Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

LA RONDE DE NUIT, UN FILM DE PETER GREENAWAY

20 Juillet 2025, 08:52am

Gaff1298989984On retrouve avec plaisir le cinéma de Peter Greenaway après une trop longue absence avec les même défauts et les mêmes qualités que lors de notre dernière rencontre. Il y a toujours cet intellectualisme un peu cuistre que transfigure un regard d'esthète qui peut devenir de temps à autre  légèrement salace, cet amour des intrigues de pouvoir compliquées dans un microcosme.
Le sujet du film, une spéculation sur le sens caché du plus célèbre tableau de Rembrandt, La ronde de nuit. Le tableau serait, crypté, et dénoncerait un crime et désignerait le coupable; la révélation d'un crime, rappelle beaucoup celui de "Meurtre dans un jardin anglais"; mais les personnages de "La ronde de nuit sont beaucoup moins policés que ceux du premier opus de Greenaway.
On apprend que c'est sur l’insistance de Saskia, son épouse enceinte, que Rembrandt, alors au sommet de son art et de sa gloire, accepte, avec réticence, une commande, un portrait de groupe de la milice civile d’Amsterdam ce qui donnera l'immortel "Ronde de nuit". Saskia lui donne un fils Titus qui mourra en 1668, un an avant son père. Saskia ne se remet pas de ses couches mais vivra assez longtemps pour voir le tableau. Le peintre découvre par hasard un horrible assassinat. Déterminé à faire éclater la vérité, il bâtit méthodiquement son accusation à travers la peinture qui lui a été commandée. Il compte ainsi révéler le visage aussi sordide qu’hypocrite de la société hollandaise...
Le réalisateur suggère que c'est la vengeance des notables d'Amsterdam qui aurait conduit Rembrandt à la ruine et non comme c'est communément admis les dépenses somptuaire de sa maîtresse et le changement de mode.
Les scènes de sexe des plus crues ne manquent pas dans le film et Martin Freeman, un parfait Rembrandt véritable sosie du peintre de nous cache rien de ses avantages qui, n'étant pas du calibre de son talent de comédien, il eut peut être été préférable de ne pas sur exposer.
Plus intéressant que le mac gufin que constitue le mystère, quasi policier, du tableau où la peinture un peu trop à charge de la bourgeoisie amsterdamoise, est le portrait de Rembrandt que nous propose Greenaway, tantôt candide, tantôt calculateur, tantôt faible, tantôt courageux, souvent paillard, parfois fleur bleue et surtout dominé par son amour des femmes.
Le film qui se regarde sans ennui malgrè sa longueur, vaut néanmoins surtout pour le magnifique travail du directeur de la photo, un maître du clair obscur qui fait défiler devant le spectateur une suite ininterrompue de "Rembrandt" et cela sans jamais tomber dans le statisme où sont tombé de nombreux films ayant pour sujet un peintre. Je conseille au futur spectateur du film de réviser son rembrandt avant pour se mettre les toiles du peintre "dans l'oeil".
Greenaway nous fait voir la "Ronde de nuit" un peu différemment lorsqu'il met en évidence l'ombre « très démonstrative », selon le cinéaste, de la main d'un personnage qui s'étale sur le ventre d'un autre. Est-ce une provocation d'ordre sexuel ?, s'interroge Greenaway.

 

 

Le cinéaste dynamise son film par des artifices un peu clinquant comme l'adresse du comédien à la caméra ou bien encore le galop d'un cheval dont on a l'impression  qu'il va finir  contre notre fauteuil.  Pourtant ces subterfuges qui pourraient être grossiers donnent un peu d'air au film grâce à l'excellence des décors et la grande qualité des comédiens. Les quelques extérieurs sont judicieusement distribués tout au long du film et réussissent à nous faire oublier ce que la scénographie de Greenaway à de trop théâtrale avec ce lit qui tient du char à banc et du radeau sur lequel se déroule une grande partie du film. Le réalisateur a l'intelligence de ne jamais montrer Rembrandt peindre...
La ronde de nuit est une extravagance historique qui n'est pas sans rappeler celles de Ken Russell, cinéaste qu'il serait temps de réévaluer.

 






Voir les commentaires

En se promenant à Naxos

19 Juillet 2025, 07:03am

Naxos, juillet 2020

Voir les commentaires

Miss.Tic

19 Juillet 2025, 07:03am

 

 

DSC03608.JPG

 

 

 

DSC03607.JPG

Paris, avril 2012

Voir les commentaires

TROCA 86 (3)

19 Juillet 2025, 07:02am

PICT0065-copie-1.JPG

 

PICT0069-copie-1.JPG

 

PICT0077.JPG

 

PICT0066-copie-1.JPG

 

PICT0067-copie-1.JPG

 

PICT0070-copie-1.JPG

 

PICT0075.JPG

 

PICT0076.JPG

 

PICT0080-copie-1.JPG

 

PICT0081-copie-1.JPG

 

PICT0082.JPG

 

PICT0083.JPG

 

PICT0084.JPG

 

PICT0085.JPG

 

PICT0086.JPG

 

PICT0087.JPG

 

PICT0088.JPG

 

PICT0089.JPG

 

PICT0090.JPG

Trocadéro, Paris, mai 1986

Voir les commentaires

RALPH NICHOLAS CHUBB

19 Juillet 2025, 07:01am

 

 

Ralph Nicholas Chubb (1892-1960) était poète, imprimeur et artiste.

Il est né à Harpenden, dans le Hertfordshire en Angleterre, et a grandi dans la ville de St Albans. La famille de Ralf Chubb y a déménagé avant son premier anniversaire. Chubb a étudié à l'école Abbey Gatehouse et plus tard au Selwyn College de Cambridge, il est devenu officier lors de la première guerre mondiale dans laquelle Il se conduit honorablement, mais il a développé un fort trouble de stress post-traumatique et en 1918, il fut déclaré invalide. De 1919 à 1922, Chubb a étudié à la Slade School of Art de Londres, où il rencontra Leon Underwood et d'autres d'artistes influents d'alors. Il a contribué à cette époque à plusieurs magazines.

 

Ralph Chubb

 

Bien que ses œuvres soient montrées dans des endroits importants tels que la Galerie Goupil ou à l' Académie royale, ses peintures ne sont s'y pas vendues. Il s'installe avec sa famille dans le village de Curridge, près de la ville de Newbury dans le BerkshireIl commence à consacrer à l'impression, qui restera toute sa vie, sa principale activité.

 


 

Figures in a field, 1922

 

 

Il a écrit des livres de de poèmes sur le thème des jeunes adolescents qu'il illustrait de ses propres et nombreuses lithographies. Sans aide commerciale, il a imprimé ses livres tout seul à compte d'auteur et les a édités dans des petits tirages. Ses poèmes sont fortement influencés par Walt Whitman et William Blake.

 


 

A fable of Love and War, 1925





A fable of Love and War, 1925



A fable of Love and War, 1925


… a goodly youth,

Naked, triumphant, spurning with his foot

A heap of lumber, shattered instruments,

Books, broken statues, tumbled palaces;

And women, babes and elder men

Bowing before him and all crying out,

“Worthiest full life who fullest life enjoys!”

And he made answer on high, “Is any here

“Of fuller being than I? I’ll bow to him!”

—then is gone.




A fable of Love and War, 1925
 

 

Dans son "livre de la folie de Dieu" (1928), il déclare son amour des garçons dans un long poème, tandis que dans les "chérubins de l'eau" (1937) on y trouve un poème en couplets rimés sur les baignades des garçons.

Le travail d'impression de Chubb a été interrompue par la guerre, mais en 1948 , il commence la troisième période de son travail et fait paraitre deux volumes importants : "Les enfants de l'aube" et les "Flammes du lever du soleil"Chaque page de ces deux volumes sont remplies d'obscures digressions sur la mythologie illustrées par les dessins de l'auteur aux significations symboliques. En résumé, on peut y voir une prophétie de la rédemption de l' Angleterre, et la venue d'un Dieu-garçon.

 

 

Woodcuts, 1928
 

 

 

L'autre thème qui traverse son œuvre entière est un amour plus prosaique des garçons. Il a été persécuté par le souvenir d'un jeune choristes à St Albans qu'il a aimé passionnément et qui aurait disparu brusquement de sa vie. De la même façon il semble avoir eu une courte relation sexuelle avec un autre garçon lorsque Chubb avait 19 ans. Cette relation l'a beaucoup marquée. Il a pris cette avanture amoureuse comme modèle pour ses futures visions d'un paradis auquel il aspire. Les Livres de Chubb ont été progressivement de plus en plus marqués par la paranoïa du poète. Pour tenter de justifier son désir homosexuel, il a créé une mythologie personnelle où il a tout expliqué en des termes que lui seul pouvait comprendre. Chacun des divers anges, chevaliers, clairvoyants et autres jeunes dieux qui peuplent son monde de rêve, chacun représente un aspect de son introspection. Chubb a toute sa vie essayé de concilier son intérêt sexuel avec son désir d'accomplissement spirituel.

 

 

The Shipboy's Tale

 

Chubb a eu du mal, comme beaucoup d'autres artistes de sa génération, avec la science et le monde moderne. Il fut méprisant, pour les scientifiques, les théologiens orthodoxes et les politiciens qu' il accuse de vouloir supprimer sa liberté.

 



 

Study of an angel


Manhood: A Poem

Breasting the swell of ocean with broad breast,
Heaving your huge shoulders out of the water
And crushing it with your thick thighs;


The monsters, I say, eye you
And writhe with their sinuous limbs together and wait, and eye you;


Then, when I see you thus, shall I not be proud to be a man? …




 

Comme sa santé s'affaiblissait, et qu' il était confronté à des difficultés juridiques et financières permanentes, Ralph Chubb a renoncé à ses œuvres controversées au milieu des années 1950. Période où il a commencé à recueillir ses premiers poèmes et ses souvenirs d'enfance et les a réimprimé. "Treasure Trove" et "La ville dorée" (publié à titre posthume). Dans les dernières années de sa vie, il a fait don des volumes qui lui restait à la bibliothèques nationale britannique. Chubb est mort paisiblement  dans son chalet en chêne de Fair Oak dans le Hampshire le 14 janvier 1960. Il a été enterré à côté de ses parents à l'église de Woodland Kingsclere.

 

 

The Sun Spirit

 

Capture-d-ecran-2011-09-02-a-08.12.27.jpg

Capture-d-ecran-2011-09-02-a-08.10.44.jpg

 

 

Songs Pastoral and Paradisal, 1935
 

 

 

Une des particularités que je trouve amusante est que ses garçons peu habillés qui batifolent dans des scènes semi-mystiques  s'ébattent dans des paysages qui pourraient avoir été peint dans les années 20 pour les affiches de promotion pour le rail britannique. 

 


 

Les baigneurs, galerie d'art de ville de Southampton 

 



Voila ce que dit de Ralph Chubb son grand admirateur Dennis Cooper: << Chubb qui fut un beau jeune homme avec ses cheveux sombre, sa belle chemise à col ouvert et son visage diaphane est une des figures la plus adorable et la plus honteusement négligées de "l'Histoire gay". Ralph Nicholas Chubb (1892-1960) était une anomalie à son époque: un garçon sensible qui devrait avoir été tué dans les tranchées, mais qui comme beaucoup d'une certaine façon y est mort; un mystique sans ambages à l'ère du mécanisme ; un artiste puissant et un poète douteux, qui a sacrifié son art pour la production de livres rares quelque peu illisibles. Ces livres étaient destinés à changer le monde, mais ils ont été imprimés par sa propre main dans des tirages si petits que peu de ses disciples parviendront jamais à les lire. Il détestait mercantilisme, puritanisme et débauche cynique. Il aimait la liberté.>> 

 

 


 

Nicholas Chubb, musée de Leamington 

 

 


 

 
Paysage avec un bâtiment de ferme et une porte de champ, dans galerie d'art de station thermale deLeamington 



 

 
 
Ganymede
 
 



Contemplation, galerie d'art de la station thermale de Leamington 
 
 




Joie sans entrave, musée de Hereford
 


 

 
Vallée enchantée, galerie d'art de Ferens 
 
a été à vendre sur e-bay
 

 


 


Capture-d-ecran-2012-02-13-a-08.16.38.jpg
Capture-d-ecran-2012-02-13-a-08.16.00.jpg
Capture-d-ecran-2012-02-13-a-08.15.43.jpg
Capture-d-ecran-2012-02-13-a-08.15.23.jpg
 
 
One of the incredibly rare, hand-painted books by Ralph Chubb. England, 1934.

 

 

Voir les commentaires

LES MILLE AUTOMNES DE JACOB DE ZOET DE DAVID MITCHELL

18 Juillet 2025, 06:41am

9782879297613.jpg

 

 

Avec l'ouvrage de David Mitchell, dont je n'avais rien lu jusqu'alors, nos avons à faire à un tour de force littéraire qui cache habilement son jeu par la fluidité de son écriture. Paradoxalement l'impatience qu'a le lecteur à ce précipiter sur la page suivante fait que celui-ci risque de ne pas remarquer la poésie des images que Mitchell instille dans le suspense du récit.

L'attaque du roman n'est pas aimable, si d'emblée nous savons que nous sommes dans le Japon ancien, nous ne savons pas immédiatement quand. Nous tombons, sans préambule, au beau milieu d'un accouchement difficile et sanglant dont aucun détail nous sera épargné. Avalé cet apéritif déconcertant d'une vingtaine de pages, le roman se déploie sur 700, nous sommes projeté en 1799 dans l'ile de Méjima, appendice de Nagazaki, une ile artificielle, de 120 mètres de long et de 75 de large, dans la baie de Nagazaki, reliée à la grande ile par un pont, le microcosme dans lequel les japonais confinaient une petite communauté de la Compagnie des Indes orientales unies, seule entité étrangère avec laquelle l'archipel concédait à commercer. Pendant plus de deux siècles ses résidents européens ont fourni le Japon en coton, en soie, en sucre contre de l'argen et de l'étain. L'ilot a initialement été construite pour les portugais avant d'échoir aux néerlandais de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Durant 250 pages nous faisons connaissance avec les habitants de cette chiche enclave par les yeux du jeune Jacob de Zoet, clerc impécunieux venu tenter de faire fortune dans l'espoir de revenir au bout des cinq ans de son engagement les fontes suffisamment pleines pour que le père de sa promise lui accorde l'autorisation de se marier avec sa fille. Il avait trouvé Jacob trop démuni lors de sa première demande. Zoet qui est à la fois malin, curieux et savant est malheureusement pour lui un brin naïf ce qui donne au portrait qu'il dresse de ses compagnons de quasi captivité, les hollandais n'ont pas le droit, sauf quelques uns en de très rare occasion, de quitter leur ilot, un rendu souvent humoristique bien différent de celui du premier chapitre. Notre héros (et son récit) est une sorte de mélange de Sinouhé l'égyptien (du roman éponyme de Waltari) et du Zénon (héros de L'oeuvre au noir) de Marguerite Yourcenar. Mitchell réussit à rendre passionnantes les intrigues cocasses et crapoteuses qui occupent ces expatriés. Le pur Jacob qui pensait être là pour éradiquer la corruption sous l'égide du mentor qui l'a amené dans ce bout du monde perdra vite ses illusions en s'apercevant que la plupart des ses collègues sont plus préoccupés de leur enrichissement personnel que de la prospérité de la compagnie. Il tente de se consoler, tout en ayant conscience de trahir l'amour de celle qui est censée l'attendre, avec une jeune sage femme japonaise, Orito qui lui est bientôt enlevée pour être séquestrée dans un lieu diabolique. Orito supplante alors Jacob comme personnage principal du roman et l'on ne comprend qu'alors le sens du premier chapitre, ce qui devrait laisser tout lecteur époustouflé devant l'habileté de la construction romanesque échafaudé par David Mitchell. De goguenard le ton du livre devient alors très noir. Avec ce changement de voix, même si le livre est entièrement écrit à la troisième personne, on pense désormais au "Roman de la rose" d'Umberto Eco et au Dumas du comte de Monte-Cristo; mais un Dumas qui aurait lu Sade et Ridder Haggard et aurait trempé sa plume dans l'encrier de Nabokov.

« Les milles automnes de Jacob de Zoet » empreinte avec les malheurs de la jeune femme, les chemins du roman d'aventure et va à partir de là de rebondissements en rebondissement. Il est presque impossible d'en dire plus de l'intrigue, sans en tuer le suspense haletant, même si ce n'est qu'une des nombreuses facettes du livre, il serait dommage de vous en priver. Sachez seulement qu'un autre acteur va bientôt s'avancer au devant de la scène, l'interprète Uzaemon, lui aussi épris d'Orito... C'est avec beaucoup de maitrise que l'auteur met en avant tel ou tel personnages, alors que d'autres s'effacent pour réapparaitre plus loin ou définitivement quitter la scène. Le tour de force est d'autant plus grand que ces premiers rôles alternatifs sont d'une grande diversité. On passe d'un esclave africain à un capitaine d'un vaisseau anglais, d'une herboriste à un samouraï.

Le roman est divisé en trois grandes parties à peu près égales. La première partie est centrée autour d'un personnage. Dans le deuxième, il y en a deux. Dans le troisième, trois. Le rythme de la narration s'accélèrent au même rythme que l'augmentation des pôles de narration, pour finir en un staccato haletant.

Lorsque l'on a refermé ce volume de 700 grandes pages, paradoxalement une de ses qualités les plus saillante en est la concision du romancier. Alors que nous étions avec l'un des esclaves de Dejima, que jusque là on avait à peine remarqué, Mitchell nous précipite dans la cabine du capitaine d'un vaisseau de la marine royale anglaise perdu dans la mer de Chine. Nous voila apparemment dans une histoire et des gens sans aucun rapport avec ce qui a précédé. On ne sera pas long à comprendre le pourquoi de cette incise lorsque réapparaitra un personnage avec lequel on avait fait connaissance au début du livre. En 20 pages nous faisons connaissance avec tout l'équipage, le bateau et la raison qui les a conduit dans ce triste océan et nous serons triste à la fin du chapitre de quitter ces marins espérant les revoir sans trop tarder, voilà bien une prouesse d'écrivain...

L'habitué du cinéma japonais ne sera pas sans avoir de réminiscences à la lecture des « Mille automnes de Jacob de Zoet qui parfois lui évoquera le Imamura de « La ballade de Narayama » et à d'autres occasions le Rashomon de Kurosawa. Un autre film de Kurosawa est en rapport direct avec le roman c'est « Barberousse » d'après le livre de Yamamoto Shugoro qui raconte l'histoire de Noboru Yasumoto quifraichement sorti d'une école de médecine hollandaise de Nagasaki, espère une carrière prestigieuse auprès du Shogun, grace à ses appuis. Pourtant à sa grande déception, il est affecté dans un dispensaire qui soigne gratuitement les indigents, auprès de Kyojo Niide, surnommé Barberousse... Je conseille, à ceux qui possède le tropisme médical de l'auteur d'approfondir ce pan de l'ouvrage en voyant ce film de Kurosawa et en lisant deux Manga, "l'arbre au soleil" de Tezuka et "Jin", ils découvriront ce que les élèves du docteur Marinus sont devenus... 

C'est avec beaucoup de délicatesse que David Mitchell fait entrer des questions purement littéraires dans son passionnant roman par l'intermédiaire des traducteurs japonais (à propos saluons la qualité de la traduction de l'anglais du texte original en français par Manuel Berri), personnages importants du livre qui sont les indispensables truchements entre les hollandais reclus sur leur ilot et le pouvoir japonais. Ce corps de lettrés ne cesse de s'interroger sur les bons mots en japonais pour transcrire ceux des hollandais qui ont, eux, l'interdiction d'apprendre le japonais. « Les milles automnes de Jacob de Zoet » se déroule à la fin de la période Edo, le shogunat des Tokugawa (1639-1867) ère de complète isolement voulu de l'archipel par rapport au reste du monde. Cet hautain cavalier seul géopolitique prendra fin avec l'arrivée en baie de Tokyo des « bateaux noirs » du commandant Perry en 1853. A l'époque à laquelle se déroulent les péripéties de Jacob de Zoet et des autres protagonistes de cette histoire, une cinquantaine d'années avant l'intrusion américaine dans le champ clos nippon, on voit les premières lézardes dans les remparts isolationnistes de la forteresse Japon; ne serait-ce que par la timide ouverture à la science occidentale et en particulier à la médecine figurée par les contacts qu'entretient le docteur Marinus, le personnage le plus truculent du récits, avec le petit aréopage de lettrés japonais locaux. Cette mise en lumière de l'impossible isolement d'une nation au XIX ème siècle, n'est pas sans écho avec notre actualité...

L'un des grands intérêts du roman, mais il en a de nombreux autres, est que nous apprenons beaucoup de choses sur les moeurs des japonais à la fin de l'ére Edo. Le talent de Mitchell est de nous faire passer son érudition, qui est grande, sur le sujet, il a vécu plusieurs années au Japon, sans pour cela altérer le rythme de sa narration. Nous sortons du livre riche de connaissances que nous avons acquises sans nous en apercevoir. Contrairement par exemple à Umberto Eco, que je citais précédemment, il parvient à faire infuser son savoir dans tout le roman, tantôt par une phrase de dialogue, tantôt par une courte description ou par une anecdote. La masse d'informations que l'auteur a du accumuler avant d'écrire son roman est considérable sur des sujets aussi divers que: la médecine les Japonais, les Anglais, les Hollandais, le sexe, la politique, l'Histoire... à l'aube du XIX ème siècle, et pourtant rien ne pèse.

Autre prouesse du romancier faire vivre autant de personnages, en leur donnant à chacun une voix reconnaissable, que ce soit dans les dialogues ou les monologues.

Certains chapitres peuvent se lire comme des nouvelles indépendantes, alors que pourtant ils sont tous parties prenantes de l'ensemble et indispensables pour son bon équilibre. Aux détours des pages on peut également y isoler des haikus, respirations qui reposent des longs dialogues.

Mitchell fait preuve d'une puissance romanesque que l'on ne croyait plus possible dans notre XXI ème siècle croupissant. Il a écrit au présent, cette ouverture du Japon à l’occident. Le roman débute en 1799 et se clôt en 1817. Son livre est à la fois un récit d'aventure haletant et une magnifique histoire d'amour et bien d'autres choses encore, un roman historique, un conte gothique, une réflexion philosophique, un roman maritime, un récit ethnographique...

On ne peut être que d'accord avec le critique James Wood lorsqu'il écrit dans le New Yorker: << David Mitchell est l'un des rares écrivains dont le don pour l'artifice est proprement surnaturel. Un écrivain qui mieux que la plupart, peut camper un paysage, dresser un portrait, moduler une voix, poser une intrigue, faire monter le suspense... Chez lui le fait de révéler le caractère imaginaire de la fiction ne fait que lui donner plus de réalité.>>.

Dans une ancienne interview David Mitchell dressait la liste des auteurs qui l'avait influencé: Borges, Kundera, Perec (il lui a emprunté l'art d'emboiter subtilement les histoires), Calvino, Dickens, Alice Munro, Marilynne Robinson, John McGahern, Bulgakov, DeLillo, Zola, Peter Carey, Orwell, Isaac Asimov (pour le soufle du récit), Ishiguro (chez Mitchell on retrouve l'héroïsme passif de certaines figures de cet écrivain), Hesse, Tanizaki, Helen Simpson, Nabokov (qui est certainement l'auteur dont il est le plus proche stylistiquement), Tchekhov, Thekhov et Tchekhov. Il ajoutais: << Je pourrais changer le sac de l'aspirateur de Tchekhov et considérer ça comme un grand honneur.>>. Il est incontestablement déjà à la hauteur de ses admirations à son cinquième livre. A l'époque Mitchell ne citait pas Melville mais lorsque l'on aborde la dernière partie du livre, il est difficile de ne pas y déceler une dette envers Billy Budd...

"Les mille automnes de Jacob de Zoet" fait parti de ces livres que l'on aime tant qu'à l'approche de la fin, on ralentit sa lecture, pour le quitter moins vite. Et puis quand sera venu le temps inéluctable de la séparation, de la dernière ligne qui vous aura peut être fait verser une larme, surtout si dans le coeur et dans les yeux vous avez la nostalgie d'un visage aimé, disparu depuis longtemps ou celui d'une baie japonaise désormais bien lointaine, ou peut être encore les deux, soyez certain que vous n'oublierez jamais Jacob de Zoet.

Voir les commentaires

NOORDZEE TEXAS (NORTH SEA, TEXAS) DE BAVO DEFURME

18 Juillet 2025, 06:40am

 
Noordzee-Texas-affiche-1.jpg
 
Belgique, 2011, 98mn

 

Réalisation: Bavo Defurne, scénario: Bavo Defurne et Yves Verbraken  (scénario tiré du roman This will never end d'André Solis)
 
avec: Eva van der Gucht, Jelle Florizoone, Luk Wyns, Thomas Coumans, Mathias Vergels, Katelijne Damen, Daniel Sikora, Nina Marie Kortekaas
 
 
Résumé
 
Nous sommes en 1960. Pim (Jelle Florizoone) habite avec sa mère (Eva van der Gucht), une ancienne reine de beauté devenu un tas mais qui se croit toujours séduisante. Ils vivent dans une ville oubliée de la côte belge. Pim, garçon introverti, se contente de vivre dans son univers imaginaire. La mère de Pim, Yvette, a des rêves de son coté. Elle est fatigué des amants de passage et d'ennui de la vie dans cette petite ville. Elle aspire à tout laisser derrière elle, y compris son encombrant de fils pour aller voir voir le monde. Les rêves de Pim et ceux d'Yvette entrent en collision lorsque le beau Zoltan (Thomas Coumans)  arrive en ville avec la fête foraine et devient leur nouveau locataire. Mais à l'aube de ses 16 ans, sa relation avec son ami Gino (Mathias Vergels) prend une autre direction, et alors que sa mère le quitte pour vivre avec son nouvel amant, Pim y voit une opportunité de vivre ses rêves. Pim saisit sa chance. Ses rêves deviennent une semi réalité. Pim va vivre chez sa voisine, Marcella qui est la mére de Gino et de Sabrina (Nina Marie Kortekaas) qui glisse des regards langoureux à Pim qu'il ne voit pas. Pim est heureux. Il dort dans le lit de Gino! Mais Gino fréquente et habite avec une jeune fille de l'autre coté de la frontière. Les rêves de Pim sont-ils des illusions ou le reflet de ce que pourrait être la réalité?
 
L'avis critique
 
Il y a tellement longtemps que nous attendions un long métrage de Bavo Defurme que l'on doutait fortement qu'il arrive un jour. On avait pensé que Defurme serait un de ces cinéastes dont les courts-métrages multi primés dans une quirielle de festivals n'accoucheraient jamais d'un long; on peut citer dans ce cas Jacques Duron avec son remarquables Voyage à Deauville ou Armand Lameloise  avec son non moins remarquable,"Juste un peu de réconfort". Il y avait gros à parier qu'une si longue attente ne pouvait déboucher que sur une déception; c'est un peu le cas même si le film est bien fait. Il faut dire que je suis peut être un peu de mauvaise fois devant cet énième opus mettant en scène des bas du front nordiste même si c'est quand même un film positif, qui ne tombe pas dans misérabilisme. Il montre une jeunesse qui n’est pas ratée (c'est plutôt du coté des adultes que cela se gâte.
 
 
Defurme est resté fidèle à la thématique de ses courts-métrages. Tous traitent de l’identité, de quelqu’un qui se découvre différent, dans un groupe de sport ou pour Feu de camp, chez les scouts. On ne comprend pas bien alors pourquoi il a cru bon d'adapter un livre où rien n'est vraiment original et tout est attendu d'autant qu'il reprend certaines séquences de ses courts-métrages précédents comme  par exemple la scène de la tente qui était déjà dans "Campfire" (2000) ou celle de la moto qui se réfère à Matroos (1998). Cette histoire de rejet d’un groupe permet au réalisateur de  se concentrer sur l’histoire d’amour entre adolescents. Ce qui évite le gros écueil sociologisant où vont se briser la plupart des films de cet acabit. Pims a déjà découvert son identité sexuelle. Il est amoureux du garçon qui vit à côté de chez lui. C’est là que le film commence. Là où souvent les autres finissent. Les scènes sexuelles sont présentes dès le début. Peu de films ont abordé la question ainsi. Si la faiblesse de Noordzee Texas réside dans son scénario sa force est dans son filmage d'autant plus remarquable que le film aurait été réalisé avec un budget très modeste. L'image est toujours très belle, le cadre impeccable et les éclairages des intérieurs est précis et chaleureux, ce qui évite de tomber dans le glauque lors de certaines scènes. Le film tout en étant original dans sa facture, c'est un peu Demy chez Dumont s'inscrit dans une famille de films, référence assumée comme pour Paris-Texas ou plus secrète comme pour la série néerlandaise des années 80 "Le phare" qui se passait aussi vers 1960, ou Bagdad café ou encore plus à DAS FLÜSTERN DES MONDES (WHISPERING MOON) . Si on exepte Katelijne Damen, dans le rôle de la mère de Gino qui parvient à être génante tant elle est mauvaise, les autres acteurs vont du bon à l'excellent en particulier Jelle Florizoone qui dans le rôle de Pim est étonnant sachant donner du poids à chacun de ses regards et de ses gestes peut être parce qu'il vient du monde de la danse ( lorsque Bavo l'a découvert, ce jeune garçon était danseur professionnel avant à l’école Nationale de Ballet de Bruxelles) qu'il a abandonné depuis car l'expérience de "Noordzee Texas" lui a donné l'envie d'embrasser la carrière de comédien, souhaitons lui bonne chance, son jeune talent le mérite.
 
Capture-d-ecran-2012-03-17-a-08.30.25.jpg
 
Capture-d-ecran-2012-03-17-a-06.48.35.jpg
 
 
Si dans mon résumé j'ai daté l'action en 1960, c'est totalement subjectif, puisque aucune date apparait à l'écran et que pas un objet ou un vêtement peut nous renseigner sur l'année durant laquelle se déroule le film. Cette intemporalité assumée tire Noordzee Texas vers le conte...
 
Il faut espérer pour Eva van der Gucht, que son rôle d'Yvette, où elle est parfaite, est un rôle de composition. Elle campe le personnage anthipatique du film, mauvaise mère, on subodore que la naissance de Pim n'a pas été voulu, à propos il n'y a pas de père dans cette histoire, artiste ratée, une Yvette Horner (tient le même prénom) obèse. Elle ne voit dans son fils qu'un boulet qui l'empêche de fuir le trou où elle est encalminée.
J'ai vu ce film lors d'une ecapade brusselloise durant l'été 2011. Si je me souviens bien ce n'était pas une séance dans un circuit traditionnel. Je ne sais donc pas si ce film d'une qualité technique tout à fait hors du commun à eu une exploitation commerciale dans son pays. Quant à la France...
 
 
Noordzee-Texas-photo-3.jpgNoordzee-Texas-photo-1.jpgNoordzee-Texas-photo-2.jpg 
 
 

Voir les commentaires

SUR L'HERBE DU TROCA

18 Juillet 2025, 06:39am

PICT0109.JPG

 

PICT0181.JPG

 

PICT0110.JPG

 

PICT0111.JPG

 

PICT0122.JPG

 

PICT0123.JPG

Paris, mai 1985

Voir les commentaires

MOSKO ET ASSOCIÉS S'EXPOSENT AU CABINET D'AMATEUR

18 Juillet 2025, 06:39am

Numeriser.jpeg

 

 La galerie a eu la bonne idée de choisir des supports rustiques, comme des morceaux de palissade qui sont tout à fait en communion avec les pochoirs de Mosko et associés. Il vous en coutera de 300 à 1000€ pour repartir avec une des oeuvres de Mosko. A noter que le tenancier du Cabinet d'amateur reçoit avec beaucoup d'urbanité.

DSC03609.JPG

 

DSC03610.JPG

 

DSC03611.JPG

 

DSC03612.JPG

 

DSC03613_2.JPG

 

DSC03613.JPG

 

Voir les commentaires

En glissant sur la Moselle

17 Juillet 2025, 06:39am

Pour glisser sur la Moselle il suffit de prendre un joli bateau électrique, totalement silencieux du nom bizarre de Graoully. Du nom d'un infortuné dragon qui fut jadis estourbi par un saint local. La malencontreuse manie des saint d'embêter les dragons explique la disparition de ceux-ci qui entraina logiquement la disparition des saints.

Metz, mai 2025, photo BA

Voir les commentaires