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Biographie et contre biographie de Georges Pérec

10 Septembre 2025, 06:37am

Biographie et contre biographie de Georges Pérec

 

Les biographes n'ont pas de chance. L'auto-fiction rend leur discipline en partie caduque. En fait ils doivent surtout aujourd'hui traquer les mensonges que leur sujet d'étude a cultivé sur son existence. Les champions toutes catégories en la matière sont Céline et Malraux; Montherlant se défend pas mal non plus dans l'exercice. Mais qui consciemment ou inconsciemment qui n'arrange pas sa propre vie. Pourquoi en serait-il autrement de Pérec? Ce que curieusement ne cesse de fustiger Bellos dans la biographie qu'il consacre à l'auteur de « La vie mode d'emploi ». La traque du mensonge de son objet sur son existence est l'obsession de notre biographe.

Je l'ai déjà écrit, mais en l'occasion, il ne me semble pas inutile de le répéter, il est indispensable que le biographe d'un écrivain soit un admirateur au moins de l'oeuvre de son sujet et, si possible, dans une certaine mesure de sa personne dont il fouille la vie. C'est presque toujours cette admiration qui déclenche le désir d'écrire une biographie. Mais comme nous le verrons plus loin admiration ne rime pas toujours avec compréhension. Mais l'admiration pour l'oeuvre, si elle est nécessaire ne me paraît pas suffisante. Il faut également que le biographe entre en empathie avec l'homme dont il a fait son objet d'étude; ce n'est visiblement pas le cas avec Bellos. Pour ce dernier, il s'est sans doute passé la chose suivante, admirateur des romans de Pérec, et en particulier de « La vie mode d'emploi » sur lequel néanmoins il se trompe, il est l'un de ses traducteurs en anglais, Bellos au cours de ses recherches, qui paraissent presque exhaustives, a fait la connaissance avec l'homme Pérec (les deux hommes ne se sont jamais physiquement rencontrés), et l'homme a probablement déçu son biographe; dans ces conditions était il raisonnable pour Bellos de persister dans l'écriture de sa biographie? Un exemple de ce que parfois on ressent comme une répugnance, l'insistance de Bellos sur la laideur de Pérec et son aspect négligé. Certes l'auteur de « Je me souviens » n'était pas l'apollon du Belvédère (quand est il de monsieur Bellos?) mais jeune il était loin d'être affreux comme en témoigne le cahier photos au milieu du volume. Il faut cependant rentre hommage à Bellos d'avoir parler du physique de son sujet, ce qui est curieusement rare dans les biographies. Ainsi une fois refermé des pavés de 800 pages sur une personne, parfois on ne sait toujours rien de ses mensurations ni de son aspect physique, éléments qui ne sont pourtant pas sans conséquence dans la destiné d'un homme.

Cette défiance envers son sujet a choqué un certain nombre des proches de Pérec qui se sont fendus d'un livre, « Antibiotiques » pour rectifier celui de Bellos. Ce qui est peut-être un cas unique dans l'Histoire littéraire. Mais cet « Antibiotique » dont la lecture est fort utile, plus pour compléter l'étude de Bellos que pour véritablement la rectifier, est-il tout à fait sans arrières pensées un peu moins noble que celle de réhabiliter leur ami? Ce n'est pas sûr. Cet ouvrage apporte parfois un autre éclairage sur la vie de Pérec et surtout précise souvent plus qu'il ne contredit les affirmations de Bellos. Surtout il met en lumière la difficulté du travail de biographe et pose implicitement cette question: le biographe a-t-il le droit de faire des suppositions pour remplir les blancs d'une vie. Il me semble qu'une des erreurs de Bellos a été de faire passer ses hypothèses pour des affirmations. Certaines contributions à Antibiotiques sont singulièrement acrimonieuses en particulier celle de Bianca Lamblin, cousine de Pérec. Les remarques de cette dernière sont souvent très représentatives de l'image de courage sinon de résistance que veulent donner les juifs d'eux même et en particulier de leurs agissements durant la période de l'occupation; à contrario Bellos subliminalement reproche aux juifs leur « passivité », point de vue typiquement anglo-saxon, de « l'extérieur » forcément de l'extérieur car chance pour eux ni l'Angleterre, ni les Etats-Unis ont connu l'occupation nazi. Les juifs de ces contrées peuvent ainsi s'imaginer, à peu de frais, plus courageux que leurs coreligionnaires européens. Il y a un autre point de friction entre Bellos et Bianca Lamblin sur le vécu de la judéité autant le premier est sioniste, ce qui transparait dans tout le livre, alors que la seconde est clairement assimiliationniste comme l'était Pérec. En outre Bianca Lamblin reproche à Bellos de faire des hypothèses, mais sans hypothèses, il n'y a quasiment pas de biographie possible. Ce qui est amusant c'est que Bianca Lamblin ne se prive pas d'en faire et si elles ne sont pas inintéressantes , elles sont moins en contradiction avec celles du biographe qu'elle ne le dit.

L'importance de l'influence de la judéité de Pérec sur son oeuvre me semble très surévaluée dans le travail de Bellos. Lorsque j'ai lu par exemple « Les choses » ou « La vie mode d'emploie », pour la première fois, j'ignorais que leur auteur était juif et rien dans ma lecture me l'avait laissé deviner pas plus pour « Je me souviens ». Bien sûr ce n'est pas exact pour tous les écrits de Pérec, mais il est évident que pour ceux que l'on reconnaît comme les plus importants aujourd'hui, la judéité de leur auteur n'est pas évidente et ne me paraît pas une grille de lecture judicieuse.

Il reste que Bellos a fait un travail très sérieux et n'a pas ménagé sa peine. Ecrivant son livre peu après la mort de Pérec, il a interrogé toutes ses connaissances. Il prend soin à la fin de chaque chapitre de noter ses sources néanmoins dans le cours du chapitre, on ne connait pas la personne précise qui lui a fourni les informations. On comprend mal alors certaines erreurs grossières comme celle de se tromper d'un mois sur la date de la rafle du Vel d'hiv. L'ouvrage n'a malheureusement pas été relu (ou mal) avant d'être publié. Le sérieux du travail de recherche est aussi en partie gâché par le désir de faire entrer le moindre fait et geste de Pérec dans deux aprioris du biographe d'abord celui que Pérec a sciemment menti sur certains faits de sa vie et en particulier sur son enfance (Bellos est victime d'une paranoïa fréquente chez le biographe, celle que son sujet à brouillé les pistes exprès pour l'embêter!) et surtout sur le sentiment de culpabilité. Pérec se serait senti coupable de la mort prématurée de ses parents; son père est mort en combattant en 1940 et sa mère dans un camp d'extermination. Ces deux obsessions de Bellos, indiscernables dans l'oeuvre de Pérec, gauchit gravement son travail.

Il est très intéressant que Bellos ne soit pas français et qu'en même temps il connaisse bien la société française contemporaine ce qui ne va pas néanmoins sans quelques erreurs et approximations sur la dite société. Cette extériorité lui donne une ouverture d'esprit que n'aurait sans doute pas eu un biographe français. Par exemple à propos de l'exfiltration de Pérec, âgé de 5 ans, du Paris occupé vers les Alpes; sans doute que le lecteur français de ce début du XXI ème siècle, tout enduit de moraline et de bien « pensance » sera dérangé lorsqu'il lira sous la plume du biographe que << la transition fut brutale entre la crasse de Belleville et un Vercors si vert et blanc.>>. Et pourtant cela ne reflète que la réalité de ce qu'était le Belleville d'avant la rénovation, un endroit, certes si pittoresque sur les photos de Willy Ronis, mais parfaitement insalubre. D'ailleurs la maison dans laquelle Georges Pérec passa ses premières années fut détruite pour cette raison. On peut penser qu'une certaine franchise de Bellos est une des raisons de l'animosité à son égard d'une partie de la critique ainsi que d'une fraction des personnes de l'entourage de Pérec. Quand Bellos suggère qu'en France les familles juives aisées ont eu moins à déplorer de pertes dans les camps d'extermination que leurs homologues moins fortunées de Belleville, on comprend bien qu'une telle interrogation, pourtant intéressante, soit gênante. De même quand il envisage que le jeune Pérec, du fait de sa judéité, bénéficiait d'une ouverture sur le monde en raison de la dispersion de sa famille en plusieurs endroits du globe, ce que n'avait pas ses camarades de classe; ceci est pourtant une évidence qui explique pour beaucoup encore aujourd'hui l'avantage qu'on de nombreux jeunes juifs du fait de cette particularité par rapport aux autres jeunes de leur classe d'âge mais il est fort à parier que cette réalité ne soit pas encore très bonne à dire... Il me semble que beaucoup de critiques de Bellos aient confondu naïveté et absence de tabous. En revanche ils ne l'épinglèrent peut être pas assez sur quelques affirmations qui sentent leurs préjugés de classe et d'époque comme dans cette phrase: << Comment se forger une identité sans avoir recours aux images de la littérature. >>. Il est a craindre que si ce qu'écrit benoitement Bellos était vrai beaucoup de jeunes français aient aujourd'hui aucune identité... Mais après tout c'est peut être le cas.

Le fait que Bellos soit anglais, à ce propos j'étais persuadé qu'il était américain, avant de lire tardivement le quatrième de couverture, tant certains défauts de cette biographie sont typiquement américains en particulier le traitement de la sexualité de Pérec qui est vu par le prisme d'un puritanisme propre à quelques universitaires d'outre Atlantique. Cet excessive pudeur sur les questions du sexe, fait que l'on apprend, presque en contrebande, que Pérec s'est séparé de sa femme. On ne saura rien non plus des raisons pour lesquelles il doit quitter le moulin d'Andé, la thébaïde qui lui servait de refuge pour son travail littéraire. Le puritanisme de l'auteur s'étend à la bouteille. Bellos ne manque jamais une occasion de fustiger Pérec à chaque fois qu'il boit un coup de trop; pourtant l'auteur de « La vie mode d'emploi » est loin d'être un pochard, qu'aurait écrit notre abstinent s'il avait du rédiger la biographie d'un Hemingway, d'un Faulkner ou d'un Verlaine... Le puritanisme chez notre auteur psycho rigide s'étend aux rapports à l'argent, incapable d'ambivalence, il ne comprend pas l'attitude de Pérec qui avait un certain mépris de l'argent et dans le même temps avait envie d'objets de luxe. Les jugement tout d'un bloc de Bellos fait qu'il ne comprend pas du tout les rapports de Pérec avec son tuteur qu'il aimait tout en s'opposant à lui, notamment durant son adolescence, ce qui est pourtant d'une grande banalité.

En général les biographes des écrivains nous disent que ces derniers furent de grands lecteurs mais généralement omettent de lister les livres qu'ils ont lus et ceci à quelle date et dans quelles condition. Bellos fait (très partiellement) exception à la règle et c'est une très bonne chose, mais pour avoir plus de précision sur ce sujet, il est très utile de lire la correspondance de Pérec avec son ami Ledérer. Ainsi mon narcissisme est comblé quand je m'aperçois que j'avais des lectures communes avec le jeune Pérec: « Mystère magazine », « Galaxy », « Hitchcock magazine », « Le cristal qui songe »... Le biographe est un bon connaisseur de la littérature française de l'après guerre, ainsi il situe bien l'oeuvre de Pérec dans l'ensemble de la production romanesque de l'époque; ce qui n'exclut pas quelques bizarreries, comme de nous parler à propos des hussards d'un certain Weber, inconnu au bataillon. Si Bellos ne semble pas toujours éprouver une grande sympathie pour son modèle en revanche il paraît être totalement sur la même longueur d'ondes que Pérec en ce qui concerne le roman français du XX ème siècle.

La proximité chronologique d'une biographie par rapport au modèle est grandement bénéfique pour l'étude de la vie privée de celui-ci (Bellos a rencontré tous les proches de l'écrivain car beaucoup de ceux qui l'avaient connu étaient encore vivant au moment de l'écriture de cette biographie) en revanche, elle peut être contre productive en ce qui concerne l'analyse de l'oeuvre. Pour « Les choses » par exemple Bellos insiste beaucoup sur l'influence de Flaubert sur le roman et aussi sur son aspect critique de la société de consommation, certes, mais aujourd'hui « Les choses » nous apparaît comme le livre emblématique des trente glorieuses, inséparables des couvertures bordées d'orange de « l'Express » de J.J.S.S. L'aspect critique s'est dilué dans la nostalgie pour cette époque qui paraît d'autant plus belle aujourd'hui à beaucoup qu'il ne l'ont pas connue. Je vois une curieuse parenté « des choses » avec « Les mandarins » de Simone de Beauvoir, cousinage qui semble avoir été relevé par personne... Comme tout biographe, Bellos s'ingénie à relever dans les oeuvres de son modèle toutes les traces autobiographiques. Pourquoi tous les biographes veulent-ils absolument nous persuader que le moindre écrit de leur sujet ne peut être qu'une transposition à peine maquillée du vécu ou à l'extrême rigueur de celui d'un proche? Cette quête obsessionnelle amène le biographe, par la force des choses, à faire une lecture naturaliste des romans de l'auteur dont il ausculte l'oeuvre et la vie. Ainsi Bellos s'étonne que le soir, les habitants de l'immeuble de la « Vie mode d'emploi » ne soient pas devant leur télévision; c'est confondre la date de parution du roman, 1975, avec celle des actions qui s'y déploient. Nous sommes dans le roman de Pérec, plus dans une France vaguement intemporelle, un peu celle de Marcel Aymé, que l'on pourrait situer, disons au début des années trente, que dans la France de Giscard.

Autre défaut des biographes et en cela Bellos est exemplaire, le désir de trouver une explication rationnelle à tout et surtout de rendre la vie de leur modèle la plus linéaire possible, ce qui est toujours absurde et plus particulièrement avec Pérec, vie dans laquelle le hasard et les contingences extérieures furent cruciales pour sa destiné...

Pour en rester aux généralités en matière de biographies, il est regrettable que messieurs les biographes étendent rarement leur curiosité au delà du sujet de leur étude, au mieux ils s'intéressent à l'Histoire, ce qui paraît être un minimum, mais pour le reste... Ainsi notre anglais de Bellos n'ayant peu de lumières en matière de courses cyclistes, confond Liège-Bastogne-Liège avec Paris-Roubaix! Pas plus éclairé dans le domaine musical il n'hésite pas à parler de pop musique en... 1954! On est parfois un peu éberlué par le péremptoire des affirmations et jugement du biographe comme: << Les romans joliment ironiques d'André Gide>>. Bellos hésite rarement a asséner des phrases aussi définitives que dénuées de fondement telle celle-ci:<<Georges Pérec devint écrivain pour lui même par choix et pour les autres par ténacité.>>. Ce genre d'affirmation assez gratuite est vertement épinglée dans « Antibiotique ».

Si vous vous intéressez à Pérec la lecture des deux ouvrages est indispensable mais il est conseillé pendant l'exercice de ne pas oublier son esprit critique.

 

Commentaires lors de la première parution du billet:

 

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Je ne voulais pas être moi de Claude Arnaud

6 Septembre 2025, 07:42am

Je ne voulais pas être moi de Claude Arnaud

 

Je suis reconnaissant à Claude Arnaud de nous avoir donné de ses nouvelles par le biais de « Je ne voulais pas être moi », même si ces dernières nouvelles sont moins gays et gais que dans ces deux précédentes missives. L'écriture de ce troisième tome, de ce que l'on pourrait appeler des mémoires, certes des mémoires d'un caméléon, mais des mémoires tout de même, est toujours aussi fluide et précise. On n'y retrouve moins qu'auparavant les échos d'une époque mais c'est parce que les années 90 sont moins riches que les deux décennies qui les ont précédées et que surtout le narrateur s'y sent comme un exilé. Et puis la quarantaine venant vis à vis des garçons qu'il désire et rêve d'aimer pour le plus longtemps possible bien qu'il les trouve vite trop différents de ceux qu'il a aimé jadis, il n'incarne plus un objet de désir pour ces jeunes gens formatés et pressés: << Le moule d'où sortait les garçons qu'à vingt ans je désirais s'est brisé en emportant mes ressorts érotiques: Je ne retrouverais plus jamais les bouches pulpeuses, les chevelures abondantes et les regards insolents qui m'électrisaient chez les héros du Satyricon fellinien. Les professionnel du muscle et les androïdes huilés du XXI ème siècle approchant ne me disaient pas plus que les chauves mutiques dont chaque tendon fait valoir le travail de la fonte. Ségrégué pour raison d'âge, j'invective l'uniformité de ces corps usinés (…) La dernière bizarrerie de ce monde est d'avoir encore besoin d'un ghetto pour s'épanouir, de reproduire le cadre de son exclusion passée pour entretenir le fantôme de sa singularité.>>. Rarement on aura aussi bien décrit l'exil intérieur que vivent aujourd'hui les homosexuels qui ont eu 20 ans dans les années 70.

La perte du désir qu'il ne voit plus dans le désir de l'autre, la mort de son frère qui n'a pu se résoudre à son in-adaptabilité envers la trivialité du quotidien (portrait juste et terrible de beaucoup d'hommes qui aiment les jeunes adolescents et ne voit pas d'issus à leur vie), le décès de son père, sont autant de causes de la dépression dans laquelle tombe le narrateur (dans quelle mesure le narrateur est Claude Arnaud, quelle est l'importance du pas de coté de l'histoire qui nous est racontée par rapport à la réalité?). Qui l'eut cru mais le narrateur a toujours décidément un avatar inattendu qui surgit, c'est une femme et une ile, Haiti qui vont le tirer du marasme.

La découverte d'un nouveau pays fait d'Arnaud un très bel écrivain géographe. L'amoureux des hommes est surprit la quarantaine venu de découvrir l'hétérosexualité sans rien renier de ses gouts passé. S'il juge les année 90 avec sévérité, il n'idéalise pas pour autant mai 68 et ses prolongements. Claude Arnaud est sans remord ni regret seulement lucide et irrémédiablement blessé par ses deuils, mais ses blessures ne sont plus mortelles. En une phrase il résume ses drames et sa chance: << De l'inceste latent qui travailla notre fratrie, l'homosexualité m'avait semblé la perpétuation la moins trompeuse, à l'âge adulte. Quand je n'ai plus mérité l'amour des hommes, je me suis retourné vers cette forme antérieure d'affection qu'incarnait ma mère.>>. 

Claude Arnaud quelques fois avec emphase souvent d'une manière elliptique, toujours avec coeur nous raconte dans un style fluide les méandres de son existence. Pour reprendre le beau titre du roman de Constantin-weyer qu'on ne doit plus beaucoup lire « Un homme se penche sur son passé », Je ne voulais pas être moi » est un peu « Un homme se penche sur son passé » nomenclaturant avec émotion ses vies multiples...

 

Commentaires lors de la première édition de ce billet:

 

 

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Retour à Brideshead d'Evelyn Waugh

5 Septembre 2025, 06:33am

Retour à Brideshead d'Evelyn Waugh (réédition complétée)

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mon volume présenté par mes Aloysius à moi

 

Il y a des livres mères à la façon des mères vinaigrières que l'on entretient précieusement pour qu'elles nous fournissent un vinaigre de vin maison et de qualité; pour cela mieux vaut la nourrir de bons crus plutôt que de piquettes. Il est difficilement contestable que nombre de romanciers britanniques ont versé leur talent, plus ou moins grand, sur « la mère » qu'est « Retour à Brideshead » (prononcer brailledzhède) d'Evelyn Waugh (1903-1966) pour produire leur roman. Je n'en citerais que deux (en raison de ma mémoire défaillante et de ma culture bien limitée en ce qui concerne les lettres anglaises modernes et contemporaines), récemment commentés sur ce même blog. Je veux parler de Graveney hall de Linda Newberyet L'enfant de l'étranger d'Alan Hollinghurst. Je ne condamne pas d'emblée cette forte influence, pour ne pas dire plus, sur certaines oeuvres, surtout lorsqu'elles sont supérieures à leur modèle. C'est le cas de L'enfant de l'étranger d'Alan Hollinghurst dont la construction par exemple est très supérieur avec le romande Waugh.

Tous ces livres ont de nombreux points communs; tout d'abord celui d'être plus ou moins centrés sur l'histoire d'amour entre deux jeunes hommes, d'avoir pour protagonistes des membres de la gentry anglaise et surtout d'être hantés par la présence d'une vaste demeure. On peut remarquer que les vénérables logis ont une grande importance dans la littérature anglaise que l'on pense par exemple à la saga des Forsyte de Galsworthydont un des tomes s'appelle « Le propriétaire »...

 

Il est également intéressant de noter que la posture du narrateur par rapport à la famille Flyte est assez comparable à celle d'un des personnages de « L'enfant de l'étranger », Paul Bryanvis à vis de la famille Valance et à celle du héros deLa ligne de beauté du même Alan Hollinghurst avec la famille qui l'accueille. Posture pas si éloignée de celle du narrateur dans "La recherche". D'ailleurs un des personnages du roman, l'efféminé et extravagant, Anthony compagnon d'étude et surtout de plaisir de Charles et Sebastian à Oxford, n'est pas sans rappeler Charlus (qui est cité par un autre protagoniste de l'histoire).Cet Anthony est ouvertement homosexuel. Il se révèlera le seul personnage lucide et vraiment sincère. On le suit lui aussi à travers les années . Cest le seul qui ne change pas vraiment et qui reste fidèle à lui-même. Il y a néanmoins de la part de Waught dans ce personnage, pourtant très réussi, une incohérence d'écriture qui le rend un peu improbable. Pendant toute la partie qui se déroule à Oxford on peut supposer, par les réaction des autres étudiants envers lui et les aventures cosmopolites véritables ou fantasmé qu'il est juif et puis bien des années après, lors d'une soirée (excellemment décrite) dans un bar interlope fréquenté par des gigolos et leurs michetons, Anthony se présente à Charles comme un métis d'indien, ce qui ruine l'image que l'on c'était faite jusque là de ce protagoniste.

 

Le point de départ du livre est le remémoration des souvenirs de Charles Ryder, 39 ans qui se souviens de sa jeunesse et de son amour pour Sebastien Flyte, lorsque le hasard de la guerre fait qu'il se retrouve en cantonnement, nous sommes en 1943 ou 44 et Ryder et ses camarades s'apprètent probablement à participer au débarquement en Normandie, même si ce n'est pas clairement précisé, aux abords de Brideshead le chateau de la famille deson ami, propriété qui l'avait ébloui lorsqu'il l'avait découverte en compagnie de Sebastian.

Même si le narrateur est Charles, les personnages les plus saillants de ce roman sont les membres de la famille Marchmain (Marchmain est le nom du lieu où est érigé le château, leur nom de famille est Flyte): les deux soeurs, Julia et Cordelia, les deux frères Sebastian et Bridey et leurs deux parents.

Sebastian est au centre de la narration, même s'il n'est plus présent après la première moitié du récit (ce qui fait que je préfère le début du livre lorsque Sebastian et Charles découvre la liberté d'exister dans l'ambiance bien particulière des collèges d'Oxford). Sebastian nous est décrit ainsi à la page 59: << Il était magnifiquement beau, de cette beauté épicène qui, dans l'extrême jeunesse, appelle à voix haute l'amour et se flétrit à la première bise (...) Je connaissais Sebastian de vue bien avant de le rencontrer. C’était inévitable car, dès la première semaine de son séjour, il apparut comme l’homme le plus remarquable de son année, en raison de sa beauté, qui saisissait, et des excentricités de sa conduite qui semblaient sans limites. Je l’aperçus pour la première fois sur le seuil de Germer ; ce jour-là, je fus frappé non tant par sa mine que par le fait qu’il portait un énorme ours en peluche.>>.

 

Je ne m'avance pas beaucoup en écrivant que si on lit aujourd'hui le roman de Waugh c'est essentiellement en raison du personnage de Julian qui reste gravé dans la mémoire de chaque lecteur en dépit du fait que l'auteur ait si peu utilisé le potentiel romanesque de son personnage. Il l'aurait du beaucoup plus inssisté sur sa première année à Oxford et le voyage à Venise avec Charles qui en a suivi. C'est ce qu'on très bien compris les scénaristes de la série télévisée adapté du roman

 

La religion catholique, qui était celle du romancier, occupe une place importante dans le roman. Elle semble influer considérablement sur la destinée des membres de la famille Marchmain, qui s’en éloignent ou s’en rapprochent tout au long du récit. Cette appartenance très minoritaire dans la gentry anglaise fait qu'ils vivent dans un tout petit monde, presque sectaire. On comprend qu'à travers ses personnages Evelyn Waugh règle ses comptes avec sa religion pour laquelle, il est peu amène montrant combien elle peut entraver la vie. Sur ce point on peut encore voir la similitude avec Graveney hall de Linda Newbery.Le rigorisme extrême par exemple de la mère de Sebastian et de Julia est en contradiction avec l'esprit de l'époque à laquelle se déroule la majeure partis des péripétie du roman, celui des années folles, donc avec une ambiance assez particulière, où l'art de vivre et les mœurs de l'aristocratie anglaise tentent de s'adapter sans y parvenir tout à fait.

Il est toujours un peu puéril, mais tentant, de chercher les clés de personnages de romans. Mais il est admis que c'est l'honorable Hugh Lygon, second fils de William Lygon, 7e comte Beauchamp qui fut le modèle de Sebastian Flyte, le catalyseur de "Retour à Brideshead". Le peintre William Bruce Ellis Ranken (1881-1941)fit le portrait du père et du fils, et comme ilne faut pas oublier que le narrateur du roman, Charles Ryder, est peintre, on peut subodorer qu'il pourrait emprunter certains de ses traits à Ranken.Dont quelques tableaux pourrais être signé Ryder d'après les descriptions des toiles du narrateur qu'en fait Evelyn Waugh. Ce dernier à croisé Hugh Lygon à Oxford. A. L. Rowse croit que les deux être amoureux), où tous deux étaient membres du Club des Hypocrites. Hugh Lygon fut tué par un homme ivre. Il mourut d'une fracture du crâne  alors qu'il assistait aux Jeux olympiques de Berlin en 1936 avec son ami, l'artiste Henry treuil, fils de Dame Newborough. On se croirait dans un roman de Philip Kerr! (mais il y a d'autres versions de la fin du jeune homme...).  La maison familiale de Lygon, Madresfield, a été appelée la Brideshead « réel>> Comme dans le roman le père d'Hugh a été contraint de quitté l'Angleterre non pour avoir une relation extraconjugale affichée mais parce qu'il était menacé d'être accusé de sodomie. Ce serait la cause pour laquelle, son fils aurait sombré dans l'alcoolisme.

 

 

penrose-stairs: dear-sebastian: William Bruce Ellis Ranken: painter, traveler, and all-around dish.   Wonderfully HD examples of his work might be found here.  I’ve seen many of his paintings sold on auction sites under the name “William Rankin” for some reason.
Ranken et ses dessins représentant Hugh Lygon

 

Dans sa biographie de Waugh parue en 2009 - Mad World : Evelyn Waugh et les Secrets de Brideshead - Paula Byrne affirme qu'elle a mis au jour des preuves concluantes que Waugh a eu une relation physique avec Hugh Lygon, y compris une lettre écrite à Oxford. Waugh a ouvertement reconnu qu'il avait eu plus d'une relation homosexuelle à Oxford...

Le contexte de l'écriture de ce roman n'est pas anodin. Il a été composé en sixmois entre décembre 1944 et juin 1945alors qu'Evelyn Waugh, s'était fracturé le péroné lors d'un entraînement de parachutisme. Il profita de sa convalescence pour écrire ce qu'il appelait son magnum opus. Cependant, en 1950, il écrivit à Graham Greene: << J'ai relu Brideshead Revisited et suis horrifiée >>.Rédigé en pleine guerre, en un temps de privation, on sent constamment dans le livre, la nostalgie pour un temps où il était facile de s'amuser et de vivre en esthète désenchanté comme le fait le père de Julia et de Sébastian et surtout pour une époque qui ne connaissait les restrictions alimentaires. Il y a de nombreuses scènes de repas dans lesquelles on sert des mets fins accompagnés de grands vins dans « retour à Brideshead ». Il est certain que l'auteur en écrivant ses passages essayait de se consoler de la frugalité de ses menus du moment. Mais à part ce sentiment de regret d'un temps révolu, il y a curieusement peu d'allusions aux événement de l'époque sinon dans les quatre vingt dernières pages. On voit bien que Rex (Rex comme rexisme?) emprunte certains traits à Oswald Mosley, le chef des fascistes anglais, mais sur ce sujet c'est beaucoup moins convaincant que dans « Contrepoint » d'Aldous Huxley... D'autant qu'à la fin de l'histoire Rex a complètement changé de bord...

 

dear-sebastian: On today’s installment of The Lissome And The Dead: Hugh Lygon. Called “the lascivious Mr. Lygon” by Evelyn Waugh, Hugh is remembered as being an endearingly dim bulb who was never on time, who rarely responded to letters, and who “drifted around Oxford like a lost boy, a Peter Pan who refused to grow up.”  After his father, threatened with charges of sodomy, was forced to leave Britain, Hugh began a not-so-slow descent into alcoholism, and died at age thirty-two from head injuries sustained while on a motoring tour.  Waugh was magnificently successful in destroying all correspondence between himself and Lygon, leaving the precise nature of their relationship as a topic of rather half-hearted debate.  It is certain that Waugh and Lygon became close after meeting through the most flamboyant institution on campus (the Hypocrites’ Club.)  A. L. Rowse, Nancy Mitford, and Waugh himself have all intimated, with varying degrees of coyness, that the two slept together.  Most tellingly, of course, is the matter of Waugh’s intensely homoerotic novel, whose homoerotic focal point is unambiguously derived from Lygon.  So while it is crude to boil a man’s life down to a game of “did they didn’t they,” I personally consider this debate to be exceptionally settled.   All week, I’ve been trying and failing to find more Lygonny sources, and have consequently decided that, if no letters from Hugh are recovered before I die, I’ll just have to convert and personally punch Evelyn Waugh on his ectoplasmic nose.

 

 

A l'époque à laquelle a été rédigé le livre, il était quasiment impossible de mettre en scène d'une manière frontale l'homosexualité si bien que les rapports entre Sebastian et Charles paraissent étranges, mais c'est justement la description de ces chastes rapports amoureux (bien qu'on puisse les imaginer autre) qui font en partie le charme des premiers chapitres dans lesquels on ne peut, comme tous ceux qui l'approchent, qu'aimer Sebastian qui promène partout son grand ours en peluche, nommé Aloysius avec lequel il des conversations des plus sérieuses. Une de mes grandes angoisses une fois arrivé à la fin du roman, est que l'on ne sait pas ce qu'est devenu Aloysius...

Dès le début par le ton de ces mémoires de Charles Ryder on sent que cette histoire finira mal mais on veut néanmoins espérer, lorsque tout va bien entre Charles et Julia, que cela va durer, même si les personnages eux mêmes ont le sentiment que leur bonheur sera éphémère... Charles est hanté par le passé, sa nostalgie tourne à la mélancolie: << Ces souvenirs, qui sont toute ma vie, car nous ne possédons rien de certain, à part le passé-, étaient toujours avec moi.>>.

L'écriture de Waugh, bien traduit par Georges Belmont est fluide tout en réservant de grands plaisirs de lecture. L'auteur fait évoluer la personnalité de ses personnages. C'est particulièrement le cas avec celle du narrateur, heureusement pour l'intérêt du livre car il aurait été difficile de rester en empathie avec Charles, ce qu'on parvient parfaitement à faire, s'il était resté le benêt du début du récit. Malheureusement les variations des caractères de certains autres acteurs paraissent assez peu crédibles. C'est le cas notamment de celui de Julia dont les revirements sont assez inexplicables et surtout de celui de son père, lord Marchmain qui passe soudainement d'esthète libertin à vieillard atrabilaire.

Le magazine Timea classé ce livre parmi les 100 meilleurs romans de tous les temps. Cela aurait pu être vrai si la première moitié du roman avait tenu dans sa seconde partie les espoirs que l'on pouvait mettre en elle.

 

Nota:

1- Le livre a fait l'objet en 1981 d'une adaptation en mini série TV de 11 épisodes (interprétée, entre autres, par Jeremy Irons) qui a connu un grand succès en Angleterre. Cette mini série, renommée en français, « Retour au Château »a la bonne idée d'insister sur la joyeuse première année de Charles et de Sebastian à Oxford et surtout de développer leur voyage à Venise chez le père de Sebastian. Elle globalement très bien jouée et fidèle au roman. En 2008 Julian Jarrolda adapté le roman pour le cinéma en un film d'un peu plus de deux heures avec Emma Thompson, Matthew Goode et Ben Whishaw entre autres. Initialement le film devait être mis en scène par David Yates. Le réalisateur anglais a finalement dû se désengager du projet pour réaliser Harry Potter et l'Ordre du Phénix. C'est alors Julian Jarrold qui a prit sa place à la tête du film. On ne retrouve pas du tout l'esprit du livre dans ce film qui met en scène une sorte de ménage à trois entre Charles, Julia et Sebastian et montre qu'il y a inceste entre Sebastian et Julia; ce qui n'est absolument pas dans le livre, même si on peut envisager que la faute qu'évoque Julia lors d'une soirée capitale avec Charles pourrait être celle là...

 Je conseillerais, comme presque toujours, de lire le roman avant de regarder les adaptations qui en ont été faites. (vous pouvez télécharger le film ci-dessous)

 

Retour au château, langueur et décadence

une image de la série avec à gauche Jeremy Iron

 

Brideshead Revisited, le film

 

Brideshead Revisited 1

 

Brideshead Revisited 7

 

Brideshead Revisited, 2
 
Brideshead Revisited, 3

 

Brideshead Revisited, 8

 

Brideshead Revisited 5

 

Brideshead Revisited, 6

 

Brideshead Revisited, 4

 

Ben Whishaw
 

2- Aime t-on les livres que l'on lit toujours pour de bonnes raisons? (Ou autrement dit nos misérables contingences influent elles sur notre jugement littéraire ) Sans doute pas et je pense que c'est mieux ainsi... J'aime Retour à Brideshead pour des raisons qui seront irrecevables pour beaucoup... Lorsqu'en passant les grilles de mon jardin, j'eusse aimer écrire celle du parc mais ma demeure est bien plus modeste que celle des Flyte, je suis confronté à des faciès peu ragoutants d'indigènes venus d'une planète ignorée du temps de mon enfance, il m'est donc agréable de fréquenter durant 600 pages des membres de la gentry anglaise dont certains possèdent cette carnation du visage d'un rose nacré qui n'appartient qu'à eux et que rehausse le cendré des cheveux dont souvent une mèche ombre leur front... L'inconvénient avec les résidents et les passants de Brideshead est qu'Evelyn Waugh les fait agir souvent comme des imbécile qu'il ne sont pas. Cette incohérence est a rajouter à d'autres qui troublent le portrait psychologique que ce fait le lecteur des protagonistes. Là encore me vient une réflexion essentiellement dictée par mon début de sénilité: Quand l'âge venant, vous vous apercevez que vous avez côtoyer durant l'essentiel de votre vie une majorité de bas de plafond (et encore regardant autour de moi (et en arrière) je n'ai pas trop à me plaindre) et vous avez encore plus tendance qu'en votre jeunesse à chercher entre les pages des romans des êtres d'une hauteur de vue que vous n'auriez que peu de chance de croiser dans votre marigot quotidien. En cela « Retour à Brideshead » ne m'a pas complètement comblé... En revanche j'ai eu l'émotion d'y découvrir que j'avais eu mon Sebastian. Il est même présent sur ce blog puisque je l'ai photographié à plusieurs reprises. Je vous laisse à vos supputations à propos de son identité. Inutile de m'interroger, je ne vous donnerai pas la réponse...

Commentaires lors de la première édition de ce billet:

 

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La cathédrale, une aventure de Jhen dessinées par Jean Pleyers sur un scénario de Jacques Martin

4 Septembre 2025, 06:36am

La cathédrale, une aventure de Jhen dessinées par Jean Pleyers sur un scénario de Jacques Martin

Une double expérience récente, d'abord la découverte de la cathédrale de Strasbourg, puis la visite d'une exposition autour de l'oeuvre de Jacques Martin dans une galerie parisienne m'a fait explorer ma bibliothèque pour en exhumer un album de bandes dessinée intitulé La cathédrale. Il est dessiné par Jean Pleyers sur un scénario de Jacques Martin. Cette aventure de Jhen se passe principalement dans et aux alentours de la cathédrale de Strasbourg. 

Pour ceux qui ne connaitraient pas Jhen, un petit rappel: Jhen" (appelé "Xan" dans les deux premiers volumes de la saga qui lui est cosacrée), est un jeune architecte italien (selon Jean Players, il a 25 ans en 1431 lorsque Jeanne meurt sur le bucher). Il vit donc en plein  Moyen Age européen. La série déjà plus d'une quinzaine d'albums, avec une majorité dessinée par Pleyers.

Aventures de Jhen (scénario Jacques Martin et dessin Jean Pleyers, jusqu’au N° 9)

1. L'Or de la Mort (1984) 
2. Jehanne de France (1985) 
3. Barbe bleue (1984) 
4. Les écorcheurs (1984) 
5. La cathédrale (1985) 
6. Le lys et l'ogre (1986) 
7. L'Alchimiste (1989) 
8. Le secret des Templiers (1990) 
9. L'archange (2000) 
10. Les sorcières (dessins Thierry Cayman, scénario Hugues Payen d'après un synopsis de J. Martin) (2008) 
11. La sérénissime (dessin Pleyers, scénario Payen, d'après un synopsis de J. Martin) (2009)
12. Le Grand Duc d’Occident (dessin Cayman, scénario Payen) (2011)
13. L’ombre des Cathares (dessin Pleyers, scénario Payen) (février 2012)
14. Draculea (dessin Pleyers, scénario Cornette et Frissen) (octobre 2013)

15. Les Portes de Fer, scénario Cornette et Frissen. dessin Paul Teng (2015)

3. Voyages de Jhen

1. Les Baux de Provence (Yves Plateau et Benoît Fauviaux) (2005) 
2. Paris - Notre-Dame (Yves Plateau) (2006) 
3. Carcassonne (Nicolas Van De Walle) (2006) 
4. Le Haut-Koenigsbourg (Yves Plateau) (2006) 
5. Venise (Enrico Sallustio) (2007) 
6. Strasbourg (texte Jacques Martin et Roland Oberlé, dessin Muriel Chacon) (2008) 
7. Les Templiers (Marco Venanzi) (2008) 
8. Gilles de Rais (Jean Pleyers) (2008) 
9. Paris, ville fortifiée (volume 2) (Yves Plateau) (2009)
10. L'abbaye de Villers-la-Ville (Yves Plateau) (2010)
11. Bruxelles (Nicolas Van de Walle) (janvier 2011)
12. Bruges (Ferry) (mai 2011)
13. Le Mont-Saint-Michel (Yves Plateau) (mars 2012)

En outre Jacques Martin au cours de différentes interview a évoqué les scénarios suivants:

- « Le Boyard Fou » : une poursuite de Moscou à Venise
- « Le Diable Baron » : un tournant dans les relations qu’entretiennent Jhen et Gilles de Rais (de plus en plus soumis à des influences démoniaques)
- « Le Campeador » : les horreurs des guerres religieuses dans le sud de l’Espagne
- « le Condotierre » : intrigues au Vatican

La cathédrale de Strasbourg
 

Si la cathédrale joue un rôle important. Elle représente surtout un somptueux décor. Malheureusement le livre ne s'intéresse pas trop à sa construction même si Jhen y travaille comme architecte. Pleyers ne la dessine d'ailleurs pas en entier et préfère nous montrer sa façade ou sa pointe inachevée, en utilisant souvent des plans dynamiques (plongées acrobatiques, contre plongées vertigineuses etc ...) 

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jhen_s10

 

Le véritable sujet du livre, ce sont les deux châteaux d'Ottrot, près du Mont Sainte Odile. Le récit se passe en fait près d'Obernai et Jacques Martin s'intéresse à l'histoire des lieux de son enfance. Deux familles rivales vivent dans des châteaux voisins, séparés par environ 500 mètres et l'intrigue se concentre sur l'amour impossible de deux adolescents issus des clans ennemis (un remake de Roméo et Juliette). Il nous raconte aussi les manoeuvres louches de l'évêque de Strasbourg qui essaie de vendre ces forteresses à l'Empire Romain Germanique.







 

L'intrigue n'est pas réellement passionnante. Le début de l'histoire expose un mystère que Jhen arrivera facilement à résoudre et on n'y trouve pas cette tension qui existe dans les autres albums. Gilles de Rais est absent et il cela modifie l'ambiance de la série. L'album est assez contemplatif mais on a du plaisir à découvrir ce monde médiéval. Pleyers dessine avec finesse les rues de Strasbourg ou l'intérieur de la cathédrale.



Dans une interview, Jacques Martin avoue qu'il avait eu surtout du plaisir à reconstituer la ville de Strasbourg telle qu'elle était au Moyen Age. Ce gros travail n'apparait toutefois que dans quelques cases disséminées et il n'y a pas de case qui nous montre l'ensemble de la ville. Il y a seulement quelques illustrations comme celle immédiatement ci-dessous.



Par certains côtés, on peut rapprocher cet album de "L'arme absolue". il y a dans les deux cas un aller-retour entre le château (Chillon ou Otrott) et la ville (Strasbourg ou Sion). Il y a aussi cet intérêt pour une histoire bien enracinée dans une région (l'Alsace, le Valais) et richement documentée en faits authentiques. Les villes et les châteaux de l'époque sont magnifiquement dessinés. Jacques Martin se promène sur les lieux de son enfance et imagine une histoire, mais le charme de la reconstitution est plus important que le suspense du récit. Ce voyage dans le passé fait aussi un peu penser à l'histoire des "Sorcières". C'est un album un peu à part dans l'oeuvre de Jacques Martin c'est un de ceux où l'on trouve le plus de sensibilité avec cette histoire d'amour impossible rappelant Roméo et Juliette.

Il faut remarquer qu'il y a pas mal de scènes assez lestes dans les histoires de Jhen (voir la séquence immédiatement ci-dessous). Est-ce que cela tient à la personnalité de Pleyers? Car Jacques Martin introduit peu ce genre de scène dans ses autres séries.

Mais il ne faut pas oublier que Jacques Martin fut obligé pendant la plus grande partie de sa carrière de subir une censure implacable sur le sujet (presse enfantine oblige).
Jhen est né bien après la révolution des moeurs 
Jacques Martin à évoqué ce sujet et a expliqué sa position, notamment à propos de Malua dans "Les proies du volcan", où il avait du tricher tout au long de l'album pour masquer la nudité naturelle de la jeune sauvageonne, et l'astuce qu'il a prise pour sortir les dernières planches de cet album, faites telles qu'il les voulaient .

 

 

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Roland Barthes par Tiphaine Samoyault

31 Août 2025, 07:32am

avril 2016

avril 2016

Lire une biographie, c'est cheminer quelque jours avec quelqu'un; une personne forcément un peu Célèbre, ou même très célèbre puisqu'un auteur s'est distrait de sa propre vie pour s'immerger dans une autre qu'elle a jugée suffisament digne d'interêt pour nous la faire partager. Pour que le chemin de conserve soit agréable, il vaut mieux que le lecteur éprouve de la sympathie pour son compagnon de route qu'il s'est momentanément Choisi. C'est le cas pour ce Roland Barthes raconté par Tiphaine Samoyault, livre qui parfois apparait, comme un second "Roland Barthes par Roland Barthes" car de nombreuses pages sont constituées par de savants collages de textes de Barthes lui-même. Ceux-ci, souvent inédits, proviennent des fameux fichiers du sémiologue et de sa correspondance privée. 

Cette correspondance privée inédite est la grande découverte de l'ouvrage et aussi son grand mystère éditorial; tant les extraits des lettres, particulièrement celles adressées à Philippe Rebeyrol et dans une moindre mesure à Robert David sont admirables. Si bien que l'on ne peut que s'étonner que cette correspondance ne soit pas éditée alors que l'oeuvre de Barthes est près de succomber sous les gloses. Si les deux dernières correspondances citées nous éclaireraient sur les commencements de Roland Barthes, une autre mêlant déclarations amoureuses et réflexion philosophique nous renseignerait sur les dernières années de l'intellectuel. Les extraits et les mentions qui se trouvent dans l'ouvrage appellent même à une édition de toutes la correspondance. Puisque certains des destinataires de ces lettres se nomment Michel Foucault, Genette, Antoine Compagnon, Renault Camus... 

Encore une fois, dans le premier tiers du livre, dont la lecture est très agréable, on ne peut que constater le miroir stylistique qui se produit entre la biographe et son modèle. Il joue à plein jusqu'au début des années 60 qui est la période où Barthes structuralise et se met à jargonner; il reviendra ensuite à la clarté et la biographe fera de même...

Si au début le Roland Barthes de Samoyault est surtout une suite de patchwork barthesien talentueux, au chemin agréablement méandrique, un peu hésitant, souvent riche en découvertes, la suite est plus dans le commentaire de l'oeuvre que dans la description du quotidien de Barthes. Parfois à force de répétitions l'ouvrage prend un ton curieusement durasien. Duras qui haissait Barthes, peut être surtout par Jalousie, le sémiologue ayant eu, avant elle une liaison éphémère avec Yann Andréa. Elle a, émis au sujet de Roland Barthes une de ses plus sublimes conneries: << Je ne peux considérer Roland Barthes comme un grand écrivain: quelque chose l'a toujours limité, comme si lui avait manqué l'expérience la plus antique de la vie, la connaissance sexuelle d'une femme.>>.

Souvent à la lecture de ce livre on se demande, est-on dans un essais ou dans une biographie? C'est sans doute cette indétermination, cette impureté, qui en fait la richesse. Tant le livre est en rupture avec les canons du genre biographique. Ce que l'on constate dès l'entame du livre puisque Tiphaine Samoyault commence par l'accident de la circulation dont les conséquences causeront la mort de Roland Barthes. Binet fait débuter son roman par la même scène. Un peu comme si cette fin accidentelle était fondatrice de l'oeuvre!

Dans la lecture d'une biographie, ce sont sans doutes les réflexions incidentes que ce type d'ouvrage génère qui sont les plus intéressantes. Ainsi j'avais oublié, à moins que je l'ai jamais su l'engagement théâtrale de Barthes en tant que critique (je ne parle pas de la controverse autour de Racine) au coté de Bernard Dort. Cette méconnaissance n'ayant toutefois rien d'extraordinaire ayant eu accès au théâtre alors que Barthes avait déjà quitté la scène.

Un des chapitres du livre ressuscite un temps où le théâtre était le lieu  privilégié pour l'intellectuel de son intervention politique et sociale. Le théâtre était vu alors comme l'art politique et civique par excellence. Dans ces années 50 le phare de ce mode d'expression est Brecht pour la notoriété duquel, Barthes a beaucoup oeuvrer. Pour Barthes, le théâtre doit être purifié de ses structures bourgeoises, désaliéné de l'argent et de ses masques. Le héros de ce théâtre est alors Jean Vilar avec son T.N.P. Chaillot enregistre 5193895 entrées soit 2336 spectateurs par représentation. Beaucoup de ces spectateurs étaient un peu des spectateurs forcés, envoyés par palanquées entières par les comités d'entreprises des grandes firmes; aujourd'hui c'est plutôt les lycéens que l'on emmène par charretées au théâtre. Il est à craindre, que comme hier, il n'en reste rien quelques années plus tard, car que sont devenus ces millions de spectateurs? A la fin du T.N.P. Ils se sont évaporés. Dans les deux décennies qui suivent le champ de la contestation intellectuelle, par les intellectuels, se déplacera du théâtre aux sciences sociales. Là encore  on ne peut que constater que depuis que ce terrain de jeux a été déserté par les intellectuels médiatiques, nulle floraison est advenue.

Il m'arrive assez souvent, en lisant la biographie d'un illustre de me découvrir quelques points communs avec la dite célébrité et cela me réjouit. Non comme pourrait le penser les mauvaises langues pour me pousser du col et me rengorger d'avoir les mêmes pratiques que la star, mais lorsque le biographe est talentueux, pour comprendre les raisons que j'ai d'agir comme je le fais en explicitant l'habitude de l'homme célèbre. Ainsi Tiphaine Samoyault m'a fait comprendre mieux mon appétence aux voyages et m'a éclairé sur les rites de ceux-ci en me faisant m'apercevoir qu'ils sont proches de ceux de Roland Barthes.

J'ai un autre point commun avec l'auteur des "Fragments amoureux celui de la fréquentation assidue, durant une période de ma vie, disons de 1975 à 1980, des gigolos de Saint-Germain des près et plus rarement de ceux de la rue Sainte Anne, même pour le sexe j'ai toujours préféré la rive gauche. Comme l'écrit fort justement Tiphaine Samoyault qui, et c'est tout à son honneur n'esquive pas le sujet, cette fréquentation ne devrait pas manquer de choquer quelques belles âmes: << Aujourd'hui où la sexualité s'est à la fois privatisée et puritanisée, ces pratiques courantes peuvent apparaitre comme des comportements excessifs ou déviants. Le virus du sida n'a à l'époque pas encore été découvert; la multiplication des partenaires est presque la règle chez les homosexuels. Il suffit de lire quelques auteurs contemporains de Barthes pour découvrir les usages communs du temps: Tony Duvert, Hervé Guibert, Renaud Camus, tous auteurs que Barthes à rencontrés, connait; il a même pu être séduit par eux ou en être passagèrement amoureux.>>. J'ai donc partagé très probablement quelques partenaires sexuels de passage avec le grand homme. Comme vous pouvez le constater chaque jour cela ne m'a pas rendu plus intelligent, mais là encore cette similitude dans la pratique de la drague tarifée me fait mesurer l'abîme qui sépare les us et coutumes d'il y a quarante ans avec ceux de notre époque. Il existe aujourd'hui un véritable tabou dans le milieu gay sur cette prostitution qui s'étalait chaque soir devant le drugstore Saint Germain. A telle enseigne que lorsque dans plusieurs billets précédents j'ai fait un appel à témoignage d'anciens clients ou de prostitué sur ce sujet, je n'ai eu aucune réponse... Je peux témoigner que si je n'ai jamais vu Roland Barthes, contrairement à Aragon arpenter les trottoir où fleurissait ce commerce, ceux si était bien achalandés... Je réitère donc ma demande: si vous avez des souvenirs sur cette pratique, pour laquelle je n'ai aucune honte, ni regrets ni remords, faites les nous partager... 

Le livre parvient à n'être ennuyeux que dans les chapitres voués aux arguties telquelistes, tant ces escarmouches entre sodomiseurs de drosophiles nous paraissent d'une autre époque. Je me suis surpris à me demander pourquoi les coulisses littéraires de la galaxie gidienne m'intéressent, toujours un siècle après, alors que je ne parviens pas à trouver un quelconque bénéfice à la lecture des minutes de la guérilla entre les chapelles littéraires des années 70?  

Tiphaine Samoyault aime assez son grand homme pour ne pas lui donner le coup de pied de l'âne. Ainsi elle passe assez vite sur son navrant voyage en Chine; périple où l'avait entrainé Sollers, alors ultra-maoiste. Barthes déjà tiède envers l'auteur du petit livre rouge est revenu de ce escapade, au cours de laquelle il s'est copieusement emmerdé, totalement guéri de la fièvre maoiste. Il nous a donné un "Voyage en Chine" qui est un précieux document sur l'aberrante passion aveugle qui avait saisi l'intelligentsia parisienne. Je m'étonne, ou plutôt je fais semblant de m'étonner, connaissant le politiquement correcte universitaire, que personne n'ait encore fait le parallèle entre le voyage en Chine de la bande à Sollers avec celui d'octobre 1941 en Allemagne de certains écrivains français. Il suffit pourtant de lire l'édifiant essai de François Dufay "Le voyage d'automne" et "Le journal sous l'Occupation" de Marcel Jouhandeau conjointement avec "Le voyage en Chine" de Barthes pour que la similitude de ces deux escapades à 33 ans d'écart de nos intelligents saute au yeux. 

Tiphaine Samoyault a su rendre la fin de son livre particulièrement émouvant par le fait, que contrairement à beaucoup de proches de Barthes, elle croit qu'il serait parvenu à accoucher de ce fameux roman total qu'il ambitionnait d'écrire. Les arguments avancés, suite à l'étude des fragments déjà écrits, sont assez convaincant. Tiphaine Samoyault réfute donc l'idée assez répandue, qu'après la mort de sa mère l'auteur des "Fragments amoureux" se soit suicidé à petit feu et que l'accident fatal soit comme le logique aboutissement de cette longue glissade, mais qu'au contraire au moment du funeste évènement Roland Barthes était à l'aube d'une nouvelle vie.

 

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Pierre Herbart, l'orgueil du dépouillement de Jean-Luc Moreau

24 Août 2025, 07:46am

Pierre Herbart, l'orgueil du dépouillement de Jean-Luc Moreau

 

Je ne cache pas que j'avais d'emblée une certaine aversion envers le sujet de cette biographie. Je n'aime ni les drogués, ni les alcooliques et pas plus les communistes. Pierre Herbart (1903-1974) fut tour à tour les trois et même souvent en même temps. Je n'ai d'autre part aucune fascination pour les clochards que je ne qualifie jamais de céleste, les littéraires ne me séduisant pas plus que les autres. Car Herbart à l'instar d'un Augiéras fini dans cet état.

Les premières pages d'une écriture particulièrement lourde et pâteuse ne m'auraient guère incité à aller plus loin que le chapitre sur la jeunesse du futur écrivain si je n'avais su que bientôt dans sa vie allaient intervenir Cocteau puis surtout Gide dont il sera très proche durant les vingt dernières années de la vie l'auteur des « Faux monnayeurs », si l'on excepte l'intermède de la guerre. Est-ce un hasard mais dès que ces célébrités entrent en scène dans l'existence d'Herbart le style de Jean-Luc Moreau devient un peu plus fluide.

Avant d'autres récriminations, il faut tout de même saluer l'entreprise d'écrire une biographie d'un auteur aussi peu connu, aussi antipathique et à l'oeuvre aussi mince. Mais le courage ne donne malheureusement pas le talent. Voilà un biographe qui tombe à peu près dans tous les pièges inhérent à cet exercice.

Tout d'abord il prend pour argent contant tout ce qu'à écrit Herbart dans ses textes autobiographiques. Ensuite alors qu'il retrace la vie d'un écrivain, il parle à peine de ses deux seuls livres qui méritent d'être lus (O combien): « Alcyon » et « L'âge d'or ». On ne trouve aucune analyse critique des dites oeuvres et à peine, sauf pour les auto-fictions (je fais volontairement un anachronisme car plusieurs textes d'Herbart relèvent de cette catégorie) pas plus que des indications sur leurs contenus. Si l'on apprend beaucoup de choses sur Herbard et son entourage, l'auteur n'a pas fait de recherches sérieuses sur les pans de la vie de son odèle, qui ne sont ni documentés par ses écrits, ni par ceux de l'aréopage gidien. Ainsi les quatre ans de l'occupation passent quasiment à la trappe. On apprend juste que que ce grand diseur et petit faiseur d'Herbart s'est probablement auto proclamé général dans la résistance (grande fabrique d'officiers supérieurs). De Gaulle et les anciens de la France Libre ne furent guère émus par ce grade ronflant. 

Lorsque Jean-Luc Moreau n'a pas d'éléments sur une période de la vie d'Herbart, il parle d'autre chose... Ainsi nous avons droit à un long développement sur les réseaux qui aux débuts des années 40 aidaient les juifs et les étrangers indésirables à quitter la France via Marseille. Ceci sous prétexte qu'Herbart était dans les parages à cette époque. Mais Jean-Luc Moreau n'étaye par aucun témoignage ou document cette hypothèse. Certes André Gide alors s'activait pour cette cause mais dans son journal, il ne fait pas mention de l'aide d'Herbart... De même lors de la parution d'Alcyon que l'auteur semble avoir à peine lu car il n'en dit rien, nous avons droit à un long exposé sur la presse de l'immédiate après guerre car il est vrai qu'Herbart y participa, un court moment, d'une façon active.

Autre blanc gênant la fin de la vie de l'auteur de l'âge d'or (paru en 1953) est assez peu documenté alors qu'il est probable que des personnes l'ayant côtoyé alors soient encore vivante. Certes c'est une période fort peu reluisante mais il est dommage de se priver de témoignages de première main. Un bon biographe ne doit pas être qu'un rat de bibliothèque, pour des personnages ayant disparus il y a peu de temps il doit se rendre sur le terrain.

Sur le terrain Herbart y va mais il s'y montre un piètre observateur. Il arrive en Asie en 1930 pour jouer les anticolonialistes, mais il n'y voit que les tripots et les fumeries d'opium dont il est un grand client et les jeux d'argent; à Moscou, l'amour d'un bel étudiant le détourne des purges stalinienne; à Madrid en pleine guerre civile, une bombe détruit sa chambre d'hôtel, mais il a des boules Quiès et se réveille sans avoir rien entendu, ce qui pourrait être une allégorie de son existence. 

Lorsque l'on sait que Jean-Luc Moreau est un intervenant sur Radio Libertaire on comprend un peu mieux pourquoi il privilégie les actions politiques d'Herbart sur son oeuvre littéraire et sur sa vie intime. C'est pourtant principalement son homosexualité qui marquera ces deux grands livres plus que son engagement politique. Pourquoi lorsque votre intérêt principal n'est pas la littérature choisir de faire la biographie d'un écrivain?

Mais surtout l'auteur n'explicite pas le grand mystère de la vie d'Herbart: comment un tel truqueur a-t-il pu circonvenir la quasi du premier cercle gidien, à l'exception de Marc Allégret qui semble-t-il ne fut jamais dupe. L'explication partielle vient de la bonne idée d'adjoindre au livre un cahier de photos. On comprend mieux l'intérêt que suscita sur cet aréopage Pierre Herbart dont l'âme sombre et tourmenté était dissimulée sous un frais minois du moins lors de l'intrusion de l'auteur d'Alcyon dans la famille gidienne. Il a alors vingt cinq an et paraît moins que son âge.

En conclusion évité donc d'en savoir trop sur cet auteur et lisez « Alcyon » et « L'âge d'or »... 

 

<< Il y avait dans sa beauté quelque chose de meurtri. Le regard calme de ses yeux gris se posait distraitement sur les choses, sur les êtres ; son sourire semblait venir de très loin et n'éclore sur ses lèvres qu'avec le consentement réfléchi de tout son être.>> (L'age d'or)

 

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La littérature et le mal de Georges Bataille

8 Août 2025, 06:35am

 

Cet essais est en fait une compilation d’articles parus dans la revue Esprit au cours des années 50; mais certains des textes ont été réécrits, améliorés et complétés pour être publiés en volume en 1957.

Georges Bataille y explore principalement la position du mal dans les oeuvres huit auteurs soit dans l’ordre: Emilie Bronte, Baudelaire, Michelet, William Blake, Sade, Proust, Kafka et Genet. Bataille consacre un chapitre par écrivain. Comme toujours dans ce genre d’ouvrages les textes sont à la fois de longueurs différentes et d’intérêts variables. L’ensemble est toutefois très roboratif et souvent très pertinent. Les chapitres sur Genet et Beaudelaire souffrent d’être les contrepieds des indigestes propos de Sartre sur ces écrivains, en particulier dans « saint Genet »; quant à celui sur Michelet  d’avoir pour base la préface de Bataille pour le livre « La sorcière » de l’historien. Les chapitres les plus remarquables sont ceux sur Bronte, sur William Blake et celui sur Kafka.

Dans la préface Bataille pose d’emblée la hauteur à laquelle il place la littérature et les prémices de sa thèse comme quoi la littérature se doit de se libérer de la morale, du carcan du bien et du mal: << La littérature est l’essentiel, ou n’est rien. Le mal, une forme aiguë du mal, dont elle est l’expression, à pour nous, je le crois, la valeur souveraine. Mais cette conception ne commande pas l’absence de morale, elle exige une hypermorale.>>.

Si le mal dans la littérature est le sujet récurrent de chaque chapitre, l’auteur ne se limite pas à cette problématique. Il pose la question fondamentale de la place de la morale en littérature: Doit on écrire en ayant toujours en tête ce qui est bien et ce qui est mal? Est-ce que l’on peut écrire pour dépasser la morale ou est-ce que l’on doit dépasser en écrivant dépasser la morale.

Sa réflexion dépasse souvent le cadre de la seule littérature pour s’interroger sur le sens de la vie: << L’humanité poursuit deux fins, dont l’une, négative, est de conserver la vie (d’éviter la mort), l’autre positive, d’en accroitre l’intensité.>>. Bataille identifie l’intensité à la valeur et la durée au bien. 

Pour Bataille la fin de l’enfance coïncide avec la découverte du bien et du mal; auparavant les actes des enfants ne peuvent pas être jugés à l’aune morale du bien et du mal. Pour Bataille seule la littérature peut mettre à nu le jeu de la transgressions de la loi sans laquelle elle n’aurait pas de fin indépendamment d’un ordre à créer.

Bataille conteste la justification morale des contes et des fables pour lui la littérature comme l’enfant est dans l’hypermorale qui est un dépassement du bien et du mal. Nous ne sommes pas dans l’hypermorale dans l’immoralité ni même dans l’amoralité mais dans le dépassement de ces contextes. Pour l’auteur la littérature est cet endroit qui devrait échapper aux lois, un lieu où le jugement moral n’a pas sa place. Ce qui met la littérature dans un espace hors du temps hors de l’éthique.

Selon Bataille la littérature serait un refuge pour le mal, mais un mal innocent sans les stigmates de la morale. La littérature serait ainsi le lieu où il serait possible de retrouver l’hypermorale de l’enfance.

L’idée de Bataille c’est de libérer la littérature de son ambition morale. C’est ainsi lui rendre toute sa richesse. Pour lui la morale bride la création alors que l’hypermorale la fait fructifier. Il prend comme exemple l’enfant qui avant sa découverte du bien et du mal est libre dans sa création. Pour Bataille transgresser la loi parentale est une source de plaisir.

Bataille fait le lien entre l’enfance et la littérature car pour lui ce qu’elles possèdent en commun c’est le rêve et donc la possibilité de générer de la fiction.

 

 

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JIN DE MURAKAMI MOTOKA

5 Août 2025, 06:39am

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En ce qui me concerne le grand Murakami c'est Motoka, l'auteur de cet extraordinaire manga qu'est Jin...

Jin Minakata, 34 ans, est un neurochirurgien à Tokyo, en juin 2000, il vient d'opérer une tumeur crânienne comme il n'en avait jamais vu. Celle-ci a la forme d'un foetus humain. Le lendemain Jin est assailli par des voix. Le soir, il retourne à l'hôpital pour s'apercevoir que son patient n'est plus dans son lit. Jin le retrouve serrant contre son coeur sa tumeur dans un bocal et une mallette de premiers secours. L'homme cherche à fuir. Minakata en le poursuivant tombe dans l'escalier et s'assomme. Le médecin se réveille en pleine nature, à proximité de là, des hommes se battent au sabre. Jin se porte au secours d'un blessé. En ramenant l'homme chez lui, Jin a le sentiment qu'il n'est plus dans la même époque. Jin sauve le blessé dont la famille l'accueille chez elle. Jin intéresse beaucoup la fille de la maison. Le médecin s'aperçoit qu'il a été projeté à la fin de l'ère Edo, exactement en 1862. Après un moment de flottement bien compréhensible, curieusement il ne s'appesantit pas sur le pourquoi et le comment de cet extraordinaire saut dans le temps, il faut dire que Jin est très vite confronté à la violence de l'époque dans laquelle il a été projeté et toute son énergie est utilisée pour y survivre, Jin décide de s'investir dans sa nouvelle époque pour y faire progresser la médecine le plus possible. Un homme seul peut-il modifier l'histoire? Jin se pose cette question et s'amorce l'esquisse d'une possible uchronie ( même si je suis d'accord. En cela Murakami se met dans les traces de Sprague de Camp qui, en 1939, a introduit dans "De peur que les ténèbres" (réédité en France au édition Néo en 1983) une idée essentielle pour la suite du genre uchronique que ce ne seraient pas les batailles ou les personnages illustres qui font l'Histoire mais les innovations technologique. Dans "De peur que les ténèbres", Padway, un contemporain de Mussolini se retrouve projeté dans la Rome du VI ème siècle "grâce" à un simple éclair. Il s'attèle alors méthodiquement a essayer de modifier le cours de l'Histoire. Frederic Pohl a fait un pastiche du roman de Sprague de Camp, "The deadly mission of Phineas Snodgrass" dans lequel un voyageur dans le temps enseigne aux habitants de Rome comment soigner leurs maladie. On peut raisonnablement penser que le mangaka n'ignore pas l'existence de ces deux oeuvres.

 

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Le manga commence très fort dans un mélange de fantastique, de chambara et de série médicale. Après cette brillante mise en place, le mangaka par l'intermédiaire des cas que le médecin va soigner nous fait visiter différents groupes de la société japonaise de cette fin de l'ère Edo et des maux dont elle souffre. Motoka Murakami pallie le systématisme de son scénario par un art consommé du récit et surtout par la qualité exceptionnelle de son dessin. Son trait s'appuie sur une documentation sans faille. Murakami parvient à faire revivre toute une époque avec un luxe extraordinaire de détails. On saura tout de la vie dans le quartier des plaisirs d'Edo, de la lutte entre médecine occidentale et médecine chinoise (qui est aussi l'un des sujets d'un autre excellent manga, « L'arbre au soleil » de Tezuka ») , de l'art de l'estampe, de la vie des acteurs de Kabuki, par le biais du beau Morita Tanosuké, une star de cet art, spécialisé dans les rôles de femme, et surtout des maladies qui accablent la population, épidémie de rougeole, de choléra, cas fréquents de béri-béri, vérole galopante... Cette plongée dans la société japonaise de la fin du shoguna va de paire avec de véritable cours de médecine en image. On découvre (à moins d'être médecin) comment on opère une ablation de l'appendicite, un tendon du doigt ou comment on effectue une trépanation. Ces morceaux didactiques sont parfaitement intégrés dans un récit qui demeure toujours fluide.

 

 

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Tanosuké

 

 

La grande affaire de Jin est d'élaborer de la pénicilline, cinquante ans avant sa découverte par Fleming. A la lecture du manga, il apparaît qu'il y a eu en médecine un avant et un après la découverte de la pénicilline qui aurait été le véritable départ de la médecine moderne.

Au fil des volumes, les personnages secondaires s'étoffent, deviennent attachants, les complots et les drames se nouent, faisant naître une tension qui pousse à ouvrir le tome suivant et à découvrir ce qu'il advient du héros et de ses partisans. Pendant plusieurs épisodes le coeur du héros est partagée entre Saki Tachibana, la jeune fille de la maison qui l'a recueilli et Nokasé une ancienne courtisane de grand luxe.

 

Le récit nous fait croiser des personnages historiques comme Rintarô Katsu quel'on surnommera plus tard "Kaïshu Katsu", le célèbre officier du Bakufu à la fin de l'ère Edo. Ayant entendu parlé de Minakata, il ira directement à sa rencontre et sera un précieux allié pour le médecin. Il y aussi Ryoma Sakamoto, disciple de Rintaro Katsu, ce samuraï issu de la campagne japonaise, à première vu insouciant et vulgaire, est une illustre figure de l'histoire Japonaise (un des leaders de la révolution qui conduisit au renversement du shogunat). D'abord méfiant, Minakata reconnait cependant en lui un homme de confiance. Sans doute voyant que sont scénario risquait d'être trop répétitif, lors du tome 8, nous sommes propulsé dans un des épisodes de la guerre civile qui ensanglantait le Japon à cette époque. Jin est amené à aller à Kyoto que l'on verra partiellement détruite par un gigantesque incendie. Durant cet épisode le lecteur occidentale peu au fait des évènements des remous politique du Japon du XIX ème siècle aura un peu de mal à suivre, malgré les secourables notes du traducteur. Il demeure néanmoins que ce tome 8 est un des plus intéressants de la série, lui donnant une perspective historique qui n'était qu'esquissée dans les tomes précédents. Dans le volume suivant l'action rebondit de plus belle, Jin est accusé d'une tentative d'empoisonnement d'une princesse impériale. Ce qui permet au lecteur de visiter à la fois la cours du Shogun et la prison d'Edo. Dans le dixième volume c'est notamment le monde du sumo qui nous sera dévoilé. C'est dans le seizième tome, et dernier paru à ce jour en France, que Murakami revient à une intrigue historique, la fin du shogunat approche.

Une des bonnes idées du scénario est d'avoir situé une grande partie de l'action à Asakusa, qui est l'un des seuls quartiers de Tokyo où l'on peut discerner encore des traces de la ville du temps où elle s'appelait encore Edo.

Comme Jin voyage dans le Japon, il nous fait faire la connaissance du Japon rurale de cette époque et aussi de Kyoto et de Yokohama sans oublier des sites célèbres comme Kamakura.

 

 

 

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Le temple Kyomizu à Kyoto (tome 16)

 

 

Au delà des aventures médicales du docteur Minakata ce qui ressort de la lecture de la série c'est la peinture d'une société féodale (à la veille d'une transformation radicale, peut-être unique, par sa réussite dans l'histoire de l'humanité) extrêmement hiérarchisée avec son système rigide de « castes » qui rendait toutes évolutions très difficiles. On est encore plus surpris à chaque page, si l'on garde en mémoire que ce qui est présenté et qui semble immuable, malgré les troubles politiques, va disparaître quelques années plus tard pour faire place à une société moderne qui quarante ans après les faits qui nous sont racontés dans, Jin infligera une défaite à l'une des grandes puissances mondiales, la Russie Tsariste, pour laquelle ce sera le commencement de la fin.

 

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Le dessin de Jin est toujours d'une grande qualité et parfois somptueux dans la représentation des kimonos des femmes ou de ceux des acteurs de kabuki. Mais en ce qui me concerne l'intérêt principal à la lecture de Jin est de se retrouver dans le Tokyo de la deuxième moitié du XIX ème siècle que Murakami grâce à un travail, que l'on suppute, colossal de documentation, et son grand talent de dessinateur, notamment pour les architectures, parvient à ressusciter. La minutie du dessin apporte beaucoup d'enseignement sur la vie de tous les jours dans ce Japon de la fin du XIX ème siècle. Murakami soigne à l'extrême la représentation du moindre ustencile.

 

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Malgré toutes ses qualités qui en font un des chef d'oeuvre du manga, Jin n'est pas exempt de défauts, la première est le pusillanimité de Jin envers la charmante Saki (et envers les femmes en général) qui se consume d'amour pour lui. Mais cette timidité sexuelle me semble assez japonaise... Elle peut néanmoins agacer le lecteur.

Murakami est aussi timoré pour son scénario que Jin l'est avec les femmes. Il faut attendre les 11 et 12 tome pour que l'auteur prenne vraiment à bras le corps les grandes questions que les bases de son histoire ne pouvaient manquer de soulever en particulier celle du paradoxe spatio-temporel, si indirectement ou directement je provoque la mort d'un de mes aïeux vais-je disparaitre dans le monde où je suis, puisque je n'ai jamais existé dans le monde d'où je viens? De même il faut attendre ces deux volumes pour que la dimension uchronique de l'histoire soit vraiment prise en compte. Le héros prend conscience que grâce à sa fameuse pénicilline, il est en train de changer l'Histoire avec encore cette éventuelle conséquence qui le taraude: si je change le passé de mon présent d'hier ce dernier sera différent et je n'aurais pas été amener à vivre ce qui m'a propulsé dans le dit passé! A moins qu'il ait été envoyé dans un monde parallèle...

Autre défaut, cette fois à imputer à l'éditeur français, qui a la mauvaise idée de reprendre les couvertures japonaises assez moches et niaises qui au surplus , avec leur coté « Arlequin », ne traduisent pas du tout la teneur du manga.

 

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Mais ces imperfections ne sont que vétilles tant le récit est passionnant, l'auteur à un sens consommé du suspense, tout en étant une mine de renseignement sur le Japon (et la médecine d'hier et d'aujourd'hui) du XIX ème siècle.

 

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Motoka Murakami (村上 もとか, Murakami Motoka), est né le 3 juin 1951à Tōkyō.C'est sous l'influence d'Osamu Tezukaque Motoka Murakami décide d'embrasser une carrière de mangaka. L'influence de Tezuka, outre un des Thème de Jin qui n'est pas sans rappeler « L'arbre au soleil » de Tezuka, est surtout décelable dans le dessin de certains de ses personnages de méchant. Il débute en1972avec Moete ashire, un mangarelatant le parcours d'un pilote automobile prépublié dans le Shōnen jump. En 1982, il remporte le prix Kodansha avecClimber Retsuden. En 1984, c'est Musashi no Kenqui est couronné par le prix Shôgakukan, récompense reçue ensuite pour Ronen 1996. Motoka Murakami publie actuellement Jin(édité en Francechez Tonkam). En 2012 est paru « Juntaro » quise déroule durant l'époque Meiji. Juntarô Nakamura est un acteur (qui a la silhouette d'une femme) de Kabuki. Ainsi il passe ses journées à faire du Kabuki dans la ville de Kyoto. Son père (lui aussi acteur de Kabuki) fût assassiné. Un jour,le destin fait partir Juntarô pour Tokyo. C'est ainsi que la nouvelle vie de Juntarô commence...

 

Jin a été adapté pour la télévision japonaise. En voici ci-dessous quelques images et la bande annonce.

 

 


 


 

 

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SKINS PARTY DE TIMOTHÉ LE BOUCHER

2 Août 2025, 06:49am

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Il y a peu de temps je faisais part de l'émotion que j'avais eu en découvrant « Le roi des aulnes » de Michel Tournier (voir le billet Michel Tournier se raconte), en étant assuré de tenir entre les mains un livre d'un homme qui serait dans le futur considéré comme un grand écrivain, je ne suis pas sûr, sauf pour le titre cité, que la postérité donne raison à mon émotion première et le lecteur que je suis devenu ne lui donnerait pas tort. C'est un sentiment voisin que j'ai eu en lisant la bande dessinée de Timothé Le Boucher, « Skins party ». Etant persuadé d'avoir découvert (en ce qui me concerne) un auteur qui comptera dans le futur, si les petits cochons ne le mangent pas, comme disait mon père... La première chance de Timothé Le Boucher pour son premier album, est d'être bien édité par un éditeur dont je n'avais jamais entendu parler avant: manolosanctis. Skins Party se présente sous la forme d'un beau volume de 108 pages sous une couverture cartonnée. Le papier a une belle main et l'impression est sans bavure. On oublie trop souvent que le livre est aussi un objet.

 

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Petite précision sur le titre: Une « skins party », c’est une soirée où se réunissent adolescents et jeunes adultes pour danser au son de musiques diverses déversées à forts décibels prétexte à ingérer moult alcools et drogues, une fête sexuelle aussi, où tout est permis le temps d'une nuit.

 

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Très bonne idée de commencer le livre, puis chaque chapitre qui sont conçu comme des nouvelles graphiques indépendantes, chacun dévolu à un des personnages, par un dessin en pleine page. Ce procédé permet au lecteur de mieux rentrer dans le monde du dessinateur. Il y a toujours, un effort à faire pour un lecteur de bande dessinée pour appréhender la vision du monde proposé par un dessinateur qui est plus brutale, du fait de l'image que lorsque l'on aborde un roman où l'on se fait doucement notre alchimie entre ce que les mots de l'auteur proposent et notre imagier mentale plus ou moins grand. Ces pleines pages, toutes d'un érotisme inventif, sont flatteuses pour le talent de Timothé Le Boucher, il faut bien reconnaître que toutes les cases ne sont pas de cette qualité. Le dessin d'un style que l'on peut qualifier de ligne claire se caractérise par des figures délimitées par un trait fin noir, précis et sûr. Les personnages se détachent sur un décor limité à l'essentiel, c'est sur les décors, maisons ou voitures d'un graphisme trop mou que l'artiste devra progresser (il semble que c'est déjà le cas lorsque l'on visite son blog, visite que je vous recommande chaudement, où j'ai repéré un beau dessin de villa; il suffit de cliquer sur son nom qui suit Timothé Le Boucher), parfois de simple aplats de couleurs. Ces dernières vraisemblablement posées numériquement sur le dessin sont souvent de nuances subtiles dans des tons allant du sourd au fluo. Chaque chapitre ayant une atmosphère et un nuancier propre. Le dessinateur en terme de mise en couleurs raisonne par double page transformant certaines de celles-ci en de beaux camaïeux. La froideur du dessin au néanmoins indéniable érotisme, met une utile distance avec le trash de l'histoire. Chaque page présente un gaufrier assez régulier et simple. Elle est divisée en trois bandes horizontales contenant de une à trois cases. Son sens de l'ambiance est a rapprocher de celui d'un autre dessinateur à peine plus âgé que lui, Bastien Vives, mais ici au service d'une intrigue beaucoup moins languide que celles de son ainé.

 

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Mais peut être encore plus fort que le dessin est l'ingéniosité du scénario dont on ne décrypte l'infernale mécanique qu'une fois lu la dernière page. La progression inéluctable du drame nous enveloppe dans l'effroi petit à petit à mesure que l'on s'attache aux nombreux personnages néanmoins tous bien campés dans leur singularité. Tous des adolescents réunis dans une grande maison, que l'on imagine sise dans un beau quartier à la lisière de la ville, pour une fête où rien ne sera interdit. Le lieu est imprécis la villa se transforme parfois en boite, à ce propos voilà un lieu bien peu présent dans la fiction et presque totalement absent dans la bande dessinée. L'habile découpage appelle une version cinématographique d'autant que « l'éclairage » de chaque scène est très étudié, là encore fait rarissime dans la bande dessinée. De quoi réjouir le chef op et le chef électro de l'adaptation de cette histoire au cinéma que je me plais à espérer (la grosse difficulté d'une telle entreprise serait le casting) Avec cet album en main il n'y a plus qu'a tourner...

 

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Il n'en reste pas moins que le choix d'une fin particulièrement sanglante me paraît discutable, avec ses avantages et ses inconvénients. En ce qui concerne les avantages, en premier lieu elle renforce la cohérence du propos en tirant le récit vers le conte horrifique, le rendant ainsi plus universel et le tirant vers le mythe. Il n'y a ni datation précise, ni ancrage géographique déterminé, même si par quelques détails on sait que l'on est en France, mais on peut facilement transposer le drame ailleurs, et maintenant, mais cela pourrait se situer demain ou il y a cinq ans. Le coté gore renforce également le coté mécanique implacable du scénario. L'inconvénient principale est que la noirceur finale (j'essaye de ne pas trop spolier, le suspense étant un élément non négligeable du récit) fait qu'elle rend moins plausible cette histoire et freine l'identification ( donc l'émotion ) avec les personnages. A propos d'identification je subodore, mais peut être que je fais complètement fausse route) que l'auteur n'est peut être pas très éloigné d'Alexandre... Si j'avais a réaliser l'adaptation pour le cinéma de Skins party, j'en adoucirais la fin et je le situerais très précisément dans le temps (par la musique par exemple) et l'espace (ce qui veut dire un pénible repérage) pour renforcer le coté sociologique qui affleure, probablement d'une manière inconsciente de la part de l'auteur. Je suis conscient que ce serait une petite trahison; mais toute adaptation en est pas une? 

 

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Timothé Le Boucher revendique l'influence de la série britannique skins, mais le sous texte de l'album est encore moins politiquement correct que celui de la série, c'est dire! Fait encore extrêmement rare encore dans la bande dessinée occidentale l'auteur représente frontalement la sexualité, tous les désir avec leurs fantasmes et leurs conséquences. Une autre inspiration est facilement décelable celle du « Hole » de Charles Burns (on peut aller voir le billet que j'ai consacré au dernier livre de ce grand auteur: Toxic de Charles Burns ) tant pour l'âge des personnages que pour la noirceur du propos. L'atmosphère de Skins party m'a aussi fait penser à l'atmosphère du film « Simon Werner a disparu de Fabrice GobertQuant à la construction en plus rigoureuse c'est à celle d'un autre film qu'elle fait penser à « Elephant » puisque l'on revit, comme dans le film de Gus Van Sant, certaines scènes plusieurs fois par les yeux des différents acteurs du drame.

 

 

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Au delà de l'histoire effrénée et de l'élégant érotisme du dessin « Skins party » nous rappelle que tout acte à ses conséquences.

 

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On a hâte, une fois refermé ce passionnant album, de connaître le prochain de l'oeuvre de Timothé Le Boucher, espérons qu'il ne nous fera pas languir trop longtemps...

 

 

 

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LA MONTAGNE DE FEU D'ALFRED COPPEL

1 Août 2025, 06:37am

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Tout lecteur de « La montagne de feu » doit avoir une date en mémoire celle du 6 aout 1945 qui vit les américains lancer leurs bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. Dans le roman d'Alfred Coppel (1921-2004), le 16 juillet 1945 un violent orage détruit la bombe atomique américaine lors de son ultime essai avant son utilisation. C'est cette date du 16 juillet 1945 qui est la date de divergence avec l'histoire que nous connaissons.

La dédicace de l'ouvrage: << Aux milliers d'habitants d'hiroshima et de Nagasaki qui ont perdu la vie à la place des millions d'hommes et de femmes qui auraient trouvé la mort au court de l'opération Coronet.>> doit alerter le lecteur sur ce qu'il va lire car elle justifie ce qu'a toujours mis en avant le pouvoir américain que l'utilisation de l'arme nucléaire en faisant abréger la guerre aurait économisé de nombreuses vies. Le roman est paru aux Etats-Unis en 1982 et en France, aux éditions Mazarine en 1984.

Tout l'art du romancier uchronique est de donner chair à son alternative historique. Pour cela le choix de héros imaginaires et souvent des sans grade de l'Histoire, aide grandement à la crédibilité de l'entreprise. Car il est extrêmement difficile de faire parler dans un roman des figures célèbres de l'Histoire mais par exemple Philip Kerr y parvient très bien. C'est donc le choix de prendre pour héros des personnages sortis de son imagination, même si l'on voit passer Truman, McArthur et quelques autres figures historiques qu'a embrassé Alfred Coppel. On suit tour à tour des combattants américains et japonais. L'auteur nous immerge alternativement dans les deux camps antagonistes où nous découvrons des caractères très différents.

La bonne idée de Coppel a été de choisir parmi ses personnages principaux américains deux militaires ayant de fortes attaches avec le Japon.

On partage le quotidien de cette guerre aussi bien avec des soldats du rang qu'avec des officiers, on est tantôt dans les airs avec des kamikazes, tantôt sur la mer dans les navires américains à moins que ce soit dans une casemate où des soldats nippons sont abandonnés face à l'armada américaine.

L'auteur alterne « des plans larges » dans lesquels il explique clairement les stratégies militaires de part et d'autre et « les gros plans » qui nous font partager l'intimité de différents soldats.

Coppel parvient a bien exposer la fracture qui existait dans la classe dirigeante japonaise entre ceux qui désiraient arrêter la guerre et ceux qui voulais que chaque japonais se batte jusqu'à la mort.

Si ce livre est ouvert par un lecteur ignorant tout du dénouement de la seconde guerre mondiale dans le Pacifique, il aura le sentiment de lire un excellent roman de guerre tenant à la fois de « Mer cruelle », de « La 13 ème vallée » et du « Grand cirque », ce qui n'est pas rien. A propos de ce dernier livre, les rapports avec « La montagne de feu » ne sont pas entièrement fortuits, puisque Alfred Coppel, de son nom complet Alfredo Jose de Arana-Marini Coppel,a été pilote de combat (tout comme Pierre Closterman) dans l'US Air Force durant la seconde guerre mondiale, ce qui explique l'impression de vécu de nombreuses pages du roman.

Après sa démobilisation, Coppel a entamé une carrière d'écrivain, devenant un auteur prolifique pour les pulps (sa première histoire de science fiction était « L'âge de la déraison » paraît en 1947 dansAmazing Stories) dans les années 50 et 60. Il a écrit sous les pseudonymes de Robert Cham Gilman et de A.C. Marin. Romancier prolifique Il a écrit des récits policiers, d'action et de science-fiction (romans et nouvelles). A ma connaissance « La montagne de feu » semble être son seul roman traduit en français; ce qui est bien dommage si ses autres ouvrages sont de la qualité de celui-ci.

Tout comme dans l'autre formidable uchronie sur la guerre du Pacifique, le manga Zipang de Kawaguchi, on en apprend beaucoup sur ce conflit dans « La montagne de feu ».

Coppel qui semble aussi bien connaître la civilisation japonaise que l'américaine a tout de même tendance à caricaturer la psychologie nationale des deux pays. En revanche il montre très bien les ravages fait dans les esprits par la propagande de part et d'autre. Il nous fait entrer dans l'esprit de ces japonais pour qui se sacrifier pour l'empereur était leur devoir (deux mangas remarquable traitent de ces soldats suicides: Tsubasa et L'ile des téméraires). On voit également l'absurdité de ce sacrifice sur le plan militaire. Il nous décrit aussi des soldat japonais assez loin de cette totale abnégation, un peu comme nous le montre Mizuki dans son manga autobiographique « Opération mort »/ Le pacifisme de l'auteur le conduit à ce que nombre de ses personnages connaissent des morts particulièrement absurdes.

L'écriture très vive et précise fait que l'on s'attache à tous les personnages, qui pourtant pour certains apparaissant que d'une façon éphémère, alors que nous en retrouvons d'autres plusieurs fois.

Le roman repose sur une connaissance historique sans faille. Coppel s'appuie sur les archives nationales américaines car si l'opération Coronet n'a jamais été mis en oeuvre, rendue inutile par la reddition des japonais, elle existe néanmoins sous la forme d'études d'état major, de même que la défense Ketsu-go des japonais face à une invasion virtuelle se trouve dans les archives de guerre du gouvernement japonais.

Le livre a été soigneusement édité. Il bénéficie d'une bonne traduction de Françoise et Guy Casaril, d'un glossaire de termes japonais et d'une bibliographie. Il manque juste une carte de la région où a (aurait) eu lieu le débarquement américain au Japon.

La prochaine fois que je me rendrais au sanctuaire Yasukuni où se rassemble selon la tradition, les esprits des guerriers morts honorablement au service du Japon, je serai encore un peu plus ému que la dernière fois.

Ceux qui ont vu le magnifique film de Clint Eastwood, « Lettre d'Iwo Jima » retrouveront avec le roman de Coppel une approche semblable face à la guerre et à la mentalité japonaise.

En parvenant magistralement à humaniser son uchronie Alfred Coppel, il ose même une émouvante romance à la madame Butterfly, a réussi un des chefs d'oeuvre du genre à mettre aux cotés de « Pavane » et des « Iles du soleil »

 

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Nota: Il y a d'autres romans sur ce même thème, mais je ne les ai pas lu et ne sont pas traduit en français, tel Storming Paradise, par Chuck Dixon (2009): la première bombe atomique au Trinity College a explosé prématurément, tuant d'éminents physiciens nucléaires tel que Robert Oppenheimer. Cela force le président Truman a lancer l'invasion sanglante alliée du Japon dans l'opération Downfall. On peut encore citer « Macarthur's War par Douglas Niles and Michael Dobson, Lighter than a Feather par David Westheimer (1971), The Bomb That Failed (British, The Last Year of the Old World) by Ronald W. Clark (1969) et 1945 by Robert Conroy (2007). A l'inverse quelques livres montrent le Japon vainqueur comme dans le célèbre « Maitre du haut château » de Dick ou « The Bush Soldiers » by John Hooker dans lequel les japonais ont investi l'Australie.

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