils croit que le narrateur possède. En fait lui aussi est en quête de la mystérieuse galette. Les affreux sont prêt à tout pour la récupérer. Pourquoi? Que révèle ce mystérieux disque pressé il y a plus de trente ans qui sème la mort?

Est-ce pour faire comprendre au lecteur étourdi que "Rêves de gloire" se place dans le sillage de Philip K. Dick, mais l'on peut penser que l'amateur de cet opus ne sera pas sans connaitre "Le maitre du haut château", que Roland C. Wagner fait dans la déconstruction du récit, procédé totalement antagoniste avec certains relâchements de l'écriture. Des voix anonymes, chacune intervient régulièrement dans le récit, nous introduisent progressivement dans cette autre histoire, mais cet anonymat ne les rend pas immédiatement reconnaissable. La lecture parvient tout de même à être fluide malgré à la fois cette coquetterie de construction, pourquoi multiplier les narrateurs, ce qui fait que parfois on ne sait pas immédiatement qui parle, d'autant que d'un fragment à l'autre, on peut changer d'époque; on ne parvient à entrer en empathie qu'avec le collectionneur de disque, visiblement l'alter égo de l'auteur. Il faut en plus ajouter des bizarreries gratuites de vocabulaire. Pourquoi appeler les hélicoptères des coléoptères!

J'aimerais bien savoir si Wagner a écrit les chapitres à la suite les uns des autres tels qu'ils se présentent dans le livre ou s'il a rédigé dans la continuité chaque fragment de son ouvrage se rapportant à un personnage et qu'il les a fragmenté et ensuite mélangé les morceaux d'intrique ainsi obtenus. Je penche pour la première solution, mais je m'interroge. Autre interrogation le romancier a t-il arpenté les rues de l'Alger d'aujourd'hui ou a t-il travaillé seulement d'après un vieux plan de la ville du temps de la colonisation, peut être les deux... Incidemment « Rêves de gloire » devrait séduire les vieux algérois qui retrouveront dans ce texte une topographie et le nom de rues qu'ils ont arpentées. Alger est un personnage à part entière du récit, un peu à la manière qu'est Barcelone pour les romans de Zafon. Roland C. Wagner a un autre point commun avec l'écrivain espagnol, sa diabolique habileté pour relancer l'intérêt du lecteur en fin de ses courts chapitres.

On subodore bien que les différents personnages qui hantent les différents morceaux ont bien entre eux un quelconque rapport et que comme dans tous les feuilletons, car il y a aussi du feuilleton dans « Rêves de gloire » les morceau du puzzle vont bien finir par s'imbriquer, mais pour apercevoir une ébauche du motif, il faut tout de même bien attendre les environs de la quatre centième page!

L'ennui avec un auteur érudit, c'est qu'il faut que le lecteur ne soit pas complètement ignorant, une bonne connaissance de l'Histoire est ainsi indispensable pour apprécier un roman uchronique. Dans le cas présent c'est l'Histoire de l'Algérie sur laquelle il est bon d'avoir des lumière. On apprend beaucoup de chose par exemple sur la guerre d'Algérie à condition de bien connaître son déroulement, d'autant que l'auteur a une liberté de propos très rare sur le sujet.

Philip K. Dick n'est pas la seule influence du livre, pour sa totale liberté et son gout pour une géopolitique échevelée on peut également penser à Norman Spinrad (que Roland C. Wagner a traduit), quand à la teneur des réflexions politiques et leur ton, il rappelle celui de Jean-Pierre Andrevon. 

Si les éditions de l'Atalante savent fabriquer de beaux objets, une fois encore, la maquette est très belle, je ne suis pas sûr qu'ils sachent éditer au sens plein du terme. Il me semble qu'un éditeur digne de ce nom aurait fait élaguer le manuscrit par son auteur, le livre fait 697 pages tout de même, et en particulier il lui aurait conseillé de garder qu'un seul narrateur et de faire intervenir le suspense policier plus tôt dans la narration.

Malgré les réserves que j'ai développées précédemment, pour l'époustouflante invention, la culture discrète mais immense et la plume alerte de son auteur ce livre d'une absolue originalité est à ne pas manquer. 

 

Rêves de gloire de Roland C. Wagner, aux éditions de L'Atalante

COMMENTAIRES LORS DE LA PREMÈRE ÉDITION DU BILLET

Un coléoptère n'a pas grand chose à voir avec un hélicoptère, voir ce lien :

http://www.avionslegendaires.net/snecma-c-450-coleoptere.php

Ceci explique peut-être cela.
COMMENTAIRE N°1 POSTÉ PAR GABU LE 06/06/2011 À 17H56
Merci pour cet article très éclairant, il me dit enfin ce que je voulais savoir sur ce livre (ce n'est pas faute d'avoir cherché)!
Bon, en même temps, il m'a encore moins donné envie de le lire, même si ce n'était pas son but, mais comme je ne connais absolument rien de l'histoire d'Algérie (je suis Belge, et c'est un épisode de l'histoire qui est tout simplement passé sous silence sur les bancs de l'école), ni de l'histoire du rock avant les années 80 (je suppose que de connaître les Beatles, les Pink Floyd, les Doors, les Rolling Stones et Bowie n'est pas suffisant pour comprendre la chose ^_^) et je ne suis pas vraiment attirée par ce sujet au départ, bien qu'aimant les uchronies. Du coup, je sens que je vais être perdue dans les aspects historiques et frustrée par les références que je ne comprendrais pas...

On verra si un jour je le lirai quand même, qui sait. Mais pas tout de suite en tout cas...
COMMENTAIRE N°2 POSTÉ PAR CACHOU LE 29/08/2011 À 08H48

réponse à Cachou

Je regrette de n'avoir pas pu vous entrainer à la lecture de ce livre rare. Et puis c'est toujours ce qu'il faut chercher d'être perdu et frustré dans les références d'un livre, je crois que c'est aussi comme cela qu'on apprend et en plus en se distrayant ah quelle belle chose que la lecture et être appelé par un gros livre lorsque l'on musarde dans une librairie, on ne voudrait pas l'acheter parce que ce n'est pas raisonnable, et puis d'un coup on le saisi brusquement comme si on le volait, on le serre contre soi et coure presque jusqu'à la caisse et on va se perdre dans ses fameuses références...  

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 29/08/2011 À 14H40
Ah, mais je l'ai déjà acheté, portée par sa réputation, puis quand je l'ai eu en main, j'ai réalisé le sujet, qui ne m'intéressait pas, le potentiel de frustration, et surtout l'agacement face à une myriade d'éloges qui m'ont semblé "un peu trop" même si apparemment amplement méritées (la tienne, déjà plus modérée, fait du bien à lire d'ailleurs).

J'aime à me perdre dans des livres, même si je ne maîtrise pas leur sujet, mais à condition que celui-ci me tente (astrophysique, pays asiatiques, etc.). Ici, c'est différent, parce qu'à la base, ce roman n'a rien pour me plaire, c'est juste sa réputation qui m'a intriguée. Mais j'ai un "mauvais feeling" à son sujet, du coup je vais attendre d'arrêter d'en entendre parler à tout va, de ne plus être dans la folie "RDG", d'autant plus que les deux précédents livres lus de l'auteur n'ont pas été des "révélations" en ce qui me concerne.

Mais c'est amusant, parce que dès que j'émets des doutes quand à mon envie de lire ce livre, la première réaction des gens, c'est d'essayer de me persuader de le faire. RDG rend prosélyte on dirait ;-p.
COMMENTAIRE N°3 POSTÉ PAR CACHOU LE 29/08/2011 À 14H51

C'est vrai que je me veux prosélyte en ce qui concerne ce livre qui est le premier que je lis de son auteur dont honte à moi je n'avais jamais entendu parler. Ce qui m'a attiré vers ce livre c'est que ce soit une uchronie sur la guerre d'Algérie et mon père ayant fait, un peu malgré lui d'ailleurs le putch des généraux félon cela devrait bien sûr me parler même si je n'ai pas du tout trouvé ce que j'attendais... 

RÉPONSE DE LESDIAGONALESDUTEMPS LE 29/08/2011 À 19H20

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Cahiers-décharge de Pascal Françaix

18 Juin 2025, 06:30am

 

 

Le plus gros défaut, il n’en a guère qu’un autre, du roman de Pascal Françaix est son impossibilité de le lire dans les transports en commun et tous lieux publics, à moins d’être doté d’un flegme estonien, tant vos voisins pourraient être alarmés de vous voir pouffer et pleurer de rire toutes les minutes. Pour ma part, pour dévorer le volume, j’ai choisi mon carré d’herbes et la seule compagnie de mes chats. Ébaudissements que provoquent à la fois les péripéties et le style de l’ouvrage.

Commençons par son argument… même si dans le cas présent la manière prend le pas sur l’action ce qui ne veut pas dire que celle-ci ne vous tiendra pas en haleine jusqu’à la fin. LesCahiers-Décharge sont ceux dans lesquels Philippe, au milieu de la trentaine alcoolisée, nous narre, à la première personne, pour se soulager des avanies qui l’accablent et elles ne seront pas minces durant les 380 pages du récit.

Même avant l’avalanche de calamités qui s’abattent sur sa tête, la situation du héros n’était déjà guère enviable. Pour subsister Philippe écrit des romans pornographiques qu’il doit livrer à raison d’un par mois, à son éditeur, un dénommé Morbac, aussi crampon que son nom le laisse supposer. Cette activité lui permet de travailler à son domicile, ce qui semble indispensable puisqu’il doit s’occuper de sa mère grabataire et muette depuis cinq ans, date de l’accident qui a tué son mari et l’a transformé en légume. Les deux seules distractions de notre narrateur sont de s’imbiber dans son bistrot préféré et de martyriser sa mère pour la punir de lui avoir fait vivre une enfance trop heureuse, ce qui ne l’a pas suffisamment endurci pour pouvoir vivre sa chienne de vie. Cette morne vie va tout à coup s’accélérer lorsque, par le plus grand des hasards, Philippe va faire la connaissance de Rachid, un jeune beur en délicatesse avec un gang de néo-nazis locaux. Le jeune homme va immédiatement tomber amoureux de Philippe, pourtant raciste et homophobe : « Comment j’avais pas pu deviner. Peut-être à cause qu’il est arabe ? Être en même temps crouye et tapette, raton et castor à la fois, ça me paraissait trop poussé – trop malchanceux pour être vrai... »

Mise ainsi à plat, on mesure la performance de Pascal Françaix d’avoir rendu cette histoire hilarante dont le héros n’est pas sympathique.

Et cela grâce à un style qui m’a totalement surpris par le décalage qui existe entre celui-ci et le ton des proses blogueuses de l’auteur (sous le pseudonyme de BBJane Huson). Ce ton, cette manière ont ravivé dans ma cervelle oublieuse toute une bibliothèque. Au premier abord, j’eus l’impression de continuer ma visite chez les pasticheurs, puisque je lisais en parallèle de ceCahiers-DéchargeLes Morot-Chandonneur de Philippe Jullian et Bernard Minoret, qui feront l’objet d’un prochain billet et qui eux-mêmes m’auront fait revisiter des maîtres dans le domaine que sont Reboux et Muller, sans oublier Jean-Louis Curtis. J’eus donc le sentiment avec le début de Cahiers-Décharge de lire un pastiche de Céline et plus particulièrement de Mort à crédit et des Beaux draps. Je m’en réjouissais d’autant que les vaillants auteurs précités n’étaient pas aller voir du côté de l’ermite de Meudon, mais aussi, je dois dire que la longueur de l’exercice m’inquiétait quelque peu, le pastiche étant généralement une nouvelle et pas un gros roman de plus de trois cents pages...

Heureusement, très vite, à la voix de Céline s’ajoute celle de Jean-Pierre Martinet dont le Jérôme par son alcoolisme et ses relations avec sa mère est un cousin de notre Philippe. Ce personnage n’est pas pour rien dans l’esclaffage continu que provoque ce roman, pessimiste misanthrope à faire paraître comme de joyeux rousseauistes le Ferdinand de Mort à crédit et l’Ignatius de La Conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole… que l’on en juge : « J’ai jamais rien su intégrer – aucun groupe d’aucune race. On est tout seul sa propre race, la seule, l’unique qui vaille ! Tout autrui est rascaille ! Au bûcher nos prochains ! Au fagot ! À la destripade ! Moi je ne me suis jamais reconnu de semblables ! “Les miens” me sont pas moins étrangers que les autres – On n’a pas de frères en ce monde, on est tous fils et filles uniques, bâtards orphelins dans la merde... » Si le Philippe déteste les arabes, les gros bras d’extrême droite, les homos, les belges, sa famille, et les gens du peuple de son rade favori, c’est uniquement parce qu’il les croise. Il rencontrerait des juifs, des aristocrates, ou des italiens ce serait tout pareil. C’est l’humanité toute entière qu’il vomit. Cette haine du bipède n’est pas comme chez un Léautaud compensée par un amour des animaux, curieusement aucune bestiole dans l’univers deCahiers-Décharge.

L’alcoolisme est une constante du livre, ce qui nous vaut quelques portraits savoureux de piliers de bistrots : « Yvres, lui c’est l’aimable tututeur, ennemi des tintouins. Un biberonneur flegmatique, toujours tiré à quatre épingles. Un mister Beam neurasthénique au regard en trou de pine. Il a rien contre les basanés – rien contre personne, pour tout dire, depuis qu’il a plus rien pour lui. Il sirote en indifférent à son coin de comptoir, un pied sur la rampe en laiton pour affermir son équilibre, tel un funambule hydropathe en arrêt sur son fil, perdu dans sa berlure, trois cents mètres au-dessus du commun des rampants. »

La misanthropie affichée de Philippe, énorme, laisse entrevoir par quelques interstices, le portrait d’un rebelle sensible, généreux et blessé, qui en définitive s’aime peu.

Le récit nous étant conté à la première personne, naïvement dans cette configuration romanesque, on a toujours la tentation, même si l’on s’en défend, de faire un amalgame entre l’auteur et son personnage disant « je ». Il reste à espérer pour l’écrivain, dont je n’ai lu aucun autre ouvrage, qu’il soit le plus éloigné possible de Philippe. À ce sujet on ne peut qu’en rester aux supputations, Françaix n’ayant pas décrit physiquement son héros, ce qui me parait être une rare faiblesse de Cahiers-Décharge, il n’y a même aucune allusion ni à son aspect pas plus qu’à sa vêture, ce que je trouve dommage, le psychomorphisme n’étant pas que légende. On peut me rétorquer que Céline n’a pas non plus dépeint son Bardamu, mais depuis le génial Tardi s’est chargé de lui donner des traits... À cette démarche je préfère celle d’Alphonse Boudard, autre parentèle de Françaix, avec Simonin, A.D.G., Apruz, Paraz... qui me parait évidente, qui a tracé la silhouette de son Alphonse, il est vrai que c’était la sienne...

Philippe est comme Ignatus resté au fond un grand enfant, mais presque tous les personnages de ce livre semblent immatures. Philippe, aux goûts cinématographiques exclusifs et récessifs pour les films de série Z, en a d’ailleurs conscience et il essaye de combattre cet état, par exemple en refusant une chasse au snark, jeu qu’il partageait lorsqu’il était collégien avec son meilleur copain Gautier. À ce propos, on peut regretter que les relations entre les deux hommes n’aient pas été plus fouillées. Les pages qui leur sont consacrées sont les plus émouvantes et poétiques. Comme si, dans celles-ci, libéré de son extraordinaire faconde volubile, Philippe s’évadait de la prison qu’est son langage argotique, qui parfois par son systématisme étouffe son être profond, pour laisser parler enfin son cœur.

Le récit dans sa forme est, comme chez Céline, un combat constant entre le naturalisme et le délirant.

Le plaisir principal que le lecteur retire de Cahiers-Décharge est nourri par une invention langagière constante qui d’ellipses en néologismes donne, chez Françaix, comme chez Céline, une profondeur au texte due à l’équivoque, au flou, à l’imagé, au double sens (à commencer par celui du titre). Pourtant jamais les tournures inusitées obscurcissent la lecture.

Mais le roman est bien autre chose encore, comme le portrait sans fard et sans illusion d’une France d’en bas provinciale, en l’occurrence celle de Cambrai, où se mêlent beurs minables trafiquants des cités, bas du front piétaille d’un borgne, et alcooliques de père en fils (ce ne sont plus les chtis roses bonbon!)...

Philippe n’est pas un imprécateur comme le Bardamu célinien ou un anarchiste de droite comme le double d’Alphonse Boudard. Il n’en appelle pas non plus au ciel et aux hommes, comme le fait parfois Paraz, pour être témoin de sa mouise. Non, c’est un fataliste, un passif, qui ne va pas vers les coups dans des engagements ou des aventures risquées mais qui les reçoit parce qu’il est au mauvais endroit au mauvais moment. S’il déteste les arabes, il exècre tout autant leurs persécuteurs : « Les FF,... le sens des initiales... Pas les Faibles Félouzes... ni les Fignons Farcis... les Frileux Fribourgeois ? peut-être les Foireux Frangins ?... Fous furieux ?... Fières Fripouilles ?... les Fachos Frappadingues ?... On brûle !... – Force de Frappe ! C’est ça le sens du sigle ! Un sombre groupuscule de malfreux malabars, haineux, toccards, agités du caisson (...) des crânes-derges ! Milichiens de garde ! Svastiké à la mord mein-kampf ! (...) un tas de tronches plates, d’abrutis pochtronneux zonards atrophiés du bulbe et schmectant du goulot... »

C’est aussi un recueil de morceaux de bravoure comme cette description du rayon gadgets d’un sex-shop : « ... Des sortes de joujoux pataphysiques. Qu’on s’interroge duraille s’y sont fait pour servir, et comment ? et à quoi ? – pour donner quels frissons ? apaiser quelle fièvre ?... Ou si c’est pas des fois des éléments décoratifs – bibelots bizarroïdes ?... On peut pas dire. Ça rend perplexe. On sait pas du tout quoi en penser. On doit pas être assez pervers. Doit falloir une tournure d’esprit tout à fait tortueuse pour résoudre l’énigme de ces schmilblicks. Sûrement qu’on est trop niais... » ou encore la description d’un gogo boy : « Quand l’autre tombe le string, c’est le nirvana des délires. La frénésie des vocalises. À faire péter tous les cristals à dix kilomètres à la ronde... Faut, le petit pâtre, il est outillé colossal ! Pesamment burné et nanti d’un de ces chibraques ! Déjà rien qu’au repos, c’était racornissant à voir ! Fallait pas songer en action ! Aux heures de pointe son siffredi devait lui faire hausser le menton ! »

On trouve aussi quelques sentences définitives qui ne sont peut-être pas de mauvais viatiques tel : « Ça compte un peu la première pipe ! Quand on s’est fait bouffer l’aspic, on n’avale plus de couleuvres. Les lèvres des amantes désamorcent l’amour des mères. »

Le souci du style est constant chez Françaix. Avec les extraits qui parsèment cet article, le célinien aura reconnu sans mal les recettes savoureuses du maître, phrases en apposition, souvent sans verbe, prolifération des trois points et des points d’exclamation, répétitions, pratique constante de néologismes accolés presque toujours avec des termes argotiques souvent désuets ou des termes savants et techniques, interpellations du lecteur... Françaix nous informe lui-même sur sa cuisine (même si dans les lignes qui suivent il décrit la pratique romanesque de son héros qui n’est pas la même que celle de son géniteur. Il fait même l’inverse) : « Mes lecteurs (...) ne lisent pas seulement d’une main : aussi que d’un œil ! ils vont vite ! ils tracent ! ils ont hâte ! ils se ruent au passage croustillant ! il leur faut du limpide, clair net et précis ! Du style coulant qu’on glisse à la surface... Si tu les paumes en tarabiscotages, c’est terminé : ils banderont plus. Ils ont beau tous être tordus, pervers déviés jusqu’à la moelle : ils sont rigides en orthographe, pudibonds en grammaire. Ils tiennent au bon ordre des phrases. Sujet-verbe-complément. Pipe-enfilage-orgasme. C’est leur structure de base, faut pas en décarrer. Si t’inaugures dans les tournures, si tu leur déplaces une virgule, ils vont paniquer complètement, s’emmêler les pédales. Ils sauront plus différencier un joufflu d’une cramouille. »

Deux choses curieuses à propos des livres et de l’orthographe, si le héros est écrivain, un scribe particulier certes, nulle trace dans son paysage de livres et pas plus d’allusions littéraires mise à part celle à Lewis Carroll et pourquoi orthographier maman, mamman avec deux m ?

Ce qui empêche Cahiers-Décharge d’accéder au rang des chefs-d’œuvre est sa fin dans laquelle le précaire équilibre que Françaix avait réussi à maintenir jusque là, entre le naturalisme et le délirant, est rompu au profit malheureusement de ce dernier. Le final a, à la fois, un côté Sade chez les Bidochon et petit malin post moderne avec sa pirouette du texte dans le texte. Cette extravagance précieuse gâche un peu l’excellente impression qu’avait donné jusque là l’ouvrage. Il me semble que Cahiers-Décharge est, malgré, ou à cause, du talent de son auteur, encore un de ces livres non édités au sens anglo-saxon du terme. Cette vacance des éditeurs est l’un des maux principaux dont souffrent les lettres françaises. Peut-être faudrait-il se mettre aux pratiques anglo-saxonnes avec leurs agents littéraires pour remédier à ces carences. Je ne ferais pas non plus de compliments aux éditions Baleine, chez qui on doit pouvoir commander cet indispensable ouvrage, pour leur maquette particulièrement laide.

Il n’en reste pas moins que la lecture de Cahiers-Décharge est à recommander à tous les amoureux de la langue. Il est en plus un médicament insurpassable contre la morosité.

 

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