Jeux place Saint-Sulpice
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Paris, été 1982
un regard sur les arts et les lettres
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Paris, été 1982
Fiche technique :
Avec Paul Bartel, Sean P. Hayes, Brad Rowe, Richard Ganoung, Meredith Scott Lynn, Sean Hayes, Matthew Ashford, Armando Valdes-Kennedy, Carmine Giovinazzo, Holly Woodlawn, Mark Allen Andreson et Bonnie Biehl. Réalisation : Tommy O’Haver. Scénario : Tommy O’Haver. Directeur de la photographie : Mark Mervis. Compositeur : Alan Ari Lazar.
Durée : 92 mn. Disponible en VO et VOST.
Résumé :
Billy, photographe provincial, débute à Hollywood. Son projet est de réaliser une série de photographies mettant en scène les baisers de cinéma les plus célèbres de l'histoire d'Hollywood. Mais cette fois, la distribution serait exclusivement masculine. Apres avoir fait le tour des drag-queens, Billy trouve enfin celui qu'il cherchait : Gabriel, un jeune et beau musicien fraîchement arrivé de Los Angeles. Cependant une question le taraude. Gabriel est-il gay ou hétéro ?
L’avis critique
Billy’s Hollywood... est la preuve que le cinéma gay a désormais tous les droits aux USA (du moins lorsqu'il demeure consensuel). Le film de Tommy O’Haver a été tourné en scope et suinte le fric dans ses moindres recoins.
Billy (Sean P. Hayes) vit à Los Angeles et traverse une phase difficile : il ne trouve pas de travail et cherche sans succès le grand amour. Heureusement, un ami lui commande une série de photographies liées au glamour hollywoodien mais transposées sur le mode "camp", c’est-à-dire avec des modèles strictement masculins (ou travestis).
Billy voit alors en Gabriel (Brad Rowe, clone transparent de Brad Pitt), un beau serveur, l’interprète idéal de ses clichés... et de ses fantasmes. Mais Gabriel a toutes les apparences d’un hétéro : que va devenir notre pauvre héros ?
Billy’s Hollywood... joue à fond la carte de l’esthétique homosexuelle basique, cet univers réducteur auquel tout artiste gay, selon le grand public, se doit d’être affilié et que Tommy O’Haver a naïvement pris à son compte. De ce point de vue là, le spectateur n’est pas déçu : le film déballe son quota réglementaire de drag-queens impeccables, de couleurs flashy, de musique tendance ABBA, de corps musclés et imberbes, de plages ensoleillées, d'artistes toujours bien sapés sans l'ombre d'un souci financier.
Tout cela verni par une volonté de renouer avec la grande comédie romantique de l'âge d'or hollywoodien. Mais même dans ce cadre, le film ne remplit que moyennement son contrat : rythme bancal, personnages et situations prévisibles, entractes oniriques assez répétitifs (tout comme l'idée de narration par les polaroïds, séduisante au départ, mais trop systématique).
On se met alors à rêver d'un souffle subversif, d'un regard critique à la Araki (le L.A. de Nowhere était autrement plus passionnant). En vain : tout, dans Billy's Hollywood..., est polissé et flatte le spectateur dans le sens du poil. La vacuité n'est pas toujours désagréable (cf. Le Mariage de mon meilleur ami), mais elle requiert un minimum de talent.
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Les arbres de fer
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une galerie commerçante
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La cascade de l'aéroport
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Singapour, mars 2025, photo B.A
A la fin des années 1840, Thomas, 13 ans rencontre John, environ 14 ans, dans un bosquet au milieu des marais dans le Missouri. Les deux garçons s’y sont abrités d’un violent orage. Entre eux, c’est le coup de foudre. Sous les gouttes nait un amour pour la vie. « Des jours sans fin » est d’abord l’histoire d’un amour entre deux hommes au far-west: "John Cole était mon amour, tout mon amour était pour lui...". C’est Thomas qui raconte, une quarantaine d’années après leur rencontre, leur extraordinaire histoire. On peut imaginer qu’il nous parle attablé dans un saloon, une pinte de bière devant lui. La narration est néanmoins faite à la troisième personne, souvent en langage parlé. Le ton employé est parfois détaché, candide ou encore innocent, souvent en décalage avec les horreurs qui nous sont racontées. Thomas ne semble , du moins dans les premiers deux tiers du récit, jamais s'émouvoir de rien sinon de la vie et de la santé de son beau partenaire. Chacun prenant soin de l'autre et n'existant que pour lui. Ces deux-là traversent le pire de l'Amérique en construction, avec une certaine placidité. On peut se douter que le travail de traduction pour Laetitia Devaux n’a pas été simple.
Thomas a été chassé d’Irlande par la famine, John a pris la route pour fuir la misère de la Nouvelle-Angleterre. La faim sera présente durant presque tout le livre. Les deux adolescents trouvent un engagement auprès d’un tenancier de saloon dans un village de mineurs. Voyant les deux garçons il a l’idée de les habiller en filles pour que le soir ils fassent danser les ouvriers. Il n’y a pas de femmes à des kilomètres à la ronde. C’est un succès. Danser et pas plus, pour éviter les débordements le patron du saloon a son fusil bien en évidence sur le comptoir: << Vous imaginez pas à quel point la loi est clémente en Amérique pour un propriétaire de saloon qui tue des mineurs. Le temps passe mais bientôt Thomas et surtout John en grandissant malgré les fards ne peuvent plus faire illusion. Le patron du saloon est obligé de mettre fin à leur emploi. Quel autre solution a pour survire les deux garçons que de s’engager dans l’armée?
Ceux qui ont l’image des tuniques bleues de Rusty et Rintintin, je sais, je parle d’un temps que les moins de soixante dix ans ne peuvent connaitre, ou même des films de John Ford, ou même encore des Tuniques bleues de Cauvin et Lambil même si eux sont arrivés à suggérer toute l’horreur de la guerre derrière l’humour et les couleurs acidulées, vont prendre une sacré claque. Dans les 200 pages qui suivent on passe des guerres indiennes à la guerre de sécession et l’amour entre Thomas et John est toujours aussi fort au milieu des massacres.
"La Bible a pas été écrite pour nous, ni aucun livre. On est peut-être même pas des humains, puisqu'on rompt pas le pain céleste. Pourtant, si Dieu essayait de nous trouver une excuse, il pourrait invoquer cet étrange amour parmi nous. C'est comme quand on cherche dans l'obscurité, qu'on allume une lampe et que la lumière vient à notre rescousse. On découvre des objets ainsi que le visage d'un homme qui est pour vous comme un trésor déterré. John Cole. Une sorte de nourriture."
On commence par l’extermination des indiens car c’est bien d’un génocide qu’il s’agit. L’armée à la demande des colons doit débarrasser les terres des indiens; pour cela les soldats les tuent femmes et enfants compris. Le plus souvent ils les embrochent à la baïonnette. Sans surprise les indiens ne se laissent pas faire quand ils ont le dessus ils coupent les soldats et les colons, femmes et enfants itou, en deux, à la hache; chacun sa méthode. Mais plus que les indiens l’ennemi de la tunique bleue c’est la faim. Il y a bien sur les bisons, belle description d’une chasse de ces grosses bêtes mais les tuer n’est pas sans risque la moindre inadvertance et le chasseur est transformé en carpette. Sans oublier les périls naturels, la chaleur torride, le froid glacial, le feu, les inondations, il y a le récit hallucinant d’un fort ravagé par les flots parce que construit stupidement dans une cuvette. La vague déferlant des collines engloutit le tiers des tuniques bleues soit cent soldats! Thomas, le narrateur, décrit tout à la fois les combats sanguinaires, la rage et la haine qui peuvent habiter certains soldats, l'absurdité de la guerre mais aussi la bonté et la générosité de certains hommes, la splendeur des paysages…
Après avoir massacré les indiens, les blancs vont se massacrer entre eux. John et Thomas, qui appelle John son galant, sont du coté de l’Union de monsieur Lincoln. La guerre de sécession commence en 1861 et va durer quatre ans. Je rappelle ces dates car dans le roman rien n’est daté, peut être parce que Thomas et John ne connaissent pas vraiment leur date de naissance! Des jours sans fin est un roman du temps flou. Environ un an avant la fin des hostilités les deux hommes sont fait prisonnier après la débâcle de leur armée dans le Tennessee. Avec leurs camarades ils sont conduits, à marche forcée, dans le sud jusqu’à un camp de prisonniers qui ressemble au camps de concentration de la dernière guerre. Les hommes y meurt de faim par dizaines. Le couple en réchappe. La guerre finie John et Thomas vont être entrainés dans un drame que je n’hésiterais pas à cataloguer de shakespearien. Le western alors se mue en drame intimiste. Mais je vous en ai déjà trop dit. Il sera difficile dans la dernière partie du roman de n’être pas submergé par l’émotion.
L’homosexualité dans « Des jours sans fin » n’est jamais un problème pour les deux protagonistes de cette épopée, c’est même la solution, une évidence. Ils parviennent même à se marier. Il suffit de trouver un pasteur bigleux: «Alors j'enfile ma plus belle robe, et John Cole et moi, on se rend là-bas pour échanger nos vœux. Le révérend Hindle déclame les belles paroles, John Cole embrasse la mariée, et qui y trouvera à redire.» Si le récit est centré sur John et Thomas il fourmille aussi d’autres personnages inoubliables très bien campés.
Même si l’écriture est retenu, cette grandiose épopée n’est pas pour les âmes trop sensibles. Je crois que je n’ai rien lu d’aussi âpre depuis ma lecture d’A l’ouest rien de nouveau » il y a presque soixante ans. Mais par l'écriture et par les réflexions de Thomas, c'est à Céline que l'on pense. Cette dureté est renforcée par le ton souvent détaché du narrateur qui en recherche de son identité sexuelle, il se sent apaisé lorsqu’il porte une robe, n’est pourtant non dénué d'états d'âme.
Sebastian Barry s'est inspiré du destin d'un arrière-grand-oncle, dont la magnifique photo orne la couverture (dans l’édition en grand format mais pas pour l’édition en poche), pour nous raconter l'histoire de Thomas McNulty et de John Cole.
France, 177mn, 2008
Fiche technique :
Réalisation Olivier Ducastel & Jacques Matineau, scénario Olivier Ducastel, Jacques Martineau, musique: Philippe Miller, image: Matthieu Poirot-Delpech, montage: Dominique Galliéni.
Avec Laetitia Casta, Yannick Renier, Yann Trégouët, Christine Citti, Marc Citti, Sabrina Seyvecou, Théo Frilet, Edouard Collin, Kate Moran, Fejria Deliba, Gaetan Gallier, Osman Elkharraz, Slimane Yefsah, Matthias Van Khache, Thibault Vincon, Marilyne Canto, Alain Fromager et Gabriel Willem.
Résumé :
Catherine, Yves et Hervé (Yann Tregouët) ont une vingtaine d’années. Ils sont étudiants à Paris et ils s'aiment. Mai 68 bouleverse leur existence. Séduits par l'utopie communautaire, ils partent avec quelques amis s'installer dans une ferme abandonnée du Lot. Loin des préoccupations du capitalisme, ils refusent le diktat de l'accumulation des richesses et de l'individualisme. Cependant, très vite, l'utopie communautaire révèle ses limites, celles de l'expression des ego et de l'amour qui ne souffre d'aucun partage. Le groupe se désagrège mais Catherine refuse de se soumettre. Elle continue à être fidèle à ses idéaux et tient la ferme seule. Elle y élève ses enfants.
1989. Les enfants de Catherine et Yves entrent dans l'âge adulte. Ils affrontent un monde qui a profondément changé : entre la fin du Communisme et l'explosion de l'épidémie du sida, l'héritage militant de la génération précédente doit être revisité...
L’avis critique
Nés en 68 (il faut comprendre le titre dans le sens où les protagonistes sont véritablement nés au monde sur les barricades, c'est-à-dire à l'âge de 20 ans) a tous les défauts et toutes les qualités d’un premier film d’un réalisateur qui a un cœur « gros comme ça » et qui a voulu tout mettre dans son premier long métrage, craignant que ce soit le seul. On peut dire sans craindre de se tromper que c’est un vrai film d’auteur avec ce que devrait toujours signifier ce terme : l’urgence vitale pour le réalisateur de le faire sien. Le cœur à gauche, il y a mis toutes les luttes, tous les espoirs et aussi toutes les déceptions des quarante dernières années de son camp, qui se vit et s’imagine toujours floué par l’histoire. Ça commence avec les barricades de mai 68, ça continue par les espoirs mis en Mitterrand, pour se terminer dans l’affirmation que les sectateurs du grand soir sont toujours prêts à bouter l’actuel président, qui lui se rêve en fossoyeur de mai 68... Mais le réalisateur a peut-être voulu surtout, à travers de cette fresque généreuse faire un beau portrait de femme, celui de Catherine, qu’incarne merveilleusement Laetitia Casta. Peut-être est-ce celui de sa mère, si le cinéaste est né en 1968 ? À moins que les chapitres qui lui tiennent le plus à cœur soient ceux de la saga du combat des homosexuels, d’abord pour leur affirmation, puis pour leur survie et enfin pour leur devenir... À moins encore que ce qui lui importe le plus, soit de nous parler avec pudeur de son amour de jeunesse, fauché par le sida à quelques semaines de la mise en service des trithérapies... Voilà ce que j’aurais écrit si je n'avais pas su que Né en 68 a été réalisé par Ducastel et Martineau et que leurs précédents films, dans l’ordre chronologique Jeanne et le garçon formidable, Drôle de Félix, Ma vraie vie à Rouen et Crustacés & Coquillage, sont en bonne place dans ma dévéthèque.
Nés en 68 contient deux films. Il est distinctement divisé en deux parties. La première consiste surtout à décrire l’expérience de la communauté agricole qu’ont fondée le groupe de gauchistes autour de Catherine (Laetitia Casta). Elle se termine lorsqu’arrive sur l’écran le panneau « 8 ans plus tard ». La deuxième est plus politique et se focalise surtout sur la geste des homosexuels, de la libération jusqu’à la quasi banalisation en passant par le drame du sida, la lutte pour le PaCs et l’avènement des trithérapies et n'échappe pas toujours au didactisme.
La première est la plus dense et la plus réussie. Ducastel et Martineau réussissent, comme je ne l’ai jamais vu au cinéma, à capter l’esprit de mai 68 (beaucoup mieux que le très très très... sur-coté Garrel dans son super chiant Les Amants réguliers) ou plutôt celui de l’immédiat après mai. Curieusement, c’est dans la première moitié du film qu'à la fois, la prestation collective des acteurs est la meilleure mais c’est aussi dans celle-ci que certains sont mauvais dans certaines scènes ou transparents. Les cinéastes peinent à individualiser les protagonistes de la communauté, certains ne font que passer ou disparaissent arbitrairement.
Contrairement à Renaud Bertrand, le réalisateur de Sa raison d’être, avec lequel on ne peut faire que la comparaison, Martineau et Ducastel n’ont pas eu le projet fou de mettre tous les grands événements de ces quarante dernières années dans leur film. Ils réussissent souvent à les intégrer subtilement à leur récit, c’est le cas pour le 11 septembre, c’est d’ailleurs presque la seule intrusion de la politique internationale dans le film, qui est trop centré sur la seule petite France. On voit les images de l’attentat contre le World Trade Center sur une télévision pendant qu'à côté, Boris (Théo Frilet) et Vincent (Thibault Vincon) font l’amour avec passion, leur histoire personnelle est si forte qu’elle les ferme à cet instant au monde et leur font rater l’événement. Mais le spectateur sait qu’ils verront ces images après...
Si chez Renaud Bertrand on sentait derrière la réalisation le cahier des charges de la production, en l’occurrence la chaîne de télévision qui allait diffuser le film, rien de tel chez nos deux cinéastes qui ont pourtant eux aussi beaucoup (trop ?) chargé la barque de leur scénario et ont eu également la tentation du mélodrame. Genre qui revient en ce moment en force dans toutes les cinématographies. Si on croit à ce qui arrive aux personnages, c’est qu’ils ont réussi à inscrire les péripéties de leur vie dans leur propre logique.
Une des scènes m’a beaucoup fait réfléchir, en particulier sur sa réception, est celle de l’amour libre entre fleurs et prés dans laquelle les membres de la communauté et des amis de passage s’ébattent nus dans une sorte de ronde dionysiaque. Elle est sans doute une des plus naturalistes du film, oui c’était comme ça, et pourtant il est probable qu’elle paraîtra to much pour la plupart des spectateurs. On voit en cela combien à la fois la liberté sexuelle a régressé et combien la perception du corps a changé. À ce propos, si la réalisation dans cette séquence ne se montre pas pudibonde, elle manque d’audace et de vérisme dans les scènes de sexe qu’elles soient hétérosexuelles ou homosexuelles.
Ducastel et Martineau se prennent un peu les pieds dans le tapis de la chronologie, en particulier pour le personnage de Gilles (Yannick Renier) dont le conseil de révision me parait arriver bien tard dans son histoire ; par ailleurs, cette bonne scène montre que l’armée n’est pas qu’un ramassis de ganaches. Souvent ainsi avec bonheur le scénario prend le contre-pied des clichés. Il serait bon que les scénaristes, lorsqu'ils ont à « gérer » un grand nombre de personnages, comme ici, se souviennent de la méthode de Roger Martin du Gard lorsqu'il préparait Les Thibault. Il écrivait la biographie séparément et complète pour de chacun de ses personnages, y compris pour des périodes qui ne se trouveraient pas dans le roman, puis les confrontaient pour les faire coïncider.
Gilles, qui semble à peine vieillir durant quarante ans, soulève le problème récurrent du vieillissement des acteurs lorsqu’on suit les personnages qu’ils incarnent sur une longue période. Ducastel et Martineau ne s’en tirent pas mal, même si le temps est un peu trop clément pour leurs créatures. Peut-être est-ce pour équilibrer la cruauté des vies qu’ils mettent en scène ? Peu de films parviennent comme celui-ci à nous faire ressentir le poids des ans et des malheurs qui accablent toute vie sur sa durée.
Le mot durée me fait venir à envisager celle du film qui ne parait pas trop longue, jamais l’ennui pointe ; néanmoins, il aurait du s’arrêter en 2002, comme cela était prévu initialement, ce qui aurait évité le pathos filandreux de la dernière séquence et l’anti sarkozisme de rigueur qui ne fait qu’alourdir le message qui est beaucoup moins manichéen qu’on pourrait le croire.
Tout d’abord, Nés en 68 a été pensé et écrit pour la télévision. Il y aura prochainement une diffusion sur Arte, dans un format plus long, remonté pour l’occasion. À ce sujet, Olivier Ducastel déclare : « Le propos initial était de produire deux longs métrages pour la télévision, qui fonctionnent en diptyque, coproduits par Arte et France 2. Une fois les films tournés, le producteur a fait lire les scénarios à Pyramide, le distributeur, qui a choisi de donner sa chance au film sur grand écran, à condition qu’on puisse couper entre trois quarts d’heure et une heure. Le fait que le film sorte au cinéma nous a permis de pouvoir obtenir des moyens supplémentaires, notamment pour la musique. Nous avons tourné beaucoup. Pour ce film, qui fait un peu moins de trois heures, nous avions un premier montage, avec tout le matériel mis bout à bout, de près de quatre heures trente. Les comédiens ont donc joué beaucoup plus que ce qui apparaît à l’écran et cela les a énormément nourris. Ça a nourri leur parcours, ça les a aidés à porter le poids du temps qui passe. C’est toujours un peu désespérant de couper autant mais, en réalité ces scènes coupées restent dans le film, en creux. Je pense qu’elles aident à la perception de la durée et à la fluidité de l’ensemble. » Espérons que les scènes coupées figureront dans la diffusion télévisée et surtout sur le DVD. Nous aurons ainsi sans doute une meilleure perception de certains personnages qui ont du être sacrifiés au montage.
Malheureusement, le film n'échappe pas non plus à la maladie la plus fréquente qui accable le cinéma : celle des fausses fins.
Si Théo Frilet, qui joue Boris, a le plus beau cul que j’ai vu au cinéma depuis, disons celui aperçu dans le Lilies de John Greyson en 1996, il a surtout beaucoup de talent. Il devrait prochainement interpréter Guy Mocquet à la télévision. Avec Laetitia Casta, d’une présence exceptionnelle, il est le seul à être bon dans toutes ses scènes. Ce qui n’est malheureusement pas le cas, en particulier, des interprètes masculins qui sont parfois époustouflants dans une scène mais médiocres dans la suivante, sans doute à cause d’un manque de répétitions ? Ou est-ce du à une trop grande impatience des réalisateurs qui ne voulaient (ou ne pouvaient) pas faire trop de prises ? Théo Frilet, outre qu’il soit bien mignon (ce que l’on peut vérifier sur l’affiche), a comme la plupart de ses camarades du casting, un physique inhabituel dans le cinéma français, ce qui n’est pas le moindre charme du film. Les réalisateurs font aussi preuve de fidélité, puisqu’ils retrouvent Sabrina Seyvecou et Edouard Collin, qui assure dans le rôle de Christophe, mais sans nous surprendre, tant celui-ci est dans la ligne de plusieurs de ses prestations, tant au théâtre qu’à l’écran ; deux acteurs qu'ils avaient dirigés dans Crustacés et Coquillages.
Les déclarations des deux cinéastes, dans le dossier de presse, sur leur dernier opus sont des modèles d’honnêteté et de clairvoyance : « Écrire et réaliser un film sur cette période, c’était pour nous une façon de reprendre possession d’une partie de notre existence qui appartient déjà à l’Histoire, et même, pour l’essentiel, à l’Histoire révolue. C’est un retour sur notre passé personnel et collectif. Le film propose ainsi comme une recomposition, à partir d’aujourd’hui, de ce passé. Il n’était pas question pour nous d’aborder ces quarante dernières années d’un point de vue d’historiens, mais d’un point de vue très intime, à la lumière de ce que nous sommes aujourd’hui... C’est donc nettement le romanesque et le destin des personnages qui ont primé par rapport à la chronique historique... La grande technique du roman historique, c’est de prendre un personnage, de le faire entrer dans les événements de l’Histoire, et, dès lors, il devient support à un récit historique. Ce n’est pas cette démarche que nous avons adoptée. Par exemple, Mai 68 est pratiquement toujours perçu dans des intérieurs, ou par la radio… Et les personnages ne sont pas trois meneurs de Mai. Ce sont trois étudiants anonymes... quelque chose change entre les années 1960 et 1970 et les années 1990. Après Mai 68, même s’ils sont dans une certaine attitude de « retrait » du monde dans leur communauté, les personnages vont volontairement vers l’Histoire. Alors que dans les années 1990, c’est l’Histoire qui a tendance à rattraper violemment les personnages, qui les confronte à l’histoire politique. »
On ne peut qu’être d’accord avec le message que veut délivrer le film : « Il s’agit de mettre fin à ce discours qui consiste à dire que l’arrivée du sida doit mettre fin à l’amour libre et renforcer les positions réactionnaires. Non ! Il suffit juste de se protéger. Et ce n’est rien qu’un petit bout de latex ! Il faut arrêter d’être victimes de ce discours ultra réactionnaire, qui profite littéralement de cette épidémie pour liquider une liberté qui dérange. »
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photo: Ismau