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SALVADOR ESCALONA, MAITRE DU STREET ART À LA HAVANE

15 Juillet 2025, 06:06am

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La Havane est une ville envoutante et extraordinaire. Paradoxalement elle doit d'avoir préservé sa spécificité et donc sa beauté grâce, si je puis dire à l'embargo américain qui a épargné l'architecture coloniale et surtout celle du début du XX ème siècle qui est unique car elle a été partout détruite ailleurs, en Amérique centrale et dans les Caraibes. Autre paradoxe, j'ai retrouvé une douceur de vivre (apparente ne soyons pas dupes) dans cette ile sous un régime "communiste" comparable à celle que j'avais rencontrée dans le Portugal du "salazarisme" finissant, dans ce Portugal d'hier qui était préservé par un repli sur lui-même.

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Comme ce préambule ne l'indique pas, ce billet va être consacré à un des artistes de "street art" les plus intéressants que j'ai pu rencontrer de par le monde, car, comme vous l'avez sans doute remarqué, je ne manque pas, lors de mes différentes escapades, de photographier les oeuvres de ces peintres des rues qui souvent embellissent les murs et parfois les dégradent; c'est encore un autre paradoxe; ce billet en comportera beaucoup, ce qui me parait inévitable lorsque l'on parle de Cuba...

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Or donc rencontrons Salvador Escalona. La découverte se mérite car pour y arriver lorsque l'on vient du cartier historique d'Habana vieja et de sa place d'arme, point de départ le plus pratique pour toutes excursion dans la ville, il faut traverser tout le quartier Centro Habana car la ruelle décorée par notre peintre (qui a fait des émules dans les parages) ce trouve à l'extrémité du quartier près de celui de Verado.

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Je vous conseille de traverser tout Centro Habana par l'intérieur pour admirer les bâtiments début de siècle dont je vous parlais plus haut et non de prendre par le Malecon, le boulevard du bord de mer, et ensuite le quitter par l'avenue qui lui est perpandiculaire, de Mencal; mais c'est aussi une solution. Il ne faut pas avoir peur de se perdre car El callejon de Hamel la ruelle peinte est connue des habitants qui se feront tous un plaisir de vous renseigner. Elle se trouve entre deux grandes avenue, Aramburu et Hospital.

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Salvador Escalona est un peintre à la fois naif et fantastique. Peintre autodidacte, il se déclare inspiré par Dali, Miro, Picasso et les muralistes de la révolution mexicaine. Je dois dire que cela ne m'a paru évident à voir ses fresques sur les murs de son quartier pas plus qu'en visitant son atelier ou en le voyant peindre. La peinture de Salvador Escalona ressemble surtout à du Escalona et c'est très bien comme cela. Plus décelable dans son inspiration est celle d'une culture afro-cubaine avec ses divinités nées de tous les syncrétismes qui travaillent l'ile.

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Le peintre a mis près de dix ans a décorer tout le pâté de maisons dans lequel il réside. Il ne peut s'agir d'un geste spontané dans un régime aussi autoritaire que celui de Castro. Toutes ces fresques n'auraient pas pu être peintes sans l'aval du pouvoir.

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Salvador Escalona de son quartier de La Havane a essaimé ses peintures murales dans toute l'Amérique latine. Il voyage beaucoup mais lors de mon passage j'ai eu la chance de le rencontrer et de le voir peindre... dans sa rue, totalement dans sa bulle, étranger au vacarme qu'il l'entourait, tout à son oeuvre. A ce propos j'ai remarqué la grande faculté de concentration qu'on les cubains pour s'extraire du bruit de la ville et des incessants bavardages de leurs compatriotes (ci-dessous, le maitre au travail).

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La rue, réservée aux seuls piétons, n'est pas seulement peinte (jusqu'au ciel), elle est encombrée d'installations avec comme objet récurrent la baignoire, sur l'une d'elle on peut lire: La nave del olvido (le navire de l'oubli). D'autres installations peuvent même être habitées (comme celle ci dessous). On y trouve aussi des sculptures diverses dont certaines semblent des sortes d'hôtels puisqu'elles reçoivent des offrandes.

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Très organisé tout cela, je me baguenaudais le nez en l'air, les appareils photos fumants, lorsque j'ai été conduit fort aimablement dans la petite galerie où l'on peut acheter les oeuvres du maître (pas les celles sur les murs mais celles peintes à l'acrylique sur un fort papier à dessin ). Il y a un grand choix et on peut passer le temps que l'on veut à les admirer, certaines sont sur les murs mais la plupart sont en piles. Il faut fouiller! Elles sont d'un prix occidental modéré mais d'un prix cubain élevé. Pour emporter une oeuvre il est conseillé d'avoir un tube en carton assez long disons 80 cm et d'un bon diamètre, 15 cm pour ne pas casser le papier.

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On m'a dit que les installations changeaient assez souvent donc on peut y revenir régulièrement. Très important il y a aussi une petite buvette qui sert un cocktail maison, le Negron bien requinquant après la traversée pédestre de La Havane.

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La Havane, Cuba, décembre 2009 

 

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JEU DE BALLE SUR LA PLAGE DE RIMINI

15 Juillet 2025, 06:06am

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Rimini, Italie, aout 1992

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CARTOGRAPHIE DES NUAGES DE DAVID MITCHELL

15 Juillet 2025, 06:05am

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"Cartographie" des nuages est composé de six récits, disposées par ordre chronologique de 1850 à plusieurs siècles après notre ére.Chacun est écrit dans un style différent. Ils vont du roman de voyage, façon dix neuvième siècle, à la plus classique science-fiction. Le lien qui réunit ces histoires est ténu, sinon peut être leur narrateur et héros principal... Ils ont surtout comme point commun une vision pessimisme du devenir de l'homme qui par essence ne peut courir qu'à sa perte. Ce n'est pas pour rien que « l'éternelle lecture défécatoire » de Cavendish, l'un des protagonistes du roman est « L'histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain d'Edward Gibbon. Cinq de ces récits sont divisés en deux et chacun des morceaux d'une même histoire sont séparés par les fragments des autres. Ce découpage force ainsi le lecteur à passer d'un univers à l'autre, avec un nécessaire temps d'adaptation, un peu comme lorsque l'on passe de l'obscurité à la lumière et que l' on doit habituer ses yeux à cette nouvelle luminosité. Ici la gymnastique intellectuelle, si elle est parfois rude, est stimulante. Elle met en évidence les dons d'écriture de Mitchell, capable de passer d'un style à un autre en ne nous épargnant aucun des codes de chacun des genres qu'il aborde.

L'entrée en matière de "Cartographie des nuages" confirme, après celle "Des mille automnes de Jacob de Zoet", écrit par Mitchell postérieurement au livre qui est le sujet du présent billet, mais lu en ce qui me concerne avant "Cartographie des nuages", que l'auteur affectionne des attaques tonitruantes: un homme en habit fouille le sable d'une plage tropicale pour en extraire des dents humaines, vestiges d'agapes cannibales, en vue d'en faire des dentiers pour riches douairières anglaises. Cette anecdote débute le journal de voyage, écrit du coté de la Nouvelle-Zélande, au milieu du XIX ème siècle, par Adam Ewing, un jeune et naïf notaire de San-Francisco, cousin littéraire des impétueux et candides héros verniens. La narration des passionnantes et drolatiques aventures de notre homme, auquel on commençait à s'attacher, s'interrompt brusquement au milieu d'une phrase. A la page suivante nous sommes en 1931, à Londres puis en Flandre, en compagnie d'un godelureau musicien, Robert Frobisher (Frobisher est le nom d'un personnage de la série docteur Who, ce n'est peut être pas un hasard...), qui tente de se faire engager par un célèbre compositeur finissant en tant que secrétaire dans la secrète intention de vampiriser le talent de ce maitre en fin de parcours. Nous sommes informés de ces louches péripéties par les lettres qu'écrit le jeune homme à un mystérieux interlocuteur, un certain Sixsmith probablement son amant. Nous apprenons incidemment, page 94 (la pagination dans ce billet se réfère à l'édition du roman dans la collection de poche Point, n°P2759), que les pages du journal d'Adam Ewing que nous avons lues au début de l'ouvrage étaient celles lues par Frobisher, pages issues d'un volume incomplet découvert dans la bibliothèque de son mentor de compositeur. Mitchell dans cet épisode égaye sa prose de saillies inattendues, telles que: << Trouve moi un fermier placide et je te montrerais un chef d'orchestre sain d'esprit. >>. Frobisher est un épistolier plein de verve et ses missives, qui tiennent beaucoup du journal intime, passent sans crier gare d'Oscar Wilde à Feydeau dans ces minutes du séjour au château de Zedelghem lieu de résidence du vieux compositeur où le jeune homme a réussi à s'incruster et où soudain passe Elgar...

C'est tout aussi soudainement que nous quittons notre jeune arriviste pour être cette fois propulsé dans la Californie de 1975 où nous faisons connaissance, plus de quarante ans plus tard, avec le destinataire des lettres de Frobisher, Sixsmith qui s'avère être un célèbre savant atomiste, âgé de soixante six ans lorsque nous le rencontrons. Il s'apprête, grâce à une jeune journaliste, Luisa Reys, rencontrée par le plus grand des hasards, hasard induit par un ascenseur récalcitrant, à dénoncer, au péril de sa vie, les magouilles politico-financières qui ont permis l'installation sur la côte californienne d'une centrale nucléaire qui pourrait à terme être dangereuse pour la population. Page 158, Sixsmith relit pour la énième fois les lettres que lui a envoyées jadis son ami Frobisher. Je ne vous révèlerai pas la fin, car contrairement aux deux précédentes cette histoire se termine (ou tout du moins à ce stade du livre on peut croire qu'elle est terminée). Pour trousser ce thriller haletant, façon John LeCarré dernière manière, il suffit à David Mitchell de 78 pages. Vélocité remarquable pour vous torcher une histoire passionnante, avec de nombreux personnages attachants que la quasi totalité de ses confrères aurait étirée sur 400 laborieux feuillets. C'est ce qui différencie le véritable écrivain du fabricant de best-seller, malheureusement peu de lecteurs s'en aperçoivent.

Sans transition, après une chute brutale, nous voilà avec Timothy Cavendish, un solitaire vieillissant, éditeur de son état, très anglais, à la fois old school et marron. La rupture est rude entre le thriller qu'est « La première enquête de Luisa Rey et la narration des infortunes du malheureux et assez peu sympathique Cavendish même si les secondes commence comme se terminait la première: par une mort brutale et spectaculaire. Mais celle qui ouvre les mésaventures du triste éditeur a quelque chose de grotesque qui rappelle celles que l'on rencontre dans les contes noirs de Roald Dahl. Entre deux catastrophes notre éditeur soupèse le bien fondé de publier un roman intitulé... « La première enquête de Luisa Rey »! La suite du chapitre est franchement cocasse et pourrait s'appeler, un homme dans un train, en référence au célèbre « Trois homme dans un bateau » de Jérome K. Jérome dont Mitchell empreinte le ton désabusé et fataliste face à l'absurde engrenage qui entraine Cavendish vers sa chute. Après une fin abrupte et un peu facile des hilarantes avanies qu'endure Cavendish, on surgit sans transition avec "L'oraison de Somni~451 dans un futur qui tient beaucoup du « Meilleur des mondes » d'Huxley et des romans d'Isaac Asimov, sans oublier l'univers de Kafka puisque David Mitchell empreinte la forme du procès pour dérouler son récit. L'atmosphère au début de ce chapitre est proche du roman éponyme du maitre de Prague. Ensuite on bifurque, via les confessions de Somni~451, clone esclave qui a bravé les lois de ce monde en accédant à la connaissance, vers une satire de notre univers (la servitude, l’utilisation des uns par les autres sont des problématiques récurrentes de l'oeuvre de David Mitchell). Nous sommes donc en compagnie d'un clone surdoué de sexe féminin, bien qu'en l'espèce le sexe n'ai pas une grande place dans ce chapitre et guère plus dans les autres, même si les sous entendus dans ce domaine ne manquent pas. On subodore, via les noms que"L'oraison de Somni~451" se situe dans une Corée fururiste (on sera certain de la localisation de cet épisode que dans sa seconde partie) où des séries de clones génétiquement spécialisés et drogués en permanence sont reclus dans les tâches les plus ingrates de la société pour en libérer les "sang-purs". Somni~451 (allusion à Bradbury) est une "factaire" dans un restaurant où elle est serveuse (Mitchell crée tout un vocabulaire où les néologismes sont néanmoins toujours compréhensibles. Dans le monde de Somni~451 les noms de marques que nous connaissons sont devenus des noms communs un "disney" est un film, une "ford" une voiture qui consomme de l'exxon, une chaussure un "nike", un café est un "starbuck", etc.). Elle sait qu'un jour on ajoutera une douzième étoile à son collier et qu'elle pourra alors rejoindre l'Arche pour être enfin pourvue d'une "Âme" et vivre une retraite heureuse dans une ile paradisiaque. Mais à la suite d'une série de circonstances elle a été soumise à un catalyseur d'élévation qui a augmenté son quotient intellectuelle qui en fait la première "élevante" stable qu'ait connue l'histoire...Incidemment au cours de l'interrogatoire de la rebelle nous apprenons qu'elle a vu un film racontant les misères de Cavendish. Le style de cet épisode est un peu pénible d'accès, Mitchell en rajoutant dans le jargon science fictionnesque, mais on s'habitue assez vite néanmoins. Cet auteur honteusement doué est un peu comme ces monstres sacrés du théâtre qui ne peuvent s'empêcher de cabotiner. David Mitchell est un cabotin littéraire.

On quitte le génial clone sur un coup de théâtre abscons. On espére alors retrouver la surdouée pour connaître la suite de ses aventures, tant elles ont fini par être passionnantes; heureusement l'attente sera assez courte. Ensuite nous sommes avec un nouveau narrateur, Zachry, un rustaud qui se révèlera un bon bougre plus finaud qu'on aurait pu le croire de premier abord, patoisant une sorte de québécois fatigué (saluons le tour de force du traducteur, Manuel Berri qui doit changer lui aussi de style d'écriture à chaque chapitre) au moment où, dans une campagne hostile et touffus, il est au prise avec des espèces d'iroquois particulièrement féroces. Le pauvre lecteur se demande où a-t-il bien pu atterrir cette fois (il le saura une cinquantaine de pages plus loin, découvrant par la même occasion où se déroulait le chapitre précèdent). Il s'est aperçu que « Cartographie des nuages » est une espèce de véhicule à voyager dans le temps et que plus il avance dans l'ouvrage, plus il va vers le futur. Nous sommes partis du milieu du XIX ème siècle pour continuer dans les années 1930 poursuivre par les seventies puis arriver de nos jours avec les malheurs de Cavendish puis par être transporté, avec le chapitre L'oraison de Sonmi-451, sur une terre presque complètement dévastée (les terres mortes) aux alentours du XXIII ème siècle. On peut donc légitimement penser que « La croisée d'Sloosha pis tout c'qu'a suivi » se déroule dans une époque encore plus lointaine où l'humanité où une fraction de celle-ci serait retournée à un mode de vie primitif. Ce qui se confirme assez rapidement car la tribu de notre rustre conteur dont on nous apprend qu'elle habite dans une ile (le tropisme insulaire est capital chez Mitchell). L'ile est bientôt visitée par un mystérieux navire dont l' équipage d'humains est beaucoup plus évolués que les indigènes. Ces "civilisés" laissent une femme pour faire de l'ethnologie auprès de ces primitifs (on peut voir un lien subsidiaire entre le premier chapitre et le dernier chronologiquement parlant, sous la forme du navire qui conduit l'ethnologue dans l'ile de Zachry reflet venant du futur du bateau dans lequel embarque au premier chapitre Adam Ewing) . Mitchell cette fois à travers ce conte raille les ethnologues vus comme grands destructeurs des milieux qu'ils étudient. L'auteur ne cesse de s'amuser et d'amuser le lecteur par la même occasion, par de nombreux détails comme celui de doter les visiteurs évolués de peau noire alors que les primitifs sont blancs... Ne résistant pas longtemps à rester dans un genre même dans le cadre d'un chapitre, Mitchell nous entraine bientôt dans un roman d'aventure post apocalyptique palpitant mêlant le feuilleton, avec parfois suspense au bas de page, pour en faire au sens strict un page turner, au conte philosophique. A mon avis ce chapitre est le sommet (je reviendrai sur ce terme qui pour une fois n'est pas écrit au hasard de la plume) parce que pour la première fois le romancier quitte une certaine froideur de ton qu'il avait gardé malgré la diversité des styles pour nous faire entrer complètement en empathie avec Zachry et nous faire trembler pour lui.

On se sépare a regret du tourmenté Zachry pour retrouver notre femme clone qui sera apparue à Zachry dans des circonstances qu'il serait dommage de dévoiler car cela obligerait à gravement spolier. En retrouvant la géniale proscrite on s'aperçoit que l'on redescend, si l'on prend la montagne comme la métaphore du roman et que l'on va retrouver des chapitres miroirs de ceux que l'on a rencontré pour "monter" jusqu'aux aventure post cataclysme de Zachry.

La structure du livre est à la fois ludique et savante. On peut la visualiser en deux cercles de même rayon qui n'auraient qu'un point commun eux même contenus dans un cercle qui aurait un point commun avec chacun d'eux et dont le centre serait le point commun des deux cercles et dont le rayon serait le double du rayon des deux cercles se jouxtant. Je m'explique: Le roman au dernier chapitre revient aux lieux, au temps et aux héros du premier. Le livre est donc circulaire quant à sa temporalité. D'autre part on peut supposer que certaines des péripéties du récit d'Adam Ewing, le premier narrateur du livre qui en sera aussi le dernier, se déroulent au même endroit que le drame vécu par Zachri dans le chapitre « sommet » du roman d'où les deux cercles géographiques contenus dans le cercle temporel.

Peut être que si David Mitchell n'avait pas redescendu « la montagne » et avait arrêté son roman à la fin de « La croisée d'Sloosha pis tout c'qu'a suivi » « cartographie des nuages » aurait été encore plus convaincant car après avoir avalé les 700 pages de l'ouvrage, le lecteur, même boulimique, est un peu écoeuré de absorption d'une telle profusion aux goût si variés. La dernière page terminée, il est un peu dans l'état du client qui vient d'ingérer le menu gastronomique d'un restaurant multi étoilé. Bien sûr si Mitchell avait mis fin à ses prouesses romanesques au sommet de son livre, nous aurions manqué le désopilant roman comique qu'est la fin des avanies de Cavendish et l'haletant thriller du retour de « La première enquête de Luisa Rey>>, ce qui aurait été dommage...

Ce qu'il ne faut pas oublier de dire c'est que « Cartographie des nuages » est un formidable page turner que l'on ne peut lâcher avant la fin; le suspense est permanent d'où la grande difficulté pour un chroniqueur d'en rendre compte sans en dévoiler les intrigues, néanmoins je reprocherais à son auteur paradoxalement sa trop grande dextérité tant pour la construction sophistiquée de l'ouvrage que pour le style. Si les histoires que nous raconte ce prodigieux conteur qu'est David Mitchell sont toujours palpitantes le plaisir de lecture est inégale suivant celle qui nous est contée. On sent parfois le romancier forcer un peu trop son talent dans la gouaille et le burlesque dans les malheurs de Cavendish et vouloir faire trop littérature populaire dans le thriller qu'est « La première enquête de Luisa Reys ».

J'ai lu ici ou là, que David Mitchell était un auteur post-moderne. Je ne sais pas très bien ce que cela veut dire; si on veut dire par là qu'il y a un jeu inter textuel dans ce roman, alors Don Quichotte, Les mémoires d'Adrien, Les liaisons dangereuses, Moi Claude empereur et Le manuscrit trouvé à Saragosse (titres cités au hasard de ma mémoire fatiguée) et une palanquée d'autres livres sont post modernes! Si on sous entend par post moderne que notre auteur, en plus de tous les écrivains cités plus haut a probablement lu Gombrowicz, Borges, Italo Calvino, Ryu Murakami et surtout Haruki Murakami avec qui il partage le don de passer avec fluidité du naturalisme au fantastique, quelques séries noires et un bon nombre de romans maritimes et de science-fiction ( un personnage cite Soleil Vert un autre « Le meilleur des monde » et « 1984 ») et encore beaucoup d'autres choses, il me semble qu'il faudrait plutôt le louer de son érudition plutôt que de la lui reprocher.

Je pense qu'un peu comme « La vie mode d'emploi de Pérec », « Cartographie des nuages » est un livre à clés littéraires, malheureusement je suis une bien pauvre soeur tourière et mon trousseau de clés est bien pauvre.

Il ne faudrait pas que paradoxalement le talent de l'auteur masque le message peu banal qu'il paraît nous faire passer: Mitchell semble vouloir dater le sommet de la civilisation au milieu du XIX ème siècle et suggérer que depuis l'homme court à sa perte.

Même s'il en fait beaucoup dans la prouesse littéraire, la dite prouesse est indéniable. L'auteur conjugue virtuosité formelle et plaisir narratif, sophistication de la construction et intensité des personnages. Les constantes ruptures de style fait de Mitchell un étonnant caméléon littéraire et un prodigieux raconteur d'histoires garantissant un plaisir de lecture rarement atteint.

 

Nota

Au risque de passer pour un anglomane frénétique, j'avancerais que les lettres anglaise ont plus de chance que les notres quand on sait que pour le Booker Prize 2004, la récompense de 50 000 livres sterling échappa à « La cartographie des nuages au profit de "La ligne de beauté d'Alan Hollinghurst"...

 

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Paros, deux frères au bord de la piscine

15 Juillet 2025, 06:04am

Paros, juillet 2020

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Dans le petit musée de Paros

15 Juillet 2025, 06:03am

Paros, juillet 2020

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Une saison à Hydra d’Elizabeth Jane Howard

14 Juillet 2025, 07:43am

 

Ce n’est pas dénigrer le beau roman d’Elizabeth Jane Howard, paru en Angleterre en 1959, que d’écrire qu’il a été écrit sous l’influence de Virginia Woolf et que par là même il constitue un idéal tremplin pour aborder l’oeuvre de cette dernière. Le roman se déroule du printemps à la fin de l’été. Nous sommes au milieu des années 50. Nous y visiterons plusieurs lieux successifs d’abord Londres, puis New-York, puis Athènes, puis Hydra, c’est dans cette ile grecques que se dénouera l’action et enfin retour à Athènes. Ces changements de décors  et les transitions, voyages en avion ou en bateau qui les accompagnent sont intrinsèquement liés à la narration.

Il y a quatre protagonistes dans cette histoire, deux hommes et deux femmes. Leur histoire est racontée tour à tour du point de vue de chacun. C’est le même procédé, mais avec plus de maitrise que Elizabeth Jane Howard utilisera quelques années plus tard pour sa saga des Cazalet. L’un des plaisir de ce roman et ils sont nombreux est que l’ On en vient à attendre telle ou telle voix dans une nouvelle situation, dans tel ou tel contexte, on se demande ce que l'un ou l'autre a pu comprendre de ce qu'éprouvent les autres et quelle est sa réaction.

Il y a Emmanuel Joyce, un auteur dramatique à succès d’une petite soixantaine d’années. Son talent, le mot génie est employé par l’entourage et le public en fait un homme public. Il est d’une origine très modeste, mi juive mi irlandaise. Il est marié depuis une vingtaine d’années avec l’élégante Lillian issue de la meilleure société anglaise de vingt années sa cadette, mais de santé fragile. Ils ont eu une fille qui est morte à l’âge de deux ans d’une méningite. Emmanuel en garde une tristesse récurrente quant à Lillian elle n’a jamais accepté cette perte Elle entretient sa douleur. Emmanuel ne peut se passer de Jimmy, jeune homme de trente ans qui a connu une enfance difficile. Il est son homme à tout faire, à la fois factotum, manager, disciple et souvent metteur en scène de ses pièces. Jimmy vit avec les Joyce, même s’ils n’ont pas de foyer mais vivent dans des grands hôtels ou dans des appartement qu’ils louent pour des courtes périodes ou encore résident dans des maisons que leur prêtent des amis. Ce curieux trio vagabond fonctionne depuis des années et forme une famille, lorsque survient, Alberta, 19 ans, la nouvelle secrétaire d’Emmanuel, une ingénue campagnarde, fille de pasteur. Elle m’a paru, tout de même un peu trop oie blanche, même en 1955 pour être tout à fait crédible.

L’arrivée de la jeune fille va bouleverser la vie des trois autres qui vont eux même faire que la vie d’Alberta prendra un tour qu’elle n’aurait jamais cru possible.

A ce sujet le titre orignal The sea change, est beaucoup plus explicite que le titre français, un brin mensonger. Mais il est vrai que île est centrale dans le texte, c’est qu’il s’agit du lieu où tout va se jouer, comme sur une scène de théâtre. Là-bas, les masques vont tomber et les protagonistes, qui jouaient tous un rôle, vont petit à petit l’abandonner. « The sea change » repris à La Tempête de Shakespeare – Sybille Bedford nous explique tout dans une passionnante introduction – renvoie à de profondes transformations. La vie change, comme la mer, selon certains courants, intérieurs ou extérieurs. Ce roman explore la notion de changement de cap dans une vie, ces moments où soudain tout s’ouvre, le possible comme le pire.

Les portraits de chacun se dessinent progressivement, ni tout à fait blancs ni tout à fait noirs. Chacun a ses blessures secrètes, ses égoïsmes, ses routines, ses espérances aussi. Un besoin de l'autre, et aussi une incapacité à le voir autrement que pas ses yeux et par le besoin qu'il a de lui. Le point de vue alterné de chacun de ces personnages permet au lecteur d'accéder à leurs états d'âme. Par ailleurs, l'évocation de leur passé dont il est question régulièrement éclaire leur comportement présent et leurs choix quant à l'avenir.

On verra chaque personnage à force d’introspection évoluer et même effectuer des changement dans leur personnalité que l’on aurait pas envisagé au début du roman. C’est le cas en particulier d’Emmanuel qui n’est pas présenté au début sous un jour favorable. En même temps que les personnages le ton du roman au début dans la première scène, un suicide raté on est dans un humour noir cynique à la Mitford puis progressivement la gravité s’installe et le ton rappelle celui des grands romans de Graham Greene.

Une saison à Hydra n’est pas un roman à clés même si en tant qu’épouse de Kingsley Amis, Elizabeth Jane Howard a fréquenté les milieux intellectuels aussi bien en Angleterre qu’aux Etats-Unis. L’aura d’Emmanuel de son vivant fait penser à celui qu’en France à eu en France Sacha Guitry, au Etats-Unis Tennessee William et en Grande Bretagne Noel Coward et un peu plus tard Harold Pinter. Mis un des manques de roman est que l’on a pas véritablement idée de la teneur des pièces qu’écrit Emmanuel Joyce. Il est d’ailleurs peu question du travail de l'écriture, de la mise en scène ou de ce qui fait l'intérêt d'un comédien. Mais avec les entrée ssuccessives de chacun des personnages et les dialogues brillants, on a parfois l’impression d’être dans une pièce de théâtre. On peut regretter aussi que les personnages secondaires ne soient pas assez développés. J’aurais aimé en savoir un peu plus sur le couple émouvant des Friedman et surtout sur Julius, l’enfant sur-doué d’Hydra.

Elizabeth Jane Howard est une extraordinaire paysagiste. Chose peu fréquente pour un lecteur j’ai pu de visu le vérifier puisque j’ai lu ce roman dans une ile grecque avec devant les yeux des paysages assez semblables à ceux d’Hydra

La force de la romancière c’est de faire parler et réfléchir d’une manière convaincante des personnes d’âges et de conditions différentes.

Tout cela est mené de main de maitre, chaque détail, chaque scène, chaque description est utile au développement de l’intrigue et l’on éprouve beaucoup d’émotion en quittant le quatuor.

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Jeux place Saint-Sulpice (2)

14 Juillet 2025, 07:37am

 

Paris, été 1982, photo B.A

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En se promenant à Paros

14 Juillet 2025, 07:37am

 

Paros, juillet 2020

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Boudin au Musée Marmottan-Monet (3)

14 Juillet 2025, 07:36am

 

Paris, juillet 2025

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street art à Athènes

13 Juillet 2025, 16:22pm

juillet 2020, photo B.A

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